SCORPIONS: 60 années de piquant

Scorpios @Heavy Ween End 2024

Il est bien loin le temps où nos arthropodes teutons préférés nous annonçaient leur départ à la retraite. Depuis 2012, Scorpions n’a de cesse de toujours se faire, nous faire, plaisir avec quelques nouveautés discographiques et, surtout, de nombreuses tournées. Difficile de croire, alors que le groupe repart sur les routes, que Scorpions ait vraiment pu penser à sa retraite. Car le plus gros et plus ancien groupe de rock allemand propose depuis quelques temps des sets qui aident à oublier quelques années de vaches maigres et de manque d’inspiration discographique, redonnant un réel sens à une carrière qui, outre de nombreux envieux, fit et fait encore rêver des millions de personnes à travers la planète. Alors, pendant que Scorpions attaque un nouveau temps de partage avec le public, nous avons souhaité vous offrir un résumé de sa carrière, en attendant de pouvoir revoir une nouvelle fois ce groupe mythique qui a écrit certaines des plus belles et exceptionnelles p(l)ages du rock. Ils sont peu nombreux les groupes Allemands à pouvoir se vanter d’un tel parcours.

Lorsque le guitariste Rudolf Schenker fonde, à Hanovre, Scorpions, c’est au cœur d’une Allemagne à deux visages, qui vit en pleine guerre froide. Nés du « bon » côté, à l’Ouest, donc, les jeunes de 1965 découvrent, grâce (ou à cause) aux troupes américaines les nouveaux codes culturels du monde occidental. Vestimentaires, tout d’abord, avec l’apparition du blue jean et des blousons de cuir, alimentaire également, avec la commercialisation de produits comme le chewing gum ou les sodas, et également musicaux avec l’arrivée du rock’n’roll incarné, entre autres et principalement par Elvis Presley.

Sans être pour autant totalement permissifs, les parents d’alors, qui ont vécu la guerre, cette guerre infamante qui a jeté l’opprobre sur l’Allemagne, sont parfois plus ouverts d’esprits et tolérants avec leur progéniture. C’est le cas des époux Schenker qui encouragent leurs enfants et les poussent dans les voies artistiques nouvelles.

Rudolf Schenker se lance dans l’aventure dès 1965 en fondant le groupe de sa vie : Scorpions. Les années passent, ainsi que les musiciens, le jeune homme forgeant son identité musicale au gré de ses petites expériences. Son frère Michael, également guitariste, le rejoint en 1970. Il vient d’un groupe qui se nomme Copernicus dont il débauche le chanteur Klaus Meine qui devient bientôt indissociable de l’image des Scorpions.

1972 voit les premiers efforts récompensés avec la sortie d’un premier album, Lonesome Crow. Le petit arthropode a choisi d’intituler son premier essai « le corbeau solitaire » … Si le titre peut passer pour original, les chansons, quant à elles, jettent les bases de la musique que développera Scorpions dans les années à venir : les guitares jouent un rôle prédominant, tant dans les mélodies que dans la tenue des riffs, la voix si particulière de Klaus rendant l’ensemble assez facilement identifiable, bien que dans la veine de la musique d’alors. Ce premier essai permet à Scorpions d’assurer la première partie de Rory Gallagher, Uriah Heep ou UFO, ces derniers parvenant à débaucher Michael Schenker. Le blond guitariste quitte ainsi son frère dès 1973 pour rejoindre Pete Way et sa bande.

C’est alors qu’un phénomène rejoint Scorpions : Uli John Roth brille autant par son jeu que par son mysticisme et son look hippie. Mais plus encore, sans que ce ne soit évident pour l’heure, c’est l’arrivée du discret bassiste Francis Buchholz, un futur pilier du groupe, qui passera plus de quinze ans avec Scorpions, qu’il faut remarquer. La sortie de Fly To The Rainbowsur RCA en 1974 démontre que le choix est le bon. Si l’histoire n’a retenu que le dynamique Speedy’s Coming, l’album reste bourré de ces éléments propres aux Allemands : hard rock et mélodies soignées. La pochette, colorée, dessinée par Wandrey’s, est aussi quelque peu décalée : si le recto nous montre une sorte de scaphandrier du ciel, volant sur des skis à hélices, le verso nous dévoile l’autre face de cet énergumène volant. Un peu comme si le groupe nous disait « kiss my ass » … Et c’est bien là que les noms des musiciens sont inscrits !

L’année suivante, lorsque le temps est venu de préparer un nouvel album, Scorpions démarre une longue et fructueuse collaboration avec le producteur Dieter Dierks. Illustré par une photo pleine d’un érotisme subtil (signée Michael Von Gimbut), In Trance parait en 1975 et se démarque plus encore par la puissance de chansons passées à la postérité : Dark LadyIn TranceRobot Man… Scorpions redéfinit quelque peu sa musique en conservant les ingrédients utilisés précédemment (double voix Klaus/Uli  mélodies efficaces et mémorisables) en écartant subtilement les aspects trop psychédéliques (toujours présents sur Evening Wind ou Sun In My Hand) pour se recentrer sur l’essentiel. In Trance fait alors exploser Scorpions au Japon – et devient même la meilleure vente jamais réalisée par un album RCA au pays du soleil levant. Notons également que l’image des Scorpions s’affine grâce à une signature nouvelle : le logo qui deviendra bientôt indissociable de l’image du groupe. Les Allemands partent sillonner une partie du continent européen en ouverture de Kiss, une opportunité qui ne se refuse pas. Elu par leur concitoyens meilleur groupe live allemand, Scorpions s’attaque alors à sa première tournée anglaise qui vit les cinq musiciens investir le Marquee de Londres.

Si sa carrière internationale est bien lancée, Scorpions doit maintenir la pression musicale et rentre de nouveau en studio au début de l’année 1976, avec un nouveau batteur (le 4ème en 4 albums, mais cette fois, c’est le bon !) en la personne de Herman Rarebell parfait pendant rythmique de Francis Buchholz. Désormais, les Allemands font tout pour qu’on parle d’eux : de la scandaleuse illustration de couverture montrant une adolescente assise nue derrière une vitre où l’on devine le passage d’une balle d’arme à feu au contenu musical, toutes les raisons du monde sont réunies pour que Virgin Killer soit le sujet de conversations du moment. La pochette à elle seule fait jaser dans les derniers salons où l’on cause, bien que l’époque ne soit pas encore à la dénonciation de la pédophilie. Nul doute qu’aujourd’hui, ce type de pochette subirait une censure immédiate (les rééditions ont remplacé l’originale par une photo du groupe datant des sessions de In Trance). Mais qu’on parle d’eux en bien ou en mal, l’important est qu’on parle de Scorpions… Le public va croissant. La puissance de morceaux comme Pictured LifeCatch Your TrainHell Cat ou le morceau titre rentrent dans le lard en allant droit au but : le son concocté par Dieter Dierks est rond et sec, généreux et râpeux tout à la fois, les guitares aiguisées tiennent une place prédominante. Scorpions vient de trouver l’identité de sa musique avec ce line up exceptionnel, proposant des ballades plus que réussies (In Your Park et Yellow Raven). Une seule difficulté reste à noter : il ne peut y avoir qu’un chanteur. On préfèrerait que le plus « hendrixien » des guitaristes allemands (Uli Roth) laisse Klaus Meine maitre des voix sur Polar Nights. Cette faute oubliée, Scorpions continuent de s’imposer et remporte même son premier disque d’or au Japon, est sacré meilleur album de l’année en Allemagne… Tout semble aller pour le mieux et sourire aux Allemands en ces années 70.

Crachant leur venin tant qu’il y en a, Rudolf Schenker et sa troupe décident de confirmer le potentiel et l’importance artistique de Scorpions aussi vite que possible. Toujours accompagné de Dieter Dierks, le groupe s’attèle à la réalisation du sublime Taken By Force. Après le scandale de la pochette précédente, l’album n’est illustré que par une bande sur laquelle figurent la photo et le nom de chacun des musiciens et au centre de la pochette est inscrit le titre. Plus sobre, tu meurs ! Le message sous-entendu est clair : c’est la galette à l’intérieur qui doit nous intéresser. Et là, il n’y a rien à redire : Scorpions a trouvé son équilibre et passe à la vitesse supérieure, se plaçant dans le peloton de tête des formations européennes de cette fin de décennie. Steamrock Fever, et ses guitares hurlantes totalement taillées pour la scène, accompagne les futurs classiques que sont We’ll Burn The Sky (et sa douce introduction qui deviendra la signature des ballades propres au groupe), The Riot Of Your Time, le controversé (il fallait bien quelque chose quand même !) He’s A Woman – She’s A Man – ultra speed et violent (ah ! ces aboiements de Klaus !) – ou le très « hendrixien » The Sails Of Charion qui porte les derniers stigmates de l’ère psychédélique.

Scorpions s’embarque alors pour une nouvelle tournée mondiale qui passera, en avril 1978, par le Japon où sera enregistré le double live Tokyo Tapes, une collection de 18 des meilleures créations des Allemands. Face à un public tout acquis à sa cause, Scorpions se montre explosif de bout en bout, ou presque. Les grands classiques sont foison (Backstage QueenIn TranceWe’ll Burn The SkySteamrock FeverHe’s A Woman – She’s A Man…), ainsi que le passage “obligé” Pictured Life sur lequel chante Roth, pour la dernière fois. Car, à l’issue de cette tournée marathon, le guitariste fils du soleil et de la lune quitte ses compères pour fonder Electric Sun. C’est d’ailleurs ce titre qui sera retiré de la réédition CD quelques années plus tard afin de pouvoir faire tenir ce concert sur un seul disque…

De retour en Allemagne, avant d’avoir trouvé un nouveau guitariste, le groupe entre une nouvelle fois en studio où Michael vient seconder son frère. L’enregistrement de Lovedrive commence alors que les auditions continuent. Le groupe pense intégrer un instrumentiste anglais ou américain, mais finalement, son choix se porte sur un jeune Allemand, Matthias Jabs qui se voit accorder le temps d’apprendre quelques morceaux avant d’entrer en studio. Sacré baptême du feu pour celui qui deviendra l’alter-ego de Rudolf Schenker, et un des piliers du groupe, encore présent aujourd’hui.

Une fois l’enregistrement terminé, le groupe met sur pied une nouvelle tournée. Pourtant, un évènement risque de mettre en péril la bonne santé de Scorpions : Michael demande de réintégrer le groupe. Famille, quand tu nous tiens… Matthias Jabs est mis sur la touche alors que le groupe s’engage dans une vaste tournée mondiale. Mais, alors que Scorpions est bien engagé sur la route, « l’ange blond » s’envole soudain en plein milieu de la tournée, juste avant le concert de Lyon, laissant son frère et ses compagnons dans une mouise sans nom. Enfin, on peut l’imaginer. La seule solution est d’appeler Matthias Jabs à l’aide. Ce dernier revient, apprend en un temps record le répertoire qu’il devra interpréter et sauve ainsi le groupe qu’il ne quittera plus jamais, apportant du sang frais, et sain, à tous.

Fin technicien, doté d’un grand sens de la mélodie et d’un enthousiasme à toute épreuve, ses apports permettent à Scorpions de franchir un nouveau palier. Ce line-up (Klaus Meine, Rudolf Schenker, Matthias Jabs, Francis Buchholz et Herman Rarebell) est celui qui donnera naissance aux plus respectés albums du groupe qui se fixe un nouvel objectif ambitieux, mais réaliste : la conquête en grand format du continent américain. Débute alors une tournée en ouverture, à quelques exceptions près, de Ted Nugent, AC/DC ou Aerosmith.

Lovedrive (n°36 en Angleterre et 55 aux USA) fait un triomphe dès sa sortie en janvier 1979 grâce à la conjonction de plusieurs éléments : Scorpions fait partie des plus importantes formations européennes de cette fin de décennie, certes, mais en plus, au-delà de la pochette à l’humour décalé qui fait encore jaser, Jabs apporte de la fraicheur et une énergie nouvelle au groupe, deux éléments qui se ressentent dans chacune des compositions auxquelles il a participé. Rudolf Schenker étant maintenant maître des compositions (compositeur de sept des huit morceaux, co-compositeur du dernier) joue beaucoup sur l’homogénéité de l’ensemble. Scorpions fait un pas de plus vers l’excellence et voit même ses efforts enfin récompensés : plus de 500.000 exemplaires sont vendus sur le seul territoire américain, faisant de Lovedrive le premier album d’or que reçoivent les Allemands sur le nouveau continent.

La sortie, en 1980, de Animal Magnetism confirme le statut incontournable de Scorpions. L’équilibre entre les musiciens est enfin trouvé. Mieux, il existe entre eux une parfaite symbiose… Les compositions sont carrées, efficaces et, simplement, populaires. L’album est une réussite tant artistique que commerciale (il est disque de platine aux Etats-Unis où il atteint la 52ème position du Billboard, et arrive n°23 des charts UK) et la tournée qui suit confirme la maitrise scénique du groupe qui ose le décor d’un scorpion en guise d’estrade pour la batterie. Partout les foules se font plus denses, et plus exigeantes aussi. Si la tournée est une réussite complète, la voix de Klaus Meine commence, sur la fin, à montrer des signes de faiblesse.

Alors que Scorpions se trouve en studio en 1981 pour préparer son futur album, un évènement vient soudain interrompre les enregistrements. Le chanteur se retrouve sans voix. Plus un son correct ne sort de sa gorge. Des examens médicaux révèlent la présence de polypes sur ses cordes vocales. Klaus Meine est immédiatement hospitalisé à Cologne, avec succès. Cependant, si l’opération a permis de se débarrasser des corps étrangers et indésirables, le chanteur se voit intimer l’ordre formel de demeurer muet quelques mois s’il veut pouvoir simplement espérer rechanter un jour. Dans le cas contraire, son mutisme pourrait être définitif. Pendant sa convalescence, les autres membres du groupe continuent de travailler. Klaus participe également, donnant ses instructions et signifiant ses idées par écrit. Pour travailler de manière réaliste, Scorpions engage un chanteur « intérimaire », un Américain du nom de Don Dokken. Forcément, les rumeurs fusent, d’autant qu’à cette période, de nouveaux phénomènes se font remarquer. Certes, les Def Leppard, Iron Maiden, Saxon ont encore peu d’expérience, mais la fougue dont ils font preuve semble n’avoir pas de limite. Si le monde cède aux coups de boutoirs de la NWOBHM, Scorpions en a vu d’autres…

Tout rentre dans l’ordre lorsqu’un visage bandé, hurlant de douleur, les yeux crevés par des fourchettes, vient orner les devantures et bacs des disquaires. Blackout parait en 1982 et la claque est immédiate : BlackoutNo One Like YouNowDynamiteCan’t Live Without You, rien n’est à jeter. Seul China White semble n’être pas totalement à sa place (qui me rappelle l’esprit de The Zoo, dont on connait le succès), tandis que la sublime ballade When The Smoke Is Going Down clôt cet ensemble extraordinaire. Extraordinaire, comme la voix de Klaus Meine, dure, déterminée, rugueuse, puissante ou douce selon les besoins. Modulable à souhait. A tel point qu’un journaliste affirmera que « les médecins n’ont pas soigné le chanteur, ils lui ont collé LA voix du Heavy Metal ». Les inquiétudes s’envolent bien vite, et la tournée qui suit remporte un succès similaire à celui de l’album (certifié plusieurs fois platine, élu meilleur album de l’année…) Aux Etats Unis, où Blackout atteint le top 10 du Billboard (et arrive 11ème des charts anglais), Scorpions embarque une autre bête pour chauffer le public : Iron Maiden. Puis l’année suivante, c’est la tête d’affiche du US Festival de San Bernardino (Californie) qui est offerte aux Allemands qui jouent devant plus de 325.000 spectateurs ! Le groupe est demandé partout, tout le monde veut voir le phénomène, et les dates s’ajoutent les unes après les autres…

Pourtant, il faut mettre un terme à cette vie de saltimbanque de luxe. Il est grand temps de retourner en studio et d’offrir aux très nombreux fans de Scorpions une nouvelle injection de mélodies fines et dures. Love At First Sting sort au début de l’année 1984 et confirme tout le bien que l’on pense de ce groupe qui jusqu’à présent a réalisé un parcours discographique quasiment sans faute. Bad Boys Running WildRock You Like A Hurricane ou Crossfire deviennent rapidement des hymnes incontournables. Mais c’est la ballade Still Loving You qui propulse le groupe au firmament. LE morceau, LA chanson, LE slow ultime que toutes les radios et télés diffusent à l’envie. Rien qu’en France, il s’écoule près de deux millions d’exemplaire du 45t ! Partout le groupe est plébiscité. Scorpions est même le premier groupe allemand à jouer 3 soirs d’affilée à guichets fermés au légendaire Madison Square Garden de New York, réunissant quelques 60.000 spectateurs chaque soir. Et ce succès se confirme partout à travers le monde, Love At First Sting parvenant à atteindre la 6ème position aux USA, la 17ème en Angleterre et les récompenses pleuvent : double platine aux USA, or en France et dans de nombreux pays européens…

La démesure semble de rigueur. En 1985, Scorpions joue au festival brésilien Rock In Rio devant quelques centaines de milliers de personnes, enregistre plusieurs shows de sa tournée mondiale, dont un premier passage derrière le rideau de fer, à Budapest, en Hongrie, et livre un testament auditif avec un double live, World Wide Live. Sans doute moins percutant que Tokyo Tapes, cet album n’en restitue pas moins fidèlement la folie des fans, dont certains découvrent, lors des concerts, que Scorpions n’est pas un groupe à ballades (le temps a su montrer la parfaite maitrise des Allemands en la matière…) mais bien un groupe de hard rock (le temps a aussi su démontrer la parfaite maitrise des mêmes Allemands en la matière…) Sans surprise, ce témoignage trouve de nouveau le chemin des tops en se classant, belle performance pour un album live, n°14 aux USA et 18 au Royaume Uni.

Scorpions a toutes les cartes en mains pour s’atteler avec sérénité à la réalisation de Savage Amusement, qui sera le dernier album produit avec Dieter Dierks. Les tensions, malgré deux années de repos, sont réelles. Cependant, et sans surprise, le public répond massivement, faisant de cette nouvelle galette un succès immédiat, dès sa sortie en 1988. Savage Amusement se classe n°1 dans divers pays européens, arrive n°3 aux USA… Mais pendant que le groupe sillonne une nouvelle fois la planète, le public occidental émet des signes de déception : oui, Savage Amusementest un vrai succès, commercialement parlant mais artistiquement, on a parfois l’impression d’entendre une recette réutilisée. Le pire est pourtant à venir…

C’est sans doute aussi à ce moment que les membres de Scorpions vont connaitre les dures lois de la gravité. Car lorsqu’on est monté aussi haut, on ne peut que redescendre. En cela, le label du groupe va avoir sa part de responsabilités en pariant sur (ou exigeant ?) une promotion basée sur « la » ballade. D’ailleurs, 1988 et 1989 ont vu sortir deux compilations, le Ep Gold Ballads et l’album Best Of Rockers And Ballads. Tout est dit…

De plus, un évènement vient changer les esprits : la guerre froide semble vouloir prendre des congés. Youri Gorbatchev veut détendre les relations entre les deux blocs. Glasnost et Perestroïka sont de rigueur. Ainsi, sans être le premier groupe à jouer derrière le rideau de fer, Scorpions est le premier groupe occidental de rock (décadent, donc, aux yeux de nombre de camarades soviets) à jouer en Union Soviétique. La ville de Leningrad (redevenue depuis Saint Pétersbourg pour les ignorants…) accueille les Allemands dix soirs d’affilée ! Ils retourneront l’année suivante, en 1989, à Moscou dans le cadre du Moscow Music Peace Festival, réunissant rien moins que Ozzy Osbourne, Bon Jovi, Mötley Crüe, Skid Row, Cinderella et les locaux de Gorky Park en plus de Scorpions, qui joue face à 260.000 spectateurs et une sécurité assurée par des militaires souvent plus occupés à profiter de ce qu’il se passe sur scène que dans le public.

Cette expérience moscovite inspirera les bases de ce qui deviendra Wind Of Changes. La chanson au message pacifique sort courant 1990, peu de temps après la chute du mur de Berlin. Wind Of Changes devient immédiatement un hymne international, une ode à la liberté qui trouvera plus de force encore avec la chute du bloc de l’est. Malgré l’enthousiasme et l’extraordinaire ferveur que suscite cette chanson, la sortie de l’album Crazy World semble moins exciter les foules. Malgré, aussi, la présence de chansons comme Tease Me, Please Me ou Kicks After Six qui portent la griffe de Scorpions et qui devraient rassurer le public. Mais la réalité est tout autre. Tout d’abord, l’absence de Dieter Dierks se fait d’autant plus sentir que le groupe a voulu produire cet album lui-même. Ensuite, les grands pontes du marketing ont décidé, depuis une certaine chanson d’amour, d’assurer la promotion des futurs albums de Scorpions avec la ballade, transformant insidieusement et durablement la perception que le public peut avoir de Scorpions qui, de groupe de hard rock devient groupe à ballades. Ainsi, et selon la biographie qui figure sur le site web du groupe, « leurs ballades, telle Still Loving YouHoliday (…) Always Somewhere et When The Smoke Is Going Down sont parvenues à gagner le cœur même de ceux qui détestent le hard rock. » Eh bien, cette réputation, encore d’actualité, a fait fuir un grand nombre de hard rockers dans le monde, qui tous, pour autant qu’ils soient amateurs de Scorpions, savent que les ballades font intégralement partie de l’univers musical des Allemands, mais pas pour occulter le reste. Crazy Worlds’en ressent, faisant preuve de moins d’originalité et de créativité, comme si les musiciens avaient été poussés à composer LA future ballade, celle qui allait tout casser… La tournée qui suit, si elle rencontre un franc succès, bien que moins important que précédemment, se solde par le départ du bassiste Francis Buchholz. L’équilibre en prend de nouveau un coup.

Avec un nouveau membre, le bassiste Ralph Rieckerman, Scorpions s’en retourne en studio, et se fait cette fois aider par un magicien du son : Bruce Fairbairn (qui a travaillé avec, et parmi d’autres, excusez du peu, Loverboy, Bon Jovi, AC/DC, Aerosmith, Van Halen, Kiss…) Tout est mis en œuvre pour redorer l’image du groupe mais à sa sortie, en 1993, la critique s’avoue, une nouvelle fois, déçue par Face The Heat. Les effets et recettes usés jusqu’à la corde lassent le public, et même Alien Nation ou No Pain, No Gain semblent réchauffés… Pire encore : Taxman WomanUnholy Alliance semblent, comme d’autres chansons, être là pour faire du remplissage. Scorpions vit une cruelle phase de manque d’inspiration…

Scorpions est alors sur la mauvaise voie, mais refuse de se rendre à l’évidence. Ou presque, car en engageant un nouveau manager, les choses pourraient changer. Le choix de Rudolf Schenker et sa bande se porte sur Stewart Young, qui s’occupe des affaires d’AC/DC, groupe qui est également passé par une longue période de doute. Mais Pure Instinct (1996) ne redresse pas la barre. Bien au contraire, Scorpions s’est laissé avoir : son album contient bien trop de ballades sirupeuses. Le mal est fait, le public tourne le dos au groupe, les stades se transforment en des salles bien plus petites… La confiance a cédé la place à la méfiance et quelques titres rock ne suffisent pas à inverser la vapeur. D’autant plus que Herman Rarebell, le batteur, décide de jeter l’éponge à son tour. En quelques mois, c’est toute l’ossature rythmique qui s’en est allée. Tout est à refaire. James Kottak, ex-batteur de Kingdom Come et Warrant, intègre Scorpions, assure la tournée et demeure dans le groupe pendant de nombreuses années. La tournée permet à Scorpions d’explorer des territoires qui lui étaient jusque-là inconnus, en Asie, Moyen et Extrême Orient. De nouveaux marchés à conquérir alors qu’en occident, le hard rock et le metal connaissent une crise sans précédent. Alors ces nouvelles contrées, et l’accueil que réserve le public, ont de quoi redonner confiance au groupe qui prépare un nouvel album pour la fin du siècle.

Eye To Eye sort en1999. Sur sa pochette en noir et blanc, étrangement, ne figurent que trois visages, ceux des plus anciens membres du groupe : Rudolf Schenker, Klaus Meine et Matthias Jabs. Cette illustration est pleine de sous-entendus (on évitera la comparaison avec les trois singes, svp), et lorsque le CD est décortiqué… il se fait descendre par une critique et un public qui disent « Stop ! » Les sonorités pop, trop pop, parfois électro ne plaisent pas. Que cherche Scorpions, hier flamboyant, aujourd’hui à peine l’ombre de lui-même ? La seule originalité du disque est qu’il contient une chanson en allemand, Du Bist So Schmutzig… Mais Rammstein fait bien mieux en chantant dans la langue de Goethe, et Doro Pesch (ex- Warlock et actuelle Doro) s’est plus d’une fois fait ce plaisir, donc, question « originalité », on repassera.

Ensuite, un album remporte la majorité des suffrages. C’est un vrai défi qu’ont relevé les hommes en noir de Metallica, accompagnés par Michael Kamen puisque le groupe pourtant boudé – euh, tout est relatif … – au cours des années 90, présente au monde les résultats live de sa collaboration avec un orchestre symphonique. Cela fait bien longtemps que classique et métal font bon ménage, mais cette fois, on accède au niveau supérieur. Alors, après la mode des albums Unplugged, voici celle des live symphoniques ou philarmoniques. Scorpions ne déroge pas à la règle et travaille avec l’orchestre philarmonique de Berlin afin de sortir, en juin 2000, Moment Of Glory qui sera suivi l’année suivante par Acoustica, un autre superbe live, cette fois-ci enregistré au Portugal. Si ces deux albums sont réussis – ce dont personne ne pouvait douter, les chansons de Scorpions étant parfaites pour ce type d’arrangement et d’orchestrations – le public n’y croit vraiment plus et ne suis pas.

Il est alors temps de se recentrer sur l’essentiel, à savoir : le Hard Rock. Il faudra trois ans à Scorpions pour terminer Unbreakable. Incassable, l’idée est séduisante… Car malgré les revers de fortune qu’a pu connaitre le groupe (dont le départ de Ralph Rieckerman, bientôt remplacé par Pawel Macidowa, un bassiste polonais – là encore les blagues se font légions, le groupe n’aurait plus les moyens de s’offrir les services d’un musicien allemand, et bla bla bla…) rien n’en est encore venu à bout. Si le résultat final est moyennement reçu, Unbreakable redonne un certain espoir, laissant deviner que le rock est toujours ancré dans le cœur des Allemands qui tentent de retrouver pêche et niaque. Oui, l’espoir semble en passe de pouvoir renaitre, grâce à des chansons carrées comme Blood Too Hot ou Deep And Dark qui sonnent comme le Scorpions des grands jours. Les deux années qui suivent sont consacrées à tourner. Se donner en spectacle. Lorsque le festival de Wacken invite Scorpions à tenir la tête d’affiche début août 2006, les Allemands offrent un show hors du commun, pendant plus de 2h30. Et les plus de 60.000 spectateurs présents assistent à un moment d’histoire dans la vie du groupe qui invite ses anciens membres sur scène : Uli Roth, Michael Schenker et Herman Rarebell répondent présents.

Renouant avec le succès, retrouvant la confiance des fans, Scorpions s’attèle à la réalisation d’un album ambitieux, un album conceptuel dont la musique se veut un retour musical aux sources. Humanity Hour 1 est bien reçu par les critiques et le public. Les médias voient dans cet album les marques du grand retour de Scorpions (qui, pour la première fois depuis In Trance, modifie son logo…) grâce à la puissance et l’efficacité du rapide et lourd Hour 1 et des hymnes que pourraient devenir You’re Lovin’ Me To Death, la ballade The Future Never Dies (qui rappelle Queen dans sa construction) ou le mid tempo Love Will Keep Us Alive. Oui, enfin, les cinq Scorpions retrouvent du plaisir et varient les ambiances musicales, ne cherchant plus à plaire au label mais à eux-mêmes et au public, à qui ils annoncent fièrement We Will Rise Again. Simplement.

De nouveau, les deux années qui suivent sont consacrées à sillonner le monde et à annoncer…qu’une nouvelle tournée mondiale démarrera en 2010. Elle sera la dernière, le groupe décidant de se retirer après plus de quatre décennies au service du Rock. Un 17ième album studio est enregistré et la claque est grande lorsque sort Sting In The Tail. Le Scorpions des grands jours est de retour, au mieux de sa forme. Que Schenker, Meine et Jabs décident de mettre un terme à l’aventure, soit. Mais il semble hors de question de partir la queue entre les jambes. Non, avec cet album quasiment sans faute – le précédent avait ouvert la voie du retour à l’excellence – Scorpions peut partir la tête haute, fier de son œuvre. Car conclure avec des brûlots comme le morceau titre, Slave MeRock ZoneNo Limit ou la ballade Loreleï, c’est partir en beauté. Seuls certains concerts de cette tournée à rallonge déçoivent, parmi lesquels on compte le Hellfest ou le Grasspop en 2011, où le groupe semble usé, manquant cruellement de ce dynamisme légendaire. Mais on peut espérer que Scorpions réserve à son public de salle, hors festival, quelques surprises… Chaque concert voit naturellement le public répondre « présent », un public qui retrouve un groupe au top de sa forme. Scorpions semble avoir trouvé une fontaine de jouvence car, de retraite, il n’est bientôt plus question.

Scorpions @Orléans 2012

Les cinq annoncent un nouvel album intitulé Comeblack dont la sortie est prévue pour fin 2011. Une compilation qui revisite pour moitié des titres de Scorpions et pour l’autre moitié des standards des années 60 et 70. Et, déjà, de nouvelles dates de tournée sont annoncées dont certaines dans des villes de France que Scorpions a rarement visitées… Retraite joyeuse ? L’heure de dire « Auf Wiedersehen « semble n’avoir pas encore sonné, ce que le groupe a depuis largement prouvé, n’ayant de cesse de sillonner les routes. Cependant, les dix dernières années n’ont pas été toujours très calmes pour les Allemands.

Si James Kottak a depuis longtemps prouvé être totalement à sa place, le batteur se fait plus que trop souvent remarquer. Outre son alcoolisme, il devient incontrôlable, et son comportement outrancier lui attire des ennuis dont Scorpions se serait bien passé. Comme en ce 3 avril 2014 où il se fait arrêter à Dubaï à la suite d’un geste insultant pour l’islam et se voit condamné à un mois de prison alors que le groupe devait jouer à Barhein… Tout le monde peut avoir une nouvelle chance, et Kottak participe ainsi à l’enregistrement d’un nouvel album, Return to forever – un titre fort approprié tant le groupe semble s’éloigner de plus en plus de la retraite ! Le 18ème album voit le jour en février 2015, Scorpions continuant de sillonner les routes, dont un Hellfest en juin de cette même année qui sera immortalisé sur une version Tour edition (2016) contenant 2 DVD live pleins de bonus (un concert aux USA, le Hellfest, des video et reportages…).

2015, pourtant, se termine mal, très mal. Le 13 novembre, la folie islamiste frappe Paris en trois lieux : des attaques terroristes visent le Stade de France, sans pouvoir y accéder, tandis qu’un autre groupe tire à vue sur des clients de bar et de restaurants des « Terrasses ». L’horreur absolue continue lorsqu’un autre groupe envahi le Bataclan en plein concert des Eagles Of Death Metal, tirant sur le public paniqué et, certains membres porteurs de bombes, se faisant exploser. 130 morts, plus de 410 blessés dont une centaine en urgence absolue… Naturellement, tous les évènements publics sont annulés le temps de retrouver un niveau de sécurité conforme aux attentes. Scorpions retrouve Bercy le 24 novembre, un Bercy aux abords plus que sécurisés, certes, mais un Bercy plein comme un œuf pour une communion musicale libératrice, plus encore libératrice lorsque Kottak entame au cours de son solo le rythme de la Marseillaise instantanément chantée par 20.000 gorges qui hurlent que, comme au début de l’année après les attaques de Charlie Hebdo, non, on ne se laissera pas vaincre par la peur du terrorisme aveugle.

Alors que le monde se remet de ses émotions, Scorpions prend finalement, « enfin » serait sans doute approprié, la décision de se séparer de son batteur de plus en plus ingérable et dont la santé décline au rythme de son alcoolisme (James Kottak mourra moins d’une décennie plus tard, le 9 janvier 2024 à l’âge de 61 ans, dans sa ville natale de Louisville, Kentucky). Il ne faut guère de temps pour lui trouver un remplaçant capable de supporter le rythme des tournées et connaissant les affaires musicales. L’heureux élu est rapidement trouvé en la personne du furieux frappeur Mikkey Dee, ex-batteur de Motörhead « libéré » de ses fonctions après la mort de Lemmy, le 29 décembre 2015. Son recrutement est officialisé le 16 septembre 2016 et les tournées continuent, ainsi que les enregistrements, dont Born to touch your feelings, en 2017, compilation de ballades désormais incontournables mais qui ne marque pas outre mesure les esprits.

Cette même année 2017 voit Scorpions entamer une tournée mondiale célébrant son album Crazy World. Célébration qui deviendra bientôt une habitude seulement interrompue – outre la crise sanitaire qui, entre mars 2022 au premier trimestre 2022, a vu toutes les manifestations publiques interdites – par la sortie, en 2022, d’un nouvel album studio, Rock believer, plus que positivement accueilli. Les Allemands repartent sur les routes pendant deux années (tournée au cours de laquelle Scorpions modifie les paroles de Wind of change après les attaques injustifiées de la Russie contre l’Ukraine) mais la route semble désormais sans fin.

Scorpions @Hellfest 2022

2024 est quant à elle l’occasion de célébrer le 40ème anniversaire de Love at first sting. Pour l’occasion, Scorpions offre aux Français trois très belles dates au Théâtre antique de Vienne (le 18 juin), à la première édition du festival Heavy Week end (le 21 juin) où Klaus Meine, vieillissant, a plus que du mal à se déplacer – on apprendra par la suite que le chanteur a récemment subi une opération du dos, les douleurs expliquant sa difficile mobilité – et au Festival de Carcassonne (le 23 juillet).

Scorpions @Heavy Week end 2024

2025 est aussi une nouvelle année de tournée, et, de nouveau, Scorpions honorera la France de sa présence en trois lieux : le 21 juin au Hellfest, le 24 à l’Accor Arena et, un mois plus tard, le 24 juillet, aux arènes de Nîmes. Oui, elle semble vraiment bien loin la retraite, alors continuons tant que faire se peut, de célébrer cet incontournable et, depuis longtemps maintenant, légendaire groupe qui a donné au rock certains de ses plus grands hymnes. Bad boys (are still) running wild !

Scorpions @Heavy Week End 2024

MAINKIND: Fool’s game

Hard rock, France (Autoproduction, 2025)

Ca fait un petit bout de temps qu’ils trainent, Mainkind. Amoureux du bon gros son hard rock vintage, celui toujours mélodique des 80’s avec ces riffs entêtants et ses airs à chanter en voiture, celui simple et, parfois, quelque peu maladroit, le groupe formé par le batteur Tony Treynel et le chanteur Terry Grumiaux est en effet loin d’être néophyte en matière de rock. « Titi » s’était fait remarquer notamment avec Factor Hate et son show digne d’un Alice Cooper débutant, tandis que Tony a donné la mesure à différents projets dont, si je ne me trompe pas, une des dernières incarnations de Dygitals. Pas étonnant, Hervé, le chanteur de ces derniers n’étant autre que le frangin du batteur. On n’est donc pas non plus surpris d’entendre Hervé donner de la voix sur un bon nombre de titres – il est même chanteur lead sur Paradise. Musicalement, on repart quelques décennies en arrière, avec un certain bonheur. Après une intro de casino, on entre dans le vif du sujet avec un Feelin’ free enjoué. On retrouve le son et l’envie des guitares d’alors (ici tenues par Vince Lawry et Bucky Tannen – un clin d’œil à la famille de roublards et molosses de Retour vers le futur?) et de la partie rythmique (la basse de Nicko Kalifornia, bonjour aussi les pseudos !) qui parfois explorent les univers de l’ouest américain (la ballade I am a man) ainsi que l’esprit du rock US qui fait mouche (cette intro à la batterie sur Right here, right now est digne d’un Alex Van Halen). Toujours rock, parfois heavy (Hang on suzy), ou simplement speedé (Take down easy, Hot girl, bad boy). Les thèmes abordés sont classiques – l’amour, la vie, le rock – et sans surprise. Loin d’être nostalgique, Fool’s game nous replonge sans équivoque dans un lointain passé, avec une envie réelle doublé de ces charmantes maladresses (dont un chant joliment éraillé mais parfois un peu poussif, et certainement sous produit). Mainkind ne réinvente rien, bien au contraire, mais, et c’est là le principal, se fait plaisir de bout en bout et, surtout, a tous les atouts pour faire s’agiter les foules en concert, véritable lieu d’expression de ce genre musical.

Interview: STRATAGEME

Interview STRATAGEME. Entretien le 5 avril 2025 avec Butcho (chant) et Gérard (basse)

Stratagème 2025

Butcho, tu es le « petit nouveau du groupe » puisque tu es le dernier arrivé. Qu’est-ce qui t’a amené à intégrer Stratagème ?

B : C’est eux qui m’ont contacté. Je n’avais plus de groupe, et je connaissais Stratagème de nom, mais je n’avais pas vraiment écouté ce qu’ils font. Je me suis un peu penché sur leur discographie et j’ai trouvé ça vraiment super. Je ne comprends pas comment j’ai pu passer à côté… Super solos de guitares, super mélodies… Je me suis dit « waow, je veux faire partie de ce groupe ! »

Stratagème a été formé en 1970, a une courte discographie, seulement trois albums dont le premier est sorti en 2013…

G : C’est ça, mais ce n’est pas tout à fait exact. Le groupe est né en 1970 mais pendant plusieurs années, on avait un chanteur de folk/variété. Au départ, j’étais chanteur de Stratagème, pas bassiste. On était deux chanteurs : il y avait Robert Belmonte, le chanteur d’Océan, et moi. Au bout d’un an, Robert a souhaité faire une autre carrière qu’avec Stratagème. Moi, j’ai rencontré une personne, Patrick Abrial, en 1975…

Un lien avec Thibault ?

G : Voilà. Avec lui, on a fait deux albums : Abrial Stratagème group, chez Sonopress, et un second, au château d’Hérouville, en 1979. Il y a eu un troisième album, avec Thibault Abrial à la guitare avant qu’il ne joue pour Halliday.

Ce n’était donc pas encore tout à fait Stratagème…

G : C’était Abrial Stratagème, pas tout à fait Stratagème, mais il avait une certaine notoriété et c’était normal qu’on mette son nom en avant. Le dernier album date de 1982, chez CBS.

Il y a un très long gap entre 19882 et votre retour au début des années 2010…

G : Oui. J’ai arrêté Stratagème parce que, en 1984/85, on avait de grosses conditions de travail avec CBS derrière nous. Grosse tournée avec tout ce qu’il fallait, mais finalement Patrick a souhaité arrêter. Donc, en 1985, j’ai mis Stratagème au repos, parce qu’il fallait bien gagner sa croûte. J’ai fait un autre métier en parallèle. J’ai repris la musique en 2007/2008. Entre 85 et 2008, il s’est passé pas loin de 25 ans, j’ai passé un brevet d’État de coach sportif. En 2008, l’ancien guitariste de Stratagème est venu me voir, me proposant de refaire Stratagème, « comme ça, pour se marrer ». Le problème, c’est que quand tu remets le doigt là-dedans… Lui n’a pas pu continuer pour des problèmes de santé, alors j’ai pris Philippe Kalfon comme guitariste, et avec lui on a un peu parcouru la France pendant onze années. On a arrêté juste avant le Covid. J’ai eu des problèmes de santé qui nous ont poussés à arrêter…

Butcho, tu es arrivé quand ?

B : Il y a un an et demi.

Comment est-ce que, l’un et l’autre, vous décrirez la musique de Stratagème à quelqu’un qui ne connait pas le groupe ?

B : Je dirai que c’est du hard rock classique, avec des mélodies, des guitares. On n’a rien inventé mais on le fait avec cœur. Je me mets toujours à la place des spectateurs qui viennent en concert : qu’est-ce qu’ils voudraient entendre et que chanter pour les faire chanter ? Le plus important, c’est de faire participer le public, et c’est ce qu’on fait !

G : Je rejoins ce qu’a dit Butcho… Ce qui est intéressant dans ce nouveau Stratagème, avec Butcho mais aussi avec les deux guitaristes qui sont beaucoup plus jeunes, c’est qu’ils amènent ce côté un peu moderne, metal dans une musique traditionnelle « hard rock années 80 ». L’avantage, aussi, c’est d’avoir une personne comme Butcho – je ne le dis pas parce qu’il est là – c’est quelqu’un qui échange beaucoup avec le public, le fait participer, et je trouve que c’est vraiment intéressant.

B : C’est ça, en fait… Quand je vois des groupes qui sont scène en mode stress, derrière leurs instruments ou qui se prennent un peu trop au sérieux, ça me fait rire parce que ce n’est que de la musique, c’est un partage. Je me sens privilégié de faire de la musique parce que la musique, ça appartient à tout le monde. Une fois qu’on a créé les morceaux, ils ne nous appartiennent plus, c’est à tout le monde. C’est pour ça que j’aime communiquer, qu’il y ait un véritable échange, et les gens le ressentent quand je suis sur scène… Je m’éclate vraiment, tout le monde s’éclate, je ne me prends pas au sérieux. Même à l’époque de mon ancien groupe, Watcha, je ne me suis jamais pris au sérieux, je me suis toujours amusé. Je ne me prends jamais au sérieux, ce n’est que de la musique. La musique, c’est de l’amour, du partage…

Ce soir, avec Stratagème sur scène, il faut s’attendre à quoi ?

B : Nous, on a fait des concerts dans des conditions vraiment difficile, avec très peu de gens mais on s’est vraiment amusés. Ça ne fait pas de différence, qu’il y ait une personne ou 10.000, c’est pareil, on se donne à fond, avec cœur, et on s’éclate ! On va pas faire la gueule pour les gens qui ne sont pas venus, on s’en fout, ils ne sont pas là !

G : Ce qui est paradoxal, c’est qu’on a fait en septembre le festival de Mennecy. On est passés en milieu d’après-midi, et Butcho, et Stratagème, s’est mis le public dans la poche, malgré la présence de groupes comme ADX.

ADX connait souvent un regain de jeunesse avec ses changements de line-up…

B : Oui, ils ne sont que deux d’origine, dans ADX, le chanteur et le batteur…

Le public metal peut être très exclusif, mais il est aussi très ouvert.

B : Très ouvert, et tu sais quoi, dans le dernier Ep, on a fait une reprise de Celebration de Kool and the Gang en version metal. On voyait tous ces mecs avec des t-shirts de death metal ou de thrash chanter Celebration avec le sourire en plus !

Ça ne marche pas toujours… on se souvient d’un certain Metallica reprenant L’aventurier d’Indochine, le public a chanté mais ce n’était pas ça…

B : Oui, maintenant Indochine n’a rien à prouver. Je voudrais bien avoir leur public, qui est le meilleur public au monde. Je suis allé les voir deux ou trois fois, le public est fidèle, ils sont toujours là, que ça aille bien ou mal, le public est là. Je dis au public d’Indochine : « Respect »… Vraiment. Après on peut critiquer Indochine…

Si on revenait à Stratagème, plutôt ? Parlons de votre discographie : L’avant dernier album est sorti en 2017, c’est ça ?

G : Alors, c’est un peu particulier. Oui… Non… En 2013, il y a eu notre album du retour, en 2018, Memories, comme le Covid est arrivé, il n’y a pas eu de promo sur cet album toujours avec Philippe Kalfon (note de MP : il doit y avoir une confusion sur les dates, la crise sanitaire ayant débuté en 2020…). Un troisième album est sorti, Never stop, avec le batteur d’origine de Stratagème, c’est lui qui avait créé Stratagème, Michel Laplanche, qui fait partie de FTF music et qui s’occupe un peu de Stratagème maintenant. Il m’avait dit que ce serait bien de sortir un dernier album, et avec mon ami Jean-Pierre Paulet, on avait déjà quelques titres de prêts. On lui a dit qu’on avait du matériel, tout ce qu’il faut, qu’on pouvait sortir un album et que ce n’est jamais fini. Moi, je voulais arrêter parce que, bon… Problèmes de santé, je tiens plus debout, je vois plus rien… Il y a des choses qui ne me convenaient pas : le batteur était trop vieux, le guitariste, ça n’allait pas, le chanteur habitait dans les Ardennes… C’était compliqué. Quand j’ai rencontré Pat Cazu, l’actuel batteur, il m’a dit connaitre un guitariste avec qui il avait joué pendant 10 ans, Marc de Lajoncquière. Il nous a présentés, et je suis tombé sur le cul. Il nous en a présenté un second, Sébastien, et pareil…C’est des pointures, un excellent niveau !

Et comment as-tu rencontré Butcho ?

G : Oh, Butcho, je l’ai rencontré plusieurs fois, on se croisait dans les concerts, on en a fait quelques-uns ensemble… Je le connaissais… Pas intimement, mais…

Après, intimement ou pas, ça vous regarde ! (rire général)

G : Ouais… Après, il est rentré dans Last Temptation, avec Farid Medjane – il faut savoir que j’ai joué deux ans avec Farid dans un groupe qui s’appelle TNT. Un jour, alors qu’ils étaient en tournée avec Scorpions, il m’appelle, ils étaient dans le car et il me dit que Butcho est avec lui. Il me l’a passé, on a discuté, et finalement… Je lui avais déjà proposé de rejoindre Stratagème, il ne pouvait pas et un jour, je le rappelle, je lui redemande et il me dit « oui, pourquoi pas, on essaye ». Tout arrive au bon moment.

Comment, en dehors de tous ces changements de line-up, est ce que l’un et l’autre vous analyseriez l’évolution de Stratagème entre ses deux derniers disques ?

B : En travaille sur le mini Lp, je voulais quand même qu’il y ait les racines des deux albums post Abrial. Qu’on garde l’esprit hard rock mais avec une touche moderne – tout le monde veut apporter son petit quelque chose dans les compositions. Chacun met sa patte, ca ne sera jamais comme « l’ancien » Stratagème, mais on en garde l’esprit.

G : On veut garder les racines de Stratagème, mais on a l’apport de ces deux guitaristes. L’un d’eux est fan de Megadeth, et, naturellement, ça change énormément de choses dans la couleur de notre musique. Le second est beaucoup plus bluesy. C’est un grand musicien, il est premier basson dans le plus grand orchestre philarmonique de Paris. Le hard rock, c’est son kiff ! Il amène ce côté très blues, très bizarre !

B : Je dirai qu’il apporte ses influences, très Guns ‘n’Roses, Myles Kennedy, ce genre de chose…

Butcho, toi, je t’ai toujours connu avec plein de projets, que ce soit Showtime, groupe de reprise des années 80, Last Temptation plus récemment et tout à l’heure, tu me parlais de ton groupe tribute à Scorpions. Il s’appelle comment ?

B : Il s’appelle Scorpians, avec un A.

Qu’a-t-il de particulier, ce groupe ?

B : On voulait faire un vrai tribute à l’américaine, avec les mêmes instruments, les mêmes fringues… On s’est vraiment fait cheir à faire les fringues nous-mêmes, mais on voulait vraiment restituer dans le détail la tournée de 1985. D’ailleurs, on reprend les mêmes structures que sur World Wide Live, on reprend jusqu’aux chorégraphies…

Même les pyramides humaines ?

B : Les pyramides et le reste, il y aura tout !

On a des chances de vous voir tourner un peu partout ?

B : Pour l’instant, non, pas partout. On cherche un bon booker, et la première date sera à Mazingarbe, dans le Nord, le 20 juin. Ce sera ne date test, la première de Scorpians. C’est vraiment pour le fun, on fait en sorte de le faire bien.

Comment avez-vous été invités à ce concert,ce soir ?

G : C’est quand FTF a publié la dernière video de Stratagème… Chris Danacker (président de l’asso Crick for Zik et organisateur du Crick Fest) l’a vue, il a appelé FTF et il leur a dit qu’il voulait absolument Stratagème pour cette édition. Tout simplement… J’avais entendu parler du festival, Sortilège, que je connais bien, avait fait salle comble l’année dernière. Je me suis dit que si Sortilège avait joué ici, ça devrait le faire. On a quelques projets avec Chris, j’apprécie beaucoup sa façon de travailler et de penser…

SPLEENBREAKER: Human comedy

France, Rock (M&O, 2025)

Quatre chiens tout de cuir vêtus autour d’une table, une bière à la main, les « shades » rivées sur le nez… Pas de doute, Spleenbreaker est un groupe de rock sans doute énervé. Clairement, leur album Human comedy ne cherche pas à réinventer la machine à courber les bananes tant le groupe semle vouloir se faire plaisir en nous replongeant dans un passé rock et allumé. Pas psyché, simplement allumé. Nombre d’entre vous me connait suffisamment bien aujourd’hui pour comprendre pourquoi je passe sur le chant en anglais… y a du boulot, mais bon… Si les deux premiers titres me laissent froid, le chant à la Jim Morrisson et les ambiances à la The Doors de Mainstream m’interpellent avant que le groupe n’appuie sur l’accélérateur avec un Lust lover pas piqué des hannetons (plus tard, c’est un ton horrifique à la Alice Cooper sur Purge your brain qui me rappellera à l’ordre). Seulement, rapidement s’installe l’impression d’un manque. Si l’envie est là, si la guitare est saccadée et entrainante, si le groupe puise dans le blues et le hard vintage, il me semble manquer ce truc en plus qui ferait passer Human comedy d’album gentiment plaisant à bon disque de rock. Un album à écouter entre potes autour d’un apéro pour passer une bonne soirée.

GHOST: Skeleta

Suède, Rock hard (Loma vista recordings, 2025)

A sa sortie, il y a trois ans, nous avions, chez Metal Eyes, qualifié Imperia d’album « en demi-teinte ». Alors, forcément, c’est avec un mélange de crainte et d’une certaine forme d’excitation que j’appréhende Skeleta, le nouvel album de Ghost. Force est de reconnaitre que le second sentiment l’emporte sur le premier tant Tobias Forge a cette capacité à composer des hymnes qui, sous de faux airs pop, s’affichent résolument entrainants et (gentiment) subversifs. Peacefield introduit ce nouvel album sur fond de chœurs religieux féminins avant de se transformer en un rock quelque plus dur. Tout au long des dix titres de cet opus, il faut tendre l’oreille pour découvrir un fond de noirceur, ces détails qui font que, oui, Ghost, au delà du visuel ouvertement provocateur et de ses textes volontairement subversifs et « scandaleux », fait bien partie de la grande famille hard rock. Un hard léché, souvent proche du FM des années 80, avec des mélodies et des refrains immédiatement mémorisables, ceux du genre à être instantanément repris en chœur par le public en concert. Trois ans après une certaine déception, Ghost revient dans une forme éblouissante. La messe (noire) en est-elle pour autant dite? Rien n’est moins sûr. Ghost est de retour, en pleine forme et en peine possession de ses moyens. Superbe.

CRICK FEST 4: Stratagème et King Crown live (Cléry Saint André, le 5 avril 2024, avec B3nzin et Prisma)

C’est une vraie bonne soirée à laquelle les quelques 200 personnes présentes ont assisté, ce samedi 5 avril à l’Espace Loire de Cléry Saint André. L’association Crick For Zik organisait en effet la quatrième édition du Crick Fest qui avait fait salle comble l’an dernier avec la présence de Sortilège en tête d’affiche. Moins connus bien que largement aussi expérimentés par leurs formations d’avant (Nightmare et Galderia, les (faux) Grenoblois de King Crown, groupe fondé par les frères Jo et David Amore, a été invité à reprendre le flambeau. Si les ventes ont eu un peu de mal à décoller, le public présent a pu et su profiter pleinement de la chaleur des 4 groupes présents ce soir.

Les célébrations commencent cependant backstage puisque KingCrown s’y voit remettre par Mister Khermit himself le Metal Award du meilleur album heavy prog et de la plus belle pochette d’album. Une belle mise en bouche pour le groupe, n’est-il pas?

Remise du Metal Award à KingCrown
B3nzin @Crick Fest 4

Arrivé tôt sur place pour pouvoir interviewer Stratagème et King Cown (entretiens à suivre), je trouve une équipe de bénévoles par monts et par vaux: il n’y a plus d’électricité dans les loges, les prises de courant, réfrigérateurs et chauffe-plats ne fonctionnent plus. Rallonges, recherches de panne (et du téléphone du responsable d’astreinte de la salle…), les équipes en charge vivent un bon moment de stress avant de découvrir, enfin, la cause et de pouvoir tout remettre en fonction.

Les locaux de B3nzin, trio rock bien énervé originaire de Jargeau (on n’y fait pas que des andouillettes!), sont prévus à 19h00 mais accusent un léger retard, la soirée étant introduite par le maitre de cérémonie et organisateur, Christophe Dannacker – par ailleurs guitariste de Prisma, qui nous confirme, déjà, la tenue d’une 5ème édition, le 4 avril 2026, avec, en tête d’affiche, un groupe étranger. Une date déjà enregistrée même sans connaitre les participants qui n’ont, pour l’heure, pas encore signé leur contrat.

B3nzin @Crick Fest 4

B3nzin ne se prend pas la tête et propose avec une plus que chaleureuse simplicité un rock énervé aux guitares qui évoquent AC/DC, aux mélodies bluesy empreintes de Led Zeppelin avec une personnalité propre, pop et rock, qui entraine le public dans son sillage. La bonne humeur est de mise, les gimmicks aussi. Bruno, le chanteur guitariste, grande asperge, joue de sa taille pour prendre des poses et occuper l’espace et la scène autant que possible. Séducteur, ses mots sont clairement destinés à séduire les filles de l’assistance – sans pour autant oublier les amateurs de rock de tous styles.

B3nzin @Crick Fest 4

Ses acolytes suivent clairement le patron, Gigi, le bassiste concentré évoluant sereinement sur les planches armé de son impressionnant instrument soutenu efficacement par le batteur, Clément. Pendant environ 45′, le groupe nous délivre un set carré et précis doublé d’un esprit bon enfant. Une très belle mise en jambes et, sans aucun doute possible, un groupe à revoir.

B3nzin @Crick Fest 4
Prisma @Crick Fest 4

Prisma, c’est l’habitué des lieux… Normal, Chris étant l’organisateur du Crick Fest, il en profite pour faire jouer son groupe. Pendant un peu moins d’une heure, le quintette – qui a vu son ex-claviériste venir à la rescousse pour cette date, le nouveau membre étant indisponible – nous offre un classic hard rock qui séduit et met tout le monde d’accord.

Prisma @Crick Fest 4

Si la setlist se voit écourtée d’un titre (Way of life passe à la trappe sans doute pour rattraper un peu le retard – raté…), Prisma nous offre ce soir deux nouveautés, Stay strong qui ouvre le bal et Masters of game, deux titres nous dévoilant une facette beaucoup plus dure et heavy, une orientation souhaitée par le quintette. On sent, tout au long de leur prestation, les cinq en parfaite harmonie et, comme tout le monde ce soir, heureux d’être là. B3nzin a chauffé la salle, Prisma maintient la température avant de la voir monter d’un autre cran. En attendant, allez les retrouver/découvrir à Paris avec Heartline. Ce sera le samedi 17 mai, au Backstage By The Mill.

Prisma @Crick Fest 4
Stratagème @Crick Fest 4

Les plus anciens d’entre nous se rappellent sans doute de Stratagème, groupe fondé en… 1970 qui a connu plusieurs incarnations avant de disparaitre pour mieux revenir au début des années 2010. Un premier album sous le nom seul de Stratagème (l’histoire complète sera à retrouver sous peu dans l’interview) parait en 2013, et quelques modifications de line-up nous font retrouver le groupe totalement modifié avec un nouvel Ep sous le bras, Endless journey. Et là, papy Gégé (Gérard Motté, bassiste et seul membre fondateur) s’est entouré de fines gâchettes.

Stratagème @Crick Fest 4

Butcho Vukovic, tout d’abord. Le toujours aussi sympathique chanteur prend toujours son pied sur scène. Il ne déroge pas à la règle, sautant, dansant et emportant le public avec lui, communiquant toujours avec simplicité et bienveillance. Il fait même part de son plaisir, et, ce qui est habituellement perçu comme démago pour séduire le public semble ce soir vrai, dit que c’est le meilleur concert que ce line up a donné jusque là. Le partage, échange et plaisir, une recette qui fonctionne à tous les coups!

Stratagème @Crick Fest 4

Cependant, Stratagème aujourd’hui, c’est aussi une paire de guitaristes parfaitement hors du commun, Sébastien Hérault et Marc de Lajoncquière. Et lorsque le talent se double de complicité, le résultat est explosif. Une petite démonstration met tout le monde d’accord: un Eruption (Van Halen) parfaitement exécuté par Sébastien que Maître Eddie n’aurait pas reniée. Ajoutons à cela quelques reprises qui font mouche (Panama (Van Halen), Rebel yell (Billy Idol) et une autre à venir) et mettent tout le monde d’accord, dont la bande de keupons qui pogotent et s’amusent tout au long de la soirée.

Stratagème @Crick Fest 4

Les titres originaux sont évidemment de la partie et Butcho se montre au top de sa forme, vocale et humaine – ah, ce Butcho qui demande au public s’il y a des amateurs de death metal et incite ses compagnons à tenter le coup! Ah, la réaction timide de Patrick Cazu derrière ses fûts et celle de Gégé qui proteste avec un « non, ça, c’est pas Stratagème! Pas du tout! » après un growl du vocaliste qui rappelle son passé punk avant de découvrir le hard rock avec Bon Jovi et de changer de chapelle.

Stratagème @Crick Fest 4

Le concert se termine aussi chaleureusement qu’il avait commencé avec une reprise de Celebration (Kool and the Gang) dans une version rock et électrisée reprise par un public conquis et aux anges. Oui, la température a quelque peu grimpé et la suite est tout aussi prometteuse.

Stratagème @Crick Fest 4
King Crown @Crick Fest 4

Après une interview quelque peu… remuante suivie d’une rapide session photos en tenue de scène, King Crown se voit introduire par Christophe. Les cinq investissent donc les lieux et, dès Magic stone, prennent le public à la gorge pour ne jamais relâcher la pression.

King Crown @Crick Fest 4

Les frères Amore ont vraiment fait le bon choix en s’entourant d’une équipe tout aussi jeune qu’expérimentée. LE résultat, c’est un concert explosif et jovial (cet échange entre Jo et un membre du public qui l’interpèle avec un « allez, tonton, oui c’est toi, tonton! » qui fait bien marrer le chanteur) de bout en bout.

King Crown @Crick Fest 4

Là encore, la communication avec le public est aisée et, même si l’horaire a poussé ceux venus en famille à aller coucher les petits, chaleureuse. On sent les musiciens parfaitement en phase – les guitaristes sont les meilleurs amis du monde, c’est clair. Pendant une heure trente, King Crown sape et met tout les présents d’accord. Et après le rappel, la fête continue!

King Crown @Crick Fest 4

L’énergie débordante se transforme à la fin du set en une invasion justifiée du stand de merch. Achats, photos, autographes, tout y passe pour mettre un terme à cette superbe soirée. On vous l’a dit? On remet ça l’an prochain, le 4 avril 2026, avec un groupe étranger en tête d’affiche. Qui? On le saura plus tard.

King Crown @Crick Fest 4
King Crown @Crick Fest 4

Merci à Christophe Dannacker et toute l’équipe de l’asso Crick For Zik, aux bénévoles et aux équipes de sécu de rendre ce genre de soirée possible.

Interview: CRICK FEST 4

Interview CRICK FEST4 – Entretien avec Chris Acker (orga). Propos recueillis le1er février 2025

Après avoir reçu Sortilège en 2024 pour une troisième édition plus que sold out, l’association Crick For Zik remet le couvert avec une quatrième édition du Crick Fest qui, cette année, accueillera 4 groupes (peut on imaginer que le CF5 en accueille 5 et ainsi de suite ?) Metal Eyes a tenu cette année encore à faire le point sur l’évolution de ce plus que sympathique mini festival.

La prochaine édition du Crick Fest se tiendra le 5 avril 2025, à Cléry Saint André.

A 18h30, cette année, plus tôt que d’habitude puisque cette année il y aura 4 groupes…

Qu’est-ce qui fait que cette année tu as décidé de passer à 4 groupes ?

Deux raisons : la première, je voulais que ça fasse vraiment « festival ». 3 groupes, c’est un gros concert…  Et puis, depuis l’année dernière, j’ai tellement de demandes que si je ne mets pas plus de groupes, il y aura un Crick Fest 50 ou plus, j’en sais rien !

Pour rappel, l’an dernier, Sortilège était la tête d’affiche, le Crick Fest a très rapidement affiché complet. Ce que tu dis sous entends que tu as eu des retours très positifs de cette troisième édition…

Énormément, oui. Parce que dans le milieu du metal, comme d’autres sans doute, les fans communiquent énormément, notamment par le biais des réseaux sociaux et, grâce aussi au fan club de Sortilège, j’ai eu 2 ou 300 retours disant que c’était un festival au top avec une organisation au top, des bénévoles, tout, tout au top. Et, forcément, quand ça plait, les gens en parlent… Tout le monde a dit « Vivement l’année prochaine ! » J’espère qu’ils ne se sont pas dit que j’allais reprendre Sortilège (rires)!  Ceci dit, ça n’aurait pas été possible vu les problèmes de santé de Bruno Ramos…

Pas de Sortilège cette année, et c’est tant mieux, sinon c’est une affiche qui se répète. Tu as eu énormément de retours positifs. On sait que tu avais depuis longtemps un groupe en tête et on sait aujourd’hui que la tête d’affiche de cette nouvelle édition c’est KingCrown, le groupe des frères Amore, ex-Nightmare. C’est eux qui t’ont contacté ou toi ?

Ni l’un ni l’autre, c’est un intermédiaire. J’avais un nom en tête, mais ce n’était pas KingCrown. J’ai été en contact avec leur manageur, avec le chanteur de ce groupe, on a été pas mal en discussion… A un moment, j’ai douté, je me suis demandé si je parlais avec la bonne personne parce que je n’y croyais pas. C’était trop facile…Je me disais que j’étais en train de me faire avoir. Tout ça m’a fait perdre deux mois… C’était un groupe étranger.

J’étais resté sur un groupe français, mais je n’arrivais pas à identifier lequel…

Rappelle-toi, la vocation de ce festival c’est de faire jouer des groupes de la scène locale qui ne sont pas accueillis ailleurs, et je voulais absolument faire venir un artiste qui est apprécié du grand public et qui attire du monde. Bingo avec Sortilège ! Après, c’est totalement égoïste, mais comme je suis le président de l’asso et le programmateur, ben… Je me fais plaisir ! Quand tu vois ceux qui nous quitte, je me dis que c’est le moment. Mais ce ne sera pas pour tout de suite. Un groupe étranger, ce n’est pas le même budget, entre le cachet, le transport… Tu additionnes tout ça, tu divise par le nombre max de spectateurs et ça te donne le prix de la place, et là… non. Ça grimpe trop et ce n’est plus dans le même esprit. Mais ce n’est pas perdu…

Tu es tombé comment sur KingCrown, alors ?

Prisma fait partie de FTF Music, qui est un label de distribution, diffusion et production. Par son intermédiaire, j’ai pu avoir le contact de Joe Amore. J’ai toujours adoré Nightmare, et là, quand j’ai écouté la production de l’album de KingCrown, j’ai pris une claque et je me suis dit « oui, ça va le faire » !

La production c’est une chose, faire venir un groupe à Cléry Saint André, c’en est une autre. Il y a eu Heartline et surtout Sortilège qui vous a aidé à placer Cléry sur la carte des lieux de concerts possibles (il approuve). Qu’est-ce qui a convaincu Kingcrown de venir ?

Comme pour Sortilège : ma passion pour cette musique, ma passion en tant que fan, que « patron » d’une organisation qui met les petits plats dans les grands pour passer une super soirée.

Kingcrown est la tête d’affiche, mais il y a aussi trois autres groupes : Prisma qui est ton groupe, on ne va pas en parler, il y a du délit d’initié pour que Prisma soit encore à l’affiche (il rit), et aussi Benzin et Stratagème, deux groupes assez différents, ce qui donne une affiche assez variée, plus rock, pas 100% hard/metal comme l’an dernier. Qu’est-ce qui t’a fait porter ton choix notamment sur Benzine, le plus rock des 4 groupes ?

Pour la petite histoire, j’ai joué plus jeune avec Bruno, le leader de Benzin. Je l’avais perdu de vue et grâce aux réseaux, on a repris contact. Je suis allé les voir jouer à un tremplin à Jargeau quand j’ai appris qu’il remontait un groupe et j’ai pris une grosse claque. Son jeu, sa voix, son allure, rien n’a changé. Bruno, c’est Bruno, voilà…

Qu’en est-il de Stratagème ?

Un peu comme pour KingCrown. Ça fait quand même 42 ans qu’ils tournent, et j’ai discuté avec Gégé, le leader, bassiste, et j’ai adoré leur dernier Ep, du hard rock propre, bien joué, moderne. Comme j’étais en mode « 4 groupes », c’est eux que j’ai retenus.

On ne va pas parler de Prisma, votre présence à l’affiche, tu nous l’as expliquée l’an dernier. En revanche, y a-t-il des nouveautés qui nous seront proposées ?

Plus que ça puisque, déjà, on a changé de clavier ! Gilles a voulu se consacrer un peu plus à sa famille. Officiellement, c’est Pascal qui joue maintenant avec nous. Mais, malheureusement, il ne pouvait pas assurer la date du 5 avril donc c’est Gilles qui sera là pour nous dépanner.  En ce qui concerne les nouvelles compos, ça avance, elles se durcissent, on est plus proche du heavy.  Elles se musclent.

Ça fait quelques temps que l’affiche a été dévoilée, que les places sont en vente aussi. Où en êtes-vous aujourd’hui sur les 350 places que peut accueillir la salle ?

Bizarrement, pas terrible du tout… Il reste encore plus d’un mois, on me dit que ce n’est pas trop grave… Toute la campagne de com, les flyers sur Paris, ça commence. Les gros concerts, ceux où on peut toucher du monde ne font que commencer, il y avait Mass Hysteria hier soir, d’autres arrivent. Après, je ne sais pas pourquoi les préventes ne décollent pas…

Il y a une piste à envisager : KingCrown est un nom beaucoup moins connu que Sortilège…

Exact, et ils sont plus loin. Sortilège, ils sont de Paris, et il y a plein de fans parisiens qui sont venus. Là, Grenoble… la fan base hésite plus.

Aujourd’hui, il y a quand même urgence à en parler…

Oui, totalement, il faut en parler par tous les biais. J’ai même été jusqu’à aller en parler auprès de France Info, Radio France, parce que je veux toucher tout le monde, ne pas avoir à regretter de ne pas l’avoir fait. Mais sans payer, non plus, mais je ne peux pas me permettre une demi-page dans un magazine…

Quel est le tarif des places ?

En prévente, elles sont à 18 euros, sur place, elles seront à 23. Pour les moins de 16 ans, elles sont à 15€ et 20€. On peut les prendre directement sur le site de l’asso et tout figure sur la page Facebook de Crick For Zik.

Comme l’an dernier, si des gens viennent de loin, ils ont la possibilité de dormir sur place, version camping ?

Même mieux, puisque cette année, nous avons l’autorisation de planter quelques tentes. On reste sur place, et on peut accueillir quelques personnes. Maintenant, il faut se rappeler qu’on est début avril, les nuits sont fraiches…

Au niveau du catering, ce sera toujours ton chili ?

(rires) J’adore entendre ça ! On va en parler lors de la prochaine réunion, mais il n’est pas impossible qu’on change. J’ai une autre spécialité ! Ce n’est pas impossible car Butcho (chanteur de Stratagème) a appris ça et il s’en régale à l’avance ! Ça fait plaisir à entendre, même Zouille il a parlé de ce chili !

Une dernière chose : si les ventes n’augmentent pas, il y a un risque d’annulation ?

Je l’ai déjà écrit et confirmé : il n’y aura pas d’annulation. Pourquoi ? Parce que j’ai un fonctionnement simple : je sais m’entourer de partenaires financiers ce qui fait que, si les ventes sont faibles, je ne bois pas trop le bouillon. Évidemment, ça nous ferait tous chier – musiciens, orga, bénévoles – si ça ne décolle pas, ce n’est jamais agréable de jouer devant peu de monde, mais quoiqu’il arrive, on maintiendra le Crick Fest.

As-tu quelque chose à rajouter ?

On peut ajouter que pour ceux qui achètent leur billet à l’avance, il y aura un petit cadeau, comme d’habitude, il y aura du merch, peut-être une boutique de CD/vinyles. Du tattoo éphémère et toujours nos bons sandwiches préparés avec du pain et des produits locaux !

GHOST: Rite here, right now

Suède, Rock hard (Concord records, 2024)

Ca fait longtemps que Metal Eyes n’a pas parlé de DVD/BluRay. Mais on ne pouvait pas passer à côté de Ghost et ses spectacles toujours hors normes. Après avoir annoncé une séance unique au cinéma la veille de sa sortie, le grand public peut enfin découvrir Rite here, rite now (on admire au passage le jeu de mots du titre et la référence au premier live de Van Halen) documentaire qui retrace les deux concerts que Papa Emeritus et ses ghouls on donné au Kia Forum de Los Angeles les 11 et 12 septembre 2023. Comme toujours avec Ghost, les petits plats sont mis en avant pour transformer ce film en un moment grandiose et grandiloquent. Ghost a toujours divisé le public, et les fidèles seront simplement envoutés par cette expérience. Les novices et mêmes les plus curieux des réticents seront soit convaincus, soit, au pire, séduits par la puissance de ces concerts qui mêlent de nombreuses images de ces concerts comme toujours travaillés à la perfection et du partage avec le public, conquis. Les plus grands morceaux de Ghost sont évidemment de la partie, les 5 albums étant passés en revue (en vrac Rats, Imperium, Cirice, Absolution, Square hammer…) pour se terminer avec un titre inédit, The future is a foreign land, résolument pop et totalement dans l’esprit de Ghost. DVD/Bluray ou CD, chacun trouvera le format qui lui convient pour se délecter, une nouvelle fois des aventures de la bande à Tobias Forge. Superbe.

ROBERT JON & THE WRECK live à Paris (le Trabendo, 16 novembre 2024)

J’avais pris un tel pied lors de leur concert de l’an dernier dans une grange réaménagée à Talcy (41), que je ne pouvais rater le passage de Robert Jon &The Wreck au Trabendo (malgré la présence au Zénith voisin d’un autre groupe que j’adore…) La file s’allonge sur le chemin qui mène à la petite salle et visiblement, il y aura du monde.

Fat Jeff

La mise en jambe est assurée par un certain Fat Jeff, un One man blues band. Le gaillard s’installe sur un tabouret, attrape sa guitare et pose le pied sur la pédale de sa grosse caisse. Ainsi préparé, il entame une jolie demi-heure de ce blues chaleureux et intemporel.

Le public, qui semble découvrir Fat Jeff, est attentif et séduit par cette voix rocailleuse et l’entrain du musicien qui, en fin de set, se lève, permettant enfin au public le plus éloigné de voir un peu plus que sa tête! Une bien jolie découverte. Il semble heureux d’être-là, d’autant plus qu’il s’agit de sa première prestation à Paris. Alors ouvrir pour Robert Jon le motive d’autant plus. Après son set, il ne manquera d’ailleurs pas une miette de celui des Américains…

Fatt Jeff

La foule est dense lorsque Robert Jon & The Wreck arrive sur scène. Dès les premières mesures de Hold on, le ton est donné. Le blues rock teinté sudiste fait mouche, et Henry James prend rapidement le public à la gorge avec un premier solo. Si Robert Jon est en voix, il ne se risque pas à l’exercice du solo qu’il laisse volontiers à son complice de 6 cordes.

Robert Jon & The Wreck

Chacun est à sa place sur cette scène pas très grande – Andrew Espantaman est tout au fond derrière sa batterie, Jake Abernathie, désormais parfaitement intégré, tranquillement assis derrière ses claviers, soutenu par le bassiste aux éternelles lunettes noires, Warren Murrel – et transforme chaque chanson en un moment de partage généreux.

Robert Jon & The Wreck

Croisement naturel (spirituellement, s’entend!) entre Jimi Hendrix, Richie Blackmore et Uli Jon Roth, Henry James ne cesse d’épater par ses interventions plus brillantes et lumineuses les unes que les autres. Un jour viendra où son talent explosera vraiment, mais pour l’heure, contentons nous de nous pâmer en écoutant chacune de ses notes, irréprochablement jouées.

Robert Jon & The Wreck

Si Red moon rising, le dernier album, est naturellement à la fête avec 5 extraits (Hold on, Rager, le morceau titre, Life between the lines et Ballad of a broken heated man), Glory bound et Last light on the highway sont également représentés avec 3 morceaux chacun, tandis que Ride into the light et le premier album autonommé le sont avec une chanson chacun.

Robert Jon & The Wreck

Si on les apprécie sur album, on se rend vite compte que le Blame it on the whiskey, Bring me back home again ou Oh Miss Carolina et Do you remember – ces deux derniers venant presque clore le concert – sont d’une redoutable efficacité sur scène. Le groupe ne laisse d’ailleurs pas un instant de répit au public avec qui la communication est fréquente et aisée, Robert Jon toujours plaqué sous son Stetson souriant et chaleureux.

Robert Jon & The Wreck

Après s’être fait désiré quelques courts instant, RJTW nous offre un seul et unique titre en rappel. Mais quel titre! Un Cold night allongé à l’envi qui se termine sur un duel dantesque, un dialogue fin et racé entre la guitare de Henry et les claviers de Jake qui viennent se taquiner, se répondre et se défier. Un bon quart d’heure de bonheur pour mettre un terme à ce superbe concert. Prochaine étape: le Trianon?

Robert Jon & The Wreck

Merci à Sabrina Cohen-Aiello et Veryshow d’avoir rendu ce report possible.

THE DEAD DAISIES live à Paris (L’Élysée Montmartre, le 11 novembre 2024)

The Dead Daisies continue son ascension et c’est ce soir à l’Élysée Montmartre que le gang protéiforme de David Lowy pose ses flightcases. Il y a cependant un grand absent, puisque Doug Aldrich a dû renoncer à cette tournée européenne pour subir des soins à la suite de la découverte d’un cancer de la gorge, heureusement traitable. C’est donc plein de pensées positives pour son rétablissement que nous assisterons ce soir à une nouvelle formule de TDD puisque Doug a été remplacé au pied levé par son complice au sein de Whitesnake, Reb Beach.

Mike Tramp @Élysée Montmartre, Paris

Voici bien longtemps que je n’ai vu Mike Tramp sur scène. Le Danois revient ce soir en duo pour continuer de donner vie à White Lion. Accompagné de Markus Mann à la seconde guitare, le chanteur se montre toujours aussi jovial et, le temps de 25 petites minutes, nous offre un bond dans son glorieux passé.

Mike Tramp @Élysée Montmartre, Paris

Living on the edge lance les débats et le public, aux âges variés mais principalement composé de jeunes quinquas/sexagénaires, accompagne avec bonheur Mike dans ses réinterprétations de certains classiques du lion blanc.

Mike Tramp @Élysée Montmartre, Paris

Il communique facilement et avec humour, se rappelant de ses venues parisiennes autant avec White Lion que Freak Of Nature ou en solo. Oui, il a encore de la mémoire, comme il le précise. La version de Little fighter – qui traite du sabotage du Rainbow warrior, vaisseau amiral de Greenpeace coulé par les services secrets français – donnerait envie de hurler Free Paul Watson tant le thème est d’actualité…

Mike Tramp @Élysée Montmartre, Paris

On fini avec les beaux sentiments de Tell me et une version sans doute moins « prise aux tripes » de When the childre cry qui, elle aussi est d’une cruelle et affligeante actualité comme le rappelle le chanteur: « j’ai écrit cette chanson il y a plus de 30 ans. Je ne pensais pas que le monde serait encore un tel sac à merde »… Une version épurée pour une première partie soft. La suite va rebattre les cartes.

Mike Tramp @Élysée Montmartre, Paris
Beasto Blanco @Élysée Montmartre, Paris

Avec Beasto Blanco, on change littéralement de registre. Once a Coop, always a Coop pourrait-on même penser puisque le groupe formé en 2012 compte en son sein rien moins que Chuck Garric bassiste de Alice Cooper et ici guitariste et chanteur, et Calico Cooper, la fille de Vincent Furnier, également infirmière SM et tortionaire d’Alice Cooper et ici chanteuse horrifique et sexy. Autant dire que ces deux-là auront été très présents en France en 2024, mais ils viennent pour assurer la promotion de Kinetica, dernier album en date du groupe.

Beasto Blanco @Élysée Montmartre, Paris

La voix rocailleuse de Chuck, son sourire sadique, le jeu de scène de Calico, l’esprit musical en général, tout le décorum shock rock évoque l’univers cooperien. Les autres musiciens tiennent la structure de l’ensemble mais force est de reconnaitre qu’en simple tenue de rockeur, les regards sont plus centrés sur les deux vocalistes qui font le show.

Beasto Blanco @Élysée Montmartre, Paris

A mi-parcours, d’ailleurs, et sans réelle surprise, Beasto Blanco se frotte à Feed my Frankenstein, rappelant ainsi, s’il en était besoin, certaines origines de ses membres. Le public connait et reprend en choeur le refrain et les « oh, ouhoh » toujours efficace.

Beasto Blanco @Élysée Montmartre, Paris

Ce n’est qu’ensuite que Calico s’arme d’une batte cloutée et vien menacer chaque musicien en faisant tourner son instrument, le frappant au sol… Pas vraiment envie de contredire la donzelle à ce moment-là tant elle a l’air d’en vouloir à tout le monde.

Beasto Blanco @Élysée Montmartre, Paris

Avant de clore ce show calibré à l’américaine, et dans l’ensemble efficace et plaisant, Chuck invite le public à hurler avec lui une série de « We are Beasto Blanco » fédérateurs; Un set sans réelle surprise, cependant exécuté avec l’efficacité que requiert le genre.

Beasto Blanco @Élysée Montmartre, Paris
The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

The Dead Daisies live, c’est toujours la garantie de passer un bon et chaleureux moment de rock. Ce soir confirme la règle dès l’arrivée sur la nouveauté Light ’em up, extrait de l’album du même nom. Derrière sa tignasse, John Corabi rugit comme un lion, et David Lowy, capitaine du navire, est en pleine forme.

The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

Naturellement, les regards se tournent vers Reb Beach qui, sur le tronçon européen de la tournée, remplace Doug Aldrich. Le choix de l’ex-Winger et ex-Whitesnake semble évident tant le gaillard est à l’aise et donc à sa place au sein du groupe. En même temps, il se retrouve avec son complice de Whitesnake, le bassiste Michael Devin qui, lui aussi et malgré un certaine discrétion, a totalement trouvé sa place dans le groupe même s’il est difficile de faire oublier un certain Mendoza et sa complicité avec Corabi.

The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

Les titres défilent tous aussi efficaces, TDD puisant principalement dans la période Corabi qui, c’est une évidence, Born to fly mis à part, est bien plus taillée pour la scène que les extraits de la période Glenn Hughes (Unspoken, Bustle and flow).

The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

Tommy Clufetos nous offre un intense solo de batterie qui, malheureusement, nécessite l’intervention de son technicien à 3 reprises! Ce qui ne semble pas perturber le batteur plus que ça qui, debout, frappe ses toms avec énergie et entrain. Le seul hic, à ce stade du concert, est cette désagréable impression qu’un technicien s’est endormi sur la machine à fumée tant la scène et les musiciens sont derrière un voile gris

The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

Malgré une discographie désormais plus que bien fournie qui permettrait au groupe de ne proposer que ses compostions, The Dead Daisies a toujours aimé les reprises et nous en offre ce soir un beau panel, titres qui sont devenus des incontournables du groupe (on a même eu droit à Bitch, des Rolling Stones en guise de pré-intro).

The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

Présenté comme telle, Corabi demandant si « c’est OK qu’on joue une autre nouvelle chanson?« , on commence avec le superbe Take a long line de The Angels/Angel City et ses éclairages multicolore dignes de Pink Floyd. Vient ensuite la présentation des musiciens, avec mini reprise en guise d’identité: David Lowy « qui a eu l’idée de monter ce groupe il y a 13 ans » (Dirty deeds done dirt cheap, AC/DC), Tommy Clufetos, « celui qui crève les peaux de batterie, surnommé le Motor City Maniac » (Seven nation army, The White Stripes), Michael Devin « que vous connaissez au sein de Witesnake, avec qui on a vraiment partagé une femme… C’était sa barbe, ma barbe, sa barbe à elle! » (Children of the grave, Black Sabbath)… Puis il annonce: « vous l’avez remarqué, quelqu’un manque » et il nous donne des nouvelles de Doug « qui se porte très bien » avant de présenter son remplaçant, Reb Beach très acclamé (Living after midnight, Judas Priest). C’est ensuite David Lowy qui présente simplement John Corabi sur fond de Join together (The Who).

The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

Avant d’entamer la dernière partie du concert, TDD nous offre une reprise blues, une version très électrifiée de I’m ready de Muddy Waters pour continuer avec l’incontournable Fortunate son (Creedence Clearwater Revival). On sent la fin du show approcher lorsque Jon Corabi nous invite à voyager. Destination? Une seule possible, Mexico et ses éclairages vert et rouge qui précède Midnight Moses (The Sensational Aex Harvey Band) avant que TDD ne quitte la scène.

The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

Fut une époque où le groupe ne s’encombrait pas de rappel… Mais le passage semble obligatoire, alors les 5 reviennent rapidement pour clore avec le toujours d’actualité Long way to go suivi de Helker skelter (The Beatles). Ce soir, The Dead Daisies a une nouvelle fois su séduire le public par un concert plus que chaleureux (bien que voilé…) Si on ne peut que regretter le manque d’affluence, le public présent ressort comme toujours ravi. Une vraie valeur sure et une vraie bonne soirée aussi.

The Dead Daisies @Élysée Montmartre, Paris

Merci à Olivier Garnier et Base Productions d’avoir rendu ce live report possible.