Interview: ASYLUM PYRE

Interview ASYLUM PYRE. Entretien avec Johann (guitare, chant). Propos recueillis au Black Dog à Paris, le 11 avril 2019

 

Metal-Eyes : Vous avez passé toute la journée en promo. Comme ça a été jusque là ?Il y en a une qui a l’air particulièrement en forme aujourd’hui… (Note de MP : Oxy Hart, la chanteuse est particulièrement blagueuse et répond à une autre journaliste)

Johann: (Il rit) oui, oui… Je suis moins expansif mais ça fait plaisir. Tout se passe super bien, les questions sont intéressantes, les retours sur l’album sont super…

Metal-Eyes : Vous sortez aujourd’hui votre quatrième album. Comment ce N°4 – ou « number four », je ne sais pas comment vous l’appelez, mais vous chantez en anglais…

Johann: … c’est selon les pays, c’est adaptable.

Metal-Eyes : Comment a-t-il été conçu ce nouvel album ? Dans la création et la composition, avez-vous changé vos habitudes de travail ?

Johann: Oui et non. Ce qui n’a pas changé, sur ce disque par rapport au précédent, c’est que c’est moi qui apporte la base des morceaux. J’aime bien arriver avec des morceaux quasiment complets dans la structure, la mélodie, les paroles, mais il y a beaucoup de choses qui restent à faire, de arrangements, des structures à réarranger, tout ce qui est travail de groupe. Et là, comme l’équipe a changé, ça a forcément changé des choses, notamment avec l’arrivée de Thomas Calegari à la batterie, qui est avec nous depuis 2016 – avec la tournée Rhapsody. C’est quelqu’un qui a 30 ans d’expérience, qui sait comment faire sonner une batterie, lui donner du groove, jouer ce qu’il faut et pas plus. Il était associé à Pierre Emmanuel Pélisson à la basse qui a pas mal d’expérience aussi (ex Heavenly) et les deux, ça fait une bonne assises. On a travaillé les guitares avec Niels Courbaron, qui était avec nous sur les tournées. C’est un ami et quand on a enregistré l’album, on n’avait pas de guitariste et il m’a aidé à le faire. Et on a énormément travaillé avec Oxy sur les arrangements, les lignes de chant, la répartition…

Metal-Eyes : Oxy qui est aussi arrivée en 2016.

Johann: Tout à fait, à l’été 2016.

Metal-Eyes : Donc cette nouvelle équipe date de 2016 ?

Johann: Quasiment. Le changement qu’il y a eu c’est que l’année dernière, Pierre Emmanuel avait des problèmes de disponibilité, donc on avait dû se séparer. Là, il redevient disponible, mais, ce qui est amusant c’est qu’entre-temps, on lui a trouvé un remplaçant à la basse, à savoir Fabien, et PE est revenu, en tant que guitariste. Et on s’aperçoit qu’il déchire autant à la guitare qu’à la basse, et c’est très plaisant.

Metal-Eyes : J’imagine que tous ces changements ont forcément entraîne des modifications dans l’esprit et le fonctionnement du groupe. Comment analyses-tu l’évolution d’Asylum Pyre entre vos deux derniers albums ?

Johann: Déjà, je sais plus ce que je veux, je sais aussi plus dire au gens ce que je veux. J’ai un peu hérité de ce rôle de leader, je n’aime pas trop ce terme, mais je sais que parfois on attend de moi de montrer de façon un peu plus nette une direction. Ce que je ne faisais pas forcément sur les albums d’avant. Trouver le bon équilibre entre savoir où on va et ne pas imposer trop de choses, c’est finalement là-dessus que j’ai le plus progressé. Même si dans le futur j’ai vraiment envie d’ouvrir la porte de la composition à tous les membres du groupe. Jamais une proposition ne sera mise à la poubelle sans qu’elle ne soit testée, essayée. Aujourd’hui je sais beaucoup plus vers où aller. L’album d’avant aurait dû sonner comme celui-ci, mais voilà : tous les gens impliqué dans le process de l’album, internes ou externes au groupe, tout le monde traversait une phase pourrie de sa vie, quand on a enregistré Spirited away. Ce qui a eu un impact sur le résultat. Avec le recul, je me dis que cet album aurait dû sonner comme N°4. Je n’exclu pas la possibilité, et j’aimerai même le faire, la possibilité de le réenregistrer de façon plus sereine et donner une meilleure chance à ces titres.

Metal-Eyes : Il y en a qui l’ont fait. Je pense notamment au thrashers de Hemoragy qui ont réenregistré entièrement Jesus king of wine dont le son au départ était complètement pourri et qui ont voulu lui donner uen seconde vie. Revenons à vous : au moment d’enregistrer ce disque qui, je l’espère va marquer les esprits, vous rendiez-vous compte, ou vous rendez-vous compte aujourd’hui, du nombre de hits potentiels que vous avez pondus ?

Johann: Je ne sais pas… ça me fait vraiment très plaisir tout ce que tu dis, ça me touche vraiment, merci. C’est… Pour moi, un bon morceau, en tout cas pour moi, c’est d’abord un bon refrain. 90% du temps, je commence par écrire le refrain et après ça se construit. Quitte à ce que, paradoxalement, sur un titre comme (D)earth, on avait un morceau, on l’a travaillé ensemble et on a quasiment tout changé derrière (rires)… jusqu’au refrain qui a été totalement changé. C’était une sorte de truc fusion qu’on a créé avec Oxy sur le refrain, mais le morceau en lui-même a été rechangé suite à une rythmique de batterie. Thomas a proposé quelque chose… et c’était pas ta question (rires).

Metal-Eyes : Non… En fait, quand tu regardes les réseaux sociaux, quand on parle du groupe, de l’écoute de l’album, les gens s’emballent. Je n’ai vu que des commentaires positifs. Aujourd’hui, vous dites vous « on tient quelque chose » ? Parce que, ça, il va falloir le travailler…

Johann: J’attends d’avoir tous ces retours pour savoir comment me positionner. J’ai vraiment fait l’album qui me plaisais, que j’aurais envie d’écouter en terme de refrains, en fait. J’adore chanter les refrains, c’est pour ça que je suis parfois client de choses un peu pop, Sia ou Lady Gaga, je trouve ça génial. On essaye de retrouver ça tout en ayant comme objectif des groupes ultimes comme – c’est un objectif – comme Queen qui arrive à faire à la fois des refrains accrocheurs et avoir des structures et des arrangements hyper complexes. Et ça, c’est une sorte de graal absolu. L’ingé son nous avait dit ça aussi, que tous les titres pouvaient servir de single. J’ai envie de continuer dans cette voie là. C’est ce qui me fait vibrer, avec le côté épique. Peut-être refaire des chansons un peu plus longues aussi, ce qui sera sur l’album prochain. On a déjà quelques idées aussi…

Metal-Eyes  (l’interrompant) : Pour le moment, parlons de celui-ci…

Johann: Oui : on a juste fait l’album qui nous faisait plaisir. Pour finir avec cette question, tu me demandais si j’en avais conscience. Je ne sais pas si j’en avais conscience, mais je sais que c’est la première fois, quand je suis sorti du studio et que j’avais le produit fini entre les mains, je l’ai écouté chez moi ou dans la voiture, alors que pour les 3 autres, jamais ça ne m’est arrivé. Je repérais trop de choses et me disais qu’on aurait pu faire comme-ci ou comme-ça, et là je le réécoute avec plaisir, juste pour le plaisir, comme si c’était l’album de quelqu’un d’autre.

Metal-Eyes : Justement, votre ingé son vous a  dit que chaque titre pouvait faire office de single. Toi, si tu devais ne retenir qu’un titre de ce N°4 – numer fier, ja !  (il explose de rire) – si tu devais ne retenir qu’un titre pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ? Pas ton préféré, pas le plus radiophonique, mais celui qui vous représente… Quelqu’un qui ne connais pas le groupe, tu lui dirais « écoute ça, c’est ce qu’on fait »

Johann: Ah ! Pas mon préféré… C’est une bonne question…

Metal-Eyes : J’aime bien en poser de bonnes de temps en temps.

Johann: Oui…J’hésite quand même entre trois titres… One day, pour le côté un peu moderne et pop à la fois, avec du rap et des choses un peu plus agressives ? On first earth, parce que ce titre mélange du speed et de l’émotionnel un peu plus soft. Mais quand on voulu auditionner des personnes, quand on recherchait un guitariste, j’envoyais MCQ drama parce que là, il y a tout ce qu’on fait : de la gratte, du crunch, du speed, du solo torturé, du solo mélodique, du trip épique… Un peu de tout. C’est peut être MCQ drama qui montre le plus de choses. C’est une chanson qui traite de la difficulté à faire des choix et musicalement on s’est dit « ne faisons pas de choix, mettons tout »

Metal-Eyes : L’autre jour, j’étais chez un disquaire pas très loin d’ici. Il passait une chanson qui me fait de l’effet à chaque fois : Sex, drugs and scars. Pourquoi ce titre ? Le sexe, ok, les drogues, pas trop mon truc, les cicatrices… en dehors de celles du cœur…

Johann: Il faut replacer tout ça dans un contexte global, déjà du concept, qui est lié, à la base, à l’écologie, à nos sociétés et mal que les gens de nos sociétés peuvent ressentir, par le stress des grandes villes, du monde du travail… et qui amène peut-être à des déviances, à essayer de trouver dans des choses un aspect rassurant, dans le sexe parfois. Il y a un aspect rassurant même s’il est totalement éphémère. Les drogues dont on parle ce n’est pas celles comme l’héroïne, la cocaïne ou même la beuh, même si pour certains, ça peut l’être. Celles auxquelles on fait le plus référence dans cette chansons ce sont celles prescrites par les médecins, les anxiolytiques, anti dépresseurs qui sont là pour soigner les effets et non les causes et qui ne vont pas forcément t’empêcher d’aller dans des déviances. ET les « scars », c’est comme tu dis, les blessures internes, le blessures du cœur avec lesquelles tu vas t’en sortir en ayant cru te soigner par des choses un peu simples, des choses artificielles et au final, tu t’en sors plus mal qu’au début.

Metal-Eyes : Un autre titre m’a aussi marqué, c’est Borderline où le chant d’Oxy est en effet complètement borderline. Elle est vraiment limite… Vous l’avez travaillé comment ? Celui-là, il évoque Queen…

Johann: C’est venu assez naturellement. Il n’y a rien où on se soit forcé. On a retravaillé certaines choses mais on ne s’est pas forcés. Finalement, il y avait dans Borderline un couplet pas terrible. J’ai dit à Oxy de tenter ça, un peu comme… Ah, cet artiste pop un peu torturé… Gwen Stefani, Bjork (Note de MP : un peu de Klaus Nomi, aussi ?) … Elle a ce côté un peu caméléon, elle sait tout faire. Je lui ai dit « vas-y, teste ça » et ça allait bien avec ce côté borderline, qui n’est pas de la dépression, pas de la schizophrénie… Ce clin d’œil là est ressorti en fait assez naturellement.

Metal-Eyes : Un album se défend sur scène. Déjà, la première et dernière fois que je vous ai vus, c’était au PMFF, à Ris Orangis. Je dois t’avouer que vous avez offert une des prestations qui m’a le moins marqué.

Johann: Ah oui ?

Metal-Eyes : Ce que j’avais écrit à l’époque c’est que mon sentiment est qu’il n’y avait pas une véritable unité entre les musiciens. Quel en est ton souvenir et comment allez-vous défendre ce disque sur scène ?

Johann: Euh… c’est marrant parce que pour le coup on avait plutôt eu des retours inverses. Le line-up avait beaucoup changé, je ne sais même pas si PE était à la basse… C’était un peu dans le speed, c’était un des premiers concerts qu’on donnait, l’album n’avait pas encore été enregistré. Finalement, je pense que peut-être qu’on était moins soudé, comme tu le dis. Aujourd’hui, je suis assez confiant sur la suite parce que humainement quelque chose s’est créé entre les membres du groupe qui fait qu’il y a une réelle unité qui permet de partager et de s’ouvrir au gen,s. Je pense que parfois, par le passé, sur scène, on essayait de se donner mais, par certaines choses, il y avait une sorte de filtre entre le public et nous, ce qui est en train de s’estomper totalement notamment grâce à la personnalité d’Oxy qui ouvre la musique au reste de l’audience. On se prépare, déjà pour être bien carrés au niveau de l’interprétation.

Metal-Eyes : Et au niveau visuel, vous préparez des choses ?

Johann: On va travailler un peu le jeu de scène, on va avoir quelques éléments visuels à mettre sur scène. Ce sont des éléments qui vont s’étoffer au fil des dates. Malheureusement, ça a un cout, aussi, mais on va notamment le travailler pour un concert à la rentrée. Aujourd’hui, on n’a pas donné de release party ou d’autres concerts parce que ça n’avait pas trop de sens de faire un truc juste après la sortie avec ce nouveau line-up. Ca fait longtemps qu’on est absent. On voudrait installer cet album dans le paysage, reconvaincre les gens de venir nous voir et installer cet album dans le paysage avant de donner ce concert à la rentrée.

Metal-Eyes : Ce qui permettra à l’album de sortir, de vivre et de trouver son public.  C’est Béranger Bazin qui est responsable de cette pochette que je trouve superbement gothique. Quelle est la signification de cette princesse couronnée qui porte un masque à gaz ?

Johann: Oui. Aujourd’hui, il y a cette évolution de l’état de la terre au fil des albums. Il y a un impact sur les gens et aujourd’hui, on se retrouve dans une situation où notre réveil est obligatoire – The mandatory awakening, qui est un peu le sous-titre de cet album (Note : je m’en saisis et le tourne en tout sens sans trouver ce sous-titre…) Qui n’apparait pas (il rit). Dans cet univers, qui est plus dans le pré apocalyptique, on essaie de lever des combattants, des armées pour défendre la terre. Les membres du groupe sont des personnages ayant une double vie : une officielle, une dans la résistance. Le personnage d’Oxy, dans le monde officiel, est mannequin, top modèle, et elle est l’égérie d’une marque de parfum, qui est le numéro 4, en clin d’œil à un autre numéro. La pochette devait être un peu comme une pub de parfum. Et puis, on est dans un monde, en 2050, où l’air est devenu tellement irrespirable, le masque à gaz indispensable, que des gens ont eu l’idée d’en faire des éléments de mode. Elle est reine de beauté avec un masque à gaz.

Metal-Eyes : Si tu devais imaginer une devise pour Asylum Pyre en 2019, ce serait quoi ?

Johann: Il y en plusieurs. Dans la pochette de l’album, il y a celle que j’écris partout, qui est « Tree your mind », libère ton esprit en y mettant un peu d’arbre dedans. Il y aussi le logo, avec les racines de l’arbre et, en haut, le côté rigide des villes. Ce mélange de tradition et modernité qu’on peut retrouver dans la musique. On a aussi un clin d’œil : on a une communauté qui s’appelle My Eternal Trees Among Legion et si tu regardes les initiales, ça fait METAL. Et on a aussi Metal : once you’re in, you’re in for life : on a le côté musique metal, et défendre les arbres, une fois que tu y es, c’est aussi pour la vie.

Metal-Eyes : Quelle a été la meilleure question, la plus surprenante qui t’ai été posée aujourd’hui ?

Johann: Ah… C’est celle que tu m’as posée tout à l’heure, et je t’ai dis « bonne question »…

Metal-Eyes : Euh… « Si tu devais ne retenir qu’un titre » ?

Johann: Oui, c’est ça. Quelqu’un m’a parlé aussi du fait que quand le numéro 5 a été créé par Chanel, ils voulaient faire quelque chose d’artificiel. Il voulait savoir si nous aussi on voulait faire quelque chose de artificiel. En effet, le coté artificiel de la musique et des personnages est intéressant.

 

Interview: JOHN DIVA AND THE ROCKETS OF LOVE

Entretien avec John Diva (chant). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris, le 11 mars 2019

Metal-Eyes : John, comment se passe cette journée promo à Paris ?

John Diva : Superbement bien. Tu sais, je suis arrivé hier de Berlin, après 3 jours de fête non stop. Mon avion est arrivé hier avec 2 heures de retard à cause d’un orage, mais je me suis levé ce matin, pris mon café au lait (en français), ai été récupéré par une Mercedes noire, suis arrivé ici et ai eu de très intéressantes conversations avec des gens sympa. J’ai maintenant la certitude que le rock vit encore en France.

Metal-Eyes : Commençons avec cette première question : qui est John Diva ?

John Diva : John Diva est un gars qui a grandi au son du rock, avec un cœur qui bat au rythme du hard rock, grâce à une mère très branchée heavy. Elle a tout fait pour que je trouve mon chemin, que je devienne quelqu’un. Entre temps, je me suis égaré comme toute personne qui tente de grandir et veut devenir une rock star.

Metal-Eyes : OK. Et tu as grandi en Allemagne, c’est bien cela ?

John Diva : Non, aux USA. A San Diego.

Metal-Eyes : Donc John Diva and the Rockets of Love est un groupe américain.

John Diva : Oui.

Metal-Eyes : Mais il y a eu beaucoup d’activité en Allemagne. Explique-moi un peu…

John Diva : C’est parce que les gens du Wacken se sont très tôt épris de nous et ils nous ont accueillis pour la première fois à l’affiche du festival en 2013, puis à nouveau en 2015 et 2018. Entre temps, ils nous ont faits venir sur de plus petits événements, le Metal Cruise, le Metal Mountain, un festival où on skie quelque part dans les Alpes, Metal… Je ne sais plus, à Palma de Majorque. On a été assez en contact avec la scène metal allemande, qui est très active. On a été un peu comme des paons : cet univers est assez sombre, et nous, on est plutôt rose, vert, on apporte de la couleur au programme.

Metal-Eyes : Nous allons parler de la couleur, justement. Tu as dit que tu as été élevé par une mère amatrice de metal. Il semble que tu as été élevé au son du hair metal . Quelle a été ton éducation musicale ?

John Diva : Mon éducation musicale ? Principalement le son de Californie, fin des années 70 et années 80.

Metal-Eyes : Ce qui exclut donc Bon Jovi qui vient du New Jersey…

John Diva : En effet, mais incontestablement Diamond Dave et Van Halen, par exemple (Note de MP : il y a pourtant de fortes influences du Bon Jovi des débuts, tant musicalement que vocalement…) C’est un groupe auquel je me réfère facilement.

Metal-Eyes : Great White ? Ratt ?

John Diva : Oui, aussi, toute cette génération. Poison, Cinderella. Egalement des groupes anglais, comme Def Leppard, Whitesnake.

Metal-Eyes : Whitesnake… à partir de 1987 j’imagine ?

John Diva : Oui, oui. J’étais aussi fan de Deep Purple. Mon père m’a laissé plein de disques de Deep Purple dont j’ai été fan jusqu’en 1981 ou 1982. J’étais fan de Coverdale et je l’ai suivi jusqu’à ce qu’il explose, avec Steve Vai. Toute cette scène a été importante à mes yeux, et à ceux de mes amis, The Rockets of Love. C’est avec cette musique que nous avons grandis. C’est ce qui a créé nos goûts musicaux.

Metal-Eyes : Ta mère, fan de rock, a-t-elle vraiment dit que le rock est mort (Note : en référence au titre de l’album : Mama said rock is dead)

John Diva : Tu sais, c’est un de ces jours où quelque chose l’avait frustrée, je en sais pas quoi. Moi, je sortais, ma guitare sous le bras, et elle m’a dit « Johnny, ne perd pas ton temps avec le rock. Il est mort selon moi »

Metal-Eyes : C’était quand ? Dans les années 90, à l’explosion du grunge ?

John Diva : Oui, j’avais… 14 ans. J’ai oublié cet épisode pendant longtemps, mais en écrivant ce disque, ça m’est revenu. Ecrire, c’est un voyage en toi, c’est un peu comme une thérapie, spécialement avec le glam rock qui a été important et qui a disparu pendant longtemps. Alors les choses ont changé, on cherchait un titre pour l’album, et, je crois que c’était Lee et Snake (tous deux présents mais ne participants pas à cette interview) qui m’ont dit « tu dis ce truc, dans Rock n roll heaven : Mama said rock is dead ». Plus on a utilisé ce titre, plus c’est devenu un mantra : je voulais prouver à ma mère qu’elle avait tort, et me prouver aussi que j’avais tort : plus tu t’investis, plus tu perds la foi.

Metal-Eyes : Or il te faut trouver la force de continuer quelque part, positiver…

John Diva : Oui, tu as tout à fait raison. C’est, je crois, ce que nous avons fait avec ce groupe, en live, et nous avons développé une certaine réputation en tant que groupe de scène. Après quelques années, on s’est dit que nous pouvions réaliser un nouveau disque, écrire de nouvelles chansons. Tu ne peux pas réinventer le rock, mais tu peux contribuer, en faire partie en écrivant de nouvelles chansons, en créant de nouveaux spectacles, et c’est ce que nous avons fait ces deux dernières années.

Metal-Eyes : On ne peut pas éviter de faire une comparaison avec Steel Panther. Mais c’est principalement dan le look glam, plus que dans la musique. Comment décrirais-tu ce qui vous différencie ? Vous semblez un peu plus sérieux…

John Diva : Exact. Tu sais, Steel Panther est un bon groupe, ils ont réussi à créer une vitrine pour le glam, qui renoue avec le succès. En même temps, ils font partie de ces groupes qui parodie un genre, en rient, ce qui est complètement cool, mais ce n’est pas notre façon de voir les choses. Notre message est de n’exclure personne, d’accueillir toute personne qui veut s’habiller, devenir dingue, qui pourrait avoir honte de son look, mais si tu viens chez nous, tu te fringues comme tu veux, tu peux être un paon et tu seras bienvenu !

Metal-Eyes (lui montrant la photo du livret de l’album) : et tu peux te balader dans un pyjama blanc en compagnie de tes potes habillés normalement !

John Diva : (il rit) oui, tu peux ! C’est une communauté, ça n’a rien à voir avec le sexe mais avec l’amour, celui qu’on partage, donner les uns aux autres assez de force pour délirer, devenir celui que tu as toujours voulu être. Ce qui n’est pas facile, de nos jours…

Metal-Eyes : De quoi traitent vos textes ?

John Diva : Principalement, on parle d’amour, de romance, de te réinventer en amour. L’amour est sans doute le meilleur moyen de se réinventer : tu peux très bien te balader sur un boulevard parisien, croiser une superbe fille et une minute après, tu la perds de vue. Mais pendant une minute, tu as été amoureux. Je suis un grand romantique, et tant que tu es là dedans, c’est dans ton pouvoir masculin, mais ça peut te quitter. Le réalisme de l’amour est si puissant que, selon moi, il y a beaucoup de choses à écrire à son sujet. C’est mon message : soyons positifs les uns avec les autres.

Metal-Eyes : Ce positivisme est partout puisque tu chante qu’il n’y a pas de place pour le rock en enfer. D’habitude, on dit le contraire…

John Diva : Tu sais, il doit y avoir une de ces fêtes en enfer, mais j’imagine aussi que c’est blindé de monde, en ce moment… Moi, je préfère les bons hôtels, avec de grandes piscines dans lesquelles je peux me baigner seul… Alors j’imagine un grand endroit accueillant où on puisse aussi jouer du rock le paradis du rock. J’imagine que David Bowie s’y trouve, et d’autres aussi.

Metal-Eyes : Si tu devais choisir une seule chanson de ton album pour expliquer à quelqu’un qui ne connait pas John Diva And The Rockets Of Love ce que vous êtes, ce serait laquelle, et pourquoi ?

John Diva : Evidemment, si tu veux nous comprendre, il faut voir l’image dans son ensemble… Nous avons choisi Lolita comme premier single parce qu’elle décrit ce que nous visons : passer du bon temps, avec amour, la Californie ensoleillée, du rock. Vivre, et apprécier la vie. Une journée sur la plage, avec les copains, deux ou trois bières, commencer à te sentir bien alors que le soleil couchant apporte une superbe lumière…

Metal-Eyes : Devrions nous nous attendre à vous voir live, en France et en Europe ?

John Diva : Vous devriez, et c’est la raison de notre présence : nous avons eu de très bons retours de France, mais nous n’avons pu y jouer. Olivier (Garnier), qui nous a fait venir, est en contact depuis quelque temps avec notre management, et il y a une possibilité de faire venir le groupe en France, sur des festivals et autres, et, espérons-le, pouvoir organiser une tournée.

Metal-Eyes : A quoi doit-on s’attendre lors d’un concert du groupe ?

John Diva : Beaucoup d’énergie, et, si tu t’ennuies, si tu en as marre de ta garde robe, de ta vie, de Netflix, de tes addictions internet et que tu veux sortir le vendredi soir pour rencontrer des gens qui te ressemblent ou quoi sont ton opposé, alors, unissons-nous et créons un lien fort pendant deux heures.

Metal-Eyes : Tu as répondu à des questions toute la journée. Jusqu’à présent, quelle a été la meilleure question, la plus surprenante, qui t’a été posée ?

John Diva : J’ai une très mauvaise mémoire, tu sais… Il y a eu ces deux femmes, qui se nomme The 80’s babies. Elles sont venues avec des cartes, qu’elles ont retournées sur la table et il fallait que j’en choisisse. Au dos, il y avait une question. J’ai trouvé que c’est une bonne idée. Il y a une question « De quoi te souviens-tu des années 80 ? » J’ai répondu que je n’en sais rien, j’étais bourré !

Metal-Eyes : Tu étais trop jeune pour être bourré !

John Diva : Ouais, c’est ce que ma mère disait aussi (rires)

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de John Diva And The Rockets Of Love en 2019 ?

John Diva (il réfléchit) : Prouvons à nos mères qu’elles ont tort. Faisons en sorte de devenir ce que nous avons toujours voulu être.

Metal-Eyes : Attends, il faut éclaircir un point : ce gars (je désigne le barbu stylé) est Lee. Celui-ci (le plus grand) est Snake, exact ? Alors comment se fait-il que ce soit Lee qui soit habillé avec ce qui ressemble à de la peau de serpent ? (John explose de rire) En tout cas, merci beaucoup, et j’espère que nous aurons bientôt l’occasion de vous voir sur scène. Profitez de votre séjour ici, à Paris.

John Diva : Merci beaucoup, et n’hésitez pas à venir nous rejoindre sur facebook – facebook.com/johndivarocks – on a plein de choses à partager

Snake : Aa fait (il me montre la pointe de ses bottes) : ça c’est de la vraie peau de serpent, pas comme ses fringues (il désigne Lee)…

 

Interview: WELCOME X

Entretien avec Philippe (basse) et Sam Kün (chant). Propos recueillis à Paris, Hard Rock Cafe, le 22 janvier 2019

Metal-Eyes : Une question simple, directe : Welcome-X, c’est quoi ?

Philippe : C’est un groupe de rock’n’roll, à la base. C’est une idée qu’on a depuis longtemps, qui a pris forme il y a un peu plus d’un an.

Metal-Eyes : Le « on », c’est qui ?

Philippe : Sam et moi. On est les initiateurs de cette chose là.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui a déclenché, pour tous les deux, l’envie de monter ce groupe ?

Philippe : On a tous les deux une grosse sensibilité pour le rock au sens large, du metal au blues, en passant par le rock des années 60. On s’est retrouvés avec des goûts communs et une volonté commune de monter ce groupe. Quand on a commencé à travailler sur les compos, il s’est avéré qu’on avait une optique complémentaire qui fonctionnait très bien. Quelque part, ça a été très facile.

Metal-Eyes : Et vous vous êtes rencontrés comment ?

Sam : Je travaillais dans les bars jazz à Paris, le caveau des oubliettes, ioù on recevait pas mal dartistes, jazz, blues. Philippe venait jammer, il y avait beaucoup de musiciens, moi, j’allais beaucoup chanter, aussi. On a fait des bœufs ensemble et on s’est dit qu’un jour, il faudrait qu’on fasse quelque chose.

Metal-Eyes : Donc vous vous êtes rencontrés via l’alcool…

Sam (il explose de rire) : C’est exactement ça ! Ouais !

Metal-Eyes : Welcome-X est composé de Welcome qui veut dire « bienvenue ». Mais le X… Quelle est la signification du nom du groupe ?

Philippe : Justement : le X représente une inconnue. Au sens mathématiques, ou au sens humain, X étant tout le monde et n’importe qui, sur la planète entière. Le Welcome-X a 2 signification, selon le point de vue : du notre, c’est ce que l’on découvre en faisant notre musique ensemble. Musique qui fini par exister d’elle-même et qui nous échappe. Donc on découvre ce qu’on est en train de faire avec un grand plaisir. Un peu comme un explorateur. « Bienvenue à ce que l’on est en train de découvrir », cette aventure qu’on est en train de vivre. D’un autre point de vue, ça signifie « bienvenue à tous ceux qui veulent participer à cette aventure », ceux qui ont la sensibilité pour écouter ça, qui ont certaines sensibilité pour y trouver du plaisir musical, à qui ça peut réchauffer le cœur, peut-être.

Sam : C’est vraiment bienvenue à tout le monde, c’est pour ça qu’on n’a pas envie d’avoir une étiquette de style : le spectre est très large.

Metal-Eyes : Moi, si j’ai une étiquette à mettre c’est « barré » (rire général). On va y revenir.

Philippe : C’est une grosse étiquette !

Sam : C’est vraiment ouvert à tout le monde…

Philippe : Et puis, il y a un petit jeu de mots : si on le découpe autrement, ça peut devenir Well, qui veut dire « bien » et Comics…

Metal-Eyes : Je découvre le groupe et ce qui est mis en avant, c’est bien évidemment ta présence, Philippe, bassiste de Magma. Vous venez de deux univers musicaux différents mais complètement barrés. Sur le papier, il y a un univers assez jazz fusion, un autre un peu plus metal. J’entends dans ton chant, Sam, quelques influences extrêmes (il approuve), d’autres à la Rage Against The Machine (il approuve aussi). Qu’avez-vous mis dans cet album ?

Philippe : On a mis notre propre goût, nos goûts au sens large. On voulait que ça nous plaise, que ça nous excite à jouer cette musique. Après, je pense qu’on a chacun une culture musicale très large. En ce qui me concerne, j’écoute toutes sortes de musiques  des années 50 à aujourd’hui, et je ne me suis pas fixé de barrières dans le sens où je n’ai pas voulu, en tant que compositeur, faire une musique qui ressemble à untel ou untel. Il y a trop de choses qui me plaisent et tellement différentes que je ne voulais pas me rapprocher d’un pôle plutôt que d’un autre. Je me suis vraiment fié à mon instinct et mo goût pour élaborer la base des compositions, et ensuite, Sam a posé sa voix, ça a commencé à prendre forme. Il n’y avait pas de cahier des charges, pas d’objectif autre que ça nous plaise. Qu’on soit heureux de le faire, de le faire avec d’autres, que jour après jour on puisse se faire plaisir.

Metal-Eyes : Le premier album m’a emporté dans un univers étrange, parfois assez oppressant, parfois mélancolique… Vous ne vous fixez pas de limites, mais quelle est votre intention musicale ?

Sam : C’est ça, ce que tu viens de dire : procurer des émotions. Qu’elles soient comme ce que tu as ressenti là, mais ça peut être plein d’autres choses : le côté heureux, voyage. C’est ça, c’est ce qui nous nourris. On me dit parfois que « ça m’a fait penser à ça, j’ai telle image dans la tête »… Ca c’est cool, ça veut dire qu’on a fait notre taf, qu’on t’a emmené ailleurs

Metal-Eyes : Il y a un aspect assez osé aussi, quand on regarde la durée des titres de ce premier album… Il y a le côté fusion, progressif, un peu jazz de Magma qui explique ça, c’est beaucoup moins fréquent dans le rock. Là aussi on voit que les barrières tombent. Il n’y a aucune intention de passage sur des radios « traditionnelles »

Sam : On n’a pas pensé à ça, ni au style, ni à la durée, ni au fait qu’on puisse passer ou pas en radio. En fait, les morceaux se sont imposés d’eux-mêmes. Après, on se retrouve avec des pièces qui font telle ou telle durée, mais ce n’est pas quelque chose qu’on a cherché à contrôler.

Philippe : D’une façon assez curieuse, au départ, je n’avais pas dans l’idée de faire des morceaux longs, un peu progressifs. L’idée c’était plutôt de faire des morceaux simples, accessibles, de façon relativement instinctive, immédiate. A priori, ce serait plutôt un format assez court. En creusant, une dois que les idées apparaissent, quand on commence à manipuler ça dans tous les sens, quand les morceaux prennent forme – parce que ça ne commence pas toujours par le début, parfois, on commence par le milieu ou la fin, le début arrive après, il n’y a pas de règle en plus. Au final, on s’est retrouvés avec des morceaux longs, de 8, 9 minutes, mais c’était un peu une surprise pour moi.

Metal-Eyes : Il y a aussi ce Behold your karma qui atteint les 10’. En écoutant l’album, j’ai l’impression que vous vous faites plaisir, d’entendre un groupe « à l’ancienne » qui se retrouve en studio, qui jamme et…

Sam : C’est exactement ça, ce qu’il se passait dans les années 70. Les premiers Black Sabbath, Purple, comme quand tu es gamin et que tu te retrouves dans ton garage. C’est le même plaisir.

Philippe : C’est vraiment ce qui s’est produit parce que la musique on l’a écrite relativement vite,en 6 mois. Après, les répétitions, quand le groupe a été monté, ça s’est fait très vite, tout le monde a participé, s’est approprié la musique, a apporté sa touche – je parle des guitariste et du batteur qui sont arrivés après…

Metal-Eyes : Donc Joesph Champagnon et Thomas Coeuriot, et Yohan Serra.

Philippe : Exactement, et comem on répétait au Triton à ce moment-là, ils nous ont proposé de faire un album au mois de juillet. Moi, je n’y avait pas pensé, je me disais qu’un album, ce serait, peut-être, pour l’année prochaine. Et en fait, le studio est fermé au mois de juillet, il a été réouvert pour ça, et on s’est dit « pourquoi pas ? » On a pris le risque et en fait, c’était une très bonne idée parce qu’il y avait encore cette fraîcheur. ET on a enregistré, comme dit Sam, un peu à l’ancienne. On n’a pas fait d’abord tel instrument puis tel autre, non : on a tout fait, ensemble, pas au clic.

Sam : On était dans la même pièce, on se regardait dans les yeux. C’est très différent de ce qui se fait aujourd’hui où t’a un mec qui arrive en studio une semaine, puis c’est au tour d’un autre. On a vraiment fait les choses ensemble.

Metal-Eyes : Le bœuf, donc…

Philippe : Ca peut s’assimiler à ça, oui : on était tous les 4 dans la même pièce – on ne pouvait pas faire la voix en même temps parce qu’il aurait fallu une cabine pour isoler les voix, mais on a fait toutes les prises instrumentales d’abord et tout était plié en une semaine.

Metal-Eyes : Il y a autre chose qui m’intrigue dans votre album, ce sont les illustrations. Elles sont barrées, elles font très comics, mais le rapport avec les chansons…

Sam : SI elles sont en rapport, il y a des clés de compréhension. Il y a un rapport avec la musique et les textes.

Metal-Eyes : Il y avait un cahier des charges ?

Philippe : Non, pas du tout…

Sam : Il a écouté les chansons, il est venu nous voir en répète, c’est un ami. Je lui ai donné les clés des paroles et il a proposé des choses, des croquis…

Philippe : En fait, il a fait un peu ce que nous on fait quand on écrit, c’est-à-dire qu’il s’est imprégné de ce qu’on était en train de faire. Il est venu en studio, il est passé souvent à la maison quand on maquettait, il a passé des soirées avec nous. Quand on a commencé à répéter, il était avec nous en studio. En fait, il était là souvent et il connait les morceaux aussi bien que nous. Pour lui, ça a été assez naturel. Quand on lui a dit qu’on allait faire un album, il nous a dit qu’il voudrait bien faire les illustrations, une par chanson. J’avais envie qu’il nous le propose, et c’était génial qu’il le fasse. Chaque illustration reprend le thème de chaque chanson.

Sam : Après, c’est avec son univers graphique. On aurait demandé à quelqu’un d’autre, ç’aurait été complètement différent.

Philippe : Sur tout ce que tu peux voir, il y a eu deux trois retouches, on lui a proposé de faire ça ou ça à la place, mais c’était vraiment très peu de choses.

Metal-Eyes : Si l’un et l’autre vous ne deviez retenir qu’un seul morceau de cet album pour illustrer ce qu’est Welcome-X à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel et pourquoi ?

Philippe : C’est quasiment impossible… Parce que tout ça, c’est comme une pièce de théâtre avec différents actes : tu peux difficilement en isoler un. Après, si on voulait vraiment, je dirais peut-être Behold your karma, parce qu’il est plus long, qu’il est écrit en plusieurs parties et qu’il est peut être un peu plus riche que les autres. Et encore… Ou alors I am life qui est complètement barré, basé sur l’improvisation, avec un canevas très léger

Sam : Un côté un peu psyché, un peu barré avec, à la fin, une explosion très metal. Maintenant, je pourrais te répondre aujourd’hui telle chanson et demain telle autre…Maintenant, le Karma, c’est quelque chose qui synthétise un peu tout ce qu’on est… I am life, c’est pareil, une espèce de montée. Dans ces deux titres là, on retrouve ce qu’on est. Pareil en live, on joue des titres qui ne sont pas sur l’album, et qui sont tous très différents les uns des autres. Très difficile d’en isoler un.

Metal-Eyes : Vous nous promettez quoi, justement, sur scène ? Il faut s’attendre à quoi ?

Philippe :

Sam : Ben, moi, j’espère qu’à partir du moment où on commence, tu rentres dans notre univers, de la première à la dernière note, que tu ne penses plus à rien. Emporter dans notre milieu… Welcome-X c’est ça, t’emporter sur notre planète, puis une autre. J’espère vraiment que les gens qui viendront nous voir ne penserons qu’à ça, à rien d’autre que l’expérience qu’ils sont en train d’écouter et de voir. C’ets très théâtral rien n’est écrit. Moi, je monterais sur scène chaque fois comme si c’était le premier jour que je monte sur scène.

Metal-Eyes : Et si tu le faisais comme si c’était la dernière fois que tu montais sur scène ?

Philippe :

Sam :  Ca aussi, comme le disait le mec de Pearl Jam, c’est génial !

Metal-Eyes : Vous avez été en promo toute la journée, séparément principalement. Quelle est la question la plus surprenante, la meilleure qu’on vous ait posée aujourd’hui ? (Sam se marre…)

Philippe : La question la plus étonnante c’était : « quelle est la question que tu ne voudrais pas qu’on te pose ? » J’ai pas su répondre ?

Sam : La plus surprenante ? « Pourquoi tu ne chantes pas en français ? »… Parce que déjà, je suis bilingue. Ensuite, en français, il y a des mots pour tout dire, c’est très cru, une langue magnifique. L’anglais te permet beaucoup plus de liberté. Peut-être qu’un jour je chanterai en japonais si le langage s’y prête…

Metal-Eyes : Quelle pourriat être la devise de Welcome-X ?

Philippe : « Toujours nouveau, toujours inconnu »

Sam :  « Prendre son pied ». Ne pas se lasser, prendre des chemins qu’on ne connait pas…

Philippe : C’est vraiment ce que je ressens : j’ai l’impression que ça m’échappe, et c’ets une bonne impression. Quand c’est pas le cas, que j’ai l’impression que ça m’appartient – « c’est ma musique, mon riff, je le fais comme ci ou comme ça » – je m’en lasse très vite. Quand ce n’est pas le cas, que je le redécouvre chaque jour, c’est vachement excitant, vivant, et on garde cette envie de faire les choses en commun.

 

Interview: Mark MORTON

Entretien avec Mark Morton (guitares). Propos recueillis à Paris, Hôtel Alba Opéra le 27 février 2019

 

Metal-Eyes : Mark, tu es le guitariste de Lamb Of God, mais tu n’es pas ici pour parler de ton groupe mais de ton album « solo ». Comment se déroule cette tournée promo jusqu’à présent ?

Mark Morton : Bien ! On a réussi à caser de nombreuses interviews en peu de temps. J’ai commencé avant-hier en Suède, où j’ai passé une journée complète, je suis arrivé à Paris hier et repars demain. Je me sens honoré et très privilégié de voir qu’autant de personnes souhaitent me parler au sujet de ce projet. Jolie montre que tu as là…

Metal-Eyes : Merci ! C’est un cadeau de mon épouse.

Mark Morton : Elle a bon goût. En matière de montres en tout cas !

Metal-Eyes : Je n’ai malheureusement pas eu le temps d’écouter ton album, mais il semble que tu aies commencé à travaillé sur Anesthetics il y a un bon moment. Quand l’idée de ce premier album solo a-t-elle émergé ?

Mark Morton : Je crois que les chansons ont émergé avant l’idée d’un album solo. Ce qu’il s’est passé c’est que je me suis retrouvé avec toutes ces chansons qui ne vont pas avec mon groupe habituel, Lamb Of God, et je me suis demandé ce que j’allais en faire. J’ai commencé à les travailler avec Josh Weaver, mon producteur de longue date et très bon ami, et Jake se lançait aussi dans son label, WPP Records. On a commencé à discuter de tout ce qu’il se passait et les choses se sont mises en place. C’est ce qui a lancé le process du projet Anesthetic.

Metal-Eyes : Ca remonte à quoi ? 3 ans ?

Mark Morton : En fait, les premières préproductions en studio ont eut lieu en septembre 2016.

Metal-Eyes : C’est un album qui est bourré d’invité. La première chose que l’n peut remarquer, c’est qu’il débute avec Cross off qui est chanté par Chester Benington, qui est mort en juillet 2017. Cette première place sur l’album, le fait d’ouvrir Anesthetic est-il à comprendre comme un hommage que tu lui rends.

Mark Morton : Non, j’étais presque certain que cette chanson ouvrirait l’album, de toutes les manières. Cross off, avant même l’implication de Chester, on savait que c’était une chanson particulière. Tu écris un certain nombre de chansons – et elles sont toutes sur l’album, parce qu’elles ont chacune une personnalité différente – et Cross off a cette énergie, même en instrumental, qui nous faisait dire que c’est une chanson particulière. Nous avions commencé à écrire le refrain, et quand Chester est arrivé, il a beaucoup apporté dans les textes et dans le chant, les lignes vocales. Il a vraiment apporté sa touche, et en ce sens, c’est une vraie participation. C’est un honneur d’avoir pu travailler avec lui. Je suis cependant à peu près certain qu’elle aurait été la première chanson de l’album, même si Chester était encore parmi nous.

Metal-Eyes : Tu as travaillé avec des musiciens d’horizons variés pour cet album. Comment as-tu réussi à les convaincre tous de participer ?

Mark Morton : Beaucoup d’appels téléphoniques, d’emails… Simplement en les contactant.

Metal-Eyes : Certains sont des amis…

Mark Morton : Oui, certains sont des amis, et ce fut assez facile. Quelqu’un m’a demandé plus tôt qui a été le plus facile à convaincre. C’était Randy Blythe, un de mes meilleurs amis au monde. Il se trouve qu’il est le meilleur hurleur metal au monde aussi, alors il me suffisait de lui envoyer le texte. Il y en a d’autres que je ne connaissais pas, dont j’étais simplement fan. Je voulais simplement pouvoir leur présenter ma musique, voir s’ils pouvaient être intéressés. Mark Lanigan, par exemple : c’est un de mes chanteurs préférés, je n’avais aucune idée s’il avait entendu parlé de moi, et je ne sais toujours pas s’il connait mon travail (rires)… mais il m’a fait savoir qu’il était très content du résultat, et moi aussi ! Dans certains cas, tu connais les gens et ça aide, dans d’autre, c’est juste une tentative pour voir si ça peut les intéresser, s’ils peuvent envisager une collaboration avec moi, dans d’autres cas, il s’agit d’amis, comme Jacoby Shaddix, Chuck Billy que je connais depuis un certain temps.

Metal-Eyes : Il faut, j’imagine, les approcher avec une certaine humilité pour convaincre certains musiciens de participer…

Mark Morton : Il n’a pas vraiment fallu les « convaincre », tout s’est passé dans je les appels. En matière d’humilité… Le projet en lui-même force cette humilité, le fait d’avoir l’opportunité de collaborer avec autant de musiciens de ce niveau, de me rendre compte, de prendre conscience que ces gens étaient intéressés à l’idée de travailler avec moi, c’est un véritable honneur.

Metal-Eyes : Comme je n’ai pas eu la possibilité d’écouter cet album, qu’est-ce qui le rend si différent d’un disque de Lamb Of God ?

Mark Morton : Stylistiquement, d’abord, artistiquement, les chansons dévient de ce que les gens ont l’habitude d’écouter. Je suis un des guitaristes et compositeurs de Lamb Of God qui est typiquement un groupe de thrash. Nous sommes au meilleur de notre forme créative, notre nouveau matériel est ce que nous avons fait de mieux. Il nous reste beaucoup à dire, et je suis fier de ce que nous avons fait. Mais en tant que compositeur, guitariste et musicien, je fais les choses différemment, depuis longtemps. Je me suis toujours considéré comme un guitariste de blues qui se trouve à la mauvaise période… Les guitaristes que je préfère sont des gens comme Billy Gibbons, Jimi Hendrix, Jimi Page. Je viens d’un univers très rock, blues, classic rock. Tu entendras ces fondations sur l’album, ainsi que du rock 90’s, comme le grunge. Une période assez spéciale pour le rock. Au-delà, il y a du metal ainsi que du hard rock bien fichu, un style dont je suis fan : une bonne chanson, de jolies mélodies. J’ai eu la chance de pouvoir explorer ça avec ce disque, plus qu’avec Lamb Of God, simplement parce que le genre ne s’y prête pas. Je dirais qu’au moins 80% du matériel de cet album ne pourrais jamais se trouver sur un album de Lamb Of God. J’ai pu élargir un peu mon horizon.

Metal-Eyes : Ce qui signifie que certains titre auraient pu se trouver sur un album de Lamb Of God.

Mark Morton : Sans pour autant dire que c’était du matériel potentiel pour Lamb Of God, ou des résidus de travail de Lamb Of God, mais il y a certains titres de cet album que j’aurais pu, j’imagine, présenter au groupe. Mais je les ai gardés. Initialement, je n’avais pas prévu d’inclure du thrash sur cet album. Mais mon producteur m’a suggéré de le faire, parce que certains fans de Lamb Of God vont écouter Anesthetic, et voudront écouter un peu de ce qu’ils connaissent. C’est ce que nous avons fait !

Metal-Eyes : Donc, c’est une variété de genres, toujours basés sur le blues, le rock et le hard rock ?

Mark Morton : Oui, on peut le résumer ainsi.

Metal-Eyes : Justement, avec un album aussi varié, si tu devais ne retenir qu’une chanson pour expliquer ce qu’est to projet solo, laquelle serait-ce ?

Mark Morton : C’est impossible… Quand tu écouteras l’album tu comprendras : il est si diversifié qu’il est impossible de n’en extraire qu’une chanson… Il y a 3 chansons que nous avons déjà sorties, et elles représentent déjà 3 facettes de la variété : Cross off, avec Chester Benington, Truth is dead avec Randy Blythe et Alyssa White-Gulz, et Self defiance avec Myles Kennedy. Truth is dead est une chanson assez thrash, avec un refrain mélodique mais une base distinctement thrash, et je dirais que Self defiance est plus dans la lignée traditionnelle du hard rock. Ces 3 extraits sont déjà variés, mais l’album est encore plus diversifié.

Metal-Eyes : Parlons un peu de Lamb Of God : si mes compte sont corrects, vous allez vous produire pour la troisième fois au Hellfest, après 2012 et 2015 et vous serez à l’affiche, sur la main 2, le dimanche , sur une scène 100% thrash. Comment vous préparez-vous pour ce type d’évenement ?

Mark Morton : On répète… Le truc avec les festivals c’est qu’on y va et on balance la sauce. Nous n’avons pas une grosse production, pas comme dans des grandes salles où nous pouvons avoir des effets spéciaux, de la fumée, du feu, des lights, ce genre de choses. En festival, tu as les conditions du festival : tu as droit à une show très brut et direct de Lamb Of God. En général, on ne joue pas aussi longtemps qu’en tête d’affiche, on est poussé sur scène… On va frapper fort et vite, et… Voilà !

Metal-Eyes : Vous allez jouer à d’autres festivals cet été avec Slayer, qui donnera ses derniers concerts en France, en Belgique… Ce qui sera de toute façon une tournée spéciale pour eux, et nous.

Mark Morton : Je ne sais vraiment pas. J’imagine que oui. On a  tourné avec eux ces derniers 12-18 mois, on a fait une tournée en Europe avec eux en novembre et décembre– je ne crois pas que nous soyons passés en France. On s’apprête à repartir avec eux en mai en Amérique diu Nord. Je ne peux pas imaginer que nous ne soyons pas à l’affiche de festivals avec eux. Voilà le truc : je en sais même pas dans quelle ville je me trouve ce jour en particulier…

Metal-Eyes : Surtout quand la ville est un village de province…

Mark Morton : En plus, oui ! On va se recroiser, j’en suis sûr. Slayer nous a invités sur plusieurs parties de cette tournée d’adieux, et c’est un honneur pour nous d’en faire partie.

Metal-Eyes : Revenons à ton projet solo : il y a tant d’invités qu’il semble difficile de présenter ce projet sur scène. As-tu quelque chose de prévu en ce sens ?

Mark Morton : Oui, nous commençons une tournée américaine en mars

Metal-Eyes : Et combien serez-vous sur scène ?

Mark Morton : Juste un groupe, un groupe live avec Mark Morales qui sera mon chanteur live, ainsi que d’autres musiciens pour cette tournée.

Metal-Eyes : L’Europe sera au programme ?

Mark Morton : Pas encore, mais j’adorerais pouvoir venir. L’année prochaine  sans doute. Ça dépend aussi de comment l’album sera reçu.

Metal-Eyes : Tu as été en promotion ici, à Paris, tout cela journée. Jusqu’à maintenant, quelle a été la meilleure question qu’on t’a posée, la plus étonnante ?

Mark Morton : C’était hier, en fait, puisque j’étais ici aussi. Une jeune femme m’a interrogé  sur la mode, ce qui m’a semblé à propos puisque nous sommes ici à Paris, en France, pays de la mode. N’importe quelle personne qui passe 5 minutes avec moi sait que la mode n’est pas mon truc (rires). Ça m’a un peu surpris qu’elle me pose cette question. J’apprécie de regarder la mode, mais je ne m’y plie pas. Je porte les mêmes vêtements tous les jours (rires).

Metal-Eyes : Ben… Ne parlons pas de ça !

Mark Morton (il explose de rire) : je les lave quand même tous les quelque jours !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être ta devise en 2019 ? En tant que Mark Morton, pas Lamb Of God…

Mark Morton (il réfléchit) : « Rester serin ». Il se passe  beaucoup de choses pour moi, beaucoup de voyages, de musique, ce chemin, cette carrière musicale qui est la mienne bouge très rapidement. J’en suis au stade de ma vie où je profite du moment présent, et j’apprécie la vie pour ce qu’elle est. Il va se passer beaucoup de choses cette année, on va beaucoup jouer, rencontrer plein de gens dans des endroits différents et je ferais de mon mieux pour rester serin.

Metal-Eyes : Ceci m’évoque quelque chose qui s’est passé avec un autre groupe américain pour lequel nous avions reçu des consignes : y a-t-il des sujets que tu préfères ne pas aborder en interview ?

Mark Morton : Ben… S’ils font surface, je te le ferais savoir. Je n’empêche personne de m’interroger, même s’il y a des sujets plus délicats à traiter…

Metal-Eyes : Comme la situation politique actuelle aux USA ?

Mark Morton : Oh, on peut en parler si tu veux. Bien sûr, on peut en parler ! Que veux-tu savoir ?

Metal-Eyes : Quelle est ton opinion au sujet de la politique américaine actuelle ?

Mark Morton : C’est une question complexe. Je pense que le système politique américain se trouve à la croisée des chemins, il est en train de se réinitialiser, d’une certaine manière. Ce process va être douloureux, et pas forcément joli à voir. J’aimerai croire que, plus tard, lorsqu’on pensera à ce que nous traversons actuellement en tant que nation, on verra une douleur grandissante, forçant les gens à devoir choisir, repenser la manière dont nous élisons nos candidats. C’est comme un serpent qui mue : un procédé sans doute douloureux pour l’animal, mais cela lui permet de grandir, de devenir meilleur qu’il n’est.

Metal-Eyes : On vit un peu la même chose en France…

Mark Morton : Oui, c’est assez moche partout, n’est-ce pas ?

 

Interview: DIRTY SHIRT

Entretien avec Mihai (Claviers, guitare). Propos recueillis à Paris, Doctor Feelgood le 24 janvier 2019

Metal-Eyes : Mihai, Dirty Shirt s’est formé en 1995, un premier album est sorti en 2000 et puis vous vous êtes séparéspendant 4 ans avant de revenir. Depuis 2010, vous êtes super occupés puisque vous sortez un nouvel album très régulièrement, vous tournez un peu partout dans le monde. En dehors de ces informations qu’on trouve sur le site du groupe, je ne connais rien. Que peux-tu me dire de plus ?

Mihai : Comme tu le disais, le groupe a commencé au milieu des années 90 en Roumanie, sur une scène qui commençait juste à exister, après la chute du communisme. Avant, il n’y avait rien, le metal était banni, donc on a découvert le metal après la révolution. Le rock, on connaissait un peu, surtout que dans les années 70, la Roumanie a connu une période plus ouverte. J’écoutais les disques de mon père : il y avait du Beatles, du Ray Charles…. Donc a une période, le rock, ça passait, mais le metal…J’en écoutais en cachette quand j’étais gamin. Il n’y avait rien, pas de festival, deux trois salles qui ont survécu à la révolution dans tout le pays, c’est tout. On peut dire que pour l’époque, on était un bon groupe roumain. Mais la scène roumaine, c’était 10 groupes, voilà ! (rires)

Metal-Eyes : Donc vous faisiez partie du top 10 !

Mihai : Voilà ! J’exagère un peu, il y avait une cinquantaine de groupes, mais il n’y avait pas les moyens d’aujourd’hui. Quand on a commencé à monter un peu, on a enregistré un premier albim avec les moyes de l’époque. Je suis venu en France par la suite… Pause totale du groupe, et par la suite…

Metal-Eyes : Tu es venu en France pour ?

Mihai : Les études. Et après, je suis resté ! J’ai fini mes études avec Erasmus. Je suis arrivé au tout début de 2001, il y a 18 mois, pile-poil. La suite… avec la possibilité de faire de la musique par ordinateur, je m’y suis remis, j’ai trouvé de nouvelles idées. En même temps, j’ai découvert le monde associatif français qui n’existait pas en Roumanie, donc la possibilité d’organiser des trucs, donc j’ai commencé avec un festival à Lille, j’ai redynamisé cette situation et par la suite, on a repris avec le groupe. Pendant 4-5 ans, on a beaucoup testé, beaucoup appris, notamment sur la façon d’organiser un projet, notamment par le biais de collaboration avec des groupes français, lors festivals… Mais aussi, on est devenu amis avec des groupes français avec qui on a beaucoup tourné, et beaucoup appris de leur part. Après une période de 5 ans avec… allez, une dizaine de dates par ans – la Roumanie à l’époque ne fasait pas partie de l’Union Européenne, il n’y avait pas encore de compagnies low-cost, donc ce n’était pas facile pour moi d’y aller – et en 2009, on a décidé de prendre plus sérieusement la carrière du groupe. On considérait qu’il y avait matière à faire quelque chose de plus sérieux. On a décidé de produire l’album de 2010 en France, avec Charles qui est depuis 10 ans  notre producteur. Et pas la suite, comme tu le disais, notre agenda est devenu de plus en plus chargé, avec un album quasiment tous les 2 ans et des concerts…

Metal-Eyes : Aujourd’hui, Dirty Shirt se situe comment sur la scène roumaine ?

Mihai : On est bien, sur la scène roumaine. On est dans le top 3 de la scène metal qui s’est beaucoup développée, qui bouge vraiment bien, même si elle est plus petite que la scène française, mais on a un public qui nous suit bien, on a été headliner l’an dernier sur plusieurs festivals en Roumanie… On a joué devant 5.000, 6.000 personnes, donc c’est plutôt cool.

Metal-Eyes : Letchology est un disque très festif avec du folk, du metal, du punk, plein d’influences… De quelle manière votre musique a-t-elle évolué depuis que vous vous êtes reformés ?

Mihai : Les premières démos qu’on a faites quand on s’est reformés était produites sur mon ordi : c’était un son très électro, très indus. C’est un style qu’on voulait tester, donc on l’a fait. Mais on voulait aussi toucher le folklore,le funk, donc on est allé dans tous les sens…

Metal-Eyes : Le folklore… on va y revenir, justement!

Mihai : Bien sûr, c’est complètement lié à l’histoire du groupe! Après, on a toujours évité de s’auto-censurer… Toute idée qui nous vient, on l’essaye : on ne sait jamais où ça peut nous porter. C’est pour ça qu’on va dans tous les sens, qu’on essaye des choses. Mais je considère que, malgré le fait qu’on a beaucoup changé, évolué, on garde la structure du son neo metal, mélangé à de l’indus et du hardcore. Ça, c’est le cœur de notre son. Après, tu ajoutes tous les sons possibles avec, bien sûr, le côté folklorique d’Europe de l’est qui est venu naturellement. En 2010, il y avait 2 ou 3 morceaux sur l’album, mais c’était pour le fun. Après, sur Freakshow, on a fait une reprise de morceau folklorique, on a rajouté le violon, l’accordéon en 2015…

Metal-Eyes : Maintenant, pour photographier tout le groupe, il faut un grand angle…

Mihai : Oui, voilà ! En 2015, on est allé plus loin dans la fusion avec le traditionnel : on a commencé à travailler avec plusieurs musiciens d’un orchestre traditionnel de là bas et maintenant, sur le dernier album, il y a 25 personnes qui ont participé aux enregistrements ! On a fait des tournées aussi à 24, le maximum je crois, c’était 28…

Metal-Eyes : Ouh ! Ca demande une sacrée organisation, une logistique pour les voyages et les hôtels…

Mihai : Logistiquement, c’est de la folie, mais aussi techniquement : préparer une tournée comme ça, c’est du boulot !

Metal-Eyes : De quoi parlent les textes de Letchology ?

Mihai : Il y a beaucoup de thèmes qui abordent les problèmes actuels de la société. Malheureusemùent, même des chansons vieilles de 5 ans sont encore d’actualité… Beaucoup parlent de politique, de social, d’environnement.

Metal-Eyes : Le titre aussi, pour nous, semble jouer sur l’écologie. Il signifiquoi, ce titre ?

Mihai : Letchology ? A la base, « letcho »c’est un plat traditionnel de Transilvanie, c’est mélange de légumes un peu comme la ratatouille. Pour rigoler, on a appelé l’album « letcho », parce que c’est un mélange de tout, et « logy » par ce que ça rajoute une notion de sciences, « l’art de mélanger les choses ».

Metal-Eyes : Vous aimez bien jouer sur les mots puisque l’album précédent s’appelait « Dirtylicious ».

Mihai : Exactement, et cette fois-ci, on voulait garder cet esprit. Mais il y a d’autres sujets, comme la manipulation sur Fake, les fake news des medias, ce genre de choses. Mais on est aussi là pour faire la fête alors il y a aussi des thèmes plus légers. En général, les chsansons plus folklorique parle de fête, de cœur, d’amour, d’amis…

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que vous préférez ne pas aborder ? Tu disais tout à l’heure ne pas vouloir vous autocensurer, mais dans les textes ?

Mihai : Je ne sais pas… on n’a jamais pensé à des thèmes qu’on ne veut pas traiter… Après, il y a peut-être des choses qui ne nous intéressent pas, c’est juste une question d’affinité.

Metal-Eyes : Seini se situe au Nord de la Roumanie, à la limite de l’Ukraine et de la Hongrie, en plein dans la région de Transylvanie. La région qui est réputé pour inspirer les romans et films d’horeur vous a-t-elle influencés dans la rédaction des vos textes ou de la musique ?

Mihai : Là, ce n’st pas de l’auto-censure, mais on voulait se limiter. Déjà, on est assez souvent comparés aux groupes folk metal, mais nous, on n’est pas dans ce trip. Alors écrire des textes liés à la région ou à Dracula, ça aurait mis encore plus de confusion. Ben non… Même s’il y a quelques clins d’œil, comme sur Put it on, il y a le mot « vampires »… En plus ça ne colle pas avec la musique, ce n’est pas la même ambiance. Si on voulait le faire, on aurait joué du gothique ! (rires)

Metal-Eyes : Vous allez bientôt tourner en Europe, dont 5 concerts seront donnés en France. Vous en attendez quoi de ces concerts ?

Mihai : Qu’il y ait du monde, c’est le plus important ! Après, on s’occupe du reste ! Nous serons 16, donc une version intermédiaire. On n’a pas encore la notoriété nécessaire en France pour faire de plus grandes salles, donc on a voulu trouver le bon compromis entre dimension de la scène et capacité d’accueil. Après, dans plusieurs salles, on va être obligés d’élargir la scène pour tous monter ! On va avoir chaud, c’est sûr…

Metal-Eyes : Si aujourd’hui tu devais ne retenir qu’un titre de Letchology pour expliquer ce qu’est Dirty Shirt aujourd’hui, ce serait lequel ?

Mihai : Aujourd’hui ? Je pense à Killing spree et à Starrae natjiei, parce que c’est des morceaux qui vont dans tous les sens ! Ils sont les plus variés, les autres sont plus homogènes et donc, moins représentatifs du mix qu’on fait.

Metal-Eyes : Dernière question : quelle pourrait être la devise de Dirty Shirt en 2019 ?

Mihai : Wouf… En français en plus ? Oui ! « En avant ! », on y va en avant.

Metal-Eyes : Quels sont les projets, autre que cette tournée ?

Mihai : Déjà, il y a deux clips qui vont sortir, une lyric video et un vrai clip qu’on a tourné le week end dernier à Montpellier. Il n’y avait que les chanteur et une chanteuse qui fait les backing vocals, version light, quoi ! Ensuite, on voudrait bien faire une autre tournée, en France, sur l’autre diagonale. Parce que si tu regardes, on tourne toujours de Lille à Paris, Rhône Lapes et Paca… On a fait 3 tournées en France, et maintenant, il faudrait qu’on fasse l’autre : Nancy /Metz et descendre jusqu’à Bordeaux, Montpellier, Toulouse… Surtout qu’il y a des gens qui nous demandent dans la région, et on n’y a jamais joué. Mais c’est compliqué d’organiser ça, dans des endroits où on n’a jamais joué…

Metal-Eyes : Et financièrement, ce n’est pas évident non plus…

Mihai : Non, même si on a eu la chance que cette année c’est las saison culturelle France – Roumanie. On a eu la chance que notre projet soit retenu et subventionné, ce qui nous  a permis de faire ça. Sion n’avait pas été subventionnés, on aurait fait sans orchestre, c’est simple !

 

Interview: PORN

Interview PORN. Entretien avec Philippe, aka Mr Strangler  (chant, compositeur, producteur). Propos recueillis à Paris, Doctor Feelgood le 29 janvier 2019

C’est un Mr Strangler heureux et bavard qui nous reçoit pour nous parler du second volet de sa trilogie racontant l’oeuvre de Mr Strangler. The darkest of human desires sera dans les bacs dès le 22 février et c’est tout un programme…

Metal-Eyes : Le groupe s’est formé à Lyon en 1999…

Mr Strangler : Oui, plus précisément à Grenoble, mais la genèse s’est faite à Lyon.

Metal-Eyes : Votre parcours a été depuis à la fois remarqué – notamment par le nom du groupe volontairement provocateur, mais également accidenté. Comment résumerais-tu l’histoire de Porn ?

Mr Strangler : Je dirais qu’on n’en est qu’au début ! Pour moi, on ne peut pas définir la carrière d’un groupe par le temps, par une histoire de longévité, mais plus par la concrétisation de l’œuvre artistique. Pour moi, une carrière musicale, c’est un marathon, elle se finit à la fin. Beaucoup de gens pensent que c’est un sprint, et pourtant… Tu peux aller vite à un moment, ensuite, tu stagnes, et puis tu peux repartir assez rapidement. Par exemple, en France… C’est un groupe que je n’écoute pas forcément, mais la carrière d’Indochine : ils ont cartonné au début, puis ils sont tombés dans les oubliettes de chez « les oubliettes », et là, ils sont revenus, doucement pour exploser. Je pense que c’est une histoire de marathon et d’endurance. C’est une discipline, plus qu’un métier. Comme quand tu veux faire un sport de combat, c’est dur. Je pense que j’aurais plus un jugement subjectif sur la qualité de ma musique plus que sur la notoriété ou ce genre de chose.

Metal-Eyes : Quelles ont été pour toi les principales étapes de votre carrière ?

Mr Strangler : Il y a eu le premier album (2004), puis The ogre inside (2017).

Metal-Eyes : Porn est un groupe qui a toujours voulu interpeler, à commencer par le nom du groupe… ça ne passe pas partout, tu fais une recherche sur internet… Merci

Mr Strangler : On a du mal à nous trouver, oui !

Metal-Eyes : Non, mais il faut rajouter quelques informations. Et ne pas avoir d’enfant à proximité ! Vous revenez aujourd’hui avec l’acte 2 de The darkest sides of human desires. Je n’ai pas réussi à trouver l’acte 1.

Mr Strangler : La première partie ? C’est The ogre inside

Metal-Eyes : D’où la numérotation des morceaux qui démarre à 10.Pourtant, il n’y a aucun titre sur The ogre inside qui s’’appelle « The darkest of human desires »…

Mr Strangler : Non, non… C’est le concept global, en fait, qui n’a pas de nom. Ca pourrait être « la vie et l’œuvre de Mr Strangler ». C’est une histoire en 3 actes, et je n’ai pas encore trouvé le nom de la troisième partie même si l’album est quasiment fini. The ogre inside, ce serait l’adolescence du personnage : c’est quelqu’un qui se découvre des pulsions meurtrières, et découvre qu’elles sont inadéquates, face à la famille, la société. Il va y avoir un biais entre les pulsions et comment les assouvir. Assouvir des pulsions meurtrières ? Ca ne le fait pas. Donc c’est quelqu’un qui comprend cela et qui est tiraillé par ses pulsions et qui est dans le refoulement. Dans l’acte 2, il est question du meurtre, le plus sombre des désirs humains. Et dans cette partie de sa vie, il est plutôt adulte et il s’assume. Il se dit « j’y vais, je vais tuer des gens ». Dans l’acte 3, il se fait attraper et là, on va parler de psychiatrie et d’emprisonnement.

Metal-Eyes : Ce qui explique aussi le lien qu’il y a entre les pochettes. J’imagine une continuité avec le troisième…

Mr Strangler : Oui, c’est la même personne qui va travailler dessus, avec la thématique de l’emprisonnement, et la psychiatrie.

Metal-Eyes : Même s’il n’y a pas eu beaucoup de temps entre ces deux derniers albums, comment analyserais-tu l’évolution de Porn ? 

Mr Strangler : Il n’y en a pas. En fait, on ne s’est jamais arrêtés dans la composition. A partir du moment, en 2016, où on a commencé à travailler sur The ogre inside, on ne s’est jamais arrêtés. Tout est fait dans la foulé. Quand on a bouclé les 10 morceaux qui, pour moi, était finalisés pour The ogre inside, ils sont partis le lendemain au mastering et dans la foulée, j’ai commencé à bosser sur le nouvel album. Celui-ci est fini depuis 2 mois, et j’ai déjà fini la composition du troisième. On va enregistrer dans pas longtemps et tous les morceaux sont quasiment finalisés. S’il y a une évolution, ben… comme j’ai la tête dans le guidon, je ne la vois pas ! Si, dans la recherche des ambiances : The ogre inside est plus sombre, mélancolique, parce que je voulais vraiment illustrer le tiraillement, la personne se sent vidée de l’intérieur. The darkest of human desire est plus exalté, plus speed, malgré de la mélancolie.

Metal-Eyes : Justement, les ambiances, il y en a plein, pas forcément du metal ou du rock, mais plein de choses typées des années 80, 90, et des choses plus électro. Qu’est-ce qui vous influence ?

Mr Strangler : Je dirais tout simplement les vieux groupes de metal industriel et de rock gothique. Type O Negative, The Cure, Paradise Lost… J’espère que comme eux, on va réussir à devenir nous-mêmes. Etre dépositaire d’un style, reconnus comme étant quelque chose d’unique, musicalement. Pour moi, c’est ça, « réussir sa carrière », c’est vers ça que je tends.

Metal-Eyes : Tu es quelqu’un de très actif, artisiquement, puisque, au-delà de lamusique tu écris. Les activités littéraires et musicales s’auto-alimentent-elles ?

Mr Strangler : Oui, totalement, et à chaque fois, k’un est venu de l’autre. Par exemple, lorsque j’ai commencé à travailler sur le deuxième album de Porn, From the void to infinite, j’étais en fait vachement inspiré par un poème de TS Elliott qui s’appelle Les hommes creux. Et c’est de là qu’est venu le concept de The ogre inside : quand je lisais et relisais ce poème, pour moi, ces hommes creux, c’est comme s’ils avaient été mangés de l’intérieur. From the void, pour moi, c’était ce vide intérieur. Et j’ai voulu développé ce concept, ce que j’ai fait dans un roman qui s’appelle Contoyen, mais qui ne parle pas que de ça. Le personnage principal dit cependant qu’il est mangé de l’intérieur par un ogre qui prend le pouvoir. Parti de la musique, c’est devenu un roman, qui a créé l’ogre intérieur, et c’est revenu à la musique. En travaillant là-dessus, j’ai inventé Mr Strangler. Peut-être qu’après la trilogie, je vais arrêter la musique un moment pour me consacrer à un comics dont le héros sera Mr Strangler !

Metal-Eyes : Tout à l’heure, tu me disais que tu ne dessines pas bien et là, tu me parles de comics…

Mr Strangler : Non, non, je ne ferais qu’écrire ! Je ne sais vraiment pas dessiner, c’est une catastrophe !

Metal-Eyes : Au-delà de la fiction, j’ai l’impression que tu portes un regard assez sombre sur la société…

Mr Strangler : Oui… Quand je parle de ce personnage, j’essais de montrer qu’en fait, i ; s’agit de tout le monde : le gamin qui a des pulsions homosexuelles, qui comprends qu’il faut les refouler avant que ça ne reprenne le dessus et que, comme certains l’ont fait, il décide d’aller tuer d’autres homosexuels. Une manière de tuer sa propre homosexualité va choisir un chemin qui ne sera pas le tien, ou pas accepter, et il y aura toujours cette forme de mélancolie, de regret : « peut-être que ça aurait pu se passer autrement… » Ici, j’exagère une situation pour qu’elle soit compréhensible. On vit dans une société normative, et quand on n’est pas normé, on va entrer en interaction et c’est là que, souvent, on est considérés comme des malades mentaux. Pour moi, la trilogie est le bon format, parce que je peux parler de ces trois étapes : l’enfance, le moment où on assume, et la fin, la phase de psychiatrisation. Est-ce qu’elle sert à quelque chose ?

Metal-Eyes : Si aujourd’hui, pour explique à quelqu’un ce qu’est Porn, tu devais ne retenir qu’un seul titre, ce serait lequel ?

Mr Strangler : Sans hésitation, je dirais Last of a million. Je pense qu’il y a un peu de tout, que c’est, à mon sens, un des plus réussis, tant esthétiquement qu’artistiquement.

Metal-Eyes : Quelle a été la meilleure question qui t’ai été posée aujourd’hui ?

Mr Strangler : Euh… Une question toute simple, en fait : « qui est Mr STrangler ». Dit comme ça, je n’ai pas su trop quoi répondre. Elle ne m’avait jamais été posée comme ça, de but en blanc, ça m’a amené à réfléchir. C’est un personnage quii est un peu en chacun de nous, je ne lui ai pas fait d’état civil…

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Porn en 2019 ?

Mr Strangler : … Quelque chose qui est en filigrane : l’émancipation. Gagner en émancipation, intellectuelle ou physique, financière. Devenir celui qu’on est… Reprendre ce vieux truc d’Aleister Crowley : Fais ce que tu veux sera la loi. Mis à côté de Rousseau : « ta liberté s’arrête où commence celle des autres ». « Deviens toi-même mais sans faire chier les autres ! »

Metal-Eyes : Crowley et Rousseau côte-à-côte, c’est original !

 

Interview: SOEN

Interview Soen. Entretien avec Joel Ekelöf (chant) et Martin Lopez (batterie) Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra de Paris le 13 décembre 2018

Metal-Eyes : J’ai découvert Soen avec Lykaia, votre précédent album. Sans revenir sur l’histoire du groupe, peux-tu m’expliquer la signification du nom du groupe ?

Joel : C’est un nom qui ne signifie rien du tout. Un mot vide de sens que nous pouvons remplir avec ce que l’on souhaite. C’était notre intention : nous avons le nom, maintenant, nous pouvons faire ce que nous voulons. C’est une sorte de symbole pour nous.

Metal-Eyes : Deux ans après sa sortie, quel regard porte-tu à Lykaia ?

Joel : Je pense que ce que nous faisions alors est ce que nous faisions. Lykaia, c’était il y a deux ans, Lotus est actuel. Lykaia était une expérience analogique. Aujourd’hui, tout est fait digitalement, alors on a tenté de… « voyons ce qu’il se passe si on fait tout en analogique, à l’ancienne ». C’était une expérience intéressante, nous n’avons pas voulu en faire trop, nous avons gardé le côté brut. Avec Lotus, nous n’avons pas voulu répéter Lykaia.

Metal-Eyes : Ce qui est normal…

Joel : Oui, chacun veut évoluer, avancer. Cette fois-ci, nous avons voulu un album moderne, direct, qui sonnerait… Fantastique. Et je crois que nous y sommes parvenus.

Metal-Eyes : Selon moi, Lotus a toujours cette approche très aérienne, mais les guitares, les riffs sont plus heavy que sur Lykaia…

Joel : Oui, je te rejoins.

Metal-Eyes : Lotus sortira le 1er février 2019. Comment, hormis ce que tu viens de m’en dire, décrirais-tu l’évolution du groupe entre ces deux albums ?

Joel : Il y a l’évidence : Markus a quitté le groupe, Cody a pris sa place à la guitare, ce qui fait une belle différence. Je pense également que nous avons plus d’éléments metal sur cet album que sur Lykaia. Nous ne voulions pas perdre nos racines metal, plus spécialement avec le passé de Martin, qui vient du metal. Peut-être que l’évolution naturelle depuis Lykaia aurait été de s’orienter encore plus vers le rock progressif, mais nous avons ressenti le contraire, il fallait conserver les aspects metal.

Metal-Eyes : L’album reste toutefois très progressif…

Joel : Absolument, il est progressif sans perdre la lourdeur ou l’agressivité du metal traditionnel.

Metal-Eyes : Ce qui vient de vos précédents groupes également. Qu’est-ce que Cody vous apporte ?

Joel : Eh bien… Il est un technicien fantastique, sa tonalité est superbe… Tu le sens dans ses solos, on peut se fier à lui, ce qui est important pour moi. Ce n’est pas un shredder, il joue beaucoup au feeling. Nous parlons beaucoup musicalement, tous. Et il s’est parfaitement intégré au groupe, à la dynamique de Soen. Il a joué avec nous à Wacken, pour son premier concert… Il nous a cloués ! Ensuite, aux USA, au Canada, et on a l’impression qu’il a toujours fait partie du groupe.

Metal-Eyes : A-t-il apporté des idées, collaboré à la construction de l’album ?

Joel : Il est le nouveau membre, mais il a apporté beaucoup dans ses solos…

Metal-Eyes : Et voici que Martin nous rejoint. Nous parlions de votre nouvel album. Joel si tu permets, je vais poser la même question à Martin : comment analyses-tu l’évolution du groupe entre vos deux derniers albums, Lykaia et Lotus ?

Martin : Je pense qu’il s’agit d’une progression naturelle. Lotus est beaucoup plus professionnelle, et la plus grosse différence peut résider dans la production de l’album, dans le son. Nous avons fait appel à un producteur professionnel qui nous a aidés à développer notre son.

Metal-Eyes : Le lotus est un symbole de zenitude et de légèreté. Comme je le disais, votre nouvel album est très aérien. Pourquoi avoir choisi ce titre d’album, dont le morceau titre est également très calme et posé ?

Joel : Le lotus est aussi une fleur, superbe, qui pousse dans un environnement très dur, sombre. Et je peux m’y retrouver, ce calme dans un univers dur et heavy… On prend ces sujets sombres, nos expériences, et les transformons en quelque chose de positif. En ce sens, il y a une transformation.

Metal-Eyes : Justement, j’ai écouté l’album mais ne me suis pas penché sur les paroles. Y a-t-il des sujets particuliers que vous abordez ?

Martin : Oui… Le principal reste d’être honnête dans les sujets traités. On n’a pas envie de parler d’histoires d’amour que nous n’avons jamais vécues, ou ce genre de choses…La politique ? C’est si facile aujourd’hui de dire que ce sujet est politique, pour nous ce n’est que du bon sens de voir que tel sujet traite de l’inégalité, de toute cette merde qui nous entoure. Il faut le mentionner et avoir quelque chose de valable à dire. Les paroles partent toujours de ce point, qu’il s’agisse d’une histoire qui nous est arrivée, qu’il s’agisse de toi ou  de la société… D’abord, ne pas se baser sur la fiction, de rester réalistes…

Joel : Je crois qu’il y a un chemin dans le metal progressif que je n’aime pas vraiment : raconter des histoires stupides de manière ironique… Je sens que nous sommes là pour dire des choses sérieuses, et nous sommes sérieux, musicalement, dans les sujets que nous traitons…

Metal-Eyes : Alors, quel est votre message ?

Joel : Sur cet album, le message est « faites quelque chose de ce qui vous arrive, trouvez une énergie positive des « mauvaises » expériences ». Il ne s’agit pas d’être cynique quand quelque chose ne va pas. Putain, trouve une solution et bouge, fait en sorte de changer, ne renonce pas, ne courbe pas le dos sans rien faire… Tu comprends ce que je veux dire ? Merde, redresse-toi et fais quelque chose. Je ne dis pas qu’il faut sortir et faire comme si tout allait bien, mais de réagir.

Metal-Eyes : Si vous deviez l’un et l’autre ne retenir qu’un titre de Lotus pour exprimer ce qu’est Soen aujourd’hui, lequel serait-ce et pourquoi ?

Martin : Je pense que ça dépend du jour, de comment je me sens. Aujourd’hui, je dirais Lotus qui représente assez bien mon état d’esprit du jour. Mais il n’y a pas qu’une chanson qui nous représente. Aujourd’hui, c’est celle-là, peut-être que demain, ce sera une autre plus dure…

Joel : J’aurai aussi retenu Lotus, parce qu’elle représente aussi l’unité du groupe. C’est le genre de chanson qui transforme beaucoup l’énergie. Elle est représentative de ce que c’est que de faire partie d’un groupe, de voyager ensemble, partager un bus, et on doit se soutenir les uns les autres.

Metal-Eyes : Le groupe existe depuis maintenant plus de dix ans, quel pourrait être la devise du groupe aujourd’hui ?

Martin : La devise… Ouh, elle est difficile celle-là…

Joel (il chuchote) : Be agressive…

Martin : Non, non… (rires) Je dirais : « Garde la flamme ». Fais ce que tu aimes faire, peu importe ce qui se dresse sur ton chemin. Si tu veux être heureux, ne pas avoir de regrets, il te faut vivre à fond…

Metal-Eyes : Je suis d’accord avec toi… Quels sont vos projets de tournée ?

Joel : Nous allons jouer deux semaines en Europe en avril, puis aux USA. Et retour en Europe en septembre. La chose naturelle serait de repartir pour une tournée américaine.

Metal-Eyes : Pourquoi « naturelle » ?

Joel : Parce que nous avons un following là bas, que les gens y écoutent notre album. Nous y avons fait une petite tournée il y a deux mois

Martin : Et c’était bien… Mais tu sais, les choses sont comme elles sont, et pour nous, le principal est d’aimer chaque instant de ce que nous faisons. Alors si nous commençons à booker 200 shows dans l’année, alors nous serons fatigués, lassés. C’est loin d’être aussi glamour que ce que peuvent croire les gens ! Donc on se réserve, afin d’en profiter au maximum. Bien sûr, si nous avons l’envie profonde de prolonger la tournée, alors nous le ferons. Autrement, nous disparaîtrons l’espace de deux ans.

Joel : Les gens qui viennent à nos concerts doivent ressentir que nous aimons vraiment ce que nous faisons. C’est important de garder cette fraîcheur, à nos yeux.

Metal-Eyes : Trop de concerts nuirait à cette fraîcheur…

Martin : Oui, comme tout ce que nous faisons. Nous voulons avant tout de la qualité. La vie ce n’est pas que courir la planète pour jouer ta musique. J’adore ça, mais nous avons nos propres vies et voulons faire tout ce qui est possible pour en profiter. LA vie est trop courte pour la passer dans un bus !

Metal-Eyes : Je vais terminer en posant à Martin la première question que je t’ai posée, Joel : quel est la signification du nom du groupe ?

Martin : Aucune. Nous ne voulions pas avoir un nom qui puisse avoir une relation quelconque avec la musique. Donc aucune signification particulière…

Interview: WITHIN TEMPTATION

Interview WITHIN TEMPTATION. Entretien avec Rudd Jolie (guitare) et Martin  Spierenburg (claviers). Propos recueillis à Pantin le 15 novembre 2018

Initialement prévue le 14 décembre 2018, ce n’est qu’à l’issue de cette interview que nous apprenons que la date de sortie de Resist était repoussée au 1er février 2019. Cela ne change rien au plaisir de cette interview avec des musiciens qui en présenteront quelques extraits le lendemain, au Zénith de Paris.

 

Metal-Eyes : 4 ans après sa sortie, quel regard portez-vous sur Hydra, votre précédent album ?

Rudd : Je l’aime encore beaucoup, vraiment. En fait, lorsque The reckoning est sorti, le nouveau single, j’ai lu certains commentaires de gens qui disaient… J’ai lu beaucoup de choses négatives au sujet de Hydra, de nombreux fans qui semblaient ne pas l’apprécier, mais il reste un album encore très fun, parce que très orienté guitares. Et d’un point de vue purement égocentré, c’est toujours plus fun pour un guitariste quand un album est orienté guitares, soyons réalistes ! Toute cette période était plaisante, la tournée, tout…

Martin : Pour moi, c’est pareil…

Metal-Eyes : En tant que guitariste ? D’accord… (rire général)

Martin : Oui ! Mais en tant que claviériste, c’est pareil, en fait ! Ce fut un travail très intéressant à fournir, et il y a des choses incroyables. Par exemple, notre collaboration avec Exhibit, ce qui est assez inhabituel quand tu réalises à un album metal. Il y a eut des choses vraiment intéressantes que j’aime encore beaucoup.

Metal-Eyes : Comment définiriez-vous l’évolution de Within Temptation entre Hydra et ce nouvel album, Resist, qui sort dans quelques jours ?

Rudd : C’est encore assez différent. Et c’est ce que nous cherchons à faire, proposer un album qui soit différent du précédent. J’ai toujours tendance à dire que nous ne sommes pas AC/DC, sans leur manquer  de respect parce que c’est ce qu’ils font, que je les adore et que c’est ce que leurs fans attendent. Personne ne peut  dire que ça n’a pas marché pour eux, ils ont pas mal de succès (rires). Nous sommes le genre de groupe qui aime tenter différentes choses, et par conséquent, tous nos albums sont différents. Ce nouvel album est peut-être un peu moins orienté guitares, bien que Stefan et moi avons approché l’enregistrement différemment : des guitares à 8 cordes, une accordée plus bas, des sons un peu moins agressifs. Des choses un peu inhabituelles pour cet instrument. C’est ma contribution en tant que guitariste dans l’évolution du groupe. Je ne compose pas, donc je ne peux parler de l’évolution musicale, mais du jeu et des arrangements de guitares. (A Martin) : je ne sais pas ce que tu en penses…

Martin : Je pense que faire un disque différent à chaque fois est la base, une règle pour des musiciens, ceux de Within Temptation, afin d’évoluer. C’est une des raisons qui font que notre groupe continue d’exister. Parce que, musicalement, nous avons un très large spectre, si je puis m’exprimer ainsi. Nous nous intéressons à plein de genres musicaux différents. Je suis sûr que le groupe existerait encore si nous faisions depuis 20 ans la même chose, mais… on s’ennuierait ! Je pense que nous avons besoin de cette variété pour continuer de tourner, de nous amuser. C’est aussi un moyen, quand on sort des écrans radars et que nous faisons notre truc, de revenir, de retrouver de l’inspiration, de l’énergie.

Metal-Eyes : Ce qui se produit avec vous tous les 4 ans environ, comme un cycle…

Martin : Oui, absolument. Autrement, je pense que le groupe ne serait plus là.

Rudd : Ou alors, nous aurions perdu certains membres…

Metal-Eyes : J’ai écouté une partie de Resist qui n’est pas encore sorti. Alors que pourriez-vous en dire afin que les fans se précipitent pour l’acheter à sa sortie ?

Rudd : C’est un nouveau chapitre de Within Temptation. Je crois que c’est la chose la plus importante car, bien sûr, il y a de nouvelles choses musicalement, mais c’est toujours le cas. Donc, oui, c’est un nouveau chapitre.

Martin : Et je pense que c’est un album 50/50, en tout cas pour moi. Je peux toujours y penser objectivement, car il est encore assez neuf à mes yeux. Je crois que 5 chansons sont plus dans l’esprit de « l’ancien » Within Temptation, avec une approche un peu plus heavy, et les 5 autres sont plus fraiches…

Metal-Eyes : Poppy ?

Martin : Oui, « poppy »… J’ai toujours quelques appréhensions à utiliser ce mot dans la communauté metal, mais je pense que cela plaira à un large groupe de nouveau auditeurs, une large foule.

Metal-Eyes : Il semble que les textes restent proches de l’actualité. Certains titres parlent d’eux-mêmes, comme Endless war ou Mad world, mais il reste également une large place à l’optimisme, au positivisme. De quoi traite cet album ?

Rudd : Alors, tout d’abord, que ce soit clair : nous n’avons pas pris part à l’écriture des textes. C’est en général Sharon et Robert qui s’en chargent. Mais je pense que ce qui est sympa avec les textes, c’est qu’il y a souvent différentes interprétations possibles. Chacun peut y voir un message différent. Bien sûr, il y a certaines choses qui sont claires, mais… Tu sais, personnellement, je ne m’informe pas : je ne lis pas les journaux, je ne regarde pas la télé, je fais en sorte de rester aussi éloigné des infos que possible, parce qu’aujourd’hui, la manière dont sont présentées les infos rendent les choses très tristes… Tout est fait pour attirer l’auditeur, le lecteur, et les choses sont plus « sensationnelles » qu’humaines. Il y a 3 ou 4 ans, en prenant mon petit-déjeuner, je me suis rendu-compte, avant de terminé que je me sentait déjà déprimé, même si le mot est un peu fort, de toute cette merde qui nous entoure. Tu sais, c’est terrible qu’il y ait un tsunami quelque part, mais je ne peux rien y faire. Peut-être donner de l’argent, qui ne fini de toute façon pas là où il devrait se trouver… Un crash d’avion… Je ne peux rien y faire, même si c’est terrible. Je me sens simplement mal toute la journée, alors… Fuck it !

Metal-Eyes : Tu parles-là d’accidents, nous pourrions aussi évoquer les actes humains, les guerres, l’économie, la violence…

Rudd : C’est vrai… C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je ne peux rien y faire… Je m’intéresse à la politique au moment des élections, parce que je sais qu’à ce moment je peux m’exprimer. Autrement, je ne veux rien savoir. Parfois, je me sens vraiment stupide quand j’entends les autres parler de ceci et cela. « Hein ? Non, j’en sais rien. De quoi tu parles ? » (rires) Mais au moins, j’ai fait un vrai travail sur moi.

Martin : Nous réalisons de pus en plus que les médias sont comme une loupe : ils ont accès aux informations et ils décident où placer la loupe, quoi nous dire… Un crash d’avion ou un millier de personnes tuées en Afrique, qu’est-ce qui est le plus important ? Quelles sont les vraies informations ?

Metal-Eyes : Ils ont le pouvoir de…

Rudd : Oui, de me faire savoir ce qu’ils veulent, et de me cacher le reste. Je déteste ça de plus en plus !

Metal-Eyes : Il semble que sur The reckoning il y ait des trompettes, il y a des inspiration amérindiennes sur Firelight. Y a-t-il une signification particulière ? Car les trompettes peuvent être interprétées comme celles de l’Archange Gabriel, l’apocalypse, tandis que l’inspiration indienne apporte beaucoup de lumière…

Rudd : Oh ! Je n’avais pas pensé à ça ! Une approche très intéressante…

Martin : Oui, mais je ne pense pas que ce fut l’idée au départ, cette approche.

Rudd : La chanson Firelight est en fait un reste du projet solo de Sharon, mais ne convenait pas à son album. En revanche, je trouve qu’elle colle parfaitement à Resist

Metal-Eyes : Vous allez de nouveau jouer au Zénith demain soir (le 11 novembre 2018). L’album n’est pas encore sorti, mais vous allez le présenter au public. Combien de chansons allez-vous en jouer ?

Rudd : 5.

Metal-Eyes : Vous allez les tester, voire en changer, en fonction des réactions du public ?

Martin : Non, elles font partie de la setlist régulière.

Rudd : On en a répétées 6, mais une, je ne sais plus pourquoi, a été mise de côté. Sur Firelight, nous avons un invité, qui vit en Belgique. Alors nous la jouerons probablement là-bas exclusivement. Mais les 5 autres font partie du set.

Metal-Eyes : Si vous deviez ne retenir qu’une chanson de Resist pour exprimer ce qu’est aujourd’hui Within Temptation, laquelle serait-ce et pour quelle raison ?

Martin : Pour moi, ce serait The reckoning, pour la puissance qu’à toujours développé Within Temptation. Elle est puissante mais aussi plus directe, il y a moins de choses, elle va droit au but.

Rudd : Je suis d’accord, et c’est le titre d’ouverture. C’est une chanson très heavy, ce qui est dû aux guitares très graves. Un morceau explosif qui, en plus, fonctionne super bien sur scène.

Martin : Et ce rythme de batterie : simple et direct. Quelque chose de très simple mais les gens savent ce qu’ils vont avoir. C’est une chanson puissante, avec la voix de Sharon… C’est une bonne représentation de cet album et de ce qu’est aujourd’hui Within Temptation.

Metal-Eyes : Vous avez-joué à Paris à plusieurs reprises. Quel est votre salle préférée ? Vious avez joué à La Locomotive, Le Zénith, l’Elysée Montmartre, et aussi en ouverture d’Iron Maiden au Parc des Princes

Les deux : ah, oui, oui, oui !

Metal-Eyes : Des lieux différents, avec différentes capacités. Lequel a vos faveurs ?

Rudd : Je préfère le Zénith. Je trouve que ce type de salle, 6.000 personnes, est parfait pour nous. Nous pouvons offrir un gros show, très visuel, et pour le public, ce n’est pas trop gros. Si on joue dans un stade et que tu es assis au fond, tu vois ce petites figurines… (rires)

Metal-Eyes : Ou tu regardes les écrans…

Rudd : Oui, aussi, mais dans ce cas, reste chez toi, et regarde un DVD…

Martin : Je me souviens au Parc des Princes, j’ai eu le sentiment, alors que nous étions sur scène, que les gens à l’autre bout étaient ailleurs, à une fête foraine… Qu’ils s’intéressaient à autre chose que ce qu’il se passait sur scène. Comme un festival. Une salle de 6.000 personnes conserve cette intimité avec le public. Tu construis quelque chose avec les gens. Maintenant, je crois que ma salle préférée a été La Locomotive, petite, mais surtout parce que c’était la première fois, très excitant ! Première tournée en France, avec un bus qui avait fait le Paris-Dakar, que nous avons pu louer pour pas grand-chose. C’était super ! C’était la minute « retour dans le passé » !

Metal-Eyes : Un peu de nostalgie…

Rudd : Qu’en est-il de l’Elysée Montmartre ? Il a été détruit dans un incendie ?

Metal-Eyes : Oui, et il a réouvert il y a environ deux ans.

Rudd : Dans le même esprit ?

Metal-Eyes : Le même, la même architecture, rénovée, et le tout plus blanc et propre.

Rudd : J’ai parlé du Zénith, mais l’Elysée Montmartre est très chouette aussi. On y a joué, quoi ? 2 ou 3 fois, je crois…

Metal-Eyes : Maintenant, quel est l’endroit du monde où vous n’avez pas aimé joué, où vous ne retourneriez pour rien au monde ?

Rudd : Avec Within Temptation ou peu importe le groupe ?

Metal-Eyes : Peu importe, mais là où même avec une formation telle que la votre vous diriez « non ! » même si on vous payait…

Rudd : Alors… Je joue parfois avec un groupe acoustique Tribute à Iron Maiden qui s’appelle Maiden United, un de mes autres projets. J’ai joué dans un endroit qui s’appelle De Virlichte Geest à Roeselvare, en Belgique (NdMP : il le prononce avec un accent incompréhensible, je le regarde avec des yeux ronds…)

Metal-Eyes : OK, pourquoi j’ai posé cette question ? (rire général)

Rudd : Ah, ah ! Je te l’écrirais après ! Il y avait des fuites dans les loges, des trous dans les murs, il nous a fallu mettre un chauffage électrique… C’était pourri, sale, une vraie merde ! Tu sais, on ne peut pas faire grand-chose pour de vieux endroits, mais un endroit sale peut être nettoyé, tu vois… Il aurait suffit de deux ou trois personnes et d’un après-midi pour rendre cet endroit bien mieux, mais ils n’ont rien fait. Et je pense que c’est un vrai manque de respect. Jamais plus je n’y mettrais les pieds, jamais…

Martin : Avec Within Temptation, il y a eut un festival, je ne sais plus lequel, il n’y avait pas de loges pour les artistes. On a dû se changer derrière les arbres…

Rudd : Quoi ? J’étais là ?

Martin : Oui, je crois que tu étais là… Même Sharon, je me souviens de Robert qui tenait une grande serviette devant elle. Pas de loges ! Et la nourriture… On nous a remis des coupons pour la nourriture et on n’a eut droit qu’à du pain blanc ! Pas de boisson, rien du tout…

Rudd : Je crois que je m’en souviens, oui…

Metal-Eyes : Vous avez parlé de festival, y a t-il déjà des festivals prévus pour 2019 ?

Rudd : Oui, certains. On aura la tête d’affiche du Grasspop, il y a Wacken qui a été confirmé. On travaille sur quelques autres mais, honnêtement, je ne suis pas certains de ceux qui ont été confirmé. Il y en a mais certains n’ont pas encore été annoncés, alors nous ne pouvons rien en dire…

Metal-Eyes : J’aurai essayé…

Rudd : Mais c’est raté ! (rire général)

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Within Temptation pour 2019

Martin (sans hésiter) : Resist !

Rudd : Oui, « resist ! »

Metal-Eyes : Facile, c’est le titre de votre nouvel album…

Rudd : Euh… On approche de l’hiver, et je cite toujours Frank Zappa : « regarde où vont les huskies », où se trouve la neige… Mais ça ne fait aucun sens non plus (rires) !

Martin : C’est une question difficile…

Metal-Eyes : J’aime bien poser des questions difficiles…

Rudd : Et tu te débrouilles bien ! « Aime ton voisin » ? Non… Je reste avec Resist !

Metal-Eyes : On en reparlera une prochaine fois alors. Terminons avec ceci : quelle a été, jusqu’à présent, la meilleure question qu’on vous a posée, la plus étonnante ?

Rudd : « Quelle pourrait être la devise de Within Temptation » ! (rires)

Metal-Eyes : Tu sais quoi ? Mes prochaines interviews, je vais inverser ces questions !

Rudd : Non, sérieusement, j’ai bien aimé ta vision des trompettes de l’archange Gabriel. Ce n’est comme ça que je voyais les choses… Peut être que c’est ce que Daniel, le producteur avait en tête… Ou c’est toi qui y a pensé dans les arrangements ?

Martin : Je ne sais plus… Je fais tellement attention aux détails, je ne sais plus forcément qui a eu quelle idée. Peut être que j’ai posé ces trompettes, je ne sais plus.

Rudd : Pareil avec les guitares, on rajoute des choses, mais je ne sais plus…

Metal-Eyes : Il s’agit de toute façon d’un effort collectif.

Rudd : Absolument, nous faisons les choses ensemble.

Metal-Eyes : Merci à tous les deux pour cette interview, et bonne chance pour votre show de demain. Vous savez comment vous allez occuper votre soirée ?

Rudd : Peut-être que je vais faire un tour… On est où dans Paris ?

Metal-Eyes : Paris est juste de l’autre côté du pont. On voit le Zénith d’ici…

Rudd : Ah oui ? (Je lui montre par la fenêtre) On n’est même pas dans Paris ? Ben… Je crois que je vais rester ici et récupérer un peu de sommeil, alors…

Martin : Moi aussi, je n’ai pas bien dormi la nuit dernière, alors, un peu de repos fera du bien. En plus, il a fallu qu’on se lève au milieu de la nuit pour le contrôle de passeport en Angleterre… un bon dîner à l’hôtel et une bonne nuit !

 

Interview: YANN ARMELLINO & EL BUTCHO

Interview Yann ARMELLINO & El BUTCHO. Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 11 décembre 2018

Metal-Eyes : Commençons par faire un rapide retour sur le passé : Better way est sorti il y a maintenant deux ans. Quel regard portes-tu avec du recul sur ce premier album ?

Yann Armellino : Ouh là… ça c’est une question qu’on ne m’avait pas encore posée… Il faut que je réfléchisse un peu… Quel regard ? Better way, c’était le début d’un truc avec Butcho. La genèse de cet album, les compositions, ça s’est fait d’une manière différente, parce que j’avais déjà pas mal d’idées. Je les ai envoyées à Butcho, il a posé ses voix dessus. Il y avait moins d’échanges, moins d’affinités, alors qu’avec ce nouvel album, on a beaucoup plus échangé et travaillé ensemble. Ça, déjà, c’est la grosse différence. Après, le regard que j’en ai c’est surtout que ça nous a permis de faire quelques dates sympathiques, des showcases, et continuer à faire des choses un peu différentes. De sortir un peu de ce carcan de guitariste.

Metal-Eyes : Aujourd’hui, vous revenez avec 17. Est-ce que le titre a un rapport avec l’adolecence et les nombreux « teenage » qu’on peut entendre sur le premier titre, Mr Wish ?(Après ré-écoute du titre et lecture des textes, Butcho ne chante que « tonight, tonight »…)

Yann Armellino : Non. Alors, non, pas du tout.

Metal-Eyes : Alors quel est le mystère qu’il cache ? J’ai lu quelque part que c’est en rapport avec le nombre d’albums que vous avez enregistrés…

Yann Armellino : Oui, c’est ça ! En fait, il n’y avait pas un titre générique qu’on pouvait extraire pour appeler cet album. D’habitude, c’est plus facile. Better way, c’était plus facile, c’était le premier titre et on l’a tout de suite vu comme tel. On a eu l’idée, ou plutôt, je crois, j’ai eu l’idée. J’ai demandé à Butcho combien d’albums il avait fait, et moi aussi. On n’a compté Better way qu’une fois, sinon on l’aurait appelé 18 (rires). Je trouvais ça rigolo.

Metal-Eyes : Ca évoque aussi les hard américain des 80’s qui parlait beaucoup de jeunesse, et de jeunes filles. Comme Winger avec son titre, Seventeen. Tu nous as dit que vous aviez plus travaillé ensemble. Musicalement, comment analyses-tu votre évolution entre ces deux disques ?

Yann Armellino : J’ai pas pour habitude d’analyser et de regarder trop dans le rétro… Je vais u  peu où le vent me porte. Difficile de répondre à ça… Il y a des choses… Tout est perfectible, mais a un moment, il faut figer les choses, sinon…

Metal-Eyes : Avez-vous changé votre méthode de travail. La dernière fois que nous avions parlé, vous disiez avoir travaillé à distance, échangé des fichiers. Vous avez modifié les choses ?

Yann Armellino : Oui, là on s’est beaucoup plus vus. On a fait des séances de travail ensemble. Du coup, vu qu’on a beaucoup plus composé ensemble, j’espère que ça se ressent. Là, ça peut marquer une vraie évolution, parce qu’il y a plus de travail en commun, plus d’échanges, d’idées, un jeu de ping pong. Suite à ces séances de travail, j’avais un refrain, un couplet, et je me débrouillais pour en faire un titre. C’est vrai que c’est quelque chose qu’on ne faisait pas sur le premier album. Il y a des idées qui sont parties en studio de répétitions, un riff… Et puis Butcho a cette capacité à très vite poser des mélodies sur un riff… Tu sais, il est assez étonnant là-dessus. C’est le roi des mash up : tu lui demandes de faire Hot fot teacher de Van Halen sur Beat it de Michael Jackson, il te le fait. Ça vient comme ça, en fait, c’est assez naturel. Du coup, ça facilite le fait de pouvoir composer ensemble.

Metal-Eyes : Une question qui peut vous concerner tous les deux : au niveau des textes, y a-t-il des thèmes que vous souhaitez aborder, et d’autres que vous préférez éviter ?

Yann Armellino : Alors, là… Ben le voilà qui arrive, ça tombe bien. Il va pouvoir répondre. On parlait de tes textes !

Metal-Eyes : Je vais, juste avant,  revenir un peu en arrière et te poser la question précédente : comment analyses-tu l’évolution de votre collaboration entre vos deux albums ? 

El Butcho : … J’ai aucun mot pour ça ! (il rit) Non, l’évolution elle est vraiment cool, c’est un vrai partage. C’est une émulation entre lui et moi, ses riffs de guitare m’inspirent, je fais un truc par-dessus, un couplet, il enchaine…

Metal-Eyes : Yann me disait aussi que vous avez beaucoup plus travaillé ensemble.

Yann Armellino : Je disais aussi que tu poses des mélodies et des textes très rapidement quand je balance u  riff. Ce qui est très agréable pour un musicien.

El Butcho : Ce qui est important, c’est la ligne de chant. Dès que la ligne de chant est prête, c’est bon. Après, je m’occupe du texte à part, dans mon coin, mais il faut que je sois d’accord avec Yann sur la ligne de chant. Souvent, ça commence par le refrain.

Metal-Eyes : Au niveau des textes, j’ai l’impression qu’il y a deux lignes directrices…

El Butcho : Oui, lesquelles ?

Metal-Eyes : Une, personnelle, avec de l’introspection, beaucoup de sentiment, de sentimentalisme, d’amour aussi, et l’autre qui pose un regard sur notre monde, un regard un peu dépité.

El Butcho : Ben, ça se voit que tu as analysé mes textes, c’est exactement ça. Introspection, voyage interne et une invitation au voyage aussi, de liberté aussi, comme dans le titre Under my skin. C’est pour ça qu’on a fait la lyrics video où tu ne vois que des routes. C’est vraiment l’esprit voyage, à travers les Etats-Unis ou ailleurs, parce que c’est une musique qui se prête à ce genre de truc. Tu mets ça dans ta Chevrolet et tu fonces…

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que tu souhaites ne pas aborder ?

El Butcho : Oui, tout ce qui est politique. Je garde ça pour moi, c’est des choses qui n’interessent personne, on s’en fout…

Metal-Eyes * : Est-ce qu’il y a des choses que tu ne sais pas écrire ?

Yann Armellino : En fait c’est pas ça. C’est la musique qui m’inspire, et pas la politique.

Metal-Eyes *: Tu t’inspires de ton expérience, d’accord, mais est-ce que tu pourrais aussi parler de la nature, de rencontres de voyages. Des choses autres que ton expérience ?

El Butcho : Bien sûr, et je l’ai fait sur le premier album : je racontais des histoires pas personnelles. Celui-ci est plus personnel.

Metal-Eyes : Ce que j’ai apprécié sur le disque, c’est ce mariage entre les guitares très aériennes à la « guitariste instrumental » avec ce chant typé hard rock 80’s. Avez-vous décidé d’une manière de composer spécifique ou de vous laisser inspirer par ce qui arrive ?

Yann Armellino : On a décidé en fait de rien du tout ! On ne se dit pas qu’on va composer à la manière de untel ou untel, on n’a pas de cahier des charges défini.

Metal-Eyes : Donc si ça vous plait à tous les deux, hop, ça part !

El Butcho : Oui, et c’est pour ça que c’était bien qu’on se retrouve toi et moi, guitare acoustique, voix. C’est primordial.

Metal-Eyes : Et vous avez eu un mot à dire l’un et l’autre au sujet de votre travail respectif ou êtes-vous plutôt d’accord ?

Yann Armellino : On est souvent d’accord, et quand on ne l’est pas, on se le dit.

El Butcho : On a changé quelques petites choses parce que moi, j’étais pas content avec ça…

Yann Armellino : Il y a pas mal de titres qui ne se sont pas retrouvés sur l’album parce que…

El Butcho : …avec du recul on s’est dit qu’on n’aimait pas

Metal-Eyes : Un processus assez naturel, finalement. Si vous deviez l’un et l’autre ne retenir qu’un titre de 17 pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

El Butcho : Moi, c’est le deuxième, Love ain’t easy to tame. Parce qu’il y a le côté nouveau, le côté sauvage, le côté liberté…

Yann Armellino : Moi aussi. Et il y a le côté blues, aussi. J’aime beaucoup ce titre.

El Butcho : Je pense que ça va être la transition, s’il y a un troisième album, entre celui-ci et le troisième.

Metal-Eyes : Pourquoi n’y en aurait-il pas ?

Yann Armellino : On verra… Déjà, en 2019, on va essayer de faire vivre celui-là et après, on verra.

Metal-Eyes : Un album, ça se défend sur scène. Quels sont vos projets de ce côté ?

El Butcho : Sur scène… Malheureusement, ce n’est pas nous qui décidons. Si on s’écoutait, on donnerait des concerts tous les jours, voire deux ou trois… Mais ce sont les programmateurs des salles en France qui décident. C’est très difficile pour des groupes comme nous, en développement d’être programmés. Parce que les gens veulent la sécurité, des salles remplies, des artistes confirmés. Ils ne veulent plus du tout de groupes en développement…

Metal-Eyes : Il y a un risque financier derrière…

Yann Armellino : En même temps, il ne faut pas perdre de vue que c’est notre métier, on ne fait que de la musique…

El Butcho : Ouais, mais là, si je suis programmateur, je dis « OK, c’est bien, c’est votre métier, cool… Mais vous allez me remplir ma salle ou pas ? »  Alors on fait comment ?

Metal-Eyes : Donc, c’est les programmateurs qu’il faut séduire.

El Butcho : Pas qu’eux : le public aussi…

Metal-Eyes : Vous visez des salles de quelle capacité ?

El Butcho : Je dirai entre 200 et 400…

Yann Armellino : Oui, à peu près…

El Butcho : Même pas, pour l’instant…150 à 300. Mais ce n’est pas que les programmateurs, c’est le public aussi. Là… c’est un peu plus difficile. Les gens se réservent pour des gros évènements, de gros festivals…

Yann Armellino : C’est aussi lié au prix des places. Nous on n’a pas des tarifs chers, mais…

El Butcho : Mais même si on faisait des places à 2 €, je ne sais pas si les gens se déplaceraient. Tant que tu n’as pas un nom…

Yann Armellino : Quand les gens dépensent 80 ou 100 balles pour aller voir X ou Y à Bercy ou au Stade de France, ils y vont à 2 ou à 3. Taxi, repas, c’est une soirée à 500 balles alors après, ils ne vont pas dépenser, même si c’est un ticket à 15 €. Ils ne vont pas en faire des dizaines dans l’année.

Metal-Eyes : Même si on se trouve beaucoup plus près des musiciens, mais on connait le débat…

El Butcho : Et on ne va pas en faire une histoire, les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent. On ne va pas les forcer.

Metal-Eyes : Maintenant que vous vous connaissez mieux, que vous travaillez ensemble depuis quelques temps, on peut vous considérer comme un groupe à part entière. Alors, quelle pourrait être la devise de votre groupe ?

El Butcho : Mmhh… Euh… Never give up ! N’abandonnez pas.

Yann Armellino : Je signe. Ça me va !

Metal-Eyes : Vous êtes tous deux fans de guitare, de rock des années 70/80. Etes-vous allés voir Bohemian rhaps…

El Butcho : Bien sûr ! J’ai adoré. 2 fois ! 2 fois en une semaine !

Metal-Eyes : Et tu en as pensé quoi ?

El Butcho : Franchement, j’avoue : je ne connaissais pas trop Queen. J’y suis allé en tant que novice. Je connaissais comme tout le monde, We will rock you, We are the champions, et je me suis pris une grosse claque.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui t’a le plus plu ?

El Butcho : Tout ! Je ne connaissais pas son histoire. Les puristes doivent dire qu’il y a des erreurs, moi, je ne connais pas Queen…

Yann Armellino : A priori, il y a quand même des erreurs chronologiques…

El Butcho : Mais moi, j’ai rêvé pendant le film. 2 fois ! Ce que j’ai adoré, c’est le live à Wembley, au Live Aid. Du coup, en rentrant, je suis allé chercher ça sur internet, et le Live Aid, c’est le même. C’est la même chose !

Metal-Eyes : Oui, les images du groupe ont été ajoutées à celles originales du public…

El Butcho : Non ! (…) ça a été mis en…

Metal-Eyes : Oui, c’est un montage, avec les images d’origine.

El Butcho : Mais comment ils ont fait pour avoir cette qualité ? Image de ouf !

Metal-Eyes : On fait des choses magiques aujourd’hui…

El Butcho : Attends… je suis naïf ou quoi, là ?

Metal-Eyes : Oui ! (rire général)

El Butcho : Je pensais qu’ils avaient tout reconstitué au Live Aid…

Metal-Eyes : Va le voir une troisième fois : tu vois bien que ça a été monté.

El Butcho : Non mais, même si en 85 il y avait la vidéo, la qualité n’était pas pareille, c’est pas possible ! A l’époque, il n’y avait pas ça en caméra ! Ils ont reconstitué… Et là, vous dites que c’est des vraies images d’archives… C’est pas possible… A mon avis, ils ont reconstitué tout le Live Aid, avec les gens et tout, quoi…

Metal-Eyes : Pourquoi j’ai posé la question… Yann, tu l’as vu ?

Yann Armellino : Non. Pas d’avis, et je n’ai pas forcément envie d’aller le voir. Je ne suis pas très client des biopics, des nécros… Je le verrai peut-être, mais pas là.

El Butcho : L’acteur, il est génial ! J’en ai découvert un autre qui chante comme lui, Marc Martel. Tape ce nom sur internet…

Metal-Eyes : Je suis sûr que le premier qui sortira, c’est Charles Martel…Ceci dit, je te rejoins, j’ai aussi adoré. J’ai été bluffé, même si, en effet, le puristes disent qu’il y a des erreurs chronologiques. Une dernière chose : vous avez passé la journée en promo. Il y a encore quelques interviews à venir, mais, pour le moment, quelle a été la meilleure question qu’on vous ait posé, la plus surprenante, étonnante…

El Butcho : … Il n’y en a pas eu. Je n’ai pas été étonné.

Yann Armellino : Si, ta première, peut être…

El Butcho : C’était laquelle ?

Metal-Eyes : C’était : quel est le regard que vous portez aujourd’hui sur Better way, sorti il y a deux ans.

Yann Armellino : Regarder dans le rétro, c’est pas mon truc.

El Butcho : Ouais… Sur le moment, c’était bien. Maintenant, on passe à autre chose.

* Questions posées par Soniata

Merci à Roger Wessier et au Hard rock café d’avoir rendu un grand nombre d’interviews de 2018 tout autant possibles que sympathiques!

Interview: FOREST IN BLOOD

Interview FOREST IN BLOOD. Entretien avec Hervé (guitare). Propos recueillis au Black Dog de Paris le 7 décembre 2018

Bavards, bavards sont les pirates des Forest In Blood! Metal Eyes est allé rencontrer Hervé, guitariste du combo parisien au Black Dog afin de le faire monter sur la planche et répondre à toutes nos questions. Mission accomplie! En plus, les requins n’ayant pas voulu de lui, on a dû le faire revenir à bord…

Metal-Eyes : C’est la première fois qu’on se rencontre, je vais donc te poser la question la plus traditionnelle et la moins travaillée qui soit : peux-tu me raconter l’histoire de Forest In Blood ? Je crois que tout commence en 1998 ?

Hervé : Oui, ça a commencé en 98 avec Elie et Barth, le chanteur et le guitariste. Ils ont commencé la musique ensemble, au bout de deux ans ils ont sorti un premier EP, puis ont changé de guitariste – premier changement du line-up du groupe, d’une longue série… – et je suis arrivé en 2000 et depuis, on a continué l’aventure du groupe. Il y a eu toute une partie Forest In Blood, jusqu’en 2005, on a intégré Nicolas Bastos avant qu’il n’aille dans L’Esprit du Clan et Dagoba. On a écrit un album avec lui, qui allait s’appeler Confrontation with god, mais qui est sorti sous un autre nom de groupe après son départ. 2005, arrêt du groupe, 2010, on reprend Forest In Blood et on fait un Ep…

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a fait arrêter en 2005 ?

Hervé : On en avait un peu marre du nom de Forest In Blood. On était en train de signer sur un label hollandais et le nom n’était pas très international, alors qu’on avait l’intention de s’exporter ; on était très dans le détail d’avoir un nom qui sonne bien anglais. Du coup, on a décidé de changer, ce qui était peut-être une erreur de notre part, et on a créé l’aventure Apocalypse Now qui a duré 4 ou 5 ans, on a sorti deux albums, avec le même line-up, sans Nicolas Bastos qui a enregistré l’album mais est parti juste après. Et on a enchaîné les tournées, on a joué en Allemagne, en… partout en Europe, on a tourné, tourné, jusqu’en 2009 où on en a eu marre.

Metal-Eyes : Il y avait une différence au niveau musical entre les deux groupes ou les deux avaient le même esprit ?

Hervé : C’était beaucoup plus metal, un peu moins hardcore. On a essayé de jouer un peu vite… On a changé, et avec la création d’un autre album, on est revenus à ce qu’on aime plus, des tempos plus rapides…

Metal-Eyes : Vous avez donc reformé, en 2010, Forest In Blood. Qu’est-ce qui a motivé cette reformation ?

Hervé : On avait envie de refaire de la musique, on a refait Forest In Blood entre guillemets « light »…

Metal-Eyes : Parce qu’Apocalypse Now, ce n’était pas de la musique ?

Hervé : Non, mais on avait arrêté pendant un an et demi…

Metal-Eyes : J’ai bien aimé ta surprise !

Hervé : Ouais, merci ! Apocalypse Now, on arrêté parce qu’on avait tous des contraintes de travail et familiales. Et à un moment, tu te rends compte qu’il te manque un truc, et la musique, c’est ce que tu aimes, donc… On a décidé de refaire une répète, puis 2, 3, 4… on a enregistré une démo, on a organisé des concerts, et les aléas de la vie font que ça s’est arr^été tout doucement. Jusque là, en 2018, où on nous a proposé de jouer, et voilà, on a sorti un album !

Metal-Eyes : Donc, c’est l’occasion qui fait le larron…

Hervé : Exactement.

Metal-Eyes : On vous propose de rejouer, Pirates arrive… Il vous a fallu combien de temps pour la composition de cet album ?

Hervé (il rit) : On s’est reformés en mars-avril, on a commencé les compos en mai-juin, et on était en studio en septembre. Ça a été très vite.

Metal-Eyes : Justement, puisque ça a été rapide, es-tu d’accord pour dire qu’il y a certains thèmes de guitare qui se répètent comme une récurrence ?

Hervé : Oui, on l’a composé dans cet esprit, un esprit de continuité. Du coup, on est vraiment allé à l’essentiel, à l’origine de notre façon d’écrire, sans se demander si ça ressemble à ça ou ça… Du coup, on est vraiment allés à l’essentiel de ce qu’on voulait.

Metal-Eyes : L’intro de My dues, et celle de Black Parrot, si je me souviens bien, sont pratiquement du copier-coller… Il y a une inspiration commune tant sur le rythme que sur le riff.

Hervé : Oui… Il y a quelques inspirations similaires dans la façons d’écrire les riffs, je suis d’accord.

Metal-Eyes : Vous l’avez enregistré chez Francis Caste, un producteur aujourd’hui incontournable dans le metal français. Il vous a apporté quoi ?

Hervé : Francis, il t’apporte l’écoute. Quand tu vas chez lui, tu peux écouter toutes ses productions, il n’y en a pas une qui sonne comme une autre. A un moment donné, en Europe, il y avait des gars qui enregistraient des groupes toujours de la même façon. Tu avais l’impression que la console était réglée de la même façon, que les gars jouaient sur les mêmes amplis, tu sortais avec la galette qui sonnait comme tout le reste… Francis, je trouve qu’il a le talent de comprendre les gens, de comprendre ce que tu veux et d’extraire le meilleur de toi. Il est hyper rigoureux, hyper difficile et exigeant. Du coup, il te challenge, il prend ce que tvu as et extraire le meilleur de toi-même. Il va aussi te dire qu’il a compris ce que tu veux, vers où tu veux aller, et il t’y accompagne. Avant tout, c’est un mec qui est super humain, super sympa et tu as envie de travailler avec des gens comme ça. Tu es à la maison. Entre deux albums, tu reviens, tu as l’impression de ne jamais être parti.

Metal-Eyes : Donc au-delà d’être à l’écoute, il est aussi force de proposition.

Hervé : Il t’écoute fortement et il propose. Et ça, c’est super important.

Metal-Eyes : Et ça entraîne beaucoup de changement entre votre composition du titre et le morceau final ?

Hervé : Il y a quelques variations, des choses très techniques dans le jeu de batterie, mas l’esprit global reste le même. Rajouter telle harmonie, jouer un peu plus comme ça sur la guitare… C’est intéressant.

Metal-Eyes : Il y a un truc que j’ai remarqué sur la pochette : les éclairs. Certains ressemblent au M de Metallica, c’est voulu ?

Hervé : On n’a pas fait gaffe… (il regarde la pochette que je lui tends) A ouais, peut-être… Tu vois, même les éclairs sont alignés ! C’est surtout une influence du bassiste, pas moi. J’aime ce qu’ils font, mais ça ne reste pas le groupe que j’écoute le plus…

Metal-Eyes : C’est quoi, vos influences ?

Hervé : Ouah ! Elie, au chant, c’est un fan ultime de Slayer, Sepultura, moi je suis plus Converge, Mastodon, Baroness… Du lourd, pas forcément speed. Nesh écoute un peu de folk… On a tous des influences différentes…

Metal-Eyes : Comment présenterais-tu votre musique à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Hervé : Notre musique, c’est du metal hardcore. Qui va recenser les influences de Slayer, le côté plus hardcore de Hatebreed, certains chœurs peuvent même te faire penser, en live, à la façon dont Biohazard faisait les chœurs en harmonie… Après, comment te décrire cet album ? C’est un concept album qui a été écrit autour du thème de la piraterie…

Metal-Eyes : Non ?

Hervé : Si !

Metal-Eyes : Il s’appelle comment ?

Hervé : Pirates…

Metal-Eyes : Ah, ben tiens !

Hervé : Ce qui est important, c’est de l’écouter d’une traite. On l’a écrit de façon à générer une ambiance spécifique, sur l’enchaînement, la composition des morceaux. On avait le thème avant d’écrire l’album, du coup, on a étoffé, établi les paroles, la musique, certaines récurrences. Le flottement de Seul au large au début de l’album, on voulait une impression de houle.

Metal-Eyes : Il est très doux d’ailleurs comme morceau.

Hervé : Oui, et on voulait ce sentiment et qu’après il y ait de la bataille, de la perte de bataille, des rencontres… Il y a James qui parle d’un mec qui se balade dans un bar, il est complètement saoul et il appelle un gars « James ! James ! » et tout le monde se demande « mais qui est ce gars ? ». En fait… c’est sa bouteille de rhum ! L’idée est là : la piraterie et tout ce qui va avec.

Metal-Eyes : Comment vous est venue cette idée ?

Hervé : C’est Barth qui l’a proposée, l’autre guitariste. On a discuté et on se disait que ce serait bien de composer un concept album, et il nous a dit qu’il avait le concept. Il a apporté l’idée et on s’est renseigné. On a découvert un monde hyper codifié, violent, agressif… Et la mer, j’aime beaucoup la mer… Au début, on s’est dit que tout le monde allait vouloir comparer à Pirates des Caraïbes, mais après, on s’est dit qu’on n’en avait rien à foutre et qu’il fallait travailler sur ce concept. Et voici l’album !

Metal-Eyes : 1518, ça évoque quoi ?

Hervé : C’est la mort de Barbe Rousse. C’est pour ça qu’elle est calme.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre pour décrire ce qu’est Forest In Blood, ce serait lequel ?

Hervé (il réfléchit) : Euh… My dues. Parce que la façon dont il est écrit, dont le riff est écrit, représente bien ce qu’est le groupe. C’est-à-dire des parties speed, agressive, avec une partie un peu plus rythmée au milieu du morceau et un petit interlude qui aère le morceau.

Metal-Eyes : C’est le morceau qui ouvre l’album après Seuls au large. Sur votre bio, il est mentionné que le groupe s’est formé en 1998, année de la victoire de l’a France en coupe du monde. Vous revenez en 2018 avec un nouvel album, la France a remporté sa deuxième étoile. Vous prévoyez quoi ? 20 ans pour revenir ? Vous suivez l’actualité du foot français ?

Hervé (il rit) : Elie la suit, Nesh aussi, les trois autres un peu moins. Mais on pourrait dire que c’est précurseur.

Metal-Eyes : On peu espérer que la sortie du prochain album corresponde avec…

Hervé : On peut l’envisager, oui (rires). On va essayer d’en faire un autre pour dans deux ans, pour la coupe d’Europe. Et deux ans après, pour la coupe du monde…

Metal-Eyes : Si tu pouvais imaginer une devise pour Forest in Blood à mettre sur votre album tous les deux ans, ce serait quoi ?

Hervé : L’amitié et la générosité. Parce qu’on est des potes avant tout, cet album a été enregistré comme ça, par des amis qui ont envie de se faire plaisir avant tout. Et la générosité parce qu’on adore donner des concerts et rencontrer des gens, en dehors de Paris.

Metal-Eyes : Un album ça se défend sur scène. Quels sont vos projets de concerts, en dehors de Paris ?

Hervé : Il y a quelques projets en cours, quelques dates en planification. On joue à… on joue à Viry Chatillon, on va aller à Nantes, à Colmar, Bordeaux… On est dessus… Après, on espère pouvoir choper des bons trucs en première partie… Il y a la tournée de Mass Hysteria, ça serait chan-mé de faire une date avec eux ! Ce serait génial de pouvoir tourner avec des groupes qui sont là depuis des années, qui respectent le public, la scène…

Metal-Eyes : As-tu quelque chose à rajouter pour les lecteurs de Metal Eyes ?

Hervé : Oui, une chose : vous allez surfer sur internet, choper des morceaux à droite, à gauche. Ce que je vous conseille, c’est de prendre 40 minutes de votre temps, et écoutez l’album en entier. Fermez les yeux, imaginez que vous êtes sur un bateau, qu’il y a des batailles, la guerre… Vous n’aurez pas le mal de mer mais vous allez kiffer parce que c’est écrit autour de cette ambiance des pirates.