MÖTLEY CRÜE: The dirt soundtrack

USA, Hard rock (Eleven 7Music, 2019) – sorti le 22 mars 2019

Bien sûr, malgré un contrat signé devant la presse international stipulant que Vince Neil, Nikki Sixx, Tommy Lee et Mick Mars ne rejoueront plus ensemble, la source Mötley Crüe est loin d’être tarie. La sortie de The Dirt, biopic Netflix relatant l’histoire du Crüe, ne pouvait qu’être un prétexte à sortir la BO du film. Heureusement, d’ailleurs, car la bande son sonne comme un véritable best of de la carrière explosive des 4 terreurs de LA. Si les fans possèdent déjà tout ou presque, on a un réel plaisir à retrouver les Red hot, Live wire, Take me to the top et autre Girls, gilrs, girls parmi 14 autres titres originaux. Bien sûr, le groupe a déjà fait l’objet de plusieurs compilations de « son vivant » et de live explosifs (je pense notamment au double Live: entertainement or death). L’intérêt de cette BO réside donc en ces quatre inédits sur lesquels chacun portera une attention particulière. A commencer par le morceau titre, The dirt (est. 1981), taillé dans un hard rock très moderne et efficace, même si on peut déplorer la facilité du refrain. Entrainant et chantant, le groupe se fait accompagner l’espace de quelques lignes de chant par Machine Gun Kelly qui insiste bien sur la notion d’excès qui fut le leit motiv du groupe tout au long de son parcours. Mötley Crüe conclue ce disque avec les 3 autres inédits: Ride with the devil, un mid tempo quelque peu heavy et groovy, teinté d’un peu de pop mielleuse, et Crash and burn, un peu heavy et presque plus pop aussi, qui m’évoque la plus récente carrière de Sixx A.M. Mais aucun de ces deux morceaux ne représente un hit potentiel comme le Crüe a su nous en offrir par le passé. Enfin, on s’amusera de cette reprise, sorte de clin d’oeil irrévérencieux qui vient conclure ce disque mais sonne comme un message de nouveau départ, du Like a virgin de Madonna. Intriguant et sans réelle nécessité, mais marrante. Au final, une BO compilatoire de bonne qualité pour les non initiés. Les amateurs passeront sans doute leur chemin pour se rabattre sur d’autres versions plus complètes. D’autant plus qu’on ne peut que déplorer l’absence totale de titres de l’album éponyme de 1994 avec John Corabi (un Power to the music, ‘Til death do us part ou Uncle Jack aurait été une agréable surprise, mais rien…) Les gars se sont retrouvés en studio pour ces inédits, maintenant, de là à croire qu’ils vont reprendre la route…

 

PAUL GILBERT: Behold electric guitar

Instrumental, USA (Music theories, 2019)

Je n’ai jamais vraiment su comment aborder les albums instrumentaux. Souvent, fut un temps, proposés par des musiciens qui s’adressent à des musiciens, mais certains, Satriani ou Vai en tête, ont réussi à rendre l’exercice accessible, voire populaire. Paul Gilbert, évidemment connu et reconnu pour son travail avec Mr. Big, n’en est pas à son coup d’essai en solo. Ce Behold electric guitar a donc tout, normalement, pour séduire un large public. Le gaillard n’est jamais dans la démonstration gratuite, et flirte avec tout ce qu’il peut et sait faire. Du soft aérien à la débauche de notes, du pop au heavy, tout y passe. La guitare est claire, Paul insufflant de la joie et du soleil dans chacune de ses mesures. Tout est enjoué, et jamais aucun passage ne ressemble à de la pure frime démonstrative. Et pourtant, c’est une véritable leçon que nous donne Paul Gilbert tout au long de ces 12 titres, dont certains passages évoquent des airs connus de tous. Un album de plaisir, à écouter sans modération tant il fait du bien!

ERIC GALES: The bookends

Blues, USA (Provogue, 2019) – sorti le 8 mars 2019

Pour les amateurs, Eric Gales est tout sauf un inconnu. Ce guitariste américain qui sévit depuis toujours publie, avec The bookends, son 18ème album depuis 1991, que ce soit en solo ou en formation variées, avec notamment Doug Pinnick. Il a également à son compte un incalculable nombre de collaborations. The bookends débute avec un triptyque que Gales aurait pu reproduire tout au long des 10 chansons de l’album: instrumental, blues et du blues funky et groovy. Mais non, il s’amuse avec tout, des sons beatbox, de la guitare aérienne, de la ballade, avant de revenir vers le blues qui se joue dans les bars enfumés (il y en a encore?) ou d’autres choses plus foncièrement rock, toujours avec sa voix chaleureuse et très mélodieuse. Jamais Eric Gales ne se répète sur cet album sinon magistral en tout cas entraînant et vivant.

Gary HOEY: Neon highway blues

Blues, USA (Provogue, 2019) – Sorti le 15 mars 2019

Il y a bientôt trois ans, Gary Hoey revenait avec un Dust and bones de superbe facture (Cf. la chro). Neon highway blues, son nouvel opus, transpire toujours autant de ce blues qui le tient tant à coeur et s’éloigne des grosses influences sudistes d’alors. Pour se concentrer sur les tripes, les guitares qui pleurent. Sa voix, toujours aussi chaleureuse, nous emporte dans les tréfonds du sud des USA. Un voyage sonore qui se fait les yeux fermés. L’amour est ici la première des préoccupations de Gary, puisque pas moins de 7 titres y font référence d’une manière ou d’une autre. Et chacun a sa propre identité. Le très enjoué Your kind of love suit un Mercy of love plus langoureux. Bottleneck et batterie qui frappe au rythme cardiaque sont de mise. Les invités (Eric Gales, Josh Smith, Ian Hoey, Lance Lopez) apporte chacun une couleur supplémentaire. Impossible encore une fois de ne pas se trémousser au son de ces invitations à bouger. Essayez pour voir avec Still believe in love et ses accents 60’s… On note ici et là quelques influences de Gary Moore (Almost heaven, superbe instrumental). Une nouvelle belle réussite.

NINE SHRINES: Retribution therapy

Metal, USA (Mascot, 2019) – sortie le 26 avril 2019

Formé en 2014 dans l’Ohio sur les cendres d’Attack! Attack!, Nine Shrines débarque aujourd’hui avec Retribution Therapy, un premier album brutal et chantant. Heavy, thrash, proche souvent du metalcore aussi, les 12 titres sont directs et sans concession. La batterie propose de jolies cavalcades pas évidentes à suivre, comme sur le morceau titres, tandis que les guitares hurlent leur souffrance. NS se cache parfois derrière un faux calme, comme avec les parties aériennes de Chain reaction (dont la partie narrée rappelle un certain énorme hit de Metallica). La force de cet album réside en ce que Nine Shrines parvient à allier avec une remarquable efficacité des rythmes brutaux et des mélodies vocales impeccables. Un contraste qui se retrouve tout au long de l’album, avec des passages parfois teintée de claviers, évoquant d’autres temps (Happy happy), d’électro aussi. Il y a sur Retribution therapy suffisamment de matière pour satisfaire un large panel d’amateurs de décibels. Chacun pourra y trouver son compte.

Reese WYNANS and friends: Sweet release

USA, Blues (Provogue, 2019) – Sorti le 1er mars 2019

Douce sortie… Reese Wynans, ce nom vous est peut-être étranger. Ce claviériste américain, né en 1947, s’est distingué par sa participation au milieu des 70’s à Captain Beyond, et plus encore celle, plus longue et fructueuse, avec Double Trouble, groupe de rock sudiste aux influences country. Depuis, il n’a jamais eu de cesse de composer, d’enregistrer, de collaborer. Il revient aujourd’hui avec Sweet realease, un album qu’il a enregistré avec… plein d’amis. Le résultat est à la hauteur des espérances, car le bonhomme, le blues, il le vit, il l’a dans la peau. Imaginez un peu: un liste d’invités longue comme un générique de film, avec, dans le désordre, Warren Haynes, Sam Moore, Jack Pearson, Kenny Wayne Shepperd et j’en passe… Chacun des 13 morceaux transpire cet amour du blues, de la soul et de la country, des USA et de ses immenses décors de far west. Dès Crossfire, l’esprit des Blues Brothers plane, rapidement suivi de cet esprit gospel qu’on pourrait retrouver au cours d’une messe dans le sud des USA. Du blues, du feeling, de l’amour… C’est tout ce que contient cet album enjoué et entraînant. Amoureux du genre, ne passez pas à côté!

JORDAN RUDESS: Wired for madness

Prog, USA (Music theories, 2019) – Sortie le 19 avril

Si Jordan Rudess est un des membres incontournables de Dream Theater, l’écouter en solo est une belle expérience. Car le claviériste laisse libre cours à ses délires et ses explorations musicales. Il nous propose aujourd’hui Wired for madness qui, dès le premier morceau – Wired for madness part 1 – le voit nous présenter tout son univers. Et celui-ci est étendu, allant de l’électro au metal progressif en passant par les années folles et le jazz. Tout est d’ailleurs dit sur la pochette: de la technologie futuriste et du rêve dans un univers coloré. Jordan Rudess surprend dès ce premier titre de plus de 11′, morceau qu’on croirait instrumental mais qui voit le chant n’apparaître qu’au bout de 9’30… Un long morceau tellement travaillé que le temps passe vite. Tant mieux, car la seconde partie du morceau titre, qui évoque le monde de Fritz Lang ayant flirté avec Pink Floyd, entre autres, dépasse les 20′. A la fois doux et rugueux, ce morceau explore encore d’autres horizons sonores. L’univers du cinéma – aventure autant que déjanté – n’est jamais très loin. La suite est composée de titres plus courts (4’10 à 6’03), permettant à l’auditeur de souffler un peu. Si les Off the ground (qui évoque par instants Ghost) et Just for today, légers et aériens,  Perpetual shine, un ovni prog mais parfois presque disco et souvent déjantées, Just can’t win très crooner et bluesy, l’ensemble est aussi varié, curieux que séduisant, intriguant ou surprenant.Chaque invité – dont James La Brie et John Petrucci (de Dream Theater), Vinnie Moore ou Joe Bonamassa – a son espace d’expression et en profite autant que possible. Les amateurs de sensations fortes en seront pour leurs frais, les esprits curieux et ouverts risquent fort de tomber sous le charme de cet album hors normes et hors du temps. Wired for madness est un album superbe qui porte bien son nom.

Mark MORTON: Anesthetics

Metal, USA (WPP records, 2019)

Mark Morton nous en a parlé de cet album solo, Anesthetics (cf. l’interview de Mark), composé de titres qui ne rentrent pas dans le carcan de son groupe, Lamb Of God. L’écoute de ces 10 morceaux confirme en effet que le bûcheron sait aussi avoir d’autres facettes, et en nombre. Si sa dextérité guitaristique est mise en avant dès le très heavy Cross off, chanté par Chester Benington (Linkin Park),  Sworn apart se fait plus mélodique et chantant, titre sur lequel on reconnait aisément Jacoby Shaddix (Papa Roach). La première surprise vient avec le très doux et bluesy Axis chanté par Mark Lanegan (Screaming Trees, Mad Season, Queens Of The Stone Age…) au timbre si particulier, entre grave et rauque, et Myles Kennedy (Alter Bridge, Slash). Mark Morton se permet même un solo très sudiste à la ZZ Top des 70’s. Forcément, cela donne envie d’aller plus loin. La lecture des crédits indique que l’on va retrouver un peu d’énergie: Chuck Billy (Testament) s’empare du micro sur The never, speed et agressif. On retrouve Myles Kennedy avec un Self defiance plus mélodique et orienté hard rock. Blur, qui n’a rien à voir avec le groupe du même nom, voit l’arrivée du moins notoire Mark Morales, chanteur de Sons of Texas dont le dernier album a fat l’objet d’une chronique ici même, est un morceau plus sombre, aux relents stoner avec quelques influences sudistes.  L’intervention de Joss Todd (Buckcherry) marque un autre retour presque thrash avec le bien nommé Back from the dead, rapide et déterminé. La seconde surprise arrive avec la ballade blues/soul Reveal chantée par Naeemiah Maddox. Une pause qui monte en rage et en puissance avant que Mark Morton ne s’exprime enfin vocalement (en compagnie de Mark Morales) sur Imaginary days, titre puissant, hard rock et déterminé à souhait avec sa mélodie presque orientale. L’album se conclut avec  The truth is dead, titre qui démarre avec douceur, permettant d’entendre Alyssa White-Gulz sous un autre jour, plus doux et mélancolique. Cependant, le morceau s’envole et devient très trhash avec l’intervention brutale de Randy Blythe, complice de Mark au sein de Lamb Of God. Pour résumer, il est difficile d’extraire un seul morceau de cet album varié qui s’adresse à tout amateur de metal multi facettes, et chacun y trouvera son compte. Une belle réussite.

Walter TROUT: Survivor blues

Blues rock, USA (Provogue, 2018) – sorti le 25 janvier 2019

Quel plaisir de retrouver Walter Trout pour un nouvel album studio. Survivor blues débute avec Me, my guitar and the blues planant qui met en avant un musicien à fleur de peau. Totalement bluesy, évoquant par instant le regretté Gary Moore dans son jeu, Trout semble indiquer la voie qui va suivre. Pourtant, non, car dès Be careful how you vote, il se fait plus rock et direct, légèrement engagé aussi. On aurait sans doute apprécié un peu plus de prise de risque das les paroles assez répétitives et convenues (« Attention pour qui tu votes à chaque élection car celui que tu choisis pourrais bien te laisser tomber », on a lu mieux, non?) Mais peu importe au final, car Trout a la guitare qui démange et fait tout pour se soulager, passant d’une énergie à une autre avec un chant soul et sensible. on apprécie le duo avec Sugaray Rayford, autre bluesman américain à la voix en or (Woman don’t lie).  Tout au long de cet album Trout alterne blues, rock et soul, émotion et énergie. Please love me, Red sun, It takes time sont un coup de pied aux fesses, tandis que Nature’s disappearing, Something inside of me ou Out of bad luck sonnent plus comme une douce et tendre caresse. Voila donc un album qu’on écoute avec un réel plaisir, tendrement enlacés au coin du feu.

BADFLOWER: OK, I’m sick

USA, Rock (Big machine, 2019)

Badflower serait-il « the next big thing »? A l’écoute de son premier album, OK, I’m sick, on serait tenté de lui souhaiter. Car le groupe formé à Los Angeles se démarque avec un rock énergique et très varié. Puissant et rugueux au démarrage avec X Ana X, cet album se tourne rapidement vers la mélodie presque pop (The Jester), avant de plonger dans une douceur aérienne sur le titre Ghost qui fait des ravages sur le net. Alors, oui, on reconnaîtra aisément les influences de ce heavy américain taillé sur mesure pour séduire les radios, mélange de rock mélodique et de grunge, parfois allumé et spacial (24) ou pesant (Heroin, Cry) et on remarquera également une certaine irrévérence verbale (avec moult versions de « fuck » placées ci et là). Le chant est clair tout en reflétant une certaine tristesse, sans tomber dans la mélancolie et sait se faire rageur (écoutez ce contraste sur We’re in love…), émouvant ou directif.  Surtout, on apprécie cette diversité des rythmes, cette recherche d’une variété qui maintient l’auditeur en éveil. En ratissant large, OK, I’m sick présente tous les atouts pour placer Badflower parmi les espoirs sur lesquels il faudra garder une oreille.