CARCARIASS: Planet chaos

France, Metal (Great dane records, 2019)

Réputé pour son passé death technique, Carcariass revient dix ans après son dernier essai. E-xtinction remonte en effet déjà à 2009, et n’est qu’une étape dans un parcours assez chaotique. Planet chaos, clôt avec une efficace brutalité l’année 2019. Portant un regard sévère sur l’état de notre monde, Carcariass apporte même quelques touches de SF sur Solar invasion qui introduit de belle manière ce nouveau disque. Ultime escape démarre sur des tons plus traditionnellement heavy avant de s’enfoncer dans un thrash rapide et mélodique à la fois. Jerôme Thomas propose un chant guttural mais varie ses plaisirs avec des moments clairs, comme sur Star implosion, facilitant l’écoute. Apophis impact est un instrumental qui laisse tout loisir d’apprécier la maîtrise dont fait preuve Pascal Lanquetin au toucher à faire pâlir Malmsteen, mais d’apprécier le travail rythmique et technique de Raphaël Couturier et Bertrand Simonin, respectivement à la basse et à la batterie, qui font preuve d’une solide complicité. Loin de n’être qu’un simple groupe de death, Carcarias propose un metal résolument actuel, technique et mélodique et nous offre une vision apocalyptique de notre monde. Pas forcément à tort, d’ailleurs. Combien sont-ils ces musiciens à faire ce triste constat de notre inhumanité? Mais qui les écoute? Pas grand monde semble-t-il. Alors profitons simplement de ce metal somme toute enjoué, et certainement efficace. L’heure de Carcariass serait-elle (enfin) arrivée?

DEATH AWAITS : Rapture smiles

France, Death (M&O, 2019)

Démarrant sur un discours qui fait un triste constat du monde actuel, Rapture smiles, paru au dernier trimestre 2019,dévoile rapidement son contenu: du death thrash avec quelques accents de chants black. Alors, si comme moi vous êtes hermétiques à ces genre brutaux et extrêmes, vous serez tentés de passer votre chemin. Mais, si comme moi, un soupçon de curiosité vous anime, alors faites fi de ce « chant » growlé et laissé vous porter par ces guitares incisives et directes, par cette rythmique rentre dedans et sans concession. Death awaits parvient à proposer un thrash moderne d’une brutale efficacité tout au long de ces 10 titres pas à la portée de tout le monde, reconnaissons-le mais qui apporte leur dose de head banging et de breakdowns. J’ai du mal à tout écouter d’une traite, mais profite d’une bonne rasade de brutalité avec intermittence. Les amateurs y trouveront certainement, eux, de quoi se rassasier. Et puis, aussi, attardons nous un peu sur cette pochette, ces chevaliers de l’apocalypse qui illustrent parfaitement le propos musical des Français.

ENTROPY ZERO: Mind machine – a new experience

France, Cyber Metal (Autoproduction, 2019)

C’est une douce voix qui nous accueille à bord du vaisseau Entropy Zero. Elle se nomme EZ (easy, facile) et va nous accompagner au travers de ce voyage au coeur de l’esprit. Ce voyage débute avec un instrumental – Memory process – aux sonorités électroniques qui évoquent immanquablement un vaisseau spatial. La suite, tout aussi basée sur des machines, joue sur les sonorités et ambiances. On se retrouve ici dans un port envahi de cornes de brumes, là au coeur d’un océan déchaîné, là en plein temple tibétain ayant servi de lieu d’exil et d’entrainement à un certain Bruce Wayne, ou encore au cœur d’un salon aux ambiances jazzy et feutrées… Tout au long de ce Mind machine – A new experience, Entropy Zero emporte l’auditeur dans un univers à la fois familier et intriguant inspiré autant par les travaux de J-M Jarre ou de Daft Punk que par la vision propre du trio . Les amateurs de SF se plongeront avec bonheur dans cet univers qui mélange à la fois Alien, Contact, Abyss et d’autres références du genre à un monde plus cyber punk légèrement post apocalyptique à la Terminator ou Mad Max dans lequel un titre comme Vinyl3 apporte un semblant de lueur d’espoir, rapidement contrebalancé par le très mélancolique Pretty little dead thing. Au final, cet album porte vraiment bien son nom: une nouvelle expérience à découvrir et à soutenir.

MICHAEL MONROE: One man gang

Heavy rock, Finlande (Silver lining, 2019)

Impossible de ne pas finir l’année avec cette touche rock, punk metal, bref avec ce petit bijou que nous offre le trop rare Michael Monroe. Parce que cette année aurait été incomplète si, après avoir eu le bonheur de le rencontrer en interview et de couvrir son concert parisien, Metal Eyes faisait l’impasse sur One man gang, ce neuvième album solo de celui trop connu pour être l’ancien chanteur de Hanoi Rocks. Car One man gang a tout pour plaire à un public varié: de l’énergie, de la mélodie, du rythme, de l’irrévérence, du charme. Bref, tout au long des One man gang, du premier single Last train to Tokyo ou du tristement réaliste Junk planet, la voix éraillée et du Finlandais fait le job. Accompagné d’une équipe de rêve (ok, certains regretteront le départ de Dregen, mais ne chipotons pas), Monroe nous offre rien moins que son album le plus inspiré depuis longtemps. Alors, Noël approchant, qu’est-ce qui vous empêche de faire un heureux de plus?

MASS HYSTERIA: Live Hellfest 2019

France, (plus que du) Metal (Verycords, 2019)

N’ayant pu assister au concert parisien de Mass ce 6 décembre à Paris à cause de la grève des transport, et n’ayant pas encore pris le temps d’en parler, sans doute est-il temps de revenir sur ce Live Hellfest 2019. Annoncé depuis 2018 comme le plus grand concert de Mass Hysteria de tous les temps, la formation de Mouss ne pouvait se permettre de ne pas immortalisé l’événement. La scène cachée derrière un énorme ride blanc flanqué du logo du groupe, le public s’impatiente et exulte lorsqu’est annoncé le nom du groupe. Reprendre mes esprit installe le quintette avant un explosif Positif à bloc sur lequel Mouss invite le public à « tournez, tournez et ramassez ceux qui tombent ». Et d’enchaîner avec World on fire, qu’il dédie « aux gilets jaunes authentiques, et pas à ces enfoirés de black blocks ».
Mass Hysteria bénéficie d’un avantageux créneau – de 22 à 23h05 – lui permettant de jouer alors que la nuit ne s’est pas totalement installée et que le public n’est pas encore tout à fait cramé. Mais cette grosse heure force le groupe à proposer une setlist qui va à l’essentiel. Tous les plus importants titres y passent. De Vae Soli à Contradiction en passant par L’enfer des Dieux (toujours dédié aux victimes du terrorisme et qui me file toujours autant le frisson) et Chiens de la casse, rien n’est laissé au hasard, certainement pas le final composé de Plus que du metal et Furia, classique certes, mais toujours aussi efficace. Les moyens techniques sont sortis pour capturer le plus de scènes possible: chaque musiciens, comme toujours au Hellfest, est au centre des images, au même titre que le public grâce à de belles plongées de Louma et des vues de la grande roue. Mouss cherche le public avec énergie. Une énergie décuplée grâce à des effets de lumière, de fumées et une pyrotechnie omniprésents. Le feu et le Hellfest, c’est une longue histoire, et à la tombée de la nuit, le rendu est encore plus impressionnant.
Si ce CD/DVD est indispensable ne serait-ce que par sa puissance de feu et parce que Mass est aujourd’hui un des meilleurs groupes français de tous les temps, le DVD propose également le concert de Mass au Hellfest en 2013 ainsi qu’un lien vers le concert de 2019 en réalité virtuelle. Une expérience unique qui attirera les plus curieux. Et comme les fêtes approchent eh bien, ce Live Hellfest 2019 constitue un cadeau idéal pour tout amateur de décibels.

LINDEMANN: F&M

Allemagne, Metal (Universal, 2019)

Quelques semaines après une tournée des stades de son autre groupe, Till Lindemann revient avec un nouvel album de Lindemann, F&M, pour Frau & Mann – Femme et Homme. Cette nouvelle collaboration avec Peter Tätgren (Pain, Hypocrisy) qui s’est chargé de toute la composition, Till se concentrant sur les textes et le chant. Pour cette seconde collaboration, le duo a opté pour le chant en allemand, ce qui, immanquablement fait penser à Rammstein. Mais pas que: les mélodies, froides et puissantes aussi. Sauf que F&M est tout sauf un nouvel album de Rammstein. Lindemann trouve, malgré des similitudes (froideur, esprit SM, imagerie malsaine – regardez le livret intérieur, superbe et décadent), son identité et son univers sonore. Et surprend, parfois, comme avec cette intro de Knebel, simple guitare sèche et voix grave sur chant populaire. Un étonnement qui apporte un peu de calme (relatif, attention à l’explosion) au milieu des Steh auf, Ich weiss es nicht ou Blut, particulièrement enjoués. Le morceau titre, fun, démarre avec des « Aïe, aïe, aïe » (sans doute pas écrits à la française…) qui laissent pensif. Ce morceau dénote cependant avec l’univers sombre que le duo met en avant, et introduit l’autre facette de cet album, piochant dans le bal musette (Ach so gern) et autre sentimentalisme romantique (Schlaf ein) avant de retrouver ce qu’on connait si bien ce ce metal mécanique avec Gummi. Une vraie réussite qu’on attend de retrouver sur scène en début d’année. Attention, la date parisienne de la Cigale est déjà complète. F&M est un beau cadeau en cette fin d’année.

SWARM: Anathema

Metalcore, France (Autoproduction, 2019)

Après un premier album paru en 2017, Division & disharmony, les Français de Swarm reviennent avec Anathema, un second essais qui pourraient bien les faire passer dans la cour des grands. Même si metalcore n’est pas mon truc, force est de reconnaître que la rage et la puissance qui se dégagent de ce disque sont exemplaires. Après une introduction aux faux airs de Judas Priest, New sun rentre dans le vif du sujet. Les guitares grasses et speed accompagnent un chant enragé plus que simplement hurlé, même si ce dernier fait nombre d’apparitions en arrière plan. L’ensemble est, à la grâce d’une rythmique qui martèle et s’emballe, syncopé et explosif. Les références au metal et au thrash sont nombreuses. Et avec ses 7’49, ce premier titre semble résumer l’esprit de l’album. Frontiers pioche également du côté de Rage Against The Machine et du rap, avec quelques clins d’œil à Slayer. Intifada parle de lui même. Le titre est guerrier, hardcore et engagé. « J’ai vu le jour alors que nous étions frères »… Oui, le monde change, il ne semble plus n’y avoir qu’ennemis partout… D’où cette référence à l’anathème, à la sentence d’excommunication…  Swarm nous apporte ici 11 morceaux qui ne se ressemblent qu’en l’énergie qu’ils dégagent. Et même si le rythme est plus qu’enlevé, les mélodies, alternant speed et lourdeur, l’auditeur est emporté dans un univers entraînant et, somme toute, lumineux. Les jalons positifs se retrouvent un peu partout, ce qui apporte sans doute ce côté frais qui manque à tant d’autres (comme ce quatrain en français qui vient clore The deed is done. Une piste à suivre? ou, juste après cette intro de Spoutnik explorer à la guitare claire qui évoque indéniablement Metallica). Brutal, efficace et… enjoué. Une belle découverte de fin d’année, en tous les cas, une belle promesse..

THE DAMNED – Black is the night

Punk, Angleterre (BMG, 2019)

Formé en 1976, The Damned fut rapidement affilié à la scène punk anglaise. Le ton, l’arrogance, l’irrévérence des textes (Democracy? et Anti-pope parlent d’eux mêmes), tout y participait, en effet, à l’exception de la musique, plus orienté rock, selon moi, que punk. A quelques exceptions près (So messed up, Machine gun etiquette aussi courts qu’explosifs et bordéliques), on est loin des Sex Pistols, G.B.H ou The Exploited. Qu’importe, plus de 40 ans plus tard, le groupe de David Vanian et Captain Sensible est encore là, et en joyeuse forme comme le prouve son dernier album en date, Evil Spirits (2018). Alors tant que les Anglais ont le vent en poupe, pourquoi ne pas proposer un récapitulatif de leur riche carrière? C’est ce que nous apporte ce Black is the night, double compilation retraçant l’histoire musicale des Damned. Avec quelque 40 titres, on se replonge dans le rock teinté ici de ska, là de presque pop, là encore de boogie, et toujours le groupe semble faire la fête. Des morceaux courts, directs qui ne dépassent que très rarement les 4′, qui se révèlent simplement encore efficace. Comment ne pas (re)succomber à Love song, Bad time for Bonzo, Melody Lee ou autre Problem child (qui n’a rien à voir avec le morceau d’AC/DC)? The Damned auraient certainement mérité plus d’exposition, mais ainsi va la vie. Reste que l’on peut aujourd’hui se rattraper avec cette très belle compilation.

MESHIAAK: Mask of all misery

Thrash, Australie (Mascot, 2019)

Il y a trois ans paraissait Alliance of thieves, le premier album des Australiens de Meshiaak qui marquait quelques bons points dans l’univers de la rugosité sonores. Le groupe de Jon Dette revient aujourd’hui avec Mask of all misery. Si la pochette est épurée et bien moins futuriste que sur l’album précédent (on observe quand même que le logo rouge entourait déjà le crane du simili terminator du premier méfait), le contenu musical ne s’est pas radoucit. Meshiaak a cependant eu la bonne idée de chercher à élargir son propos en ne se cantonnant pas qu’au thrash de ses débuts. Si les premiers titres tirent à boulets rouge – Miasma est une irrésistible entrée en matière et un nécessaire échauffement cervical – il semble, sur bonne moitié de l’album, que Jon Dette se soit laissé séduire par la nouvelle vague US. Son chant mélange rage et douceur, détermination et désillusion, sur fond plus lent et inquiétant (Bury the bodies). Quelques références sont également présentes, Avenged Sevenfold parmi d’autres, sur Tears that burnt the son, par exemple. On a même droit à une sympathique ballade avec le bien nommé Doves. Cependant, l’énergie brute prétexte à un bon moshpit ou un simple headbanging est bien présente. On retient dans ce domaine le morceau éponyme, City of ghosts et ses guitares presque shreddées, le speed et saccadé ou Adrena qui mixe un peu tout cela, ou encore l’explosif Face of stones. Meshiaak nous offre ici un album varié qui, bien que semblant chercher son public, fait preuve d’efficacité et d’ouverture.

TANKRUST: Opposite terror

Thrash death, France (Almost famous, 2019)

Quelle fin d’année brutale… Les dernières sorties françaises sont prometteuses de décibels, de rage et d’énergie explosive. Les amateurs du genre vont donc être à la fête. Les Parisiens de Tankrust, groupe formé en 2006 et auteur d’un premier album paru en 2015, The fast of Solace, participeront sans aucun doute à la cérémonie. Opposite terror, leur second album de 9 titres est un concentré de rage et de brutalité vive. Si je mets de côté ce chant hurlé que je déteste – je ne trouve le plus souvent aucune finesse dans ce genre vocal sauf s’il se mêle à d’autres modulations – la musique, elle, mélange heavy, thrash, hardcore. Les changements de rythmes sont fréquents, ce qui permet de souffler un peu. Mais voilà, au fil de l’écoute, je me sens oppressé. Si Tankrust ne me séduit pas, au moins sa musique a-t-elle un effet sur moi et ne me laisse pas indifférent. C’est déjà ça. Mais c’est pas mon truc…