KROKUS: Adios amigos – Live @ Wacken

Hard rock, Suisse (Sony, 2021)

Wacken, 2019, Faster stage. Une des dernières dates de la tournée d’adieux des Suisses de Krokus dont le premier méfait remonte à la fin des années 70. Si le groupe s’est fait remarquer dès 1978, les similitudes avec un certain AC/DC ne lui ont pas toujours été favorables. D’ailleurs, Krokus a continué sa carrière en se concentrant sur les marchés accueillants, comme les USA, se faisant rare en nos contrées. Pourtant, en choisissant d’introduire son concert avec le plus que heavy et speed Head hunter, on se souvient que la formation de Marc Storace et Chris Von Rorh va bien plus loin qu’une simple comparaison avec le gang des frères Young, on imaginerait même volontiers le titre joué par Accept! En cet après midi ensoleillé, les six membres originaux du groupe se donnent à fond une bonne heure durant, alignant ses classiques (Long stick goes boom, American woman, Hoodoo woman…) dans une variété que le public apprécie visiblement. Winning man, Chris Von Rorh l’annonce, est dédié à Lemmy. Les effets sont peu nombreux – étonnamment, pas de pyrotechnie sur Fire, sans doute est-ce dû à un vent défavorable qui pousse les flammes vers les musiciens sur Long stick… Le groupe se suffit à lui même même si les musiciens restent sobres, exception faite de Mandy Meyer, sans doute le plus poseur et enjoué des guitaristes. Le son et l’image sont impeccables – seuls quelques effets vieillissants ont été intégrés ci et là – et l’on pourra simplement regretter qu’avec une aussi riche discographie, Krokus ait fait le choix de deux reprises (le classique parmi les classiques Rockin’ in the free world de Neil Young et le moins connu The great Quinn de Bob Dylan qui vient mettre un terme au concert). Ce live – Adios amigos – Live @ Wacken est proposé en double version CD et DVD – propose un groupe en pleine forme qui prend sa retraite… La puissance de l’ensemble laisse regretter de ne les avoir jamais vus live et fait exploser ce manque de plus en plus important des concerts… Vivement, oui, vivement que la vie d’avant reprenne un cours normal.

WAY OF CHANGES: Reflections

Metalcore, Suisse (Dark tunes, 2018)

Je croyais le metalcore disparu, et pourtant, les Suisses de Way Of Changes arrivent avec leur premier album pour me prouver le contraire! Reflections regroupe 10 titres aussi percutants que séduisant, si l’on ne s’arrête pas aux hurlements du premier titre, Carry on. Car Way Of Changes alterne et varie le chant, parfois virulent, à d’autres moments plus passe partout. Ce qui est cependant remarquable, c’est cette propension à composer des morceaux de pur metal,, du heavy « de tradition » et de moderniser ces compos pour en faire du neuf. Quand on leur demande quel titre est le plus représentatif de leur musique, ils réponde de concert Trapped, qui, en effet, inclus tous les éléments que l’on retrouve sur Trust, Meaningless, A patience’s end… On sourira aussi de ce léger accent dans le chant anglais mais on headbanguera bien plus encore. Reflections est une vraie carte de visite à découvrir au plus vite.

Interview: WAY OF CHANGES

Interview WAY OF CHANGES. Entretien avec Théo (chant, guitare) et Quentin (batterie). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 19 février 2018

Metal-Eyes : Devinez quelle est la première question que je vais vous poser…

Théo : Euh… De te raconter la formation du groupe ! Alors, on s’est formés en 2013, c’est moi qui ai lancé le projet. Je sortais d’un autre groupe plus heavy metal « classique » et j’avais envie de monter un groupe plus metalcore et j’ai diffusé des petites annonces. Elliot, notre autre guitariste, m’a contacté, ensuite, c’est Théo, puis Maxime à la basse et, tout à la fin, un peu plus difficile à trouver, c’était Simon, notre chanteur.

Metal-Eyes : Vous êtes Suisses. Votre ville d’origine c’est ?

Quentin : Lausanne.

Metal-Eyes : Quelles ont été les grandes étapes depuis votre formation ?

Théo : On avait décidé de révéler le groupe directement avec du contenu à partager. Don, on a préparé un Ep, qu’on a lancé avec le single. Ensuite, on a eu la chance d’avoir tout de suite de gros concerts, et une des grosses dates qu’on a faite, c’était le Summer Breakdown, un festival à Genève, où on a joué avec Benighted et Dagoba. Ensuite, la grande date, c’était vendredi dernier, le 16 février, avec la sortie de l’album. Un gros projet qu’on a travaillé depuis deux ans, voire plus.

Metal-Eyes : Alors ça fait quoi de voir son album enfin en bacs ?

Théo : On est soulagés…

Quentin : Oui, c’est un soulagement ! On a passé une année 2017 assez frustrante du fait que l’album était déjà prêt, musicalement, prêt à être pressé, mais on a dû attendre parce qu’on a cherché un label, ce qui a pris pas mal de temps. On a dû attendre 6 mois pour avoir enfin le produit dans les mains et c’est le début de l’aventure. On se réjoui de faire du live…

Metal-Eyes : Quand j’ai reçu l’album, la première chose que je me sois dite c’est que Way Of Changes, votre nom, ça sonne comme un message politique. Quelle en est la vraie signification ?

Théo : C’est une chose qu’on nous fait en effet remarquer… Les gens lisent Voie du changement, mais on n’a pas cette prétention ! Nous, on le voit plus comme la manière de changer des gens, cette façon qu’ont les choses de changer. Cet album, Reflections, parle justement de réflexions sur des modes de vie, des choix individuels et propres à chacun. C’est une réflexion sur le pourquoi les gens changent, pourquoi ils prennent certaines décisions, pourquoi ils vivent d’une certaine manière plutôt que d’une autre… Ca n’a pas la prétention de révolutionner quoi que ce soit..

Quentin : On ne veut pas changer la société actuelle, loin de là !

Metal-Eyes : Cet album mélange les aspects mélodiques d’un heavy moderne et la rugosité d’un chant extrême. Comment définiriez-vous votre musique pour quelqu’un qui va vous découvrir ?

Quentin : On a été, ou on s’est, classifiés nous-mêmes, Metalcore…

Théo : C’est vrai, et on en est bien conscient, que notre chant principal ressemble à du death ou même du black metal, les chants clairs se rapprochent du doom, les mélodies, comme tu disais, se rapproche du heavy, voire du metalcore des années huitante, nonante à là Insane. C’est toujours difficile de définir notre style de musique mais je dirais que c’est un mix entre les rythmes et la brutalité du hardcore et les mélodies presque metal mélodique.

Metal-Eyes : Justement, qu’est-ce qui vous a orientés vers le metalcore plus qu’autre chose ? Il y a quand même une belle variété musicale dans ce disque.

Quentin : Je pense que ça fait partie de nos influences, en tout cas, ce qu’on écoutait au début du groupe. On écoutait tous un peu la même chose, du Parkway Drive, August Burns Red… et on aimait bien ces riffs breakdown, qui bougent et aussi un peu catchy. On était aussi friands de cetet partie clean et mélodique, qu’il y avait peu dans l’Ep. Les gens ont bien aimé, nous aussi donc on en a mis un peu plus.

Metal-Eyes : C’est aussi une évolution, un mode de changement. Je voudrais qu’on parle un peu de la pochette : en dehors de la symétrie du losange, quel est le rapport entre le titre, Reflection, et ces plumes qui rappellent une revue du Moulin Rouge ?

Théo : Déjà, sur notre Ep, tous les artworks sont dessinés par Simon, notre chanteur. Il y avait déjà ces fioritures, ces espèces de feuilles ou plumes. On en avait aussi sur notre merch, donc on a gardé cette ligne directrice en jouant avec une réflexion, ce côté symétrique. Pour l’album, on voulait quelque chose de sombre et sobre, et mettre en avant ce losange qui est dans le logo du groupe. Comme c’est notre première production à sortir de Suisse, on voulait le mettre en avant. Cest beaucoup moins chargé que l’Ep, qui était pleins de détails en rapport avec les titres. Là, on voulait quelque chose qui soit plus aéré, passe partout.

Metal-Eyes : Je ne connais pas très bien la scène suisse, en dehors des groupes de ma génération comme Krokus, Gotthard ou Celtic Frost. Vous vous situez où, sur cette scène ? Comment est la scène metal en Suisse ?

Théo : Selon nous,e lle est un peu clivée entre la Suisse romande et la Suisse Allémanique, comme pour tout, tout est très séparé en Suisse !

Quentin : Selon les votations, la majorité sont des Suisses allemands, la minorité des Suisses romands.

Théo : C’est très différent… Au niveau de la scène, en Suisse romande, on la connait très bien, elle est très soudée, tout le monde se soutient, s’engraide, quelle que soit la populartité des groupes. D’ailleurs, nous, on a été très bien accueillis quand on est arrivés alors qu’on débutait vraiment. Par contre, c’est une communauté assez petite, on reconnait vite les gens quand on va à un concert, on les a déjà vus ! Côté Suisse allémanique, ça a l’air d’être un peu plus « ouvert » c’est-à-dire que les gens vont à des concerts sans forcément connaitre les groupes. Ca à l’air d’un peu mieux fonctionner…

Quentin : Il y a une partie qui est liée à la taille des scènes, nous, en Suisse romande il y a des grosses salles pour des grands groupes, ou des petits bars avec des mini scènes… Pour les groupes de taille moyenne comme nous, on a du mal à y jouer. Les grandes salles sont trop grandes, les petites sont trop petite… En Suisse allémanique, il y a beaucoup plus de salles de taille moyenne et je pense qu’ils ont beaucoup plus de facilité à organiser des concerts pour des groupes qui sont sur le point de passer semi pro…

Metal-Eyes : Vous parlez de scène tous les deux, un album, pour un groupe de rock, ça se défend sur scène. Quels sont vos projets à venir ?

Quentin : On a une tournée suisse qui a commencé au mois de février, qui s’appelle Out of control tour, et tourne avec deux autres groupes suisses allemands. On se déplace de ville en ville les week ends, jusqu’à avril. A chaque ville, un groupe local est invité.

Metal-Eyes : Et vous assurez la tête d’affiche ?

Théo : En fait, on est co-headliners : quand on joue du côté romand, c’est nous, du côté alémanique, c’est eux.

Quentin : Ensuite, on aura une tournée européenne en support d’un groupe un peu plus important, mais on y travaille encore. On a eu quelques propositions qu’on a malheureusement dû refuser à cause de nos plannings. C’est un peu difficile de se libérer tous en même temps vu qu’on travaille à côté, mais on devrait pouvoir annoncer des choses d’ici cet automne et explorer les pays frontaliers, limitrophes de la Suisse.

Metal-Eyes : Si vous ne deviez retenir qu’un seul titre de Reflection pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Way of changes, ce serait laquelle ?

Théo : Peut-être Trapped

Quentin : C’est celui auquel je pensais…

Théo : Parce que il y a tout ce qu’on fait dedans. Il y a des parties guitares plus travaillées, qui parfois prennent plus de place que le chant, c’est-à-dire que les guitares mènent par moment le jeu, d’autres moments, c’est le chant domine complètement, des passages clean, un breakdown à la fin… Je pense que c’est un morceau qui nous représente assez bien

Quentin : Pareil, et pour les mêmes raisons.

Metal-Eyes : Si vous deviez choisir une devise pour le groupe, ce serait quoi ?

Quentin : Je pense que les trois choses qui ressortent souvent et qui nous correspondent le mieux, c’est « honnêtes, énergiques et bonne humeur ». Sur scène, on nous dit beaucoup « punaise, vous faites du metal et sur scène vous souriez tout le temps ! » En fait c’est parce qu’on s’éclate et on a envie de partager cette bonne humeur avec le public. C’est vraiment ce qui est important lors des concerts c’est que ce soit énergique et que ce soit la fêtes !

Théo : Voilà, que tout le monde passe un bon moment !

Metal-Eyes : Vous avez tous les deux passé la journée en promo, quelle a été la meilleure question, la plus étonnante, la plus surprenante, qu’on vous a posée aujourd’hui ?

Théo : Ah, c’est pas mal ça comme question… Par rapport au groupe, on nous a demandé si le groupe était démocratique… J’ai trouvé que c’était assez marrant comme formulation

Metal-Eyes : Surtout pour un groupe venant d’un pays dictatorial comme la Suisse…

Théo : On a répondu que oui, mais on n’en a pas besoin : on est sur la même longueur d’ondes, tu as pu le voir avec les deux dernières questions : il y en a un qui répond, l’autre est d’accord (rires) !

Metal-Eyes : Ca pourrait aussi se rapprocher d’une dictature…

Quentin : C’est vrai (rires). Tu ne le sais pas, mais après, on se tape ! Non, on est généralement tous du même avis, et c’était la volonté de ce groupe. On est un groupe d’amis, de potes, on s’amuse et ça va avec l’ensemble.

Théo : Quand j’ai créé ce groupe, je voulais vraiment que tout le monde tire la corde en même temps, pas qu’il y en ait un qui tire les autres vers le haut en disant « oin fait comme ci ou comme ça, et poas autrement ». Tout le monde a son mot à dire, tout le monde participe, même ce qui est dans les aspects extérieurs, comme l’organisation des concerts, comment on se déplace, comment on s’organise pour le matériel, pour les répètes. Chacun a sa tâche, sa spécialité et je pense que de cette manière on a aussi plus le contrôle.

Metal-Eyes : Donc c’est une histoire de couple à cinq.

Théo : Exactement

Quentin : Ménage à 5.

Metal-Eyes : « Ménage à 5 »… Ca fait beaucoup quand même ! Merci en tout cas de m’avoir reçu et bonne chance avec cet album.

Théo : Merci beaucoup !

Quentin : Merci !

 

GOTTHARD: Silver

GOTTHARD_Silver 2017Hard rock, Suisse (G records, 2017)

Comme nous l’explique Leo Leoni, guitariste fondateur du plus célèbre groupe suisse, dans l’interview qu’il nous a accordée, Silver était déjà prêt et enregistré lorsque le groupe s’est rendu compte que 2017 verrait Gotthard célébrer son 25 anniversaire. Bien, un quart de siècle, effectivement, ça se fête. Bien sûr, c’est un défi, mais il en existe un autre: Silver est le second troisième album de Gotthard. Le troisième avec Nic Mader au chant. Un étape cruciale donc pour confirmer la position du chanteur et son acceptation définitive par le public. Gotthard connait la chanson et met tout son savoir faire au seins des 15 titres de Silver (13 et 2 bonus, en réalité). Le tunnel pourrait être franchi dès le triptyque d’ouverture qui englobe au mieux l’esprit du quintette: des riffs et des mélodies imparables, des refrains immédiatement mémorisables, une énergie et une bonne humeur contagieuses… Du blues, du rock, des tripes. Essayez donc de ne pas fredonner les refrains de Silver river ou Electrified! Bien sûr, Gotthard c’est aussi son lot de ballades et de clins d’œil. Ainsi, Beautiful a des airs de Spectacular (The Answer)  ou Miss me semble inspiré par la guitare de Van Halen sur le Beat it de Michael Jackson ou par Bon Jovi (également évoqué sur Only love is real)… Gotthard célèbre ses noces d’argent avec tout le faste qu’exige un tel événement, en grandes pompes avec ses lumières et… quelques recettes qu’on aurait pu éviter. Reste que Silver fait partie de ces albums à écouter sans modération, un alliage savant, lourd et brillant!

Note: 8/10

Sortie le 13 janvier 2017

Interview: GOTTHARD

Entretien avec Leo Leoni (guitare). Propos recueillis à Paris le 15 décembre 2016

 

Leo Leoni est Suisse. Le pays aux trois langues officielles dont les citoyens sont naturellement (mais pas systématiquement) portés à être polyglottes, ce qui peut rendre un entretien quelque peu intéressant, le sympathique guitariste mélangeant parfois les langues, cherchant ses mots en anglais pour mieux répondre en français. Et pour la dernière entrevue de l’année, Metal-Eyes a été gâté tant le gaillard est simple et sympathique malgré 25 ans de carrière.

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Metal-Eyes : Leo, tu es à Paris pour la promotion de Silver, le nouvel album de Gotthard qui sort le 13 janvier prochain. Tout d’abord, Silver est un album qui célèbre les 25 ans de Gotthard…

Leo Leoni : Accidentellement! (rires)

Metal-Eyes : Pourquoi “accidentellement”?

Leo Leoni : Parce qu’on était en train de travailler sur l’album et on a pensé “ouh! Il va sortir l’année prochaine », on a commencé à calculer, et ça fait 25 ans… C’est un accident, mais c’est arrivé !

Metal-Eyes : C’est ce qui a induit le nom de Silver ?

Leo Leoni : A la fin, oui. Quand on a réalisé que ça fera 25 ans qu’on a commencé, on a pensé aux noces d’argent…

Metal-Eyes : Quand vous vous en êtes rendus compte, comment vous êtes-vous mis à travailler pour cet album pour fêter dignement ce 25ème anniversaire ?

Leo Leoni : En fait, quand on a réalisé ça, l’album était déjà fini, on terminait le mixage. Donc il n’y avait pas beaucoup à faire. La seule chose qu’il y avait encore à travailler, c’était la pochette de l’album.

Metal-Eyes : Il s’agit du 12ème album studio de Gotthard, et, aussi, du 3ème album avec Nic Mader, qui a remplacé Steve Lee, malheureusement et accidentellement décédé aux Etats Unis en 2010. Comment décrirais-tu l’évolution de Gotthard depuis l’arrivée de Nic, et surtout depuis Bang !, votre précédent album ?

Leo Leoni : L’évolution, c’est clair : le premier album qu’on a fait avec Nic, c’était juste après le décès de Steve. Nous on est là et il y a ce mec qui arrive. Malheureusement, dans cette situation, heureusement pour sa situation. Mais c’était quelque chose d’inconnu, si tu vois ce que je veux dire, lui avec nous et nous avec lui… Forcément, c’était nous qui voulions donner le La, comme ont dit. Avec Bang !, on se connaissait plus qu’avant, on avait fait une année de tournée, tu sais ce qui va marcher ou pas, ce qui est bien ou mois bien, on peut faire quelque chose en plus. Maintenant, après Bang !, c’est clair : ça fait 4 ans qu’on est ensemble, on a travaillé sur le nouvel album et il y a plus d’expérience, on se connait mieux. Je pense qu’avec cet album, on peut dire que Nic est là. Ce qui est passé est passé, on ne l’oubliera jamais, mais comme je dis, Firebirth était back to the roots, avec Bang !, on a commencé à adapter un peu pour Nic, et maintenant, on s’est trouvés, si tu veux.

Metal-Eyes : J’imagine que son implication est aujourd’hui plus importante dans le travail du groupe. En quoi a-t-elle permis au son de Gotthard d’évoluer ?

Leo Leoni : Pas plus…Elle était déjà importante… Bon, la première chose c’est qu’il est le plus jeune et c’est clair qu’il écoute sans doute d’autres musiques que celles avec lesquelles on a grandi. Je pense que Nic a une touche un peu plus jeune – je ne dis pas que nous, on est vieux (rires) – et il y a des mélodies qu’on aurait jamais touchées. Ce qui est intéressant, c’est même s’il apporte des mélodies – quand on commence à travailler sur un album, chacun apporte ses idées. Les idées de Nic étaient peut-être un peu différentes, mais quand on travaille dessus, ça sonne comme Gotthard. C’est ce qui est intéressant. Et peut-être que quelqu’un d’autre, lui, moi, les autres, est arrivé avec des idées qui n’étaient pas vraiment ce qu’il fallait pour l’album. Il vient avec quelque chose qui n’est pas vraiment lié à… notre back catalogue… Il est le moins Gotthard, mais c’est comme ça.

Metal-Eyes : Mais il arrive avec sa jeunesse, ses idées…

Leo Leoni : Carrément, et il arrive à être comme Gotthard, finalement. Nous aussi, on s’est peut-être ouverts un peu plus.

Metal-Eyes : Est-ce que ça vous a permis de changer votre façon de travailler ?

Leo Leoni : La façon de travailler n’a pas vraiment changée parce que tout le monde vient avec ses idées. Une partie de l’audition qu’on a faite… on voulait vraiment que ce soit comme ça, on ne cherchait pas seulement un interprète, on cherchait aussi un compositeur, qui puisse composer de la même façon que nous. Il est arrivé et il travaillait comme on a travaillé. On a commencé à travailler sur deux ou trois morceaux, pendant les auditions, qui se sont retrouvés sur Firebirth. Maintenant, c’est la même chose, ça n’a pas vraiment changé.

Metal-Eyes : Vous avez choisi comme premier single la power ballad Stay with me. Pourquoi ce choix en particulier?

Leo Leoni : Ben… Le choix, c’est qu’on voulait un morceau qui nous représente. Il y avait plusieurs sigles potentiels sur cet album. Ce morceau… La Suisse est un pays démocratique, donc Gotthard est aussi démocratique ! On s’est dit voilà les morceau, et chacun donne son avis. Moi, comme producteur, j’ai dit ce que je pensais, et, pour moi, Stay  with me représente le mieux ce qu’est Gotthard maintenant, et l’album Silver. Il y a des ballades, des soft ballads, et il y a aussi le blues, uhne super performance de Nic à la voix, des guitares, une guitare sèche, une guitare solo…. C’est Gotthard aujorud’hui. Sur l’album, il y a tout, des ballades, du rock, des chansons sans solo, aussi… Et là, on a voté et on s’est tous dit que c’est celle-là. Il y a des morceaux on était trois ou quatre, d’autres, deux, mais celle là a fait l’unanimité. La maison de disque n’a pas discuté. Le groupe a dit c’est ça, ils ont suivi.

Metal-Eyes : Tu parles de la variété des styles qu’on peut trouver. Comment, justement décrirais-tu cet album pour…

Leo Leoni : Gotthard ! (rires)

Metal-Eyes : Oui, bien sûr, mais il est un peu moins « hard rock » que ce à quoi on a été habitués…

Leo Leoni : Oh, je ne pense pas… Si tu regardes les 25 ans de carrière de Gotthard tu vois qu’il y a du rock, du heavy, carrément du pop, soft… Je pense qu’il est moins soft que d’autres disques. J’ose même dire que je pense que c’est notre deuxième troisième album. Parce que Nic est là, mais tu paux aussi placer ce disque dans la première partie du groupe, avant Defrosted, avant l’album acoustique. Je pense que c’est du 100% Gotthard en 2017.

Metal-Eyes : Old school 2017, donc.

Leo Leoni : Oui, Back to the roots !

Metal-Eyes : Y a-t-il sur Silver des choses que vous n’aviez jamais tenté avant ?

Leo Leoni : Non, je ne pense pas… Je ne pense pas qu’on n’a pas osé, on a continué de faire ce qu’on voulait. C’est clair que tu changes, tu évolues… Tu ne veux pas répéter ce que tu as déjà fait. Si tu te répètes, ce n’est pas juste, tu dois évoluer… J’ai utilisé la même Les Paul que celle que j’utilisais il y a quelques années, mais ça n’est pas osé… Peut-être mettre des mélodies avec des guitares plus puissantes…

Metal-Eyes : Quleque chose que vous n’aviez jamais fait avant ? Les violons, ce n’est pas nouveau…

Leo Leoni : Oui, il y en avait, il y a eu de l’accordéon… L’année passée, on a fait des shows avec un orchestre aussi… Il n’y a rien de nouveau, non.

Metal-Eyes : Si tu ne devais reten ir qu’un seul titre de Silver pour définir ce qu’est Gotthard aujourd’hui, ce serait lequel ?

Leo Leoni : (sans hésiter) Stay with me. Parce qu’il y a tout dedans, comme je le disait. Il y a ud blues, du soft, des mélodies, des guitares… Il y a une combinaison de tout !

Metal-Eyes : On connait ta passion pour Queen. Que penses-tu du fait, aujourd’hui, de retrouver Queen avec différents chanteurs ? Queen and Paul Rodgers, Queen and…Freddie Mercury est irremplaçable, pourtant ils continuent d’utiliser le nom de Queen…

Leo Leoni : Freddie Mercury est irremplaçable, comme Steve est irremplaçable, ou Bon Scott ou tous ceux qui ont disparu. Je pense que c’est bien qu’ils continuent. Ils ont fait un choix… Le premier choix, c’était Paul Rodgers après le tribute à Freddie Mercury. Tout le monde pensait que c’était George Michael, le chanteur après Mercury, et il y a eu Paul Rodgers et les gens se sont demandé « c’est quoi, ça ? », et maintenant, il y a ce chanteur et tu te souviens exactement de George Michael quand il a fait le tribute ! La dernière version, c’est la même chose… Le mec, il eszt habillé exactement comme George Michael ! La seule différence, c’est Brian May qui a maintenant des cheveux blancs… Mais je trouve que le sens de Queen est encore là, et que ce chanteur fait quelque chose de fantastique, avec un grand respect, comme Paul Rodgers, d’ailleurs. J’aime plus cette version que la précédente, mais je trouve aussi qu’il ne faut pas sous estimer ce Brian May fait, ce qu’il a toujours apporté à ce groupe. Tu le sens, et c’est incroyable. Et puis… respect, ce qu’ils ont fait est incroyable. Je trouve que ce serait bien s’ils sortaient quelque chose avec de nouvelles chansons, mais… Il y a quelque chose qui manque, peut-être qu’ils sont en train d’y travailler, on ne sait pas…

Metal-Eyes : Tu rencontres beaucoup de journalistes et de fans dans ton métier. Est-ce que, lorsque tu rencontres quelqu’un, tu as parfois l’impression de savoir ce dont la personne va vouloir parler avec toi, en dehors de la promo, bien sûr ?

Leo Leoni : (Il réfléchit) Parfois… Non, tu ne peux pas. En fait, tu commences à discuter avec quelqu’un et tu le sens que quelque chose va arriver. Mais pas comme ça.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui te fait ressentir ça?

Leo Leoni : Pzzt… Je ne sais pas, tu sens que ça arrive, là où la discussion va s’orienter. Quelqu’un qui va te demander un autographe, oui, tu le sens, on commence à parler de Gotthard… Quelqu’un qui est habillé avec une veste Harley Davidson, c’est clair qu’on va peut être plus parler de moto que de musique ! Mais autrement, non.

Metal-Eyes : Aujourd’hui, nous sommes à Paris, ville dans laquelle tu viens régulièrement. Y a-t-il un endroit à Paris que tu conseillerais à un ami qui y viendrait pour la première fois ?

Leo Leoni : un seul endroit, c’est difficile, parce que Paris, il y a tant de choses à voir, c’est fantastique. J’adore ! Montmartre, la petite île, là…

Metal-Eyes : L’Ile de la Cité ?

Leo Leoni : oui, j’adore, c’est fantastique. Il y a beaucoup d’endroits à visiter, les Champs Elysées…

Metal-Eyes : il y a un endroit où tu aimes particulièrement te rendre, aller dîner à Parais ?

Leo Leoni : Pas vraiment… Je trouve que c’est tellement particulier que tu rentres dans un bistrot, tu dis que tu voudrais un tartare, et un verre de vin… Tu sais exactement ce que tu vas recevoir. Je pense que c’est la meilleure pub que Paris peut recevoir. Montmartre, j’aime beaucoup, les artistes, cette ambiance. Je pense que c’est à voir, oui.

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets qui ne sont habituellement pas abordés avec des journalistes et dont tu voudrais pouvoir un jour parler ?

Leo Leoni : Une des choses dont je suis en train de parler en ce moment avec les journalistes, c’est important pour les artistes, pour la musique mais pas seulement, pour la littérature, aussi, c’est de redonner une valeur à la musique, à l’art. Aujourd’hui, tout le monde télécharge, et c’est ok pour eux, mais c’est rendre le futur pauvre. C’est une choses qui faut que les journaliste et les médias peuvent faire : réapprendre à la nouvelle génération qu’il y a une valeur dans cet art. Si tu penses aux grands musiciens comme Mozart, Beethoven… Ils étaient payés par les rois. Si eux le faisaient déjà, c’était parce qu’ils investissaient dans quelque chose d’important, l’art, la musique. Aujourd’hui, c’est un peu oublié parce que « c’est normal » d’écouter, de charger de la musique gratuitement, un livre, ou des photos… Le travail des autres…

Metal-Eyes : Tu penses qu’on peut faire comment ?

Leo Leoni : Ah… Eduquer. C’est l’éducation. Je ne dis pas à l’école, mais dans les medias. Il faut parler de ça, de la valeur de ce qu’est l’art. Il fallait commencer… hier…

Metal-Eyes : Mais on peut continuer demain.

Leo Leoni : Oui, on doit commencer à un moment

Metal-Eyes : Ceci dit, tous vos albums ont été certifiés or ou platine, les derniers sont entrés directement numéro 1 en Suisse. Ça veut dire que le produit a encore une certaine valeur, quand même…

Leo Leoni : oui, oui, mais je pense en général. Dans le monde entier, il y a beaucoup de musique, et c’est la façon dont la musique est donnée au monde qui n’est pas correcte. « If you want to eat a piece of bread, you have to buy a piece of bread or do it yourself”. C’est la meme chose: si tu veux écouter de la musique, tu dois comprendre que quelqu’un l’a écrite, l’a jouée, s’est investit dedans. Il faut donner une valeur à l’art.

Metal-Eyes : Lors de ton interview précédente, je t’ai entendu parler du Hellfest ; Quels sont vos projets de tournée ? Les festivals, c’est peut-être encore un peu loin…

Leo Leoni : On a notre tournée prévue en Europe, et ce qu’on va faire, c’est la tournée d’argent. On espérait pouvoir jouer au Hellfest cette année, mais les têtes d’affiches étaient déjà bouclées… On fera les festivals en 2018, je pense. On voudrait pouvoir jouer en France, mais c’est difficile : on ne veut pas jouer dans les petites salles, il faut trouver un promoteur prêt à investir, c’est difficile. Ils vont regarder la dernière tournée, il y avait du monde, mais… Il faut trouver une situation juste pour tout le monde : pour les fans qui ont droit à un show, pas seulement quelque chose dans une petite boite où tu ne peux même pas accorder ta guitare… On veut aussi donner quelque chose aux gens qui viennent. Je pense qu’on va beaucoup tourner avec ce Silver tour, en festivals où le programme va changer.

 

Merci à Olivier Garnier pour l’organisation de cette rencontre.