EPINIKION: The force of nature

Pays-Bas, Metal symphonique (Autoproduction, 2026)

Le metal symphonique a, semble-t-il, encore de beaux jours devant lui. Alors qu’un certain souhait nocturne s’est mis en pause pour une durée indéterminée, les prétendants au trône se font connaitre. Epinikion est de ceux-là et propose, avec son second album, The force of nature, une oeuvre aboutie et ambitieuse. Formé aux Pays-Bas par Renate de Boer (claviers) et Robert Tangeman (guitare), deux anciens athlètes en reconversion qui ambitionnaient, sans aucun cursus musical, d’écrire un album d’opera rock qui vit le jour sous le nom de Inquisition. Ils complètent leur line-up avec la chanteuse Kimberley Jongen, un second guitariste, Marten Junschläger, le bassiste Rutger Klijn et le batteur Michal Gis. « Le chant du vainqueur« , c’est la signification grecque du nom du groupe, réussi, avec The force of nature, à se démarquer des habituelles références du genre. La voix profonde de Kimberley est portée par les guitares déterminées et les ambiances aux rythmiques souvent envoutantes sont à la fois épiques et aventureuses. The sun, the moon and the stars qui introduit l’album ne reflète pas forcément ce qui suit. Au contraire, la douceur des paysages musicaux épiques cèdent la place à un fureur contrôlée qui vient donner ses couleurs au morceau titre, à Come into my world ou autre Don’t wake up the dead. Thought you were on my side apporte un peu de douceur dans ces univers déterminés. Avec The force of nature, Epinikion fait preuve d’une grande maturité tant musicale qu’esthétique – la mise en son, superbe production, ou le visuel – superbe pochette signée Giannis Nakos pour Remedy art design – et pourrait bien se frayer un chemin vers les sommets. Un groupe à découvrir sans hésiter.

BLACK RABBIT: Warren of necrosis

Thrash/death, Pays-Bas (Autoproduction, 2025)

Nous avions pu découvrir les néerlandais de Black Rabbit en début d’année 2025 avec leur Ep Chronolysis, un disque brutal qui marquait quelques points. Les voici qui reviennent avec, en guise de cadeau de Noël un nouvel Ep (paru le 10 décembre dernier), Warren of necrosis. Les gaillards, toujours la même équipe – Nino Thomas (chant), Jelle Brekelmans et Hidde Hofland (guitares), Thijs Mulder (basse) et Koen van der Voet (batterie), on ne change pas une équipe qui gagne – nous balance « seulement » 4 claques dans la gueule. Le thrash/death aux relents de black metal (dans certains vocaux bien comme il faut) attrape l’auditeur par les burnes pour ne jamais le relacher. Plutôt que de foncer tête baissée, Black Rabbit choisi de varier les plaisirs en incluant diverses sonorités latino ou médiévales. En offrant de saines respirations, en relâchant, malgré tout la pression, le propos se fait plus solide et l’histoire se vit en une écoute. Il y a du Death Angel, du Exodus des vieux jours, ainsi que quelques lignes d’un jeune et fougueux Metallica tout au long des Initium finis, Apprehension, Null and void et Insurrection… liberation, tous aussi brutaux que déterminés et efficace. Le format Ep colle parfaitement au genre, jamais trop long mais presque trop court. Voilà le genre de groupe qui mériterait un passage sous une certaine Altar…

Séance de rattrapage: INNER CABALA: We are solitude

Metal, Pays-Bas (Autoproduction, 2025)

Si Inner Cabala a vu le jour aux Pays-Bas en 2021, ses membres viennent également de Roumanie et d’Italie. Un mélange d’origines et de cultures qui se reflète dans a musique de la formation tout au long de ce We are solititude, un premier album composé de 10 morceaux variés, puisant autant dans le metal moderne, puissant et rageur que dans des influences plus prog, voire orientales. Le chant de Pim Limburg est à la fois doux et enragé, par instants torturé et mélancolique, à l’image des guitares d’Alexandru-Daniel Taun et Alessandro Zanchetta aussi rugueuses que joviales (Mediocrity devides I, Of time rejoiced). Au delà du metal pur, on note des influences new wave (Crippled reality). Si Inner Cabala veut poser sa marque de fabrique, il manque ce petit quelque chose qui le démarquerait d’une scène déjà encombrée. Il y a de la volonté et du savoir faire, des rythmes variés (la basse de Razvan « Sid » Poinaru et la batterie féroce de Carlo Belloni), un ensemble qui ne se complait jamais dans la facilité. Est-ce pour autant suffisant. Sans doute une production plus gourmande apporterait-elle ce plus qui manque. Une jolie carte de visite qui reste à confirmer.

BLACK RABBIT: Chronolysis

Pays-bas, Thrash (Ep Autoproduit, 2025)

Située dans la province de Gueldre, Apeldoorn est une commune néerlandaise qu’on ira volontiers visiter pour ses… Ouais, on s’en fout, en fait. En tout cas, c’est là que Black Rabbit, groupe de thrash/death a vu le jour à la veille des années 2020. Les cinq musiciens – Nino Thomas au chant, Jelle Brekelmans et Hidde Hofland aux guitares, Thijs Mulder à la basse et Koen van der Voet à la batterie – crée le concept du lapin noir qui donne son nom au groupe, sorte de bestiole maléfique qui vient hanter nos nuits. Un premier Ep en 2020 est suivi d’un album, Hypnosomnia en 2023 avant l’arrivée de ce Chronolysis explosif. En cinq titres, les Néerlandais nous démontre leur savoir faire et leur détermination. Ca thrashe dans tous les sens et ce disque m’évoque la folie contagieuse de Crisix. Oui, Black Rabbit emporte tout sur son passage, surtout son auditeur pris au piège dans un déluge de riffs et de rythmes assassins et « cauchemardesques ». On se déboite la nuque avec bonheur. Live, ça doit démonter sévère! Fun, rentre dedans et explosif, bravo!

CHTULUMINATI: Tentacula

Pays- Bas, Stoner/Psyché (Autoproduction, 2025)

Des morceaux à rallonge, des guitares lourdes, des riffs hypnotiques, une voix au bord de la rupture quand elle ne flirte pas, rarement, avec la rage du black metal ou, plus souvent, la profondeur du folk/pagan… Pas de doute, Chtuluminati joue sur les terres d’un heavy rock psychédélique qu’on nomme aujourd’hui stoner. Sur les six titres que comporte Tentacula, son second album, quatre dépassent allègrement les 9′ – et un seul, Transformation, sorte d’intermède incantatoire, ne dure qu’1’12. Chtuluminati nous entraine dans des contrées aussi attirantes qu’inquiétantes sur fond de guitares obsessionnelles, lascives et rugueuses, de rythmes lourds et parfois décousus. Cependant, l’ensemble se tient parfaitement, interpelle et intrigue. Il y a dans cet album des influences variées, allant sans surprise de Black Sabbath à Hawkwind, en passant par le côté aérien de Pink Floyd ou celui plus sombre de Pentagram ainsi que de petites escapades en terres black. Si l’ensemble se veut volontairement oppressant, Tentacula tient parfaitement ses promesses, l’auditeur se trouvant piégé dans les tentacules de la bête. Une bête qui, sans surprise, évoque l’univers Lovecraftien, aussi horrifique (cette déconstruction sonore sur Mantra vient clore les débats) qu’attirant (Cthrl qui pose le décor, sorte de sables mouvants, dans lesquels on s’enfonce au fil des titres sans parvenir à s’en extraire). Tentacula est un album qui mélange les codes, et parvient à mêler des ambiances a priori contre nature. Mais ça fonctionne plus que bien. Pour un second album, la bande montée par le chanteur Devi Hisgen, fondateur et unique membre du projet Marquis, ancêtre de Chtumuminati – Rami Wohl (guitare), Stefan Strausz (basse) et, dernier arrivé, Seth van de Loo (batterie) – parvient à repousser les limites du genre avec des titres aussi longs qu’ambitieux.

NEPHYLIM: Circuition

Death mélodique, Pays-Bas (Autoproduction, 2025)

Après avoir publié en 2020 leur premier album, Severance of serenity, les Hollandais de Nephylim reviennent aujourd’hui, 5 ans plus tard, avec Circuition, un album conceptuel qui traite des cycles de la vie et de la fatalité. S’il se définit comme un groupe de death mélodique, il y a bien plus dans la musique de Nephylim que de la simple brutalité. Après une intro très orchestrale, le groupe nous plonge dans des univers sonores qui alternent entre pagan et folk metal, le tout agrémenté d’un chant – Tim Bosters – guttural propre au death annoncé. Circuition, au travers de ses 7 morceaux, se plait également à naviguer sur les contrées du metal symphonique ou du heavy pur jus. Les guitares de Kevin Van Geffen (également responsable du chant clair) et Ralph Lentkin, ici aériennes et à d’autres moment plus rentre-dedans, sont soutenue par une rythmique (Rens van de Ven à la basse et Martjin Paauwe à la batterie) efficace et puissante. Si musicalement comme visuellement Nephylim ne réinvente pas le genre, on sent que le groupe veut exister au travers de compositions et d’orchestrations très bien mise en place et exécutées et parfaitement produites. Un plus qu’intéressante découverte à suivre sans doute de près – si tant est qu’une suite voit le jour avant 5 ans!

ZUBZERO: Perverseverance

Pays-Bas,Thrash/Hardcore (Ep, BigBadWolf/Headbangers records, 2025)

Ils ont la rage, ces Hollandais! Formé en 1999, Zubzero propose un metal hardcore aux relents thrash qui tabasse sévère. Avec Perverseverance, son nouvel Ep, le quatuor explore l’humanité approchant de sa fin (Aftermath) et son avidité financière sans limites (Biopiracy). Le chant hargneux de Ferdinand Wanders dégueule sa rage et sa haine entrainé par les guitares aiguisées rapides, brutales et heavy de Dirk Draaisma. Rythmiquement, Herman Mulder (basse) et Lars Draaisma (batterie) parviennent à proposer des structures speedées et plus foncièrement heavy, parfois presque « doomesques ». Quatre morceaux, quatre ambiancesqui font taper du pied et remuer les cheveux. Produit par WD Glasshouwer (producteur que nous connaissons déjà puisqu’il est vocaliste de Bone Ripper), Perverserance s’écoute de bout en bout sans peine aucune. A (re)découvrir d’urgence par tout amateur de saine brutalité.

Séance de rattrapage: PANDORA’S KEY: Yet I remain

Pays-Bas, Metal symphonique (Autoproduction, 2024)

Forcément, avec un morceau introductif intitulé 1779, on a de quoi s’interroger, et aller explorer le net en quête de réponses. A quoi cette année correspond-elle donc du côté de nos amis néerlandais? Il semble qu’il s’agisse d’un traité signé avec la France révisant les limites territoriales des deux pays. Je n’en suis cependant pas certain, les bruits de canonnades et les chœurs d’église présent tout au long de cette introduction évoquant plus la guerre que la signature d’un tel document, mais la formation semble également, à la lecture des titres des chansons, versée dans l’histoire à plus, sur plus, même, d’un titre. Rapidement, on est plongé dans l’univers musical des Hollandais de Pandora’s Key qui, avec ce premier album, Yet I remain, propose une musique qui, naturellement pourrait-on penser, évoque un croisement entre Nightwish et Epica. Du metal symphonique à deux voix, celle féminine douce et bienveillante contrebalancée par une autre, masculine, plus sombre et rugueuse. De bockereyder démarre avec la narration d’un texte dans la langue natale du groupe avant d’introduire un chant anglais que Pandora’s key ne quittera plus. Tour à tour épique ou plus rentre dedans, les 10 morceaux de cet album varient les plaisirs et vont au-delà de la simple inspiration des groupes mentionnés. Parfois symphonique avec ses claviers et ses chœurs puissants, à d’autres moments plus foncièrement heavy, par instants plus soft folk, le groupe sait aussi casser les rythmes, démarrant pied au plancher pour appuyer brutalement sur le frein. La variété des compos empêche l’auditeur de se lasser et permet de remarquer quelques astuces originales, telles ce passage de relais entre The flying dutchman et, l’une des très grosses réussites de l’album, l’entrainant et metal Icarus – un enregistrement de l’autorisation de mise à feu d’une fusée, comme un lien futuriste entre modernité passé et mythologie ancienne. Avec Yet I remain, Pandora’s Key démontre que, non, le metal symphonique n’a pas encore dit son dernier mot! Une très belle découverte.

DEWOLFF live à Paris: La Maroquinerie, le 28 février 2023

Sous l’empire Romain, le 28 février était le dernier jour de l’année. Alors pour célébrer ça, je me rends à la Maroquinerie de Paris pour soutenir nos voisins néerlandais de DeWolff qui viennent de publier un nouvel album, Love, death and in between, et tournent pour le soutenir à travers l’Europe. Si le concert est annoncé sold-out, le public est accueilli dès l’ouverture des portes par une étonnante première partie. DJ Wim, un sexa/septuagénaire qu’on dirait échappé du far-west avec ses tiags en peau de serpent, son Stettson rivé sur la tête et sa barbe blanche, s’amuse avec ses vinyles à diffuser de vieux standards su rock US – ou typé US. C’est dans ces moments qu’on se dit que notre culture musicale est plus qu’incomplète… Mais le bonhomme ne fait que passer morceau après morceau sans jamais communiquer avec le public, sans jamais l’inciter, l’inviter à danser, bouger, réagir. 45′ durant, le temps que la salle se remplisse… C’est long.

Le changement de plateau se fait en à peine 20′ et lorsque les frangins Van Den Poel (Pablo à la guitare et Luka à la batterie) et leur complice Robin Piso (aux claviers) arrivent sur scène, une scène illustrée du sol au backdrop de la pochette de leur dernier album, la température monte d’un cran. Le trio est ce soir accompagné de deux choristes et d’un bassiste – qui fait le job, guère plus – et dès Nightrain embarque le public avec lui.

L’énergie et la bonne humeur sont les deux constante de ce soir, Pablo nous offrant une incalculable nombre de lancer de jambe et déchanges avec un public ultra réceptif. Témoin cet échange avec cette spectatrice au premier rang qui, après Live like you, se retrouve avec une bière à la main alors que Pablo lance « je crois qu’il est temps de se rafraichir avec une bière! Hey, je croyais que c’était ma bière, ce que tu as entre les mains! Ce soir on est là pour tout vous donner, alors je te la donne. Et je te donne tout, si tu veux! » Et ça repart aussi sec sur  Sugar moon.

L’esprit 70’s transpire de tous les port des musiciens, le trio portant des vestes brodées à la country man, les choristes toutes de rouge vêtues, mini short et bottes, se dandinant en rythme au son de ces morceaux au son vintage mais toujours d’actualité et d’une efficacité sans pareille. Et puis, surtout, le groupe nous offre des solos à faire pâlir de nombreux musiciens…

Pablo à la guitare nous offre un instant d’émotion intense, une leçon de style et de maitrise comme on aimerait plus souvent en entendre, Robin joue avec le touches de son clavier pour en tirer des sons d’un autre âge… Sans jamais s’étendre, DeWolff fait preuve d’un professionnalisme exemplaire. Et l’on se dit que le groupe mérite des salles de plus grande capacité pour pouvoir pleinement s’exprimer. Ce ne serait que justice…

Il est 22 h à peine passées lorsque le rappel a lieu. Un seul titre, Rosita, qui vient conclure un concert inhabituellement long pour cette salle (1h45, quand même) et qui fini de convaincre le public qu’il a assisté à un moment de rock comme on n’en fait (presque) plus. Nous ne sommes plus sous l’empire romain, et ce premier concert de l’année – pour Metal-Eyes – augure de beaux moments à venir. Une superbe soirée!

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DEWOLFF: Wolff Pack

Pays Bas, Hard rock (Mascot, 2021)

Là, le trio batave De Wolff fait encore mieux qu’avec son déjà remarquable Tascam tapes. Wolff Pack, au visuel si 70’s qu’on ne va pas chercher plus loin où les gaillards puisent leur inspiration, est une expérience temporelle de bout en bout. Tout y passe, de l’esprit Deep Purple (Jon Lord est réincarné sur Yes you do) à celui des Bee Gees en passant par la soul de la Mowtown, au hard rock US… bref, voici un album qui, de bout en bout, se laisse écouter, fait danser et se dandiner, donne envie de ressortir les cols concordes et les pattes d’eph… Amoureux de groove et de sons vintage, foncez!