Interview: INSOLVENCY

Interview INSOLVENCY. Entretien avec Bruno Blackstard (guitare). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 12 janvier 2018

Insolvency, Paris, 12 janvier 2018

 

Metal-Eyes : Antagonism of the soul est votre premier album, alors commençons par le traditionnel : peux-tu nous raconter l’histoire du groupe ?

Bruno : A l’origine, je n’étais pas présent dans le groupe qui a été fondé en 2012, le line up actuel date de 2014. Insolvency a été fondé par Valentin (Gondoun, guitare et chant) et un autre guitariste, et plus tard Mickael (Tamario, batterie) et Pierre (Challouet, basse et chant) les ont rejoint, et j’ai intégré le groupe en 2014 au départ de l’autre guitariste.

Metal-Eyes : Donc Valentin est le seul membre originel.

Bruno : Membre fondateur, plutôt, oui.

Metal-Eyes : Quelles ont été les grandes étapes depuis ton arrivée ?

Bruno : L’enreistrement de l’Ep – j’avais une petite expérience de l’enregistrement avec un précédent groupe. On a partagé nos expérience, on s’est super bien entendus et, du coup, on a décidé d’enregistrer cet Ep ensemble. Ensuite, on a vite voulu passer à autre chose, un album plus pro.

Metal-Eyes : Album qui est ce Antagonism of the soul. Je l’ai écouté, et je trouve qu’il est plein d’antagonismes : le chant, d’une part, qui est très agressif mais qui a 3 voix – une death une autre enragé et une plus douce. Et il y a cette violence rythmique de la batterie qui rencontre des guitares plus légères et aériennes, bien que déterminées. Qu’aviez-vous en tête en composant cet album ?

Bruno : On a tous des influences différentes, on aime différents styles de metal : du metal core, du heavy, certains aime le death, et d’autres choses qui n’ont rien à voir avec le metal. On essaye de tout combiner et de faire plaisir à chacun… Pierre et Valentin ont apporté le plus gros des compos et ensuite on arrange ensemble, on fait des tests, on voit ce qui colle ou pas, ce qu’il faut modifier et on avance.Chacun apporte des ingrédients pour apporter une variété, un mix de styles pour ne pas rester cantonné à un style en particulier.

Metal-Eyes : Ca se sent, puisqu’on entend du heavy du death, aisni qu’un peu de prog, voire du jazz…

Bruno : Effectivement, à partir du moment où c’est cohérent avec la musique. Il y a des parties qui évoluent, auxquelles on ne s’attend pas. C’est venu assez naturellement, on a voulu faire plaisir à chacun et aussi se faire plaisir.

Metal-Eyes : Vous avez choisi un nom de groupe qui est plutôt financier – insolvabilité – et un titre d’album plutôt psychologique – antagonisme de l’esprit. Vous savez où vous allez ?

Bruno (il sourit) : En fait, le nom du groupe – Insolvency – a été pensé par Valentin et son pote. Mais on n’avait aucune notion de tout ce qui est financier ; en tous cas, ce n’est pas notre volonté de faire référence à ça, même si ça y fait référence indirectement. On est plutôt philosophes, comme l’indique le titre de l’album. S’il faut retenir quelque chose, ce sont les contradictions de tous les jours, qui nous animent et qui font partie de la vie en général.

Metal-Eyes : Quel a été ton premier choc musical, ce qui t’a amené à la musique?

Bruno : J’avais des potes au collège qui m’ont fait écouter du rock et du metal. J’ai découvert The Offspring à 13 ou 14 ans et j’ai commencé à m’intéresser à d’autres choses que ce qui passe à la radio ou la télé. Ensuite, ça a été Slipknot, Nightwish, Children of Bodom et je suis tombé amoureux du metal, et du rock en général.

Metal-Eyes : Quel est le musicien ou le groupe qui t’a fait dire “voilà ce que je veux faire”?

Bruno : ça a pas mal évolué: au départ j’adorais Nightwish, notamment l’album Oceanborn – j’aimais bien le côté gothique, metal. Après, à la guitare, ce qui m’a donné un coup de peps c’est Children Of Bodom. Bullet For My Valentine, aussi… J’adore le côté à la fois technique et mélodieux des guitares. Mon groupe préféré, c’est Children Of Bodom, ce qui doit s’entendre dans mes solos…

Metal-Eyes : Quand vous avez travaillé la composition de l’album, est-ce que quelqu’un arrive avec des compos toutes prêtes ou chacun vient-il avec ses idées que vous mélangez et testez ensemble ?

Bruno : Il y a un peu des deux. Pour cet album, Pierre et Valentin avaient déjà la structure de la plupart des morceaux. Eux ont proposé leurs idées et les structures, qu’on a ensuite retravaillés ensemble, peaufiner les détails, on a modifié quelques riffs et deux trois choses ; au fil des enregistrements, chacun apporte sa touche, on voit ce qu’il faut réarranger, refaire.

metal eyes : Ce qui n’empêche pas qu’à l’avenir tu puisse arriver avec un morceau bien structuré et que vous décidiez de travailler dessus ?

Bruno : Bien sûr, aucune porte n’est fermée. Simplement, ça va dépendre de l’inspiration de chacun et du style du groupe. Il faut que ça colle. Pendant une dizaine d’année, j’étais très heavy et metal symphonique, du coup, j’ai composé mes solo, apporté mes riffs. Mais ce que j’avais de mon côté ne collait pas, je ne pouvais pas intégrer des trucs de ce style-là. De manière mesurée, ça aurait pu le faire, mais pas sur les structures principales. Mais, effectivement, la porte est ouverte et chacun peut librement apporter ses idées. On prend les meilleures idées de chacun.

metal eyes : Je devrais peut-être poser la question à Pierre : y avait-il des thèmes que vous souhaitiez aborder d’un point de vue textuel ou littéraire sur cet album ?

Bruno : C’est assez général, les textes illustrent des sentiments de la vie et nous, on a exploré un peu plus le côté sombre, notamment Death wish, En fait, dans la vie, on traverse tous des moments plus ou moins facile et nous, on aime bien mettre en illustration le côté un peu… dark de la vie.

metal eyes : Comme un exutoire ?

Bruno : C’est exactement ça. Sans no plus en faire une fatalité… Il y a le côté obscur, mais aussi le bon côté, l’espoir, la volonté de s’en sortir, notamment dans Death wish où, on le voit dans le clip, le gamin maltraité par son père n’arrive pas à se suicider, il repense à ses souvenirs de gamin et c’est ce qui le rattache à la vie et l’empêche de passer à l’acte. On aime bien illustrer ce genre de choses, tout simplement.

metal eyes : Y a-t-il des sujets que vous souhaitez, au contraire, ne pas traiter ?

Bruno : Pas directement, mais tout ce qui est économie, politique, on ne veut pas rentrer dedans. On veut faire de la musique, on ne veut pas être porte-parole de quoi que ce soit. Le but, c’est de se faire plaisir : on fait de la musique, ok, il y a un côté exutoire, mais on veut rester… Il y a toujours un message, indirectement, mais on ne veut pas être porte-parole d’un parti politique, d’une cause en particulier.

metal eyes : Si tu devais expliquer à quelqu’un qui va découvrir votre album la musique que vous faites, tu lui dirais quoi ?

Bruno : Musique à la fois metal core et heavy metal. Celui qui aime le côté technique, les riffs, qui aime la variation devrait se retrouver dans notre musique. On aime combiner différents styles, Arch Enemy, Children Of Bodom ou Architects et mélanger le tout.On essaie de combiner tout ça dans notre musique, c’est un style assez ouvert.

metal eyes : Si tu devais trouver les mots pour me convaincre de sortir d’ici et d’aller acheter l’album ?

Bruno : Si tu as pu voir nos clip, Black moon et Death wish, l’album devrait te plaire parce qu’il est dans la continuité.

metal eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul morceau de l’album pour expliquer ce que vous êtes, ce serait lequel ?

Bruno : Personnellement, mon titre préféré c’est Black moon. Ce qui revient assez souvent… Ce titre, c’est un des derniers qu’on a composes. Les autres étaient déjà pas mal avancés, alors que Black Moon a été concocté avec une autre approche. Du coup, il apporte plus de modernité sans doute que les autres : il y a à la fois des riffs assez lourds et une mélodie à la guitare, et le sentiment qui s’en dégage est plus metal core que les autres, qui, du coup, sonnent sans doute plus heavy.

metal eyes : Quelle est la meilleure question qu’on t’a posée aujourd’hui?

Bruno : Franchement, c’est pas évident… Surtout que tu poses la question à quelqu’un qui incarne la contradiction…

metal eyes : Si tu devais trouver une devise pour le groupe, ce serait quoi?

Bruno : Persévérer et vivre ses rêves, tout en gardant les pieds sur terre.

metal eyes : Une dernière chose: un album, ça se défend sur scène. Vous avez des projets de tournée ?

Bruno : Oui, on organise une release party le 16 février à Paris, au Klub, on a également prévu de jouer à Reims, à Nancy, et à Troyes. On essaie d’organiser des dates un peu partout en France et après, il y a un projet de tournée, encore au stade de discussion.

 

SHAÂRGHOT: Break your body

Electro/Indus, France (Autoproduction, 2017)

Si un jour on m’avait dit que je chroniquerai, ici ou ailleurs, un CD d’électro, je ne l’aurai pas cru. Pourtant, ce nouvel Ep des Parisiens de Shaârghot, Break your body, a tout pour faire bouger l’auditeur. Je vous explique même pas l’effet en boite de nuit! Ça castagne sec, c’est hypnotique, agressif et d’une froideur sans pareille. Mention spéciale au plus que bien nommé Kill your god et au morceau titre. L’école Rob Zombie meets Rammstein est plus qu’intégrée, et les 5 titres défilent à une vitesse oppressante et vertigineuse. Alors, oui, on peut ne pas être sensible à l’elecro, mais reconnaissons que, l’anglais de Shaârghot mis à part (encore un avec une patate dans la bouche…), c’est redoutable, même si ça me fatigue rapidement. Cependant, les amateurs de stroboscopes et de syncopes s’y retrouveront plus qu’aisément. De toute façons, ce visuel à la Orange mécanique vous dit tout de l’esprit de ce disque…

THE TEXAS CHAINSAW DUST LOVERS: Film noir

Metal, France (Besta records, 2017)

J’ai découvert The Texas Chainsaw Dust Lovers en 2014 avec son impressionnant Ep The wolf is rising. Depuis, le groupe a publié un album – Me and the devil (que je n’ai pas eu l’occasion d’écouter) – et revient aujourd’hui avec Film noir, nouvel opus complet. Au départ, le groupe prétendait jouer du « stoner spaghetti à la sauce fuzz ». Avec un titre comme celui retenu pour cet album, on imagine bien que l’esprit cinéma est toujours présent… Gagné: ça commence avec l’introductif Thank you for the song qui évoque autant Pulp fiction qu’Ennio Morricone avant que TCDL se lance dans une course explosive et effrénée. Pas de répit, les morceaux s’enchainent avec lourdeur et détermination, toujours dans un esprit de cinéphilie exacerbée. Car même si la puissance musicale n’a rien à voir avec l’esprit tranquille qui berçait le « cinéma de genre », le polar noir des années 50 et 60, le groupe crée des ambiances uniques, glauques et attirantes à la fois. Come to the river se démarque d’autant plus qu’il s’agit d’un blues vocal puisé dans les champs de coton du sud des USA ou chez les frères Cohen et leur Oh Brother. On repart ensuite sur un joyeux bordel avant de terminer comme l’album a commencé. Vous l’aurez compris, TCDL confirme ses capacités à créer un univers sonore et visuel qui lui est particulier. Un groupe à suivre de près et à soutenir autant que faire se peut. Rendez-vous en tout état de cause à Clisson puisque le groupe est programmé au Hellfest 2018!

NOTHING MORE: The stories we tell ourselves

Metal, USA (Better Noise, 2017)

Les Texans de Nothing More reviennent en force et particulièrement énervés. Seul membre d’origine avec le guitariste Mark Vollelunga, Jonny Hawkins a définitivement laisser les baguettes de côté – à quelques rares exceptions près – pour se consacrer au chant. Un chant à la fois fluide et puissant et résolument moderne puisqu’il évoque autant la heavy pop moderne et l’arrogance gentiment punk, alliée à un phrasé rap. Musicalement, c’est dans le même moule: moderne, entrainant à l’esprit popisant autant que metalcore. Les 18 titres affichés sont en réalité une alternance de chansons et des textes/sons liant l’ensemble. Peut on toutefois parler de concept avec ce The stories we tell ourselves? Pas forcément, mais l’album saura toucher son public grâce à un sens du rythme efficace et une production n’effaçant personne. Si l’ensemble évoque par instants 5FDP, Nothing More s’en distingue aussi en travaillant son univers peut être plus accessible. Plus varié, sans doute, moins direct, certains passages peuvent parfois lasser quelque peu. Mais l’ensemble est taillé pour un public jeune et avide de décibels. Alors, de quoi se plaindre? Pas vraiment!

ONLAP: Running

Metal, France (Autoproduction, 2017)

Attention: surprise et grosse claque en vue. Onlap, découvert en 2012 avec un premier Ep, revient avec un premier mini album, Running. Et dès le premier titre, Tribute (now or never), la messe semble dite: les Français nous proposent rien moins qu’un des albums les plus efficaces et puissants de cette fin d’année. Tous les codes du metal moderne sont parfaitement intégrés: le chant puissant et rageur qui contraste quelque peu avec des chœurs enjoués et doux, la production parfaite pour le genre, les compositions énervées et enlevées, le riff tranchant et la rythmique syncopée. Tout est là et l’on se plait à croire que ce groupe vient droit des USA. Et non, Onlap est bien de chez nous et n’a pas à rougir tant son Running a tout pour faire la nique aux formations d’outre Atlantique, accent inclus. Ce disque est seulement trop court: 7 chansons, dont 2 en versions électrique et acoustiques et 2 autres en acoustique. Franchement, ça dépote grave, tout en restant pop et rock. Il est temps qu’une bonne fée se penche sur Onlap pour changer le cours de son destin.

DISCO-NECTED: Vision/Division

Metal, France (Ep – Ten to one, 2017)

En alliant la puissance de riffs résolument modernes à des sonorités puisées dans l’univers du neo metal et d’un certain rap énervé, les Français de Disco-Nected attirent l’attention via les 5 morceaux de ce Vision/Division. c’est brut, direct et sans concession, exception faite de Waves and lies, d’une sobriété exemplaire et par instants dérangeante. Démarrant par un simple duo guitare/voix, le morceau monte en puissance pour terminer en une explosion sonore et chantante. Les autres titres explorent différents univers rythmiques (toujours puissants, souvent dansants) et sonores et font chacun mouche. Voilà le genre d’Ep qu’on aurait préféré être un album… A suivre?

Site web: www.disconectedband.com

MY TICKET HOME: Unreal

Metal, USA (Spinefarm, 2017)

Formé en 2008 dans la tristement célèbre ville de Columbus, dans l’Ohio, My Ticket Home propose un metal alternant entre heavy et neo. Se rapprochant parfois du metalcore, surtout dans les lignes de chant, Unreal, s’il est dans l’ensemble carré et réfléchi, ne parvient que rarement à se démarquer du reste de cette scène qui commence à se répéter. Les guitares sont, à mon goût, sous mixées, pas assez mises en avant pour être vraiment percutantes, et le chant, alternant entre agressivité et clarté, manque de ce quelque chose qui ferait la différence, alorsque les mélodies présentent de nombreux atouts, dont une réelle capacité à faire se bouger les corps. Seulement, l’impression de déjà entendu, de tourner en rond, de répétition du genre s’impose rapidement. Un essai sympa, mais qu’il faudra distinguer de tout ce qui peut se faire dans le genre.

ATTRACTION THEORY: Principia

Metal, France (MII, 2017)

Certains ont pu découvrir Attraction Theory début janvier 2017, sur la petite scène du PMFF VI. Il aura donc fallu à Didier Chesneau (ex-Headline) près de 10 mois pour nous offrir ce Principia, premier opus du duo qu’il forme avec Constance Amelane qu’on avait pu découvrir au micro de Women In Iron Form lors d’un précédent PMFF, et qui a également tenu le micro au sein de Whyzdom… Cet Ep est en réalité plus un single agrémenté de titres bonus puisqu’il ne contient que 3 morceaux originaux, The Eye et Attraction Theory, auxquels le groupe (on retrouve le bassiste de Headline Christophe Babin, ainsi que le batteur John Macaluso) ajoute Silent signs, écrit par Sylvie Grare, chanteuse de Headline, et l’un des tubes de Mike Oldfield, To France, ainsi qu’une version alternative des 2 premiers morceaux originaux. L’ensemble est – naturellement – produit de main de maître par Didier Chesneau et est un appel à découvrir un album complet pour mieux pouvoir juger de la capacité de séduction publique d’Attraction Theory. Pour l’heur, le duo/groupe, nous propose un rock pêchu, à mi chemin entre prog et metal, avec de jolies et puissantes mélodies. Des débuts prometteurs dont vous pourrez bientôt découvrir les dessous, Didier nous ayant tout dévoilé lors d’une récente interview.

Interview: MOLY BARON

Interview MOLY BARON : rencontre avec Gary (chant, guitare) et Raphaël (batterie). Entretien mené le 24 octobre 2017 au Hard Rock Cafe, Paris.

metal-eyes: Moly Baron a été formé en 2015 à Paris avec des musiciens français et un chanteur guitariste irlandais. Quelles ont été les moments importants dans la vie du groupe depuis ses débuts ?

Gary: En 2014, j’ai lancé ce projet depuis ma chambre, en réalité. Il y a eu quelques démos, dont la plupart des chansons figurent sur l’album, et je me suis mis en quête de musiciens. J’ai trouvé Steven, le guitariste, puis Seb, le bassiste, et il y a 6 mois, nous avons découvert Raph, qui a été le plus difficile à trouver. Trouver un bon batteur est compliqué, tous sont musiciens de session, n’importe quel bon batteur fait des sessions… C’est difficile de trouver un batteur de ce niveau.

metal-eyes: Ce qui est un beau compliment pour Raphaël.

Gary: Oui, bien sûr ! Il y a eu deux grandes réalisations jusqu’à aujourd’hui : finir cet album, ce qui nous a demandé à peu près 3 ans – nous avons tous un boulot au quotidien. Ensuite, être capable de chanter sur cet album. Je ne suis pas chanteur, je n’ai jamais eu l’intention de chanter. Il a fallu tellement de temps pour trouver un chanteur que je m’y suis mis.

metal-eyes: Ce qui signifie que trouver un bon batteur est plus facile que de trouver un bon chanteur ?

Gary: Euh… probablement, oui. J’ai donc chanté, ce qui a été une grande découverte. Nous avons donc fait cet album et c’est extraordinaire de le savoir publié. La seconde vraie réalisation est d’avoir joué à l’Elysée Montmartre en ouverture des Psychedelic Furs. J’étais si nerveux ! C’est à peu près tout, dans la mesure où on n’est exposé que depuis 5 ou 6 mois…

metal-eyes: Raphaël est dans le groupe depuis seulement 6 mois ce qui explique que vous ne soyez que 3 sur le CD et 4 sur votre site web.

Gary: Exactement. Raph est arrivé après. Quand on a enregistré l’album, j’ai programmé toute la batterie, tout y était, mais ça ne semblait pas naturel. J’ai donc cherché un batteur de studio, que j’ai trouvé à Nashville. Je lui ai envoyé toutes la programmation et il a tout rejoué. Raph a un style différent, et pour moi il est bien meilleur que ce batteur de session : il est plus lourd, a un feeling différent.

metal-eyes: Pour moi, la musique de Moly Baron mélange la mélodie du rock avec la lourdeur du metal, l’émotion, la mélancolie du blues. Comment décririez-vous la musique de Moly Baron, et qu’y mettez-vous ?

Gary: C’est assez difficile d’être objecif avec ta propre musique… Je pourrais la décrire en citant des noms de groupes. Nous incluons un peu de Metallica, dont j’ai toujours été fan, U2 aussi, tu peux entendre du vieux  Muse, du blues rock à la Thin Lizzy, Led Zeppelin… Un mélange de tout ça. C’est un peu incohérent mais pour certains, c’est assez sympa de changer de registre. Tous ces groupes que j’ai cités, et Rage Against The Machine, Red Hot Chili Peppers… sont de grosses influences. Mais j’imagine que si tu mélanges tout ça, le résultat est assez original aussi. Je crois qu’on a le son de Moly Baron.

metal-eyes: Ca sonne aussi familier à mes oreilles que différents, parce que toutes ces influences sont présentes. Je n’ai pas pris le temps de lire les paroles. De quoi parlez-vous, même si un titre comme Fear is better business than love parle de lui-même, ne parlez-vous que de ce qui se passe  dans le monde ?

Gary:  Je n’écris jamais les paroles avant, et je ne voulais pas sonner comme quelqu’un de prétentieux qui a un « important message ». J’ai vraiment écrit en fonction de ce qui me parlait : les élections américaines l’an dernier, c’était dingue… L’abus de pouvoir des grandes corporations, des médias qui diffusent leurs messages, à gauche comme à droite, ce qui est vraiment décevant. La seule manière d’avoir de l’information, de la vraie information, est d’aller sur le net trouver des médias indépendants. La plupart des gens ne font pas cet effort, allument simplement la télé, regardent les chaines nationales comme la BBC ou CNN, sans se rendre compte que c’est de la propagande d’Etat. J’ai écrit en fonction de l’époque et des événements que je vivais, et ça se ressent aussi dans la pochette, un peu dingue. Tout traite de perdre sa conscience, son esprit critique.

metal-eyes: Un fait qui remonte loin…

Gary: Ca a toujours été… George Orwell et 1984. Le morceau Incognito est quelque peu basé sur 1984, c’est la dernière chanson que nous ayons composée. Je devenais dingue, il fallait qu’on termine ce truc ! Je ne sais pas comment décrire ça : je me sentais comme emprisonné à la fin !

metal-eyes: Tu parles de George Orwell, qu’en est-il de Ray Bradubury et Fahrenheit 451, le fait de brûler des livres, détruire la culture ?

Gary: Tu sais ? C’était le nom de ma dernière entreprise, « 451 » ! (rires) C’est en rapport, mais loin de moi l’idée de marcher sur les plates bandes de quelqu’un avec un message… Ce qui s’est produit avec cet album était naturel, ça s’est fait comme ça. Peut-être que l a prochaine fois je parlerais d’environnement ou je ne sais quoi…

metal-eyes: Raphaël, comment as-tu intégré le groupe ? Tu peux répondre ne français, si tu le souhaites

Raphaël: Non, je vais répondre en anglais (note: l’interview se déroule en anglais et Raph, batteur français, répond en anglais de bout en bout. Bel effort et bel esprit !) Depuis que j’ai 14 ou 15 ans, j’ai toujours cherché à jouer au sein d’un groupe parce que c’est le meilleur moyen de s’améliorer musicalement. C’est mon rêve : j’ai vraiment envie de devenir musicien. Je n’ai jamais eu l’opportunité de rencontrer d’autres musiciens. Mes amis n’écoutent généralement pas de metal via des sites web et annonces. Il y a 6 ou 7 mois, j’ai vu sur un site l’annonce de Moly Baron qui était si professionnelle, j’ai su que je voulais jouer avec ce groupe, c’était un vrai défi. Je les ai contacté, on a fait une audition et j’étais assez stressé car je n’ai jamais joué avec un clic ou des samples. Je me suis lancé et il semble qu’ils aient apprécié mon style !

Gary: Je peux raconter une anecdote ? Avant qu’il n’arrive, nous avions rencontré un de ses… pas amis mais collègues de cours…

Raphaël: En fait, j’étudie au conservatoire de Paris, e un des élèves de ma classe de batterie a aussi contacté Moly Baron. On ne se connaissait pas, et quelques jours avant l’audition, on a échangé : « oh, je vais passer une audition avec un groupe, Moly Baron. – Ah, toi aussi ? »… On n’était pas en compétition mais on a joué comme on joue d’habitude et c’est à eux de décider.

Gary: Le premier qui est venu a joué et on s’est dit « chouette, c’est lui, nous l’avons trouvé. » Nous n’avions pas encore rencontré Raph et on se disait « oh… faut qu’on aille voir cet autre gars ! On vient de trouver notre batteur… » Raph est arrivé et on s’est dit « Merde ! Il est meilleur ! » Nous étions ravis de n’avoir pas annulé !

metal-eyes: J’imagine… Quel a été, pour chacun de vous, votre premier choc musical ? Le groupe ou le musicien qui vous a fait dire « voilà ce que je veux faire ! »

Gary: Si je remonte très loin, je dirais Bon Jovi. Slippery when wet, j’adore cet album. Ensuite c’est Metallica et …And justice for all. J’adore Harvester of sorrow, Blackened… Ca m’a soufflé comme jamais ! Je me suis dit, à ce moment là : « C’est ça que je veux faire ! » Pas Bon Jovi, vraiment plus Metallica !

Raphaël : The White Stripes. Ce n’est pas compliqué mais c’est si puissant ! Le chant, les guitares, il y a tant d’énergie que j’ai été vraiment emporté. J’écoute tous leurs albums depuis que j’ai… 7 ou 8 ans.

Gary: J’imagine un gamin de 7 ans écouter The White Stripes ! Pour nous, ils sont arrivés largement après nos 7 ans ! Ils ont commencé quand ? En 98 ?

Raphaël : Michel Gondry a réalisé certains de leur clips, dont Fell in love with a girl, je ne sais pas si tu le connais, il est entièrement fait avec des Lego. Je regardais ça quand j’étais vraiment jeune, toute la journée, et… Waow ! C’est ce qui a tout déclenché.

metal-eyes: Vous prévoyez de tourner un peu maintenant que le groupe est au complet?

Gary: On a quelques concerts prévus, et le but de cette journée promo est aussi de pouvoir en faire plus. On espère, maintenant que l’album est sorti, pouvoir nous concentrer sur les festivals d’été mais aussi aller en Allemagne et au Royaume Uni, des lieux où nous devons concentrer nos efforts si nous souhaitons grandir. C’est plus compliqué en France. Si tu crois en ta musique, tu peux réaliser des choses. Mais si personne n’en parle, si personne n’écoute ce que tu fais…

metal-eyes: Si vous deviez ne retenir qu’une chanson de ce premier album pour définir ce qu’est Moly Baron, ce serait laquelle ? En tant qu’auteur et en tant que nouveau membre ?

Gary: Laisse-moi réfléchir… Sans doute… Incognito : elle a une allure rock traditionnelle avec un riff final très thrash, cette sorte de voix mélodique et ces décors sonores divers, un peu comme Brian Eno. Un peu étrange, mais il y a une belle variété dans cette chanson. Et le chant n’est pas évident. On doit garder cette chanson pour la fin de nos concerts tellement ça use ! Il y a aussi ce groove funky, et ce solo très blues. Oui, Incognito est ma chanson !

Raphaël: Une qui représente bien Moly Baron est When darkenss holds : elle mélange toutes les ambiances sombres du metal avec des parties mélodiques, de belles harmonies. Même si ma chanson préférée est Incognito. On compose de nouvelles chansons, plus agressives qu’avant.

metal-eyes: Quelle pourrait être la devise de Moly Baron ?

Gary: Notre devise ? Oh, mon Dieu ! Ouf… Aucune idée… « Rock Metal Groove Paris Dublin » ? (rires) C’est dur, mec ! C’est la question la plus difficile de la journée !

Raphaël: Aucune idée…

metal-eyes: On y reviendra… Tu viens de dire que c’était la question la plus difficile du jour, mais quelle a été la meilleure, la plus surprenante ?

Gary: Oh… Merde, quelqu’un m’a posé une question aujourd’hui, je n’arrive pas à m’en souvenir !

Raphaël: J’en ai une : quelqu’un m’a demandé quelle œuvre d’art, hors musique j’ai apprécié récemment. Je trouve que c’est très intéressant parce que tu peux aborder différents arts : la peinture, la culture, la littérature qui expriment des émotions que tu peux ressentir. J’ai vraiment apprécié cette question.

Gary: Il y a eu un tel déluge de questions aujourd’hui que je ne parviens pas à m’en souvenir.

metal-eyes: C’est le genre de question qui te force à repasser la journée…

Gary: Je suis sûr que dès que tu vas partir je vais m’en souvenir ! Il y a eu de très bonnes questions aujourd’hui, celle-là en fait partie. Vos questions n’ont pas été répétitives, ce qui est une bonne chose. Parfois, on répond aux mêmes choses toute la journée, mais ce ne fut pas le cas aujourd’hui. J’ai apprécié.

Raphaël: Je reviens à la devise : « Exprime tes sentiments »

metal-eyes: Merci pour cette interview, j’espère qu’on vous verra bientôt sur scène !

Gary: Oh, oui. Le 16 décembre à Paris, au Batofar, et d’autres dates suivront. Merci à toi !

AQME

Metal, France (At(h)ome, 2017)

Pour son nouvel album, annoncé un peu partout dès l’été dernier via affiches et pubs diverses, Aqme a décidé de remettre les compteurs à zéro avec un album sans titre. Comme un retour à la case départ, ce qui est étrange dans la mesure où il s’agit du second disque avec ce line-up: l’indéboulonnable duo des origine composé de la bassiste Charlotte Poiget et du batteur Etienne Sarthou (également responsable du son de ce disque), pour la seconde fois accompagnés du chanteur Vincent Peignart-Mancini et du guitariste Julien Hekking. Nouveau départ donc, pour lequel Aqme se fend d’un album superbement produit et surtout composé de 12 titres explosifs. Vocalement, Vincent a parfaitement trouvé sa place, entre rage et mélancolie. On s’amuse du choc lorsqu’il partage le micro avec Reuno (Lofofora) sur Rien ne nous arrêtera. Aqme a toujours su allier colère et groove, rage et crasse dans sa musique et franchit ici encore un nouveau pas. La variété fait plaisir à entendre: Aqme navigue entre lourdeur pachydermique et sombre mélancolie, heavy riffu et couillu et moments plus popisants. Bref, Aqme, en se renouvelant tout en restant lui-même, nous offre sans aucun doute un de ses meilleurs albums à se jour.