DRUIDS OF THE GUE CHARETTE: Talking to the moon

Doom/Stoner, France (Beast records, 2020)

Attention, ami! Si tu n’es pas du genre curieux et ouvert d’esprit, alors passe ton chemin. Car Druids Of The Gué Charette, groupe breton biberoné à l’extrait de dolmen et élevé à la fumée de menhir, nous invite à une expérience sonore qui se situe entre voyage initiatique et rituel spatio-temporel. Ou l’inverse. Le style de ce nouvel album, Talking to the moon, est difficile à décrire, perdu entre Hakwind et Black Sabbath, Candlemass et The Bottle Doom Lazy Band. La lourdeur du propos se mêle à des sonorités spatiales telles qu’imaginées au début de la SF – réverbération et écho à l’envi des notes synthétiques et métalliques. Si l’on omet le plus gros défaut de cet effort – le chant anglais de Reverend Drope est à revoir – les druides nous proposent une oeuvre intrigante voire fascinante qui nous emmène sur les pas de Merlin voyageant autant en forêt de Brocéliande qu’à travers les âges et le temps. Pour peu que l’on se laisse emporter, on se retrouve dans une forme de transe méditationnelle. Peut-être pourrions nous, nous aussi, commencer à parler à la lune, si notre initiation peut aboutir.

DELIVERANCE: Holocaust 26:1-46

France, Metal (Deadlight entertainement, 2020)

Lorsqu’un Memories Of A Dead Man (le chanteur Pierre Duneau) rencontre un Aqme (le guitariste Etienne Sarthou), les projets prennent vite forme. Ceux d’unir leurs forces pour pouvoir développer au sein de Deliverance une musique qui leur est propre, franchir toutes les frontières de genres et de codes. Ou plutôt ne s’en imposer aucune. Après un premier Ep et un album (Doosday, please! et Chrst), Deliverance revient avec Holocaust 26:1-46, un album de 6 longs titres qui avoisinent les 50′. Saturnine ouvre sur des accents trompeurs: lent, doom, le chant de Pierre, toutefois, rappelle ses origines extrêmes. L’ambiance est au plombage en règle, mais les amateurs de sensations fortes trouvent rapidement de quoi se mettre sous la dent avec God in furs (ah, ce titre! « Dieu en fourrures »… excellent) totalement black metal. Speedé, inquiétant, presque introspectif, le morceau fait mouche et bénéficie de quelques breaks bien heavy. Proposant un nouveau contre pied, The gyres démarre avec une simple guitare, légère et aérienne. Etienne montre sa facette la plus sensible, ainsi que Pierre, ici envoûtant. Le titre monte ensuite en puissance, sans être, hormis le chant, trop agressif. La variété des sonorités toujours heavy tend à démontrer que Deliverance reste à la fois torturé, explorant ses aspects qui pourraient passer pour malsains mais qui se révèlent, ne serait-ce qu’avec Sancte Iohannes, salvateurs et d’une redoutable efficacité.Le cadencement des corps et des cervicales est impeccable. Holocaust for the oblate lorgne vers le heavy doom – amis dépressifs ou confinés, ce titre qui alterne avec des passages plus mélancoliques est peut-être à éviter en ce moment… Makbenach conclue avec un riff hypnotique cet album qui semble définir la voie que souhaite suivre Déliverance. Attention, du lourd est de sortie! Ah, au fait… que cache ce titre d’album mystérieux? Sans doute un clin d’œil à la bible et son passage des Lévitiques disant que « Vous ne vous ferez pas de faux dieux, vous ne vous dresserez ni sculpture sacrée ni statue… » et plein d’autres choses un peu ratées dans toutes les religions…

VERDUN: Astral sabbath

Sludge/Doom/Death, France (Deadlight entertainement, 2019) – Sortie le 15 novembre

Formé à Montpellier en 2010, Verdun nous propose son troisième essai. Tout d’abord, en 2012 parait The cosmic escape of admiral Masuka, un Ep posant le style  musical – une sorte de doom enragé sur fond de hurlements – et le concept littéraire – proche de la SF et du fantastique. Suit en 2016 un premier album, The eternal drift’s canticles. Trois ans plus tard, Verdun revient avec Astral sabbath, la suite du concept cité plus haut. Avec un nom tel que Verdun, on aurait pu s’attendre à une approche plus guerrière. Mais il n’en est rien. Musicalement très lent et lourd, Verdun propose un doom/sludge oppressant et inquiétant. Le chant hurlé contrebalance ou augmente cette sensation de mal être perpétuel. Une indescriptible rage envahit de sa présence malsaine les presque 54′ minutes que durent les 7 morceaux. Aussi violents et inquiétants qu’une bombe atomique qui tomberait sur Hiroshima. Tiens? Ça tombe bien (c’est le cas de le dire): c’est justement le point de départ, un certain 6 août 1945, de Return of the space martyr. Les amateurs de sensations fortes vont se délecter car ça ne se calme pas une seconde. Un album pour public averti.

WITCHSORROW: Hexenhammer

Doom, Royaume-Uni (Candlelight/Spinefarm, 2017) – Sortie le 25 mai 2018

Bien que formé en 2005, Hexenhammer n’est que le quatrième album des Anglais de Witchsorrow, le désespoir des sorcières… De désespoir il est bel et bien question tout au long des 7 morceaux de ce nouvel album, aussi lourd qu’une enclume dépressive. Le propos musical est sombre et fait ressortir toute la noirceur de l’âme de ses compositeurs (Demons of the mind) qui, pourtant, ont pris le temps qu’il faut pour penser cet album. Si, quand on parle doom, on pense avant tout à Black Sabbath, c’est principalement Candlemass et Cathedral qui se démarquent ici. Dès Maleficius, le cadre est posé: malaise ambiant, envie de lumière, épaisseur et lourdeur du son… Hexenhammer fait partie de ces albums à déconseiller aux dépressifs mais que les « sains d’esprits » s’approprieront avec bonheur.  Mieux qu’une marche funèbre, un accompagnement vers la nuit éternelle qui suit le bûcher.

ELECTRIC WIZARD: Wizard bloody wizard

Doom/Heavy metal, Royaume-Uni (Spinefarm records, 2017)

Electric Wizard, on le sait, est une de ces formation fascinées par l’univers du Black Sabbath des débuts. Pas étonnant que le groupe ait – enfin – décidé de nous offrir un album (euh… mini album) de 6 titres et de lui donner un nom, Wizard bloody wizard, qui évoque le Sabbat noir. Et une imagerie qui évoque, entre autres, Slayer. Mais peu importe, c’est le contenu qui nous intéresse: allumé, lourd, psychédélique, parfois, ce CD renferme tous les ingrédients que l’on recherche. Le chant torturé évoque un Ozzy ayant rencontré Mick Jagger, les rythmes lourds deviennent rapidement au mieux hypnotique, au pire oppressants… Tout au long des See you in hell (et son message apocalyptique), Necromania, Wicked caresses… on se dit que le quatuor n’a pas que consommé de l’eau pendant l’enregistrement… C’est allumé, inquiétant, assez barré tout en se laissant écouter avec une déconcertante aisance. Un bon retour d’une formation presque trentenaire!

THE WOUNDED KINGS: Visions in bone

thewoundedkings-2016Doom, Royaume-Uni (Spinefarm, 2016)

Aussi sombres que la pochette qui les renferme, les cinq titres de Visions in bone, cinquième album de Anglais de The Wounded Kings, sont d’une lourdeur sans équivalent. Longs, très (seul un morceau a une durée raisonnable de moins de 5’…), et lourds, largement inspirés par, tiens donc?, un Black Sabbath des premières années, les Beasts, Vultures et autres Bleeding sky proposent des ambiances variées, toujours sombres et, surtout, oppressantes. The Wounded Kings nous replongent allègrement au cœur de ces années de tentatives et de tentations, ces années psychédéliques pendant lesquelles les musiciens osaient explorer, sortir des sentiers battus, à la recherche DU riff ultime. Le chant sombre de Sharie Neyland colle parfaitement à l’ensemble pachydermique voulu par ses comparses. Un album à ne pas recommander en cas de dépression… Il semble cependant que Visions in bone soit le chant du cygne de The Wounded Kings qui a, depuis la sortie de ce disque, décidé de mettre un terme à l’aventure.

Note: 8/10

Titre que je retiens: Vultures

WORMFOOD – L’envers

wormfood-l-envers-2016Doom théâtralisé, France (Apathia, 2016)

Il est trop tard. Je me suis fait happer. Happer par cette voix, grave, profonde et effrayante qui pourtant m’avait averti. J’aurai mieux fait de rentrer chez moi, me vautrer dans le canapé et regarder la télé. Mais non. Il a fallu que je continue, que ma curiosité malsaine me pousse à écouter. Encore. Encore. Trop tard, vous dis-je… Lire la suite

INTERVIEW DÉCOUVERTE: WORMFOOD

Rencontre avec Renaud Fauconnier (guitare) et Thomas Jacquelin (batterie) puis Emmanuel Lévy (chant). Entretien réalisé à Paris le 29 avril 2016.

Alors que Wormfood s’apprête à sortir L’envers, son fascinant nouvel album, trois de ses membres se sont prêtés au jeu de l’interview découverte pour Metal-Eyes dans une Machine du Moulin Rouge en proie à quelques fuites… Ambiance glauque de la chaufferie qui colle parfaitement à celle d’un album à découvrir d’urgence. (Note : Emmanuel nous ayant rejoints plus tard, son interview vient compléter celle de Renaud et Thomas)

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