Concerts from home: MOTÖRHEAD

C’est désormais une habitude… Toujours privés de concerts, Metal Eyes continue de de revisiter certains albums live au travers de la rubrique nouvelle rubrique « Concerts from home ». Cette semaine, c’est un monstre sacré qui est décortiqué. Enjoy !

MOTÖRHEAD : Live ! 1978-1999 (Castle music, 2003)

Quoi, quoi, quoi ??? C’est quoi ce live ? Et pourquoi pas le chef d’œuvre No sleep ??? Hein ? Parce que ! voilà ! Les amateurs de Motörhead le savent et le connaissent bien ce Live ! 1978-1999 puisqu’il s’agit du cinquième disque de Stone deaf forever, l’indispensable coffret retraçant la carrière de Lemmy et de ses divers complices depuis la création du groupe. Et c’est bien dans cet esprit qu’il faut aborder ce CD qui contient 21 titres allant d’un On parole brut et rock n roll sous speed et du classique Train kept a rollin’, tous deux extraits du premier live What’s words worth paru en 1978 à trois extraits de Everything louder (On your feet or on your knees, I’m so bad baby I don’t care et un explosif Born to raise hell) datant de 1999. OK, jusque là, que du connu, me dires-vous… Certes, et chacun peut encore aisément trouver ces albums. L’intérêt est ailleurs, donc… Dans ces pépites, ces raretés que nous propose Lemmy parmi lesquelles 6 inédits soit piratés (la reprise de Nadine – prononcé Naydeene – et sa charmante introduction –« this is a French name after all » et Silver machine) ou récupérés auprès de la BBC dont le travail d’archivage sonore est plus qu’exemplaire (Too late too late, (I won’t) pay your price, Steal your face) ainsi que cette version de Metropolis parue sur un 45t grec et, pour l’occasion, renomée Acropolis. Rien que pour ça, ce live vaut plus que le détour, même si le râleur pourra se plaindre que les autres titres restent aisément trouvables puisque figurant déjà sur d’autres live officiels (l’incontournable No sleep ‘til Hammersmith dont nous reparlerons ici, The birthday party, Live at Brixton et les deux autres déjà mentionnés). Mais comment ne pas se délecter de la fureur de Mean machine, suivi par la hargne de ce No class avec Wendy O’ ? De ces deux décennies, on se rend compte que, toujours, Motörhead sur scène cassait la baraque. De plus, le groupe ne tombe pas dans le piège du live facile, celui qui reprend les classiques parmi les classiques (pas besoin de les nommer, n’est-ce pas ?) Non, il parle ici aux fans, ceux qui veulent de la matière, et il y en a dans ce coffret d’un réel intérêt historique puisque les 4 autres CD retracent tout le parcours de Motörhead, des débuts en 1975 jusqu’à 2002 au travers de 78 autres titres ! Le tout est agrémenté d’un superbe livre(t) de 60 pages, bourré d’info et de photos rares, d’une bio signée Mick Wall, d’illustrations de l’incontournable Joe Petagno et d’une reproduction d’une affiche de concert avec Morbid Angel en première partie… Si le groupe a continué avec beaucoup de matière jusqu’à la disparition de Lemmy, ce coffret apporte son lot de headbanging à n’importe quel motörheadbanger digne de ce nom. Indispensable ? Oui ! They are Motörhead and they play rock’n’roll !

 

Concerts from home: SAXON

Puisque nous sommes privés de concerts depuis trop longtemps et pour une durée indéterminée, Metal Eyes a décidé de revisiter certains albums live avec cette nouvelle rubrique « Concerts from home ». De grands classiques intemporels à des témoignages plus « locaux » ou intimistes nous pourrons ainsi nous replonger dans le bruit et la fureur de ce qui fait notre monde, sillonner le monde des décibels et du fun sans avoir, puisque de chez nous, à nous soucier de gestes barrières. En attendant de nous retrouver devant les scène locales ou d’arenas. Enjoy!

Saxon fut un acteur majeur de l’histoire de la NWOBHM. Il est naturel de retrouver le grand Biff et sa bande pour ce quatrième volet de notre série avec un album depuis entré dans l’histoire des meilleurs enregistrements publics de tous les temps.

SAXONThe eagle has landed (Carrère, 1982)

En 1981, Saxon a déjà publié 4 albums (Saxon en 79, Wheels of steel et Strong arm of the law en 1980 et Denim and leather en 1981). Biff Byford (chant), Paul Quinn et Graham Oliver (guitares), Steve Dawson (basse) et le récemment intégré Nigel Glocker (batterie) qui remplace Pete Gill, croyant bien faire en allant rejoindre Motörhead, sont au top de leur forme et de leur créativité. Saxon et Iron Maiden se tirent la bourre dans une saine concurrence, ces derniers n’ayant, lorsque Saxon part sur les routes européennes en 1981, que 2 albums à leur actif. Le monde du metal est en pleine renaissance et Saxon, soutenu par le label français Carrère, trop heureux d’avoir signé les Anglais, veut sa part du gâteau. Quoi de mieux pour enfoncer le clou que de faire rugir les moteurs et mettre son public, croissant, à genou ? Dans le même esprit que ses grands frères de Motörhead, Saxon décide d’enregistrer plusieurs dates de sa tournée de 1981 et d’en conserver les meilleurs moments, les plus intenses. La tournée démarre le 7 octobre 1981 à Brighton, en Angleterre. Elle prendra fin un an plus tard avec une date à l’incontournable Hammersmith Odeon de Londres après presque 120 concerts (dont un passage aux Monsters of rock le 21 août 1982, festival pour lequel Saxon fait un saut éclair en plein milieu de sa tournée US – entre Dallas, le 18, et New York, le 23…) Saxon démarre sur les terres du vieux continent et visite, jusqu’au 16 décembre le Royaume-Uni, la Belgique , les Pays-Bas, la France, l’Allemagne et l’Italie avant de s’envoler, son show désormais bien rodé (show dont le point d’orgue est un gigantesque aigle aux ailes bardées de spots – artifice qui évoque le bombardier de Motörhead – et que le groupe surnommera bientôt son « fuckin’ pigeon »). En direction des USA pour une soixantaine de dates sur deux segments (février/mars puis mai à août 1982). Saxon s’attelle à la sélection des meilleures versions, les plus puissantes, ses préférées de ses morceaux devenus emblématiques. Lorsque The eagle has landed parait au mois de mai 1982, le succès est immédiat – seulement freiné dans sa conquête du podium par un certain The number of the beast, paru un mois plus tôt et qui est grimpé à la première place…. L’album live, qui propose 10 déflagrations d’une irréprochable efficacité, se hisse à la 5ème place des charts. Ceux qui sont déjà des classiques du metal international sont de la fête : Motorcycle man, 747 (strangers in the night), Princess of the night, Strong arm of the law… Tout n’y est pas, bien sûr, un double album aurait été nécessaire mais qu’importe ! Mieux vaut un album simple et explosif de bout en bout sur lequel l’auditeur se sent faire partie de ce public ? Dommage seulement que ne figurent pas plus d’informations que ces données techniques (qui ont sans doute inspiré Maiden trois années plus tard sur son premier live – cf. le premier live de cette rubrique) qui stipulent entre autres : « Mission : Saxon live volume number one ». Bien vu : quelques décennies plus tard, les Eagle has landed sont au nombre de 4 et Saxon a publié une ribambelle d’autres enregistrements publics, qui ne retrouverons jamais toute la puissance d’un groupe alors touché par la grâce, au sommet de sa forme. Ce premier The eagle has landed bénéficie cependant de toute cette énergie juvénile d’un Saxon encore débutant, affamé et enragé. S’il existe une version picture disc publié à la sortie, l’album fut réédité une première fois par EMI (qui a signé le groupe depuis Crusader) sans aucun document complémentaire au début des années 90, c’est surtout la version de 2018 sous format livret ou booklet proposé par BMG qui retiendra l’attention pour ses photos, textes, quelques commentaires du groupe mais surtout pour les 6 titres supplémentaires enregistrés à l’Hammersmith Odeon en fin de tournée, titres qui viennent parfaitement compléter cette expérience dantesque d’une époque où le metal se réinventait. NWOBHM ? On est en plein dedans !

CONCERTS FROM HOME: IRON MAIDEN – Live after death

Puisque nous sommes privés de concerts depuis trop longtemps et pour une durée indéterminée, Metal Eyes a décidé de revisiter certains albums live avec cette nouvelle rubrique « Concerts from home ». De grands classiques intemporels à des témoignages plus « locaux » nous pourrons ainsi nous replonger dans le bruit et la fureur de ce qui fait notre univers, sillonner le monde des décibels et du fun sans avoir, puisque de chez nous, à nous soucier de gestes barrières. En attendant de nous retrouver devant les scène locales ou d’arenas. Enjoy!

A tout seigneur, tout honneur…

IRON MAIDENLive after death (EMI, 1985)

Leur cinquième album studio n’est pas encore en bacs qu’Iron Maiden est déjà – de nouveau – sur les routes. Le World slavery tour démarre officiellement le 9 août 1984, à Varsovie, en Pologne. Une Pologne encore (« toujours » ?) sous le joug d’un envahisseur de plus en plus décrié. Signe des temps, malgré sa poigne de fer, l’Etat que dirige le général Jaruzelski accepte la tenue de quelques concerts de cette musique tant décriée à l’Est. Iron Maiden visitera ainsi 5 villes polonaises et ira poser ses flight cases en Hongrie et en Yougoslavie avant de s’attaquer à l’Europe, aux USA et à l’Asie dans une tournée qui prendra fin le 5 juillet 1985 en Californie.

Le 3 septembre 1984, Powerslave, le nouvel album de la vierge de fer parait enfin tandis que le groupe donne un concert à Madrid, en Espagne. Sans parler des qualités de cet album depuis entré dans l’histoire, on ne peut que remarquer qu’Iron Maiden semble avoir trouvé l’équilibre : il s’agit du second album d’un line up sans modification aucune. Un groupe qui, en plus, s’est uni, soudé, au cours de la précédente tournée. Et cela a un impact notable sur tout ce que fait Iron Maiden.

Ce groupe va bien au-delà des musiciens – Steve Harris (basse), Bruce Dickinson (chant), Dave Murray et Adrian Smith (guitares) et Nicko Mc Brain (batterie). C’est aussi tout l’entourage, toute l’équipe technique qui forme ce clan, cette famille, à commencer par l’indéboulonnable paire de managers que sont Rod Smallwood et Andy Taylor, mais aussi les fidèles Martin Birch (producteur des albums depuis Killers en 1981), Dave Lights (lumières), Dick Bell, Doug Hall ou encore, comment les oublier, l’illustrateur Derek Riggs et le photographe Ross Halfin.

C’est ce clan qui se retrouve à la maison, à Hammersmith Odeon de Londres les 8, 9, 10 et 12 octobre 1984 alors que l’album caracole en tête des charts (n°2). Le show est rodé et, à domicile, Martin Birch décide d’enregistrer ces concerts à l’aide du Rolling Stones Mobile. Une première étape avant le gros morceau, quelques mois plus tard, où les micros du Record Plant Mobile n°3 capteront les concerts donnés au Long Beach Arena de Los Angeles pendant 4 soirées – du 14 au 17 mars 1985. C’est la première fois qu’un groupe joue soirs d’affilée dans une même ville à guichets fermés ! Dans une salle d’une capacité d’environ 13.500 places… Alors non seulement ces concerts seront enregistrés, mais en plus ils seront filmés. Et il est grand temps pour la Vierge de Fer de proposer un premier live, car, en 1985, Motörhead, Saxon, Judas Priest et tant d’autres se sont déjà, depuis des années, prêtes à l’exercice avec succès. Au tour des nouveaux maitres du metal de se jouer le jeu.

Le résultat de ces captations se nomme Live after death, le tout premier album live d’Iron Maiden qui parait le 26 octobre 1985. Un double, même, composé de 17 titres (plus le speech de Churchill en intro). Martin Birch, en matière de live, n’en est pas à son premier essai. Comme il l’explique dans les notes du disque, le premier live auquel il a apporté son oreille est l’incontournable Maiden In Japan de Deep Purple, en 1972. Un double album, là encore.

Tout au long de ces deux galettes – les trois premières faces sont les enregistrements de Los Angeles, la dernière ceux de Londres) le public (re)découvre un groupe au sommet de sa forme. Iron Maiden va constamment chercher son public, et l’échange d’énergie, la réciprocité dégage une puissance de feu sans pareille. La vidéo, elle, montre, en plus des concerts, le groupe derrière le rideau de fer. Un témoignage rare, dont cette scène où la bande se retrouve embarquée dans un mariage… local.

Si le public se délecte des désormais classiques du genre (Aces High, 2 minutes to midnight, The trooper, Powerslave, The number of the beast…), son plaisir continue avec le produit en lui-même. Derek Riggs a, une nouvelle fois, créé une pochette au mille références et détails, une pochette qui occupe le regard des heures durant. Surtout, au-delà des pochettes papier des galettes, joliment illustrées de nombreuses photo, Iron Maiden offre un livret de 8 pages truffées d’informations diverses, allant de la liste complète des dates de cette tournée à des informations purement techniques. On y apprend ainsi que la tournée de 322 jours a vu le groupe visiter 24 pays ou occuper 7778 chambres d’hôtel…

Arrivé n°2 des charts anglais (la VHS sera n°1), Live after death s’impose bientôt dans la catégorie des live incontournables du rock et devient un témoignage historique. Il sera réédité en CD dans une première version tronquée des titres de l’Hammersmith, avec un livret plu sobre, voire dénué d’intérêt. Il faudra attendre 1998 et la vague de rééditions du back catalogue pour retrouver l’intégralité de ces enregistrements sur un double CD (agrémenté d’une illustration inédite de Riggs) ainsi qu’un livret reprenant l’ensemble des notes de l’album et d’une plage multimédia avec vidéos et autres documents. Si les photos sont moins nombreuses, quelques illustrations inédites viennent compléter le plaisir.

 

DEF LEPPARD: The early years 1979-1981

Hard rock, Angleterre (2020) – Sorti le 20 mars 2020

« Enfin! » dirons certains dont je fais partie. Enfin Def Leppard se souvient d’avoir eu une vie avant Pyromania! Et le prouve avec la sortie de ce sublime coffret The Early years 1979-1981. Sublime tant par son contenu que par son contenant. Jugez plutôt: d’un format de 24 cm – à mi chemin entre le CD et le vinyle, ça va pas être facile de lui trouver une place dans la discothèque – ce coffret propose 5 CD présentés dans un fourreau sobre et joliment illustré ainsi qu’un livre de 42 pages richement agrémenté de photos et documents d’époque. Les fans et amateurs se délecteront aussi – surtout – de ces documents sonores que nous offrent Joe Eliott, Rick Savage et Rick Allen, les 3 membres du groupe d’alors (OK, il y avait Frank Noon au tout début…). Si l’on redécouvre avec plaisir les deux premiers albums originaux remasterisés en 2019 (On through the night, 1980, et High ‘n’ dry, 1981) et la puissance qui s’en dégageait alors, on découvre avec un bonheur réel ces raretés, voire ces inédits présents sur les 3 autres disques. Tout d’abord, When the walls came tumbling down, un live explosif enregistré à Oxford en 1980. 16 titres – dont certains qui figureront sur le second album mais ne sont pas encore finalisés – interprétés par de jeunes affamés, menés par une paire de guitaristes incisifs et agressifs. Un groupe qui a envie d’en découdre sur scène…Ensuite, Too many jitterburgs, un album de raretés. On y retrouve les titres du Def Leppard Ep de 1979 ainsi que des versions de travail de certains morceaux qui atterriront sur le premier album et autres pépites. Si certains de ces morceaux ont déjà fait l’objet d’une réédition (The Def Leppard Ep figurait déjà dans le premier volume du coffret de l’intégrale du groupe (consacré aux années 80 et paru en 2018) et d’autres furent des bonus, la plupart restent méconnus du grand public. Une belle occasion de se rattraper. Enfin, Raw nous propose 3 documents enregistrés par l’incontournable BBC (deux sessions de 79 et le Reading festival de 80).  Alors bien sûr, on pourra se plaindre des doublons que représentent les 3 premières productions avec le coffret mentionné, mais c’est bien là le seul reproche à faire.  Car, dans l’ensemble, ce coffret et les 64 morceaux proposés se déguste de bout en bout et rappelle à quel point Def Leppard avait de quoi figurer en haut du podium aux côtés de vous savez qui. Un must incontournable pour tout fan digne de ce nom qui ne se lassera pas de découvrir et redécouvrir ces classiques du genre.

BLAZE BAYLEY: Live in Czech

Angleterre, Heavy metal (Blaze Bayley recordings, 2020)

C’est qu’il est très actif ces derniers temps, Blaze Bayley! Après avoir publié, l’an dernier, un Live in France, le chanteur a continué de tourner intensivement pour, d’une part, mettre un terme à sa trilogie centrée sur William Black et, d’autre part, célébrer le 25ème anniversaire de la sortie de The X-Factor, l’album de son intégration à Iron Maiden dont il reste, depuis – et sera sans doute, malheureusement – toujours l’éternel ex-chanteur. Un raccourci un peu impoli au regard du parcours de Blaze, de ses débuts avec Wolfsbane à l’après Maiden. Un quart de siècle quand même pendant lequel il a enregistré une quantité industrielle d’album sans jamais rencontrer le succès qu’il mérite. Car Blaze est un amoureux de la musique, du metal. Après une période en demi-teinte, sa rencontre avec la famille Appleton lui redonne le goût et l’envie de la route. Non seulement Chris l’accompagne à la guitare (ainsi que son frangin Luke lorsque leur projet commun Absolva ouvre pour Bayley) mais les affaires de Blaze sont aujourd’hui entre les mains de Mark Appleton. Une histoire de famille, donc (famille que je remercie au passage d’avoir sélectionné trois de mes photos pour illustrer ce Live in Czech). Les conditions de tournées sont « à l’ancienne », le groupe visitant nombre de petite salle pour aller à la rencontre de son public. Et ce qui marque avec ce double live – ceux qui ont récemment vu Blaze Bayley live le savent – c’est la détermination du groupe. Peu importe le succès, tout indique que le quatuor – parfois quintette – se donne au maximum. La discographie complète du chanteur est passée en revue, avec force explication. Blaze, d’ailleurs, est toujours pédagogue et positif dans son discours, ne parlant jamais trop vite afin que tout le monde puisse le comprendre, se remémorant son passé et la création de certains morceaux. Ce Live in Czech permet à chacun de (re)découvrir une formation bien trop mésestimée, qui se donne à 100% et qui sait proposer des compositions efficaces et populaires. Allez, redonnez une chance à Blaze Bayley et à son oeuvre post vous savez qui…

NAKED SIX: Lost art of conversation

Rock énervé, Angleterre (Silver lining, 2020)

Naked Six, c’est quoi? Déjà, c’est un trio. Avouez que, dans ce contexte, se nommer « les 6 nus » c’est étonnant… Ensuite, il suffit d’ouvrir le livret pour qu’un nom sonne familier: Seb Byford. Ah, merde! encore le groupe d’un fils de… Pff… Oui, mais, seulement voilà: le groupe de Seb , fils de Biff, chanteur de Saxon, tient ici le micro et la guitare aux côtés des frangins Witts, Callum  à la basse et Tom à la batterie.Les trois débarquent, que dis-je?, déboulent avec Lost art of conversation, un premier album énervé à souhaits. Dès l’introductif  21st century brawl, on sait que fiston et copains ont décidé de s’éloigner du heavy rugueux, prolo et populaire de Saxon. Impossible de comparer ce titre aérien (du Pink Floyd sous amphèts…), lent et sombre à la joie de vivre à fond de papa. La suite se rapproche plus du rock enragé des 70’s, voire du punk de la fin de cette même décennie. Noisy et catchy, l’ensemble, qui par instants se rapproche de l’esprit festif d’un Royal Republic en plus crade, déménage en allant droit au but. Pas de fioritures, pas de chichis, Naked Six a la gnaque, vise l’urgence simple et efficace. Plus l’album défile, plus il est évident qu’il s’agit bien du projet d’un groupe et non de celui d’un fils de. Naked Six a une vraie personnalité et il y a urgence à les découvrir.

BUFFALO SUMMER: Desolation blue

Pays de Galles, Hard rock (Silver lining, 2019)

Ce groove! Cette voix! Buffalo Summer revient quatre ans après un Second sun à tomber avec Desolation Blue, un album teinté de blues et de rock sudiste, de cet esprit 70’s teinté de funk. Le message est clair dès The power & the greed qui introduit ce nouveau disque: on prend les mêmes et on recommence. Après tout, pourquoi changer une formule qui marque des points? Ok, une question s’impose: pourquoi a-t-il fallu 4 longues années pour donner naissance à un troisième enfant? A voir quand ils pourront en parler. Hit the ground running a de faux airs de Thunder, If walls could speak, plus speed, lorgne plus du côté des hard rockers des 70’s et fait mouche avec son refrain chantant et imparable. La voix d’Andrew Hunt, chaleureuse et envoûtante, fait des étincelles à chaque instant. Variant les plaisirs, Buffalo Summer sait aussi explorer des sonorités qui lui sont inhabituelles, comme sur When you walk away avec quelques tentatives… « électro ».  Last to know est plus proche de la complainte acoustique qui se fait électrique à la moitié du morceau, tandis que Dark valentine plonge directement dans le blues accompagné d’un orgue Hammond et évoque Deep Purple période Jon Lord. Seulement, si c’est bien foutu, ce titre manque de personnalité, trop déjà entendu. Deep water plonge dans un hard rock classique, Everybody’s out for number 1 taille dans le vif. Buffalo Summer se fait plaisir en variant ses plaisirs mais toujours tape dans la musique des 70’s. Sans doute un ton en dessous de Second sun, ce Desolation blue, bien que plein de bonnes surprises, aurait peut-être trouvé avantage à enregistrer avec plus de spontanéité. Mais n’empêche… ça groove sérieux chez les Anglais!

BIFF BYFORD: School of hard knocks

Hard rock, Angleterre (Silver lining, 2020) – En bacs le 21 février 2020

Annoncé depuis un bout temps, le voici enfin arrivé ce premier album solo de Biff Byford, le mythique chanteur de Saxon. Ce School of hard knocks arrive à point pour rassurer les fans après les problèmes de santé qu’a connu le grand Biff. Car le gaillard et très en voix, qui se bonnifie avec le temps. Dès le premier titre, Welcome to show, et comme pour faire la nique à certains qui perdent un peu de puissance avec l’âge, il se permet même quelques envolées dans les aigus (il conclue de la même manière avec Black or white, d’ailleurs…) Puis entre dans une phase autobiographique avec le très rock titre éponyme, entraînant, évoquant autant AC/DC que le classic rock puissant des 70’s. C’est d’ailleurs une constante tout au long de ce disque qui regarde plus du côté du hard rock que du heavy metal de Saxon, même si la voix de Biff ne laisse aucun doute quant à savoir de qui il s’agit… Certes, les chansons ne correspondent pas entièrement à l’esprit Saxon, et sont l’oeuvre de diverses collaboration. On se plonge ainsi avec plaisir dans l’hispanique Inquisitor au texte d’Edgar Poe narré qui précède l’inquiétant The pit and the pendulum,  ou dans la version particulièrement chaleureuse de Scarborough fair (Simon & Garfunkel). S’il s’est entouré de nombreux invités – on retrouve notamment Frederik Akesson (Opeth) à la guitare et Christian Lundqvist (The Poodles) à la batterie, personne n’est surpris de la participation du fidèle Nibbs Carter, son habituel bassiste au sein de Saxon, sur Pedal to the metal et Hearts of steel, qui sont avec Worlds collide les morceaux les plus heavy du lot. On n’est pas plus surpris de la participation de l’ami de longue date qu’est Phil Campbell, parmis les noms les plus connus.  Comment, également ne pas être touché par Me and you, véritable déclaration d’amour qu’il fait à son plus fidèle compagnon musical, le guitariste Paul Quinn qui signe d’ailleurs la musique à la simple guitare folk accompagné d’une rythmique discrète. Biff Byford nous propose ici de découvrir d’autres inspirations musicales, sans toutefois s’éloigner fondamentalement de son terrain de prédilection. Un bel album, personnel et plus confidentiel que son habituel groupe, un intermède de remise en forme également. Le gaillard n’a, heureusement, pas dit son dernier mot!

DRAGONFORCE live à Paris (La Machine, le 11 février 2020)

DragonForce semble attendu en cette froide et pluvieuse soirée… La file qui s’étend devant l’entrée de la Machine du Moulin Rouge indique que les Anglais sont, malgré le départ du jovial et frenchie bassiste Fred Leclerc, parti chez Kreator (mais ça, qui ne le sait pas?), sur une pente ascendante. Le mystère reste cependant de savoir qui ouvre ce soir. Il y a en fait deux groupes, les Américains de Athanasia ainsi que les Italiens de Frozen Crown.

La difficulté de cette salle, pour les photographes mais aussi pour une grande partie du public, réside en sa configuration. C’est simple, si tu n’arrives pas suffisamment tôt, tu te retrouve en haut des marches et tu ne voies rien. Donc, on fonce pour s’installer sur les entresols d’où 1/ nous pouvons voir le show et 2/ nous pouvons obtenir quelques clichés*.

A 19h, l’hymne américain retentit totalement désaccordé mais reconnaissable entre mille. Puis Athanasia, dont le nom s’inscrit sur l’énorme écran de fond de scène, investit les lieux. Le trio de Los Angeles prend place de chaque côté de l’estrade . La formation pourrait évoquer une sorte de Venom avec ses tenues de cuir (souple) clouté. Pendant trente minute, le trio délivre un heavy classique au chant parfois presque black, à d’autres moments plus traditionnel, avec beaucoup d’envie mais pas toujours convainquant. Sans doute est-ce le résultat de trop peu d’espace, bien que le bassiste, Brandon Miller décide à plusieurs reprises de grimper sur l’estrade afin de taquiner le public, parfois rejoint par Caleb Bingham, le chanteur guitariste. Athanasia nous offre un set sympatique sans être extraordinaire d’un heavy grandement inspiré des 80’s.

*Dommage que ma carte mémoire m’ait joué des tours et rendu impossible de shooter ce groupe au look travaillé… Les techniciens s’affairent sur scène afin de, semble-t-il réparer la batterie. Temps pendant lequel Virginie devient ma nouvelle best friend forever lorsque, alors que je lui montre ma carte mémoire, plonge la main dans son sac afin de me tendre une carte SD vide qui va sauver le reste de ma soirée. Mille merci pour ce coup de main quelque peu inespéré.

Reste que Frozen Crown prend du retard et monte sur scène avec un bon quart d’heure de retard. Bien que disposant d’un double atout charme (la chanteuse Giada Etro et la guitariste Talia Bellazecca qui la détrône rapidement au niveau de la prestance), le groupe est serré sur cetet scène, mais saura utiliser tout l’espace autant que possible. Son Heavy très mélodique séduit rapidement une grande partie du public et, au regard du nombre de mains levées et de signes d’approbation divers, ce second groupe séduit bien plus que le trio qui a précédé. Formé en 2017, Frozen Crown, qui a déjà deux albums à son actif, est encore parfois mal à l’aise sur scène (Giada gagnerait à être plus détendue et naturelle) mais laisse entrevoir un bel avenir.

Un groupe à suivre, incontestablement. On saluera également la bienveillante attention de DragonForce qui permet à Frozen Crown de jouer, malgré son retard, l’intégralité de son set, grignotant ainsi sur l’horaire de la tête d’affiche.

Le changement de plateau se fait par conséquent bien plus rapidement que prévu. Coté jardin trône une immense tête de… ben oui, on ne va pas se la jouer « mystère et compagnie », une tête de dragon, tandis que la scène est entourée de chaque côté de gigantesques consoles de jeu vidéo, celles qu’on trouvait dans les bars à la fin des années 80 pour jouer à Donkey Kong, Pac Man et autres sources d’inspiration pour les maîtres de cérémonies, DragonForce.

Le fond de scène est doté d’un écran géant qui va diffuser tout au long du concert des images d’époques, des extraits de jeux et des pubs de consoles. Tron n’a qu’à bien se tenir, d’autant que ce soir, les Anglais, accompagnés de la bassiste Alicia Vigil (son intégration n’est pas encore officialisée, elle n’est là que le temps de la tournée, pour le moment) sont très en forme. Herman Li nous en parlera plus tard.

Dès Highway to Oblivion, premier des 5 extraits de Extreme power metal, le dernier album en date, il est clair que la bande est en joyeuse forme. Postés en haut des consoles géantes qui servent de plateformes, Sam Totman, toujours caché derrière ses lunettes et Herman Li dominent un public déjà en transe. D’ailleurs, pour mettre les choses au clair, ce premier titre est accompagné de jets de confettis et de fumées, artifices que l’on retrouvera tout au long du concert – ainsi que quelques feux de Bengale – comme pour dire « pas la peine d’attendre la fin pour faire la fête ».  La suite ne sera, comme toujours, que démonstration de facilité et d’agilité instrumentale, toujours au service d’une bonne humeur simplement contagieuse.

Les écrans diffusent nombre de jeux vidéo que les moins de 40 ans ne peuvent pas avoir physiquement connu, le groupe s’offre quelques pauses, intermèdes pendant lesquels sont projetées de vieilles pub Sega (« c’est plus fort que toi », vous vous souvenez? ») et autre propositions commerciales prônant telle console. Souvenirs souvenirs…

Alors que les musiciens s’offrent une nouvelle courte pause, Herman prend la parole, s’adressant au public dans un français impeccable. Il évoque le souvenir de Fred (« c’était plus marrant quand il était là, non? ») et rappelant que lui aussi a passé quelques années en région parisienne, à Clamart. Quelques minutes de détente avant que le gaillard demande si le public se souvient de tel et tel jeu. Et c’est au tour de Marc Hudson, le chanteur, de s’emparer d’une guitare le temps d’interpréter quelques airs tirés de jeux video.

Puis le moment délire… L’arrivée d’un joueur de banjo en bottes vertes, suivi des deux guitaristes de Frozen Crown après que Herman rappelle quel est le jeu n°1 en Allemagne… Et les voilà tous partis pour cette interprétation de Farming simulator… Bonne ambiance garantie! Un autre moment fun et mémorable.

Mémorable comme ce premier rappel, toujours dans l’esprit « trop sérieux s’abstenir ». Une reprise toute personnelle de My heart will go on, popularisé par Céline Dion, et suivi du classique Through the fire and flames. DragonForce a ce soir mis les petits plats dans les grands et clairement mérite de jouer dans des environnements plus vastes devant une foule plus importante. Quand on se proclame amuseur public et apporteur de joyeuse humeur, c’est mérité. Merci pour cette belle soirée!

Merci à Sabrina, Anne-Lyse et l’équipe de Veryshow 

 

 

 

SAXON: The eagle has landed – 40 live

Heavy metal, Angleterre (Silver lining, 2019)

Saxon est sans doute plus fidèle à ses fans que ses fans ne l’ont été au fil des décennies. Le groupe de Biff Byford (dont la santé semble retrouvée et qui proposera en février 2020 son premier album solo) tourne inlassablement, enregistrant de nombreux témoignages. Alors que le groupe de Barnsley célèbre cette année 40 ans de carrière, Silver lining a publié au milieu de l’été ce superbe triple album qui reprend la série des live d’origines: The eagle has landed 40 live. Trois CD  regroupant la bagatelle symbolique de 40 titres enregistrés lors de divers concerts et festivals entre 2007 et 2018 (chaque CD couvrant respectivement les périodes 2007-2011, 2013-2014 et 2015-2018). Si ce nouveau live renferme évidemment les indispensables classiques des années 80 (principalement sur le second CD avec un gros morceau du Wacken de 2014 doté d’orchestrations symphoniques),  l’album se concentre aussi sur les réalisations les plus récentes du groupe, depuis son retour en force depuis Lionheart en 2004, et plus encore depuis le retour à la stabilité du line-up en 2007, année de sortie de The inner sanctum. Mais on n’en veut pas à Saxon de zapper quelque peu les « années sans » tant sa carrière est riche et Saxon très en forme ces dernières années. Le groupe reste même une des plus sûres valeurs du circuit. Normal, me direz-vous, ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace. Quiconque a vu Saxon live sait quelle claque on peut prendre, et cette compilation est là pour nous le rappeler. 40 titres donc pour 40 ans de bons et loyaux loyaux services avec une seule incartade (qui aurait presque pu être proposée en bonus): une reprise de Ace of spades de Moörhead interprétée en compagnie de Fast Eddie. Un morceau qui sonne comme un hommage. Saxon, un des derniers monstres sacrés de la planète Heavy metal? Cela ne fait aucun doute!