ROBERT JON & THE WRECK: Last light on the highway

Rock sudiste, USA (autoproduction, 2020)

Le rock sudiste a cette force de savoir être un genre transgénérationnel. Pour peu que l’on aime le rock, le blues, la soul, alors il est aisé de se laisser emporter par des riffs simples et vraies. Robert Jon & The Wreck (RJTW) viennent encore nous le prouver avec Last light on the highway, leur Xème album. Voici encore une formation obscure connue des seuls initiés et qui mérite vraiment de trouver un plus large public… Mais ces mecs en veulent! Ce nouvel album sort un an à peine après leur dernier effort, Take me higher. Les 11 titres évoquent toute l’histoire du Southern rock surprennent par instants en évoquant Phil Collins ou John Cougar Mellencamp. Tant dans le chant que musicalement, d’ailleurs, le groupe puisant dans le royaume du bon gout populaire, entraînant, rythmé et joyeux. Avec ses inspiration soul, rock et pop, ses guitares qui craquent ici et se font légères, ses chœurs chaleureux, ses claviers discrets et sa rythmique directe et efficaces, RJTW va plus loin que le simple rock sudiste et s’adresse à un large public avec l’envie de le faire bouger. Impossible de rester de marbre… Un album sans autre prétention que de se faire et de faire plaisir, Last light on the highway s’écoute au volant sur une longue route et aide à faire défiler les paysage. Un disque pour s’évader.

ALCATRAZZ: Born innocent

USA, Hard rock (Silver Lining, 2020)

Lorsqu’on évoque Alcatrazz, on pense soit à la prison d’où « on ne s’évade pas », une île à quelques encablures de San Francisco – mais suffisamment éloignée des terres et cernée de courants forts et contraires pour décourager les meilleurs nageurs – une prison désormais devenue lieu de visites touristiques, soit au groupe fondé au début des années 1980 par Graham Bonnet, chanteur passé au sein du Rainbow de Richie Blackmore ou du MSG de Michael Schenker. La première mouture du groupe avait accueilli un jeune Yngwie Malmsteen, prodige de la guitare devenu référence de nombreux six cordistes, amateurs ou professionnels. Mais avec un line-up instable, et malgré 3 albums de qualité, jamais Alcatrazz ne réussit à franchir le cap des challengers. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, Graham Bonnet reprend son micro et s’entoure d’une équipe efficace avec laquelle il propose, 34 ans après le dernier album studio, Born innocent, un album qui fleure bon le bon vieux temps. Celui où les manches de guitares déversaient un flot de notes et de mélodies, où le chant signifiait quelque chose, où l’efficacité et l’attitude primaient sur le reste. Les 13 titres de ce nouvel album renouent avec ce passé lointain mais pourtant si familier et proche. C’est sans doute la seule faiblesse de ce disque varié, à la production irréprochable: être trop nostalgique, proposer une musique quelque peu datée. Mais la voix de Bonnet est bluffante, tout comme le jeu de Joe Stump, un guitariste à suivre de près. La mélodie omni présente et le refrain qui fait mouche parviennent aisément à faire de cet album « sans prétention » un moment de plaisir simple et intense. Ne vous attendez pas à une révolution, Born innocent entre simplement dans la catégorie des albums rafraichissants. A l’image du sourire que Bonnet affiche dans le livret intérieur.

QUAMELTO: Sors

France, Rock (Autoproduction, 2020)

« Qu’on aime ou pas, Qamelto est là… » Ainsi se conclue, sous forme de gentille provocation, la bio envoyée par le groupe avec Sors, son premier Ep 6 titres. J’aurai aussi pu commencer par le début de cette même bio: « Quand tu ne trouves pas ce que tu cherches, crées-le ». Ainsi donc, Qamelto, groupe formé à Clermont Ferrant en 2019, ne trouves pas de satisfaction dans la scène musicale actuelle? Et souhaite la réinventer? Vaste programme et belle ambition. Alors tentons le coup en 6 titres. Cogne – tout un programme – démarre avec des guitares rapides, une rythmique plombée et entraînante et une invitation extraite de Raging Bull (ou Rocky?). La basse hypnotique donne le rythme de ce combat de boxe. Puissant, proche du metal par instant, cette intro donne envie d’aller plus loin. Juste fais-le se fait puissant et plus mélodique avant de dévier vers quelque chose de plus aérien avec une basse qui évoque par instants Survivor. Un intermède propose un ordre en anglais qui reprend le principe du groupe (« ne laisse pas des rêves n’être que des rêves (…) juste fais-le! »). Cette répétition de « Just do it » , bien qu’à des années lumières, rappelle le procès intenté à Judas Priest et les soit-disant messages subliminaux ayant mené, à la fin des 80’s aux USA, 2 jeunes au suicide… Le voyage est beaucoup plus léger, accompagné d’une guitare acoustique sur un rythme joyeux. Peace. Avec F.T.G! l’énergie reprend du service. Je ne sais pas après qui ils en ont, mais le mec ferait mieux de ne pas la ramener… Et puis, gueuler un bon coup « ferme ta gueule », ça défoule. Le morceau titre, le plus long (6’31) est une poésie pour voix et guitare acoustique qui monte en puissance sans jamais trop s’éloigner de la ballade/power ballad romantique.  Ce premier essai se clôt sur Enchorus, une rapide outro au piano qui évoque tout autant Chopin que la campagne ou l’univers du cinéma. Alors, sans réinventer le rock, Qamelto parvient à séduire, attirer et donne envie d’en écouter plus. A suivre.

GREY DAZE: Amends

USA, Rock (Loma vista, 2020)

Grey Daze, le premier groupe de Chester Bennington, qui sort un album alors que le chanteur s’est donné la mort en 2018? Certains pourront bien crier au scandale ou à l’opportunisme mais non… Ils ne seraient pas les premiers à proposer un album post mortem qui soit un hommage plus qu’un acte commercial. Souvenez-vous des réactions public en 95, lorsque Queen proposait un Made in heaven qui s’est révélé être bien plus qu’un hommage à Freddie Mercury, son chanteur décédé 4 ans auparavant. Grey Daze, dissous en 1998 alors que Bennington rejoignait un certain Linkin Park s’est reformé en 2017. Le groupe travaillait sur cet album lorsque le chanteur s’est donné la mort. L’idée était d’enregistrer de nouvelles versions de titres extraits des deux premiers albums de Grey Daze, formation grunge/post grunge. Tout a donc été réenregistré sauf… le chant. Le groupe a donc utilisé la voix enregistré deux décennies auparavant pour compléter son travail et le résultat est simplement bluffant tout au long de ce Amends qui transpire la mélancolie, la puissance et la passion. Sans réinventer les genre, Christin Davis (guitare) revisite ses mélodies, les épurant parfois, les renforçant à d’autres, suivi dans sa tâche par Mace Beyers et Sean Dowell (basse et batterie) qui insufflent à la fois légèreté et hargne. Et cette voix, presque juvénile, fragile, écorchée, sensible et vibrante… Difficile de croire qu’elle date de déjà 20 ans. Je ne comparerais pas ces versions aux originales que je ne connais pas, les fans sauront faire la différence. Profitons simplement alors de ces 11 morceaux directs, sans fioritures ni discours de trop (un seul dépasse les 4′) pour découvrir ou redécouvrir cette sensibilité d’une formation frappée en plein travail. Amends est un très bel hommage rendu ici à un homme qui n’a pas su confier sa souffrance…

DESPITE THE END: Butterfly effect

France, Metal (Ep autoproduit, 2020)

Les influences orientales, voire égyptiennes, que l’on trouve sur Despite the begining cachent à peine la réalité qui va suivre. Butterfly effect, le premier Ep des Français de Despite The End, est un disque mature de bout en bout. Le groupe récemment formé s’est attelé à la tâche de manière acharné, comme nous l’explique son guitariste Ludovic dans l’interview récemment accordée à Metal Eyes. Quand on pense qu’aucun des musicien ne se connaissait il y a quelques mois à peine, le résultat est bluffant. Lire la suite

THERAPHOSA: Transcendance

France, Metal (Autoproduction, 2020)

Après un Ep remarquable, le trio francilien Theraphosa revient avec un album complet. Transcendence, produit par l’incontournable Francis Caste, un gage de qualité, démarre avec Stigmata of the purest pain, un titre lent doom, au chant torturé qui alterne entre gouffre profond et sombre et clarté sérieuse. La suite explore divers univers, parfois rock, à d’autres moments proches du prog. Lire la suite

TOYBLOÏD: Modern love

France, Rock (Toybloid/KMS, 2020)

Ils sont trois. Trois à se répartir les rôles au sein de Toybloïd, deux filles et un gars. Si toutes deux chantent, Lou tient également la guitare tandis que Madeleine se charge de la basse. Après le départ de Pierre, leur premier batteur, les filles recrutent Grégoire. Initialement prévue le 24 avril, la sortie de Modern love, leur nouvel album, se fait finalement le 26 juin 2020. Inutile de vous en expliquer les raisons, n’est-ce pas? Lire la suite

NEW FAVORITE

France, Hardcore (Ep – Autoproduction, 2020)

La rage que dégage ce trio! Composé d’Alex Diaz (The Prestige, chant et guitare), Aurélien Bignon (chant et batterie) et Pierre Thureau (chant et basse), New Favorite déboule avec un premier Ep furieux de 5 titres chaotiques à souhaits! Les amoureux de guitares saturée, de rage et d’énergie vont être servis! En à peine plus de 18′, les gaillards parviennent à tout retourner, à foutre un joyeux bordel. Tape worms lance avec fougue la machine. Rugueux, agressif et intense, les guitares saturées au delà du raisonnable, ce premier titre pose le cadre. Et si Holy eyes qui suit est un peu plus lent, il reste tout aussi intense, tandis que Lust friend se fait plus lourd, sombre et légèrement vicieux. (Yeah these ain’t no) love killers refonce dans le tas et le joyeux bordel se conclue avec Neons explosif. Les lignes vocales, qui alternent entre rage et un forme de mélancolie, proposent des refrains entraînants et chantant. Avec cette carte de visite, New Favorite se glisse dans la lignée des Franck Carter et ses Rattlesnakes avec un rock direct, énergique et simple qui dynamite tout sur son passage. A suivre de près!

DUST LOVERS: Fangs

France, Rock (Besta records, 2020)

Les amateurs de heavy français seront sans doute interpellés par le nom du groupe. Oui, Texas Chainsaw Dust Lovers a décidé de rétrécir son nom et devient donc simplement Dust Lovers. Les Nantais, en amputant ainsi leur patronyme, dénaturent-ils aussi leur propos musical? Fangs, leur nouvel album – et premier sous ce nom – apporte la preuve du contraire. Joyeux, rock n roll, varié, l’ensemble des 11 titres continuent de puiser dans cet esprit cinématographique et populaire. Impossible de rester immobile sur Born to lose, de ne pas se laisser interpeller par les deux parties de Higher desire, de ne pas voyager dans le temps avec le groovy Night cruising, de ne pas tomber sous le charme du son coquin et séducteur de l’ensemble. Les êtres de la nuit envahissent les rues avec des sons étonnants, des textures improbables et, par conséquent, surprenantes. Fangs est un disque inventif, qui repousse les limites et se  laisse écouter avec autant de plaisir que de curiosité. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour s’approprier cet ensemble improbable, imaginatif et réussi.

NEEDLE SHARP: Dark lies effects

France, Rock (Ep – M&O music, 2020)

La pochette – une poupée de chiffon destroy, une araignée squelettique qui l’observe – évoque l’univers visuel de Tim Burton, gothique, étrange et sombre. Les premières notes de Feel it, qui introduit Dark lies effects, nouvel Ep de Needle Sharp, avec sa guitare lente et son chant tremblotant, va dans ce même sens. Mais c’est un trompe l’oreille, car les 5 titres de ce disque, paradoxalement, s’ils gardent cet esprit goth sombre, sont souvent joyeux, puisant dans des sonorités orientales et dans un esprit plus lumineux qu’il n’y parait. Les guitares se font trépidantes, le ton enjoué plus qu’à son tour. Needle Sharp parvient ainsi à se distinguer d’une scène souvent répétitive. C’est son originalité et, par conséquent, sa force.