ACCEPT live à Paris (l’Elysée Montmartre, le 1er février 2018)

On vit une époque formidable… La forme qu’affichent les anciens, les groupes à la carrière multi décennale est simplement bluffante. Je n’ai presque jamais été déçu par un concert d’Iron Maiden, Saxon ou Accept. Alors ces derniers de retour à Paris, dans un Elysée Montmartre qui célébrait en début de décennie leur résurrection, avec le chanteur Mark Tornillo en lieu et place de « l’indispensable » Udo Dirkschneider, eh ben… 9a ne se rate pas. J’arrive tôt à l’Elysée afin d’interviewer Night Demon, trio US qui ouvre ce soir pour les Germano Américains. Jarvis, le bassiste chanteur, a malheureusement la voix quelque peu enrouée, ce qui se ressentira sur la seconde moitié du set.

Losque le power trio – une configuration qui évoque le line-up de Raven ou Motörhead (un bassiste chanteur, un guitariste et un batteur) – monte sur scène, le public ne sait pas vraiment à quoi s’attendre. Night Demon est simplement habité de l’esprit de la NWOBHM et cela transpire tant dans sa musique qu’on sait que les amateurs du genre, nombreux ce soir, vont apprécier. Le groupe explore ses deux albums, faisiant une belle place à son petit dernier, Darkness remains, récemment réédité en format « expanded ». Les influences sont évidentes et l’on s’amuse de ce jeu de piste qui nous renvoit dans une époque qui continue d’en faire réver beaucoup. Maiden estde la partie (Maiden hell, facile), mais également Diamond Head ou, moins évident, Thin Lizzy dans les aspects les plus bluesy du combo. Le riff de Run for your life évoque ouvertement le Waisted de Def Leppard , période Pete Willis (sur son premier et superbe album, que le groupe a trop tendance à oublier, On through the night). Malheureusement, la voix de Jarvis commence à souffrir, et son chant devinet très limité… Un extrait de quelques mesures d’Overkill, en hommage à Fast Eddie récemment disparu, un final avec la venue d’une faucheuse qui rappelle quelques mascottes (Iron Maiden, Grave Digger ou Megadeth), et Night Demon s’en retourne backstage laissant un public ravi. Quelques couacs, mais un set efficace quinous a fait découvrir un groupe plus que sympathique.

Après une intrigante mais remarquée première partie de Sabaton l’an dernier, Peter Baltes et Wolf Hoffmann réinvestissent les planches avec bonheur. Accept fait en effet partie de ces groupes qui maîtrisent tant leur sujet qu’on sait ne pas pouvoir être décus par leur prestation. Même Mark Tornillo, habituellement silencieux entre deux chansons, est bavard ce soir. Les petits nouveaux ( le discret Uwe Lulis et le plus expansif Christopher Williams, respectivement guitariste et batteur) arrivés en 2015 sont parfaitement intégrés. On sent ce line-up particulièrement confiant et très enjoué: la complicité entre les musiciens fait plaisir à voir.

Sans surprise, Accept sort l’artillerie lourde dès le départ avec un décor militaire (à quand le retour des treillis? Non, je blague…), des fumigènes en pagaille et des lights irréprochables (enfin le retour des poursuites dans une salle moyenne!). En alternant titres speed et morceaux heavy, en piochant dans quelques raretés (Objection overruled est une belle surprise, notamment complété de ce duel entre les deux anciens – Wolf et Peter), en jouant avec un public tout acquis à sa cause, Accept prouve une nouvelle fois l’excellence de son professionnalisme. Il n’y a rien à redire, sauf ce petit écart qu’est l’interprétation en solo que fait maitre Wolf du Bolero de Ravel… Ce même Wolf Hoffmann ravi d’exhiber une collection de guitares toutes plus flashy les unes que les autres – on est au royaume des paillettes bleues et rouges! – est, comme à son habitude, le maitre des lieux.

Cependant, avec 5 titres d’affilée issus du dernier album (The rise of choas, Koolaid, No regrets, Analog man et The final journey), même si le groupe est là pour le défendre  (dont il aura présenté 6 titres sur 10), c’est peut-être beaucoup pour ceux qui ne connaissent pas The rise of chaos. Heureusement, c’est du lourd, et Accept a tout loisir de se concentrer sur ses classiques attendus (au hasard? Princess of the dawn, Balls to the wall, Restless and wild, Fast as a shark) ou ses morceaux les plus récents (Stalingrad, Shadow soldiers, Teutonic terror, Pandemic…), faisant la par belle à la période dorée que le groupe vit depuis son retour avec Tornillo.

Deux heures durant Accept séduit un public ravi avant que Mark ne lance un « Thank you Paris, we’ll see you at Hellfest ». Oui, Messieurs, le rendez-vous est noté et hors de question de rater ce rendez-vous avec l’un des derniers monstres sacrés du metal allemand!

RUNNING WILD: Rééditions

Heavy metal, Allemagne (BMG, 2017)

Souvenez-vous: en 2016, BMG publiait une série de doubles compilations de groupes qui figuraient, au cours des années 80, sur le mythique label allemand indépendant Noise. Intitulées Nosie lebt! ces compilations résumaient la carrière de groupes aussi variés que Helloween, Kreator, Grave Digger, Tankard, ou encore Running Wild. Eh, bien, les inventeurs du metal pirate sont aujourd’hui à l’honneur puisque BMG a décidé de rééditer pas moins de 5 albums aussi légendaires que le label qui mit au jour le groupe de Rock n Wolfe. 5 albums dans des versions expanded – rallongées, donc – bénéficiant chacun de titres supplémentaires et d’un lifting du livret, dont les notes retracent en profondeur la genèse de l’album et l’histoire du groupe. Under Jolly Roger, sans doute l’album le plus marquant puisque inventeur du genre, est le seul présenté sous la forme d’un double CD – et dispose sans doute du livret le moins attractif du lot . On se délecte à l’écoute – la redécouverte pourrait-on dire – du metal fortement influencé par Maiden, Priest ou Motörhead, légèrement diabolique aux débuts jusqu’à ce coup de génie qui vit le groupe devenir les pirates du metal. les versions réenregistrées de certains morceaux valent au moins autant que leurs versions originales, et sont au goût du jour. Aucun fan ne passera à côté de ces documents dont on regrette seulement le manque d’enregistrements live inédit ou d’un bonus vidéo/DVD. N’empêche, vous savez ce qu’il vous reste à faire, moussaillons!

DIRKSCHNEIDER live à Paris (La Machine du Moulin Rouge, le 13 décembre 2017)

Avec son projet Back to the roots qui propose de revenir « une dernière fois » sur les meilleures chansons qu’il a pu écrire en compagnie d ‘Accept, Udo Dirkschneider retrouve avec bonheur de nombreuses scènes mondiales. Paris en fait partie, et c’est un vrai plaisir que de pouvoir réécouter ces classiques parmi les classiques interprétés par leur chanteur originel, accompagné de ses compagnons d’UDO.

Rendez-vous est donc pris à la Machine du Moulin Rouge – l’ex-locomotive – pour une affiche 100% heavy metal vintage puisque le maître de cérémonie à convié les Anglais de Raven à venir ouvrir. Rares en France, une telle opportunité devrait attirer du monde, mais… Ce ne sont qu’environ 400 personnes qui se présentent, assez pour créer une bonne ambiance, trop peu au regard des artistes présents.

Raven déploie, comme d’habitude pour qui les a vu auparavant, une extraordinaire énergie. Et que l’on soit ou non fan de ce metal si particulier, du chant hallucinant de John Gallagher, surtout, on ne peut que reconnaître que le trio pête la forme; un détail, cependant, et pas des moindres: le batteur a changé. Malheureusement victime d’une crise cardiaque, Joe Hasselvander a dû jeter l’éponge. La tournée a tout de même pu être assurée grâce à la participation, des deux côtés de l’Atlantique, de différents batteurs venus spontanément donner un coup – de très nombreux coups – de baguettes. Raven a beau ne plus attirer autant qu’avant, son statut reste intact auprès des musiciens.

Le public présent dans la fosse ce soir ne peut qu’être épaté par l’énergie développé sur scène par les frangins Gallagher. John est toujours équipé de son micro mobile, lui permettant d’envahir, avec son frère la scène et d’aller voir le public partout. Sa voix est toujours aussi puissante et son chant hallucinant. Et cette collection de basses a de quoi impressionner! Mark, quant à lui, est parfaitement remis de l’accident qui, en 2001, a failli lui coûter ses jambes. Sans toutefois sauter comme un cabris, il se démène, courant dans tous les sens, grimaçant à l’envi tout en délivrant des parties de guitares d’une redoutable efficacité. La setlist, courte, propose des classiques tels que All for one, Hell patrol, ou Rock until you drop. Le groupe nous propose même une rareté qui n’aurait pu être jouée à certaines époques sans risquer de s’attirer les foudres. Mais « this is a fucked up world with fucked up politics », et Hung, drawn and quatered est parfaitement approprié.

Avant de terminer avec le dingue Crash bang wallop – un des morceaux qui valu à la musique de Raven le surnom d’Athletic rock – un mini medley est proposé avec un extrait du It’s a long way to the top (if you wanna rock n roll) dédié à Malcolm Young. La vie n’a pas été tous les jours facile avec Raven, et c’est bien dommage, car, malgré le poids des ans qui se fait visible, le groupe est toujours aussi pêchu.

Après une intro tribale, les musiciens de Dirkschneider entrent sur scène sur The beast inside. Le chanteur, lui, soigne son entrée. Sa voix rauque résonne et, lorsqu’enfin, il apparait, le public est aux anges. Le chanteur se pose devant la scène, agrippé à son micro, et recule régulièrement lors des aprties instrumentales, mettant en avant ses musiciens. Ces derniers se connaissent parfaitement puisque ce sont ceux qui l’accompagnent déjà au sein de UDO dont de vastes tentures annoncent le retour en 2018.

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Rapidement, un constat s’impose: Udo Dirkschneider s’est empâté, et il a du mal a se mouvoir. s’il n’a jamais été particulièrement mobile sur scène du temps d’Accept, ce soir, il bouge à peine. Certes, il vient faire l’accolade à ses gars, mais tranquillement. Eux, en revanche, semblent s’éclater comme des gamins (qu’ils sont, d’ailleurs) et profitent pleinement de chaque instant.

C’est donc la setlist qui vaut le détour. Bien sûr, il n’est pas possible de faire l’impasse sur les indispensables classiques que sont London leatherboys, Princess of the dawn, Breaker, Fast as a shark ou Metal Heart. Et bien que l’on puisse s’attendre à d’autres classiques, Dirkschneider préfère jouer la carte de la surprise avec de vraies raretés, celles qu’on a oublies, ou presque. Quel plaisir en réalité d’écouter Bulletproof, Slaves to metal, Another second to be, Protectors of terror, Stone evil ou XTC! Bien qu’ayant moins marqué l’histoire d’Accept, ces morceaux se révèlent simplement très efficaces. Udo a dû se faire plaisir en réexplorant son passé, en le redécouvrant, même, et propose là matière à un troisième volet de son projet Back to the roots – qui pourrait même se nommer Farewell accepted.

Le groupe est, de son côté parfaitement en place, aidé par un light show impeccable. Si les attaques frontales à 4 rapellent évidemment Accept, chacun dispose de son espace partagé, du soutien d’Udo et de son moment, ses moments d’expression en solo. L’histoire d’un groupe qui revisite celle d’un autre groupe, en somme.

Bien sûr, on aurait apprécié – plus que ça, même, Starlight, Burning, Restless and wild, Flesh rockin man, Up to the limit, Head over heels et/ou Loosers and winners et d’autres encore, mais ça ferait un show de 4 heures! Alors à ceux que j’ai entendu râler au bar disant qu’il s’agissait « d’une setlist de merde », je répond que non! C’est le concept même de cette tournée Back to the roots – A farewall to Accept   que de sortir de vieux titres d’Accept rarement ou jamais joués. Et le groupe s’est parfaitement approprié ce répertoire pas évident. Udo Dirkschneider aurait facilement pu capitaliser sur les classiques, il a préféré choisir le risque, et rien que pour ça, il mérite le respect.

 

Merci à Roger Wessier et Base prod d’avoir rendu ce report possible

SCORPIONS: Born to touch your feelings

Rock, Allemagne (RCA/Sony music, 2017)

Scorpions sans ballades ne serait pas Scorpions. Alors quoi de mieux que de célébrer l’arrivée de Mikkey Dee à la batterie que de proposer une nouvelle compilation de ballades? Un peu contrasté, non? Voire contradictoire, pour l’ex bucheron de Motörhead! Ce Born to touch your feelings présente la particularité de proposer des morceaux remasterisés (principalement en 2015) ou présentés dans des versions plus récentes. Bien sûr figurent au tracklisting les indispensables que sont Always somewhere, Holiday, Lady starlight, When the smoke is going down, Wind of change ou Still loving you. Ce disque est cependant l’occasion de (re)découvrir d’autres morceaux comme Follow your ehart, Melrose avenue, The best is yet to come… 17 titres, 17 ballades variées et souvent enchanteresses. Seulement, 17 ballades, c’est long pour l’amateur de rock. Ok… ce n’est sans doute pas la cible commerciale, le public visé étant plus celui qui ne connait Scorpions que via, pour, ses ballades. Le produit final est toutefois réussi, et présente l’énorme avantage, en soirée, de ne pas chercher des heures durant une jolie ballade pour un moment de douceur. Un beau produit, une belle compilation, pas du tout représentative de ce qu’est Scorpions. Mais ça sent quand même le futur album… Plus rock, sans aucun doute! En attendant, si vous n’avez pas encore trouvé comment faire plasir à votre douce, il est encore temps!

Pumpkins United: HELLOWEEN live à Paris (Zénith Paris la Villette, le 15 novembre 2017)

Les fans le savent et attendaient cet événement depuis longtemps: le retour de Michael Kiske, le second chanteur mais celui qui a vu la carrière du groupe décoller, et de Kai Hansen, premier chanteur guitariste, dans la famille Helloween. Mieux encore, les deux ex ne prennent la place de personne puisqu’ils viennent compléter le line up composé depuis des lustres par Andi Deris (chant), Mickael Weikath et Sascha Gerstner (guitares), Markus Grosskopf (basse) et Dani Löble (batterie) pour un spectacle à 7 visages. On le sait depuis quelques temps, les chanteurs alterneront entre duo/trio et parties individuelles, pour le plus grand bonheur de tous.

Personne ne sait encore s’il une première partie est prévue. En arrivant sur place, le public découvre un Zénith en petite configuration, et un gigantesque backdrop célébrant cette réunion. Le concert n’est pas complet mais il y a suffisamment de monde pour que la soirée soit chaude. le temps passe, et il est clair que Helloween sera seul ce soir. Pas plus mal avec un concert annoncé de près de 3 heures… Plongée dans le noir à 20h, la salle résonne d’une ovation publique et des premières notes de Halloween. Séparés par la batterie, les deux chanteurs ne tardent pas à utilisée l’avancée de scène, accompagnés de Kai Hansen, où, sans surprise, ils reçoivent une ovation explosive. Les enfants prodigues sont de retour, et la famille se réunit rapidement autour, affichant – ce qui sera une constante – une complicité retrouvée. Les photographes ne savent plus où donner de la tête tant il y a de monde sur scène… Ces mêmes photographes vivent même une petite galère, les consignes données aux agents de sécu changeant d’un agent à l’autre: « vous pouvez rester », « non, la sortie, c’est ici… Ah, ben, en fait, vous pouvez rentrer avec vos pass photos, mais de l’autre côté » « Non, ici, sans billet, vous n’entrez pas… » Bon, les gars, vous avez le choix: gradins ou fosse? » Ce petit intermède nous fait rater 3 chansons, mais, allez, ça fait partie des gentilles galères. Merci, Fabienne de nous avoir fait, finalement, entrer!

 

Les 7 sur scène donnent rapidement l’impression non seulement d’avoir, en vrai pros qu’ils sont, trouvé leur marques, mais aucun des musiciens ne cherchent à s’imposer. L’esprit de groupe, ce soir, a éjecté royalement égos et conflits d’intérêts. Tous affichent une belle complicité et une réelle joie d’être là.

En fond de scène, un écran diffuse des animations de circonstances, citrouilles, Dr Stein et autres créatures, dont le duo de citrouilles déconnantes Seth et Doc qui animent les divers intermèdes du set. Nombreux, d’ailleurs, ces intermèdes cassent un peu le rythme mais avec un show aussi long, les musiciens ont sans doute besoin de souffler et de récupérer au calme.

L’un des moments forts arrive rapidement, Kai Hansen se posant devant son micro pour interpréter, en compagnie de ses anciens compères, 3 titres des débuts de Helloween. Autant dire que le public est aux anges avec ce triptyque composé de Starlight, Ride the sky et Judas (encore un titre d’actualité tellement nos politicards puent à travers le monde), suivis de Heavy metal (is the law). Un grand moment salué comme il le mérite !

Le décor est à la fois sobre (une citrouille découpée et des marches de part et d’autres de la batterie), tandis que les lumières sont remarquables et parfaitement réfléchies pour mettre en valeur tous les musiciens à tour de rôle – ni trop ni trop peu – et chaque chanson bénéficie d’un traitement spécifique. Le moment calme voit Sasha Gerstner accompagner, seul, Deris et Kiske sur les ballades Forever and one et A tale that wasn’t right avant que les hostilités ne reprennent avec le très enjoué et optimiste I can qui précède un superbe solo de batterie. Dani Löble frappe ses fûts quelques minutes avant que l’écran ne projette les images d’une main glissant une VHS dans un magnétoscope. Su la tranche est inscrit « Ingo drum solo ». Ingo Schwichtenberg est, lui aussi, à l’honneur ce soir grâce à ces images d’archives qui deviennent le prétexte d’une bataille de batterie entre Ingo et Dani. Beau, impressionnant et, surtout, émouvant.

Why ? est sujet à un petit moment de flottement lorsque Kai Hansen s’approche de Michael Kiske, vraisemblablement pour lui dire qu’il chante un ton trop bas, ce qui fait rire le chanteur qui se reprend vite avant le retour de Deris pour un Soul survivor d’enfer. C’est le seul titre, d’ailleurs, qui voit ces 2 mots (Soul et Survivor, pour ceux qui ne suivent pas…) projetés en fond de scène…

Juste après Power, Andi Deris se fend d’un petit speach avant d’introduire How many tears chanté à 3 voix. Sur les côtés de la scène, je remarque les secouristes qui s’affairent, tentant apparemment d’extraire un slammer mal tombé. Il y en a peu, ce soir, et les agents de sécurité sont gênes par la disposition de la scène…Les choses semblent bien se terminer. Reste que How many tears ressemble à s’y méprendre à un final. Mais non, c’est trop tôt… Pourtant, non, Helloween quitte la scène et revient pour un premier rappel.

C’est Kiske qui s’y colle pour un Eagle fly free bienvenu, suivi d’une joli « accusation » : « ce morceau dure 15’… C’est Michael Weikath qui en est coupable » introduisant l’intégrale de Keeper of the seven keys. Un vrai grand moment de concert durant lequel le chant est partagé judicieusement. Et c’est fini… Jusqu’au retour du susmentionné Weiki qui se fend d’un joli solo et, ce qui n’apparaît pas sur les concert précédent, un bel extrait de Blue suede shoes. Enfin, final dantesque, Future world est explosif, autant que le public sur I want out, message à peine nécessaire après près de 3 heures d’un show qui se conclue avec des cotillons et confettis.

Ce soir, Helloween était au mieux de sa forme. Dommage que le public ne fut pas plus nombreux, mais c’est ainsi. Les présents ont passé rien moins qu’une des meilleurs soirées de l’année. Ni plus, ni moins. Superbe !

 

Merci à GDP, Olivier Garnie, Fabienne et Roger Wessier d’avoir rendu ce report possible.

Histoire d’une légende: HELLOWEEN

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Une nouvelle tournée ou un nouvel album de Helloween représente toujours pour l’amateur de mélodies puissantes, chantantes, aux rythmes rapides et enlevés un moment de plaisir. Car s’il y a fort à parier que si trois noms reviennent souvent, le metal allemand ne se résume pas à Scorpions, Accept ou Rammstein, loin s’en faut. Au fil des années, nos voisins germains ont su, bien mieux qu’en France, exploiter leurs différences culturelles pour en faire une force musicale et commerciale sérieuse et respectée. Si l’histoire retiendra, parmi d’autres, des formations comme Kreator, vétéran brutal de la scène Thrash, Running Wild, Rage ou Blind Guardian, elle se souviendra surtout de Helloween dont la montée en puissance fut aussi importante que sa chute fut brutale et sa reconquête courageuse et glorieuse. Depuis la sortie de son premier album, Walls Of Jericho en 1985, Helloween a en effet conquis le monde avant de sombrer dans une quasi banqueroute. Un changement de chanteur plus tard, la formation parvient, à la force du poignet, à redorer son blason et à stabiliser sa carrière, malgré quelques choix parfois surprenants. Malgré la sortie de succulents albums ces dernières années, il est un évenement que TOUS les fans attendaient avec impatience :  une réunion avec les anciens membres. Si les deux parties du Hellish tour ont permis un rapprochement avec Kai Hansen et son Gamma Ray, l’année 2017 sera marquée par la tournée Pumpkins united qui voit les membres actuels accueillir au sein de Helloween non seulement Kai Hansen mais également – surtout – Mickael Kiske, le premier chanteur. Retour sur l’histoire des citrouilles enragées.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

SPLENDEUR

Formé en 1978 par les guitaristes Michael Weitkath et Kai Hansen (également au chant) accompagnés de Markus Grosskopf (basse) et Ingo Schwichtenberg (batterie), Helloween s’impose en quelques années comme le challenger le plus important des leaders de la scène allemande du début des 80’s, Scorpions en tête. Le groupe prend le temps nécessaire pour peaufiner son style et travailler son répertoire. Ce n’est qu’en 1985 que sort son premier disque, un mini album sobrement connu sous le nom de Helloween. Si cette carte de visite de cinq morceaux ne montre naturellement pas encore toutes les facettes musicales du groupe, il en est une qui deviendra rapidement sa signature : le speed. Car Helloween joue vite. Le groupe semble non seulement déterminé à rivaliser avec des formations américaines au prestige grandissant, comme Metallica ou Slayer, mais cherche également à faire de l’ombre à ses compatriotes. Scorpions, avec Love at first sting (1984) dominent le monde du hard rock, Accept tente de leur voler la place avec son dernier né, Metal heart, Kreator vient de sortir Endless pain, les pirates de Running Wild confirment leur statut d’outsider aux dents longues avec leur second Lp, Branded and exiled… Bref, la concurrence est rude. Son mini Lp a permis à Helloween de se faire remarquer par le label Noise qui lui propose un contrat. Dans la foulée, le groupe publie son premier véritable album, le vigoureux Walls of Jericho dont les neuf titres confirment le statut tant local qu’européen du groupe mené par Kai Hansen. Les morceaux s’éloignent de l’esprit thrash direct pour inclure de nombreux aspects mélodiques qui évoquent souvent Judas Priest ou Iron Maiden. Evoquer la musique de Helloween se fait désormais en parlant de speed mélodique ou power metal. Le groupe s’impose alors un premier changement stratégique majeur : Kai Hansen ne pouvant assurer à la fois le chant et la guitare décide de céder le micro. Arrive le chanteur Michael Kiske dont les capacités sont bien supérieures à celles du Kai de 86. Helloween s’attaque à un gigantesque projet à traduire sur un double album. Las, Noise n’a pas assez confiance dans le potentiel commercial de son poulain et l’incite à publier la saga Keeper Of The Seven Keys en deux volumes. Une saga dont certains morceaux frôlent le quart d’heure, proche de l’esprit progressif. Keeper of the seven keys – part 1 parait en 1987 et montre un groupe heavy, speed, puissant, un groupe dont les mélodies efficaces, mémorisables aux intonations souvent aussi humoristiques que les illustrations de l’album font mouche immédiatement. Même le marché américain cède et tombe sous le charme des armées de citrouilles pas si maléfiques que ça. Keeper of the seven keys – part 2 suit un an plus tard (1988) et rencontre le même bonheur. Helloween s’offre la tournée des grands ducs, ouvrant sur les dates européennes du Monsters Of Rock dont la tête d’affiche n’est autre qu’Iron Maiden, alors au sommet de sa gloire. Les chemins des deux groupes se croiseront régulièrement à l’avenir, et ce n’est que pure logique. Car non seulement les deux chanteurs ont des voix similaires, mais le mimétisme se traduit même dans la musique, sans que Helloween ne tombe dans le vulgaire plagiat. Les Allemands développent leur propre univers tant musical que visuel. Bien que la citrouille alcoolique et amatrice de substances diverses devienne un élément indispensable de l’esprit Helloween, il est impossible de la confondre avec un certain Eddie dont l’aura n’est en rien comparable… Le succès du groupe est immortalisé en 1989 sur un premier album live, Live in the UK. Etrangement, ce disque sort sous trois versions différentes, avec le même track listing (la version européenne bénéficie toutefois au milieu d’un morceau supplémentaire, Rise and fall) mais trois appellations différentes : les Japonais ont ainsi droit à un Keepers Live tandis que le marché américain propose I want out live.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

DECADENCE

Les gros labels commencent à faire de l’œil aux Allemands qui se laissent finalement séduire par l’offre d’EMI (tiens donc…). Noise ne l’entend pas de cette oreille et intente un procès à Helloween qui a voulu casser son contrat. Le groupe perd le procès et subit les très lourdes conséquences du jugement : il doit payer une forte amende à Noise et, pire, se voit interdire de sortir le moindre disque en dehors des marchés européens et japonais. Condamné à perdre, ou plus exactement, forcé à renoncer à l’énorme potentiel commercial du territoire américain qui venait de lui faire un triomphe, Helloween va connaitre une chute aussi vertigineuse que sa conquête fut glorieuse. Kai Hansen quitte le cucurbitacée pour former Gamma Ray, et se voit remplacé par Roland Grapow. Les deux albums qui suivent sont osés, certes, mais humainement et commercialement catastrophiques. Le procès a laissé des traces, et la musique s’en ressent. L’accueil tant public que critique que reçoit Pink bubbles go ape à sa sortie en 1991 n’est pas froid, il est glacial. Personne ne comprend où le groupe veut en venir et Chameleon, paru en 1993, n’arrange pas les choses. Si Helloween n’a plus à démontrer son sens de la mélodie, le groupe semble avoir levé le pied, cela dès la couverture on ne peut plus simpliste. L’introduction du violon surprend, moins cependant que la disparition des guitares sur certaines chansons. Le public, désorienté, déserte et les tensions dans le groupe, plus importantes que jamais, résultent en l’éviction de Michael Kiske, suivi par le dépressif et schizophrène Ingo (le batteur se suicidera en mars 1995) et en la fin du contrat avec EMI. Peu de possibilités s’offrent au groupe : soit disparaitre, mais cela est inenvisageable tant la passion qui anime les membres fondateurs est intacte, soit relever la tête, et renaitre.

RECONQUETE

 

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

Le salut provient de l’intégration du chanteur d’une formation très en vue, Andi DERIS, dont le groupe Pink Cream 69 gravit fièrement les échelons de la gloire, et dont le dernier né, Games people play (1993), rencontre le succès un peu partout en Europe et au Japon. Helloween embauche également le batteur Uli Kusch et signe sur un label de taille raisonnable, Raw Power. La formation ainsi constituée ne changera pas jusqu’en 2002. Cette stabilité se traduira naturellement par une efficacité grandissante des compositions du nouveau Helloween. Andi Deris espère que ses fans, ceux de Pink Cream 69 le suivront dans cette nouvelle aventure. Mais il sait également qu’il faut proposer un bon album. Lorsque parait Master Of The Rings en 1994, les critiques s’avouent soulagés, accueillant positivement cet album qui renoue avec la puissance et les mélodies qui ont fait la gloire du groupe. Le public suit, le succès est de retour. La pêche nouvelle se traduit de nouveau deux ans plus tard avec The time of the oath dont la pochette rappelle l’époque glorieuse de Keeper of the seven keys. Helloween s’engage alors dans une vaste tournée mondiale et en tire le double live High live (1996), enregistré au bout de quatorze mois de tournée alors que le groupe était épuisé. Epuisé mais étant de nouveau dans le cœur des fans, Helloween reprend enfin confiance. La troupe de Michael Weikath doit toutefois confirmer auprès du public et des médias son retour en grâce. L’époque s’y prête d’autant plus que les avancées technologiques permettent à Helloween de tirer avantage du numérique.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

Better than raw complète la trilogie entamée avec les deux disques précédents et rassure tout le monde quant à la santé mentale et musicale du groupe et ce dès la pochette qui se rapproche toujours plus de l’esprit Helloween : une sorcière sexy préparant, le sourire aux lèvres, une potion quelconque dans une marmite digne de celle qu’utilise Panoramix. Quand un groupe décide d’inclure dans son nom le mot Enfer (Hell), il doit s’attendre à quelques surprises. Elles viennent cette fois-ci du Japon, qui publie deux CD de versions disons… particulières de certains des succès de Helloween depuis ses débuts. Fort heureusement, ces Karaoke Remixes 1 et 2 (1998) ne sont destinés qu’au marché nippon, le groupe n’ayant pu s’opposer à la diffusion de ces produits qui, au final, ne portent que le nom du groupe. En revanche, les Allemands étant contractuellement liés à Raw Power le temps d’un dernier album, c’est volontairement qu’ils enregistrent un CD décalé de reprises. Metal jukebox (1999) propose donc une collection de chansons populaires arrangées à la sauce metal. Abba y côtoient David Bowie ou, plus rock, Scorpions. Il est ensuite temps, avec l’arrivée du nouveau millénaire, de repasser à quelque chose de plus sérieux. Pour son nouveau label, Nuclear Blast, Helloween enregistre The dark ride au contenu aussi sombre que sa pochette, illustrée, une fois n’est pas coutume, d’une citrouille à l’aspect inquiétant, menaçant, voire horrifique. Si le groupe parvient à s’imposer de nouveau à travers la planète, tout ne se passe pas pour le mieux entre les musiciens. Alors que la formation était stable depuis une petite dizaine d’années, certains egos semblent prendre le dessus. Et lorsque « les gens ne jouent dans un groupe que pour l’argent, ou simplement pour leur égo et pas pour le bien du groupe, ça devient de moins en moins vivable » (NDMP : propos que m’a tenus Andi Deris au cours d’une interview en 2010). Helloween se sépare alors de Roland Grapow et invitent, quelques temps plus tard, Sascha Gerstner, guitariste officiant chez Freedom Call. Entre temps, Noise publie, après avoir obtenu le consentement du groupe, une nouvelle compilation, Buried treasure, un double album (triple en édition limitée). L’actualité, toutefois, c’est l’intégration de Sascha. Selon le guitariste, le premier album de Helloween auquel il participât fut enregistré simplement et naturellement, sans prise de tête.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

Tout semblait couler de source à une exception : Mark Cross, le nouveau batteur, ne put enregistrer ce disque car il était malade. Helloween reçut alors l’aide de Mikkey Dee, batteur de Motörhead. Incontestablement, Rabbit don’t come easy (2003) bénéficia de cette publicité. Car si cet album est de prime abord surprenant, il franchi l’épreuve du temps. Daniel Loble intégra par la suite Helloween en tant que batteur. Le groupe de nouveau reconstitué pouvait alors s’attaquer à un projet depuis longtemps attendu par les fans. Bien que le temps ait passé, pour beaucoup, Helloween sera à jamais indissociable des deux volets de Keeper of the seven keys. Dix-huit ans après, la formation estime qu’il est temps de donner un successeur à la saga, et ainsi clore la légende. Lorsque sort, en 2005 et sur SPV, Keeper Of The Seven Keys – The Legacy, les Allemands retrouvent leur place dans le cœur de nombreux fans. Oh, bien sûr, certains se disent déçus ou estiment que jamais il n’aurait fallu s’attaquer de la sorte à un tel monument du Metal, mais le public répond présent dans sa très grande majorité. Helloween met alors sur pieds une grande tournée mondiale d’une année au cours de laquelle sera enregistré le troisième live de la carrière du groupe. Le double Live in Sao Paolo (2007) est plus centré sur la trilogie des Keepers, tout en incluant quelques témoignages d’autres albums. Helloween semble désormais intouchable. La tournée a soudé ses membres comme jamais auparavant. Tout semble continuer de se faire naturellement. Cette année 2007 voit sortir Gambling with the devil, nouvelle offrande réussie et acclamée par le public et les médias. Le groupe semble équilibré, et parait simplement bien, à l’aise, ne cherchant pas, ou plus, à démontrer quoique ce soit. Il prend les choses comme elles viennent. C’est ainsi que nait l’idée, pour fêter les 25 ans depuis la sortie de Walls Of Jericho, de réengistrer certains morceaux en version acoustique. Les grands classiques de Helloween sont ainsi joyeusement et sans complexe revisités et présentés au public sous l’appellation Unarmed – Best Of 25th Anniversary. Mais à peine le public a-t-il le temps de comprendre ce projet que débarque le sombre et violent nouvel album 100% metal, 7 Sinners , qui renoue avec un parcours passé dont jamais Helloween n’aurait dû s’éloigner.

11 janvier 2011, Elysée Montmartre

La tournée qui suit est un triomphe, Helloween semblant avoir retrouvé équilibre et créativité. Deris s’est, petit à petit, imposé comme le leader de la formation en en devenant le compositeur et auteur principal, suivi de près par Sascha Gerstner. L’histoire se répète au cours des années et productions qui suivent, Helloween renouant avec un rythme album tournée soutenu, soit par périodes de deux à trois ans. Ainsi parait en 2013 Straight out of hell, un nouveau succès qui donne une seconde fois l’opportunité à Helloween de tourner en compagnie du Gamma Ray de Kai Hansen.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia – avec Kai Hansen

Le Hellish tour part II excite les appétits des fans les plus avides d’une reformation et le plaisir de se retrouver tous sur scène le temps de quelques chansons en rappel se lit sur les visages des musiciens. Une étape reste à franchir avant que le fantasme ne devienne réalité… En attendant, parait en 2015 un nouvel album, le très remarqué My god given right, suivi d’une nouvelle tournée mondiale à succès. Enfin, fin 2016 l’annonce tombe : Helloween remontera sur les planches mondiales en 2017 et 2018 pour une tournée exceptionnelle intitulée Pumpkins united. Une tournée intégrant Kai Hansen en troisième guitariste et Mickael Kiske qui partagera le chant avec Andi Deris. Les concerts verront ainsi un Helloween à 7 visages, 7 personnalité ayant, semble-t-il, enterré hache de guerre et griefs pour regarder ensemble vers l’avenir. Cette formation nous offrira à n’en pas douter un album live, mais qu’en est-il d’un nouvel album studio ? L’avenir nous le dira.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

TRAVELIN JACK: Commencing coutdown

Hard rock, Allemagne (SPV, 2017)

Punaise, c’est pas possib’ comment qu’il porte bien son nom, ce groupe! Certains parleraient de nostalgie, d’autres de passion, une chose est certaine, c’est que Travelin Jack nous entraîne des décennies en arrière. Vous vous rappelez cette série, Au cœur du temps, et sa spirale temporelle? C’est ce dernier élément qui manque pour voyager parce que sinon… Tout au long de ce Commencing coutdown (un pied de nez au décompte final de Europe?), second album des Allemands, le son des guitares, le chant, les riffs, les rythme, le look, tous est là pour séduire les amoureux du rock US et 60’s et hard rock US et british du début 70’s. Même les noms nous replongent dans ce glorieux passé: Alia Spaceface, dont le chant évoque à la fois la puissance et la fragilité d’une Janis Joplin, Flo The Fly, dont la guitare rappelle tout à la fois le jeu de Hendrix que celui de Uli Jon Roth ou Michael Schenker, la rythmique tenue par Steve Burner (basse) et Montgomery Shell (batterie) rappelle quant à elle l’envie des New York Dolls, la détermination de Thin Lizzy ou la fureur de The Who. Si l’époque du glam est évoquée par le look et certains airs à la T-Rex de Marc Bolan, l’ensemble rappelle aussi Slade ou David Bowie, autant que Scorpions (quelques références à Is there anybody there?volontairement placées), tout comme les influences précédemment mentionnées. Une belle réussite pour les amoureux du genre, ce Commencing countdown devrait voir Jumping… euh, Travellin Jack trouver aisément son public!

CREMATORY: Live insurrection

Heavy metal, Allemagne (SPV, 2017)

Crematory fait partie de ces nombreux groupes à la carrière dépassant le quart de siècle et dont je ne suis absolument pas familier. Ce n’est pas un mal en soi, remarquez, tant les formations pullulent autour de notre petite planète. Et, comme de nombreux autres, Crematory tient à laisser une trace de son passage. Quoi de mieux que son concert au Bang Your Head festival pour ça? Nous sommes le 14 juillet 2016, le groupe est à la maison et dispose d’une place honorable sur l’affiche. Comme beaucoup d’autres, Crematory perd de précieuses minutes avec une longue intro – qui sert de générique sur le DVD de ce Live insurrection. Puis, une fois sur scène, ça joue. Bien. Parfois très heavy, parfois trop indus, à d’autre moment – allez comprendre pourquoi il s’agit des chansons en allemand – très rammsteinien, Crematory affirme son identité musicale. Oui, mais… Si les musiciens sont à l’aise, certains ne font que leur job. Katryn, derrière ses claviers, ne décroche pas un sourire, ne va pas haranguer le public, par exemple, contrairement à Jason (basse) qui occupe toute la scène. Le concert est bien mis en son et en lumière, mais je ne parviens pas à accrocher à ce mélange de guitares heavy (ça, j’aime!) de chant guttural (mouais… je préfère le partage vocal avec le chant clair de Tosse), le tout recouvert d’un nappage de claviers trop présents. Peu d’excitation, et ce sentiment me parait partagé par le public assez statique. Maintenant, les amateurs du groupe seront sans aucun doute possible ravis de ce produit qui répond à toutes les attentes, c’est à dire un concert carré, bien filmé et à la lumière et au son au top. Notez que le DVD propose en plus du concert 5 vidéos bonus, ce qui ne saurait que ravir les fans.

ALPHA TIGER

Heavy metal, Allemagne (SPV, 2017)

Prenez un groupe prometteur et voyez le frontman prendre a poudre d’escampette. Vous paririez volontiers sur la disparition de la formation dans un avenir proche, n’est-ce pas? C’est ce que d’aucuns ont prédi une fin rapide pour Alpha Tiger après le départ de Stefan Dietrich suivant la publication d’Identity en 2015. Seulement, les Allemands ne se sont pas découragés et ont recruté Benjamin Jaino qui s’est emparé du micro. Le groupe a multiplié les concerts avant de reprendre le chemin des studios et de décider de repartir de zéro. C’est bien le message de cet album éponyme au logo disparu, non? Ni titre, ni visuel qui pourrait rappeler le passé. Les nombreux concerts ont permis à la formation de mieux se connaitre et de fonctionner comme il faut ensemble, d’avancer sur la même voie. Le résultat s’en ressent au travers de compos carrée et entraînantes. Le chant est puissant, les guitares rageuses et l’apport d’un orgue Hammond aurait pu se faire plus discret. C’est d’ailleurs la prod dans son ensemble qui pêche: le rendu final est sec, vieux, ni assez gourmand ni suffisamment attirant. Il y a 30 ans, passe encore, mais les moyens actuels permettent à n’importe quel amateur de faire mieux. Et ça, ça gâche presque tout. Dommage, car musicalement, Alpha Tiger sait pondre de petites pépites d’originalité et d’efficacité.

DIRKSCHNEIDER: Back to the roots – Accepted

Heavy metal, Allemagne (AFM, 2017)

Opportuniste, le père Udo? Le retour en force et en forme d’Accept depuis une bonne dizaine d’années est-il à l’origine de ce Back to the roots – Accepted, double live de l’ex-chanteur du groupe qui ne reprend ici, sous son nom, que des classiques d’Accept période Udo Dirckschneider? Le gaillard, légendaire voix d’un groupe non moins légendaire, surfe sur cette vague et l’on ne saurait l’en blâmer. C’est donc sous son propre nom, Dirkschneider, que le vocaliste entraine son groupe en Tchécoslovaquie où cet album a été enregistré le 9 décembre 2016. Et vous voulez savoir? Même si l’on peut s’offusquer d’une telle bassesse (exploiter uniquement le catalogue légendaire d’Accept et mettre de côté certains brûlots de son catalogue personnel), eh bien le vocaliste et son groupe sont tellement en forme que le plaisir est réel. Une belle série de classiques nous est ici proposée et l’on se délectera des Starlight, Flash rockin man, Wrong is right, Son of a bitch, Burning, autant que des indémodables Fast as a shark, Princess of the night ou Metal heart. Ce disque propose également la version DVD, mise en images de ce concert. Les titres sont certes imparables, et les plans mettent en avant un groupe soudé, et non uniquement son chanteur star. La salle, une sorte de Zénith pleine comme un œuf, abrite un public multigénérationnel tout acquis. Le traditionnel mur de Marshalls est remplacé par un mur de lights, ce qui rend parfois la mise au point difficile (allez regarder Breaker et ses lights blanches stroboscopiques). Si l’on peut regretter l’absence totale de bonus, ce double CD/DVD nous donne rapidement envie de retrouver Dirkschneider à Paris le 13 décembre prochain. Le concert annoncé comme Back to the roots part II semble dores et déjà prometteur. Alléchant, tout du moins!