SMITH/KOTZEN

Hard rock, Angleterre/USA (BMG, 2021)

Lorsque cette union sous le nom de Smith/Kotzen a été annoncée, ce fut une vraie surprise. Pensez donc, le guitariste d’Iron Maiden, Adrian Smith, qui va frayer avec l’Américain Richie Kotzen, connu pour ses participations avec Poison, The Winnery Dogs ou encore pour une prolifique discographie solo… Des styles à priori différents mais que les deux guitaristes chanteurs ont sagement contournés pour se concentrer sur d’autres aspects rock et hard rock. Les voix radicalement différentes se complètent, et le duo explore les sonorités très groovy, voire funky (Taking my chances, Some people), plus rock (Running) autant que des ballades bluesy (Scars) qui évoquent même la chaleur d’un Bonamassa. Au delà de la guitare et du chant, ils se partagent même la basse sur la moitié des morceaux, Kotzen se frayant un chemin vers la batterie, notamment sur Taking my chances et Glory road. A ce sujet, comment ne pas évoquer la frappe d’un certain Nicko Mc Brain (sur  le très enjoué et rythmé Solar fire)? La famille n’est jamais bien loin, au point que cet album a même été mixé par Kevin Shirley. Oui, vous savez, celui  a produit la plupart des albums de Maiden depuis le retour de Smith et Dickinson… Là encore, tous s’éloignent radicalement des repères que pourraient être le son de la vierge de fer pour proposer une identité sonore propre. Avec le passif de Shirley, qui a collaboré avec les plus grands et variés des groupes internationaux (The Black Crowes, Rush, Bonamassa, Beth Hart, Black Country Communion, Black Star Riders…), c’est heureux (d’ailleurs, c’est BMG et non Parlophone qui récupère le duo…). Au final, avec ses 9 titres, ce Smith/Kotzen est un plaisir qui mélange avec bonheur un panel d’influences musicales qui a bercé les deux musiciens. Un must de cette première moitié d’année.

THUNDER: All the right noises

Angleterre, Hard rock (BMG, 2021)

Les amoureux de hard rock classieux vont être servis. Les Anglais de Thunder, depuis leur retour de 2015 (Wonder days arrivait après un break de 8 longues années) sont d’une précision sans faille, proposant un nouvel effort tous les deux ans. Et dire que le groupe a, depuis quatre albums maintenant, suivi un parcours sans faute est un euphémisme. All the right noises s’ancre parfaitement dans la ligné de ses 3 prédécesseurs, qui, déjà, proposaient cetet touche si spéciale et reconnaissable. La voie de Danny Bowles semble ne pas faiblir malgré les années qui avancent, les guitares de Luke Morley et Ben Matthews sont complices comme jamais, la rythmique à la fois simple et plombée de l’impayable Harry James, victime involontaire de ses camarades de studio, et de Chris Child donnent cette structure autour solide et imparrable. Thunder, c’est simple, c’est du rock direct et sans fioriture, alternant entre titres directs et entraînants et ballades jamais gratuitement sirupeuse. Du nerf et du feeling, c’est ce qui fait la force de Thunder. Et puis on s’amuse avec ces paroles souvent à double sens comme ce « Shut up! I can’t hear another word another lie, Four years you been banging on and on » qui introduit l’album sur Last one out turns out the lights qu’on croirait volontiers être un message adressé à un certain Donald… Il y a aussi ces clins d’œil aux grands de ce monde, comme ce Going to sin city qui pourrait être signé AC/DC tant le riff et l’ambiance sont proches des premiers albums des Australiens. Le groupe sait aussi se faire taquin, comme sur You’re gonna be my girl. Une nouvelle fois, Thunder nous offre un album varié, aux chansons enjouées et toujours séduisantes. All the right noises tape dans le mille avec un rock classieux et sans autres prétention que celle de faire plaisir.

PUSCIFER: Existential reckoning

USA, Rock électro et expérimental (BMG, 2020)

Maynard James Keenan n’a de cesse de surprendre. Avec ce nouvel album de Puscifer, le gaillard nous fait entrer dans un univers improbable de sonorités d’un autre temps… Comment prendre cet album proche d’une cold wave des 80’s? Le duo vocal qu’il forme avec Carina Round tout au long des 12 titres de ce Existential reckoning est intriguant, les deux échangeant de telle sorte que l’auditeur est entraîné là où il ne s’attend pas. Les machines utilisées par Mat Mitchell jouent aussi un rôle important dans le résultat final – on dirait les premiers synthétiseurs grand public – quelque peu déstabilisant. L’ensemble est étrange, planant comme si le groupe se trouvait dans une autre dimension, une dimension bizarre, intrigante. Si certains peuvent crier au génie, je ne parviens pas à accrocher, tout simplement. MJK peut bien tout se permettre, et c’est bien son rôle, d’autant plus au travers de ses divers projets, il n’oblige personne à adhérer. Trop complexe pour moi, sans doute…

THE DAMNED – Black is the night

Punk, Angleterre (BMG, 2019)

Formé en 1976, The Damned fut rapidement affilié à la scène punk anglaise. Le ton, l’arrogance, l’irrévérence des textes (Democracy? et Anti-pope parlent d’eux mêmes), tout y participait, en effet, à l’exception de la musique, plus orienté rock, selon moi, que punk. A quelques exceptions près (So messed up, Machine gun etiquette aussi courts qu’explosifs et bordéliques), on est loin des Sex Pistols, G.B.H ou The Exploited. Qu’importe, plus de 40 ans plus tard, le groupe de David Vanian et Captain Sensible est encore là, et en joyeuse forme comme le prouve son dernier album en date, Evil Spirits (2018). Alors tant que les Anglais ont le vent en poupe, pourquoi ne pas proposer un récapitulatif de leur riche carrière? C’est ce que nous apporte ce Black is the night, double compilation retraçant l’histoire musicale des Damned. Avec quelque 40 titres, on se replonge dans le rock teinté ici de ska, là de presque pop, là encore de boogie, et toujours le groupe semble faire la fête. Des morceaux courts, directs qui ne dépassent que très rarement les 4′, qui se révèlent simplement encore efficace. Comment ne pas (re)succomber à Love song, Bad time for Bonzo, Melody Lee ou autre Problem child (qui n’a rien à voir avec le morceau d’AC/DC)? The Damned auraient certainement mérité plus d’exposition, mais ainsi va la vie. Reste que l’on peut aujourd’hui se rattraper avec cette très belle compilation.

THE FAIM: State of mind

Australie, Rock (BMG, 2019)

Quand on parle de rock australien, on pense souvent à Airbourne pour les plus récents des hard rockers, à AC/DC, The Angels, Rose Tattoo pour la partie historique la plus rock, à INXS ou Midnight Oil pour le rock plus pop ou au Easybeats pour nous faire autant aimer le vendredi. On pourrait ajouter aussi le disco des Bee Gees ou le torturé Nick Cave. Bref, l’Australie est terre de musique et de rock. The Faim, quatuor arrivant de Perth, pourrait rejoindre cette grande famille grâce à son premier album, State of mind. Composé de 10 chansons qui piochent dans divers univers musicaux, The Faim se positionne dans ce que l’on pourrait déterminer comme du soft punk ou du heavy pop. Les mélodies douces font penser au Blink 182 le plus récent, et si l’on creuse un peu, l’auditeur note des traces tant de jazz que de rock (un peu) plus énervé. Les guitares évoquent parfois une rencontre entre U2 et Metallica. Cependant, les aspects popisants omniprésents freinent quelque peu l’énergie que le groupe pourrait développer. State of mind est un album passe-partout, aux formules déjà entendues qui ne me marquent pas particulièrement. Les mélodies sont sympa, cependant, aucune ne s’insinue dans mon esprit. Il manque selon moi une touche de rage ou d’énergie pour me donner envie de réécouter ce disque dans la foulée. Dommage, car il y a de belles intentions mais cet album a un goût d’inachevé…

THUNDER: The greatest hits

Hard rock, Royaume-Uni (BMG, 2019) – Sortie le 27 septembre 2019

Thunder… Les amateurs de hard rock le savent, ils peuvent compter sur les Anglais pour leur apporter leur lot de décibels et de mélodies. Car c’est bien la marque de fabrique de Thunder: un hard rock pur jus, sans fioriture, du genre qui prend au tripe et donne cette irrésistible envie de gigoter et/ou d’enlacer son/sa chéri(e). Les amateurs le savent aussi, ce n’est pas la première compilation que Thunder nous offre, même si celle-ci est présentée comme telle par son label. Mais il suffit de visiter le site du groupe pour se rendre compte que c’est loin d’être le cas! Sa discographie est d’ailleurs plus fournie en live et compilations qu’en albums studio qui n’en compte « que » 12! Ce qui n’enlève rien à la richesse de ce The greatest hits, double album (ou triple, pour la version dotée dun bonus live de 6 titres) qui retrace une bonne partie de la carrière du combo. En deux CD et un bonus live de 6 titres, Thunder représente certains de ses plus grands classiques sans faire l’impasse sur certaines périodes, même si certains albums sont moins représentés (Robert Johnson’s tombstone ne propose qu’un extrait – pas des moindres puisqu’il s’agit du superbe The devil made me do it – tout comme Bang! avec On the radio). Si l’on se délecte des morceaux plus rock (Backstreet symphony, Dirty love, le nostalgique – et tellement vrai – Wonder days, Rip it up…) le néophyte peut également découvrir l’aspect le plus sentimental de Thunder au travers de ses ballades (de Love walked in, The rain) qui n’ont pas grand chose à envier à certains arthropodes allemands… Thunder en profite également pour rendre hommage à deux de ses groupes fétiches (The Rolling Stones et Led Zeppelin) avec deux reprises, Gimme shelter et Your time is gonna come. Le fan aura tout loisir de se replonger dans la machine à souvenirs, richement illustrée des propos de l’incontournable biographe des stars, Joel McIver, tandis que le néophyte prendra une simple leçon de rock’n’roll. En attendant de retrouver Ben Matthews, Luke Morley et leur bande sur scène. Thunder est bien trop rare en nos contrées…

SAMMY HAGAR & THE CIRCLE: Space between

USA, Rock (BMG, 2019)01

Jadis surnommé le Red rocker,  qui avait débuté sa carrière avec Montrose et est également connu pour être l’ex-chanteur de Van Halen (ou plutôt comme celui qui succéda brillamment à DLR) et pour sa participation plus que remarquée au sein du sublime Chickenfoot, revient aujourd’hui avec The Circle, super groupe composé de Sammy Hagar (chant et guitare), Vic Johnson (guitare), Michael Anthony, son ancien comparse de Van Halen (basse) ainsi que Jason Bonham à la batterie qui s’est formé en 2014. L’album que nous offre aujourd’hui le groupe, Space between, est présenté comme un album concept « à écouter dans son intégralité pour une meilleure expérience » – c’est ce qu’affirme le sticker apposé sur le disque en tout cas. Et c’est bien ce qu’il faut faire… Alternant entre morceaux bluesy et tranquilles et titres foncièrement rock  et rentre dedans, mixant le tout avec du boogie à la presque Status Quo, Sammy Hagar & The Cricle parvient à redorer un genre pas tout à fait disparu sans se ridiculiser. Le groove est immense, le blues et la soul omni présents, la prod est léchée et le résultat global est simplement impeccable. Comment résister à Free man ou No worries? Comment ne pas penser à led Zep ou AC/DC sur Trust fund baby? Space between est une pure réussite rock, un disque vibrant et entraînant. L’écouter sans bouger semble impossible tant ça balance à tous les étages. A 71 ans, on peut affirmer que le rock conserve ! J’adore.

GOOD CHARLOTTE: Generation Rx

Hard rock, USA (BMG, 2018)

J’aime bien les punks américains. Un peu d’insolence par-ci, d’irrévérence par-là, et hop! Mais surtout, avant tout, devrais-je dire, parce que ces gars, dont Good Charlotte est l’un des dignes représentants, savent écrire et composer de jolies mélodies qui font mouche. Good Charlotte, puisque c’est bien d’eux dont il s’agit ici, le démontre une nouvelle fois avec ce Generation Rx qui s’intéresse, une nouvelle fois, aux plus jeunes d’entre nous. Avec un regard pas forcément toujours complaisant mais sur fond de sonorités modernes et aériennes, parfois assez froides et sombres. Si le sujet est grave, l’intro éponyme surprend avant que les Self help, Prayers ou autres Cold song restent toutes soft, souvent plus pop que punk, d’ailleurs. Seul Actual pain s’en approche quelque peu. Pourtant, chaque morceau accueille ces parties « sing along » à faire reprendre par des foules entières. Si Muse est évoqué en fond, en façade GC ne cache pas son attirance pour les grands du genre The Offspring ou Green Day, tout en apportant sa propre touche, comme il a toujours su faire. Pas sûr, pour autant, après un Youth authority en demi teinte, que Joel Madden et sa troupe du Maryland parviennent à se refaire une vraie santé, malgré un album sympathique et enjoué. On les attends malgré tout au Zénith de Paris, cadeau qu’ils se et nous feront le 8 février 2019!

ALICE IN CHAINS: Rainier fog

Hard rock, USA (BMG, 2018) – Sortie le 24 août 2018

Après un passage remarqué au Hellfest 2017, juste avant Iron Maiden, les fans attendaient avec impatience le nouvel album d’un des derniers représentants de la vague grunge de Seattle, Alice In Chains. Rainier fog, paru à la fin de l’été vient donc satisfaire ce public toujours présent. Le groupe prend régulièrement son temps, et ce troisième album avec Warren DuVall au chant nous est proposé 5 années après The devil put dinausaurs here (2013).  Toujours aussi affûtée, la guitare de Jerry Cantrell va droit au but, franche, directe et incisive. Les 10 titres de ce disque sont à la fois lourds, oppressants (Red giant, Drone) et entraînants (The one you know, Rainier fog, Deaf ears, blind eyes) ou plus légers (Fly, Maybe). Sans jamais en faire trop, la production fait ressortir les ambiances recherchées faisant de cet album une nouvelle franche réussite. Bon, faut pas être à la limite de la dépression, bien au contraire. Amis du lourd, Rainier fog vous apportera sans aucun doute son lot de belles sensations! Et puis, les amateurs se laisseront également séduire par cette pochette  aux mille facettes. Le plaisir de l’objet…

CARL PALMER’S ELP LEGACY: Live

Royaume-Uni, Prog (BMG, 2018)

Carl Palmer, mythique batteur du non moins mythique ELP, continue de porter la musique de son ancienne formation auprès de désormais 3 générations. Désormais accompagné par le guitariste Paul Bielatowicz et le bassiste Simon Fitzpatrick, c’est même bien plus que le répertoire d’Emerson Lake and Palmer qui est revisité sur scène. Ce Live est constitué d’un CD enregistré en novembre 2014 à New York et d’un DVD capté à Miami en juin 2016. Deux concerts différents et peu de points communs dans les setlists, hormis 21st century schizoid man et Knife-edge. Le reste est composé de reprise de morceaux de classiques (Rameau, Wagner, Bach, Prokofiev, Orff…) et quelques extrait du riche catalogue de chacun des membres de ELP. Si le CD se laisse écouter avec aisance et curiosité, le DVD – hommage à Keith Emerson disparu plus tôt en 2016 et dont le portrait accompagne le ELP Legacy au début du concert, enregistré dans ce superbe théâtre qu’est le Olympia de Miami  – nous montre un trio sobre et efficace. Quelques invités viennent égayer ce set joué face à un public particulièrement calme (celui des premiers rangs, assis, reste quasi immobile, étonnant pour un concert de rock) ne clamant son approbation qu’à l’issue des morceaux. Les images réservent également quelques étonnements, comme ces problèmes de micro que Carl ne parvient pas à régler à une hauteur suffisante pour être clairement entendu, ou ces danseuses pas vraiment gracieuse qui accompagnent l’invité Mark Stein sur Karn evil 9 (welcome back my friends). D’autres guests sont également de la partie puisque l’on retrouve Steve Hackett et David Fangioni. Naturellement, comme tout DVD aujourd’hui digne de ce nom, on se penchera également sur les coulisses de ce concert raconté par le batteur et ses complices. Un joli document qui rappelel à quel point le rock progressif de ELP a influencé des générations de musiciens en herbe.