HELLFEST XV part 2: 23 au 26 juin 2022

Ce report est dédié à la mémoire de notre amie photographe Carine Mancuso (« la fée verte photographie ») qui nous a quittés le 16 juillet dernier après un long combat contre le cancer. RIP

Certains sont restés sur place entre les deux week ends, d’autres non et reviennent pour cette seconde partie de quatre jours. La météo annoncée est moins clémente, la température a chuté, certes, et les jours qui viennent vont s’avérer tout aussi compliqués à cause de la pluie qui, dès le vendredi, transforme le terrain solide en une surface boueuse et glissante… Une seconde partie qu’on aurait très bien pu nommer « beyond madness ».

Plus de photos se trouvent dans la galerie Hellfest part 2

Jeudi 23 juin

Le jeudi, pour les amateurs de metal « traditionnel », est la journée idéale. Le gratin qui défile dès 15h30 sur les main stages est impressionnant. Pour moi, c’est simple, je n’en décolle pas – ou presque – de la journée…

On débute avec un peu de merch tout en écoutant Phil Campbell and the Bastard Sons. Une setlist faite pour séduire les fans de Motörhead, un set sans grande prise de risque ce qui, quand on connait la (petite) discographie du combo, est un peu dommage car on dirait que le Gallois se complait à ne plus jouer que dans un tribute band – ce qui ne fut pourtant pas le cas en avril dernier lors de la tournée française. Mais on est au Hellfest et ce soir, les cendres de Lemmy doivent être déposées au pied de sa statue, alors, ce concert serait-il un dernier hommage ?

Tyler Bryant & the Shakedown se fraie un chemin sur la route des grands. Le rock vintage, ou comme le désignent certains « classic rock », chaleureux et entrainant du gang fait mouche. Il n’y a simplement ici rien à redire, c’est direct et classe. On ne peut qu’espérer voir ce groupe grandir encore plus et plus vite.

Thunder… Voici quelques temps que je les attends en terres clissonnaises. Là aussi, les Anglais proposent un rock entrainant, efficace et qui a depuis longtemps fait ses preuves, et ses dernières productions sont simplement irréprochables. Mais la prestation de Thunder est simple et sans surprise. Les classiques (trois extraits du premier album : Higher ground, Back street symphony et Dirty love) défilent aux côtés de titres plus récents – de futurs classiques du groupe – mais il manque peut-être un peu de folie à ce set au demeurant plus que sympathique mais certainement trop court.

Les New-Yorkais de The Last Internationale sont sans doute la surprise du jour. La chanteuse à la voix suave et puissante et au look brillant fait le show. Dans l’incapacité de se poser, elle arpente cette énorme scène et va chercher le public. L’esprit évoque celui de Blues Pills (tiens… le groupe sera présent ici même le lendemain…) par l’énergie dégagée et l’esprit musical festif bien que moins « disco ». Une bien belle découverte de ce début de seconde partie, un groupe à suivre de près.

On se retrouve devant la MS pour célébrer un UFO au visage vieillissant et au line up presque entièrement réinventé (on ne compte plus le nombre de musiciens passés dans ce groupe mythique…) Alors viendrait-on plus célébrer l’irremplaçable Phil Mogg et son compagnon de route Paul Raymond ? Oui, et le set se révèle bien trop court. Sept petits titres (ok, il y a les grands classiques Rock bottom, Lights out et Doctor, doctor) c’est peu, mais on devra s’en contenter. Une jolie prestation d’un groupe de légende.

On file du côté de Steve Vai, ex guitariste de Whistesnake (qui, tiens donc, passe à côté juste après…) qui se donne à fond avec ses classiques instrumentaux. Il le sait, un set basé uniquement sur la guitare peut lasser rapidement les non musiciens, surtout si le gratteux joue la démonstration. Mais Vai n’est pas de ceux-là, jouant avec ses musiciens et le public, grimaçant et ayant l’air surpris tout au long du set. On n’est pas que dans la démonstration, on est aussi dans le visuel fun et pas sérieux. Un beau et bon concert.

Son ancien boss, David Coverdale, déboule avec son Whitesnake que je n’ai pas vu depuis… pfiou… Et si la pêche est là, le constat est malheureusement sans équivoque : le chanteur a vraiment perdu sa voix, incapable de tenir longtemps une note sans le soutien de ses musiciens qui prennent dès que possible le relais. Coverdale est tout sourire, heureux d’être là, et, avant de démarrer l’incalculable nombre de « fuck » dans ses interventions – il est plus aisé de compter ses « here’s a song for ya ! » immortalisé depuis Live…in the heart of the city – il s’amuse du fait de la présence de Vai sur la scène d’à côté… « Once a snake, always a snake… » annonce-t-il avec un large sourire bienveillant – et présente sa bassiste, Tanya O’Callaghan, la première femme membre su Snake. Et la bassiste déménage et se donne du plaisir au côté du guitariste Joel Hoekstra. Un show plein de couleurs et de classiques qui se termine avec la venue de – « Once a Snake, always a snake » – Steve Vai (non ? quelle surprise !) sur le final Still of the night. Une voix à la ramasse mais un concert au top.

Un gros rideau masque la scène, le public se masse devant pour accueillir, enfin – ça fait depuis 2013 qu’on ne les a pas vus à Clisson – les citrouilles allemandes de Helloween. Même si l’évènement n’est plus aussi attendu qu’il y a trois ans, les Pumkins United telle qu’on les appelle depuis le retour au bercail de Kiske et Hansen, sont là pour marquer de nouveaux points d’autant plus après avoir publié un album aussi bon que leur dernier éponyme. La recette fonctionne ici toujours aussi bien, entre trio de guitares, duos/trios ou presque de chant, le groupe propose une setlist de classiques imparables (Eagle fly free, Dr Stein, Future world, I want out…) et semble uni comme jamais. Une superbe prestation de bout en bout d’un groupe au meilleur de sa forme.

La soirée est allemande puisque la tête d’affiche n’est autre que les fidèles Scorpions qui, à l’origine, devaient clore cette seconde partie du Hellfest. Mais la venue de vous savez qui a aussi poussé Barbaud et son équipe à penser à cette quatrième journée. Meine et sa bande ont accepté de clore cette journée du jeudi et c’est tant mieux. Car même si le chanteur semble parfois en mode diesel – lent à démarrer – le groupe trouve rapidement sa vitesse de croisière. Avec Scorpions, on sait exactement ce qu’on va avoir : un chanteur qui distribue l’équivalent de la forêt amazonienne en baguettes, un break de ballades intemporelles (avec un Wind of Change revisité en hommage à l’Ukraine) et une large place laissée au nouvel album (avec, de mémoire, au moins cinq titres extraits de Rock believer), un show son et lumières rodé et d’une efficacité sans pareille, une guitare qui fume… Oui, les anciens savent exactement quoi faire pour satisfaire leur public et c’est tant mieux, car Scorpions se donne toujours avec autant de bonheur et sait satisfaire son public. Un très beau show qui vient presque conclure cette première journée par un duo avec l’ami Campbell (sur Rock you like a hurricane).

La soirée se conclue par un pèlerinage vers la statue de Lemmy après un hommage à l’issue du concert de Scorpions. L’équipe du Hellfest accompagnée de Phil Campbell et Mikkey Dee a déposé une partie des cendres de Lemmy Kilmister au pied de sa statue dominant la Warzone. Un hommage aussi émouvant que la présentation de la première statue il y a quelques années.

Vendredi 24 juin

Etonnante journée que ce vendredi. Il ne pleut pas encore mais il vaut mieux prévoir de quoi se couvrir. J’arrive sur place pour découvrir Fauxx sur la MS. Derrière la batterie, mais… oui, c’est bien lui, Job, le batteur de Tagada Jones. Ok, le gaillard va passer le week end sur place et, nous ne le savons pas encore, en sera un des héros. Nous y reviendrons. Pour l’heure – la demi-heure, plus précisément – le public découvre un groupe rock direct et rentre dedans, et l’amuse gueule de la journée est appétissant. A suivre.

Disconnected avait ouvert pour Judas Priest à Paris en 2019. Une première grosse scène, mais rien de comparable avec ce HF. Les musiciens sont au taquet, qui hurlant sa rage, qui n’épargnant pas sa guitare, tous allant chercher le public qui répond présent. Disconnected est une vraie machine et on ne peut qu’espérer voir le groupe grandir et trouver son public au niveau international.

Quelques interviews sont programmées cet après midi, et je rate pas mal de choses sur la MS1. Mais sur la scène voisine, en revanche, il y en a pour tous les goûts et toutes les humeurs. Crisix revient au Hellfest pour la troisième fois (sans compter sa participation à la récente tournée Warm-up). Après Altar en 2017, on retrouve les Espagnols invités l’an dernier pour le HF from home. La fidélité paye et c’est aujourd’hui, même un peu tôt, sur une mainstage qu’on les retrouve. Oui, mais… Le chanteur, Julian, débute le concert par un speech : leur batteur a été testé positif au covid et ne peut donc jouer… « On fait quoi ? on annule ou on demande à des amis un coup de main ? » Solution numéro 2, Job – oui, le même qu’on a déjà vu ce matin – a pris le temps d’apprendre quelques titres et se dirige, acclamé, derrière la batterie. Et Crisix lance les hostilités avec puissance et bonne humeur. Job se retire sous les hourras après deux titres et les thrashers fous reprennent leurs habitudes, permutant les rôles sous forme de quatuor. Sourire, bonne humeur et sérieux sont de mises, le public est mis à contribution dès l’arrivée, derrière les futs, de Paul, batteur habituel de Gama Bomb. La sécurité voit le duo de guitaristes, Albert et BB foncer vers le public et s’y enfoncer. Le duo se fraye un chemin au centre de la fosse qui entame un circle pit rituel et joyeux sous le regard hilare de Julian qui a perdu de vue ses compagnons. Qui, naturellement, reviennent terminer ce concert de folie en fendant la foule avant de remonter sur scène, heureux. Sans doute mon concert préféré de l’ensemble de cette édition. Crisix marque incontestablement encore des points.

Blues Pills prend la suite. Les Suédois proposent une musique toujours festive et entrainante et, même si l’on peut s’étonner des choix vestimentaires de leur chanteuse, l’énergie et la bonne humeur sont communicatives.

De son côté, Danko Jones, pas revenu au HF depuis 2013, fonce dans le tas sans se prendre la tête. Son rock punkisant et burné fait sauter et se trémousser le public. Et, en bon râleur rebelle, le voilà qui s’en prend à « ces putains de photographes… Ils restent 3 chansons, et après, ils font quoi ? Ils restent dans le public ? Non, ils se barrent… C’est pas comme vous qui êtes là ! » Euh, oui, Danko, certains restent et assistent aux concerts, mais rappelle-toi aussi que, parfois, les photographes sont dirigés vers la sortie même s’ils souhaitent rester… Heureusement que tu nous offres des moments simplement fun et débridés, un rock pas prise de tête et direct !

Avec DragonForce, on sait qu’on va avoir droit à un show aussi visuel que technique et quelque peu « frime ». Ceux qui ont assisté à la dernière tournée du groupe retrouvent, en version XXL, un décor de jeux vidéo avec des consoles qui servent de promontoires géants et, naturellement, un dragon en fond de scène. Annoncée en remplacement, la bassiste Alicia Vigil est toujours présente et la complicité avec les autres musiciens, Herman Li et Sam Totman en tête, est réelle. Une place permanente pour elle ? Le groupe est enjoué, alternant entre alignement de notes et tempi plus calmes, toujours avec bonne humeur. La promesse d’un bon moment est tenue.

On passe à des choses plus « sérieuses » avec le retour des Allemands de Kreator – OK, il y a désormais notre Fred Leclerc – ex… DragonForce – national à la basse et les regards se tournent naturellement vers lui. Mille Petrozza est en forme, sérieux et hargneux. Les nouveaux titres de Hate über alles passent superbement ‘exercice de la scène. La pyro est de sortie pour un show tout feu tout flamme. Fred Leclerc impose sa présence avec une énergie sans pareille et Kreator donne  simplement un concert impeccable de bout en bout.

La pluie continue de battre son plein lorsqu’Alice Cooper. On ne le sait pas encore, mais Nita Strauss, la guitariste – une des guitaristes, ils sont 3 – qui accompagnent le Coop depuis quelques années annoncera bientôt son départ du groupe. Mais en attendant, là encore, avec Alice Cooper, on sait à quoi s’attendre : du spectacle théâtral et totalement visuel, des billets qui volent, une décapitation en public et une résurrection. Tout est là, le maitre de cérémonie inquiétant comme toujours, et les classiques défilent. Un grand moment du festival qui, pour moi vient clore la journée. Trop de pluie et le froid auront eu raison de moi et comme je ne suis pas un grand amateur de Nine Inch Nails, même si la venue de Trent Reznor est un évènement, un peu de repos est prioritaire.

 

Samedi 25 juin

Il pleut… pas envie de me lever ou d’affronter cette météo qui tape sur les nerfs… Je rate la prestation d’Existance avec quelques regrets, mais le froid, la pluie et la fatigue commencent à avoir le dessus. Pas question cependant de rater tous les groupes français, d’autant que Manigance ne va pas tarder. Au moment de partir, il se remet à pleuvoir… Pas envie de bouger… Pourtant, j’y vais et arrive à temps pour découvrir un terrain plus que boueux (ce n’est qu’un début) et assister à la fin de la prestation du groupe de François Merle. Le Bal des ombres, dernier album du combo, mérite d’être présenté au public dans ces conditions. Et le groupe a visiblement du plaisir à se trouver là, sa première fois au Hellfest. La prestation se conclue par un duo avec Julian Izard, guitariste/chanteur d’Existance. Une belle prestation qui réchauffe un peu l’ambiance.

Ceux qui y étaient se souviennent encore de ce show explosif de Michael Monroe en 2019 à Paris. Armé d’un nouvel album, l’ex-chanteur de Hanoi Rocks attire aujourd’hui une foule conséquente et propose un show tout aussi explosif, simplement rock, direct et enjoué. Il n’hésite pas à aller au contact du public – OK, sans jamais, comme d’autres, franchir les barrières – et se permet encore d’impressionner en faisant le grand écart. Le show est visuellement et musicalement sans failles, et le bougre marque encore ici des points. Last train to Tokyo ? ce serait plutôt First train to Hellfest ! On espère bien le revoir en aussi grande forme.

GloryHammer c’est tout aussi visuel et dans un autre registre. La mise en scène, les costume, les bagarres, tout est ici second (voire douzième) degré. Fun de bout en bout mais franchement pas exceptionnel, on vient voir GloryHammer pour son coté volontairement kitsch. Et on passe un bon moment. Nul doute que les enfants présents ont dû adorer ça !

Changement radical de registre avec Ayron Jones, la nouvelle sensation rock américaine. Un premier album remarqué, une première série de dates en France, une belle place à l’affiche de ce Hellfest – sous un peu de soleil, svp ! – et, à venir, la première partie française des Rolling Stones… S’il y a un concert à voir, c’est sans doute celui-ci, et si c’est le nom du guitariste chanteur qui est à l’affiche, les musiciens qui l’accompagnent sont tout aussi exceptionnels, bassiste et guitariste n’hésitant jamais à prendre la pose et se faire remarquer. Un concert qui souffre sans doute d’un léger manque de confiance mais qui place Ayron Jones, le groupe, parmi les gros espoirs de demain. A suivre de très près !

Je rate Nightmare pour je ne sais plus quelle raison (sans doute une interview) et revient devant la MS pour découvrir un autre black américain, également guitariste chanteur, Gary Clarke Jr. Ce dernier évolue dans un style radicalement différent. Son blues n’a rien d’extrême mais est superbement interprété et fait du bien à ce moment de la journée. Etonnant choix pour le festival des musiques extrêmes mais, après tout, le blues est à l’origine aussi du hard et du metal, et le Hellfest a toujours montré son ouverture d’esprit. Une belle découverte.

J’ai craqué pour le dernier album de Sorcerer alors je file découvrir ce que ça donne sous Temple. Sobre, doom, et efficace, le groupe propose un concert simple et concentré. Pas mémorable pour autant sauf pour la lourdeur de son propos.

On se prépare pour accueillir devant les MS un Epica très attendu. La scène, dominée de part et d’autre par deux gigantesques serpents de fer, est lumineuse. Simone Simons et Mark Jensen sont toujours aussi complices sur scène, les flammes toujours aussi nombreuses, mais j’ai l’impression de voir un groupe en mode automatique. Oui, le show est impressionnant et carré, mais en dehors de certains détails visuels, j’ai l’impression d’assister à une redite efficace mais sans surprise.

Passer de la flamboyance d’Epica à la sobriété de Myles Kennedy and company… Peut-être attendais-je trop de ce concert mais voici le meneur d’Alter Bridge et chanteur plus qu’occasionnel de Slash pour un « seul en scène » ou presque. Il est accompagné de sa « Company » mais il y a peu d’effort dans ce concert. J’ai même l’impression que l’ensemble manque d’envie… 9 titres pourtant connus mais peu de pêche. Une déception…

Après une courte pause méritée, il est temps de retourner voir Airbourne pour son second passage de la semaine. Mais le terrain est déjà tellement envahi qu’il est difficile voire impossible de circuler. La setlist est rallongée – tous les titre de la semaines précédente sont là – et les Australiens n’ont aucune difficulté à mettre le feu même si, on le sait, tous les regards sont portés sur Joel O’Keefe, pile électrique inusable.

Nightwish et le Nellfest, c’est une longue histoire. Nightwish au Hellfest et moi, c’en est une autre. Jamais encore je n’ai pu les photographier et, de nouveau, impossible d’approcher… Le show est pourtant léché, soigné mais assister de si loin à ce type de concert est dommage. Alors à la moitié je décide de filer sous Temple pour assister à une bonne du set de Kadavar dans une très grande forme, tenant son public dans la paume de sa main. Impressionnant de bout en bout, le trio déploie une divine énergie transformant ce concert en grand messe rock’n’roll. Kadavar, dont on retrouve le batteur en tenue de scène au bar VIP dès la fin du concert, vient de nous donner une claque, et ça fait du bien !

La venue de Guns’n’Roses à Clisson est plus qu’un évènement. Même si le nom figurait à l’affiche du fest en 2012, ce n’était guère plus que Axl Rose interprétant avec ses musiciens d’alors le répertoire de GNR. Là, ce n’est pas tout à fait le Guns des grands jours mais celui alignant Axl, Slash et Duff, et ça, c’est déjà bien. Si visuellement le show reste intense, grâce, notamment, à une animation très vive en écrans de fond de scène, certains des musiciens ne sont pas forcément à leur place, offrant une prestation quelque peu entendue. Mais surtout, Axl semble en fin de course vocale. Le chanteur à la voix fut un temps en or, semble ne plus avoir le contrôle de ses cordes vocales et manque clairement de puissance. Et puis, aussi, ces guitares souvent imprécises, ces notes qui craquent… A ce niveau, on peut se poser des questions. Ok, on aura vu les Guns. Mais on en retiendra quoi ?

Dimanche 26 juin

Voiture en panne… Le temps que le dépanneur arrive, je rate avec regrets la prestation de MolyBaron, pourtant un de mes objectifs. Et visiblement, j’ai vraiment raté quelque chose, d’autant plus que le temps semble vouloir se faire un peu plus clément…

Novelists. Certains parlent de génie dans leur musique, perso, je n’ai pas compris grand-chose. Et puis arriver sur scène en tenue aussi banale, pardon, mais le visuel joue beaucoup aussi pour un groupe. Aujourd’hui, plus d’une formation arrivera ainsi, sans marqueur visuel. Sans doute devrais-je prendre le temps de me pencher plus sur la musique de Novelists car là, je ne suis simplement pas interpelé.

Eux, on en parle à tous les étages de ces ovnis néo-zélandais d’Alien Weaponry. Une intro sous forme de Haka – cette danse rituelle popularisée mondialement par les All-Blacks – et c’est parti pour un thrash tribal qui, là encore, me laisse froid.  Franchement, c’est ça l’avenir du thrash, du metal ? peut-être suis-je trop vieux, qui sait ? Ou peut-être ce septième jour me voit-il simplement trop fatigué pour être vraiment réceptif. Visuellement, cependant, ça le fait, le trio parvient à occuper la scène et sait aller chercher le public.

Angelus Apatrida avait déjà foulé une main stage il y a quelques années, en 2014, et c’est un plaisir de retrouver les thrashers espagnols qui doivent ressentir une certaine satisfaction à jouer sur la scène que fouleront ce soir les Mets. Pas de chi-chNi, ici, Angelus Apatrida envoie la sauce et va chercher le public pour le prendre à la gorge et ne plus le lâcher. Un concert puissant de bout en bout.

Headcharger fait partie de ces groupes mystérieux… Absent musicalement pendant quelques années, les voici qui réapparaissent avec un nouvel album de belle facture et rapidement remarqué. Alors autant dire qu’on les attend un peu sur scène. Mais là encore, Sébastien Pierre et sa bande débarquent en tenue de ville, sans aucun artifice (est-ce dû à l’impossibilité de tendre une sorte de décor à cause de la scène des Mets ?) et visuellement, les Caennais donnent l’impression de ne tabler que sur leur musique. Mais est-ce suffisant, ici, en festival, à cette heure de la journée ? Sans doute pas… Dommage, vraiment.

D’autant plus avec ce qui arrive sur la MS 2 : Tagada Jones a préparé sa venue, et comme me le dira Job plus tard en off, « s’il y a des gens qui râlent parce qu’on joue sur une Main et pas sur la warzone, c’est qu’ils n’ont rien compris. Notre place, là sur la mainstage, elle prouve que quand on bosse et qu’on s’accroche, on peut y arriver. Et on ira plus loin, tu verras ! ». Oui, cette venue est préparée, avec un décor de bidons qui s’enflamment plus qu’à leur tour dès A feu et à sang qui assoit le public, déjà à fond derrière les Rennais. Niko va le chercher, ce public, l’invective et l’invite à s’amuser. Ça bouge, ça saute, et ça exulte. Et la participation des Bidons de l’an fer en grand final, avec toujours autant de flammes et de chaleur, fini de mettre le feu à ce concert. Tagada Jones est maintenant, trente ans après ses débuts, dans la cour des grands du rock français. C’est mérité. Que du bonheur !

Pour quelle raison ai-je raté le retour d’Ugly Kid Joe ? Je n’en sais fichtre rien… Je n’ai même pas le souvenir d’avoir entendu l’indispensable Everything about you… Je reviens en revanche pour le nouveau show d’Avatar venu défendre Hunter gatherer. Ce groupe se réinvente à chaque nouvel album, et réinvente son show à chaque nouvelle tournée. Alors, oui, ici, un décor sobre voit le groupe évoluer en plein jour. Johannes Eckestrom, le chanteur dingo, le Joker de service, tombe rapidement la veste mais se délecte régulièrement d’un breuvage qu’il boit depuis un bidon d’essence. Peu d’esbrouffe, du visuel et de nouveau un show de folie. A revoir en salle sans aucun doute.

La suite des évènements m’empêchera de tout suivre : l’espace presse fermant ce soir, il est temps de démonter et ranger l’expo photos, de filer à la voiture ranger le tout avant de revenir. Je rate, sans grands regrets, Bring Me The horizon et, avec plus de regrets, Black Label Society, n’assistant, de loin qu’à la fin du show. Je file cependant voir Pentagram pour trouver un groupe particulièrement en forme et un Bobby Liebling d’humeur joyeuse. Un show doom à la fois sérieux et détendu d’un groupe rare en France qui, ce soir, se fait plaisir et nous fait plaisir.

 

Une dernière grosse déflagration sous altar avec une visite qux furieux de napalm Death. Un groupe toujours aussi engagé et explosif qui offre une grosse prestation sur fond de discours anti arme et pacifique. Si ça pouvait porter ses fruits…

Ok, on le sait, circuler devant les Main est quasi impossible depuis 17 heures. Alors s’approcher pour assister au show de Sabaton est très compliqué (je ne vous propose même pas de photos, devinez pourquoi…)  c’est donc de loin que j’assiste à ce concert d’un des groupes les plus fédérateurs de notre époque qui, lui aussi, sait se renouveler à chaque tournée. Joackim Broden rappelle le lien unique qui existe entre Sabaton et le Hellfest, rappelant que Sabaton sera toujours présent si l’orga l’invite. « C’est sans doute le meilleur festival du monde, et on sera toujours là pour le Hellfest » annonce-t-il. Ce n’est pas démago, c’est simplement vrai et pas uniquement parce que 2019. Le groupe donne un concert sans surprise mais toujours aussi efficace, alignant une bonne heure durant une collection de titres fédérateurs (Sweedish pagans, Carolus Rex, Great war, The red baron…)

Pendant ce temps, un chant aigu sort de Temple. Mince… J’ai failli oublier Merciful Fate. Même si je n’ai jamais aimé le chant de King Diamond, impossible de ne pas assister à une partie de ce show. Le chanteur revêt un masque le temps des premières chanson – une tête de bouc cornu – arpentant une scène inquiétante. Mais voilà, alors que jusque là il suffisait de patienter, les photographes se voient refuser l’accès au pit au bout de 3 chansons… Reste à assister à un spectacle carré avant de retourner prendre position pour ceux que pas loin de 70.000 personnes sont venues voir.

It’s a long way to the top (if you want to rock n roll) (AC/DC) annonce la venue des Mets. Les images de Le bon, la brute et le truand et l’indissociable BO d’Enio Morricone The ecstasy of gold voient le public s’impatienter et exploser dès les premières notes d’un Whiplash qui met les choses au clair. Ce soir, pour la première venue au Hellfest de Metallica, c’est un défilé de classiques auquel le public à droit. Creeping death, superbe, Enter sandman et la première intervention de James Hetfield – « maintenant que ça c’est fait, on va vous jouer quoi ? ». Simple, Les Mets visitent leurs principaux albums et prennent même quelques risques en explorant le mal aimé – et sous estimé aussi – St Anger avec Dirty windows. Les artifices sont moins nombreux que ce à quoi on pouvait s’attendre (explosions et flammes pour annoncer Harvester of sorrow) et les écrans cubiques servent d’animation sympathique. Mais… trop éloigné de la scène pour vraiment profiter de ce show autrement que par écrans interposés, et rincé, je n’assiste pas à la fin du concert. Ni au feu d’artifices qui attire nombre de clissonnais qui prennent place autour du site, derrière les mains et sur les ponts. On aura vu, de loin, Metallica

Cette édition monumentale aura tenue toutes ses promesses : de la folie, de la démesure, oui, mais… Deux week end à ce rythme, c’est trop. Usant, éreintant même au point que le plaisir s’estompe avec le temps tant la fatigue prend sa place. Certes, la météo, suffocante le premier week end, pluvieuse et presque froide le suivant, n’a pas arrangé les choses, ni même ce Covid qui a trouvé un terrain de jeu sans pareil, mais au final, que retiens-je ? un superbe premier week-end, un jeudi dantesque pour les amoureux de metal « classique », et une suite et fin de second week end assez brouillons. On parle de plus de 60.000 personnes pour le concert de Guns, pas loin de 70.000 pour Metallica ? C’est simple, l’accès aux main stages était bloqué… Impossible d’avancer, de circuler, de tenter de faire quelques photos tant la foule était compacte. Et même si avec des setlists sublimes, voir ces grosses têtes d’affiche sur des écrans, ben… bof en fait. Il y a quelques années le Hellfest avait annoncé avoir atteint sa capacité maximale, il l’a largement dépassée ces deux derniers jours et ça retire beaucoup de plaisir. Mais des points positifs, il y en a, plein aussi : un Crisix impérial, des valeurs sûres chez les anciens, même si sans grande surprise (Judas Priest, majestueux, Scorpions, impeccable), une organisation sans faille, une équipe « accueil » au top comme toujours, des agents de sécurité « on se demande parfois où ils sont allés les chercher » mais sympa aussi, bref, tout ce qui fait que le Hellfest reste unique en son genre. Et à peine rentré, les paris sur la 16ème sont lancés (pour moi, les grosses têtes d’affiche seront Def Leppard, Iron Maiden et Rammstein, on en reparlera dans quelques semaines).

Interview: HEADCHARGER

Entretien Headcharger. Rencontre avec Sébastien Pierre (chant) et Romain Neveu (basse). Propos recueillis au Hard Rock Café de Paris le 16 février 2017

Headcharger

 

C’est au Hard Rock Café du boulevard Montmartre à Paris que les Normands de Headcharger sont venus rencontrer les médias pour parler de Hexagram, leur nouvel album que vient de sortir Verycords. Les gaillards sont en forme, fier de ce sixième disque et, lien de cause à effet ?, très bavards. Si on ne nous avait pas arrêtés, nous y serions sans doute encore !

 

Metal-Eyes : Si vous le permettez, nous allons commencer avec un retour en arrière, et revenir à Slow Motion disease qui a marqué un véritable tournant dans la carrière de Headcharger. Pouvez-vous revenir sur les raisons qui vous ont motivés à suivre cette orientation ?

Romain : L’envie d’évoluer, en fait. Avant cet album, il y en a eu trois autres, et même avant Headcharger, avec Doggystyle, qui était beaucoup plus hardcore. C’est moi qui composais à l’époque, le groupe se mettait en place… On a voulu intégrer les influences de chacun, ce qui a pris un ou deux albums. Le premier, éponyme, et le suivant, Watch the sun encore assez typé chant saturé, grosses guitares, rentre dedans. Les influences de chacun ont vraiment pu se mettre en place à partir de The end starts here, qui, pour nous est un peu le tournant musical du groupe, et qu’on a vraiment poussé avec Slow motion disease, où on est parti sur quelque chose de plus rock : le chant gueulé était encore présent mais de moins en moins. Les influences de chacun se sont imbriquées, affinées, parce qu’on se connait depuis longtemps. Et c’est la musique qui nous plaisait au fond de nous, c’est pour cette musique que nous étions fait, pas pour faire du gros hardcore. Du gros rock, du gros son, mais pas quelque chose de bourrin…

Sébastien: On a pour habitude de dire que si tu écoutes le premier et le dernier album de Headcharger, tu as un côté schizophrène qui se dégage, alors que si tu prends le premier album, puis le second, le troisième, le quatrième… il y a une réelle évolution sur chaque album et l’ensemble parait plus cohérent et compréhensible.

Metal-Eyes : C’est une évolution naturelle.

Romain : Oui, et c’est vrai que tu écoutes le dernier et ensuite le premier, tu te demandes « c’est quoi ce bazar ? C’est pas le même groupe ! ». On en est totalement conscient, mais c’est vrai que si tu écoutes tout, pas tout d’affilée parce qu’il faut un peu de temps, le procédé est, là, procédé d’assagissement, ou plutôt d’affinement de style…

Metal-Eyes : Depuis trois albums, on a vraiment l’impression que le style Headcharger est trouvé.

Sébastien: Indiscutablement, et je pense que c’est encore plus vrai avec Hexagram.

Metal-Eyes : Nous allons en parler. Mais avant : trois années séparent Black diamond snake et Hexagram, ce qui n’est pas inhabituel chez vous. Comment occupez-vous votre temps entre deux albums ? Il y a les tournées, bien sûr…

Sébastien: Tournées, et la composition. Tu sais, on a tout le temps un processus de composition assez naturel. On ne se force jamais à composer, ça vient au fil du temps… Il se trouve que pour cet album, Hexagram, le maître mot était d’être complètement décomplexés.

Romain : Se faire plaisir, faire vraiment exactement ce que l’on veut.

Sébastien: Que nous fassions un album qui nous plaise à nous avant tout.

Metal-Eyes : Ce qui est le principal.

Sébastien: Oui, mais ce n’est pas toujours évident  dans la phase de composition.

Metal-Eyes : pourquoi ?

Sébastien: Parce que tu peux être influencé par les gens que tu rencontres sur une tournée, qui te disent que ce qu’ils ont aimé sur tel album c’est tel morceau et pourquoi, et machin, et tu te dis que c’est peut-être là que le groupe peut être tiré dans ses qualités… Et je pense que Black diamond snake est encore un peu comme ça, un peu « le cul entre deux chaises » : il a un côté qui commence à s’affiner, à s’assumer, mais pas encore à 100%.

Metal-Eyes : Justement: je rapproche Hexagram bien plus de Slow motion disease de Black diamond snake à plus d’un titre : d’une part, la pochette, malgré des couleurs différentes, et la présence de rochers et d’animaux, est plus claire, plus lumineuse et rappelle les grands espaces américains. Musicalement, aussi, et vous vous éloignez du concept qu’il y avait sur l’album précédent…

Sébastien: Exactement, il n’y a pas de concept. Il y a une ligne directrice qui est la musicalité mais il n’y a clairement pas de concept album.

Metal-Eyes : Avec le recul, que pensez-vous de Black diamond snake ?

Sébastien: C’était un album de transition, et le pense que c’était assez bien vu de ta part, entre Slow motion et Hexagram. On était vraiment à une étape : d’abord, l’album a été composé sans batteur – Rudy bous a rejoints à 4 mois de l’enregistrement de Black diamond, il a donc été juste un exécutant…

Romain : Il n’a pas eu le temps d’ajuster son jeu à nous, ni nous de nous adapter à son jeu, or, pour nous, la batterie est l’élément le plus important…

Metal-Eyes : A partir du moment où la rythmique est là, la structure est en place, on peut faire tout ce qu’on veut autour.

Sébastien: C’est exactement ça.

Romain : Et pour finir avec ce que Seb disait, il y avait encore ce petit côté influençable, avec ces choses qu’on pouvait nous dire. Il y a des harmonies de guitares, des choses qu’on aime beaucoup, mais on a peut-être trop cherché à faire ce genre de chose. Du coup, c’est un album qu’on adore, mais il y a des petites choses… On n’avait sans doute pas assez recentré le débat. Avec Hexagram, on a réussi à revenir à ce que doit être Headchargher, à ce que nous devons être aussi.

Sébastien: Et Hexagram a cette force que n’a pas Slow motion qui est l’ouverture. Ouverture sur la composition, sur la production… Un truc qui fait un peu… Tu parlais de grands espace, c’est ça, un truc où tu respires, tu te dis que le groupe est bien dans ses baskets, il a envie de passer un message te tu les sens sereins dans ce message. Ils ne se posent pas de questions. Je pense que sur Hexagram, on y est. Sur Slow motion, on le sentait venir. Je pense que c’est pour ça qu’il a été aussi bien accueilli, tout le monde sentait le potentiel  qui pouvait s’en dégager et sur Hexagram, on y est.

Metal-Eyes : Donc je ne dis pas que des conneries. J’ai réécouté Black diamond snake avant de venir et je l’ai trouvé beaucoup plus sombre, moins facile d’accès.

Romain : Oui, oui, c’est vrai. Mais, le son est plus brut de décoffrage, la production est moins lisible, moins claire, et c’est vrai que c’est la grosse différence. Du coup, tu as raison, Slow motion et Hexagram, les productions sont plus claires, plus propres, plus… « à l’américaine », avec ce gros son épais mais tout est distinct. Slow motion est un peu plus brut, on voulait quelque chose de plus organique, sans trop retravailler des choses derrière.

Metal-Eyes : Comment expliquez-vous le fait de passer d’un son clair et gras, sur Slow motion, à quelque chose de plus sombre avec Black diamond, pour revenir à du son plus gras ?

Romain : Justement, on s’est toujours dit que ce serait génial de pouvoir enregistrer un album live comme à l’époque, ce que Led Zep ou plein d’autres groupes pouvaient faire.

Metal-Eyes : Si c’était le cas, vous en sortiriez deux par an…

Romain : Oui, oui, mais ce ne serait plus drôle, ce serait de la chaîne ! ce serait dommage…

Sébastien: A moins d’être au stade de génie, ce que sont ces groupes…Led Zep, Elton John, ce sont des génies. On n’est pas des génies.

Romain : Sur Black diamond, on a voulu essayer parce que, si la prod de Slow motion était grosse, il y avait aussi plus de travail de production derrière. Il aurait fallu aller un peu plus loin pour trouver cette production qu’on souhaitait, mais il nous manquait ce petit côté un peu organique. Au final, on est partis un peu trop sur Black diamond snake mais qui est cool, sombre comme tu disais. La prod d’Hexagram, c’est ce qu’on voulait : gros, épais, fat, c’est distinct, c’est  clair, mais il y a quand même ce côté organique qu’on voulait. On n’a pas eu besoin de beaucoup retravailler.

Sébastien: Et on a appris. D’abord, on a appris de nos erreurs. Ensuite, un album, c’est juste un instantané, d’un moment T. C’est un peu comme une photo, un album

Metal-Eyes : C’est ce que vous êtes aujourd’hui.

Sébastien: Exactement, et comme aujourd’hui Hexagram est un album dont on est particulièrement fier- on en est fiers tout simplement parce qu’il est assumé.

Romain : On s’était bien préparés aussi en amont.

Metal-Eyes : Justement, comment avez-vous abordé la conception d’Hexagram.

Romain : Une partie des morceaux d’Hexagram est composé de petites chutes de Black diamond. Je ne te parle pas de morceaux complets, simplement de riffs qu’on trouvait cool à l’époque mais on n’avait pas réussi à en faire ce qu’on voulait, Seb en terme de chant, nous en terme de compositions globales…

Sébastien: Et qui ne rentraient pas forcément dans l’histoire qu’on voulait raconter sur Black diamond. Tu vois, il y a des titres qu’on met de côté, pas que ce soit de mauvais titres… C’est juste que par rapport à ce qu’on voulait dire, ça ne correspondait pas. Je crois qu’il y a deux titres… On les a repris, en se disant « tiens, si on faisait ça » ; et c’est venu naturellement. Le morceau sonne différemment, et voilà !

Romain : C’est un nouveau morceau

Sébastien: Il devient cohérent, logique et fidèle au message qu’on veut donner.

Metal-Eyes : Il y avait l’idée, mais ce n’était pas le bon moment.

Sébastien: Exactement.

Romain : C’est exactement ça. Après il y a aussi les autres morceaux qui sont arrivés, on a beaucoup bossé en pré-production ; maintenant, grâce aux nouvelles technologies, on peut faire plein de choses, on s’envoie les morceaux, on peut bidouiller des choses, on écoute… 6 mois avant, on avait 13, 14 morceaux, on les a gardés jusqu’à notre arrivée en studio et il y en a d’autres… Ça se trouve, ce sera pour le septième album… Mais on savait exactement avant ce qu’on voulait. On est arrivés en studio, on savait globalement le son qu’on voulait, les arrangements qu’on voulait – à la limite même de savoir quel matériel on voulait utiliser, avec l’aide de notre ingénieur du son live et celui du studio… On a eu qu’à enregistrer et apporter quelques arrangements supplémentaires et se faire plaisir. On savait exactement, tous, ce qu’on devait jouer et ça nous a apporté une liberté… pas complète mais presque. On a pris un mois pour vraiment tout faire

Sébastien: un album, on le prend un peu comme un écrivain ou un peintre qui fait des crioquis… Là, pour un album comme Hexagram, il y a dû y avoir quelque chose comme 40 ébauches. Et d’un seul coup, tout devient clair dans ta tête, tu te dis « non, celui-ci on en le garde pas parce qu’il ne correspond pas, celui-ci on le garde mais il faudrait… » D’un seul coup, tu rentres dans un processus qui est naturel, tu es sur des rails. Le maitre mot était de rendre un ensemble cohérent, je pense que c’est la force d’Hexagram.

Romain : C’est onze titres différents mais qui marchent ensemble.

Sébastien: On parlait de Slow motion et de Black diamond ? Hexagram a cette force qui le rend plus cohérent que ces deux albums.

Metal-Eyes : Alors que les titres sur Slow motion s’enchainent bien, il y a une vraie cohérence.

Romain : Il y a une cohérence, mais il y a des titres un peu plus rentre dedans parfois…

Sébastien: Et il y a peut-être une monotonie sur Slow motion que tu ne retrouves pas sur Hexagram qui a un côté – on est très fans de cinéma – un côté un peu road movie. Tu passes d’un truc plus speed et frontal à quelque chose de plus posé, tu prends le temps de regarder les paysages. Tout ça, c’est des images… Tout d’un coup, tu arrives sur quelque chose de plus happy… L’album a été composé en pensant à ces images-là.

Metal-Eyes : Vous parliez tout à l’heure d’évolution, ce qui est tout à fait naturel pour un groupe, d’autant plus avec ce résultat-là – pardon, mais « tout flatteur vivant aux dépends de celui qui l’écoute », j’en profite (rire général)…

Romain : Ouais ! Continue, c’est bien ça !

Metal-Eyes : Vos copains de Klone viennent de sortir un album entièrement acoustique. Est-ce que vous envisagez, à un moment de votre carrière, de faire quelque chose comme ça ?

Sébastien: On n’a pas barrières. Je pense à, simplement parce qu’on en avait envie il y a un an environ, on a sorti une reprise de Black Sabbath en acoustique. Children of the grave en version acoustique et totalement réarrangé…

Romain : Acoustique, et semi électrique. Une réadaptation complète du morceau.

Sébastien: Pour le moment, on n’a pas cette envie parce qu’on est sur Hexagram, mais pourquoi pas ? Ce n’est pas un truc qu’on trouve ridicule, et, en plus, j’ai eu l’occasion de jeter une oreille attentive sur l’album de Klone et c’est super ! Ils ont fait un super boulot. Ca pourrait aussi, pourquoi pas, être un album entier de nouvelles compositions, mais je ne sais pas le message qu’on voudra faire passer. Mais c’est un projet qu’on peut assez facilement envisager.

Romain : Sachant qu’on l’a déjà fait il y a quelques années : Sur The end starts here, il y avait un morceau acoustique, sur Slow motion le dernier morceau est acoustique avec des petites pointes électriques et on avait deux ou trois dates en set acoustique avec cinq ou six titres… Après, ça demande beaucoup de boulot, et on est avant tout un groupe électrique.

Metal-Eyes : Klone aussi…

Romain : Oui, aussi, et c’était certainement le moment où ils ont eu envie de le faire.

Metal-Eyes : Ils ont évolué aussi…

Romain : Oui, et ils font aussi une musique avec des atmosphères qui marchent très bien aussi. Pour nous, comme le dit Seb, aucune porte n’est fermée, et ça peut être très plaisant.

Metal-Eyes : Revenons à vous, quand même. On n’est pas là pour faire la pub de Klone !

Romain : Oh, on peut, c’est très bien !

Sébastien: On a d’ailleurs eu un batteur en commun sur des tournées, Morgan (Berthet).

Metal-Eyes : Je voudrais savoir le pourquoi de ce titre, Hexagram, et le rapport qu’il y a entre le titre et la pochette : commençons par le titre, Hexagram qui dénote dans le monde du metal qui ne jure que par le pentagramme…

Sébastien: On parlait à l’instant de ligne conductrice pour cet album. Et la ligne conductrice du thème de l’album ça a été la dualité depuis le début. Sur la pochette, la dualité est évidente avec ces deux buffles qui s’entre choquent. Ensuite, il y en a une qui est moins évidente entre ce côté primaire du choix de l’animal, qui est un bœuf musqué et le logo, qui est un hexagramme, un peu plus moderne dans ses formes rectilignes. Et, ensuite, l’hexagramme en soi est aussi une dualité, entre le Yin et le Yang, une question de combinaison de signes et autres de la culture chinoise. Du coup, on trouvait très intéressant de traiter, ce que tu retrouves aussi dans les textes, la dualité sous toutes ses formes.

Metal-Eyes : Avez-vous pensé au côté linguistique, étymologique : hexa signifie six, et c’est votre sixième album ?

Sébastien: Ecoutes, on n’y avait absolument pas pensé, mais une de tes collègues nous parlait de l’hexagone pour le côté français… On a l’habitude dans les textes de laisser un double degré de lecture, de la place pour l’interprétation, et là, c’en est la preuve, on est en plein dedans ! Après, la définition que je viens de te donner, c’est le message que nous avons apporté à tout ça. C’est pas forcément le bon message – il n’y a pas de bon message – et chacun y voit ce qu’il veut.

Romain : Et c’est esthétique, ça colle bien. C’est déclinable sur plein de choses. On n’a jamais eu un logo très fort, comme un AC/DC ou un Metallica, et c’est quelque chose assez caractéristique. Mais il ne faut pas non plus chercher trop loin : l’esthétique est bien, ça colle bien avec l’imagerie et les idées qu’on veut véhiculer.

Metal-Eyes : Si vous deviez chacun ne retenir qu’un titre pour illustrer ce qu’est Headcharger aujourd’hui, lequel serait-ce ?

Sébastien: (sans hésiter) Coming back to life.

Romain : Pareil. Ça représente bien ce qu’est le groupe en terme de son et de composition. Et c’est un morceau mid tempo, up tempo, là où on se place vraiment bien.

Sébastien: Il a un côté assumé. C’est le genre de morceau que tu ne peux pas faire si tu ne l’assumes pas.

Romain : Ce n’est pas le tube metal, c’est une chanson, qui nous représente. C’est pour ça qu’on la mise en premier.

Metal-Eyes : Une toute dernière chose : quelle est la meilleure question qu’on vous ait posée aujourd’hui ?

Sébastien: Euh… Qu’est-ce que vous voulez manger ? (rires)

Romain : C’était pas mal… Et c’était quoi où j’ai répondu un gremlins ?

Metal-Eyes :

Sébastien: C’était « qu’est-ce que tu aimerais être si tu n’étais pas ce que tu es ? »

Romain : Oui, je pense que c’était un animal ou quelque chose comme ça, et j’ai dit Gremlins.

Sébastien: Et ça te correspond bien…

 

HEADCHARGER: Hexagram

HEADCHARGER 2017Hard rock, France (Verycords, 2017)

Il aura fallu trois ans à Headcharger pour proposer un successeur à Black diamond snake (2014). Aujourd’hui, Hexagram vient aujourd’hui conclure, ou simplement continuer, une trilogie magnifique entamée avec Slow motion desease (2012) avec lequel on pourra faire plusieurs parallèles. Tout d’abord, ces buffles de la couverture nous replongent dans les paysages sauvages américains qui illustraient déjà la pochette de Slow motion desease. Musicalement, et c’est le principal, Hexagram s’en rapproche également, s’éloignant du thème de l’histoire abordé avec Black diamond snake. Les guitares grasses, le chant embué, les ambiances… On ne trouve plus trace ici d’un metalcore qui permit pourtant aux Caennais de s’imposer sur la scène française. Je leur préfère – et de loin – ce hard rock, heavy aux guitares fulgurantes, à la grandiloquence exemplaire, cette maîtrise du rythme et de l’énergie qu’on ne retrouve que chez les plus grands. Parfaitement mis en son, Headcharger entraîne l’auditeur dans une furia maîtrisée aux sonorités variées (l’entraînant Coming back to life, le furieux Gusty move, le groovy A long wait…) Ici, l’énergie mise à part, pas un titre ne ressemble à un autre, plaçant l’ennui en dehors de l’équation. La basse imposante de Name your price domine les guitares furieuses que l’on retrouve avec un plaisir non feint sur The one you want to be. On se surprend même à entendre des guitares évoquant ici Maiden (Dirty like your memories), là Priest ou encore les 70’s (Load the dice). Une nouvelle fois, Headcharger nous propose un album réussit qu’on écoute comme on boit un bon calva: en le dégustant. Pour ce qui concerne les oreilles: sans modération!

Note: 9/10