HARLOTT: Detritus of the final age

Thrash, Australie (Metal Blade, 2020)

L’Australie nous a depuis longtemps plus habitués à ses groupes de heavy rock squatteurs de pubs enfumés (AC/DC, Rose Tattoo, Airbourne, The Angels, Heaven…) ou de rock classieux (Midnight Oil, INXS, Silverchair…) qu’à des formations thrash. Pourtant, la scène est vivace et Harlott, que nous avions découverts en ouverture d’un concert d’Annihilator à Paris en 2015) cherche depuis 4 album à s’imposer face au public. Detritus of the final age, le dit 4ème album, permettra-t-il au groupe mené par le duo Andrew Hudson et Tom Richards (guitare/chant et basse/chant) d’atteindre ces objectifs? Au delà de la crise sanitaire qui empêche tout le monde de tourner et d’aller rencontrer son public, il y a de la puissance sur ce disque, voire même de la violence (As we breach, Idol minded), une production efficace, une hargne vocale qui, enfin, permet à Harlott de se distinguer des légendes de la Bay area dont il s’inspirait ouvertement. Une identité est sans doute en train de naître, plus sombre contrairement à ce que pourrait laisser penser l’illustration colorée de la pochette, mais voilà… ce disque comporte également son lot d’imperfections, notamment en proposant de titres (trop) longs – le lent et peu convainquant Nemesis et Miserere of the dead – voire même en se payant le luxe d’un flop radical (la reprise Time to kill is now de Cannibal corpse – je ne connais pas l’original, mais ici, le refrain est simplement raté. Dommage parce que le reste dépote grave). S’il y a de l’idée et de l’envie, Harlott gagnerait sans doute en efficacité en stabilisant son line-up, car jusque là, seul le duo fondateur demeure à la barre. Avec Detritus of the final age – un titre qui sonne comme le constat de l’échec de l’humanité – le groupe nous propose d’agréables moments et de franches réussites en ouverture de l’album, mais se perd sur la durée. Un album sympa mais pas mémorable, en somme.

SURMA: The light within

Finlande, Metal symphonique (Metal Blade, 2020)

Démarrant et se concluant avec des instrumentaux symphoniques, ce premier album de Surma propose un metal à la fois symphonique (tiens donc?) et pop (attention à ne pas confondre ce Surma avec les Black metalleux du même nom, underground et également finlandais). Les cavalcades de grosses caisses n’y changent rien, on se trouve rapidement dans un univers à la Nightwish et Evansence – avec un chant encore un peu timide bien que cristallin et attirant. Le duo composé de Viktorie Surmova (chant) et Heri Joensen (guitare et chant) s’applique à bien faire. Le résultat de ce premier album, The light within, est impressionnant mais manque quelque peu d’âme. La production est certes impeccable et les arrangements, s’ils sont irréprochables, restent cependant sans réelle surprise, assez classiques sinon déjà entendus. Il faut attendre le troisième titre pour que le chant devienne mixte, genre Belle et la Bête, voix cristalline vs. chant rageur, sombre et guttural. Oui, l’ensemble est (très) bien fait, mais reste dans une veine somme toute habituelle. Le côté classieux n’a rien d’étonnant quand on connait le parcours des protagonistes, elle issue de Bohemian Metal Rhapsody et lui venant de Tyr. The light within est plus qu’agréable à l’écoute, sans que, pourtant, rien ne s’en démarque. Gageons que le titre se veuille être une lueur d’espoir en ces temps troublés…

ENSIFERUM: Thalassic

Folk metal, Finlande (Metal Blade 2020)

Après 25 ans de carrière, les Finlandais d’Ensiferum s’attaquent (enfin! diront certains) à leur premier album sinon conceptuel du moins thématique puisqu’il traite tout au long de Thalassic de l’élément qui entoure son pays: la mer. Un joli défi après deux ou trois albums un peu moins efficaces que ce à quoi le groupe nous avait habitués et surtout un gros défi pour le nouveau venu, Pekka Montin, en charge du chant clair. Un chant qui s’impose brillamment dès Rum, women, victory qui, après un déferlement de vagues s’écrasant sur des rocher, ouvre les hostilités. Efficace en diable, ce premier titre laisse entrevoir la suite qui, rapidement, s’avère tout aussi efficace. En s’aventurant dans des explorations variées, proche du country parfois (ces violons sur Midsummer magic), à d’autres moments plus typiquement issus du folklore scandinave voire progressif (Cold Northland), Ensiferum renoue avec l’efficacité qui a marqué sa carrière. Les cavalcades de guitares, les « Ouh, Ha, Hey! » à reprendre en chœurs, les rythmes enlevés et entraînants, tout est ici réunis pour redonner sa juste place à l’une des formations phare de ce folk metal joyeux. Un très joli retour!

PUSCIFER: Existential reckoning

USA, Rock électro et expérimental (BMG, 2020)

Maynard James Keenan n’a de cesse de surprendre. Avec ce nouvel album de Puscifer, le gaillard nous fait entrer dans un univers improbable de sonorités d’un autre temps… Comment prendre cet album proche d’une cold wave des 80’s? Le duo vocal qu’il forme avec Carina Round tout au long des 12 titres de ce Existential reckoning est intriguant, les deux échangeant de telle sorte que l’auditeur est entraîné là où il ne s’attend pas. Les machines utilisées par Mat Mitchell jouent aussi un rôle important dans le résultat final – on dirait les premiers synthétiseurs grand public – quelque peu déstabilisant. L’ensemble est étrange, planant comme si le groupe se trouvait dans une autre dimension, une dimension bizarre, intrigante. Si certains peuvent crier au génie, je ne parviens pas à accrocher, tout simplement. MJK peut bien tout se permettre, et c’est bien son rôle, d’autant plus au travers de ses divers projets, il n’oblige personne à adhérer. Trop complexe pour moi, sans doute…

Interview: SOEN

Interview Soen : entretien avec Joel Ekelöf (chant). Propos recueillis par Skype, le 11 décembre 2020

SOEN by Ola Lewitschnik

 

Metal-Eyes : Que s’est-il passé pour Soen depuis que nous nous sommes vus la dernière fois, il y a 2 ans ?

Joel : On a beaucoup travaillé, sur cet album principalement. Nous avons également pu tourner un peu, donner quelques concerts jusqu’à l’apparition de cette pandémie…

 

Metal-Eyes : Quel regard portes-tu, deux ans après, à Lotus, votre précédent album ?

Joel : Je crois que c’est le premier album qui a commencé à vraiment soner comme nous le voulions. Comme si les éléments d’un puzzle se mettaient en place. Il répondait vraiment à notre vision, à ce que nous voulions qu’il soit. C’est une belle intro pour cet album. Maintenant, on se rend compte qu’on tient quelque chose, et Imperial est un pas de plus en avant.

 

Metal-Eyes : Selon moi, la différence entre Lotus et Lykaia résidait dans le fait que, si votre musique restait très aérienne, les guitares étaient beaucoup plus agressives. Je trouve la même différence entre Imperial et Lotus : des guitares plus heavy, plus dures, plus rageuses, et ton chant reste très soft et aérien. Sachant qu’il s’agit du second album que vous enregistrez avec Cody Ford à la guitare, comment analyses-tu l’évolution de Soen entre ces deux albums ?

Joel : Il y a deux choses : nous sommes devenus plus agressives. Le passage entre Lykaia et Lotus nous a vu prendre une décision importante : nous sommes metal, profondément, ça fait partie de notre identité. Avant cela, tu sais, on a nos influences, nos envies, mais à cemoment, on a pris conscience que le metal est notre base. Ce qui expliques peut-être que tu perçoives les guitares comme étant plus heavy. Comment Cody a-t-il impacté le son ? C’est un guitariste très talentueux, très fin. Il a une signature sonore fantastique… Il peut jouer des choses très dures, heavy, mais aussi très mélodiques et belles. Un guitariste ne peut pas seulement être rapide, il doit apporter de l’âme à la musique, du feeling.

 

Metal-Eyes : Il y a cependant eu un changement de musicien pour ce nouvel album…

Joel : La basse, oui.

 

Metal-Eyes : Que s’est-il passé ?

Joel : La vie, c’est tout… Stefan a éprouvé le besoin de s’occuper plus de sa famille. Quand tu joues comme nous le faisons, il y a beaucoup de sacrifices à faire. Nous respectons totalement son choix. Dans ce groupe, chacun doit être investi à 100%, et c’est aussi ce que ressentait Stefan, et s’il ne pouvait pas se consacrer entièrement au groupe, il préférait céder sa place, ce qui est très courtois de sa part.

 

Metal-Eyes : Votre nouveau bassiste s’appelle Oleksii Kobel. D’où vient-il ?

Joel : Il vient d’Ukraine. Il est très sympa, mais nous ne l’avons pas encore rencontré ! C’est marrant… On a commencé à travailler avec lui via internet, et la pandémie est arrivée…

 

Metal-Eyes : Donc, vous ne pouviez pas le rencontrer…

Joel : Exact ! Je remercie la technologie qui fait que nous pouvons communiquer et échanger, et c’est un des membres du groupe maintenant, c’est sûr !

 

Metal-Eyes : Si je te comprends bien, la pandémie a eu un impact sur l’enregistrement de l’album ?

Joel : Inévitablement… Cette année, nous devions beaucoup tourner, en Amérique du sud, en festivals… Nous avons dû tout annuler. S’il y a eu du positif, c’est que nous avons pu nous concentrer sur l’album. Alors, oui, ça nous a affectés, mais nous avons pu concentrer tous nos efforts sur l’enregistrement.

 

Metal-Eyes : De quoi parles-tu dans cet album ? Il me semble que l’humanité et l’unité sont des thèmes centraux mais ce ne sont pas les seuls… Je pense entre autre à une chanson comme Modesty où tu dis : « Suivez-moi, suivez-nous car il n’y a personne d’autre pour nous aider » ou Dissident qui semble cacher le même type de message…

Joel : Hum… Tu sais, le monde change, il n’y a plus de juste milieu. Ce sont les extrêmes, la gauche contre la droite… Nous dépensons beaucoup d’énergie à nous discréditer les uns les autres. Chacun est, dans un sens, dans sa bulle, et c’est un problème, un grand problème. Ça donne aux dirigeants un moyen de tirer avantage de tous ces petits combats. Ce que nous devons faire, c’est nous unifier et concentrer la vraie énergie contre les vrais dangers, les vraies oppressions. C’est un sujet qui revient dans nos chansons, oui…

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu la musique de Soen à quelqu’un qui ne connait pas le groupe ?

Joel : C’est toujours plus facile de laisser les autres le faire…

 

Metal-Eyes :  C’est pour ça que je te le demande…

Joel : Oui… Je te dirais que c’est du metal très bien arrangé (rires) ! « Bien arrangé » parce que nous sommes toujours un groupe progressif, nous accordons toujours beaucoup d’importance aux détails dans chacune de nos compositions. Nous ne sommes pas un groupe de jazz ou de hard rock, nous sommes un groupe de Metal. Dans une certaine mesure, ce style reste très décrié, les gens pense qu’il ne s’agit pas de musique, que ce n’est pas assez élégant… Tu peux être très intelligent et cultivé et apprécier le metal !

 

Metal-Eyes : Toi et moi le savons bien, et nous ne sommes pas les seuls… Nous savons que, avec le jazz et le classique, le metal est le style le plus varié du monde. Même s’il y a des codes, chacun peut casser ces codes pour explorer d’autres horizons… Quand bien même tu dis que vous êtes un groupe progressif, vous n’avez rien de commun avec Dream Theater…

Joel : Oui… Nous sommes sans doute plus proches des groupes avec une approche plus traditionnels, nous ne faisons pas partie de cette branche progressive à laquelle appartient un groupe comme, comme tu le dis, Dream Theater.

 

Metal-Eyes : Ce qui signifie que Soen a aussi sa propre identité…

Joel : Je l’espère en tout cas !

 

Metal-Eyes : Je le pense, sincèrement ! Si tu devais ne retenir qu’un titre de Imperial pour expliquer ce qu’est Soen aujourd’hui, laquelle choisirais-tu ?

Joel : Je choisirai Monarch, aujourd’hui…

 

Metal-Eyes : Pour quelle raison ? Le violon ?

Joel : Ah, ah… Peut-être… Il y a du metal, du violon, un message. Au final il y a tous les ingrédients qui représentent Soen, ce qui nous rend unique. Mais c’est vraiment parce que tu me demandes de ne choisir qu’un titre…

 

Metal-Eyes : C’est ma question « Le choix de Sophie ». Peut-être pas un choix aussi difficile, cependant…

Joel : Demain, je pourrais te donner une autre réponse…

 

Metal-Eyes : Vous aviez déjà un peu fait appel aux violons avant.

Joel : Oui, sur River, et d’autres morceaux. Une des raisons, c’est que nous travaillons avec Lars (Ahlund) qui s’occupe de nos arrangements. Il est multi talentueux. Je crois que son instrument de base est le saxophone, qu’il n’utiliserait jamais avec Soen, mais c’est un musicien fantastique ! Il n’y a rien de mieux que de travailler avec de vraies cordes.

 

Metal-Eyes : Et Cody ? Comme nous l’avons dit, il s’agit de son second album avec vous. S’est-il plus impliqué dans l’écriture, a-t-il fait plus de propositions ?

Joel : Oh, oui ! Tu grandis avec le projet. Il a apporté, sur Imperial, certains des meilleurs solos de notre carrière ! Il s’intègre vraiment de l’esprit du groupe.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Soen en 2021 ?

Joel : Oh… Quelque chose comme « reste vrai et fidèle à tes croyances ». On peut tirer avantage de toute situation…

 

Metal-Eyes : C’est un peu l’esprit de ce que tu m’avais dit il y a deux ans, c’est rassurant ! Vous avez déjà fait appel à des animaux, mais ce serpent… Va-t-il devenir un visuel important du groupe, votre totem ?

Joel : Je ne peux pas te répondre… On a déjà utilisé d’autres animaux – le rhinocéros, le loup…

 

Metal-Eyes : Simplement le serpent a commencé à apparaître à travers votre signature…

Joel : C’est exact, oui. Aujourd’hui, nous sortons une nouvelle vidéo, et tu verras, le serpent est très présent !

 

ACCUSER: Accuser

Allemagne, Thrash (Metal Blade, 2020)

Pour son onzième album, Accuser décide d’un nouveau départ. En l’occurrence, il s’agit d’une arrivée, d’un retour même: celui du guitariste René Schütz qui avait quitté le groupe en… 1990! De nouveau produit par Martin Buchwalter, ce nouvel album éponyme bastonne sa mère! Accuser, ou quand le hard core rencontre le thrash aux limites du black metal, quelque peu pimenté de punk… Le propos est direct,le chant clair et très agressif. L’ensemble speede et rapidement, la brutalité se fait salvatrice. Incontestablement, on sent l’urgence chez les Allemands. Les guitares nerveuses s’accouplent à une batterie syncopée à souhait. Pour autant, l’ensemble ne manque pas de mélodies aux relents orientaux ni de mélodies puissantes et entraînantes, des neck crushers, des morceaux à headbanger à tous les recoins. Accuser signe avec ce nouvel album ce qui pourrait sans doute être son meilleur album depuis… ses débuts, rien de moins. Patience et longueur de temps, dit-on!

GNÔ: Stereofish

France, Hard progressif (Millenium, 2020)

Franchement, terminer l’année avec ce Stereofish, cinquième opus des compatriotes de Gnô, ben, ça fait un bien fou! Si j’ai découvert avec bonheur le trio dingo avec le déjanté Cannibal tango (2011), si j’ai été quelque peu déconcerté par le suivant, Crass palace (2014), j’ai raté le dernier, Sick princess (2016). Depuis, le génial guitariste Christophe Gaudin a quitté le trio qui, de fait, a dû chercher un six-cordiste au moins aussi barré et talentueux pour le remplacer. Si l’on peut imaginer que la tâche ne fut pas des plus aisées, quel bonheur d’entendre un résultat si enjoué et entraînant! Inutile de passer par quatre chemins, l’arrivée de Djul Lacharme aux côtés de Gabriel Vegh (chant et basse) et Peter Puke (batterie) est, comme le démontre de bout en bout ce Stereofish – dont la seule faute de goût est cette improbable illustration de couverture genre patchwork informatique de débutant – toute l’étendue de son talent. Dès l’introductif Calvary way, le ton est donné: avec ses quelques relents ska, le titre, imparable est très festif et chantant. Never give up passe au niveau supérieur de dance attitude, il est simplement impossible de ne pas se dandiner. Le ton change légèrement avec Stereofish et son riff discret à la War machine (Kiss) tandis que Into the void se fait plus lourd et spatial, un titre tout en lenteur basée sur la rythmique de la basse. Tout au long des Gnô’s New Orbit, Animals ou autre Our worlds collide, Gnô, tout en restant technique mais se faisant sans doute plus « accessible » ou moins dingo (quoique…), varie en permanence les plaisirs et surprend à chaque instant. Un océan de fraîcheur à ne manquer sous aucun prétexte.

HOLLYWOOD UNDEAD: New empire Volume 2

Metal, USA (2020)

Pour ce second volet de New empire – la première partie est parue en début d’année – C’est une Johnny 3 Tears enjoué et en forme – bien que peu familier avec l’outil – qui se connecte en ce 15 décembre à Skype pour s’entretenir avec Metal Eyes et nous parler du petit nouveau des enfants terribles de Hollywood Undead. Premier constat: New empire vol. 2 est beaucoup plus pop que son prédécesseur. Dansant et enjoué de bout en bout, presque du soft punk pour ados… C’est pourtant bien là l’esprit festif des Américains qui ne se sont jamais cantonnés à un seul style. Quelle est la situation sanitaire à Nashville?  » Bien meilleure qu’à LA, les gens portent le masque (note: ce qui pour H.U est plutôt habituel…), je crois que seuls les cinémas ont dû fermer, mais je m’en fous parce que j’en ai rien à battre du cinéma actuel! » La crise sanitaire a-t-elle cependant eu un impact sur la sortie de l’album? « Oh oui! Vol. 2 devait sortir au mois de mars ou avril. Quand le volume 1 est sorti, on était en tournée en Europe. Le show de Paris est le premier que nous ayons annulé. On s’est donc retrouvé à la maison sans trop comprendre ce qu’il se passait… On ne pensait même pas à cet album. Le côté positif, c’est que nous avons pu composer de nouvelles chansons pour Vol. 2. On a retiré  celles qui, selon moi, étaient à chier pour les remplacer par de meilleures. Les labels étaient fermés aussi, ce qui explique que Vol. 2 ne sorte que maintenant« . Johnny confirme que le Vol. 1 est beaucoup plus agressif, tant dans les riffs que dans les textes. « Nous voulions quelque chose de vraiment heavy. Pour Vol. 2, on voulait quelque chose de plus soft et passe partout sans pour autant préméditer quoi que ce soit« . D’ailleurs, pour célébrer cette sortie, H.U donnait une House party le 18 décembre – « ce qu’on faisait quand on était étudiants et qu’on a commencé: jouer dans le salon des potes. Ça me manque un peu, boire 3 litres de bière et foutre le bordel dans le salon et voir les parents en colère! » Quelle évolution Johnny 3 Tears voit-il entre le précédent album, Five, et la doublette New empire? « Il n’y a pas d’évolution pensée. En tant que personnes, nous sommes tous amenés à évoluer, en fonction de tes sentiments, de ce qu’il se passe dans ta vie. Ce qui arrive à chacun d’entre nous se retrouve quelque peu sur l’album. Mais rien n’est prémédité. » La particularité de Hollywood Undead réside, entre autre, sur le grand nombre de chanteurs. Comment le choix de qui chante quoi se fait-il? « Mmhhh… nous avons des voix différentes, une partie du choix se fait en fonction de la tonalité du titre. Je m’occupe de ce qui est plus heavy, Danny est ténor, il s’occupe de ce qui est plus haut… Et puis tu sais, live, on change toujours, on échange nos instruments… Ca dépend vraiment de la chanson et de ce que ressent chacun. On fait en sorte de rester le plus naturel possible sans dire « toi tu fais-ci, moi, ça« … » H.U étant un groupe festif, ce Vol. 2 voit quelques invités de marque, dont Papa Roach avec qui le groupe était en tournée au moment des confinements mondiaux. « La plupart des morceaux avec des invités sont lié au Covid… On ne le fait pas d’habitude, sauf une fois, avec B-Real de Cypress Hill. Mais tous les musiciens qu’on connait étaient comme nous: coincés chez eux. Alors plutôt que de ne rien faire, on s’est tous mis au boulot! Toutes les chansons étaient prêtes, nous avons pu les modifier. D’habitude, c’est compliqué de nous réunir: quand nous enregistrons, d’autres sont sur la route, ou en train d’enregistrer, donc pas disponibles. Ou l’inverse… Mais là, tout le monde était là, avait envie de bosser, ce qui explique qu’il y a autant de monde. On a tous enregistré à la maison. Le seul déplacement que nous ayons fait, c’est pour tourner la vidéo avec Tech-9 qui ne voulait pas bouger. » Quelle chanson de Vol. 2 représente-t-elle le mieux ce qu’est aujourd’hui Hollywood Undead? « Mec, elle est compliquée ta question! Elle est bonne, frangin! Sur Vol. 2? La plus représentative? Je dirai Monsters, parce que je pense que c’est celle qui contient le plus de notre passé, elle explique d’où nous venons, les raisons qui nous ont amenés à faire de la musique« . Ok, et quelle serait la devise de H.U – à part Fuck Covid? « ah, ah! je crois que celle là, c’est la devise de tout le monde en ce moment! Je dirai « Vis l’instant présent ». Je crois que les gens se prennent bien trop au sérieux. Et si tu te prends trop la tête avec ce qui s’est produit il y a 5 ans, ou si tu prévois ce qui peut se passer dans 5 ans, tu perds ton temps« . Hollywood Undead aime la fête et Johnny conclue avec un simple « j’espère qu’on se retrouvera bientôt, qu’on se verra au Hellfest qui est vraiment mon festival préféré« .  Avec la reconnaissance du groupe en France, c’est vraiment tout le mal que nous puissions nous souhaiter!

STUBORA: Vision obscure

France, Heavy metal (auto production, 2020)

A peine un an après avoir publié son dernier album, Horizon noir, les Français de Stubora reviennent avec un EP, Vision obscure. Reprenant les codes visuels du précédent méfait (un triangle équilatéral dont, dixit Cyril, chant et guitare, avec qui Metal Eyes s’est entretenu le 15 décembre dernier, « chaque côté représente un membre du groupe, chacun ayant la même importance que les deux autres. Chacun a son rôle, mais chacun a le même poids dans chacune des décision du groupe » et un fond sombre), ce 6 titres n’était au départ pas prévu aussi vite. « En novembre 2019, on pensait avoir du temps devant nous pour tourner et assurer la promo de Horizon noir. On a mis en place le set, le matos… on avait tout prévu, et là est arrivé le virus. Et ça fout tout en l’air. on se rend compte que les concerts ne vont pas reprendre (…) On s’est dit qu’il fallait qu’on reste actifs pour continuer de faire vivre cet album sur lequel on avait travaillé 2 ans. On a décidé de faire cet Ep, dans la continuité de l’album, comme une extension de l’album.Faire quelque chose pour continuer d’être présents« . Le titre lui même, Vision obscure, se veut dans la continuité de l’album, mais il a aussi été inspiré par la crise sanitaire. « Horizon noir, à l’époque, reflétait le futur qu’on envisageait, mais on était loin d’imaginer la situation à venir. Avec le confinement et tous les problèmes sanitaires, ce n’est plus l’horizon qui est noir, c’est le présent! » Musicalement, Stubora reste fidèle à lui même: du heavy mélodique mixé au rock et au thrash, deux chanteurs – Cyril et Mick – aux styles différents et complémentaires. Les 5 titres – plus une reprise – transpirent de cette « envie et de l’énergie » dont Cyril fait part, même s’il « n’y avait rien de prévu ou de déterminé avec cet Ep. »Pour autant, Stubora, bien que trio, n’a pas eu l’opportunité de se réunir pour l’enregistrement: « On habite à 2 ou 300 km les uns des autres, on a commencé à travailler à distance. On avait commencé pendant le confinement et, heureusement, les réseaux sociaux nous aident à vraiment travailler à distance! » Chacun a pu enregistrer dans son home-studio, ce qui a permis de développer de nouveaux modes de travail. « Quand ils ont commencé à annoncer la 2ème vague (…), on a mis en place tout un processus de production (…) On se retrouve vraiment bien dans ce qu’on voulait faire, et le seul challenge, ça a été de condenser tout ça en 4 mois« , le temps que s’est assigné Stubora pour réaliser cet Ep. Le trio a également décidé de reprendre Cerveau limité, un de ses propres titres qui figurait sur l’album précédent. Pourquoi ce choix? « On ne voulait pas d’un Ep avec un ou deux titres… Pendant le confinement, Mick avait repris Soleil noir en acoustique, et on s’est dit qu’on pouvait en effet faire une ou deux reprises. Mais de manière différentes. J’ai proposé de faire un remix de Cerveau limité, qui est un des titres forts de l’album, et de lui donner une autre couleur, laisser plus de place à des choses qui attirent peut être un peu moins l’oreille« . Mais il y a également des nouveautés qui marquent une évolution: « Atta, 451,  qui a un texte historique, ce qu’on n’avait jamais fait, un remix, nouveau aussi. » Tout en restant dans son univers, Stubora a en effet réussi à avancer et se réinventer quelque peu. Difficile cependant de ne retenir qu’un titre pour expliquer ce qu’est Stubora aujourd’hui… « Tu ne peux pas résumer Stubora à un seul titre, il en faut au minimum 2. Le coté un peu plus thrash de Atta 451 et celui un peu plus rock, heavy qu’il ya sur Vision« . A bien y réfléchir, c’est logique, chacun des chanteurs ayant un style différent, il faut bien que chacun soit représenté. Concluons donc avec la traditionnelle question: quelle serait la devise du groupe? « Ah! Ce serait « Ne lâche rien », parce que le groupe existe depuis 1996, a sorti son premeir album en 1998. En 2020, on est toujours là. On n’est pas un groupe international, mais on ne lâche rien et on est toujours là. Quand on commence, on ne se rend pas compte de tout ce qu’il faut faire, de tous les efforts pour rester. La passion qui nous tient, donc il faut se donner, et s’adapter – on le voit bien en ce moment! On a toujours le même état d’esprit depuis l’album Résurrection,en 2015« 

SINS OF SHADOWS: The master’s way

Power metal, France (Autoproduction, 2020)

Une pochette attirante, que n’aurait certainement pas renié le Grateful Dead. Un nom de groupe si petit – Sins Of Shadows dont le nom est emprunté à un titre des Américains de Symphony X – que je l’ai confondu avec le titre de l’album – The master’s ways. Et puis ces premiers riffs comme pompés sur un classique de Megadeth. Ok pourquoi pas, tant qu’il ne s’agit que d’introduire son propos en interpellant l’auditeur. Seulement… Oui, déjà, « seulement »: dès le morceau titre qui ouvre l’album, le son est d’un autre âge… Comment, aujourd’hui, sauf si c’est volontaire, une formation peut-elle proposer un CD qui sonne comme une démo des 80’s enregistrée sur un 4 pistes dans un garage? Forcément, l’équilibre sonore n’y est pas (est-ce un hasard si l’acronyme est SOS?).  Et je me dis que l’écoute va être compliquée… Pourtant, maintenant que le négatif est cité, musicalement, il y a de l’envie et de la matière, même si Sins Of Shadows ne réinvente pas la machine à courber les bananes. Les rythmiques enlevées – double es-tu là? – le chant féminin clair et les guitares rageuses laissent entrevoir des compositions qui puisent autant dans le power que dans le metal symphonique. SOS Les ambiances peuvent être aussi sombres (Not in my world) que rythmées (A man in the crowd) ou speedées (Today’s the day et ses riffs à la Maiden – peut-être un peu trop, même…). L’instrumental The mountain montre un visage plus progressif du combo, confirmant au passage la variété de ses sources d’inspirations. Si musicalement Sins Of Shadows est très moderne et actuel, il sera difficile de passer outre l’écueil de la production. Une erreur à ne pas commettre à l’avenir en confiant cette tâche à quelqu’un dont c’est le travail. C’est d’autant plus dommage qu’il y a de la matière.