VOLBEAT: Servant of the mind

Danemark, Metal (Universal, 2021)

Même si j’avais, à sa sortie en 2019, apprécié Rewind, replay, rebound, force est de reconnaitre que les aspects moins metal manquaient. Avec Servant of the mind, son nouvel opus, Volbeat revient à ses amours et ses racines. La puissance du metal, ses rythmiques, ses riffs de guitares côtoient avec bonheur – c’est bien ce qui fait la spécificité du groupe de Michael Poulsen, les mélodies rock des débuts du genre, 50’s et 60’s. Si l’accroche est moins évidente sur Dagen for, un duo chanté avec Stine Bramsen (vocaliste pop danoise qui sévit avec Alphabet) car trop sirupeuse, les Temple of Ekur, Say no more, Step into light ou Shotgun blues, single imparable, se font irrésistibles de puissance et de mélodie. Tout n’est pas parfait (Step into light a ce refrain prenant mais un couplet qui peine parfois, Wait a minute girl stagne quelque peu, dommage, c’est le second titre…) mais on ne pourra que saluer cette gnaque retrouvée, cette pêche renouvelée (cette patate sur l’intro de Becoming!), ce sens de la mélodie doublée d’accents orientaux (Temple of Ekur, Lasse’s Birgitta) et ces chœurs imparables qui nous manquaient quelque peu. Les effets de la pandémie? Oui, Volbeat renoue avec ce qu’il proposait avant son dernier live, retrouve puissance et efficacité. C’est simple, après une période de semi flottement, Volbeat parvient à retrouver cette flamme magique qui caractérise sa musique, une alchimie entre genres parfaitement compatibles. On attend quoi maintenant? Le retour de Poulsen et sa bande sur les routes!

EMIGRATE: The persistence of memory

Allemagne, Rock (Sony music, 2021)

Il y a 3 ans, en 2018, Richard Z. Krupse nous avait épaté avec A million degrees, l’album précédent de Emigrate, son projet hors Rammstein. La force  de cette formation est de ne pas proposer une répétition de ce son groupe principal mais bien une musique travaillée pour séduire un vaste public, amateur de rock et de pop, avec des mélodies léchées et passe partout, sans pour autant être sirupeuses ou faciles. The persistence of memory à la pochette aussi sombre que la précédente était brillante propose 9 chansons accrocheuses et efficaces dont une reprise – Always on my mind – chantée avec son complice de Rammstein Till Lindeman – aisément reconnaissable sur le refrain mais bien moi sur le reste. Une version originale qui s’intègre parfaitement aux Rage, Hypothetical, You can’t run away ou autre Freeze my mind. 9 chansons, 9 ambiances et 9 moments de plaisir auditif. Si la période actuelle n’a pas souri à Krupse et l’a plutôt même déprimé, il a su relever la tête et trouver l’inspiration pour composer ces nouvelles chansons et nous proposer un album enjoué pour nous accompagner tout au long des mois qui viennent.

AFTER US: Breaking the dark

France, Rock (EP, autoproduction, 2021)

Originaire des Yvelinnes, le quintette rock After Us sort en cette fin d’année son premier Ep, Breaking the dark, qui sonne comme une jolie promesse. En quatre titres, le groupe passe par une pop énergique avec les deux premiers titres, Home again qui peut parfois évoquer Toto et City lights, avant de s’engouffrer dans un univers plus énergique, très rock, qui s’approches parfois du metal, avec les deux suivants, Get out et Last goodbye, deux morceaux qui rentrent dans le tas. Bien fait, joliment mis en son, cet Ep pourrait tracer un beau chemin à After Us si le groupe confirme rapidement avec un album aussi ouvert et énergique. Une belle découverte de fin d’année que ce disque.

SANDSTONE: Epsylon Sky

Irlande, Metal (Limb music, 2021)

Quatrième album des Irlandais de Sandstone, Epsylon sky propose 8 morceaux (plus 1 bonus sur la version CD) à la fois complexes et accessible. Epsylon sky se révèle rapidement un album ambitieux et plein de surprises. Malgré un chant parfois un peu forcé, le groupe fondé en 2003 (son premier album n’est sorti que 6 ans plus tard) puise dans le rock tendance heavy (I know why et son refrain entêtant, Worn soul), dans la pop énergique (Cuts to you), le proche du doom (Dies irae, un titre décidément à la mode!), et se laisse influencer par des sonorités jazzy (Silouhette drawn) ou les beaux sentiments (la douceur de Critical), parfois en mêlant différents genres (Fractured time qui navigue entre heavy et pop). Sandstone nous propose donc un album varié et attirant, même si pas toujours d’un accès très aisé. Il faut plus d’une écoute pour se l’approprier, certes, mais c’est très bien foutu et le groupe mérite d’être plus exposé. Devons-nous évoquer ce clin d’œil de la pochette: une créature portant un masque humain lui même orné d’un masque qu’on ne connait aujourd’hui que trop bien? Non, bine sûr…

FIREWÖLFE: Conquer all fear

USA, Heavy metal (Linb music, 2021)

Sept années… Il aura fallu sept longues années aux Américains de Firewölfe pour donner un successeur au remarqué We rule the night paru en 2014. Une éternité qui aurait pu laisser les fans croire en la disparition pure et simple de la formation. Mais non, les revoilà avec un Conquer all fear forgé dans le metal le plus pur et traditionnel. Il aura cependant fallu au groupe de traverser de nombreuses épreuves pour réussir à, enfin, finaliser ce  nouveau disque: changement de line-up quasi complet, pandémie, re-recherche de nouveaux musiciens… Mais l’attente en valait le coup. Conquer all fear résume un état d’esprit justement conquérant, et l’album transpire de cet amour pour le heavy traditionnel. Hein? Non, je ne parle pas d’un nouveau Manowar bien que l’esprit des titres évoque incontestablement le quatuor US. Les références sont d’ailleurs nombreuses et parfaitement intégrées, allant de Black Sabbath à Motörhead en passant par Michael Schencker ou Accept. Firewölfe varie les tempi, passant du speed (Petal to metal et ses belles mécaniques, Wages of sin) au heavy typé allemand (Keep the hounds at bay, Swallow my pride) ou à des influences  qui évoquent Dio (l’intro orientale de Conquer all fear) ou Whitesnake (le mid tempo Candle in the dark). Du grand classique parfaitement digéré qui fait de ce nouveau disque une petite merveille pour tout amateur du genre. Parfaitement produit et sans fioriture, Conquer all fear pourrait permettre à Firewölfe de trouver enfin son public.

SAINT CHAOS: Seing red

Allemagne, Pop (Rough trade, 2021)

Attention: anomalie! C’est marrant comme les apparences peuvent être trompeuses parfois… Avec un nom comme Saint Chaos, on pourrait imaginer un groupe qui foute le bordel version punk irrévérencieux. Allez, hop, un CD in ze lecteur et… Mais non! Même s’ils voient rouge (Seing red, le titre de leur album), le combo allemand reste propre et gentillet, distillant une pop soft et, dans l’ensemble, bien foutu. Même si les tonalités sont familières (on retrouve du Police ou du Titiyo, de la new wave ou de la dance) les mélodies regorgent de trouvailles et d’effets originaux et d’airs entêtants qui puisent autant dans le rock soft des 80’s que dans ce que la pop fait le mieux. Oui, on est très loin du hard rock, a fortiori plus encore du metal! Mais allez, en cette fin d’année, un peu de douceur ne peut faire de mal, d’autant avec un album enrobé de blanc et rouge, les couleurs préférées du père Noël. Fun mais plus pour amateurs de boite de nuit que pour heabanger, même sur le retour.

Daniele MAZZA: Immortals

Italie, instrumental (Limb music, 2021)

Les amoureux de grandes épopées et d’heroic fantasy vont craquer avec ce « filmscore », cette œuvre épique de Daniele Mazza. Immortals, c’est le type de BOF qui n’en est pourtant pas une qui s’écoute comme une grande œuvre, avec plaisir et entrain. Tous les ingrédients sont réunis pour entrainer l’auditeur dans de grandes chevauchées et cavalcades terrestres, dans des fuites et batailles navales, le perdre au milieu des forges d’un village… Les aspects symphoniques rappellent à la fois Nightwish et (ses inspirations…) l’opéra. A ce titre, In the heart of the battle réunit tout ce qui fait une grande oeuvre: des tempi et ambiances variés, un partage judicieux du rôle de chaque instrument – ces soli et envolées de guitares ! – et la visualisation de décors qui vont de ma mythologie grecque à l’univers des supers heros de Marvel. Les 11 titres de cet album (plus deux bonus pour la version CD) qui constituent Immortals sont une totale réussite pour un album qui accompagnera nos jeux de plateaux lors de ces belles et longues soirées de fin d’année.

WONDERS: The fragments of wonder

Italie, Power metal (Limb music, 2021)

Wonders, c’est le nouveau projet des frangins Giorgio et Pietro Paolo Lunesu (ex EvenFlow), respectivement batteur et guitare,  et de l’ex-Firewind Bob Katsionis aux claviers, également producteur à ses heures. Le trio se lance en 2020 dans l’aventure du power metal, inspiré de ce que pouvait proposer Stratovarius dans ses anciens jours. Le résultat de leur premier album, The fragments of wonder (remarquez le singulier qui ne peut se confondre avec le nom pluriel de la formation), est un condensé de puissance et de mélodie au travers de 10 titres hauts en couleurs, aux tempi variés et accrocheurs. Pour atteindre ce résultat de haute volé, Wonders s’est adjoint les services du bassiste Luca Negro et du chanteur Marco Pastorani, tous deux issus de Temperance. Les envolées lyriques côtoient allègrement les rythmes martelés à coup de double grosse caisse sans que Wonders ne se perde dans de futiles démonstrations techniques. The fragments of wonder  est un album puissant qui entraîne son auditeur dans une variété mélodique irréprochable. Puissance et mélodie font de ce premier album une pépite d’efficacité.

SWEET NEEDLES: Tormenta

France, Rock (Autoproduction, 2021)

C’est frais et puissant, direct et quelque peu irrévérencieux, varié et énergique. ça s’appelle Tormenta et c’est le premier album des Français de Sweet Needles. Le groupe, qui réunit les jumeaux Bonnot – Oscar (chant) et Arthur (guitare) – Simon Dagallier (guitare), Arthur Calonne (basse) et Hippolyte Bordes (batterie), a vu le jour au début des années 2010. Certains ont pu les découvrir au trabendo de Paris en ouverture de Pop Evil en 2019, d’autres par le biais de leurs publications précédentes entre démo et Ep. Le style est un mélange de rock, de punk, de metal, l’ensemble chanté, scandé et, parfois, hurlé, mais, toujours, l’ensemble se tient. La ligne directrice est clairement tracée par la recherche d’énergie, celle qui fait bouger et qui interpelle. Tormenta, c’est un recueil de 11 titres « qui le font » et qui forment une superbe carte de visite.  Sweet Needles n’invente rien mais propose une musique originale qui intègre totalement les influences de ses musiciens pour les transformer en un son à la fois neuf et traditionnel. En cette fin d’année, c’est une très belle découverte à conseiller.

BENEATH MY SINS: An acoustic journey

France, Folk/Symphonic metal (Autoproduction, 2021)

Une expérience acoustique aussi tôt dans une carrière c’est original. Beneath My Sins propose avec An acoustic journey – part 1 une expérience aux limites du symphonic, plus proche du folk. Les influences scandinaves sont évidentes – l’appui de mots simples en guise de rythme « refrain » sont efficaces ainsi que certains instruments qui sonnent très « vikings » – et efficaces. L’ensemble est joyeux, porté par la voix douce d’une Emma Elvatson – qui, cependant, parfois devrait éviter des vocalises trop haut perchées qui peuvent devenir, agressives voire irritantes – pas mon style, en tout cas. Reste que flute, chant (non aigu), cordes, percussions et rythmiques sont entêtants et envoutants, une invitation à un voyage en terres accueillantes et chaleureuses. Cet album, c’est aussi le résultat de la pandémie: le groupe a su tirer profit de cette période pour découvrir de nouveaux instruments, à l’instar du co-fondateur Clément Botz (guitare) qui a travaillé de nouvelles pratiques avec le concours de Metteo Sisti (Eluveitie). Ne pas subir et avancer, explorer, tester, c’est ce que nous offre Beneath My Sins avec ce An acoustic journey exploratoire qui saura séduire les fans du genre. Notez qu’il ne s’agit que de la première partie du projet qui en appelle d’autres. A suivre donc.