DRUIDS OF THE GUE CHARETTE: Talking to the moon

Doom/Stoner, France (Beast records, 2020)

Attention, ami! Si tu n’es pas du genre curieux et ouvert d’esprit, alors passe ton chemin. Car Druids Of The Gué Charette, groupe breton biberoné à l’extrait de dolmen et élevé à la fumée de menhir, nous invite à une expérience sonore qui se situe entre voyage initiatique et rituel spatio-temporel. Ou l’inverse. Le style de ce nouvel album, Talking to the moon, est difficile à décrire, perdu entre Hakwind et Black Sabbath, Candlemass et The Bottle Doom Lazy Band. La lourdeur du propos se mêle à des sonorités spatiales telles qu’imaginées au début de la SF – réverbération et écho à l’envi des notes synthétiques et métalliques. Si l’on omet le plus gros défaut de cet effort – le chant anglais de Reverend Drope est à revoir – les druides nous proposent une oeuvre intrigante voire fascinante qui nous emmène sur les pas de Merlin voyageant autant en forêt de Brocéliande qu’à travers les âges et le temps. Pour peu que l’on se laisse emporter, on se retrouve dans une forme de transe méditationnelle. Peut-être pourrions nous, nous aussi, commencer à parler à la lune, si notre initiation peut aboutir.

7 WEEKS: Sisyphus

France, Metal (F2M Planet, 2020)

Quatre années d’attente. Une longue période qui sépare A farewell to dawn (2016) de ce nouvel album, Sisyphus. La route a été longue et semée de doutes, de ceux qui font même penser à jeter l’éponge. Mais 7 Weeks se remet à l’ouvrage, à l’image du mythologique personnage de Sisyphe qui est condamné à éternellement pousser un rocher en haut d’une montagne. Cette montagne d’épreuves, les Limougeots l’ont vraisemblablement surmontée et nous proposent un album riche, puissant et varié. Que les chansons soient plus directes (Solar ride, Magnificent loser, le cauchemardesque Insomniac) ou ambiancées (Gone, Sisyphus), voire aériennes (Idols) ou quasi psyché (Breathe et son solo très 70’s, The crying river également très southern rock), le groupe se fait plaisir en explorant divers univers sonores. C’est efficace, le chant de Julien Bernard colle parfaitement à l’esprit rock embué et enfumé du groupe qui taille dans le vif  avec un album court (à peine plus de 36′). La tournée a commencé, espérons qu’elle se rallonge!

CROBOT: Motherbrain

Stoner, USA (Mascot records, 2019)

J’avais découvert Crobot en ouverture d’un concert de Black Label Society et la prestation des Américains m’avait bluffé. Depuis, j’ai un peu perdu le fil mais voilà que les quatre affreux de Pennsylvanie reviennent avec un troisième album. Ce Motherbrain transpire l’amour du rock vintage de tous ses pores. C’est simple, Crobot expose son amour pour ce heavy des beaux jours à la Black Sabbath, mais se permet également de se faire plus moderne avec un titre comme Drown, varié et chantant, voire d’actualité tant les paroles de Low life évoquent notre époque…  Le chant de Brandon Yeagley est d’ailleurs aussi rageur que puissant et mélodique – la narration qui introduit le premier morceau, Burn, le positionne clairement comme maître du navire – tandis que les guitares de Bishop sont directes, parfois spatiales. Au travers des 11 chansons proposées, Crobot explore plus que le rock de nos anciens (Stoning the devil, presque doom). Le quatuor se fait visiblement plaisir en variant ses domaines d’exploration. Au final, Motherbrain est un album qui s’adresse à un large public, amateur de oldie but goodie et de sons plus actuels (Gasoline, Low life). Chacun trouvera matière à se faire plaisir.

Interview: TIGERLEECH

Interview TIGERLEECH. Entretien avec Sheby (Chant). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 8 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Peux-tu en quelques mots raconter l’histoire de Tigerleech ?

Sheby : On a commencé en 2013 avec une première formation, qui a enregistré un Ep en 2014. Après, ça a bougé : Olivier arrive à la batterie en 2015, on compose, Fabien arrive à la guitare au début 2016 et là on avait une structure un peu plus solide, plus compacte. Ensuite, il fallait trouver un bassiste… Gabor, qui est Hongrois, nous rejoint en 2017. On fait un Ep cette même année. Gabor quitte le navire pendant un an, on continue à bosser, et il revient à la fin de l’été dernier. La nouvelle étape, c’est l’album. On avait déjà les morceaux, qu’on a finalisés. Les premiers Ep, c’est, je pense, une démarche normale, pour faire circuler le nom, que les gens écoutent… Avoir aussi un petit truc à vendre. L’album, c’est un peu plus sérieux, c’est la concrétisation.

Metal-Eyes : Tigerleech c’est donc ton bébé. Quelle est la signification du nom du groupe ?

Sheby : C’est une sangsue tigre qui vit à Bornéo, dans l’eau salée. Pas dans l’eau douce. C’est une grosse sangsue noire et jaune, un gros truc qui s’attaque à des crabes…

Metal-Eyes : Votre nom, c’est un peu une déclaration d’intention : vous allez nous coller pour ne pas nous lâcher…

Sheby (il rit) : Peut-être…

Metal-Eyes : D’où aussi la couleur rouge de la pochette, suceur de sang…

Sheby : Non, je ne crois pas. Il y a un mélange de deux animaux différents, mais c’est une interprétation comme une autre…

Metal-Eyes : Quel est ton parcours musical ?

Sheby : J’ai plus de 50 ans, j’ai quelques heures de vol… ca a commencé par mes parents qui écoutaient de la musique, de la chanson française. J’ai deux grand frères qui apportaient aussi de la musique, du yéyé, puis du rock, avec les Beatles, les Stones, puis du Led Zep, Deep Purple… Dans les années 80, mes parents ont bougé sur Renens, à l’époque où la vague punk arrivait en France. Mes frangins ont plongé dedans comme Obélix dans le chaudron et ont monté un groupe punk, les Trotskids, qui a tourné avec un groupe anglais, GBH. Moi, le petit frère, je les suivais, j’allais aux concerts, c’était un peu incroyable, et ce mouvement punk, c’était un truc énorme ! J’ai rejoint plus tard mes frangins à Paris, ils répétaient dans un studio où il avait un groupe mais pas de chanteur. Je leur ai dit « je suis chanteur, engagez moi », et c’est parti !

Metal-Eyes : Un peu comme Ozzy Osbourne qui dit à Black Sabbath « Moi, je chante » !

Sheby : Alors qu’il ne chantait pas ? Voilà, c’est un peu ça (rires)

Metal-Eyes : C’est assez prometteur pour toi…

Sheby : Oui, bien sûr! A l’époque, le batteur ne savait pas jouer, le bassiste non plus, on apprenait sur le tas, et c’était histoire de se défouler. Dans les années 90, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait Antalagone (je crois), un peu hardcore, qui est devenu Mass Hysteria. Je jouais avec les gars et Mouss, qui venait nous voir en répète, est devenu le chanteur de Mass Hystéria. Ça, c’est pour la petite histoire.

Metal-Eyes : Tigerleech vient de sortir The edge of the end (Chronique à lire avec ce lien). Que peux-tu en dire pour me convaincre de courir l’acheter?

Sheby : Déjà, faut pas courir, tu risques de tomber… on y a mis notre cœur et nos tripes. C’est un mélange de nos influences, un album avec beaucoup d’énergie, un mélange stoner, metal, des influences hardcore. On a beaucoup travaillé, on a enregistré avec Andrew Guillotin qui est un super ingé son avec qui ça a accroché professionnellement et humainement. Il a bossé avec plein de groupes, The Arrs, des groupes hardcore. Allez déjà l’écouter sur notre bandcamp… On le fait par passion. Nous, ce qu’on aime, c’est les concerts, partager notre musique avec les gens.

Metal-Eyes : justement, vous avez des dates de concerts en vue?

Sheby : Non, rien avant mars 2020, dans le sud de la France, Marseille et Fréjus. On fait tout nous-mêmes, l’album est auto produit, on n’a pas de tourneur, pas de label. Pour l’instant c’est du Do it yourself.

Metal-Eyes : N’importe qui sera interpellé par un titre de chanson : le seul en français masi il est chanté en anglais. Tu vois lequel ?

Sheby : Sexe dur? C’est l’histoire d’un couple qui fait l’amour, ou plutôt qui baise, de façon un peu engagée ; il y a un petit côté pornographique, entre deux adultes consentants.

Metal-Eyes : mais pourquoi avoir choisi ce titre en français, alors que les autres sont en anglais?

Sheby : Justement, je trouvais qu’un titre anglais, Hard sex, Rough sex, ça ne le faisait pas. C’est un clin d’œil pour ne pas oublier qu’on est français. Un peu notre French touch…

Metal-Eyes : A distribuer à Pigalle…

Sheby : Voilà (rires)

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de The edge of the end pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Tigerleech, ce serait lequel et pourquoi?

Sheby : C’est compliqué… Je pense quand même que ce serait Sandstorm, le premier morceau de l’album, qui est assez représentatif de ce qu’on fait. C’est un peu notre morceau fétiche, on l’a composé il y a deux ans et on ne s’en lasse pas.

Metal-Eyes : Ce qui est plutôt une bonne chose… Si tu devais penser à une devise pour Tigerleech, ce serait quoi ?

Sheby : Euh… « Energie, sincérité et passion. » Je pense que ce sont trois termes qui caractériseraient Tigerleech.

Metal-Eyes : Quelles sont tes autres activités en dehors de la musique?

Sheby : Déjà, j’ai une famille, des enfants, et je travaille. Je travaille dans la musique, sur les concerts. Je suis un peu au fait de ce qu’il se passe. Après, un peu de sport, bricolage. Jardinage, non, parce que j’habite en appartement ! Mais principalement, la musique, j’écoute beaucoup de musique.

 

TIGERLEECH: The edge of the end

France, Stoner (Autoproduction, 2019)

Formé à Paris en 2013, Tigerleech évolue dans un rock stoner, lourd et pas fin – dans le bon sens du terme, s’entend. Avec The edge of the end, son premier album, Tigerleech travaille des ambiances pesante sinon oppressantes. Seul le chant, pourtant puissant, manque de précision. Pour le reste, les guitares saturées laissent une large place aux power chords et la section rythmique bourine sévère. Les gars (Sheby au chant, Fabien à la guitare, Gabor à la basse et Oliv à la batterie) parviennent à diversifier leur propos comme sur ce An experience called life qui mêle guitares claires et hurlantes. Et comment passer à côté d’un titre aussi évocateur que Sexe dur sans s’interroger? Pourquoi ce titre alors que l’ensemble de l’album est chanté en anglais, hein? Tigerleech s’affranchit cependant des codes du genres en incluant diverses influences à ses compos, principalement piochées dans la musique extrême, et le punk n’est pas en reste. Ce qui l’en différencie toutefois, c’est la durée des chansons: sur 10 titres, seul Jungle punk s’affiche crânement, avec 3’30, sous la barre des 5’45. Il semble que le seul objectif des Parisiens soit de proposer un défouloir hypnotique à son auditoire. En l’occurrence, c’est réussi et l’ensemble me rappelle quelque peu Already Salted (d’autres irrévérencieux franciliens légèrement déjantés). Un groupe direct, sans concession, certainement à découvrir sur scène.

RED SUN RISING: Thread

Rock, USA (Razor&tie, 2018)

Forgé dans l’esprit rock US contemporain, un brin stoner, un brin heavy, Thread, second album des Américains (ça tombe bien, pour du rock US…) de Red Sun Rising nous propose 11 morceaux taillés sur mesure pour séduire les radios et le grand public. Fascination se veut légèrement hypnotique, avec ses guitares rageuses et saturées tandis que Left for dead flirte avec une douce bienveillance. Ce qui m’étonne ici, c’est le décalage entre la noirceur des titres (Deathwish, Stealing life, Lonely girls, Evil like you…) et la bonté générale qui se dégage de ce disque. L’ensemble est carré et bien fait, chantant, mais ne présente rien de bien méchant. Un bon moment, en somme, avec des mélodies passe partout, quelques inspirations variées (hispano sur Deathwish, par exemple), des guitares aiguisées un peu partout. Mais ça s’arrête là. Comme je l’ai si souvent lu sur mes bulletins scolaires: « peu mieux faire, doit perséverer »

THE SWORD: Used future

Stoner, USA (Razor & tie, 2018)

Le live paru en 2017 (Greetings from… chroniqué ici même) présentait les Texans assez en forme. Ils reviennent aujourd’hui avec Used future, un disque étonnant à plus d’un titre et au delà de cette pochette qui évoque une œuvre de SF telle Farenheit 451. Car cet album se décompose en 3 parties distinctes: Après un court Prelude, le groupe propose 3 morceaux d’un rock stoner efficace, lourd et envoûtant. Puis, le bien nommé Intermezzo arrive comme un… prélude à un temps plus calme composé également de 3 morceaux plus légers (Sea of green sent la nature, Nocturne sonne comme une BO et le bien nommé Don’t get too comfortable, titre avertissement, revient progressivement vers un rock typé 70’s et psyché). Enfin, le morceau éponyme renoue avec les aspirations rock de la première partie, à la fois saturé, allumé et aérien, suivi de morceaux puissants. Reprise, qui clôt le disque reprend le thème du Prelude. Si l’organisation des morceaux est cohérente, le résultat est quelque peu déroutant. On navigue entre différents univers et je ne parviens pas à lier le tout. Les trois parties sont cependant, séparément, agréables.

BLACK MOTH: Anatomical Venus

Stoner, Royaume-uni (Candlelight, 2018)

Formé à Leeds en 2010, les Anglais de Black Moth nous proposent un troisième album lourd, envoûtant et sombre. Puisant son inspiration autant chez Black Sabbath dans ses aspects heavy que dans Mastodon pour la puissance de feu de sa section rythmique, Black Moth n’hésite jamais, sur Anatomical Venus, à varier les tempi et les plaisirs en s’offrant même quelques divagations psychédéliques. Ca sent légèrement la fumette… Le chant de Harriet Bevan peut être aussi sec que séduisant, les guitares de Nico Carew et Jim Swainston sont saturées en diable et la section rythmique tenue par Dave Vachon (basse) et Dom McReady (batterie) rappellent les plus furieuses heures d’un Black Sabbath ou, plus récemment, Red Fang. Sisters of the stone, hypnotique, fait mouche dès la première écoute et m’impressionne. M’ensemble, d’ailleurs… Rien n’a ici été laissé au hasard, et chaque morceau fait son petit effet. Inconnu jusqu’àlors à mes oreilles, Black Moth est une des grosses surprises de ce début d’année.

THE SWORD: Greetings from…

Stoner, USA (Razor & Tie/Spinefarm, 2017)

The Sword, c’est qui? Encore un groupe texan. Formé à Austin en 2003, The Sword, est un quatuor furieux (composé de JD Cronise au chant et à la guitare, du gruitariste Kyle Shutt, du bassiste Brian Ritchie et du batteur Santiago Vela II) déjà responsable de 6 albums  qui publie aujourd’hui son tout premier témoignage live, Greetings from…

Greetings from…, ça donne quoi? Profitant de sa tournée en compagnie d’Opeth, The Sword enregistre les 9 titres de Greetings from… sur diverses dates. Saturées, les guitares crachent le feu, évoquant souvent, sans surprise, Black Sabbath (The chronomancer 1: Hubris), ou plus proche de nous, la vague stoner. C’est lourd, parfois trop saturé pour tenir la distance, mais le groupe est au top de sa forme et a envie de s’amuser en foutant un peu le bordel tout en se faisant par instant simplement irrésistible (Maiden, mother & crone). Le public est réceptif et clame son approbation. Séance de rattrapage pour qui ne connait pas le groupe, trop rare en nos contrées…

Note: 7,5/10

Sortie: le 5 mai 2017

7 WEEKS: A farewell to dawn

7weeks-2016France, Stoner (Overpowered records, 2016)

Sombre. Oppressant. Deux adjectifs assez faciles pour définir le nouvel album des Français de 7 weeks. Une première écoute qui en nécessite un peu plus pour découvrir toutes les richesses de ce A farewell to dawn. Voici un album qui passe par différentes couleurs, plusieurs tessitures et émotions. S’il commence lourdement, dans une pure tradition stoner, avec King in the mud, on sent une touche de romantisme mélancolique sur The ghost beside me avec ses guitares aériennes et ses passages évoquant tant Bowie que Pink Floyd. Ohka, un court instrumental, précède un Kamikazes qui démarre avec grâce avant de monter en puissance. Broken voices, plus virulent, se rapproche d’une des influences de 7Weeks, Queens Of The Stone Age dans sa construction et son break halluciné. Le titre éponyme, un second instrumental, semble inspiré par un Vangelis perdu dans la nature. Là encore, la mélancolie s’installe. January, que vous pouvez découvrir en vidéo, très ambiancé, est tel un arc en ciel sombre, tout en nuances. A well kept secret et Knots viennent puissamment conclure ce disque à la fois intrigant et prenant; Car A farewell to dawn fait partie de ces albums d’un accès peu évident mais dont on a rapidement du mal à se défaire.