ALICE COOPER: Paranormal

Rock, USA (earMusic, 2017)

Le chantre du shock rock est de retour. Une si longue absence de 6 ans nous sépare de la dernière offrande d’Alice Cooper qui nous offre ici une collection de 12 chansons produites par Bob Ezrin. Non content de faire appel à son vieux compagnon, Vincent Furnier incite Alice à convier de vieux potes, tels Billy Gibbons (ZZ Top) à la guitare immédiatement identifiable, Roger Glover (Deep Purple) ou le plus jeune Larry Mullen Junior (U2). Le son est limpide et met en valeur un chant qui sait se faire aussi joyeux que sombre ou inquiétant. Alice Cooper est un conteur, d’horreurs, certes, mais un conteur fantasque et hors pair qui nous invite avec envie dans son univers délicieusement malsain et gentiment gore et fait la part belle aux personnalités multiples de ce schizophrène reconnu(avec un titre comme You and all of your friends, on ne peut guère penser se cantonner à un simple Dr Jekyll et Mr Hyde…) Au gré des Dead flies, Rats, Paranormal personality, Dynamite road… on voyage au cœur même de l’histoire du rock, qu’il soit hard, simplement rock ou plus psyché, voire prog… Nul doute que Paranormal, l’album, bénéficiera d’une production scénique hors norme. Le gaillard de 70 ans est au mieux de sa forme, et ça fait plaisir à entendre! En tout cas, c’est une nouvelle belle réussite!

36 CRAZYFISTS: Lanterns

Metalcore, USA (Spinefarm, 2017)

Jamais je n’ai été un grand amateur de metalcore, ni de neo metal, les deux « étiquettes » qui collent comme de la glu au dos des Américains de 36 Crazyfists. pour son huitième méfait, Lanterns, Brock Lindow seul membre originel, semble toujours aussi déterminé. Si Death eater attque sévère, Wars to walk away from, explosif, est plus ambiancé, un signe encourageant. Mais on ne se refait pas: si 36 Crazyfists sait apporter une savante dose de mélodies à ses compos, le maître mot demeure « brutale efficacité ». Metalcore est sans doute restrictif, mais on reste dans le « core ». Même la power ballad Sea and smoke se fait brutale, contrairement à l’acoustique Where revenge ends, temps calme et doux avant le retour de la furie. Doté d’une belle production, l’album se laisse, finalement, écouter avec plasir. Même si des pauses sont, dans mon cas, nécessaires…

BACK IN TIME : METALLICA: Kill ’em all

Thrash metal, USA (Megaforce/Music For Nations, 1983)

Personne, ou presque, ne l’a vue venir cette déferlante là. En 1983, la NWOBHM connait ses dernières heures, Iron Maiden, Saxon et Def Leppard squattant les charts metalliques européens, Van Halen ou Mötley Crüe, ceux des USA. Le heavy metal, tel un phénix, et rené de ses cendres et fait des envieux partout dans le monde. En comparaison, les groupes de hard rock américains sont, pour le uns, gentiment énervés (la vague hard FM proprette) et pour les autres, chantres du hair metal, totalement outranciers.

Mais c’était sans compter sur la virulence de certains rebelles, Californiens principalement.

Jon Zazula a convié James Hetfield (guitare, chant), Lars Ulrich (batterie), Cliff Burton (basse) à investir les studios Music America, situés à Rochester, New York. Mais Metallica, puisque c’est de lui dont il est ici question, vient de limoger Dave Mustaine, le second guitariste, et doit  en urgence trouver un remplaçant. le groupe invite alors Kirk Hammett, guitariste du très en vue Exodus, à prendre la place laissée vacante. Hammett, saute dans un bus, quitte la Californie pour rallier l’Etat de New York pour rejoindre ses nouveaux compères – il ne quittera jamais Metallica – et travaille d’arrache pieds pour être au point. En studio, Jon Z produit le disque, aidé dans sa tache par Paul Curcio à la production. Le son est quant à lui confié à Chris Bubacz, assisté d’Andy Wroblewski. Autant dire que même avec de petit moyens, Jon Z croit en ses poulains et met le paquet. l’enregistrement se déroule ainsi tout au long du mois de mai 1983, avant que l’album ne soit mixé et pressé. Metallica doit cependant faire un choix: celui du titre de l’album… Jonnhy Z leur déconseille fortement l’idée de base qui verrait les distributeurs potentiels refuser un disque intitulé Metal up your ass… En tout cas aux USA.

Si certains acharnés ont pu, par le biais d’échange – le fameux « tape trading » – découvrir les nouvelle sonorités de la côte ouest des USA, le premier album de Metallica, en prend plus d’un à la gorge à sa sortie en juillet 1983. A peine sorti du studio, Metallica balance sa première galette à la face du monde. Kill ‘em all, s’il reçoit dans un premier temps quelques échos positifs aux Etats-Unis se fait plus que remarquer sur le continent européen. Les critiques, et le public, sont estomaqués par la violence et la rage qui émanent de cet album, qui relègue Motörhead et Venom au rang de groupes de rock à peine excités ! Oui, Kill ‘em all est un album qui transpire la crasse et les relents de bière chaude. Pas un morceau ne laisse assez de temps à l’auditeur pour souffler. Pas même le phénoménal solo de basse ((Anesthesia) – Pulling teeth) qui change quelque peu des soli de guitares. Ici pourtant, la guitare est omniprésente, ultra rapide et saturée… Hit the lights, No remorse, Seek and destroy, The four horsemen… Le metal prend, avec ce disque, une tournure nouvelle qui laisse présager un avenir bien plus violent, sombre et direct. John Zazula a eut le nez fin en soutenant ce groupe, mais ses moyens sont tellement minces qu’il ne peut distribuer l’album en Europe. Par contre, son réseau relationnel, par le biais d’échanges de cassettes au niveau international, est tel qu’il propose à MFN de s’occuper du marché européen. Cette décision risquée savérera à l’avenir la meilleure pour tous les intervenants malgré les risques. Metallica ne vise vraisemblablement pas les radios. Non seulement les compositions sont violentes (rien n’arrive aujourd’hui à la cheville de Whiplash), mais le groupe sort du format habituel en écrivant pas moins de quatre titres de longues durée, au delà de trois minutes réglementaires (dans l’ordre : The four horsemen – 7’08, No remorse – 6’24, Seek and destroy – 6’50 et  Metal militia – 5’11). Les dix titres de ce disque sont tous devenus des classique du metal.

Les chevaliers de apocalypse sont là… Jeunes, boutonneux, déterminés à vaincre. La face de la musique s’en trouve métamorphosée, car Metallica démontre avec brio qu’il est possible d’allier technique, mélodie et brutalité, ce que Venom, repoussant les limites de l’extrême, n’avait pas su faire… Au fait, quant on leur demande comment ils définissent leur musique, ils répondent que c’est du « thrash metal ». Avec un H, svp! Un nouveau style qui, bientôt, entre dans les chaumières.

Histoire d’une légende: METALLICA

www.metal-eyes.com vous propose une nouvelle rubrique non régulière. Histoire d’une légende vous propose de découvrir ou redécouvrir la carrière des groupes entrés dans la légende. Alors qu’ils seront bientôt – enfin – de retour à Paris, nous avons choisi de consacrer cette première biographie à l’un des groupes fondateurs du thrash: Metallica.  D’autres suivront, au gré de l’actualité. pour l’heure, bonne lecture!

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Evoquer Metallica, c’est (presque comme) passer en revue plus de trois décennies de souvenirs. De la découverte de Kill ‘Em All grâce à un ami qui le programmait en guise de réveil matin les lendemains de concerts parisiens à son grand renouveau avec son dernier né, Hardwired… to self destruct, les Four Horsemen ont rythmé une grande partie de mon quotidien. Si je conserve des souvenirs par dizaines (avoir vu Cliff live par deux fois, avoir presque pu les rencontrer et les photographier en février 1987 au Zénith de Paris alors que je collaborais au fanzine Mercenaire – non, Denis, je ne te remercie pas pour ce raté ! Mais je ne t’en veux pas. Ou plus… – avoir attendu la sortie de Load alors que je me trouvais en formation aux USA…), ils ne sont toutefois pas assez nombreux pour évoquer une saga longue de trente et quelques années. Alors je m’en tiendrais aux faits. Rien qu’aux faits pour que justice soit ici rendue à ces cavaliers de l’apocalypse.

Pas forcément toujours exemplaire, Metallica est toutefois parvenu à se hisser plus haut que le panthéon du Metal : devenu une véritable institution mondiale, le groupe fondé en 1982 par Lars Ulrich et James Hetfield peut aujourd’hui (presque) tout se permettre. Ce privilège, c’est celui réservé à ces élus qui ont su braver les années, les décennies et, bien que devenus multimillionnaires, le commerce à outrance. Car Metallica, dans son exubérance, a su rester proche de ses fans. Autant que possible, en tout cas, comme il l’a encore récemment prouvé. Mais avant, repartons dans le passé, celui qui a construit cette légende moderne, ce monstre vivant…

On pourrait dater les origines de Metallica au 26 décembre 1963, date de la naissance de Lars Ulrich près de Copenhague au Danemark.

Ou plus tôt, même, au 3 août 1963, date du premier cri de James Hetfield dans la banlieue de Los Angeles

Mais un groupe nait plus tard, lorsque la passion commune fait se rencontrer ceux qui en deviendront les têtes pensantes.

À l’âge de 10 ans, Lars accompagne son père, tennisman professionnel, à un concert de Deep Purple. Ce soir-là, une véritable passion nait. Le jeune Lars, entre deux cours de tennis, s’enquiert des dernières sorties Rock, et Hard Rock. Sa grand-mère lui offre même, en 1977, son premier kit de batterie. Mais, afin de lui donner toutes ses chances et lui permettre de progresser au tennis, sa famille au grand complet émigre en 1979 aux USA et s’installe à Newport Beach, en Californie, afin que Lars se professionnalise, comme son père, dans le tennis. Mais rien ne semble pouvoir entamer sa passion pour le Metal…

Alors que James Hetfield joue avec Leather Charms, Lars Ulrich se voit débouté du poste de batteur pour lequel il a auditionné en avril 1981. « Pas assez bon », voire « trop mauvais » est l’impression qu’il laisse après sa prestation… Il pourtant reviendra à la charge après avoir pris des cours et, surtout, après avoir passé l’été en Angleterre où il suit Diamond Head et se lie d’amitié avec eux. Lars revient de ce séjour les valises pleines de découvertes locales. Du bon gros Metal qu’on ne trouve que difficilement aux USA. Trop direct, trop crade, trop… punk.

A Los Angeles, son ami Brian Slagel vient de monter son label, Metal Blade Records. Il envisage de publier une compilation et propose à Lars d’y figurer à la seule condition que ce dernier lui propose un groupe. Le jeune et déterminé batteur contacte alors de nouveau James Hetfield et lui propose de se lancer avec lui dans l’aventure. Le guitariste, alléché par l’opportunité décide qu’il est temps de lancer sa carrière. Ils recrutent le guitariste Lloyd GRANT qui fait des allées et venues au sein de la formation et finalise Hit The Lights, la chanson qui figurera sur ladite compilation.

Parallèlement, Ron Quintina, un ami animé de la même passion, demande conseil à Lars pour trouver un nom pour le fanzine qu’il a décidé de créer. Un fanzine consacré au Metal florissant. Quelques idées retiennent l’attention du batteur qui convainc Ron de conserver Metal Mania plutôt que Metallica, que Lars « subtilise » pour son profit. Son groupe se nommera donc Metallica. Un autre Ron, Mc Govney, compagnon de James Hetfield au sein de Leather Charm, rejoint Metallica en décembre 1981 au poste de bassiste. Le groupe ainsi formé peut donc être présenté à Brian Slagel, qui retient Hit The Lights pour sa compilation.

Dave Mustaine répond à une annonce et intègre, après auditions, Metallica début 1982. La sortie repoussée de la compilation Metal Massacre permet à Mustaine d’ajouter quelques soli au titre. Le 14 mars, le quatuor donne son premier concert au Radio City d’Anaheim, en banlieue de Los Angeles puis enregistre une démo (qui comprend la version de Hit The Lights qui paraitra sur la compilation) afin de décrocher la première partie des Anglais de Saxon qui viennent défendre Denim and leather au mythique Whisky A GoGo les 27 et 28 mars. La chance s’en mêle, Metallica n’étant pas le premier choix de Saxon. Mais le groupe retenu ne pouvant jouer, c’est le quatuor qui est appelé à la rescousse.

Après avoir tenté – une semaine durant – la formule à 5, James se concentrant sur le chant, et donné sous une forme ou une autre plusieurs concerts, Metallica voit enfin ses efforts récompensés avec la sortie, en juin 82, de Metal Massacre, compilation réunissant, avec Metallica, d’autres jeunes formations énervées et prometteuses comme Black’n’Blue, Bitch ou Malice.

Au mois de juillet, le groupe enregistre sa troisième démo. No Life ‘Til Leather contient 7 des titres qui figureront sur le premier album du groupe et fera l’objet de nombreux échanges sur le marché du « tape trading ».

La fin de l’année est remplie de tensions, et Mustaine se voit même évincé du groupe pendant une semaine. À la fin du mois d’octobre, alors qu’il assiste au concert donné au Troubadour, autre club de L.A., par le groupe de San Francisco Trauma, Brian Slagel remarque le bassiste et envisage de faire figurer cette formation sur un futur « volume 2 » de sa compilation. Lorsque Lars Ulrich fait part de ses doutes au sujet de l’implication de McGovney au sein de Metallica, Slagel lui parle de Cliff Burton. Les deux hommes se rencontrent après un concert de Trauma au Whisky, mais le bassiste refuse catégoriquement de quitter son groupe. Tant pis…

Metallica se rend à San Francisco afin d’y donner son premier concert en tête d’affiche, le 29 novembre 1982, au Old Waldorf. La première partie est Exodus, dont l’un des guitaristes se nomme Kirk Hammett. Mais pour l’heure, Lars Ulrich en est convaincu, il faut changer de bassiste… A force de le harceler, Cliff Burton fini par céder aux demandes de Hetfield et Ulrich. Mais il pose ses conditions pour rejoindre Metallica, la plus importante étant que Metallica quitte Los Angeles, ville de poseurs, pour rejoindre San Francisco. Le bassiste obtient gain de cause et intègre officiellement Metallica après un concert donné le 28 décembre 1982. Le style de Burton dénote en effet complètement de ce que l’on trouve à L.A. : le gaillard est autant fasciné par la musique classique que par l’insolence des Misfits, adore les films d’horreur et la littérature de H.P. Lovecraft, et il semble être sorti des années hippies avec ses pantalons à pattes d’éléphant…

Metallica pose officiellement ses valises et flight cases à SF le 12 février 1983. Alors que le groupe vit ensemble, Dave Mustaine décide de s’installer chez la grand-mère du road manager. En mars, Metalllica enregistre une nouvelle démo deux titres. Whiplash et No remorse sont les premiers enregistrements avec Cliff Burton… et les derniers avec Dave Mustaine.

Ron Quintina, pas rancunier pour un rond que Lars lui ait piqué le nom de Metallica, met le quatuor en relation avec un correspondant new-yorkais, Johnny Z (John Zazula), disquaire underground, qui s’avère intéressé par la musique du groupe et souhaite les voir jouer sur NYC. Metallica n’ayant pas l’argent nécessaire pour faire le voyage, ledit Johnny Z leur envoie 1500 dollars pour que les quatre puissent faire le déplacement de SF à NYC en avril. Le voyage en camionnette ne se passe pas bien. Chacun se relaye au volant mais Dave Mustaine est constamment saoul, même lorsqu’il doit conduire.

Arrivés à New York, les quatre sont hébergés par les Zazula et vendent leur démo No Life ‘Til Leather pour financer les frais d’hébergement. Un concert est donné en compagnie de Vandenberg et de Venom le 9 avril au L’amour’s, un club réputé du quartier de Brooklyn. Ce même soir, James, Lars et Cliff décident que l’aventure avec Dave doit cesser. Ils contactent Kirk Hammett, guitariste d’Exodus, afin qu’il les rejoigne et, alors que ce dernier arrive sur New York, le 11, James annonce à Dave son renvoi et lui donne un billet de retour à San Francisco en car.

Kirk travaille d’arrache-pied pour intégrer le répertoire de Metallica avec qui il donne son premier concert le 16 avril, en ouverture de The Rods, au Showplace de New York. Puis, le quatuor enregistre son premier album, financé par les Zazula qui investissent quelques 15.000 dollars dans cette petite affaire. Metallica veut intituler son album Metal Up Your Ass, mais Johnny Z. les en dissuade arguant que l’album ne sera, avec un titre pareil, jamais distribué. Lars, déjà lassé parle business musical, propose alors Kill ‘em all , et l’album parait sous ce titre au mois de juillet 1983 aux USA.

Kill ‘em all deviendra bientôt une pierre angulaire du Heavy Metal. Brutal de bout en bout, Metallica propose une musique radicalement différente de ce à quoi les jeunes Américains sont habitués. Que ce soit au niveau de leur apparence – quatre jeunes boutonneux en jeans troués et crades – ou de leur musique – directe, violente, saturée et sans concession – Metallica pose les base d’un genre nouveau. Et effrayant. Des morceaux comme Seek and destroy, Hit the lights, Jump in the fire, The four horsemen, Whiplash ou encore le solo de basse Anesthesia-(pulling teeth), s’ils deviendront de véritables classiques qui vont révolutionner le genre, intriguent (au mieux, et effraient, au pire) une jeunesse assoiffée de décibels. Puisant son inspiration au cœur du mouvement désigné comme la NWOBHM, grande passion de Lars Ulrich, Metallica a l’intelligence d’associer à la vitesse et la violence de Venom ou Motörhead son approche mélodique, puisée chez Diamond Head, Saxon ou Iron Maiden, un ensemble qui mêle une remarquable précision d’exécution à un bordel punkisant totalement contrôlé. Une musique radicale et à l’opposé de ce que propose MTV avec des clips de hardos permanentés et de strass habillés… Tout ce qu’exècrent Lars & Co.

Le groupe s’embarque alors dans une tournée américaine en compagnie des furieux Anglais de Raven qui viennent de sortir All for one. Le Kill ‘Em All For One Tour débute le 27 juillet à New Brunswick (New Jersey) et se terminera le 18 décembre, à Cleveland, dans l’Ohio.

1984 est l’année de tous les défis. Metallica doit venir fouler quelques planches européennes en compagnie, entre autres, de Venom. Le public du vieux continent est plus réceptif, son attitude plus en accord et son oreille déjà plus habituée au style musical que propose Metallica. Mais tout son matériel est volé juste avant que le quatuor ne décolle pour cette aventure. Lars réussit à négocier la location du matériel à Londres, autorisant de fait la tenue de cette tournée qui démarre à Zurich (Suisse) le 3 Février et prend fin le 12 au festival belge de Poperinge. Les quatre se rendent dès le lendemain au Danemark, afin de prendre la température du studio Sweet Silence de Copenhague et y préparer leur second album. La localisation géographique est importante, symbolique même, pour Lars qui renoue ainsi avec ses origines, d’une part, mais peut enregistrer sur le continent dont nombre de groupes ont fait et font encore vibrer lui et ses compagnons.

L’enregistrement démarre au mois de mars 84 sous la houlette du producteur Flemming Rasmussen. Au cours du mois, le groupe se rendra à Londres pour jouer au Marquee à deux reprises, les 14 et 27 mars. Mais une personne fait part de ses inquiétudes : John Zazula qui voit l’enregistrement durer… et son budget passer de 20.000 à 30.000 dollars. Les sessions d’enregistrement prennent fin au mois de mai, puis le groupe investit de nouveau les scènes européennes, dont 5 dates allemandes et hollandaises avec Twisted Sister que suivra le Heavy Sound festival de Poperinge qui se tient le 10 juin devant 15.000 spectateurs venus applaudir Motörhead, Merciful Fate, Baron Rojo ou encore H-Bomb.

Après avoir été approchés par diverses organisations, Metallica signe un contrat de management avec Q Prime . Les enfants terribles seront désormais pris en charge par Peter Mensch et Cliff Bernstein, juste avant que ne sorte, en juillet, Ride the lightning. Le duo se charge déjà des affaires de groupes de l’ampleur de AC/DC, Def Leppard, Ted Nugent…

Ce second album voit Metallica faire un pas de géant. Si la brutalité demeure l’idée directrice, le son concocté par Rasmussen met en avant toutes les qualités techniques de ce groupe à part. C’est simple : la précision est chirurgicale. Cependant, et contrairement à ce que l’on serait tentés de croire, le feeling domine. Le résultat se traduit par des morceaux puissants et épiques, des épopées d’un genre nouveau qui se nomment Creeping death, For whom the bell tolls, les plus violents Fight fire with fire, Ride the lightning, ou le long et majestueux instrumental The call of ktulu. Le groupe est, de plus, parvenu à affiner des textes qui traitent gravement de thèmes aussi variés que la peine de mort (Ride the lightning) ou la religion (l’histoire de Pharaon et Moïse et les sept plaies d’Egypte sur Creeping death) ou, tout simplement, la bêtise vengeresse humaine (Fight fire with fire). L’ensemble est si compact et séduisant que l’album restera une année presque entière (50 semaines) dans le Billboard américain !

Après avoir marqué les esprits lors de son passage au Breaking Sound Festival de Paris – au Bourget, plus précisément (deux jours pendant lesquels défilent pas moins que Ozzy Osbourne, Dio, Blue Oyster Cult, Sortilege, High Power, Daytona, Heavy Pettin’…) le 29 août, Metallica retourne en ses terres assister à son triomphe. La signature chez Elektra records lui ouvre certainement des portes… En tout cas, le label est déjà alléché par les 75.000 exemplaires de Ride the lightning qui se sont écoulés en à peine deux mois sur le territoire américain…

Metallica sait cependant qu’il a tout pour rapidement faire tomber le public européen, plus naturellement disposé à accepter ce genre de musique extrême qu’outre-Atlantique. Le groupe revient pour une série de concerts sur le vieux continent, dont une belle tournée française de huit dates, avant de se rendre en Allemagne, en Scandinavie et en Angleterre.

À peine l’année 1985 démarre-t-elle que Metallica repart réchauffer le bitume pour une durée de trois mois (la tournée se terminera à Portland, Oregon, le 19 mars). Dès le 10, le groupe joue en compagnie de W.A.S.P (qui quittera la tournée courant février à causes de relations… difficiles) et d’Armoured Saint (qui restera grâce à des relations.. chaleureuses).

Après quelques semaines de repos, Metallica traverse de nouveau l’Atlantique afin de participer à l’incontournable festival anglais Monters Of Rock de Castle Donington. Il y figure comme Une sorte d’ovni. Seul groupe de sa catégorie à l’affiche, Metallica joue avec Ratt, Magnum, Marillion, Bon Jovi et ZZ Top et remporte un franc et vif succès. Après le carton plein, le quatuor participe à plusieurs festivals dont, de retour à la maison, le Day On The Green d’Oakland avec Ratt, Victory, Y&T, Yngwie Malmsteen et Scorpions. Là encore, les styles se mélangent étonamment et Metallica, avec sa brutalité naturelle, se démarque, parvenant ainsi à attirer de nouveaux fans.

Afin de donner naissance au successeur de Ride the lightning, Metallica retourne en septembre 85 au Sweet Silence de Copenhague et enregistre une nouvelle fois sous la direction de Flemming Rasmussen. L’enregistrement prend fin mi-décembre, les quatre s’accordant quelques jours de repos pour la période des fêtes.

La nouvelle année démarre (le 1er janvier, donc, de 1986 cette fois… Merci de suivre ! ) avec un concert donné à San Francisco en compagnie d’Exodus et Metal Church, concert auquel participe également Dave Mustaine avant que Lars ne s’envole pour l’Europe afin d’y assurer la promotion de Master Of Puppets qui y sera commercialisé le 7 mars, cependant que Michael Wagener finalise le mastering de l’album.

Dès sa sortir, ce nouveau méfait marque par une maturité et un professionnalisme qui n’entament en rien l’esprit thrash des débuts. Utilisant la même organisation dans l’agencement des morceaux que sur Ride the ligntining (un titre court et violent ouvre l’album totalisant huit titres dont un instrumental), Master of puppets se révèle bien vite un monstre d’efficacité. Démarrant sur les chapeaux de roues (Battery), Metallica propose de longs morceaux rentre dedans qui alternent vitesse d’exécution, mélodie et brutalité, le tout bénéficiant d’un son offrant à chaque instrument sa juste place. Les thèmes abordés continuent d’être sérieux (l’emprise des narcotiques – Master of puppets – l’imbécillité de la guerre – Disposable heroes – ou de la religion – Leper messiah…). En quelques mois, Master of puppets devient disque d’or aux USA en dépassant les 500.000 ventes.

Une nouvelle tournée démarre, en ouverture du mythe vivant Ozzy Osbourne, dans le Kansas, à Wichita, le 27 mars. Le périple américain continue jusqu’en juin 1986. En tout cas, la première partie de cette tournée. Car le groupe va faire une courte escapade en Europe afin d’y asseoir son statut.

La tournée européenne démarre en Finlande le 5 juillet et Metallica rentre (déjà!) aux USA après le concert danois du 6, y tourne pendant deux semaines avant que James, grand fan de planche à roulettes, ne heurte un mur et se brise la poignet le 26 juillet… Le concert prévu à Evansville (Indiana) le soir même est annulé, mais la tournée continue. James est remplacé à la guitare par John Marshall, roadie et ami de Kirk Hammett de longue date, et, accessoirement, guitariste de Metal Chrurch, tandis qu’il se « contente » de chanter. La tournée américaine se termine le 3 août en Virginie et Metallica se prépare pour ses concerts sur le vieux continent. Le tour y débute, à Cardiff, Angleterre, le 10 septembre, toujours sous forme de quintette et avec les moshers new yorkais d’Anthrax en ouverture.

Le Royaume-Uni cède sous les coups de boutoirs d’un groupe au meilleur de sa forme qui, après 10 dates se rend en Scandinavie. Metallica joue à Lund le 24, le lendemain à Oslo et James Hetfield reprend la guitare le 26 à Stockholm. Après le concert, le groupe repart sur la route en tour bus. Le matin du 27, près de la ville danoise de Ljungby, le bus glisse sur une plaque de verglas (semble-t-il), dérape et se retourne, éjectant ses passagers qui, choqués par ce réveil brutal, tentent de retrouver leurs esprits. Ils se rendent comptent, alors, qu’un des leurs est resté coincé sous le car. Le corps sans vie de Cliff Burton est retrouvé écrasé. Le reste de la tournée est dès lors naturellement annulé, et Metallica envisage sérieusement d’arrêter. Pourtant, c’est avec la conviction de rendre hommage à son défunt bassiste que le groupe continue et se remet rapidement au travail encouragé tant par son management que par les parents de Cliff.

La recherche d’un nouveau membre débute et Metallica annonce fin octobre avoir fait son choix, et intègre le bassiste de Flotsam & Jetsam, Jason Newsted, dans l’équipe. Dès lors, le quatuor douloureusement recomposé s’engage dans la suite de sa tournée en commençant par le Japon, et continue, en décembre, par les Etats-Unis et le Canada.

L’Europe est de nouveau investie, avec Metal Church (et Anthrax sur certaines dates), dès janvier 87. Metallica jouera, jusqu’au 13 février, en France, Espagne, Allemagne, Italie, Belgique, Danemark, Suède… et s’impose comme un groupe irréprochable sur scène. Jason passe haut la main, auprès du public en tous les cas, le test de la scène.

Sale gosse s’il en est, James Hetfield, de retour à la maison, a un nouvel accident de skateboard. Cette fois, c’est le bras qu’il se casse. Il est obligé de porter une broche afin de consolider ce membre trop sollicité. James Hetfield devra à l’avenir faire un choix : le skate ou sa carrière musicale… On connait la suite.

Pendant la convalescence de son frontman, Metallica monte son propre studio de répétitions. La rééducation de James se termine en juin et le groupe enregistre en l’espace d’à peine une semaine The $5.98 Ep – Garage days, composé de reprises. Mais plus que de sortir un produit pour son label, cet Ep est une sorte de test vinylique pour Jason Newsted.

Les cavalier de l’apocalypse sont une nouvelle fois invités à jouer aux Monsters Of Rock le 22 août. L’affiche est tout aussi surprenante puisque le nom de Metallica y côtoie ceux de Cinderella, W.A.S.P, Dio ou Bon Jovi. Heureusement, un autre représentant de la scène extrême est présent, les potes moshers new-yorkais d’Anthrax. De plus, les Monsters se déclinent désormais dans différents pays européens, et Metallica est à l’affiche à chaque fois.

En octobre, Metallica annonce la sortie prochaine d’un documentaire vidéo et trahit ainsi son engagement de longue date de ne pas utiliser ce moyen de communication à la solde de MTV. Car des leurs débuts, Lars ULRICH et James Hetfield ont préféré encourager leurs fans à pirater, enregistrer, photographier ou filmer leurs prestations, prétextant que le succès, un groupe doit l’acquérir live, face à son public. Arguant aussi, surtout, que l’utilisation de la vidéo commerciale diffusée en boucle sur MTV ne garantit rien d’autre qu’une belle augmentation des ventes d’un album. Et là, Metallica annonce commercialiser une vidéo? ! ? Sauf que Cliff ‘Em All a seulement pour objectif de rendre hommage à Cliff Burton par le biais des enregistrements vidéos pirates que les fans ont pu tourner au fil des ans. Le document parait en novembre 1987 et si la qualité (sonore ou visuelle) n’a rien de professionnel, l’hommage est unanimement salué tant par la critique que par les fans qui font de ce document un immense succès commercial.

Armé de nouvelles compositions, Metallica entre en studio, non pas à Copenhague mais à Los Angeles. Cette fois, Rasmussen est trop occupé pour pouvoir se libérer avant le mois de janvier 88 et Metallica engage Mike Clink, qui vient récemment de finir de travailler sur un certain Appetite For Destruction, pour superviser la production. L’année se termine, et, comme prévu, Flemming Rasmussen rejoint l’équipe pour finaliser, quelques mois durant, le travail sur ce nouvel opus.

Metallica se lance dans une nouvelle tournée qui débute les 27, 28 et 29 mai par trois Monsters Of Rock américains. Cette édition réunit Van Halen, Dokken, Scorpions et Kingdom Come. Puis, la tournée continue alors que la sortie de l’album, prévue en juillet, est repoussée.

… And Justice For All parait enfin en septembre 1988, précédé, le 23 août, d’un premier extrait : Harvester Of Sorrow. Le 17 septembre, soit neuf jours à peine après sa sortie, Justice trouve une belle 4ème position dans les charts anglais. L’album profite des nouvelles technologies que propose l’époque, et parait dans tous les supports imaginables: double vinyle, cassette et CD. L’œuvre est longue (plus d’une heure) et surprend par son côté froid, voire glacial. La basse de Jason Newsted est étonnamment absente, comme effacée, alors que les morceaux, épiques et presque progressifs – dont tous sauf deux dépassent les 6’ – exigent la présence de cette partie rythmique. Ce n’est là qu’un des aspects du « nouveau » Metallica qui explore subtilement de nouvelles possibilités musicales, souvent moins axées sur la vitesse. Ce nouveau départ du quatuor est également marqué par la diffusion, dès septembre, de la toute première vidéo commerciale illustrant One, chanson inspirée par le film Johnny got his gun – Johnny s’en va-t-en guerre.

Sans surprise, désormais c’est la routine, Metallica repart une nouvelle fois sillonner l’Europe et lance sa tournée par un concert à Budapest le 11 septembre, avant de retourner aux USA en décembre où il reçoit sont tout premier disque de platine récompensant plus d’un million d’exemplaires vendus de … And Justice For All qui atteint la 24ème place du Billboard. Metallica, dès lors, commence à prendre conscience de l’impact que peut avoir la diffusion sur MTV d’une simple vidéo. Le mnde change, les gens aussi.

Surfant sur son succès, Metallica, toujours en tournée aux USA, est nominé aux Grammy Awards dans la catégorie « meilleur groupe de Metal ». Le quatuor commence à fréquenter les notables mais voit, le 22 février1989 la récompense lui échapper au profit de Jethro Tull.

La tournée continue, entraînant Metallica plus loin que jamais : les nouveaux maitres du Metal mondial découvrent ainsi la Nouvelle Zélande, l’Australie, le Japon avant de revenir aux USA pour y assurer une tournée estivale, puis se rendent au Brésil et en Argentine après avoir annulé leur venue européenne. Mais le groupe promet d’y revenir. Pour l’heure, il est temps de songer à alimenter la faim des fans, de plus en plus nombreux, avec un nouvel album. A concevoir, et à enregistrer…

Cependant, avant de retourner en studio, Metallica annonce les dates d’une mini tournée européenne. Le vieux continent est donc investi au cours du mois de mai 1990. L’Angleterre, l’Allemagne, la Hollande, la France auront les honneurs de quelques rares concerts avant que Metallica ne s’envole de nouveau pour les USA et le Canada.

En moins d’une décennie, Lars Ulrich et James Hetfield sont parvenus à imposer Metallica, un groupe immature composé de sales mômes irresponsables, hargneux bruyants et loin d’être des sex symbols, aux côtés de Judas Priest, Iron Maiden , Black Sabbath ou Motörhead, comme une formation majeure du monde du Heavy Metal. Les années 80, pourtant, ne furent qu’un début… Metallica n’aura de cesse, au cours des années à venir, de s’imposer comme Le groupe de Metal, LA référence mondiale.

Nous sommes au mois d’août 1990. Lars Ulrich et James Hetfield ont un rendez-vous des plus surprenants. Ils se rendent à Vancouver afin de rencontrer le producteur Bob Rock, notamment connu pour son travail avec Bon Jovi ou Mötley Crüe. Pas tout à fait le même style que ceux que l’on surnomme les Four Horsemen… Les fans les plus acharnés commencent à remettre en cause l’intégrité de leurs héros qui, après avoir quitté L.A., la ville des poseurs, engagent celui qui a donné tant de platine à ces mêmes poseurs…

Au mois de septembre parait une double compilation mise sur pied depuis le mois d’avril par Lars Ulrich et Geoff Barton, rédacteur en chef de la bible anglaise du Metal, Kerrang !! NWOBHM, ’79 revisited retrace sur un double album (ou double CD, incluant des titres supplémentaires) l’aventure des débuts du mouvement anglais en compilant divers morceaux rares et démos de Saxon, Jaguar, Def Leppard, Iron Maiden, Venom, Angel Witch, ou encore Diamond Head, évidemment… Totalement culte et introuvable aujourd’hui !

Les discussions avec Bob Rock ont abouti, et le groupe tout entier se retrouve au studio One on One de L.A. au mois d’octobre afin d’enregistrer le successeur de Justice. Les sessions s’étalent jusqu’en mai 1991. La sortie de Metallica, le titre de l’album bientôt rebaptisé le Black album, est annoncé pour le milieu de l’été, alors que Metallica participera, le 17, une nouvelle fois aux Monsters Of Rock en compagnie d’AC/DC, Mötley Crüe , Queensryche et The Black Crowes. Cependant, Metallica a décidé d’offrir une pré-écoute de l’album le 3 août au Madison Square Garden de New York (en petit comité : près de 20.000 fans y assistent !) et au Hammersmith Odeon de Londres. Sans doute les rumeurs ont-elles été à l’origine d’une telle opération… On subodore que Metallica a vendu son âme au dieu dollar en choisissant un producteur aussi peu Thrash que Bob Rock et en ayant annoncé avoir enregistré… une ballade (ce que le groupe avait déjà abordé sur Master of puppets, pour mémoire.) De plus, donner à son cinquième album est plus que symbolique. Nombres de formations l’ont fait avec leur premier enregistrement (Led Zeppelin, Iron Maiden, Black Sabbath…) et, pour les Four Horsemen, cela sonne comme un nouveau départ. Et dès la sortie américaine de Metallica, le 13 août 1991 à 00h00, c’est la ruée des fans.

Plus encore que … And Justice For All, Metallica présente un groupe plus orienté que jamais vers l’avenir. Le Thrash tel que voulu sur les trois premiers albums, Metallica en a fait le tour. Le côté épique, progressif de Justice ne fonctionnera pas tout le temps. Trop complexe pour garantir l’adhésion durable de millions de fans. Metallica revient donc à ses bases, explore les moindres aspects de ce qui forgea et fait encore le Heavy Metal. Et ratisse large : aucun titre n’est à jeter, aucun de démérite en comparaison des autres. Le travail de Bob Rock est exemplaire, celui de Metallica époustouflant. Simplement. Et la conjonction de ces entités a priori opposées donne ce résultat qui propulse Metallica au rang d’incontournable groupe de Rock, et de Metal. Un nouveau groupe de légende.

Mais ce groupe, lui, a débuté la tourné européenne des Monsters deux jours avant, tournée suivie de ses propres escapades, en Pologne, Hongrie. Le bloc de l’Est est alors en train de tomber et s’ouvre de plus en plus à la culture occidentale. Ainsi, Moscou accueille les Monsters Of Rock et les groupes à l’affiche jouent devant plus de 500.000 personnes !

La tournée américaine démarre en octobre. Metallica peut désormais s’offrir tous ses plus gros délires, et décide, en guise de première partie, de diffuser un film de 30’ racontant son histoire. Egalement, les hommes en noir (couleur désormais obligatoire pour tout le staff Metallica) proposent, comme l’avait fait Def Leppard quelques années auparavant, une scène centrale. Celle-ci est en forme de diamant et permet, ce qui avait été testé plus tôt, à quelques dizaines de fans d’investir le snake-pit, espace au centre de la scène permettant d’être au plus près du groupe. Les autres encerclent cette scène sur laquelle se trouvent plusieurs éléments mobiles, comme la batterie. Le coup d’envoi de cette nouvelle aventure est donné le 12 octobre à Oakland, en Californie, propulsant Metallica à travers le monde jusqu’au 4 juillet… 1993, à Wercher, en Belgique !

Alors que certains fans de la première heure – et autres collègues musiciens (Slayer en tête) – avaient tiré à boulet rouge sur Metallica, désigné comme « traitre à la cause du Thrash », « groupe ayant retourné sa veste », etc, etc… l’album avoisine les 5 millions de ventes mondiales avant que l’année ne se termine, et se voit célébré par la presse internationale. Kerrang !! parmi d’autres désigne Metallica comme Album de l’année.

En pleine tournée américaine, Metallica se rend à L.A. en février 1992 pour la cérémonie de Grammy Awards et y interpréte Enter Sandman. Cette fois, le groupe se voit décerner le trophée dans la catégorie Meilleur album Metal.

En avril, le 20, Metallica joue au stade de Wembley dans le cadre du festival donné en hommage à Freddie Mercury, mort du Sida quelques mois plus tôt, avant de repartir aux USA. Le 17, le groupe entame à Washington DC une tournée commune avec Guns’N’Roses, ouverte par Faith No More.

Le package passe par le Canada et le 8 août, un incident pyrotechnique brûle James Hetfield au bras aux 2èmes et 3èmes degrés, entrainant la fin prématurée du concert de Metallica, et le début de celui des Guns. Las, ces derniers quittent la scène tout aussi rapidement, sans autre forme d’explication, déclenchant dans le public une émeute… L’état de James Hetfield, transféré dans un hôpital de Denver (Colorado) entraîne de fait l’annulation les concerts suivants. Le groupe lui cherche un remplaçant qui sera une nouvelle fois trouvé en la personne de John Marshall. Le groupe ainsi recomposé reprend du service dès le 25 août à Phoenix (Arizona) et continue de sillonner le nouveau continent jusqu’à la fin du mois de septembre, puis se rend en Europe.

L’année se termine, le Black Album, comme on le surnomme désormais, totalise plus de 10 millions de ventes sur le seul territoire américain, s’est hissé à la première place du Billboard, a reçu moult récompenses et distinctions internationales et le groupe a été vu par quelques millions de spectateurs ravis à travers le monde. En d’autres termes, Metallica, le groupe des petits gars boutonneux et impertinents fondé il y a une décennie, est devenu un monstre légendaire incontournable… et même respectable.

L’année 1993 est presque totalement consacrée à assouvir le monde. Metallica passe partout où l’on veut bien l’accueillir (la tournée ne s’appelle pas Wherever I May Roam – où que je puisse vagabonder – pour rien…). Seul un incident, de taille, est à déplorer : lors de son passage à Djakarta les 10 et 11 avril, d’énormes émeutes éclatent à l’issue des concerts. Lars, au nom de son groupe, publiera un communiqué officiel déplorant et regrettant ces incidents, « les premiers de ce type depuis le début de cette longue tournée de 21 mois ».

Le 22 novembre, Metallica publie un témoignage live à son image : monstrueux. Il s’agit d’un coffret – Live shit : binge & purge – constitué de trois vidéos et d’un triple CD accompagnés d’un livret de 72 pages, d’un pochoir et d’un backstage pass de 1993. Un superbe objet pas forcément abordable puisque son prix s’élève à environ 120 €… Le coffret, initialement prévu en édition limitée (10.000 exemplaires pour l’Europe) se voit réédité dans la même quantité par Phonogram. Entre le prix et la réédition, certains fans dénoncent la méthode commerciale mise en place par le label et validée par Metallica .

D’autres « événements » viennent confirmer la nouvelle image de Metallica : les achats des uns de pièces aux tarifs inabordables (voir, par exemple, la collection de tableaux de Lars Ulrich), les activités « réservées à l’élite » pour d’autres… En d’autres termes, Metallica donne maintenant l’image d’un groupe quelque peu embourgeoisé, alors qu’il ne fait que profiter des fruits de son labeur. Car depuis dix ans, du labeur, il y en a eu. Metallica n’a jamais, à moins d’y être contraint, arrêté, ne s’est jamais posé plus d’une semaine, et n’a presque jamais déçu son public.

Le groupe repart sur les routes dès le mois de mai 1994 avant de retourner en studio au mois de janvier 1995. Il en ressortira avec un visage tout neuf…

Cinq années se sont écoulées entre la parution de Metallica et celle, très attendue, de Load. En réalité, Metallica a accumulé tant de matériel qu’il a été décidé de sortir deux albums, Load en 1996 et ReLoad en 1997, plutôt qu’un double CD. Plus jamais le groupe ne souhaite voir autant de temps s’écouler entre deux offrandes à ses fans… et tiendra (presque) parole dans les années à venir, inondant régulièrement le marché de produits divers, audio et vidéo.

Afin de marquer sa maturité nouvellement acquise, Metallica , devenu un groupe adulte, décide de travailler le visuel : d’une part, sa signature est modifiée: plus compacte, moins agressive, surtout, elle se veut annonciatrice de nombreux changements. Ensuite, les musiciens sont passés chez le coiffeur (sauf Kirk Hammett) et le tailleur. La nouvelle tête, la nouvelle apparence plus branchée est un autre élément qui déplait aux fans… Ils sont trop propres, trop stylés et trop éloignés du Thrash les Four Horsemen. Le public les regarde d’un œil méfiant et aun comportement parfois accusateur. Et la musique dans tout ça ? Metallica offre un album dense, d’une heure quinze, et cherche à renouer quelque peu avec le blues. Si les mélodies de Ain’t My Bitch ou 2X4 qui ouvrent cet album sont dynamiques, les fans dénoncent vite le manque de riffs thrash et la « discrétion » des soli. Par ailleurs, les incursions dans l’univers de la country (Mama said) et l’omniprésence de rythmes mid tempo, ne sont tout simplement pas du goût de tous. Bien que la production de Bob Rock soit une nouvelle fois à la hauteur, l’album devient vite, tout comme son successeur ReLoad en 1997, le plus décrié de la discographie des gars de San Francisco. Pour autant, l’un et l’autre atteindront le statut multiplatine aux Etats-Unis. Un succès commercial, oui, mais décevant au regard des records atteints par le Black Album, certes, mais aussi une déception d’un point de vue artistique. Mais Metallica est désormais un groupe à part, entré dans les chaumières, et est devenu une véritable institution américaine incontournable. Comme Bon Jovi, Aerosmith ou Bruce Springsteen…

Les tournées qui suivent continuent, elles, d’attirer des foules compactes. S’il est en effet un domaine où Metallica a toujours été irréprochable, c’est bien la scène. Et le groupe ne lésine pas, démarrant le Load tour au mois d’avril 1996 à San Jose, en Californie, et clôt l’année au même endroit après être passé par l’Amérique du Sud, le Canada et l’Europe. Les cinq premiers mois de 1997 voient le groupe concentrer le gros de ses efforts sur les USA. Metallica s’accorde ensuite un break avant d’envahir les festivals européens et de simplement s’y faire plaisir.

1998 voit une nouvelle galette – double – de Metallica arriver dans les bacs. Garage Inc. est une sorte d’extension au Garage Days Revisited sorti une décennie plus tôt. Le concept est le même, Metallica , par le biais de reprises et de faces-B de ses singles, rend hommage à ceux qui l’ont inspiré et permis d’arriver où il en est aujourd’hui. L’année est ensuite consacrée à la route, Metallica donnant cette fois la priorité aux contrées lointaines : Australie, Nouvelle Zélande, Japon reçoivent les hommes en noirs qui retournent à domicile toute la seconde moitié de l’année…

Il est parfois bon de surprendre son public et de casser la routine. Cela se traduit par une nouvelle collaboration avec Michael Kamen, chef d’orchestre qui avait déjà apporté sa collaboration à certains arrangements de Metallica (et de Queensrÿche, parmi d’autres). Les 21 et 22 avril, Metallica donne deux concerts avec l’orchestre symphonique de San Francisco, dirigé par Kamen. La relecture des morceaux de Metallica emballe le public et se traduit par la sortie, fin novembre, du double CD live S&M. Certains remarquent que l’on retrouve le « M » du logo d’origine de Metallica… Un signe ? L’album est acclamé par les fans et la critique. Le mariage a priori contre nature se révèle totalement efficace, l’œuvre de Metallica réarrangée ne s’en trouvant pas du tout dénaturée.

L’année 2000 est marquée par un évènement de taille. Un évènement dont Metallica ne ressortira pas indemne. Car le groupe a enregistré un nouveau titre pour la bande originale du film Mission : Impossible 2. Mais alors que la première diffusion radio officielle de I Disappear devait se faire le 19 avril, le groupe découvre que le morceau est très largement diffusé sur Internet, via le site d’échange de données Napster, fondé par les frères Fanning (Shaun et John) et Sean Parker. L’explosion de l’univers numérique et la popularisation de l’informatique ont engendrés de nouveaux modes de consommation de la musique. Des nouveaux comportements auxquels l’industrie musicale ne s’était pas préparée. Et n’a donc rien vu venir. Car les nouvelles générations ont élaboré des systèmes d’échange de fichier. Un échange, c’est « je te donne, tu me donnes », et on ne parle que d’une chose par transaction… Mais ici, avec les nouvelles technologies, les choses se font à une échelle telle que le « tape trading » d’il y a vingt ans, ou même le piratage sur cassettes audio d’il y a dix ans à peine font pâle figure… Le piratage des années 2000 se transforme en une véritable industrie parallèle. Le combat dans lequel s’engage Metallica, et plus spécifiquement Lars Ulrich, est plus celui pour le contrôle de la répartition des droits d’auteurs qui, avec ces nouveaux systèmes, échappent à tout contrôle. Le procès, long, entrainera la disparition de Napster, mais les résultats de l’industrie musicale connaîtront, malgré tout, des chutes vertigineuses. L’image de Metallica auprès des plus jeunes, principalement, est également salement touchée car désormais les sales gosses de la Bay Area passent pour de vils capitalistes assoiffés de dollars…

Metallica aura du mal à redorer son image, d’autant que le 17 janvier 2001 Jason Newsted annonce quitter le groupe. S’étant vu, parmi d’autres raisons invoquées par le démissionnaire, notifier un refus catégorique de s’impliquer plus avant dans son projet Echobrain, le bassiste en poste depuis 14 ans reprend, comme l’avaient fait avant lui des artistes comme Bruce Dickinson et surtout Rob Halford, sa liberté. Cette démission est en fait la conclusion d’années difficiles passées au sein de Metallica puisque jamais Jason ne fut considéré comme membre à part entière du groupe. Ni ne trouva sa place.

Cette claque donne à réfléchir au trio restant tant sur sa démarche créative que sur ses relations au niveau humain. Et plutôt que de se précipiter à chercher un remplaçant, c’est Bob Rock qui occupera temporairement la place de Jason.

Lorsque le groupe entre en studio, commence un long travail, douloureux, pénible pour tous. D’abord, le départ de Jason est mal vécu et Metallica décide de mettre un terme à trop de conflits en embauchant à demeure un psychologue chargé de les accompagner sur le chemin de la rédemption. Ensuite, le groupe a accepté d’être en permanence filmé dans le cadre d’un documentaire. Les caméras de Joe Berlinger et Bruce Sinofsky s’immiscent dans l’univers cloisonné de Metallica de mai 2001 à juin 2003, retraçant sans pudeur le quotidien d’un groupe phare : les conflits internes qui voient James claquer la porte et disparaitre (pour une cure de désintox), la recherche d’un nouveau bassiste, les engueulades au sujet des nouveaux morceaux, les répétitions avec un Bob ROCK plus bassiste que producteur, et le choix de Robert Trujillo (ex-Suicidal Tendencies, Ozzy Osbourne et Black Label Society) qui rejoint officiellement Metallica le 24 février 2003 avant de partir sur les routes pour de nouvelles aventures. Au départ, le duo de réalisateurs avait pour objectif de tourner un documentaire sur les coulisses de la création d’un album, mais les évènements leur ont apporté un nouvel angle de travail qui verra Some Kind Of Monster récompensé au festival de Sundance en janvier 2004. Mais entre-temps…

L’intermède imposé par James Hetfield prend fin au printemps 2002, et le groupe doté d’un souffle nouveau peut s’atteler à la tâche. Lorsque parait – enfin – St. Anger, le public découvre un album sans signature ni titre (autre que sur la tranche). Si Robert Trujillo fait officiellement partie de Metallica, c’est bien Bob Rock qui joue de la basse sur des morceaux longs, complexes, au chant râpeux, mais des morceaux sans aucun solo. Malgré la présence de titres accrocheurs comme Frantic, Invisible Kid ou Purify, l’album, une nouvelle fois, divise les fans certains reprochant au DVD bonus, montrant le groupe répéter en compagnie de son nouveau membre, d’avoir un meilleur son que sur le CD. Ce n’est d’ailleurs pas la dernière fois que les fans pointent du doigt des problèmes liés au son.

Le groupe a pourtant d’autres préoccupations en tête. Le lancement de l’album se fait par le biais de trois concerts donnés à Paris le 6 novembre 2003. Les fans ont du faire un choix, car l’organisation rendait impossible l’achat de billets pour les trois concerts. Ces derniers ne furent mis en vente qu’aux caisses de chaque salle quelques semaines plus tôt. Ainsi le Trabendo, la Boule Noire et le Bataclan eurent les honneurs de recevoir un Metallica intimiste et revigoré par le défi d’une nouvelle ère. Si l’exploit rappelle celui que réalisa quelques années plus tôt Def Leppard qui donna, en 24 heures, trois concerts sur trois continents différents, Metallica, en se concentrant sur une même ville – et pas n’importe laquelle, s’il vous plait, Paris, tout un symbole ! – économise en fatigue l’énergie qu’il dépense sur scène. Puis Metallica reprend la tournée des stades, envahissant les USA, et le reste du monde avant de s’accorder une année de repos en 2005.

Metallica réapparait en novembre 2005 pour deux concerts donnés en compagnie des éternels et incontournables Rolling Stones, puis les quatre retournent en studio au mois de janvier 2006. Et là, surprise : Bob Rock, producteur grâce auquel Metallica a vendu plusieurs dizaines de millions d’albums, n’est pas de la partie ! Metallica a choisi de travailler avec Rick Rubin le grand manitou du rap US des années 80, fondateur de Def American Records, et qui s’était déjà distingué en produisant des artistes comme Slayer (oh, le scandale de cette annonce… Ahh! le résultat discographique – South Of Heaven, Seasons In The Abyss) Comme le groupe en a pris l’habitude, il donne, durant l’été, quelques concerts afin de s’oxygéner, et présente même deux nouveaux morceaux à quelques privilégiés allemands et japonais.

L’enregistrement de l’album sous le contrôle de Rubin débute en 2007. Le producteur veut que Metallica se lâche, renoue avec son passé, retrouve la rage et le naturel de ses débuts. Le résultat parait sous le titre de Death Magnetic le 12 septembre 2008. Rubin a souhaité que Metallica renoue avec son passé ? Est-ce lui le responsable du retour du logo d’origine ? Ce détail signifie-t-il un retour au Thrash direct et sans concession qui fit les grandes heures du Metallica des années 80 ? Pour célébrer le lancement de Death Magnetic, Metallica donne deux concerts de charité à Berlin puis à Londres avant de constater le résultat de ses efforts : la critique est (quasi) unanime, l’album se classe en première places de nombreux tops et charts. Mais… Mais un détail chiffonne nombre d’acquéreurs, c’est le mix de la batterie qui grésille et sature pour un rendu plus que désagréable rendant l’écoute à volume important ou au casque pénible… Comment un groupe comme Metallica , avec les moyens technologiques dont il dispose, a-t-il pu laisser passer ce « détail » ? Comment n’avoir pas envisagé la possibilité que de nombreux fans n’aient pas forcément les moyens de s’offrir du matériel aussi haut de gamme que Metallica ? Mais le succès l’emporte au final sur l’insatisfaction, l’album voyant d’anciens fans revenir au bercail.

Metallica repart une nouvelle fois sur la route, et traverse le monde à un rythme moins soutenu – moins fatigant et moins exigeant, donc – que par le passé, se concentrant sur des périples de deux semaines de concert/une semaine de repos. La tournée, sans surprise, fait une nouvelle fois carton plein, et donne naissance à deux DVD, dont Français pour une nuit, retraçant magistralement le concert que Metallica donna aux arènes de Nîmes le 7 juillet 2009 . En plus, Metallica se voit sollicité pour être au centre d’une édition spéciale du jeu vidéo Guitar Hero qui parait également en 2009. Il est loin, le temps où Metallica jurait ne jamais céder au démon de la vidéo… Puis, en 2009 encore, Metallica fait officiellement son entrée au Rock’N’Roll Hall Of Fame. Un minimum pour le 7ème plus gros vendeur de l’histoire de la musique américaine…

2010… Metallica retourne en Amérique du sud, rendant visite à des fans qu’il avait délaissés pendant près d’une décennie. Et revient en Europe au cours de l’été. Pas seul, loin de là ! L’organisation du festival Sonisphere a organisé un événement de taille puisqu’il a réussi à réunir sur une même affiche, et pour une série de sept festivals, ceux que l’on désigne depuis vingt ans comme « le Big 4 » du Thrash : Metallica sera précédé de Slayer, Megadeth et Anthrax, les quatre groupes prévoyant de jammer ensemble. Une de ces journées historiques, celle de Sophia, en Bulgarie, fera l’objet d’un DVD témoignage (et d’un quintuple CD) sobrement intitulé « The Big 4 Live from Sophia ».

La tournée Death Magnetic, quant à elle, se termine à Melbourne (Australlie) le 21 novembre 2010 et Metallica rentre au bercail avec un nouveau projet en tête.

Cette fois, Metallica a décidé de prendre tout le monde à contre pied. Et la surprise est de taille lorsque le groupe annonce s’associer à Lou Reed, mentor du Velvet Underground, icône d’un certain rock décalé, du pop art d’Andy Warhol, aussi. Bref, un artiste à l’opposé de l’univers de Metallica. Mais on pourrait aussi dire que Lou Reed a, également, pris tout son monde à contre pied en décidant de s’associer à Metallica, icône du Thrash violent et explicite, mentor de toute une génération de groupes bruitistes et extrêmes, groupe clamant que le mélange de sang et d’urine qui illustre la pochette de Load est de l’art… Une association a priori contre nature (celle de Metallica et de Reed, s’entend), et pourtant, l’art en est bourré de ces associations…

Le résultat parait fin octobre 2011. Une seule indication sur la pochette : le titre, Lulu, rouge sang, écrit en superposition du buste d’un mannequin de cire sans bras. Très vite, l’album est décrié, montré du doigt, médias et fans lui offrant directement et sans autre forme de procès le statut de pire album du groupe. Le verdict est sans appel, Lulu ne se vendant qu’à quelques milliers d’exemplaires la semaine de sa sortie. La pire vente jamais enregistrée par un groupe, par des artistes de cette envergure qui donnent une dernière chance au public de San Francisco lors de quatre concerts exceptionnels donnés par Metallica entre le 5 et le 10 décembre 2011.

Car Metallica a décidé de fêter dignement son trentième anniversaire. Pour ce faire, le groupe investit le Fillmore, petite mais mythique salle de San Francisco fondé par Bill Graham dans les années 60 afin d’offrir à certains artistes (dont les Grateful Dead) un lieu où jouer. Seuls les membres du fan club peuvent se procurer des billets. Mais ils sont trop nombreux pour être tous servis. Un tirage au sort désigne donc les heureux privilégiés qui pourront assister à ces shows. Quatre concerts donnés pour 2000 spectateurs, chacun, avec des setlists et des invités chaque soir différents, et un tarif défiant toute concurrence : 6 dollars le concert, moins de 20 les quatre. Metallica est à la fête et ses invités, anciens membres (Dave Mustaine, Jason Newsted ou même les plus anciens Lloyd Grant et Ron McGovney), ceux qui ont failli « en être » (Pepper Keenan, John Bush) ou autres illustres inspirateurs (Biff Byford, Rob Halford, King Diamond, Lou Reed, Marian Faithfull…) aussi.

Afin de tenter de se racheter de la débâcle Lulu, Metallica publie un maxi de « restes » de Death Magnetic, un quatre titres intitulé Beyond magnetic. Mais c’est une nouvelle fois l’annonce de sa nouvelle tournée des stades qui « crée le buzz ». Metallica a 30 ans, le Black album tout juste plus de 20. Ce dernier sera le centre de cette nouvelle tournée, le groupe axant sa communication autour du fait que Metallica sera interprété dans son intégralité. Cependant, les quatre de San Francisco n’ayant jamais rien fait comme les autres, il semble évident que bien d’autres choses attendent le public. Pour la France, rendez-vous donc au Stade De France le 12 mai 2012. Sans surprises, le concert affiche en quelques heures complet et, comme sur le reste de sa tournée, Metallica fait les choses comme il faut: Gojira en ouverture est un bel amuse gueule, mais, au delà du spectacle – irréprochable, comme toujours – Metallica a décidé d’inviter ses fans – membres du fan club français principalement – à prêter et exposer quelques souvenirs dans une sorte de mini musée que peuvent « visiter » quelques privilégiés. Malgré quelques égarements, Metallica, finalement, sait rester proche de ses fans.

Jamais à court d’idées novatrices, Metallica décide de se lancer dans un nouveau projet, au cinéma, cette fois! En fait, le groupe se trouve au centre des recherches que mène le jeune acteur dane Deehan, héros de Through the never, film réalisé par Nimrod Antal. Metallica y donne un concert, tandis que Trip, le héros, se voit confier la mission de récupérer un objet. Son périple est brutalement interrompu à la suite d’un accident etc… Bref, un scénario basique mais une mise en scène qui se veut novatrice, deux éléments qui permettent à Metallica de publier un nouveau live, double, enregistré au Canada (Edmonton et Vancouvert) courant aout 2012. Un album qui démontre, une fois n’est pas coutume, la puissance scénique intacte des Horsmen.

Devenu monstre sacré, Metallica se fait naturellement plus rare. Ses concerts prennent la forme de véritables événements; Mais ce n’est pas assez. Toujours soucieux de l’avis des fans, le quatuor décide d’organiser, en 2014, une tournée particulière qui se tient du 16 mars au 10 août 2014 pour 25 concerts : intitulée Metallica by request, les fans reçoivent la promesse de ne jamais avoir deux fois la même set list. un véritable défi pour jame, Lars, Kirk et Robert puisque ce sont les fans eux-mêmes qui décident de la set list du soir en votant par SMS. Les chansons interprétées ne sont connues du groupe que quelque minute avant que ne démarre le concert, à la clôture des votes. Mais au final, le public n’opte que rarement pour des titres rares et réclame les plus connus… une belle expérience et un beau pari, relevé haut la main, cependant.

En 2015, la France est touchée par le terrorisme aveugle à deux reprises. La seconde affecte particulièrement Metallica puisque le 13 novembre 2015, des groupes radicalisés s’attaquent au Stade de France (sans pouvoir y pénétrer), aux clients de restaurants et bars des Terrasses et pénètrent dans le Bataclan où ils commettent un massacre sans nom. Le monde est sous le choc, d’autres villes ont été et seront touchées mais Metallica connait le Bataclan et décide de publier, l’année suivante, en 2016, les enregistrements du concert donné en ces lieux pour la sortie de St Anger. Paru en édition limité, Liberté, égalité, fraternité, Metalllica! regroupe les 9 chansons (dont on a pu avoir quelques extraits sur le Ep Some kind of monster) interprétées lors du périple de 2003 et devient rapidement un objet recherché des fans.

Mais le groupe s’est également attelé à la création du successeur de Death magnetic. En novembre 2016, lorsque parait Hardwired to self destruct, les fans savourent le premier double album – pardon: double CD – de la carrière du groupe qui revient en forme. Malgré une pochette et un titre mystérieux, tout le monde est d’accord: Metallica est en forme, revient avec l’esprit des débuts et… a fait attention à ne pas se planter dans le son travaillé avec du matériel »plus abordable »! Il grimpe rapidement à la première place de nombreux classements nationaux (France, Autriche, Suisse, Irlande Allemagne…) et confirme la position dominante de Metallica dans l’univers du Metal. La tournée annoncée est rapidement complète et c’est désormais avec impatience et ferveur que les fans français attendent l’ouverture des portes de l’Accor Hotels Arena de Paris les 8 et 10 septembre prochains.

Le monstre vit encore; mieux: il est en pleine forme et plus fort que jamais!

SONS OF TEXAS: Forged by fortitude

Heavy rock, USA (Spinefarm records, 2017)

Quant on s’appelle Sons Of Texas (« les fils du Texas » pour les nuls en anglais, pas la peine de me remercier, hein!), que son premier album, paru en 2015 s’intitule Baptized in the Rio Grande Mud (« baptisés dans la boue du Rio Grande », nouvelle traduction généreusement offerte pour les précités nuls en anglais), référence ouverte au second album de ZZ Top (célèbre trio formé au Texas… faut tout vous dire…) et que la pochette de son nouvel album, Forged by fortitude,  évoque ouvertement, aussi, l’univers du Southern rock, tout laisse croire que l’on a ici à faire à un groupe de…rock sudiste. Formé en 2011 à Mc Allen au Texas (ah, oui?) par les frères Villareal (Nick, basse et Mike batterie), le chanteur à la voix aussi puissante qu’éraillée Mark Morales et les guitaristes Jon Olivares et Jon De Hoyos, Sons Of Texas a forgé son et identité musicale au fil de ses quelques années d’existence. L’album, de 11 titres, est un véritable hommage à la culture rock du sud des USA sous toutes ses coutures ou presque. Mais attention, il y a un double effet, volontaire: les trois premiers titres, puissants, presque enragés, évoquent une rencontre entre Pantera et Lynyrd Skynyrd. On est aux limites du metal extrême, et ça dépote grave avant que Sons of Texas ne ralentisse le tempo avec Cast in stone, power ballad qui ouvre la porte à d’autres horizons musicaux. Ainsi, tout au long de ce Forged by fortitude, le groupe alterne les plaisirs, allant du hard core de Buy to sell out à la ballad heavy Turnin’ the page, en passant par la détermination volontaire de Expedition to perdition ou Jaded eyes ou le rock sudiste typique (si c’est ce qu’évoque l’illustration, ne vous lassez pas avoir, ce n’est qu’une partie des influences du groupe…) Ci et là, les guitares, généralement rageuses, lorgnent vers le sleaze. C’est cette variété qui fait la force de Sons Of Texas. Là où l’on pourrait penser que certains se cherchent, les Texans savent où ils vont. Un plaisir à découvrir et partager.

SHAMAN’S HARVEST: Red hands black deeds

Metal, USA (Mascot records, 2017)

Ca devient une habitude que de découvrir un groupe qui a déjà quelques albums à son actif… Au cours de l’année passée, ce furent Royal Thunder, Whiskey Meyers ou Flogging Molly, issus de pays et d’univers musicaux différents; Et ça continue… Que peut être le havre du shaman? Un calumet de la paix sans doute vissé à la bouche, les Américains de Shaman’s Harvest – groupe formé en 1996 dans le Missouri – nous proposent aujourd’hui Red hands black deeds, leur 6ème album qui navigue sur plusieurs eaux et nous etraine, de fait, vers différents rivages. Le morceau titre, tribal, cède la place à Broken ones bien plus dur et déterminé. Puis vient The come up qui lorgne plus du côté du rock direct; Nathan Hunt en profite pour démonter l’étendue de son spectre vocal, aussi rugueux que doux et profond (A longer view, ballade mélancolique). Dès lors, on attend la suite avec intérêt, espérant que cette variété continue. Shaman’s Harvest puise, par la suite dans le blues, la soul, le rock, la country… sans lasser un instant. La variété proposée sur cet album allié à la voix si particulière du sus mentionné chanteur (et cette choriste sur Soul crusher et Off the tracks!) permet à Red hands black deeds ne ne jamais lasser l’auditeur; une véritable force pour un album (presque) envoûtant de bout en bout – allez y d’ailleurs, jusqu’au bout, il y a un morceau caché assez fun! Amateur de rock 70’s, vous savez ce qu’il vous reste à faire!

ZZ TOP live à Paris (le Zénith, le 11 juillet 2017)

Tous les deux ans, ZZ Top fait halte à Paris. Et tous les deux ans, c’est la même chose: ceux qui ne sont pas encore en congés viennent joyeusement prendre leur dose de blues rock à la sauce texane. Le Zénith est loin d’afficher complet (ce n’est pas la meilleure période pour les concerts…) et les quelques 3500 spectateurs circulent aisément au sein de ce Zénith en petite configuration. L’ambiance n’es est pas moins chaleureuse.

red Devils

En guise de première partie, ZZ Top a retenu les Red Devils, groupe californien de blues qui a décidé de revenir. Côté marketing, le groupe propose des T-shirts estampilllés « the return of the REd Devils ». il n’est pas aisé de trouver des infos concernant le groupe tant le nom est usité (équipes de foot, de supporters et autres…) mais la formation a sorti quelques albums avant de disparaître au cours des années 90.

red Devils

Ce retour doit donc les remettre sur les rails. Dès les premières notes, on sait à qui on a à faire: les Blues Brothers sont passés par là.  C’est sympa, mais les gaillards peinent à convaincre. Il manque un brin d’énergie et de folie pour que le public reste en nombre, ce qui n’est que moyennement le cas ce soir.

Red Devils

ZZ TOP

Il est 9 heures et le public commence à s’impatienter. Enfin les lumières s’éteignent, Franck Beard prenant place derrière ses fûts, allumant au passage une cigarette. j’ai l’impression d’avoir déjà vu ça… La batterie ne change pas, comme d’autres choses, d’ailleurs. La scène quant à elle est sobre, sans fioriture autre que les amplis vert placés de part et d’autre de la batterie. Le concert démarre avec le trio Got me under pressure, Waitin’ for the bus et Jesus just left Chicago. C’est marrant, j’ai une nouvelle impression de déjà vu…

ZZ TOP

Allez, commençons par ça: la setlist est à deux ou trois titres près la même que celle de 2013 et 2015. Pire, les morceaux sont joués dans le même ordre ou presque (seules Pincushion et I’m bad, I’m nationwide, puis My head’s in Mississippi et la reprise Catfish blues sont inversées). 16 titres identiques sur 19 morceaux, ZZ Top prend peu de risque. Bon, d’accord, ils ne peuvent faire l’impasse sur nombre de classiques et le public attend les grands hits. Cependant, on peut regretter que les reprises ne changent pas: encore Foxy lady (Jimi Hendrix) et le sus mentionné Catfish blues (Robert Petway), mais on appréciera aussi la reprise de 16 tons (Tennessee Ernie Ford) et Act naturally (Buck Owens) sur lequel Elwood Francis vient jouer de la steel guitar assis sur une caisse, et enfin le Jailhouse rock (Elvis Presley) en guise de second rappel.

ZZ TOP

Pour le reste, ZZ Top connait parfaitement son affaire, et l’on sait aussi à quoi s’attendre: des pauses, Billy Gibbons et Dusty Hill connaissent par cœur. Se déplacer en glissant sur scène, tranquillement, aussi. Et si Gibbons n’est pas au mieux de sa forme vocalement (il donne parfois l’impression de tirer sur la corde), le son est limpide.

ZZ TOP

En revanche, si la musique opère naturellement – ça reste irrésistible, malgré tout – Gibbons se met le public dans la poche en lui adressant quelques mots de français aussi simples que « Yes, Merci! » ou un « C’est chouette! » après un solo dont il a le secret. Pas super bavard pour autant, mais le public est séduit. Ce qui compte, après tout, c’est d’en prendre plein les oreilles, et de ce côté, si elle ne présente guère de surprise, la setlist est imparable. En somme, ZZ Top nous a prouvé une fois encore qu’un bon concert, c’est avant tout de bonnes chansons interprétées avec coeur et qu’il n’est nul besoin de fioritures pour faire effet. une belle soirée, en somme qui se termine par les habituels La grange et Tush, complété du sus-mentionné Jailhouse rock d’un certain Elvis. On se retrouve dans deux ans?

ZZ TOP

INTERVIEW: WHISKEY MYERS

Entretien WHISKEY MYERS. Rencontre avec Gary Brown (basse). Propos recueillis à Paris le 31 mai 2017

C’est quelques instants avant de monter sur scène que Gary Brown, le bassiste de Whiskey Myers, a accueilli Metal Eyes pour une interview quasi improvisée.

Metal-Eyes : Aujourd’hui, c’est le dernier jour de la tournée européenne de Whiskey Myers. Comment était cette tournée ?

Gary Brown : Bien, bien, de bons publics, une belle participation, oui, plutôt bien, jusqu’à présent….

Metal-Eyes : prêts à rentrer à la maison?

Gary Brown : Oui, ça vient. C’est une envie qui commence à se faire sentir. On a donné, je crois, 12 concerts en 15 jours, ce qui est plutôt bien.

Metal-Eyes : je viens de découvrir Whiskey Myers avec Mud, son dernier album. Peux-tu me dire ce qu’est ce groupe ?

Gary Brown : Simplement ce que nous sommes, ce que nous savons faire; On a grandi dans le Sud, au Texas, à la champagne… C’est un groupe qui dit “reste fidèle à ce que tu es, n’oublies pas tes racines…”

Metal-Eyes : C’est le son de votre musique qui, si je puis dire, dégage les odeurs du Sud…

Gary Brown : Ca sent chez nous, oui…

Metal-Eyes : Si je te dis “redneck”, ça évoque quoi, pour toi?

Gary Brown : Je ne sais pas… Ça me fait penser à ce personnage de la série Les rois du Texas…

Metal-Eyes : Sur Mud, on sent beaucoup de choses: la vie, de la religion, aussi. Qu’avez-vous mis d’autre dans ce disque ?

Gary Brown : Ce genre de choses, ce qui dit qui nous sommes… On pourrait traiter un peu de politique, mais c’est pas notre truc. On préfère parler de ce qu’on a appris en grandissant au Texas, ces choses qui nous ont forgés, fait de nous ce que nous sommes. Être fidèles à nous mêem.

Metal-Eyes : Alors, qu’êtes-vous donc?

Gary Brown : oh, des gens du Sud, mec, tu vois. On a grandi à la campagne, on devait apprendre à faire les choses par nous-mêmes, pêcher, chasser… respecter les autres, et tes origines, ceux qui t’ont élevés. Je crois que cela a construit une bonne partie de ce disque.

Metal-Eyes : En effet. Au sujet de ce disque, qui sont les choristes?

Gary Brown : il n’y en a qu’une, elle s’appelle Christine Rodgers. C’est une superbe chanteuse de Nashville. Elle est fantastique. Elle a aussi chanté sur Early mornig shakes, je ne sais plus quels titres, mais elle y est.

Metal-Eyes : C’est la première fois que vous allez jouer à Paris avec Whiskey Myers. Quattendez-vous du concert de ce soir,

Gary Brown : J’espère vivre ce que nous avons vécus sur cette tournée : on a joué en Allemagne et en Pologne pour la première fois, et j’espère toucher les gens. C’est complet, il va faire chaud, et énergique. J’espère simplement que les fans vont apprécier la musique.

Metal-Eyes : doit-on s’attendre à quelque chose de spécial ce soir ? Je m’explique : WASP avait pour habitude de balancer de la viande dans le public, Stryper, c’était des Bibles. Vous pensez jeter de la boue (Mud) au public ?

Gary Brown (rires): Non, non, on ne veut pas qu’ils nous jettent quoi que ce soit, alors on ne jettera rien ! Si, des médiators, mais rien de plus…

Metal-Eyes : vous vous appelez Whiskey Myers : quel est ton Whiskey préféré ?

Gary Brown : Je ne bois plus depuis maintenant 3 ans… Mais quand je buvais, j’aimais beaucoup el Crown Royal, du Canada.

Metal-Eyes : Parlons un peu de votre disque : comme nous l’avons dit, Mud est plein de vie, de cette musique du Sud, avec du banjo, de beaux chœurs… Très rock, roots et heavy. Quelle était votre intention musicale avec ce disque ? Avez-vous voulu modifier ce que vous avez fait jusque-là?

Gary Brown : Non, pas vraiment. Je ne crois pas qu’on ai jamais envisagé d’entrer en studio et de tout changer. On évolue, il y a de nouveaux membres qui apportent leurs idées. Notre producteur, Dave, nous aide sur certains points, certaines décisions, comme quels instruments inclure, comment mieux construire les chansons pour qu’elles collent au son, comment permettre à chaque partie de soutenir les autres, ce qui fait une chanson. Je crois qu’en tant que groupe, nous avons appris à le faire de mieux en mieux, avons grandi. Bien sûr, nous disposons aujourd’hui, avec les nouveaux outils, de plus de moyens pour créer de nouveaux sons. C’est sans doute ce qui différencie ce disque des précédents.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Mud pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce qu’est Whiskey Myers, ce serait laquelle ?

Gary Brown : C’est une excellente question!  (Il réfléchit) Sans doute Mud, ou On the river… Cette dernière parle d’un homme qui a fait une promesse et se bat pour l’honorer, et survivre à une époque où c’était très dur. Mud a aussi du feeling, et parle de cette fidélité à ce que tu es, ce qui a fait de toi ce que tu es. Je crois que ces choses valent le coup qu’on se batte, qu’on les garde dans notre cœur.

Metal-Eyes : Et si nous parlions un peu de votre président?

Gary Brown (rires): J’ai pas grand-chose à dire à son sujet…

Metal-Eyes : Une toute dernière chose, alors : quelle pourrait être la devise de Whiskey Myers ?

Gary Brown (il rit) : hum… Ne sois pas une lavette. Sois fort et bas toi pour ce qui vaut le coup.

 

HELLTERVIEW: THE DEAD DAISIES

Entretien THE DEAD DAISIES. Rencontre avec John Corabi (chant), David Lowy (guitare) et Brian Tichy (batterie) Propos recueillis au Hellfest le 17 juin 2017

The Dead Daisies

C’est en dernière minute ou presque que The Dead Daisies, au départ prévu pour ne donner qu’une conférence de presse, a décidé de rencontrer quelques journalistes sur place au Hellfest, dans une ambiance détendue. Une rencontre improvisée, dans la bonne humeur, avec l’un des groupes les plus chaleureux du moment !

 

Metal-Eyes : C’est votre premier Hellfest, quelles sont vos premières impressions, à chaud après votre concert?

John Corabi : Honnêtement, c’est un super festival. Je me suis baladé, j’ai regardé les décors, les bars, les tentes, la piscine, ici… C’est… C’est putain de génial, c’est vraiment cool. Je ne savais pas à quoi m’attendre. C’est ma première fois, et j’ai vraiment adoré. On a eu un retour fantastique du public, la scène est superbe… j’ai hâte de revenir !

David Lowy : J’en avais déjà beaucoup entendu parler, mais ça dépasse tout ce que j’avais pu entendre… C’est géant : un super public, des installations superbes… C’est un privilège d’être ici.

Brian Tichy : J’ai pris une claque, mec ! Beaucoup de monde tôt dans la journée, du soleil, les gens sont très rock. J’ai passé un super moment !

Metal-Eyes : Bien ! Vous avez publié il y a quelques semaines Live & louder, qui est votre premier album live. Tout d’abord, merci d’avoir inclus au moins deux chansons enregistrées à Paris. Comment avez-vous choisi les chansons et les lieux qui figurent sur ce disque ?

John Corabi : Nous aurions sans doute pu simplement le faire avec un seul show, mais Doug (Aldrich, guitare) a tout écouté, chaque show, et on s’est dit que ce serait assez sympa de publier quelques chansons de cette ville, d’autres enregistrées ailleurs… Nous avons pris les meilleures versions et avons cherché à représenter l’Europe, et pas seulement une ville. Il y a Paris, Vienne, Londres, une ville en Allemagne aussi. Il y a 4 ou 5 shows sur ce disque. Nous voulions montrer l’énergie entre un groupe qui tire dans tous les sens et le public qui grossit à une vitesse incroyable en ce moment. Je pense que c’est le bon moment pour nous.

Metal-Eyes : Puisque nous parlons de Doug, la première fois que nous nous sommes rencontrés…

John Corabi : Ne parlons pas de Doug, parlons de moi! (rires)

Metal-Eyes : Nous allons parler de chacun d’entre vous… Au départ, donc, The Dead Daisies était présenté comme un groupe à configuration variable, musicalement, en fonction des disponibilités des musiciens. Il semble que Doug ait une place de plus en plus importante aujourd’hui, s’implique de plus en plus et que le line-up se stabilise, devenant ainsi un vrai groupe. Diriez-vous que The Dead Daisies est aujourd’hui un groupe à part entière ?

John Corabi : Honnêtement, c’est David qui devrait te répondre. Mais, de mon point de vue, quand j’ai intégré ce truc, il voulait vraiment fonder un groupe. Il a démarré ce groupe avec un gars qui s’appelle John Stevens, un chanteur incroyable, mais John était avec INXS, David faisait partie de différents groupes populaires en Australie. Je pense que quand ils se sont réunis, ils ont composé quelques chansons, ont utilisé les services de musiciens de sessions en studio et ont décidé, plus tard, de partir en tournée. En gros, ils ont fait les choses à l’envers. D’habitude, tu montes un groupe, tu jammes, tu composes, chacun apprend à connaitre les autres et, ensuite, tu enregistres un disque. En ce sens, il y a eu des souffrances, et la liste s’est allongée. Certains des noms de cette liste sont de très bons amis qui, pour une raison ou une autre, ne pouvait être là. La première tournée que j’ai faite avec le groupe, Brian ne pouvait être là, alors on a fait appel à Tommy Cluefedos, Richard (Fortus) a eu un accident de moto, on a fait appel à  Dave Leslie de Baby animals. Tous sont des potes qui sont venus donner quelques concerts. Mais David voulait un groupe et, aujourd’hui, il l’a ! Il en est très heureux, comme nous tous !

David Lowy : Oui, très. C’est très confortable. Il faut un peu de temps pour former et construire un nouveau groupe, que les choses s’imbriquent els unes aux autres. Je crois que la meilleure manière de décrire tout ça, c’est que nous adorons jouer ensemble, nous sommes très à l’aise. Nous avons composé de bonnes chansons, les avons enregistrées ensemble, tournons ensemble… Il a fallu un peu de temps, mais nous sommes parvenus à forger une équipe soudée. L’ensemble est bien plus agréable que la somme de ses parties, si tu comprends ce que je veux dire.

Metal-Eyes : Comme nous venons de le rappeler, deux chansons, au moins ont été captées à Paris. Quels sont vos souvenirs de ce concert parisien, au Trabendo, fin 2016 ?

John Corabi : C’est marrant, et surtout malheureux, mais nous avons joué deux fois en France, chaque fois quelque temps après une tragédie. Nous avons joué environ 10 jours après le Bataclan, et nous ne savions pas si nous devions jouer ou pas. C’est David qui a pris la décision, genre « on y va ! Merde, on ne laissera personne diminuer notre envie de jouer en France ! A chaque fois, nous avons eu un retour public extraordinaire. Je crois que les gens avaient besoin d’un peu d’amusement et de musique dans leur vie. La première fois, c’était après le Bataclan, la seconde, après les attaques de Nice. Nous avons été très surpris par la réaction du public. J’en ai parlé à notre management. Après notre premier voyage, j’ai reç cette lettre absolument incroyable d’un fan de Paris. Il disait, en gros : « marci beaucoup, vous êtes à mes yeux mes héros, pour venir jouer aussi rapidement après les attaques du Bataclan et jouer pour nous. » Il en avait besoin, et il a continué en m’expliquant qu’il était l’un des otages du Bataclan. Là j’ai pris ma claque, et je lui ai répondu en lui écrivant « Toi, tu es notre héros ! » Je lui ai envoyé plein de choses, des t-shirts, des machins en le remerciant, lui, d’être venu nous voir. Je ne sais pas si j’en aurais été capable. Paris a toujours été super, et il nous fallait représenter Paris sur ce disque.

Brian Tichy : Je me souviens de beaucoup de passion, et le fait que les gens soient ressortis après tous les événements dont a parlé John. Le concert en lui-même ? Paris rock, et nous sommes un groupe de rock, alors …

Metal-Eyes : Puisqu nous sommes au Hellfest, je vous ai préparé quelques questions sur l’enfer et le paradis. Tout d’abord, lequel des 7 péchés capitaux vous représente-t-il le mieux ?

David Lowy : Les 7 péchés capitaux ? Que sont-ils ???

Metal-Eyes : Allez, je savais qu’il faudrait les rappeler : la luxure, l’avarice, la gourmandise, la colère, l’envie, la paresse et l’orgueil.

David Lowy : Check, check, check… Tous!

John Corabi : Moi j’étais plus dans la luxure! Mais les autres aussi!

Metal-Eyes : Mais si vous deviez n’en retenir qu’un seul, ce serait lequel?

David Lowy : Ben, en réalité, comme tu le sais, ce sont les 7 premières chansons de notre prochain album ! Tu as trouvé les titres, c’est bien, bravo !

Brian Tichy : Pour définir le péché le plus correspondant, il faudrait déjà croire au péché.. Je n’ai pas envie de parler de religion aujourd’hui, alors je passe !

John Corabi : Et moi, je reste avec la luxure ! (rires)

Metal-Eyes : Ne parlons pas de religion, d’accord. De quoi va-t-on parler ? De politique ? Vous pensez quoi de votre nouveau président ?

John Corabi : Bon, ben… Euh, tu sais quoi? Parlons de religion ! (rires) Ce thème-là est un peu comme la religion…On oublie, on passe à autre chose !

Metal-Eyes : Y a-t-il une chose que chacun d’entre vous regrette avoir faite, avec The Dead Daisies ?

David Lowy (il rit) : Ce que je regrette ? Tu sais, c’est un voyage que j’ai entamé il y a un bon moment, et j’ai l’honneur que ces gars m’ait rejoint. Un voyage, c’est comme tout : il y a de bons moments, d’autres moins bons, ennuyeux, des joies et des regrets. Mais la meilleure partie de ce voyage, c’est que les fans soient avec nous. Nous voyons les choses ainsi : ce n’est pas nous sur scène, ce sont les fans dans le public, et ils participent, avec nous, à ce voyage de rock’n’roll.

John Corabi : J’ai volontairement retiré tous les rétroviseurs de ma voiture : je ne regarde pas en arrière, je regarde devant.

Brian Tichy : Je n’ai pas de regret ; Si je crois que je peux regretter quelque chose, je ne la fait pas, c’est tout.

John Corabi : Brian est un penseur, il ne fait jamais rien, il réfléchit toujours! Il est sans doute…bah… Il ne regrette rien parce qu’il ne commet pas d’erreurs !

Metal-Eyes : S’il est le penseur du groupe, vous êtes quoi, tous les deux,

John Corabi : Je suis le blagueur. David est le, le…

David Lowy : Je suis le pilote!

John Corabi : Ou Dieu, l’un des deux!

Metal-Eyes : Non, on vient de dire « pas de religion»! Vous aimez reprendre des chansons, si vous deviez ne choisir qu’une chanson à jouer à chaque concert jusqu’à la fin, ce serait laquelle ?

John Corabi : Waow! Je n’en sais rien, il faut que j’y réfléchisse! Il y a tellement de bonnes chansons… J’ai traversé la fin des 60’s et les 70’s, il y a tant de bonnes chansons, c’est impossible de répondre à cette question !

Brian Tichy : Je reprendrais Freebird (Lynyrd Skynyrd)tous les soirs. Si je devais reprendre une seule chanson, je reprendrais la meilleure, c’est tout.

Metal-Eyes : Tu as raison, John, c’est le penseur !

John Corabi : Tu me le demandais, et je peux te dire qu’il ne regrettera pas cette réponse.

Metal-Eyes : Dernière chose, vous allez profiter un peu du Hellfest ?

John Corabi : Honnêtement? On joue demain au Grasspop, alors nous allons terminer avec les medias, grignoter quelque chose et filer à l’aéroport. Nous avons une mission ! On a donné, je crois, 2 concerts en 12 heures…

David Lowy : On a fini de signer les autographes au concert d’hier à 1h du matin, et nous étions sur scène à midi trente aujourd’hui…

Metal-Eyes : Et vous ne refusez jamais les séances dédicaces…

John Corabi : Non !

David Lowy : Comme je l’ai dit, on fait, les fans et nous, le même voyage.

Metal-Eyes : Merci pour tout, et j’espère écouter bientôt un nouvel album…

John Corabi : Nous commençons à enregistrer le 1er novembre prochain, l’album sortira début 2018, et la tournée suivra.

Merci à Roger Wessier d’avoir pensé à Metal-Eyes !

FLOGGING MOLLY: Life is good

Rock folklorique, USA (Spinefarm, 2017)

Flogging Molly, c’est qui? Formé à Los Angeles en 1997, Flogging Molly abandonne petit à petit ses aspirations punk originelles pour s’orienter vers un rock folklorique, inspirée autant par la musique celtique que par la country américaine.

Life is good, ça donne quoi? Une belle surprise pour qui ne connait pas le groupe. Life is good, c’est 12 morceaux qui célèbre la vie et la joie de vivre. Le folk celtique est partout présent, le fun aussi. Le groupe n’oublie cependant pas ses origines américaines par la présence – moins prépondérante – de country music. Mais, sous cette façade « la vie est belle » les textes sont graves, s’inspirant d’une actualité triste et sévère. LA mélancolie, c’est la force des violons et de l’accordéon, n’est jamais loin, cédant le pas à un rayon de soleil. Le chant fait penser à celui de Michael Slattery (souvenez vous de The Shoulders et leur superbe Trashman shoes en 92!) en moins… trash, justement. Voila un album qui ne peut laisser de marbre, pour peu qu’on apprécie un tant soit peu ce folklore irlandais qui respire la joie de vivre.

Flogging Molly sera en concert au Bataclan de Paris le 4 juillet 2017

Note: 8,5/10

Sortie: le 2 juin 2017