PORN: No monsters in god’s eyes

France, Metal indus (Les disques Rubicon, 2020)

A peine plus d’un an aura passé depuis le second volet de la biographie de Mr Strangler. Voici donc le gamin morbide devenu adulte psychopathe revenir pour le dernier acte de son histoire. Avec ce No Monsters in god’s eyes – Act III, Porn met un terme à ce récit grandiloquent et décadent. Les 13 morceaux narrent,  sur fond de metal industriel inspiré autant par Ministry que Rammstein, les derniers jours sur Terre de Mr Strangler. Après l’enfant se découvrant une attirance pour la mort, le second volet le voyait passer à l’acte et prendre du plaisir à tuer. Ici, Mr Strangler est arrêté, interné et exécuté. La froideur des sons industriels, le rythme lourd, oppressant le chant lent posent le cadre dès Dead in every eyes. Dans un délire qui lui est propre, Philippe, le père de Mr Strangler et chanteur de Porn, décomposent certains morceaux (High summer day et Low winter hope) en plusieurs parties qu’il éparpille, tel un corps dépecé, tout au long de l’album. Un jeu de piste qui ajoute encore au mystère de cette sombre histoire. Des touches de Paradise Lost ressortent sur le très sombre Low winter hope, tandis que In an endless dream lorgne plutôt du côté de la cold wave, et certains passages évoquent même l’univers sonore de Pink Floyd… En variant les ambiances et les rythmes, non seulement Porn parvient à maintenir l’attention mais également à dépeindre les différents tableaux de cette oeuvre – car il s’agit bien de cela. Bien que ce troisième acte s’écoute de bout en bout avec plaisir, c’est ensemble que The ogre inside (2016), The darkest of human desires (2019) et No monsters in god’s eyes (2020), les trois volets de cette « aventure », doivent être écoutés pour prendre toute la mesure de cette oeuvre unique, ambitieuse et particulièrement réussie. Ça tombe bien, Porn nous promet un package réunissant l’ensemble de ce « gorepéra » metal.

PORN: The darkest of human desires – Act II

France, Metal industriel (Les disques rubicon, 2019)

Si Porn a toujours voulu interpeler, cette fois, le groupe lyonnais risque de trouver sa voix. The darkest of human desires est l’acte 2 d’une trilogie contant l’histoire de Mr Strangler qui, enfant (acte 1) se découvre des pulsions assassines et passe aujourd’hui à l’acte, faisant resurgir ses pensées les plus sombres et meurtrières, celles qu’il a jadis refoulées et laisse aujourd’hui exploser. Un acte 3 est déjà prévu qui le verra incarcéré et subir un traitement psychiatrique. Un programme aussi sombre que la pochette illustré par 10 chansons d’un metal industriel qui n’a rien à envier à Ministry et consorts. Porn pioche également dans le metal gothique des années 90, celui de Paradise Lost ou des Sisters of Mercy. C’est lourd et oppressant, avec ci et là quelques touches de cette mélancolie que doit ressentir après coups Mr Strangler. The darkest of human desires est une oeuvre à la fois riche et inquiétante, qui s’écoute comme on peut lire un bon thriller ou un roman d’angoisse. S’il s’adresse à un public averti, cet album n’en reste pas moins intrigant et fascinant, tout à la fois. Maintenant, ça va donner quoi, ce concept sur scène???

Interview: PORN

Interview PORN. Entretien avec Philippe, aka Mr Strangler  (chant, compositeur, producteur). Propos recueillis à Paris, Doctor Feelgood le 29 janvier 2019

C’est un Mr Strangler heureux et bavard qui nous reçoit pour nous parler du second volet de sa trilogie racontant l’oeuvre de Mr Strangler. The darkest of human desires sera dans les bacs dès le 22 février et c’est tout un programme…

Metal-Eyes : Le groupe s’est formé à Lyon en 1999…

Mr Strangler : Oui, plus précisément à Grenoble, mais la genèse s’est faite à Lyon.

Metal-Eyes : Votre parcours a été depuis à la fois remarqué – notamment par le nom du groupe volontairement provocateur, mais également accidenté. Comment résumerais-tu l’histoire de Porn ?

Mr Strangler : Je dirais qu’on en est qu’au début ! Pour moi, on ne peut pas définir la carrière d’un groupe par le temps, par une histoire de longévité, mais plus par la concrétisation de l’œuvre artistique. Pour moi, une carrière musicale, c’est un marathon, elle se finit à la fin. Beaucoup de gens pensent que c’est un sprint, et pourtant… Tu peux aller vite à un moment, ensuite, tu stagnes, et puis tu peux repartir assez rapidement. Par exemple, en France… C’est un groupe que je n’écoute pas forcément, mais la carrière d’Indochine : ils ont cartonné au début, puis ils sont tombés dans les oubliettes de chez « les oubliettes », et là, ils sont revenus, doucement pour exploser. Je pense que c’est une histoire de marathon et d’endurance. C’est une discipline, plus qu’un métier. Comme quand tu veux faire un sport de combat, c’est dur. Je pense que j’aurais plus un jugement subjectif sur la qualité de ma musique plus que sur la notoriété ou ce genre de chose.

Metal-Eyes : Quelles ont été pour toi les principales étapes de votre carrière ?

Mr Strangler : Il y a eu le premier album (2004), puis The ogre inside (2017).

Metal-Eyes : Porn est un groupe qui a toujours voulu interpeler, à commencer par le nom du groupe… ça ne passe pas partout, tu fais une recherche sur internet… Merci

Mr Strangler : On a du mal à nous trouver, oui !

Metal-Eyes : Non, mais il faut rajouter quelques informations. Et ne pas avoir d’enfant à proximité ! Vous revenez aujourd’hui avec l’acte 2 de The darkest sides of human desires. Je n’ai pas réussi à trouver l’acte 1.

Mr Strangler : La première partie ? C’est The ogre inside

Metal-Eyes : D’où la numérotation des morceaux qui démarre à 10. Pourtant, il n’y a aucun titre sur The ogre inside qui s’appelle « The darkest of human desires »…

Mr Strangler : Non, non… C’est le concept global, en fait, qui n’a pas de nom. Çà pourrait être « la vie et l’œuvre de Mr Strangler ». C’est une histoire en 3 actes, et je n’ai pas encore trouvé le nom de la troisième partie même si l’album est quasiment fini. The ogre inside, ce serait l’adolescence du personnage : c’est quelqu’un qui se découvre des pulsions meurtrières, et découvre qu’elles sont inadéquates, face à la famille, la société. Il va y avoir un biais entre les pulsions et comment les assouvir. Assouvir des pulsions meurtrières ? Ça ne le fait pas. Donc c’est quelqu’un qui comprend cela et qui est tiraillé par ses pulsions et qui est dans le refoulement. Dans l’acte 2, il est question du meurtre, le plus sombre des désirs humains. Et dans cette partie de sa vie, il est plutôt adulte et il s’assume. Il se dit « j’y vais, je vais tuer des gens ». Dans l’acte 3, il se fait attraper et là, on va parler de psychiatrie et d’emprisonnement.

Metal-Eyes : Ce qui explique aussi le lien qu’il y a entre les pochettes. J’imagine une continuité avec le troisième…

Mr Strangler : Oui, c’est la même personne qui va travailler dessus, avec la thématique de l’emprisonnement, et la psychiatrie.

Metal-Eyes : Même s’il n’y a pas eu beaucoup de temps entre ces deux derniers albums, comment analyserais-tu l’évolution de Porn ? 

Mr Strangler : Il n’y en a pas. En fait, on ne s’est jamais arrêtés dans la composition. A partir du moment, en 2016, où on a commencé à travailler sur The ogre inside, on ne s’est jamais arrêtés. Tout est fait dans la foulé. Quand on a bouclé les 10 morceaux qui, pour moi, étaient finalisés pour The ogre inside, ils sont partis le lendemain au mastering et dans la foulée, j’ai commencé à bosser sur le nouvel album. Celui-ci est fini depuis 2 mois, et j’ai déjà fini la composition du troisième. On va enregistrer dans pas longtemps et tous les morceaux sont quasiment finalisés. S’il y a une évolution, ben… comme j’ai la tête dans le guidon, je ne la vois pas ! Si, dans la recherche des ambiances : The ogre inside est plus sombre, mélancolique, parce que je voulais vraiment illustrer le tiraillement, la personne se sent vidée de l’intérieur. The darkest of human desire est plus exalté, plus speed, malgré de la mélancolie.

Metal-Eyes : Justement, les ambiances, il y en a plein, pas forcément du metal ou du rock, mais plein de choses typées des années 80, 90, et des choses plus électro. Qu’est-ce qui vous influence ?

Mr Strangler : Je dirais tout simplement les vieux groupes de metal industriel et de rock gothique. Type O Negative, The Cure, Paradise Lost… J’espère que comme eux, on va réussir à devenir nous-mêmes. Etre dépositaire d’un style, reconnu comme étant quelque chose d’unique, musicalement. Pour moi, c’est ça, « réussir sa carrière », c’est vers ça que je tends.

Metal-Eyes : Tu es quelqu’un de très actif, artisiquement, puisque, au-delà de la musique tu écris. Les activités littéraires et musicales s’auto-alimentent-elles ?

Mr Strangler : Oui, totalement, et à chaque fois, l’un est venu de l’autre. Par exemple, lorsque j’ai commencé à travailler sur le deuxième album de Porn, From the void to infinite, j’étais en fait vachement inspiré par un poème de TS Elliott qui s’appelle Les hommes creux. Et c’est de là qu’est venu le concept de The ogre inside : quand je lisais et relisais ce poème, pour moi, ces hommes creux, c’est comme s’ils avaient été mangés de l’intérieur. From the void, pour moi, c’était ce vide intérieur. Et j’ai voulu développé ce concept, ce que j’ai fait dans un roman qui s’appelle Contoyen, mais qui ne parle pas que de ça. Le personnage principal dit cependant qu’il est mangé de l’intérieur par un ogre qui prend le pouvoir. Parti de la musique, c’est devenu un roman, qui a créé l’ogre intérieur, et c’est revenu à la musique. En travaillant là-dessus, j’ai inventé Mr Strangler. Peut-être qu’après la trilogie, je vais arrêter la musique un moment pour me consacrer à un comics dont le héros sera Mr Strangler !

Metal-Eyes : Tout à l’heure, tu me disais que tu ne dessines pas bien et là, tu me parles de comics…

Mr Strangler : Non, non, je ne ferais qu’écrire ! Je ne sais vraiment pas dessiner, c’est une catastrophe !

Metal-Eyes : Au-delà de la fiction, j’ai l’impression que tu portes un regard assez sombre sur la société…

Mr Strangler : Oui… Quand je parle de ce personnage, j’essais de montrer qu’en fait, il s’agit de tout le monde : le gamin qui a des pulsions homosexuelles, qui comprends qu’il faut les refouler avant que ça ne reprenne le dessus et que, comme certains l’ont fait, il décide d’aller tuer d’autres homosexuels. Une manière de tuer sa propre homosexualité va choisir un chemin qui ne sera pas le tien, ou pas accepter, et il y aura toujours cette forme de mélancolie, de regret : « peut-être que ça aurait pu se passer autrement… » Ici, j’exagère une situation pour qu’elle soit compréhensible. On vit dans une société normative, et quand on n’est pas normé, on va entrer en interaction et c’est là que, souvent, on est considérés comme des malades mentaux. Pour moi, la trilogie est le bon format, parce que je peux parler de ces trois étapes : l’enfance, le moment où on assume, et la fin, la phase de psychiatrisation. Est-ce qu’elle sert à quelque chose ?

Metal-Eyes : Si aujourd’hui, pour explique à quelqu’un ce qu’est Porn, tu devais ne retenir qu’un seul titre, ce serait lequel ?

Mr Strangler : Sans hésitation, je dirais Last of a million. Je pense qu’il y a un peu de tout, que c’est, à mon sens, un des plus réussis, tant esthétiquement qu’artistiquement.

Metal-Eyes : Quelle a été la meilleure question qui t’ai été posée aujourd’hui ?

Mr Strangler : Euh… Une question toute simple, en fait : « qui est Mr Strangler ». Dit comme ça, je n’ai pas su trop quoi répondre. Elle ne m’avait jamais été posée comme ça, de but en blanc, ça m’a amené à réfléchir. C’est un personnage qui est un peu en chacun de nous, je ne lui ai pas fait d’état civil…

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Porn en 2019 ?

Mr Strangler : … Quelque chose qui est en filigrane : l’émancipation. Gagner en émancipation, intellectuelle ou physique, financière. Devenir celui qu’on est… Reprendre ce vieux truc d’Aleister Crowley : Fais ce que tu veux sera la loi. Mis à côté de Rousseau : « ta liberté s’arrête où commence celle des autres ». « Deviens toi-même mais sans faire chier les autres ! »

Metal-Eyes : Crowley et Rousseau côte-à-côte, c’est original !