Interview: FOREST IN BLOOD

Interview FOREST IN BLOOD : entretien avec Hervé (guitare). Propos recueillis par téléphone, le 13 novembre 2020

Metal-Eyes : Tu n’as pas l’impression d’avoir 18 ans d’avance pour ce nouvel entretien ?

Hervé (il reste muet quelques secondes) : … Pourquoi 18 ans d’avance ?

 

Metal-Eyes : Parce que lorsque nous nous étions rencontrés il y a deux ans, nous avions fait le récapitulatif : votre premier album est sorti en 1998, le second en 2018, soit chaque fois que l’équipe de France remporte la coupe du monde, et nous nous étions donnés rendez-vous « dans 20 ans »…

Hervé (il rit) : Ouais, ben, tu vois… Il y a des choses qui peuvent changer et évoluer. Comme quoi, l’avenir est imprévisible.

 

Metal-Eyes : Vos deux premiers albums sont sortis avec 20 ans d’écart, et le troisième arrive à peine deux ans plus tard. Que vous est­-il arrivé ?

Hervé (il rit) : En fait, je vais peut être rappeler à 16 heures… J’en sais rien… On a peut-être trouvé la formule qui est de se dire qu’on ne se prend pas trop la tête sur la façon de faire, et d’aller plus directement sur les choses. C’est un peu le résultat qu’il y a. Il y a eu Forest In Blood, puis on a monté Apocalyse Now avec qui on a sorti deux albums. Il fallait que tout soit parfait. Là, on a remonté Forest In Blood, on est retournés en studio, tout n’était pas forcément prêt à 100%, on a peaufiné en arrivant. On a passé plus de temps en studio, ce que nous avions prévu. On a refait la même chose, ce qui fait, je pense, que ça s’est passé plus rapidement que prévu.

 

Metal-Eyes : Quels retours avez-vous eu de Pirates, votre précédent album ?

Hervé : Ils étaient assez bons… On a été assez surpris de voir que, en live, les formules de chants qu’on a mise de manière à avoir quelque chose de plus fédérateur, ça prenait. En live, les gens connaissaient et suivaient, donc, ça, ça a été une grande surprise et c’est très positif. On ne va pas se mentir : quand tu vois que ce que tu fais plaît, c’est agréable, encourageant. C’est peut être ce qui nous a donné envie de faire celui-ci. On verra ce que donne Haut et court, parce qu’on n’aura peut-être pas l’occasion de le défendre sur scène…

 

Metal-Eyes : Pour quelle raison, enfin ?

Hervé : Ben… je sais pas si tu vois le contexte, mais nous on est bloqués à la maison… Tu te rends compte que tout est bloqué… On avait de super dates qui étaient prévues, à Paris, au Hellfest, un Day off hardcore avec 800 personnes, un concert avec Archangel dans le Nord, un autre festival à Tours… Plein de trucs, et tout est tombé à l’eau. Les perspectives futures ? Il n’y a rien. Rien…

 

Metal-Eyes : Votre précédent album a été enregistré au studio Sainte Marthe avec Francis Caste. Qu’en est-il de Haut et court ?

Hervé : Celui-là a été enregistré au Hybrid studio avec Andrew Guillautin. Ça se trouve à Fontenay sous Bois. On avait fait quelques prises avec lui chez Francis sur l’album précédent, quelques ajustements, et là, on a tout fait chez lui. C’est quelqu’un qu’on connait bien, qui a beaucoup travaillé avec Pierre de The Arrs, qui répétait chez lui. Andrew, c’est comme Francis. Il nous a manqué sur cet album, mais Andrew nous a apporté d’autres trucs.

 

Metal-Eyes : Francis vous a manqué en quoi, et Andrew vous a apporté quoi ?

Hervé : Francis nous a manqués parce qu’il est très rigoureux sur plein de choses, il est de bon conseil, il te demande de réajuster des trucs, des petits arrangements. Andrew, il est plus dans la spontanéité, et dans le direct ? C’est-à-dire, par exemple, dans la façon d’enregistrer les batteries, Andrew veut ressentir le côté hardcore, il a une approche différente et ça a apporté quelque chose de différent. Surtout, on avait plus de temps avec Andrew…

 

Metal-Eyes : Oh, vous n’aviez que deux ans, alors qu’avant, vous avez eu 20 ans !

Hervé : … C’est vrai (rires) Là, le temps en studio a été un peu plus long, mais pour le précédent, il nous a fallu plus de temps.

 

Metal-Eyes : a situation sanitaire a-t-il eu un impact sur la réalisation de l’album ?

Hervé : Absolument pas ! Il s’est même rallongé car l’album devait sortir plus tôt. Il devait sortir entre juin et juillet.

 

Metal-Eyes : Comment analyses-tu l’évolution de Forest In Blood entre Pirates et Haut et court ?

Hervé : Comment je pourrais te dire ? n est restés sur les mêmes thématiques, en tout cas au niveau des paroles. Musicalement, je dirais qu’il n’y a pas eu beaucoup d’évolution sauf qu’on est allés encore plus dans la spontanéité., on s’est moins pris la tête, le chant, je le trouve encore plus fédérateur. On fait aussi un titre en français, ce qu’on n’a jamais fait.

 

Metal-Eyes : Pourquoi n’avoir choisi de faire qu’un seul titre en français ?

Hervé : Initialement, il ne devait pas y en avoir, parce que ce n’est pas ce qu’on fait. Mais le fait de faire un truc avec Nico de The Arrs, lui il ne chante qu’en français, donc on s’est dit qu’on allait faire quelque chose de nouveau. Nico a écrit son texte, on a fait les choses dans un esprit de partage, et on se rend compte que ça a plutôt bien fonctionné.

 

Metal-Eyes : Ce morceau, c’est Haut et court, le morceau titre. En écoutant le texte, j’ai l’impression que ça s’adresse aux terroriste qui sévissent en France, mais c’est aussi un texte qui fait référence à la pure piraterie. Vous avez voulu exprimer quoi, avec ce titre ? Quand vous dites « ces fils de chiens, ces lâches, pendez-les haut et court ! », ça peut désigner beaucoup de personnes.

Hervé : Oui, ça peut s’adresser à beaucoup de personnes, sauf qu’on ne le prend pas dans ce sens là. C’est la vision du chanteur, qui prend la place du bourreau qui dit « pendez les haut et court ! ». Et le bourreau, c’est plutôt Nico, Elie, se comporte plus en victime… L’idée, c’est « on ne te laisse pas aller au bout de tes idées et on te pend », et c’est ce qui arrivait souvent aux pirates quand ils étaient attrapés. L’idée c’est de vivre les choses à 100%. Dans nos messages, il y a aussi un aspect de fraternité, basée sur des codes. Les gens se basaient sur des codes, sur des valeurs, du respect.

 

Metal-Eyes : Tu dis que c’est le seul titre en français, mais c’est faux : il y a votre interlude avec ce cri « vive la liberté ! ». Ça fait deux titres en français…

Hervé : Oui, c’est vrai.

 

Metal-Eyes : Vous allez revenir à du chant français à l’avenir ?

Hervé : Est-ce qu’on va y revenir ? je n’en sais rien. Déjà, je ne sais pas ce qu’on va devenir, ce qu’on va faire. Mais pourquoi pas ? C’est venu tellement par instinct… Déjà quand on l’a écrit, on ne pensait même pas le faire, c’est l’opportunité de l’instant. Nico qui arrive avec des textes, ils ont géré leur truc tous les deux et nous, on n’a pu que dire « OK ! ».

 

Metal-Eyes : Vous revenez à cette idée sur Never surrender où vous dites « Fight for your rights ». Quels sont les thèmes principaux que vous abordez dans vos textes.

Hervé : On parle du refus de la domination, de la liberté, qui est mise en avant, la fraternité, le respect, et surtout de vivre, de vivre les choses.

 

Metal-Eyes : Musicalement, est-ce que tu es d’accord avec moi – tu ne peux pas ne pas être d’accord, il s’agit de mon ressenti (il rit) – je retrouve aussi bien du Sepultura tribal, du Slayer, du hardcore. Vous avez mis quoi d’autres ?

Hervé : Tu as entièrement raison, ce sont les messages qu’on veut faire passer. Ce que tu décris, c’est exactement ça : Sepultura vieille époque, Slayer, Biohazrd, c’est vraiment ça. C’est la bande son qui a accompagné notre jeunesse. Quand tu composes un album rapidement, soit tu vas chercher des trucs loin, de nouvelles inspirations, soit tu fais comme nous : tu prends la guitare et tu vois ce qui sort. La batterie, c’est pareil, on n’a pas cherché à creuser, ce n’est que du brut.

 

Metal-Eyes : Si je suis quelqu’un qui ne connait pas du tout Forest In Blood, comment me décrirais-tu votre musique pour me donner envie de l’écouter ?

Hervé : C’est une batterie bien assise, avec des speeds très clairs, des mosh parts et des passages lents clairs et très aérés. Deux guitares – on n’a enregistré que deux guitares, . C’est de la stéréo pure – Barth à droite et moi à gauche. Actuellement, quand tu écoutes des albums, il y a vingt guitares, nous on a une stéréo qui est énorme. On a mis quelques petites choses au milieu, quand il y a des arrangements, mais sinon, quand tu écoutes l’album au casque, c’est énorme !

 

Metal-Eyes : Mais là, tu ne me convaincs pas d’aller écouter votre musique, la stéréo, ça fait longtemps que ça existe !

Hervé : Alors… ça fait longtemps que ça existe, mais ça fit longtemps que ce n’est plus utilisé. Nous, on est revenus aux basiques : deux guitares, une rythmique et du chant avec du flow, du couplet et du refrain, des refrains fédérateurs, capables d’être repris en chœur en concert, quand ça pourra se faire.

 

Metal-Eyes : Je parlais de l’influence de Slayer : ils ont écrit sur Reign in blood un morceau qui s’intitule Raining blood, vous avez carrément Raining rum… Dis moi que c’est involontaire…

Hervé (rires) : Voilà… Ben, je vais être obligé de te dire la vérité : pas du tout. En plus on l’a positionné en dernier comme Raining blood était le dernier titre de l’album. C’est un clin d’œil.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de l’album pour définir ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ? Evite Echafaud, ce n’est pas un bon choix…

Hervé : Je pense que Real game of gallows nous représente bien aujourd’hui. C’est un peu notre marque de fabrique.

 

Metal-Eyes : Si tu devais maintenant penser à une devise pour le groupe, ce serait quoi ?

Hervé : Vivre intensément… Aujourd’hui, on a décidé de faire cet album, de le sortir malgré le confinement. Peu importe ce qu’il se passe, cet album il doit vivre sa vie.

 

Metal-Eyes : On peut se procurer où votre album en ce moment ?

Hervé : Franchement, il faut nous le commander en direct… Quelques distributeurs doivent l’avoir, mais en ce moment, il faut passer par nous en direct. Et je t’avoue que de passer directement par nous, c’est une façon de nous soutenir…

 

Metal-Eyes : L’argent vous revient directement…

Hervé : Exactement, on n’a pas d’intermédiaire. En plus, on a un pack avec CD et T-shirt super sympa, on va en proposer un autre plus gros. A commander sur notre site (www.forestinblood.com), notre bandcamp ou notre page facebook. Si les gens veulent qu’on le dédicace, il suffit de le noter dans les messages et on le signe avec plaisir !

 

Metal-Eyes : Ce sera précisé. Merci en tout cas pour cet échange, Hervé.

Hervé : Merci à vous ! C’est vous qui faites le boulot, malgré la situation on le voit : les webzines, les magazines, les radios, on voit que ça soutient, que ça partage, que ça aime… Merci à vous parce que, au final, c’est vous qui faites le boulot !

 

FOREST IN BLOOD: Haut et court

France, Hardcore (1054 records, 2020)

L’accueil reçu par Pirates, le précédent album des Français de Forest In Blood, semble avoir été suffisamment chaleureux pour que les gaillards se décident à ne pas nous faire patienter 20 ans avant de pouvoir découvrir du nouveau matériel, comme ce fut le cas entre leurs deux précédents albums…  Alors c’est en forme qu’ils entrent en studio et déboulent avec ce Haut et court de très belle facture. Après une intro aux sonorités d’usine de chaudronnerie, FIB entre dans le vif du sujet avec un Stay on course à la rythmique tribale version Sepultura des vieux jours. La rage du chant ne cède que sous le poids de ces guitares incisives qui empruntent également à Slayer (il y a du Dead skin mask et du Raining blood dans ce Real game of gallons) et de ces rythmes purement hardcore. Impossible de résister à la furie d’un Never surrender ou à la variété d’un Liquor of tears qui précède un lourd et oppressant Resistance, instrumental de belle facture. Bien sûr, on sourit avec ce Reign in rum, judicieusement placé en clôture de ce nouveau méfait, clin d’oeil évident ou hommage à Slayer. La vraie surprise vient cependant du morceau éponyme, premier titre chanté en français par Forest In Blood (second si l’on considère l’interlude Echafaud comme un morceau). Les paroles peuvent laisser croire à un appel « Ces fils de chiens, ces lâches, pendez les haut et court ») mais se recentrent vite sur la piraterie tant appréciée des Franciliens. Un gros morceau, bien produit, efficace qui aurait dû sortir il y a quelque mois déjà mais que chacun peut se procurer directement sur le site du groupe (www.forestinblood.com)

Interview: FOREST IN BLOOD

Interview FOREST IN BLOOD. Entretien avec Hervé (guitare). Propos recueillis au Black Dog de Paris le 7 décembre 2018

Bavards, bavards sont les pirates des Forest In Blood! Metal Eyes est allé rencontrer Hervé, guitariste du combo parisien au Black Dog afin de le faire monter sur la planche et répondre à toutes nos questions. Mission accomplie! En plus, les requins n’ayant pas voulu de lui, on a dû le faire revenir à bord…

Metal-Eyes : C’est la première fois qu’on se rencontre, je vais donc te poser la question la plus traditionnelle et la moins travaillée qui soit : peux-tu me raconter l’histoire de Forest In Blood ? Je crois que tout commence en 1998 ?

Hervé : Oui, ça a commencé en 98 avec Elie et Barth, le chanteur et le guitariste. Ils ont commencé la musique ensemble, au bout de deux ans ils ont sorti un premier EP, puis ont changé de guitariste – premier changement du line-up du groupe, d’une longue série… – et je suis arrivé en 2000 et depuis, on a continué l’aventure du groupe. Il y a eu toute une partie Forest In Blood, jusqu’en 2005, on a intégré Nicolas Bastos avant qu’il n’aille dans L’Esprit du Clan et Dagoba. On a écrit un album avec lui, qui allait s’appeler Confrontation with god, mais qui est sorti sous un autre nom de groupe après son départ. 2005, arrêt du groupe, 2010, on reprend Forest In Blood et on fait un Ep…

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a fait arrêter en 2005 ?

Hervé : On en avait un peu marre du nom de Forest In Blood. On était en train de signer sur un label hollandais et le nom n’était pas très international, alors qu’on avait l’intention de s’exporter ; on était très dans le détail d’avoir un nom qui sonne bien anglais. Du coup, on a décidé de changer, ce qui était peut-être une erreur de notre part, et on a créé l’aventure Apocalypse Now qui a duré 4 ou 5 ans, on a sorti deux albums, avec le même line-up, sans Nicolas Bastos qui a enregistré l’album mais est parti juste après. Et on a enchaîné les tournées, on a joué en Allemagne, en… partout en Europe, on a tourné, tourné, jusqu’en 2009 où on en a eu marre.

Metal-Eyes : Il y avait une différence au niveau musical entre les deux groupes ou les deux avaient le même esprit ?

Hervé : C’était beaucoup plus metal, un peu moins hardcore. On a essayé de jouer un peu vite… On a changé, et avec la création d’un autre album, on est revenus à ce qu’on aime plus, des tempos plus rapides…

Metal-Eyes : Vous avez donc reformé, en 2010, Forest In Blood. Qu’est-ce qui a motivé cette reformation ?

Hervé : On avait envie de refaire de la musique, on a refait Forest In Blood entre guillemets « light »…

Metal-Eyes : Parce qu’Apocalypse Now, ce n’était pas de la musique ?

Hervé : Non, mais on avait arrêté pendant un an et demi…

Metal-Eyes : J’ai bien aimé ta surprise !

Hervé : Ouais, merci ! Apocalypse Now, on arrêté parce qu’on avait tous des contraintes de travail et familiales. Et à un moment, tu te rends compte qu’il te manque un truc, et la musique, c’est ce que tu aimes, donc… On a décidé de refaire une répète, puis 2, 3, 4… on a enregistré une démo, on a organisé des concerts, et les aléas de la vie font que ça s’est arr^été tout doucement. Jusque là, en 2018, où on nous a proposé de jouer, et voilà, on a sorti un album !

Metal-Eyes : Donc, c’est l’occasion qui fait le larron…

Hervé : Exactement.

Metal-Eyes : On vous propose de rejouer, Pirates arrive… Il vous a fallu combien de temps pour la composition de cet album ?

Hervé (il rit) : On s’est reformés en mars-avril, on a commencé les compos en mai-juin, et on était en studio en septembre. Ça a été très vite.

Metal-Eyes : Justement, puisque ça a été rapide, es-tu d’accord pour dire qu’il y a certains thèmes de guitare qui se répètent comme une récurrence ?

Hervé : Oui, on l’a composé dans cet esprit, un esprit de continuité. Du coup, on est vraiment allé à l’essentiel, à l’origine de notre façon d’écrire, sans se demander si ça ressemble à ça ou ça… Du coup, on est vraiment allés à l’essentiel de ce qu’on voulait.

Metal-Eyes : L’intro de My dues, et celle de Black Parrot, si je me souviens bien, sont pratiquement du copier-coller… Il y a une inspiration commune tant sur le rythme que sur le riff.

Hervé : Oui… Il y a quelques inspirations similaires dans la façons d’écrire les riffs, je suis d’accord.

Metal-Eyes : Vous l’avez enregistré chez Francis Caste, un producteur aujourd’hui incontournable dans le metal français. Il vous a apporté quoi ?

Hervé : Francis, il t’apporte l’écoute. Quand tu vas chez lui, tu peux écouter toutes ses productions, il n’y en a pas une qui sonne comme une autre. A un moment donné, en Europe, il y avait des gars qui enregistraient des groupes toujours de la même façon. Tu avais l’impression que la console était réglée de la même façon, que les gars jouaient sur les mêmes amplis, tu sortais avec la galette qui sonnait comme tout le reste… Francis, je trouve qu’il a le talent de comprendre les gens, de comprendre ce que tu veux et d’extraire le meilleur de toi. Il est hyper rigoureux, hyper difficile et exigeant. Du coup, il te challenge, il prend ce que tvu as et extraire le meilleur de toi-même. Il va aussi te dire qu’il a compris ce que tu veux, vers où tu veux aller, et il t’y accompagne. Avant tout, c’est un mec qui est super humain, super sympa et tu as envie de travailler avec des gens comme ça. Tu es à la maison. Entre deux albums, tu reviens, tu as l’impression de ne jamais être parti.

Metal-Eyes : Donc au-delà d’être à l’écoute, il est aussi force de proposition.

Hervé : Il t’écoute fortement et il propose. Et ça, c’est super important.

Metal-Eyes : Et ça entraîne beaucoup de changement entre votre composition du titre et le morceau final ?

Hervé : Il y a quelques variations, des choses très techniques dans le jeu de batterie, mas l’esprit global reste le même. Rajouter telle harmonie, jouer un peu plus comme ça sur la guitare… C’est intéressant.

Metal-Eyes : Il y a un truc que j’ai remarqué sur la pochette : les éclairs. Certains ressemblent au M de Metallica, c’est voulu ?

Hervé : On n’a pas fait gaffe… (il regarde la pochette que je lui tends) A ouais, peut-être… Tu vois, même les éclairs sont alignés ! C’est surtout une influence du bassiste, pas moi. J’aime ce qu’ils font, mais ça ne reste pas le groupe que j’écoute le plus…

Metal-Eyes : C’est quoi, vos influences ?

Hervé : Ouah ! Elie, au chant, c’est un fan ultime de Slayer, Sepultura, moi je suis plus Converge, Mastodon, Baroness… Du lourd, pas forcément speed. Nesh écoute un peu de folk… On a tous des influences différentes…

Metal-Eyes : Comment présenterais-tu votre musique à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Hervé : Notre musique, c’est du metal hardcore. Qui va recenser les influences de Slayer, le côté plus hardcore de Hatebreed, certains chœurs peuvent même te faire penser, en live, à la façon dont Biohazard faisait les chœurs en harmonie… Après, comment te décrire cet album ? C’est un concept album qui a été écrit autour du thème de la piraterie…

Metal-Eyes : Non ?

Hervé : Si !

Metal-Eyes : Il s’appelle comment ?

Hervé : Pirates…

Metal-Eyes : Ah, ben tiens !

Hervé : Ce qui est important, c’est de l’écouter d’une traite. On l’a écrit de façon à générer une ambiance spécifique, sur l’enchaînement, la composition des morceaux. On avait le thème avant d’écrire l’album, du coup, on a étoffé, établi les paroles, la musique, certaines récurrences. Le flottement de Seul au large au début de l’album, on voulait une impression de houle.

Metal-Eyes : Il est très doux d’ailleurs comme morceau.

Hervé : Oui, et on voulait ce sentiment et qu’après il y ait de la bataille, de la perte de bataille, des rencontres… Il y a James qui parle d’un mec qui se balade dans un bar, il est complètement saoul et il appelle un gars « James ! James ! » et tout le monde se demande « mais qui est ce gars ? ». En fait… c’est sa bouteille de rhum ! L’idée est là : la piraterie et tout ce qui va avec.

Metal-Eyes : Comment vous est venue cette idée ?

Hervé : C’est Barth qui l’a proposée, l’autre guitariste. On a discuté et on se disait que ce serait bien de composer un concept album, et il nous a dit qu’il avait le concept. Il a apporté l’idée et on s’est renseigné. On a découvert un monde hyper codifié, violent, agressif… Et la mer, j’aime beaucoup la mer… Au début, on s’est dit que tout le monde allait vouloir comparer à Pirates des Caraïbes, mais après, on s’est dit qu’on n’en avait rien à foutre et qu’il fallait travailler sur ce concept. Et voici l’album !

Metal-Eyes : 1518, ça évoque quoi ?

Hervé : C’est la mort de Barbe Rousse. C’est pour ça qu’elle est calme.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre pour décrire ce qu’est Forest In Blood, ce serait lequel ?

Hervé (il réfléchit) : Euh… My dues. Parce que la façon dont il est écrit, dont le riff est écrit, représente bien ce qu’est le groupe. C’est-à-dire des parties speed, agressive, avec une partie un peu plus rythmée au milieu du morceau et un petit interlude qui aère le morceau.

Metal-Eyes : C’est le morceau qui ouvre l’album après Seuls au large. Sur votre bio, il est mentionné que le groupe s’est formé en 1998, année de la victoire de l’a France en coupe du monde. Vous revenez en 2018 avec un nouvel album, la France a remporté sa deuxième étoile. Vous prévoyez quoi ? 20 ans pour revenir ? Vous suivez l’actualité du foot français ?

Hervé (il rit) : Elie la suit, Nesh aussi, les trois autres un peu moins. Mais on pourrait dire que c’est précurseur.

Metal-Eyes : On peu espérer que la sortie du prochain album corresponde avec…

Hervé : On peut l’envisager, oui (rires). On va essayer d’en faire un autre pour dans deux ans, pour la coupe d’Europe. Et deux ans après, pour la coupe du monde…

Metal-Eyes : Si tu pouvais imaginer une devise pour Forest in Blood à mettre sur votre album tous les deux ans, ce serait quoi ?

Hervé : L’amitié et la générosité. Parce qu’on est des potes avant tout, cet album a été enregistré comme ça, par des amis qui ont envie de se faire plaisir avant tout. Et la générosité parce qu’on adore donner des concerts et rencontrer des gens, en dehors de Paris.

Metal-Eyes : Un album ça se défend sur scène. Quels sont vos projets de concerts, en dehors de Paris ?

Hervé : Il y a quelques projets en cours, quelques dates en planification. On joue à… on joue à Viry Chatillon, on va aller à Nantes, à Colmar, Bordeaux… On est dessus… Après, on espère pouvoir choper des bons trucs en première partie… Il y a la tournée de Mass Hysteria, ça serait chan-mé de faire une date avec eux ! Ce serait génial de pouvoir tourner avec des groupes qui sont là depuis des années, qui respectent le public, la scène…

Metal-Eyes : As-tu quelque chose à rajouter pour les lecteurs de Metal Eyes ?

Hervé : Oui, une chose : vous allez surfer sur internet, choper des morceaux à droite, à gauche. Ce que je vous conseille, c’est de prendre 40 minutes de votre temps, et écoutez l’album en entier. Fermez les yeux, imaginez que vous êtes sur un bateau, qu’il y a des batailles, la guerre… Vous n’aurez pas le mal de mer mais vous allez kiffer parce que c’est écrit autour de cette ambiance des pirates.

 

FOREST IN BLOOD: Pirates

Thrash/Hardcore, France (Autoproduction, 2018)

Forest In Blood est un groupe parisien formé en 1998 qui nous revient aujourd’hui avec Pirates, son… second album! Dans sa bio, le groupe note s’être formé l’année où l’équipe de France de foot devint championne du monde. Nous ne pourrons que remarquer que ce second album arrive alors que la France a remporté sa seconde étoile… Y a t-il un lien de cause à effet? Rien n’est moins sûr tant les goûts musicaux de nos joueurs sont à l’opposé de ce que nous propose Forest in Blood qui puise son inspiration dans le thrash de Slayer ou de Metallica (certains éclairs rouge sang de la pochette ressemblent à s’y méprendre au M des Horsemen…) et dans le hardcore d’un Hatebreed débridé. Les rythmiques sont d’une réelles efficacité, de celle qui fait taper du pied, et si je dois relever un défaut, c’est la redondance des guitares. Les riffs, à quelques exceptions près, semblent se répéter, parfois (écoutez les intros de My dues et Black parrot) même être identiques. Pourtant, ça marche, et le chant enragé provenant de la gorge profonde de Eric Florentin accompagne avec une brutalité défouloir les guitares rageuses de Barthélémy Vaudon et Hervé Marguet. La section rythmique, jamais en reste est à l’avenant (la basse vrombissante de Pierre Acedo soutient la batterie guerrière de Cédric Sénéchal). Heureusement, FIB nous offre également quelques intermèdes plus légers bien que pas forcément indispensable. Qui s’étonnera dès lors de lire que la production est signée de l’incontournable Francis Caste, un des meilleurs producteurs metal de son temps? Pirates est un de ces albums qui risque fort de prendre toute sa mesure sur scène. A bon entendeur…