TUNGS10: Chronicles of the living

France, Indus (Indus, 2025)

A ma connaissance, les Français de Tungs10 n’ont rien publié depuis The lost manuscript, album paru en 2019. Six années ou presque se sont donc écoulées, dont un passage au travers d’une crise sanitaire qui, elle commence à dater et ne peut donc plus être une excuse valable. On pourrait aisément imaginer que ce temps puisse avoir été mis à profit pour concocter un album puissant et efficace. La pochette, premier contact avec Chronicles of the living, donne une première bonne impression. Simple et élégante, elle donne enviie d’explorer cet album. Sans surprise, Tungs10 continue sur la voie du metal industriel avec des riffs épileptiques et saccadés. Cependant, plus personne ne sera surpris par le mélange de voix claire, douce et plus brutale de Madeleine Kowalczyk et de son compère guitariste Cédric Andreolli, tous deux soutenus par une rythmique quelque peu déjantée (Sébastien Morvan à la basse et Charles Peureux à la batterie) et les guitares déterminées de Pierre-Yves Jaouen. Seulement, voilà: la production souffre d’un manque de rondeurs et d’ampleur donnant une impression de « trop vite fait »… Dommage, vraiment.

FIND MY NAME: Syndromes

France, Metalcore (Ep, Autoproduction, 2024)

Quatre ans après un premier Ep, les Franciliens de Find My Name sont revenus fin 2024 avec Syndromes, un nouveau court qui vient confirmer leurs appétences pour le Metalcore. Tout au long des 5 titres, le groupe surfe sur les terrains chers à Linkin’ Park ou Lamb Of God. C’est brutal et direct, et l’alternance de chant hurlé et plus doux, masculin enragé et féminin plein de tendresse apporte un contraste qui interpelle. Bardés de riffs nerveux, les morceaux explorent aussi bien le neo que le death metal et lorgne même parfois du coté du thrash. Malgré la variété de cet Ep et malgré une réelle volonté de bien faire, Find My Name semble peiner à trouver le petit truc qui le démarquerait du reste de cette scène (très) encombrée. Syndromes est certes bien fichu et sait se faire entrainant sans toutefois se parvenir à se distinguer véritablement. Sans doute y a-t-il là un objectif à se fixer: trouver sa réelle identité sonore.

SILICIUM: Apocalyptic scheme

France, Groove metal (Autoproduction, 2024)

Ils le disent eux-mêmes, mais peut-on vraiment parler de « reformation » en ce qui concerne les Bordelais de Silicium? Lancé vers 2005, le groupe a publié un premier Ep en 2008, Linked to the machine, avant de disparaitre… pour revenir en 2022 avec un line up plus que remanié. Aujourd’hui Guillaume Roget (guitare), le seul membre originel de Silicium s’est adjoint les services de son frère Maxime (guitare, Droste), Arthur Nouhaud (chant, Albercave), Thomas Darracq (basse, Theorem) et Antoine Fourré (batterie, Ex-Exocrine). Sous cette forme, le groupe compose Apocalyptic scheme, un nouvel Ep de 5 titres tous aussi furrieux et enragés que groovy comme il faut. Le chant enragé propose un mix entre hardcore et death metal, soutenu par des riffs tranchants et une basse groovy qui apporte un peu de rondeurs à l’ensemble. Car au-delà des grognements d’Arthur, Silicium varie les tempi offrant ainsi une jolie palette de couleurs à l’ensemble. Loin de ne faire que bourriner, Silicium propose une musique puissante qui sait proposer des temps de repos rendant l’ensemble très efficace. A quand la suite?

NEXT DEED: The soldier – act 1

Luxembourg, (Heavy) Rock (Autoproduction, 2024

Arrivant tout droit du Luxembourg – le pays (plus connu pour ses banques que pour ses musiciens heavy), pas le jardin parisien (qui abrite le Sénat…) – Next Deed s’est formé en 2021 par la guitariste/choriste Sue Scarano et le batteur Lou Metz qui se sont adjoint les services de Kevin Roy (guitare), Romain Haas (basse) et Alain Hertges (chant). Le groupe a déjà publié un Ep en 2023, New beginnings et revient aux affaires avec The soldier – act 1, un Ep de 5 titres. « Act 1 » car il s’agit du premier de cinq volets consacrés de l’oeuvre de Georg Büchner, Woyzeck datant de 1836. Le groupe veut « explorer la maladie mentale, les relations interpersonnelles et les ressentiments à travers le regard de ses divers personnages ». Next Deed propose un rock heavy et entrainant, plus enjoué que les sujets traités, qui lorgne parfois du côté légèrement progressif du genre. Si le chant manque parfois un peu de rondeurs et de conviction, voire de justesse, la variété des styles approchés rend l’ensemble plaisant sans pour autant révolutionner le genre. Des riffs tranchants et des harmonies léchées sur fond de rythmiques efficaces donnent envie d’aller plus loin. Le format Ep donne la possibilité de proposer des nouveautés régulières, alors une question se pose: à quand l’acte 2?

UNCUT: Space cowboys

France, Stoner (Autoproduction, 2024)

Uncut s’est formé en 2016 dans la région poitevine et propose rapidement un rock qui se veut déjanté et qui cherche à mélanger le blues US au rock grungy des 90’s. Après avoir tourné avec Klone en 2019, le trio composé de chanteur et guitariste (« baritone guitar ») Alexy Sertillange, du guitariste Enzo Alfano et du batteur Pablo Fathi publie un premier album, Blue , en 2020 et revient aujourd’hui avec un Space cowboys quelque peu allumé. Sur fond de rythmes puissants et parfois oppressant, le groupe s’enfonce dans une forme de stoner rock avec des titres souvent allumés. Des riffs et rythmes inspirés par Black Sabbath côtoient des parties instrumentales plus directes et souvent étranges, des parties qui explorent de nombreuses possibilités. Agressifs et lourds, les morceaux souffrent cependant de ce que je considère comme deux faiblesses: un anglais difficilement compréhensible si on n’a pas le livret sous les yeux et trop de complexité dans les constructions. Et en voulant trop explorer et emprunter des chemins tortueux, Uncut m’a égaré… Le trio est soutenu par la Klonosphère, tant mieux, car le collectif a toujours été de bon conseil. Il faut en profiter. Je retenterai de mon côté plus tard…

OBJECTOR: Slave new world

Belgique, Thrash (Ep, Autoproduction, 2024)

Formé en 2007 du côté d’Antwerp, nos voisin belges d’Objector ont déjà un album à leur actif, Social intolerance paru en 2018. Six ans après (encore des pas pressés de proposer des nouveautés…) et sans doute après quelques modifications du line-up d’origine, les thrashers se rappellent à notre bon souvenir avec un Ep aussi court que brutal. Une fois l’intro passée (qui nous apprend, attention, exclusivité!, que Bock, guitariste et chanteur veut mâcher du bubble gum), Slave new world est une explosion de colère non contenue qui évoque tout au long des 4 titres le thrash le plus vindicatif de la Bay Area. On pense naturellement à Exodus, Death Angel ou encore Slayer – cette batterie explosive à la Dave Lombardo! – mais également à Tankard, compatriotes d’Objector aussi férus de thrash que d’humour potache (et de bière, « occasionnellement ») – on appréciera les chaussettes claquettes au verso du cd… Que du bon goût! Musicalement, cependant, rien à redire: les guitares charcutent à tous les étages autant que la voix hurle sa colère sur fond de rythmiques qui pilonne un champ de bataille. C’est direct, franc du collier, dans ta face et ça décrasse quelque peu les oreilles. Une bonne claque pour se réveiller en douceur…

KAEDERIC: It comes from the inside

France, Metal (Ep, Autoproduction, 2024)

En 4 titres, Kaederic invite l’auditeur dans un voyage sonore et quelque peu introspectif. Le premier Ep du groupe, comme l’évoque son titre – It comes from the inside – autant que sa pochette torturée, propose une sorte de concept traitant de la souffrance mentale et des combats d’un homme pour s’en sortir. Pour cela, Kaederic utilise diverses sonorités allant de la douceur d’un Nemesis qui débute sur des sonorités folk celtiques avant de s’enfoncer dans la noirceur brutale d’un cri intérieur de souffrance personnelle qu’on n’ose avouer en public. Au travers de ses 4 courts morceaux, Kaederic nous invite à voyager au travers de l’inquiétude (The dark side of my mind), de l’apaisement et du délire (Sisyphean dance) et de la brutalité d’un combat salvateur (Spit my fire, à la fois brutal et tribal, électro et hypnotique comme une transe). Jamais répétitif, Kaederic nous offre une carte de visite aussi intrigante qu’attirante. De celles qui donnent envie d’en connaitre plus… Une suite est-elle à venir?

KLOGR: Fractured realities

Italie, Metal (Autoproduction, 2024)

Quatrième album pour les Italiens de Klogr… Après Keystone paru il y a déjà une éternité – en 2017, un autre univers… – Fractured realities semble vouloir remettrele quatuor sur le devant de l’actualité. Au delà d’une pochette qui évoque à la fois Led Zeppelin avec ses quatre symboles et la SF catastrophiste avec cette planète au bord de l’explosion, le groupe nous propose un contenu musical qui alterne entre metal progressif et grunge, le tout savament produit. Rusty, guitariste, chanteur et producteur, est toujours aux commandes et a concocté un son digne de séduire les plus exigeantes stations radio d’outre-Atlantique. Klogr propose une variété de styles et d’ambiances qui, dans un écrin lustré, invitent à se plonger dans l’univers sonore du groupe. Et quand Rusty propose de commencer par Whale fall, le dernier titre pour imaginer ce que Klogr est capable de proposer, il a entièrement raison tant ce morceau diffère du reste de l’album sans pour autant dénoter. Il y a de la puissance et de la séduction tout au long de Fractured realities, et quand bien même cet album ratisse le public le plus large possible, il s’adresse aussi bien aux amateurs de jolies mélodies, de puissance sonores qu’à l’auditeur amateur de nouvelles sensations.

RED GORDON: Nothing less than everything

France, Metalcore (Autoproduction, 2024)

Un titre qui sonne comme celui d’un album de Motörhead, ça donne envie d’en savoir plus, non? Après une intro sous forme de message d’erreur (404.exe), Red Gordon entre dans le vif du sujet avec un Useless screamé et puissant. Ceux qui comme moi préfèrent le chant au hurlement s’interrogeront quant à la suite mais voilà… Tout au long de Nothing less than everything, les Français de Red Gordon sèment des petites graines en explorant divers horizons. Entre un Inner repeat au riff répétitif aussi obsessionnel qu’efficace et un Suffer claim tout aussi heavy que malsain, le groupe nous montre diverses facettes de ses inspirations musicales. Volontairement ou non, Quizzical mind évoque parfois, en effet, un Motörhead quelque peu (euphémisme?) énervé et nous prend à contre-pied avec Like a virus qui démarre tranquillement avant de monter en rage et en puissance. Le chant sait aussi varier les plaisirs, alternant entre calme et tempête, chant clair et hurlé. Si l’ensemble reste ancré dans cet esprit metalcore moderne, Red Gordon sait aussi explorer d’autres sonorités apportant curiosité et intérêt à son album. A suivre…

STUBBORN TREES: The stronger the wind…

France, Stoner rock (Autoproduction, 2024)

On ne va pas vous faire l’insulte de vous expliquer que le nom du groupe vient directement de cette catégorie d’arbres quelque peu rebelles qui poussent peu importe où en repoussant ou contournant les obstacles qui se dressent sur leur chemin… Non, ça, on ne le fera pas parce que ce qui nous (hein? pardon? Comment ça: « tu l’as fait quand même »?)… Reprenons. Ce qui nous intéresse, écrivais-je donc avant cette interruption, c’est The stronger the wind… un premier album signé des Français de Stubborn Trees, déjà auteurs de deux Ep (Stubborn trees en 2020, Roots en 2021). Toujours ancré dans les inspirations liées à mère nature, Stuborn Trees nous propose une exploration de ses diverses sources d’influences au travers de 11 titres qui oscillent entre gros hard rock avec des riffs dignes d’un jeune Black Sabbath et folk énervé. Dès Waiting for…, le groupe expose une palette de couleurs musicales avec une jolie variété tout au long de l’album. Quelques grognement viennent ici illustrer la colère de Mère Nature, quelques claviers apportent ailleurs une douceur enrobée de bienveillance. Sans rien réinventer, l’alliance des styles, du heavy rock vintage au grunge, en passant par une touche de folk et un peu d’extrême, donne à ce disque une jolie dimension. Totalement DIY – même la pochette dont on imagine qu’elle représente le maillage anarchique et totalement contrôlé de racines est dessinée par Laurie Prévot (Chant et basse) et Yann Eléouet (chant et guitare) – tous deux accompagnés par le guitariste Julien Le Page et le batteur Camille Barsamian – ce premier album est une carte de visite assez prometteuse.