DEAFBROOD: Hell reel

France, Hard rock (M&O music, 2021)

Glisser le CD dans le lecteur. Appuyer sur « play ». Courir vers le coffre à souvenirs et se saisir de la guitare en carton. Se poser devant le miroir puis sauter et gratter à s’en bruler les ongles fraichement manucurés. C’est gros, c’est gras, c’est direct et c’est simplement rock’n’roll. Deafbrood, c’est un quatuor de dignes descendant de ce qui se fait de plus basique et efficace en matière de hard rock. Tout sur ce Hell reel, premier album du groupe composé de Julien Hoarse (chant et basse), Aymeric Quidu et Martin Arzh (guitares) et Cyrille Chevalier (batterie), évoque avec le plus grand respect possible les Motörhead, AC/DC et Ramones des années 70’s, avec quelques lignes de guitares qui évoquent le metal d’un jeune Maiden. Les groupe est franc du collier, ne cherchant qu’une chose: une puissante efficacité. Mais se limiter à ces références est trop limitatif tant Deafbrood se plait à pondre des pépites entrainantes et brutes de décoffrage. Simples et efficaces, les 12 morceaux sont taillés dans ce rock indémodable qui te fait sauter et t’emporte dans un univers d’insouciance enfantine. La voix de Julien, grave et profonde au possible, rassure par sa chaleur autant qu’elle inquiète par sa puissance. Les thèmes abordés ne surprendront personne, de la fête à l’alcool en passant par la fête et les filles et laissant un peu de place au rock et à la fête. Simple, certes, mais pas tant que ça, le groupe cherchant partout le petit truc qui surprend et interpelle. Vulcain ayant pris sa retraite, Deafbrood pourrait aisément combler le siège laissé vacant. Une sacré belle découverte à soutenir d’urgence!

Interview: BALLS OUT

On s’est bien amusés avec les deux Ep entrecoupé du premier album des Frenchies de Balls Out. Du rock sérieux sans jamais se prendre au sérieux, une musique brute, directe et sans fioriture qui valait bien quelques échanges avec le guitariste du groupe, Yann. Balls Out « est né des  cendres d’un groupe que j’avais avec Pat, le chanteur. Le groupe s’appelait Outrages. On a fait ensuite des choses chacun de notre côté et en 2015 on s’est dit que ce serait sympa de refaire quelque chose ensemble. On a rencontré Sonny, notre autre guitariste qui nous a amené Pierre, le batteur, deux amis d’enfance. On a fait une première répète tous ensemble ça  fonctionné et Balls Out est né comme ça« . Rien de plus simple, finalement… Le groupe se retrouve autour d’un hard rock simple et fédérateur. On entend du AC/DC, du Motörhead, mais quelles sont les influences de chacun? « Tous les 4, on a les mêmes influences, chacun avec ses madeleines de Proust. Pat est un fan  des Beatles, Pierre aime plein de choses qui vont de Jeff Buckley à Kiss, Sonny est plutôt branché Black Sabbath, Zakk Wylde, moi je suis plus hard rock basique traditionnel. On arrange tout ça à notre sauce et ça donne Balls Out. En fait, on fait ce qu’on aime, et on aime ce qu’on fait« .

Le résultat, c’est un premier Ep bientôt suivi d’un album à la pochette déjantée. Avec ce Let me in (I know someone inside), on a découvert un groupe fun et sans prétention. Quels en ont été les retours? « On a eu des retours très positifs, la presse l’a aimé, ce qui nous a vachement motivé pour donner encore plus, ça nous a boosté pour faire ça. »

Le dernier Ep du groupe, Get dirty vol. 1 vient de sortir et il est bien sous titré « Vol. 1 », ce qui laisse penser qu’il y aura une suite. C’est aussi la seconde fois que le groupe sort un Ep. Pour quelle raison choisir ce format? « On voulait revenir à ce format parce que ça va nous permettre de continuer à bosser sur une trilogie, de proposer quelque chose régulièrement et faire en sorte qu’on parle de Balls Out sur une période relativement longue et de bosser, de se retrouver en studio. J’aime beaucoup le studio, c’est là que naissent les idées de dernière minute. On trouvait bien de faire une trilogie avec une ligne complémentaire, d’autant plus qu’on est dans une période assez compliquée en ce qui concerne les concerts. Comme on ne sait pas triop où on va, ça nous permet de nous mettre à fond dedans. Continuer à ne pas faire de musique comme ça a été le cas ces deux dernières années, ce n’est plus possible. » Un des quatre titres, Get dirty (wild and nasty), est chanté en duo avec Rusty Brown, le chanteur des Australien d’Electric Mary. Comment est née cette collaboration? « On a joué avec Electric Mary en 2019 au Grillen à Colmar, le courant (NdMP: Oh, le jeu de mot avec le nom du groupe!) est tout de suite passé, surtout entre Pat et Rusty. on est resté en contact. On avait envie d’avoir un guest sur un titre et on lui a demandé. Et ça s’est fait comme ça. Ca tombait bien parce qu’à ce moment-là, il était en studio« .

Comment le groupe compose-t-il? Est-ce un travail collaboratif où chacun apporte des idées ou est-ce l’un des membres qui propose? « Non, c’est u  travail vraiment collaboratif même si c’est Pat qui se charge des paroles. C’est son boulot. Pour la musique, c’est nous 4, même si c’est nous, les guitaristes qui apportons les idées de riffs, mais on finalise à 4. Parfois, on arrive en répète avec une idée et on se rend compte que ‘est de la merde tout comme on peu gratter un truc et se dire que ça ferait un bon morceau, et on bosse dessus tous les 4. Chacun a son avis, on ne veut pas d’un seul qui gère tout. Chacun donne son avis. Même le batteur, on est sympa! » (rires).

Justement, quel titre Yann me ferait-il écouter pour me convaincre de découvrir Balls Out? « Je dirais Big load, parce qu’il y a un peu de tout dedans. Des breaks de batterie, des solo de guitares et un bon rif sur un accord de La qu’on adore. Je le trouve assez représentatif de notre esprit. Et puis Big load – je ne vais pas vous le traduire… Il y a plein de sous entendus dans ce morceau et ça entretient le fait qu’on s’éclate sans se prendre au sérieux. Une musique qui fait bouger la tête quand on l’écoute. »

Il s’agit d’une trilogie, le groupe voulant travailler sur la durée. La suite est-elle déjà composée? « Le 2, oui, le 3 est en démo. On ne veut pas répéter la même chose sur les 3 volumes, mais les suivants devraient sortir l’année prochaine. On va bientôt entrer en studio pour le volume . On aimerait bien avoir des invités, il faut voir si c’est faisable et si les gens sont OK pour participer. »

Lorsque je rappelle à Yann que d’autres groupes ont voulu tabler sur le format Ep pour travailler sur la durée et que le résultat s’est soldé par « on n’a pas fini » (je pense notamment à Skid Row dont on attend toujours, depuis 2014, le dernier volet de United world rebellion, ou encore aux copains de feu Wild Dawn qui prévoyaient la même chose depuis leur Bloody Jane’s Shore), sa réponse est hésitante: « Ne parlons pas de malheur, nous ne sommes pas – heureusement ou malheureusement, je ne sais pas – Skid Row. Mais il n’y aura pas de souci là-dessus, il n’y a pas de raison, tout va bien. Et on ne sait pas trop où on va au niveau des concerts. Donc on en profite pour travailler. On n’a donné qu’une date de concert, le 24 mai à Lyon en première partie de Nashville Pussy au Rock and Eat. On croise les doigts pour que d’autres se rajoutent. »

Terminons avec l’incontournable question copyrightée Metal-Eyes: quelle pourrait être la devise de Balls Out? « La devise du groupe? Sortons nos couilles les gars et montrons que nous aussi on en a! » Déception pour moi qui pensais que Yann me dirais ce qu’il y a au dos de cet Ep « We gonna rock forever, we gonna roll or never »… « Ca rejoint un peu ça, quand même. Ce sont les paroles de El guapo gonzo qui rejoignent un peu ça » veut-il me rassurer.

En attendant que les concerts reprennent, guettons les dates de concerts et régalons nous de ce premier volume de   pour une belle déflagration de rock’n’roll pur jus!

Entretien effectué via Skype le 0 décembre 2022.

ABBYGAIL: Still burning

France, Hard rock (Autoproduction, 2021)

Les Abbymen, c’est ainsi que se nomment les membres du groupe nordiste Abbygail qui revient avec un troisième album. Après Electric lady (2017) et Gun control (2019), voici que déboule le sobre et très rock n roll sans fioriture Still burning. Composé de 12 titres inspiré du rock et du hard des 70’s – l’ombre d’un AC/DC early days plane au dessus de ce CD – le quatuor démarre fort avec Watchman of darkness. Les pieds battent le rythme et le corps bouge en cadence.  Sans aucun doute possible, Bertrand Roussel (chant), Luke Debruyne (guitares), Pascal Roszyk (basse) et Anthony Deron (batterie) ne cherchent pas à réinventer la machine à courber les bananes (si, si, un brevet a été déposé! Je crois…) mais bien à se faire plaisir. Simplement, et directement en respectant les règles du genre, production comprise. Le son est propre et clair, chaque instrument ayant sa place tout au long des Magic finger (coquin, ce titre…), Your favorite fuck buddy (aussi…), The enemy you love to hate… Simple, direct et efficace de bout en bout, cet album ne souffre que, selon moi, d’un manque de puissance vocale. Attention, le chant est agréable, mais un peu de rage supplémentaire rendrait sans doute plus encore justice à ces gouailles d’alors, celles de ces voix forgées à coup de râpe à fromage et clopes et apporterait une puissance supplémentaire à l’ensemble. Mais ce n’est qu’un détail au regard des qualités générales dispersées tout au long de ce nouvel effort collectif d’un groupe que l’on voudrait aussi voir sur scène. Rock on!

BALLS OUT: Get dirty, vol. 1

France, Hard rock (Autoproduction, 2021)

Ca commence avec Back to real et son riff couillu à la AC/DC, incontestable influence de Balls Out, quatuor hard de chez nous avait déjà fait parler la poudre avec Let me in (I know someone inside) et répète ici son propos. Cet ep de 4 titres puise toujours, dès Back to real (vidéo ci dessous, avec la participation d’un certain Mean man, aka Chris Holmes) dans ce hard rock aventureux, irrévérencieux et bigrement efficace de la fin des années 70, direct, efficace, chantée d’une voix rauque, biéreuse et crade. Le nerveux Get dirty (wild and nasty), nerveux et saccadé précède un El guapo gonzo qui lorgne de nouveau vers les Australiens mais également du côté de, ce n’est guère surprenant vu le titre, Ted Nugent, en tout cas sa meilleure période (les… 70’s). L’esprit de Motörhead n’est jamais loin non plus grâce à ces guitares qui évoquent aussi le regretté Fast Eddie. Balls out termine, trop tôt, trop vite, avec Big load, plus hypnotique, à la Rolling Stones meets Kiss. Quatre titres, c’est court, on en rependrait volontiers une dose de ce rock imparable qui fait oublier le reste. Allez, un effort, un album, et vite, svp!

YNGWIE MALMSTEEN: Parabellum

Hard rock, Suède (Mascot, 2021)

Deux ans après son album presqu’entièrement consacré à des reprises de classiques – et franchement pas une réussite – que peut-on attendre de celui naguère considéré comme un prodige? Parabellum est là pour nous rappeler qu’Yngwie Malmsteen est loin d’avoir dit son dernier mot. Ok, je sais, cet album est sorti au mois de juillet dernier, mais voilà, Mascot l’a également édité sous forme de coffret, objet de mon propos. Un objet sympa qui fleure bon la séduction des fans, ce dernier étant rempli de goodies comme on les aime, jugez-en par vous-même: ce coffret – en édition limitée – comporte, en plus du CD de 10 titres, un sticker, une carte postale reprenant l’illustration de couverture, un sachet de 3 médiators et deux sous-bocks. Les fans apprécieront sans doute plus ces gadgets que le CD lui même, quoique… Force est de constater que Malmsteen, auto centré sans doute, devrait se décharger de certaines tâches, notamment celle de producteur. une oreille extérieure est plus que souvent bienvenue et cela aurait bien servi le guitariste qui, de plus se charge de tous les instruments hormis la batterie, confiée à Lawrence Lannerbach. Et si j’avais été surpris par son chant sur l’album précédent euh… un vrai vocaliste aurait bien mieux fait l’affaire ici car l’ensemble manque cruellement de puissance. Le reste est comme on peut l’imaginer: une profusion de notes savamment agencées, une technique irréprochable, des titres speedés ou plus mid tempo de haute volée, une ballade agréable. Si Parabellum se laisse agréablement écouter, il n’est pas encore l’album qui redonnera au Suédois son statut d’antan.  Mais il y a du mieux, alors profitons-en!

HEAVY WATER: Red city brick

Angleterre, Hard rock (Silver lining, 2021)

Tiens donc, nous étions passés à côté de celui-ci? Décidément infatigable, le père Biff Byford qui nous avait livré un School of hard knocks en 2020 ainsi qu’ Inspirations, le dernier album de Saxon composé de reprises en 2021. Heavy water voit l’inusable chanteur s’allier à son fils, Seb, déjà auteur en 2020 de Lost art of conversation, le premier album de son groupe Naked Six. L’alliance père-fils ou « comment nous occuper en temps de pandémie » fonctionne plutôt bien. Biff reprend ici la basse, Seb retrouve sa guitare, les deux se partageant le chant au travers de 10 titres aux influences variées. Du heavy répétitif (Solution) au très soft et 70’s (Follow this moment) en passant par des moments plus bluesy (Red city brick) ou plus actuels (Personnal issue n°1) ou au final trépidant (Faith), la famille se fait plaisir, simplement, sans chercher à réinventer quoi que ce soit. Ce Red city brick – qui se veut dans la continuité de School of hard knocks – se laisse écouter avec aisance. Le duo se trouve, se complète et se fait simplement plaisir. C’est tout ce qu’on demande avant un nouvel album de Saxon qui ne saurait tarder!

ALCATRAZZ: V

Hard rock, USA (Silver Lining, 2021)

Un nouvel album d’Alcatrazz un an à peine après le sympathique Born innocent? Un changement notable sur V: le remplacement de Graham Bonnet au chant par une autre grande voix, Doogie White. Hein, pardon? Même si j’aime beaucoup White, c’est quand même un comble que Bonnet, fondateur d’Alcatrazz dans les 80’s, Bonnet qui a mis au jour le talent insolent d’Yngwie Malmsteen, se fasse évincer par le reste du groupe « reformé » en 2017. C’est l’empreinte vocale de la formation qui se fait virer, une identité à part entière… Alors il va falloir se distinguer, les gars! Guardian angel, très power metal genre Helloween meets Stratovarius, démarre sur les chapeaux de roue, et propose des mélodies speede qui évoquent la technique de Blackmore alliée à la vélocité de Malmsteen. Genre: voilà ce qu’on fait. Mais clairement, il manque quelque chose, difficile de reconnaitre Alcatrazz. Les mélodies sont certes efficaces, mais parfois pompeuses. Sword of deliverance fait flop et ce n’est que le troisième titre… La suite alterne entre puissance-speed mélodique (Target et ses lignes plus que malmsteeniennes se révèle plutôt réussi, profitons-en) et titres passables (le téléphoné Blackheart au refrain foiré), voire carrément inutile à l’instar de cet insipide Maybe tomorrow…  Et ce Grace of god, qu’en penser? Comble du comble, c’est une reprise du titre co-écrit par Doogie White avec la version revisitée de Tank (comprenez sans les frangins Brabs ni Algy Ward) figurant sur l’abum War nation de 2012. Mais cette version, à laquelle viennent s’ajouter des claviers, est moins réussie, trop pompeuse. Au final, ce V a autant en commun avec Alcatrazz que le Tank mentionné ci dessus pouvait avoir de commun avec le Tank originel. A vouloir trop en faire, Alcatrazz frôle l’usurpation d’identité. Passable, pour le moins.

Interview: ROBERT JON AND THE WRECK

Interview ROBERT JON & THE WRECK – Entretien avec Steve Maggiora (basse). Propos recueillis par téléphone le 13 septembre 2021

 

Photo promo

 

Metal-Eyes : Comment s’est déroulé votre voyage vers l’Europe ? Vous avez dû subir une quarantaine pour pouvoir entrer ?

Steve : Non, les conditions ont tellement changé au cours de l’été. Ça a été assez facile, en fait, en termes de voyage. Nous nous sommes occupés de nos papiers. Il n’y avait pas trop de monde à bord de l’avion, ce qui a rendu le passage aux frontières plus aisé. On est arrivés le 26 août.

 

Metal-Eyes : RJTW vient de sortir un nouvel album au début du mois, Shine a light on me brother. Que peux-tu nous en dire qui me convainque de courir l’acheter ?

Steve : C’est un album que tu va vouloir réécouter. Il est fun, il t’embarque dans un voyage avec du blues, du rythm n blues, de la soul, du rock tout au long de 10 chansons emballées dans un joli paquet. Il est fantastique, je te la garanti.

 

Metal-Eyes : Comme c’était déjà le cas avec votre album précédent, donc ?

Steve : Merci, merci ! Nous sommes très fiers de chacun de ces disques.

 

Metal-Eyes : Un point commun à chacun de ces disques : vous évoquez la lumière. Que vous fait la lumière ?

Steve : Je crois que ces deux dernières années ont été très sombres. Nous voulons, dans nos compositions, embrasser ce qui arrive, être vrais dans ce que nous écrivons, au travers de nos expériences, mais en laissant de la place à l’espoir. Il y a de la lumière même pendant les moments sombres. Les deux dernières années ont été dures pour tout le monde, et nous avons ressenti le besoin de nous exprimer à travers ce qui est devenu Shine a light on me brother.

 

Metal-Eyes : Vous avez changé votre manière de composer avec le Covid ?

Steve : Oui, au début. On a tout fait à distance au début, et nous avons ensuite décidé de respecter les mesures sanitaires pour pouvoir nous remettre au travail. Mais en gros, on a continué de travailler comme avant : on teste des choses, on voit ce qui fonctionne ou pas, on tente d’autres choses… pour celui-ci, tout le monde dans le groupe a pu proposer ses idées, intervenir, et c’était très agréable de pouvoir compter sur les autres membres pour construire ensemble. Chicago est une des chansons que j’ai proposées, et si tu écoutes la maquette et la version finale, c’est le jour et la nuit. C’est vraiment un effort collaboratif.

 

Metal-Eyes : Last light on the highway est sorti en mai 2020, il y a un an et demi. J’imagine qu’il a été écrit avant la pandémie (Il confirme) tandis que ce nouvel album a été écrit pendant la pandémie. En dehors de ce fait, comment analyserais-tu l’évolution du groupe entre ces deux albums.

Steve : Nous avons pu composer plus ensemble, avec ce line-up. Quand tu travailles pour la première fois avec des gens, tu découvres les forces de chacun, qui arrive avec quel type d’idées, qui propose, suggère. Je crois que nous avons continué de suivre cette trajectoire. Autrement, je crois qu’il n’y a pas tant de différences, ce sont juste d’autres circonstances. Ce n’était pas évident de trouver l’inspiration avec le Covid, mais on a pu travailler et avancer.

 

Metal-Eyes : Vous êtes en Europe non seulement pour promouvoir votre album mais également pour le présenter live. Vous étiez censés jouer au Raismesfest qui a été annulé. Comment vous êtes-vous occupés ?

Steve : Nous sommes allés participer à une émission de radio avec Georges Lang, c’était super fun ! C’est la première fois que j’ai eu l’opportunité d’écouter notre album sur une super grosse sono (il rit), et Georges est super. Ce fut un honneur de pouvoir discuter avec lui pendant une heure…

 

Metal-Eyes : Vous aviez donc un plan B, mais avez-vous eu le temps de visiter Paris un peu ?

Steve : Pas cette fois-ci, non. Nous sommes arrivés d’Allemagne hier, en voiture, ce fut une route assez longue. Le temps d’arriver à l’hôtel, de filer à la radio… Aujourd’hui, nous sommes en promo… Nous n’avons pas autant de temps que nous le souhaiterions pour jouer les touristes, mais, bon… c’est le métier… Nous sommes avant tout ici pour promouvoir notre nouvel album. La dernière fois que nous étions ici, nous avons pu marcher le long de la Seine et vois quelques sites de cette superbe ville.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Shine a light on me brother pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est RJTW, ce serait laquelle ?

Steve : Mmh… Je choisirais sans doute le morceau titre, Shine a light on me brother. Elle contient un peu de tout ce que nous faisons, le rythme est enlevé, on parle de passer du bon temps, d’être ensemble, il y a de belles harmonies, ce que nous aimons vraiment. Les filles qui font les chœurs sont fabuleuses, les cuivres, la guitares… Le groove est top, oui, c’est celle que je retiens.

 

Metal-Eyes : Quels groupes du revival rock sudiste recommanderais-tu ?

Steve : Markus King est fabuleux… Rival Sons, aussi, évidemment. Qui d’autre ? Bien sûr, Blackberry Smoke est incontournable !

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise du groupe en 2021 ?

Steve : C’est une bonne question… Je dirai « continue d’avancer », tout simplement !

PAT O’MAY: Welcome to a new world

France, Hard rock (ArtDisto, 2021)

Il est sympa ce Pat O’May. Toujours prêt à nous surprendre avec ses envolées guitarisiques, ses envies de renouveau (on ne compte pas ses projets et activités annexes) et, ici un look euh… je préfère le costard cravate à la Men In Black à dire vrai. Mais, bref, on s’en fout de comment il s’habille, non? Musicalement, de nouveau accompagné du bassiste Christophe Babin et du batteur John Helfy, ce Welcome to a new world – qui arrive en plein « grand reset » covidien (provocation quand tu me tiens…) nous conte l’histoire de cette entité nommée No Face. Un concept album de 12 morceaux qui explorent les bases celtiques du guitariste breton moins que le heavy rock mélodique – toujours mélodique – et groovy. Aucun instrument ne prédomine, tous sont justement exploités pour offrir un résultat ici plus heavy, là aérien, là encore plus groovy. Pat O’May sait s’y prendre pour nous proposer un résultat à la fois léger et entrainant sans tomber dans le piège du « j’en fais trop ». Sans doute plus simple et direct que ses précédentes productions, on se laisse ici entrainer dans les espaces celtiques (I shall never surrender) ou plus ambiancés western teinté d’électro (Please tell me why). Le très groovy Anything I want, mené par la basse trépidante de Christophe Babin est imparable, tout simplement. Le groupe nous offre une variété d’univers et d’ambiances sas doute résumé par  In this town qui clôt cet album bourré de références, d’idées, d’envie et qui s’écoute avec une déconcertante facilité. Efficacité plutôt que démonstration, cet album très coloré Matrix appelle une suite plus rapide.

Interview: LITTLE CEASAR

Interview LITTLE CEASAR : entretien avec Ron Young (chant). Propos recueillis au téléphone le 9 septembre 2021

Metal-Eyes : Ron, pour te dire la vérité, je n’ai absolument pas eu le temps d’écouter votre nouvel album. Mais… il n’y a pas de nouvel album !

Ron Young : Il n’y a pas de nouvel album ! le plus récent date de 2018. Si nous avions eu cette conversation plus tôt, nous aurions pu avoir l’impression d’une sortie plus récente (rires). Mais malheureusement, tout s’est ligué pour transformer les choses en un vrai bordel. Nous tentons de reprendre où nous en étions, jouer dans des villes comme Paris où nous n’avons jamais joué, et continuer de réfléchir à un nouvel album, sortir une vidéo. Mais nous sommes un groupe quelque peu différent en ce sens que nous ne sortons pas nos albums sur un label pour le travailler 8, 10 semaines très intensément pour mieux l’oublier ensuite, on balance encore plein d’argent au groupe pour retourner en studio, composer, enregistrer… Nous faisons les choses à notre rythme, comme nous les sentons. Il y a plein de groupes aujourd’hui qui refusent d’enregistrer un nouvel album parce que ça leur cout trop cher et que personne ne les écoute. Ca me parait un peu manquer de respect, jouer de la musique pour de mauvaises raisons. Mais nous, ça nous démange d’y retourner, de pouvoir rejouer, maintenant que nous nous sentons un peu plus protégés, et que nous avons envie de retrouver notre créativité. Ressortir et nous rappeler pourquoi nous faisons les choses, et pour qui nous les faisons, dissiper le brouillard de l’an dernier, retrouver de cette magie qui se produit lorsque tout le monde se retrouve pour soutenir la musique live. C’est vrai, c’est magique…

 

Metal-Eyes : Puisque tu parles de musique, vous étiez censés lancer votre tournée européenne au Raismesfest qui a été annulé.

Ron Young : Oui. Nous avons toujours su que ce concert était « avec des si », parce qu’il y a tant de bureaucratie, de protocoles, des règles sanitaires que c’était très compliqué pour eux de tout mettre en œuvre logistiquement pour que le festival se tienne. C’est une des raisons pour lesquelles un grand nombre de groupes étirent leurs tournées. Nous avons la chance d’être « une unité commando » (rires). Nous pouvons jouer dans un club et passer sous les radars. Ce n’est pas comme jouer dans une salle plus grande qui a plus de liens avec les politiques et les autorités, qui attirent plus de regards, les règles peuvent changer, tout le monde doit avoir un pass sanitaire ou être testé sinon la salle peut être fermée, la licence retirée. La plupart des lieux où nous jouons n’ont pas ces contraintes. On joue underground, dans des petites salles, on ne voyage pas avec d’autres personnes qui pourraient être testées positives. Il y a une sorte de bénéfice à être les premiers à retrouver la route après la pandémie, et c’est ce que nous faisons. Un autre concert a été annulé en Belgique, à cause d’inondations. Des inondations qui sont le résultat du non changement climatique, c’est ce que disent certains de mes compatriotes… Certains Américains voudraient nous faire croire qu’il n’y a pas de changement climatique, et que cette pandémie n’existe pas.

 

Metal-Eyes : Donc, pour eux ce ne sont encore que des « Fake news »

Ron Young : Exactement. « Ne croyez pas ce que vous voyez, croyez ce que nous disons… » Donc, un des clubs où nous devions jouer a été très endommagé par ces inondations et ne pouvait pas être remis en état avant notre passage. En dehors de cette date et du festival, toutes les autres sont maintenues. Et tu sais quoi ? On prend les choses comme elles viennent, un jour à la fois. On verra ce qu’il se passe.

 

Metal-Eyes : C’est votre première fois en France ?

Ron Young : Non, on a déjà joué dans le Nord, à Arras et… je ne sais plus, mais on n’a jamais joué à Paris. Jamais ! Nous sommes si impatients, c’est une de ces choses qui résultent de coïncidences qui nous ont empêché de le faire, mais là, nous avons vraiment insisté pour qu’on nous trouve un endroit où jouer. Ce qui se fait, nous jouons aux Etoiles.

 

Metal-Eyes : Une salle sympa, avec une petite scène…

Ron Young : C’est ce qu’on aime, le contact direct avec le public. Il parait que c’est un lieu sympa, ce qui compte ‘est la qualité du lieux, l’intérêt du public. Ne jamais avoir joué à Paris, c’est criminel !

 

Metal-Eyes : Justement, Little Ceasar sur scène, c’est quoi ?

Ron Young : Little Ceasar sur scène, c’est un groupe honnête, reconnaissant, émotif et puissant. Nous avons conscience de la magie qui peut s’opérer entre le public et le groupe, sa spontanéité, et nous souhaitons traduire cette reconnaissance car c’est grâce aux gens qui viennent chaque soir nous voir que nous existons. Pas le contraire. Avoir la possibilité de faire ce que nous adorons faire, entre personnes qui s’adorent, c’est unique. Après le concert, nous venons rencontrer le public et remercier chacun. Comment ça va fonctionner avec le Covid, je ne sais pas. Je pense qu’il va y avoir des arrangements. Mais c’est important pour nous que les gens sachent que nous leur sommes reconnaissants. Nous sommes des fans de musique avant d’être des musiciens. Nous sommes sincères, sur scène, simples, il n’y a pas de fumée, on ne tend pas le micro au public pour qu’il chante – parce que « je ne suis plus capable de chanter des notes aussi hautes » – pour flatter mon ego ou gonfler mon portefeuille… Il n’y a rien de tout ça. C’est un voyage musical.

 

Metal-Eyes : Tu viens de dire que vous êtes « un groupe de gars qui adorent le faire ensemble ». bien sûr nous ne parlons pas ici de sexe…

Ron Young : Mais si, d’une certaine manière ça l’est ! (rires) Du sexe aural – a u r a l, pas l’autre !

 

Metal-Eyes : Si je comprends bien, tous les 5, vous regardez dans la même direction ?

Ron Young : Tout le temps, oui. Et le champ de vision est large. Nous n’inventons rien, nous nous faisons plaisir. Nous avons grandi avec les mêmes repères musicaux et nous cherchons simplement à être Little Ceasar. Lorsque nous composons une chanson, nous voulons être respectueux envers les gens que nous admirons. Ce titre a des airs d’AC/DC ? C’est juste parce que nous sommes des fans d’AC/DC… On ne va pas chercher à dire le contraire.

 

Metal-Eyes : Revenons à la musique. Tu nous a dit à quoi nous attendre avec Little Ceasar sur scène, mais toi, comment imagines-tu le public parisien ?

Ron Young : Je n’en sais rien du tout…Nous avons joué dans des endroits tout petit, la sono est un peu suspecte, on en parle à notre manager, lui faisant part de nos doutes – « tu es sûr, ça craint rien ? » – et il nous répond que ç ava être la soirée la plus fun de la tournée. Ben ouais, c’est ça ! On monte sur scène, et il y a ce public qui est prêt à tout donner, qui est chaud, spontané, sans freins, et on oublie tout, pas de retour, trois spots mais on se souvient de ce concert. Alors, on n’a pas d’attentes particulière quand on monte sur scène, c’est notre boulot que d’obtenir un retour du public. J’ai grandi à Los Angeles et j’ai vu des groupes, vraiment, qui se demandaient pourquoi le public ne réagissait pas… Ils ne sont venus là que pour avoir un semblant de vie rock star, mais faire bouger le public ? Ce qu’ils voulaient c’étaient les filles, la dévotion des fans, et ils ont fait de cette vie un stéréotype… Mais, mec, si tu n’as pas de réaction du public, c’est parce que vous craignez ! Vous devriez retourner à votre local de répète et vous poser les bonnes questions.

 

Metal-Eyes : J’espère en tout cas que le public sera en nombre suffisant…

Ron Young : On vit une drôle d’époque. Les gens font attention, et 1/ les gens n’ont pas encore repris entièrement confiance et 2/ notre public est dans la tranche d’âge où les chiffres du Covid ne sont pas bons (rires) ! Mais on jouera pour 20 personnes de la même manière que pour 200.

 

Metal-Eyes : Quel pourrait être la devise de Little Ceasar ?

Ron Young : Ouh, waow ! (…) « On n’aurait pas pu le faire sans vous ». Ça inclus tout le monde, toi, le gars qui nous organise ces interviews (Olivier Garnier et Roger Wessier de Replica promotion), le proprio de ce bar… C’est une immense chaine où chacun joue un rôle.