DIRTY SHIRT: Letchology

Roumanie, Metal (Apathia, 2019) – sortie le 8 mars

Si la scène rock roumaine reste assez méconnue en nos contrée, la donne risque bien de changer avec cette déflagration, cette folie douce ou furieuse, que nous apporte Dirty Shirt qui signe, avec Letchology, son dixième album. Et ça va dans tous les sens, une fête généralisée qui vire au joyeux bordel très organisé. La formation qualifie elle même sa musique de folk metal, sur fond de hardcore et d’une touche de punk. Mais si Dirty Shirt vient de Transylvanie, ne vous attendez pas à du folklore horrifique qui évoquerait Dracula. Bien au contraire, le groupe sait être à la fois sérieux lorsqu’il aborde des thèmes politiques – les morceaux les plus hardcore sont les plus engagés (Fake, Nem loptam…) – mais conserve surtout l’esprit slave, festif et coloré du folklore local (Latcho drown, Palinca, et les dingueries que sont Killing spree et Starea najiei). Les guitares se battent avec les accordéons, flûtes à bec et traversière. Les gars se sont mis à plus de 20 pour réaliser ce disque de… dingues qui part et fuse en tous sens. Une folie douce s’empare de la Roumanie et risque fort de déferler sur l’Europe. A ne pas rater!

Interview: DIRTY SHIRT

Entretien avec Mihai (Claviers, guitare). Propos recueillis à Paris, Doctor Feelgood le 24 janvier 2019

Metal-Eyes : Mihai, Dirty Shirt s’est formé en 1995, un premier album est sorti en 2000 et puis vous vous êtes séparéspendant 4 ans avant de revenir. Depuis 2010, vous êtes super occupés puisque vous sortez un nouvel album très régulièrement, vous tournez un peu partout dans le monde. En dehors de ces informations qu’on trouve sur le site du groupe, je ne connais rien. Que peux-tu me dire de plus ?

Mihai : Comme tu le disais, le groupe a commencé au milieu des années 90 en Roumanie, sur une scène qui commençait juste à exister, après la chute du communisme. Avant, il n’y avait rien, le metal était banni, donc on a découvert le metal après la révolution. Le rock, on connaissait un peu, surtout que dans les années 70, la Roumanie a connu une période plus ouverte. J’écoutais les disques de mon père : il y avait du Beatles, du Ray Charles…. Donc a une période, le rock, ça passait, mais le metal…J’en écoutais en cachette quand j’étais gamin. Il n’y avait rien, pas de festival, deux trois salles qui ont survécu à la révolution dans tout le pays, c’est tout. On peut dire que pour l’époque, on était un bon groupe roumain. Mais la scène roumaine, c’était 10 groupes, voilà ! (rires)

Metal-Eyes : Donc vous faisiez partie du top 10 !

Mihai : Voilà ! J’exagère un peu, il y avait une cinquantaine de groupes, mais il n’y avait pas les moyens d’aujourd’hui. Quand on a commencé à monter un peu, on a enregistré un premier albim avec les moyes de l’époque. Je suis venu en France par la suite… Pause totale du groupe, et par la suite…

Metal-Eyes : Tu es venu en France pour ?

Mihai : Les études. Et après, je suis resté ! J’ai fini mes études avec Erasmus. Je suis arrivé au tout début de 2001, il y a 18 mois, pile-poil. La suite… avec la possibilité de faire de la musique par ordinateur, je m’y suis remis, j’ai trouvé de nouvelles idées. En même temps, j’ai découvert le monde associatif français qui n’existait pas en Roumanie, donc la possibilité d’organiser des trucs, donc j’ai commencé avec un festival à Lille, j’ai redynamisé cette situation et par la suite, on a repris avec le groupe. Pendant 4-5 ans, on a beaucoup testé, beaucoup appris, notamment sur la façon d’organiser un projet, notamment par le biais de collaboration avec des groupes français, lors festivals… Mais aussi, on est devenu amis avec des groupes français avec qui on a beaucoup tourné, et beaucoup appris de leur part. Après une période de 5 ans avec… allez, une dizaine de dates par ans – la Roumanie à l’époque ne fasait pas partie de l’Union Européenne, il n’y avait pas encore de compagnies low-cost, donc ce n’était pas facile pour moi d’y aller – et en 2009, on a décidé de prendre plus sérieusement la carrière du groupe. On considérait qu’il y avait matière à faire quelque chose de plus sérieux. On a décidé de produire l’album de 2010 en France, avec Charles qui est depuis 10 ans  notre producteur. Et pas la suite, comme tu le disais, notre agenda est devenu de plus en plus chargé, avec un album quasiment tous les 2 ans et des concerts…

Metal-Eyes : Aujourd’hui, Dirty Shirt se situe comment sur la scène roumaine ?

Mihai : On est bien, sur la scène roumaine. On est dans le top 3 de la scène metal qui s’est beaucoup développée, qui bouge vraiment bien, même si elle est plus petite que la scène française, mais on a un public qui nous suit bien, on a été headliner l’an dernier sur plusieurs festivals en Roumanie… On a joué devant 5.000, 6.000 personnes, donc c’est plutôt cool.

Metal-Eyes : Letchology est un disque très festif avec du folk, du metal, du punk, plein d’influences… De quelle manière votre musique a-t-elle évolué depuis que vous vous êtes reformés ?

Mihai : Les premières démos qu’on a faites quand on s’est reformés était produites sur mon ordi : c’était un son très électro, très indus. C’est un style qu’on voulait tester, donc on l’a fait. Mais on voulait aussi toucher le folklore,le funk, donc on est allé dans tous les sens…

Metal-Eyes : Le folklore… on va y revenir, justement!

Mihai : Bien sûr, c’est complètement lié à l’histoire du groupe! Après, on a toujours évité de s’auto-censurer… Toute idée qui nous vient, on l’essaye : on ne sait jamais où ça peut nous porter. C’est pour ça qu’on va dans tous les sens, qu’on essaye des choses. Mais je considère que, malgré le fait qu’on a beaucoup changé, évolué, on garde la structure du son neo metal, mélangé à de l’indus et du hardcore. Ça, c’est le cœur de notre son. Après, tu ajoutes tous les sons possibles avec, bien sûr, le côté folklorique d’Europe de l’est qui est venu naturellement. En 2010, il y avait 2 ou 3 morceaux sur l’album, mais c’était pour le fun. Après, sur Freakshow, on a fait une reprise de morceau folklorique, on a rajouté le violon, l’accordéon en 2015…

Metal-Eyes : Maintenant, pour photographier tout le groupe, il faut un grand angle…

Mihai : Oui, voilà ! En 2015, on est allé plus loin dans la fusion avec le traditionnel : on a commencé à travailler avec plusieurs musiciens d’un orchestre traditionnel de là bas et maintenant, sur le dernier album, il y a 25 personnes qui ont participé aux enregistrements ! On a fait des tournées aussi à 24, le maximum je crois, c’était 28…

Metal-Eyes : Ouh ! Ca demande une sacrée organisation, une logistique pour les voyages et les hôtels…

Mihai : Logistiquement, c’est de la folie, mais aussi techniquement : préparer une tournée comme ça, c’est du boulot !

Metal-Eyes : De quoi parlent les textes de Letchology ?

Mihai : Il y a beaucoup de thèmes qui abordent les problèmes actuels de la société. Malheureusemùent, même des chansons vieilles de 5 ans sont encore d’actualité… Beaucoup parlent de politique, de social, d’environnement.

Metal-Eyes : Le titre aussi, pour nous, semble jouer sur l’écologie. Il signifiquoi, ce titre ?

Mihai : Letchology ? A la base, « letcho »c’est un plat traditionnel de Transilvanie, c’est mélange de légumes un peu comme la ratatouille. Pour rigoler, on a appelé l’album « letcho », parce que c’est un mélange de tout, et « logy » par ce que ça rajoute une notion de sciences, « l’art de mélanger les choses ».

Metal-Eyes : Vous aimez bien jouer sur les mots puisque l’album précédent s’appelait « Dirtylicious ».

Mihai : Exactement, et cette fois-ci, on voulait garder cet esprit. Mais il y a d’autres sujets, comme la manipulation sur Fake, les fake news des medias, ce genre de choses. Mais on est aussi là pour faire la fête alors il y a aussi des thèmes plus légers. En général, les chsansons plus folklorique parle de fête, de cœur, d’amour, d’amis…

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que vous préférez ne pas aborder ? Tu disais tout à l’heure ne pas vouloir vous autocensurer, mais dans les textes ?

Mihai : Je ne sais pas… on n’a jamais pensé à des thèmes qu’on ne veut pas traiter… Après, il y a peut-être des choses qui ne nous intéressent pas, c’est juste une question d’affinité.

Metal-Eyes : Seini se situe au Nord de la Roumanie, à la limite de l’Ukraine et de la Hongrie, en plein dans la région de Transylvanie. La région qui est réputé pour inspirer les romans et films d’horeur vous a-t-elle influencés dans la rédaction des vos textes ou de la musique ?

Mihai : Là, ce n’st pas de l’auto-censure, mais on voulait se limiter. Déjà, on est assez souvent comparés aux groupes folk metal, mais nous, on n’est pas dans ce trip. Alors écrire des textes liés à la région ou à Dracula, ça aurait mis encore plus de confusion. Ben non… Même s’il y a quelques clins d’œil, comme sur Put it on, il y a le mot « vampires »… En plus ça ne colle pas avec la musique, ce n’est pas la même ambiance. Si on voulait le faire, on aurait joué du gothique ! (rires)

Metal-Eyes : Vous allez bientôt tourner en Europe, dont 5 concerts seront donnés en France. Vous en attendez quoi de ces concerts ?

Mihai : Qu’il y ait du monde, c’est le plus important ! Après, on s’occupe du reste ! Nous serons 16, donc une version intermédiaire. On n’a pas encore la notoriété nécessaire en France pour faire de plus grandes salles, donc on a voulu trouver le bon compromis entre dimension de la scène et capacité d’accueil. Après, dans plusieurs salles, on va être obligés d’élargir la scène pour tous monter ! On va avoir chaud, c’est sûr…

Metal-Eyes : Si aujourd’hui tu devais ne retenir qu’un titre de Letchology pour expliquer ce qu’est Dirty Shirt aujourd’hui, ce serait lequel ?

Mihai : Aujourd’hui ? Je pense à Killing spree et à Starrae natjiei, parce que c’est des morceaux qui vont dans tous les sens ! Ils sont les plus variés, les autres sont plus homogènes et donc, moins représentatifs du mix qu’on fait.

Metal-Eyes : Dernière question : quelle pourrait être la devise de Dirty Shirt en 2019 ?

Mihai : Wouf… En français en plus ? Oui ! « En avant ! », on y va en avant.

Metal-Eyes : Quels sont les projets, autre que cette tournée ?

Mihai : Déjà, il y a deux clips qui vont sortir, une lyric video et un vrai clip qu’on a tourné le week end dernier à Montpellier. Il n’y avait que les chanteur et une chanteuse qui fait les backing vocals, version light, quoi ! Ensuite, on voudrait bien faire une autre tournée, en France, sur l’autre diagonale. Parce que si tu regardes, on tourne toujours de Lille à Paris, Rhône Lapes et Paca… On a fait 3 tournées en France, et maintenant, il faudrait qu’on fasse l’autre : Nancy /Metz et descendre jusqu’à Bordeaux, Montpellier, Toulouse… Surtout qu’il y a des gens qui nous demandent dans la région, et on n’y a jamais joué. Mais c’est compliqué d’organiser ça, dans des endroits où on n’a jamais joué…

Metal-Eyes : Et financièrement, ce n’est pas évident non plus…

Mihai : Non, même si on a eu la chance que cette année c’est las saison culturelle France – Roumanie. On a eu la chance que notre projet soit retenu et subventionné, ce qui nous  a permis de faire ça. Sion n’avait pas été subventionnés, on aurait fait sans orchestre, c’est simple !