SATRA: In tears of her reign

Finlande, Metal symphonique (M&O, 2025)

In tears of her reign est le second album des Finlandais de Satra. Dès les premières mesures de Into the ravenous sea, les influences sont évidentes: on navigue sur les traces d’Evanescence. La suite, sans surprise, rejoint rapidement les traces de Nightwish, les deux références ayant souvent – à tort – été comparées. Et clairement, il n’est pas évident de se défaire d’influences aussi importantes. Ici, tout est techniquement bien fait, mais, à l’image de cette pochette qui ressemble à une affiche de Disney – un esprit « princesse » assez enfantin – tellement déjà entendu. L’ensemble me donne cette impression, qui se répète de plus en plus, d’écouter des musiciens qui maitrisent parfaitement leurs instruments et la technique musicale mais ne parviennent pas à libérer leur créativité. Résultat: du déjà-vu et déjà-entendu… Où sont les tripes qui faisaient le charme et la réussite de My immortal, Wish I had an angel ou Elan des groupes phares mentionnés plus haut? Se défaire de ces influences par trop envahissantes est une nécessité.

FURYA:Eternal fight

France, Metal (M&O, 2025)

Furya n’est pas vraiment ce qu’on peu appeler un nouveau venu sur la scène metal épique à chant féminin. Voici maintenant plus de 15 ans que le groupe existe et a depuis ses débuts publié quelques Ep. Le groupe revient avec Eternal fight, un album plein de promesses, mais… Si la voix de Marjorie Bevon est parfaitement soutenue par les guitares puissantes de Paul Via et Benoit Trévise, si l’ensemble est très bien produit, si les rythmiques concoctées par le bassiste Nick Dawson et le batteur Johann Brassac, si les 9 morceaux sont puissants et très bien ficelés, on navigue malheureusement trop souvent sur des eaux trop bien connues du power metal/metal symphonique. Certes, on se laisse entrainer par ce metal épique, ces riffs puissants et ce martèlement qui fait headbanguer, mais je n’ai jamais de réelle surprise. Bien fait, bien produit, ce Eternal fight reste une jolie promesse qui ne révolutionne en rien le genre. Est-ce ce que cherche Furya? Le plaisir de jouer est là, et c’est bien là le principal.

HATESEED: Rising through decay

Italie, Hardcore/Thrash (M&O, 2025)

Les Italiens enragés, ça donne Hateseed, groupe qui a déjà publié un Ep en 2023 et qui revient aujourd’hui avec Rising through decay, un album composé de 12 titres aussi directs que brutaux. Après une intro qui évoque l’Egypte antique, une intro où l’on imagine des files d’esclaves tirant des blocs de roches, la fureur est lâchée. Les riffs de Hateseed rappellent partout le thrash old school, celui de Slayer mélé à la puissance d’un Pantera. Ca tabasse sec, mais le phrasé (le chant enragé de Ivan Magnani, également à la basse) souvent mot à mot, fait que l’ensemble manque parfois d’un peu de liant. On n’attend pas du genre un chant mélodique, loin de là, et cette rage est saine. Le riffing (Andrea Livi et Gabriele Turco) est quant à lui parfaitement maitrisé, véritable invitation à se décrocher la nuque, d’autant plus avec cette batterie sans pitié frappée par Edoardo Friese. On imagine volontiers la puissance de feu de Hateseed en live, car là, ça doit pogoter sévère!

DARKROSE: What’s next ?

France, Hard rock électro (M&O/Dnbrecords05, 2025)

Formé au lycée en 2022, DarkRose marche sur les terres d’un rock teinté d’électro. Le chant de Maya, quelque peu torturé et souvent séducteur, est mis en avant par la guitare à la fois rageuse et virevoltante de Liloue. La rythmique, souvent hypnotique, composée de Nora à la basse et Adrien à la batterie, est soutenue par les claviers de Manfred. Composé de 10 morceaux, What’s next, le premier album du combo transpire à la fois de l’envie de se distinguer et de cette jeunesse à la fois farouche, parfois explosive, et un peu naïve. Et ça commence bien avec le morceau titre, entrainant et enjoué. Seulement, sans doute est-ce une question de génération, peu de choses m’accrochent ou me retiennent. Rien d’évident ne rentre dans mon esprit. Si l’on se méfie des épines de la rose, DarkRose n’a selon moi de piquant que le nom. Oui, il y a de l’envie, mais il manque cette touche extérieure, ce regard et cette oreille d’un producteur qui pourrait apporter ce petit truc en plus. Pour résumer, un disque sympathique, pas mémorable pour autant. Un prof noterai « peut mieux faire ».

Séance de rattrapage: FURY ROAD

France, Rock (M&O, 2025)

Tu aimes les grosses bagnoles qui volent, les séries B des années 80 type Starsky et Hutch ou Sherif, fais moi peur? Tu aimes aussi les guitares simples aux riffs efficaces, la bottleneck, un peu de country? Alors le premier album de Fury Road est fait pour toi! Pas la peine de se prendre la tête ici, les mélodies sont accrocheuses et le paroles souvent assez limitées (« Welcome to Fury road » répété à l’envi sur le morceau titre, tout comme « Jimmy, what can I do?« , sur Jimmy, « Charly’s gone to heaven » sur Charly… pas forcément besoin de prompteur pour s’en souvenir…) On parle ici de bagnoles, d’amitié, de musique. Les 9 titres présentent chacun des inspirations différentes qui vont des Stones aux Grateful Dead et toute la période post hippy américaine, passant par des influences plus modernes, Jack White n’étant jamais loin. L’ensemble est fun et se laisse écouter sans prise de tête. Sans jamais chercher à se démarquer, Fury Road nous propose un premier album des plus sympathiques qui nous entraine sur les highways d’outre-Atlantique.

OMA JALI: Challenge

France, Rock (M&O, 2025)

Les amateurs de rock furieux connaissent déjà Oma Jali, ex-front woman de la formation lilloise The NoFace. La chanteuse est donc loin d’être une novice, d’autant qu’elle a également accompagné Zucchero à l’international. Le public, elle connait, et aujourd’hui, elle se lance le défi de se faire un nom en solo avec Challenge, un Ep 6 titres qui puise dans nombre de ses influences. La voix puissante et chaleureuse d’Oma distille un mélange de rock énergique, de punk attitude et de soul incandescente. On pourrait aisément comparer l’esprit d’Oma à une union entre Baby Jean (Mother’s Finest) et Skunk Anasie, tant pour l’énergie que l’attitude. En démarrant avec Someone special, le message semble évident: cette voix veut toucher le public au cœur. Tout au long de ces 6 morceaux, Oma navigue dans ces univers qui ont en commun la musique noire américaine, blues et soul qui ont donné naissance à ce rock imparable. On se laisse aisément entrainer dans le monde chaleureux d’Oma tout au long des Q.C, Say it, What is life ou autres Save me et Chains, sortes de témoignages personnels, d’introspection et point de départ d’une nouvelle vie musicale se faisant accompagner des guitaristes Cédric Goosens et Guillaume Laprade, du bassiste Eric Rakotoarivony et du batteur Roch Deroubaix. Avec un tel caractère et un tel backing band, Oma Jali pourrait bien se faire un nom qui dépassera nos frontières.

INKY TERRA: Precipice

France, Metal (M&O, 2025)

Ca commence assez soft, avec des guitares « américaines », avant de monter en puissance vers un metalcore/metal moderne à la Parkway Drive. Versus, qui introduit Précipice, le premier album des Français de Inky Terra présente de nombreuses facettes du groupe. On y trouve à la fois un chant gracieux comme peut l’être celui de Joel Ekelöf (Soen) et des aspects beaucoup plus rugueux qui peuvent parfois évoquer System Of A Down. Musicalement aussi, et la tendance au mix se confirme tout au long des 9 titres de cet album. On passe ainsi, au cours d’un même morceau, du calme à la tempête, de la douceur à la brutalité. Les breakdowns côtoient sans difficulté de bien plus douces mélodies. Précipice met ainsi face à face, dos à dos, jour et nuit, ombre et lumière, tendresse et robustesse. Pour une fois, le terme de metal alternatif est parfaitement justifié tant le groupe passe d’un registre à un autre avec entrain et aisance. Inky Terra n’est certes pas le premier groupe à tenter ces mariages – et ne sera pas le dernier – mais on sent tout au long de l’album une rage de convaincre doublée d’une maturité musicale certaine. Le groupe ne vient pas de nulle part puisqu’il s’est formé en 2019 en Ardèche, seul département où personne ne peut prendre le train puisque dépourvu de gare voyageurs. dans de telles conditions, on se laisse porter par son environnement et on se perfectionne dans ses choix, ce qu’Inky Terra n’a pas manqué de faire. Un album à découvrir.

METRAL: Fou à lier

France, Hard rock (M&O, 2025)

Metral ou « l’éternel retour » d’un groupe de hard rock direct et sans fard. Le combo a en effet déjà deux albums à son actif (Notre regard, paru chez Brennus en 2014, et L’ombre du sang, une autoproduction parue en 2018). Autant dire que les gaillards prennent leur temps! Car il aura fallu 7 ans pour que le combo ne revienne avec ce Fou à lier dont l’Histoire se souviendra comme d’un Chinese democracy à la française (non, je déconne…Même si eux le voudraient peut-être bien!) Si le début de Coeurs brisés qui ouvre l’album peut prêter à sourire par ses évidences musicales et sa maladresse textuelle (des paroles « peut mieux faire »), il faut pousser un peu plus loin pour vraiment apprécier ce heavy rock franc du collier. Metral propose ainsi 10 titres qui vont droit au but, qui rappellent à la fois la fulgurance de Trust, le chant de Titan, l’énergie et l’envie de la vague heavy français de la période 80-85. On se laisse prendre au jeu et on tape du pied avec plaisir, tout en se laissant intriguer par ce qui ressemble à toute une histoire. De ce point de vue, la succession des titres est claire: aller de Cœurs brisés à Le temps du courage, en passant par ce stade de colère (Fou à lier) ou Les secrets de l’amitié se transformant en Le masque de la mort, Metral nous propose une forme d’introspection qui peut parler à tout un chacun. Sans rien réinventer, le quintette (Denis Frappier au chant, Pete Ord et Loïc Colin aux guitares, Guy Misfud à la basse et Paul Coursimault à la batterie) se fait plaisir et nous offre un album simplement sincère.

HUNTDOWN: This is war

France, Hardcore (M&O, 2025)

Formé au début des années 2020, Huntdown publie Chasing demons, un premier Ep de 6 titres en 2023. Brut de décoffrage, les parisiens s’adressent clairement aux amateurs de hardcore brutal américain, aux fans de Hatebreed ou Madball, pour ne citer qu’eux. This is war, leur premier album aux influences thrashisantes, propose 6 nouveautés accompagnées de 4 morceau dudit Ep. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les mecs sont sérieux. Le titre de l’album résume à lui seul parfaitement le propos: une guerre de décibels et d’énergies explosive est ouverte dès Dump. Et jamais Huntdown ne met le pied sur le frein. Le chant rageur est parfaitement soutenu par un ensemble rugueux et direct. Une rugosité qui, si elle domine, est, par instants, contrebalancée par des des « respirations », passages plus lents mais bigrement lourds. Une bonne grosse claque qui n’est autre qu’une invitation à pogoter tout son soul! Ex-plo-sif!

Séance de rattrapage: YDHESSÄ: Genesis

Pagan/Folk, France (M&O, 2025)

Etonnant album que ce Genesis signé des Français de Ydhessä. Le groupe est composé de cinq musiciens d’horizons si variés que le résultat ne peut être qu’un mélange des origines de chacun. Gaetan Courouble (chant et bouzouki irlandais) vient du folk rock, Luna Limage (chant, harpe et flûte), de la world music, Djaffar Lebdiri (bouzouki aussi, flûte itou et cornemuse) est issu de la musique celtique irlandaise. A ceux-là viennent s’ajouter Maxime Baltor et ses percussions tribales orientales (djembé, congas et darbouka auxquels on ajoute un autre bouzouki irlandais) tandis qu’Arthur Maione apporte sa touche plus metal à la batterie. On connait tous ces instruments? Certes non, alors une petite recherche indique que ledit bouzouki est une sorte de luth à long manche. Un instrument à cordes cousin de la guitare, donc. Le résultat est souvent surprenant, et les 12 titres mélangent avec un certain bonheur ces univers a priori incompatibles et le chant mixte, presque lyrique de Luna (également harpiste de la formation, instrument de plus en plus en vue!) – à l’anglais peu compréhensible – et plus incantatoire de Gaetan. Si l’ensemble est plein de belles intentions, il manque toutefois quelque peu de corps. On apprécie cependant cette douceur bienveillante qui rencontre une forme de rudesse de mère nature, ainsi que le mélange de ces influences qui apportent une teinte particulière à l’ensemble. Une jolie carte de visite.