LOFOFORA: Simple appareil

Rock, France (At(h)ome, 2018)

Simple appareil… Un titre qui évoque une mise à nu, et cette promesse venant de Lofofora, ça sonne plutôt bien. Une voix, une guitare, une rythmique simple… Lofofora a choisi de se livrer corps et âmes au travers de 11 morceaux dépouillés de tout artifice. Comme le dit Reuno dès l’introductif Les boites, le groupe a enlevé les doigts de la prise. Ce dépouillement n’ôte en rien la puissance des paroles et des rythmiques concoctées par le groupe qui prouve, une fois de plus, que peu importe l’interprétation, si une chanson est bonne, elle reste bonne! Reuno, dans ce fatras dépouillé de décibels explosifs, se met ici plus qu’à nu, il se met en danger, et c’est appréciables. Alors, bien sûr, ce simple appareil ne saurait être l’objet d’une tournée à lui seul, mais proposera à n’en pas douter des moments de répit au cœur de la fureur des shows de Lofo. Un interlude posé que propose un groupe qui n’a jamais renié son parcours. Un pari relevé même si certains fans seront déstabilisés par ces 11 morceaux envoûtants, au final.

Interview: MELTED SPACE

Interview MELTED SPACE. Entretien avec Pierre le Pape (chant, claviers…). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 9 mars 2018

Metal-Eyes : Darkening light est le quatrième album de ton projet Melted Space. Comment analyses-tu l’évolution de ce projet – je vois plus Melted Space comme un projet que comme un « groupe » ?

Pierre : C’est une bonne question parce que je n’ai pas encore eu le temps de prendre du recul… Ce que j’en retiens, c’est qu’il y a eu un changement à un certain moment. C’est-à-dire qu’au départ, le projet n’était pas censé être autre chose qu’un projet studio. On a commencé à faire de la scène, et à partir du moment où on a commencé à adapter les choses pour la scène, pour un public, pas mal de choses ont changé dans ma perception du projet, dans ma façon d’écrire, dans ma façon de penser, même aux prémices d’un album. En fait, quand j’ai commencé à penser à Darkening light, j’avais déjà la scène en tête. Ce qui n’était pas le cas avant. D’ailleurs, aujourd’hui, on ne joue quasiment plus aucun morceau du premier album parce que les titres sont beaucoup moins adaptés ; tout s’enchaîne et ça ferait des coupes beaucoup trop franches, sans transition, alors que ça n’aurait de sens que si on jouait tout d’un bloc. Darkening light est composé de chansons bien séparées, et là on a une évolution qui vise vraiment la scène.

Metal-Eyes : Donc la grosse différence c’est que cet album, tu l’as envisagé en pensant à la scène, ce qui n’était pas le cas avant. Il y a une autre grosse différence, c’est que pour la première fois, tu chantes.

Pierre : Oui ! (il rit)

Metal-Eyes : Tu as rôle bien définit, aussi, celui de l’Espace. Comment en es-tu arrivé à cela ?

Pierre : Au départ, je n’étais pas pour (rires) ! Je n’ai jamais voulu chanter en lead parce que je ne suis pas chanteur, ce qui est en soi une bonne raison. J’ai été chanteur dans mon premier groupe au lycée, mais je braillais plus qu’autre chose… C’était un groupe de rock punk metal, un peu fourre tout. Mais après, je n’ai pas perduré dans cette voie-là, je n’ai jamais travaillé dans ce sens là. En fait, c’est venu petit à petit parce que je chante sur les démos puisque c’est moi qui les enregistre. Du coup, que ce soit Liv Kristine, Michael Stahne ou autres me demandent régulièrement pourquoi je ne chante pas sur les albums. Je leur réponds que je laisse ça à d’autres, qui savent faire mieux que moi. Et je trouvais ça, je trouve toujours ça relativement prétentieux pour un non chanteur de dire « ben tiens : aujourd’hui je vais aller chanter avec tous ces chanteurs extraordinaires et ça va être bien, et tout le monde va être content » (il rit) !

Metal-Eyes : D’ailleurs, dans l’interview de Rock Hard 184, tu dis avoir envisagé la possibilité de ne pas utiliser ton chant si ça ne convenait pas…

Pierre : Oui, c’est ça…

Metal-Eyes : …Et tu rajoutes même : « je ne veux pas être mégalo au point d’imposer ce genre de choix ». Ma question est la suivante : à quel point es-tu mégalo ?

Pierre : Alors ça, c’est une très bonne question ! (Il explose de rire) Dans les sujets que je traite dans mes albums, qui parlent de dieux, de mythologies, de grandes choses, après c’est de la mégalomanie avec, j’espère, beaucoup de recul, dans le sens où, avec Melted Space, je n’ai pas d’autre ambition que de proposer à l’auditeur un voyage le temps d’un album, d’une chanson, peut-être même d’un court instant. J’ai un regard un peu pessimiste sur le monde dans lequel on vit, qui ça ne me fait pas rêver. Du coup, je vais me réfugier dans des choses qui, moi, me font rêver, qui sont des références, des influences qui viennent de l’enfance. Des trucs qui m’ont marqué comme Les chevaliers du zodiaque, les jeux vidéo, Les mystérieuses cités d’or… Il y a quand même un fil rouge dans tout ça : ce sont des choses grandioses, extraordinaires.

Metal-Eyes : Un monde d’utopie mélangée à de la naïveté ?

Pierre : Complètement ! Du coup, quand je fais un album, quand je crée une chanson, j’essaye, via le côté assez cinématographique de ma musique, de prendre l’auditeur par la main et lui dire « viens, on va se promener et oublier un peu tout ça. »

Metal-Eyes : Une des particularités de Melted Space c’est le nombre extraordinaire de participants. Il y a des habitués, mais d’autres moins. Comment sélectionnes-tu ces intervenants ? Les rôles ne sont pas les mêmes d’un album à l’autre. Penses-tu en particulier à quelqu’un pour interpréter tel rôle ?

Pierre : Quand j’écris l’histoire, je définis mes personnages. Là, j’ai fait un gros travail de bibliothèque pour lire des choses sur la cosmologie, sur la mythologie autre que gréco-romaine qu’on connait par cœur et qu’on a entendu 600 fois. D’ailleurs, dans Between et From the past, je suis allé chercher beaucoup d’informations scientifiques et littéraires, j’ai lu beaucoup de Stephen Hawkin qui est un très bon vulgarisateur de science. Du coup, quand je crée ces personnages, je fais une fiche par personnage en me demandant comment je le vois, quel caractère j’aimerais lui donner, ce que je voudrais lui faire exprimer, comment il pourrait réagir, quelles sont ses envies, ses attentes… De là, l’orientation vocale se définit. Ensuite, il y a ce que moi j’ai envie de faire aussi. L’exemple plus marquant dans cet album là c’est le personnage de la mort, donc le concept de fin. L’homme en a fait quelque chose de négatif, mais en réalité, il y a un début et une fin, donc ça crée un cycle. Je ne voulais pas rentrer dans le cliché de prendre un chanteur de death ou de black metal, donc tout le monde comprend qu’il est méchant. Je voulais quelque chose de plus aérien…

Metal-Eyes : D’autant plus qu’il y a des croyances qui disent que ce n’est qu’un début, que la mort n’est qu’une étape.

Pierre : C’est ça, d’où, aussi, le choix du titre de la chanson From the begining to the end, parce qu’il y a ce côté cyclique, et ce n’est pas forcément mauvais. Le choix des voix, des personnages se fait en fonction de l’histoire mais aussi de comment j’ai envie d’utiliser le personnage.

Metal-Eyes : Tu viens d’expliquer préparer tes histoires avec des recherches, la rédaction de fiches… Tes univers sont très riches, alors as-tu déjà envisagé de les retranscrire sous forme de roman ? Une grande saga d’héroic fantasy.

Pierre : Alors, de façon générale, je dirais que l’idée de passer par un autre média que la musique m’a déjà traversé l’esprit. En tout cas, ne pas se limiter à juste un disque ou un concert. Ça m’est déjà arrivé d’y penser et ça m’arrive encore. J’ai rencontré il n’y a pas longtemps une metteuse en scène pour envisager, pourquoi pas, des choses ensemble, sous une autre forme. Mais ce sont des projets qui, s’ils peuvent se montrer très enrichissants, passionnants et motivants, demandent beaucoup de travail en amont, beaucoup de temps. L’album a été assez difficile à faire, dans la mesure où l’année dernière n’a pas été terrible d’un point de vue perso et j’ai dû porter deux choses à bout de bras ce qui m’a un peu épuisé… Maintenant, j’aspire à des vacances et un peu de repos, mais ce n’est pas inenvisageable. Avant de me lancer dans un projet qui va me demander deux ou trois ans de travail en amont, à plein temps, j’ai envie de prendre le temps d’y réfléchir. Et s’y j’y vais, j’y vais à fond en ayant pesé le pour et le contre…

Metal-Eyes : Autre chose : Darkening light pourrait-il marquer la fin d’un cycle ? Je parle là d’un cycle visuel (j’aligne devant Pierre les pochettes des 4 albums), il y a des extrémités, avec From the Past et Darkening light bleu nuit, et au milieu une terre qui se détruit, poussiéreuse…

Pierre : Et ben tu sais quoi ? C’est la première fois que je vois les 4 en même temps…

Metal-Eyes : On a un effet de miroir, là…

Pierre : Complètement, oui. Je n’y ai jamais pensé… Je me suis fait la réflexion en passant, chez moi, devant From the past, qu’on était revenu à une même teinte, alors que je n’ai jamais voulu faire un album par couleur…

Metal-Eyes : Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a aussi ces teintes… maronnasse, poussiéreuses sur Between et The great lie, entourées de ces couleurs plus nocturnes.

Pierre : C’est vrai, et tu viens d’utiliser le mot poussiéreux. C’est le mot que j’avais utilisé pour décrire ce que je voulais au graphiste, alors que là, sur les deux autres, j’ai plus orienté les choses sur les grands espaces, le spatial… Pas quelque chose de cassé… Dans l’idée, je suis effectivement revenu vers quelque chose de moins poussiéreux. C’est marrant, là, de voir les 4… Ca me… ça me fait un petit truc. Comme je te disais, ce dernier je l’ai fait dans des conditions pas faciles, je l’ai reçu et mis dans un coin. J’aimerai, maintenant, prendre le temps de les écouter… dans cet ordre là, avec le début, cette espèce de demi-cadence et une fin qui reste ouverte. (NdMP : l’ordre c’est Darkening light, From the past, Between et The great lie). C’est aussi pour ça que j’ai fait cet album : quand j’ai réfléchi à quelle histoire je voulais raconter, j’ai trouvé ça plus intéressant… Jusque là, il manquait un véritable début, donc j’ai voulu expliquer le pourquoi des trois autres. Il me semblait qu’il y avait des fondations qui n’étaient pas posées, et, effectivement, tu parlais de la fin d’un cycle, je peux considérer que c’est le cas, dans le sens où on a maintenant quelque chose de posé, les dernières notes de Darkening light sont les premières de From the past, il y a aussi certaines références dans certains textes, certaines lignes de chant aux autres albums. Donc là, je sais que je peux me dire qu’il y a un gros pavé qui se tient, qu’il y a un univers étendu. J’aime énormément les univers immersifs type Marvel, Star wars ou autres. Maintenant, sur quoi ça va déboucher ? Je n’en sais rien mais aurais-je à un moment envie de raconter la suite de The great lie, est-ce que j’aurais envie de raconter autre chose, est-ce que ça finira ? Pour l’instant, je n’en sais rien. Mais là, effectivement, je pense qu’il y a quelque chose qui se tient, et dont je suis assez fier…

Metal-Eyes : Tu peux l’être, je pense. Darkening light est un tout, cependant, si tu devais ne retenir qu’un morceau de l’album pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Melted Space, ce serait le quel ?

Pierre : Hmmm… Pour répondre à ta question, je suis obligé de différencier deux choses : dans l’album, j’ai effectivement une petite chouchoute (rires) qui est Trust in me parce que c’est un combat vocal de lions, parce que Jeff Scott Soto a fait des merveilles, Michael Stahne, depuis The great lie, on est comme des frères. On s’ets revus sur des tournées, des festivals…

Metal-Eyes : C’est ta chouchoute, ce qui sous entend qu’il y en aurait une qui serait plus représentative ?

Pierre : Oui, effectivement. Je pense que dans l’évolution de l’histoire, l’orchestre est beaucoup moins utilisé que sur les autres et petit à petit, on arrive au moment où le Melted space s’est créé et on retrouve ce Melted space qui s’est créé dans les autres albums. Donc, pour donner à quelqu’un qui ne connait pas une bonne idée de ce que c’est, je pense que je prendrais la dernière, Fallen world.

Metal-Eyes : Quel est ton rêve pour Melted Space ?

Pierre : Euh… Quel est mon rêve ? J’en ai plusieurs. L’utilisation d’autres médias pourrait en faire partie, déboucher sur une vraie mise en scène avec orchestre et tout ces chanteurs qui viendraient interpréter leur rôle… Je pourrais rêver d’avoir la belle carrière que peut avoir Arjen Lucassen….

Metal-Eyes : C’est marrant, je pensais à lui ! Il vient de sortir un live avec son projet….

Pierre : Oui, j’y étais, d’ailleurs. Ce sont des moments rares et c’était… Un rêve : réussir à faire à ce point là ce qu’il a fait. C’était vraiment extraordinaire… Et là, j’ai eu envie de dire « quand je serrais grand, je veux faire ça ! »

Metal-Eyes : Ce qui est bien, c’est ton âme d’enfant qui ressort.

Pierre : Je pense que c’est une ambition saine que de vouloir pousser son concept à ce point là, avec une équipe qui le suit. Après, il a quelques années de carrière de plus. Mais ce genre de projet pourrait voir le jour, mais ça demanderait, comme lui, deux ou trois ans de travail. Certains chanteurs m’ont clairement fait comprendre que un concert comme ça, ils étaient partant.

 

NO ONE IS INNOCENT: Frankenstein

Hardcore, France (Verycords, 2018) -sortie le 30 mars 2018

Après un très remarqué Barricades live célébrant, entre autre, son précédent album studio, Propaganda qui vit le jour avec les attaques contre Charlie hebdo en janvier 2015, et sorti juste avant les attaques du sanglant 13 novembre de cette même année, No One Is Innocent revient avec un album tout aussi puissant, enragé et engagé. C’est simple, A la gloire du marché fonce dans le tas et déglingue avec une ironie mordante le monde actuel qui ne jure que par le fric. Fric sur lequel tout le monde crache mais dont tout un chacun rêve d’en accumuler plus que de raison… Ali King of the ring rend hommage avec un groove trépidant au mythique boxeur Muhamed Ali. Kemar est en voix, et le groupe plus rock que jamais. Elle est loin l’époque électro, et l’apport de Poppy, guitariste venu seconder Shanka, y est sans doute pour quelque chose. Le morceau éponyme (ou comment le créateur s’est amusé à jouer aux apprentis-sorcier en créant notre « humanité ») démontre la complémentarité des deux fretteus, qui varient les plaisirs et les tempi. Les revenants, inquiétant et oppressant au début, monte en puissance pour terminer en furie tandis que Teenage demo ou What the fuck, qui démonte les USA d’aujourd’hui, rentrent dans le tas sans pitié. Frankenstein montre un No One en pleine forme, la rage et l’envie d’en découdre intactes. Un album marquant qui se termine avec la reprise d’un certain Paranoid, de circonstance ici….

 

CRUSKIN: Time to rise

Rock/Pop, France (Autoproduction, 2018)

Etrange, ce Cruskin. Formé en 2009 par la chanteuse / guitariste / pianiste Sabrina, le bassiste Mike et Samuel, le batteur, le trio se distingue en explorant divers horizons, à la fois rock et électro. Les forts accents pop de ce Time to rise, troisième album du combo évoquent la new wave et, naturellement, l’univers des musiques électro. A priori, ça colle pas dans ce webzine… Mais voilà, la corne de brume du morceau titre qui ouvre ce disque est suffisamment lourde pour m’intriguer. En plus, c’est bien produit, bien foutu dans l’ensemble, chanté dans un anglais enfin compréhensible et surtout, le rock n’est jamais très loin… Ok, I found you est trop « boite de nuit » pour que j’accroche, tout comme Burning away. Cependant, ce dernier visite des sonorités plus rock et énervées, variant les rythmes, rendant l’ensemble intéressant. Je m’arrête en revanche sur ce No regrets aux furieuses guitares, presque punk, ou The runner qui m’évoque le Blondie des 80’s. En revanche, les boites à rythme de Let me see your love me font fuir, tandis que Frozen puise dans le pop rock chantant et entraînant. Bref, Cruskin se fait plaisir en jouant ce qui lui plait, et, au passage, ratisse large. Pas révolutionnaire, mais digne d’intérêt car ce disque s’adresse, sinon aux amateurs de metal, autant aux amateurs de musiques électroniques que de rock.

Interview : DUSK OF DELUSION

Interview DUSK OF DELUSION. Entretien avec Matthieu Morand (guitare). Propos recueillis au Black Dog de Paris le 9 mars 2018

 

Metal-Eyes : Dusk of Delusion a été formé en 2016 par des musiciens issus de différents univers du metal. Comment en êtes-vous venus à former ce groupe ?

Matthieu Morand : Julien, le bassiste, et moi on se connait depuis une trentaine d’années puisqu’on était au collège ensemble. On a formé notre premier groupe au lycée en 1993, un groupe qui s’appelle Elvaron et qui est toujours en activité après 25 ans – on a sorti 5 albums déjà…

Metal-Eyes : Et qui est plutôt metal progressif, d’ailleurs.

Matthieu Morand : Carrément, c’est très très technique, complexe à réaliser sur scène. C’est technique, et en plus, j’assure également le chant. Ça fait depuis 2008 que je ne fais plus de scène avec Elvaron parce que c’est une musique qui est trop complexe à restituer. Avec Julien, on avait envie de revenir à quelque chose de plus immédiat, à une musique qui peut rapidement aller sur scène, et qui ne nous demande pas une concentration au détriment de l’énergie pure. Attention, je ne dis pas « qui ne nous mette pas en danger », au contraire.

Metal-Eyes : Donc vous préférez mettre en avant cette énergie plutôt que de devoir rester concentrés et figés sur scène…

Matthieu Morand : Exactement.

Metal-Eyes : Elvaron, c’est une chose, mais il y a également des membres de Louka dans ce nouveau groupe…

Matthieu Morand : Effectivement, Julien et moi étions membres de Louka, dans un autre registre, rock, et assez axé sur la scène. La distance géographique – on était un peu éclatés en France, le chanteur habite à Brest… –  c’était un peu complexe de se retrouver pour faire des concerts. Ça a fonctionné un temps, un temps qui nous a permis de faire trois albums. Mais ça a vécu, et avec Julien, on avait vraiment cette volonté de faire quelque chose qui soit un peu dans la continuité de Louka mais en plus immédiat.

Metal-Eyes : Quelle est la signification du nom du groupe ?

Matthieu Morand : Dusk Of Delusion, ça veut dire « le crépuscule des illusions ».  Pourquoi ce nom ? On trouvait que ça avait une belle consonance, et on cherchait aussi un nom qui soit unique, qui ne soit pas utilisé par d’autres groupes, nulle part ailleurs sur la planète. Et il n’y a personne d’autre avec ce nom !

Metal-Eyes : Ce qui signifie que vous avez des ambitions internationales, vous voulez aller partout…

Matthieu Morand (il sourit): Oui, oui… L’album va sortir en France et en Europe en version physique, et on a une distribution internationale en digital. Après, toute prétention gardée, si opn peut s’exporter, ce sera bien. Mais déjà, notre ambition, c’est de se faire connaitre en France.

Metal-Eyes : Cet album, Funfair, ou Unfair puisque le F est tombé et est éteint, vous l’avez travaillé comment, vous les vieux routards ?

Matthieu Morand : Ce qu’on voulait, c’est faire une musique assez immédiate. Julien et moi avons composé des chansons pour pouvoir les tester en répétition, pour pouvoir, aussi, recruter les autres musiciens. C’est plus facile de proposer à des gens de rejoindre un groupe quand des choses sont déjà écrites, ça permet de leur faire voir la direction musicale qu’on veut suivre. On savait qu’on allait certainement travailler avec Romuald, notre batteur, puisque ça fait déjà plusieurs années qu’on était en contact avec lui. Au début on s’est demandé si on faisait ça en trio, mais je n’avais pas envie de chanter, Julien non plus, donc on a recruté un chanteur et Benoit est vraiment parfait pour le style. Lui et Romuald avait déjà enregistré pour le groupe Redline, ils étaient sans engagement musical, libre. On a commencé comme ça, à 4 pendant quelques semaines et, pour aborder  la scène, on s’est dit qu’il nous fallait un second guitariste. Et moi, pour la scène, j’avais envie d’aller vers une écriture à deux guitares, un peu à la Maiden.

Metal-Eyes : J’ai écouté l’album une première fois, et ce qui m’est venu à l’esprit c’est que ce disuqe est très visuel. Quelle est votre intention musicale ?

Matthieu Morand : Au-delà de la scène ?

Metal-Eyes : Parlons-en, alors, de la scène… Vous avez pas mal d’expérience, et un groupe de rock, ça se défend sur scène. A quoi faut-il s’attendre live et quels sont vos projets de tournée ?

Matthieu Morand : Alors, sur scène, on reste sur quelque chose d’assez brut, on mise avant tout sur l’énergie et la communication avec le public. C’est un show très communicatif, qui permet de capter le public. On tente, même si ce n’est pas toujours facile, de le faire bouger, participer, chanter… Ça fonctionne assez bien, c’est vraiment ce qu’on voulait faire. On sera en tournée fin avril – elle démarre le 21 avril à Nancy, on va jouer, ensuite, à Paris, au Klub, à Lille, Strasbourg, en Belgique…. Après on aura quelques festivals, et on a quelques projet pour l’automne, une captation vidéo pour un live. On est dans cette dynamique de concerts.

Metal-Eyes : Tu parles de show ; faut-il s’attendre à un spectacle particulier ? Sans tout dévoiler, bien sûr. Tu parles beaucoup d’énergie, mais vos concerts sont-ils aussi visuels ?

Matthieu Morand : Non, pour le moment, on n’a pas de décors… Il y a, c’est vrai, un concept autour des fêtes foraines, mais on veut que ce concept soit temporel : il est sur cet album, mais on ne veut pas s’enfermer dans une imagerie 1900 comme pourrait avoir Avatar ou des groupes comme ça. On ne veut pas s’enfermer dans un trip, on veut vraiment privilégier quelque chose de simple et de brut, même si on a une cohérence visuelle dans nos vêtements, nos costumes de scène. Mais il  n’y aura pas de décors, en tout cas, pas sur cette tournée.

Metal-Eyes : C’est intéressant que tu parles d’Avatar… A quel point ce groupe est-il une influence ?

Matthieu Morand : Ce n’est pas du tout une influence, même si ces derniers temps, quand on est en interview, c’est un groupe qui revient souvent. Et pourtant, à aucun moment on n’a voulu se rapprocher de cet univers-là. En tous cas, pas consciemment. C’est d’ailleurs un groupe que je connais mal, très peu…

Metal-Eyes : Pourtant, c’est le seul nom de groupe que tu aies cité…

Matthieu Morand : Oui, parce que je suis de près tout ce qui se fait, je suis actif, je lis beaucoup, je suis toujours abonné à des magazines. Mais écouter un titre ou voir un clip, ça ne suffit pas pour en faire une influence.

Metal-Eyes : Tu parles justement d’un titre… Si tu devais ne retenir qu’un titre d’Unfair pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Dusk of Delusion, ce serait lequel ?

Matthieu Morand : Euh… Celui qu’on a sorti en clip, White worlds, concentre pas mal l’univers et ce qu’est Dusk Of Delusion. Il y a des riffs très percutants, il est très groovy, avec des rythmes basse batterie… Il y a une partie centrale un peu… Pas atmosphérique, mais qui permet de redescendre pour repartir après, il y a un refrain catchy… Ce titre là résume assez bien notre univers.

Metal-Eyes : Et comment décrirais-tu votre musique pour quelqu’un qui vous découvres ? En gros, quels arguments utiliser pour me vendre ton album ?

Matthieu Morand : Alors… Je suis très mauvais commercial, j’ai travaillé 11 ans dans ces aspects… Je suis un passionné de musique, ce n’est pas notre métier… Tout est une question de point de vue mais on a la chance de pouvoir en faire. On travaille, on peut investir de l’argent sur notre passion sans que ça mette en péril notre vie quotidienne, donc pour nous, c’est super. On est libres de nos choix artistiques…

Metal-Eyes : D’accord, mais tout ça ne me convainc pas d’aller l’acheter !

Matthieu Morand : Oui, mais je sais pas quoi te dire moi (rires) !

Metal-Eyes : Qu’est-ce que je vais trouver dans ce disque ?

Matthieu Morand : Je pense que tu vas trouver des influences qu’il n’y a pas ailleurs. On vient tous d’univers différents : je viens du prog, Julien est un gros fan de Korn, peut-on imaginer quelque chose entre Korn et Dream Theater ? On a un concept autour des fêtes foraines, et dans le neo metal, ça n’existe pas, un album conceptuel. Et là, on est en plein dedans, alors, est-ce que ça peut convaincre les gens de jeter une oreille ? On ne révolutionne pas la roue, peut être y a-t-il quelque chose de plus moderne, de plus frais ?

Metal-Eyes : Si tu devais imaginer une devise pour Dusk Of Delusion, ce serait quoi ?

Matthieu Morand : La livre sterling ! (rires)

Metal-Eyes : Alors là, celle-là, on ne me l’a pas encore faite !

Matthieu Morand : Non, pas une monnaie… Une phrase choc ? Waow….C’est dur comme question… L’énergie ? C’est ce qui nous définit…

Metal-Eyes : Oui, mais ce n’est qu’un mot…

Matthieu Morand : « L’énergie au service de la musique » alors ?

Metal-Eyes : Que rêvez-vous de faire avec ce groupe ?

Matthieu Morand : Nos rêves ? De pouvoir commencer à toucher de plus grosses scènes, voire de plus gros festivals, et pouvoir continuer sur cette lancée.

Metal-Eyes : Tu as passé une bonne partie de la journée en promo. Jusqu’à présent, quelle a été ta question préférée, celle qui t’a le plus surpris, étonné ?

Matthieu Morand : On a eu une question, tout à l’heure de quelqu’un qui est vraiment allé au fond des textes et qui nous a posé une question très précise sur le thème abordé dans Strings on your arms, et qui reprend le thème du marionnettiste et fait une analogie avec l’endoctrinement. Benoit a écrit ce texte au moment des attentats de Paris.. Et ce gars a fait un parallèle avec les croisades qui se sont déroulées il y a 800 ans. Et finalement, les problématiques sont les mêmes : ce ne sont pas les mêmes religions, mais il s’agit d’obliger les gens à adhérer à une vision qui n’est pas la leur, jusque sur leurs terres. Quand les croisés arrivent à Jérusalem et passent au fil de l’épée 10.000 musulmans… Aujourd’hui, ce n’est pas la même religion, mais c’est finalement la même chose. C’était intéressant d’avoir ce point de vue.

 

Interview: DISCONNECTED

Interview DISCONNECTED. Entretien avec Ivan (chant). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 9 mars 2018

 

Metal-Eyes : Commençons par une question traditionnelle. Ou moins traditionnelle puisque je vais en changer : devine quelle est la première question que je vais te poser…

Ivan : Euh… « Comment es-tu rentré dans le groupe ? » ou « d’où vient le nom du groupe ? », j’hésite entre les deux…

Metal – Eyes : Ou, plus simplement : raconte-moi l’histoire du groupe…

Ivan : Ah, d’accord ! L’histoire du groupe démarre bien avant moi puisque je suis arrivé dans l’aventure fin 2016. Elle débute en 2012 avec Adrian qui monte ce projet, qui écrit des titres et qui veut monter son groupe avec des idées assez hétéroclites, musicalement parlant. Pendant des années, il galère à trouver des gens qui ont la possibilité de s’investir, et qui ont la compétence pour s’investir à un certain niveau. Compétence musicale et artistique de jouer ce que lui compose. Pendant un an, un an et demi, il galère pour trouver un « bon » chanteur, en tout cas un chanteur qui correspond à ce que lui attend, si bien qu’il s’est demandé s’il allait voir à l’étranger. C’est là qu’intervient notre lucky charm, François-Maxime Boutot, qui est le réalisateur et mixeur de l’album et qui me connaissait par d’autres biais. Il lui a conseillé de le contacter. A ce moment-là, j’étais en fin de course avec mon groupe précédent, Heavy Duty, qui sortait un troisième album, Endgame, en octobre 2016. Adrian me contacte donc à ce moment, et comme on avait du mal à tourner, que l’album ne prenait pas trop, qu’on était un peu en fin de vie, et comme je n’aime pas trop m’éparpiller, je me suis dit que j’allais écouter ce qu’il me propose. Et ça m’a séduit tout de suite.

Metal-Eyes : Donc la fin d’un groupe pour démarrer avec un nouveau.

Ivan : Ben, pas vraiment la fin, parce que Heavy Duty existe toujours. Mais malheureusement on a fait le tour de la question : en 6 ans d’existence et 3 albums sortis avec eux, on n’a pas réussi à faire monter le truc de manière à pouvoir investir dans un nouvel album, tourner… On n’a malheureusement pas rencontré notre public. Forcément, l’activité devient moindre et on a plus de temps pour faire d’autres choses. Et comme j’ai l’habitude de m’investir à 100% dans ce que je fais, j’ai senti que je pouvais le faire pour Disconnected, avec qui je me suis donc engagé à 100%.

Metal-Eyes : Ce premier album est donc le début d’une aventure qui a mis du temps à se créer.

Ivan : Tout à fait, oui. Maintenant, c’est le vrai début de vie du groupe puisque, encore, on n’a eu le line-up du groupe « définitif » que récemment puisqu’un des guitaristes est parti et a été remplacé par un autre. Certains n’ont pas enregistré sur l’album. Il n’y a que Aurélien, Adrian et moi. Maintenant on est au complet avec une belle, belle équipe.

Metal-Eyes : Justement, ce qui me surprend en prenant le livret c’est qu’il y a une photo avec 5 personnes et seuls 3 noms sont cités…

Ivan : C’est ce que je te disais. En fait, il y en a un qui a changé. Romain ne fait plus partie du groupe, et on lui souhaite tout le meilleur, d’ailleurs. Il y a un nouveau guitariste, Florian Merendol, qui vient de rejoindre le groupe et Romain, le bassiste est arrivé peu de temps avant l’enregistrement parce qu’on a été plantés par l’ancien bassiste peu de temps avant d’enregistrer. Du coup, Adrian a dû acheter une basse et enregistrer les parties de basse, parce que, sinon, ça allait tout reculer pour la sortie de l’album, et on ne pouvait pas se le permettre.

Metal-Eyes : Et la photo avec les 5, c’est d’actualité ?

Ivan : C’est d’actualité moins un.

Metal-Eyes : Parlons un peu de l’album maintenant. Il débute avec Living incomplete qui est très heavy, avec un chant très rugueux, extrême, même, et le disque se diversifie ensuite avec des tonalités complètement différentes. Qu’avez-vous voulu mettre dans ce disque ?

Ivan : Adrian c’est quelqu’un de totalement libre artistiquement parlant. Il a pas mal d’influences, mais c’est un mec qui écoute aussi bien Architects en boucle que, par exemple, Alter Bridge dont il est ultra fan. C’est même son groupe de référence. Du coup, il ne s’est rien interdit, il a fait ce qu’il voulait, et moi, j’ai eu carte blanche au niveau de ce que je voulais apporter en terme de voix. J’y suis allé franco, je me suis fgait plaisir dans tout ce que je sais faire…

Metal-Eyes : Ca va de l’extrême à la pop, il y a des choses qui évoquent Muse, par exemple.

Ivan : Carrément ! Clairement, notre univers il est là-dedans. Un peu dans un mélange entre Gojira, Deftones, Alter Bridge, et des influences prog, ou djent, parfois, avec des choses un peu plus compliquées rythmiquement. Ce que j’ai voulu apporter, c’est ma conception un peu catchy de la musique, parce que je viens de ça, je suis très fan de groupes comme Stone Sour, ou Five Finger Death Punch que j’ai toujours aimé. Et j’aime bien le côté « refrain qui te reste dans la tête ». Mais la musique d’Adrian est beaucoup plus compliquée, donc, du coup, j’ai résussi à trouver une place, qui va un peu parfois, dans une certaine complexité mais qui ramène les choses dans le domaine de la « chanson », c’est-à-dire avec des vrai couplets, des refrains, des ponts, etc.

Metal-Eyes : Et avec des progressions. Wounded heart, par exemple, commence de façon assez légère et termine de manière plus brutale.

Ivan : Il fini très fort, oui, exactement.

Metal-Eyes : Le chant est pareil ; il est doux au départ et termine growlé. J’imagine qu’il y a une vraie volonté de vous démarquer avec ce type de « comportement » ?

Ivan : C’est pas une volonté de se démarquer mais de rester honnêtes par rapport à l’ouverture qu’on a avec la musique. C’est-à-dire qu’on ne fait pas les choses par calcul mais par sentiment, par résonnance émotionnelle, avec Adrian. Il arrive avec un titre, il le fait évoluer de cette manière sans se dire « tiens, je vais rajouter tel plan parce que machin n’aurait pas fait comme ça… ». C’est la musique qui lui vient de manière intuitive. Il a ça en lui, et moi, quand je compose mes lignes de chant, je me laisse porter par l’ambiance qu’il a développée, et j’apporte ma patte et ce que je pense être la bonne ligne vocale, le bon sentiment à exprimer par rapport à l’ensemble.

Metal-Eyes : Il doit y avoir des discussions entre vous, des choses que l’un ou l’autre ne veut pas…

Ivan : Il y en a eu, mais il n’y a pas eut beaucoup de moment où on a fait fausse route l’un par rapport à l’autre. On a travaillé de la manière suivante : quand je suis arrivé, il avait déjà les titres, tout pré produits. Il me les envoyés, j’avais donc tous les morceaux avec les orchestrations, et je posais mon chant en yaourt avant de lui renvoyer. A chaque fois, dans ses retours, il y avait plus des ajustements que des remarques négatives du style « oh, ça, ça ne me plais pas ». C’était plutôt « là, cette partie gueulée, tu pourrais peut être la transmettre de manière plus mélodique », etc. En fait, il y a vraiment un truc qui s’est passé entre nous, en tant que créateurs de musique, de très fort. On est… Je sais pas, il y a vraiment quelque chose qui s’est créé entre nous, quelque chose de fort.

Metal-Eyes : Comment travailles-tu ton chant, justement ?

Ivan : Déjà, la voix, c’est mon gagne-pain. Je fais entre 80 et 100 concerts par an, pas du tout dans ce registre là, mais dans celui de la pop et autres. Je travaille beaucoup en région parisienne, à l’étranger, dans le sud de la France. Je suis habitué à faire de longues sessions de chant, et ça, ça me fait beaucoup travailler ma voix. Après, plus spécifiquement pour le metal, je travaille notamment les voix saturées ; je pense d’ailleurs que j’ai bien évolué entre Heavy Duty et maintenant, et j’arrive du coup à obtenir des colorations différentes, un peu plus chargées, qui tirent vers des choses plus lourdes, par exemple les growls que je faisais beaucoup moins avant.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de White colossus pour décrire ce qu’est Disconnected à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel ?

Ivan : Ah… That’s a tough question… (en anglais dans le texte) Je pense que je retiendrais justement White colossus. Parce qu’il a ce côté ambiant qui est le fil rouge de l’album, il a un côté rythmique à la fois complexe et groovy, et, au niveau de l’expression vocale, entre les parties finales un peu screamées, la voix parlée, oppressante qu’il y a sur le pont, je trouve que ça représente bien le groupe. Quand je fais écouter un morceau à des gens, c’est souvent celui-là. Sans être le plus simple de l’album, il reste assez représentatif de ce qu’on aime faire.

Metal-Eyes : Vous avez des projets de scène ?

Ivan : Oui, l’album sort le 23 mars, et ce même jour on fait une release party à La Chappelle Argens à Troyes, avec Melted Space et un autre groupe troyen, Insolvency, très bon, aussi. On a une résidence toute la semaine dans la salle où on va faire une créa lumière et son. On veut avoir un package et un truc qui se tient de bout en bout pour le spectateur. On a voulu travailler aussi bien au niveau de l’univers sonore que visuel. Après, on adhère ou pas, c’est autre chose. On va travailler de la même manière pour la scène : on a un gars attitré pour le son, un autre pour les lumières, on travaille déjà ces aspects. On va mettre tout ça en place pendant ces 3 jours de résidence, faire ce concert où on attend pas mal de monde, et ensuite, on va rapidement annoncer une date sur Paris courant mai, avec Base prod, et deux autres groupes parisiens. L’étranger, aussi, mais je n’en dis pas plus pour l’instant. Pour avoir connu d’autres groupes où ça ramait, je peux te dire qu’il se passe des choses pour Disconnected !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Disconnected ?

Ivan : Ah… C’est une bonne question ça ! Ce qu’on dit, en général, c’est « Stay disconnected ». Mais ça peut être trompeur, parce que ça peut vouloir dire l’inverse de ce qu’on souhaite faire passer : cet album, il est dans le concept de la déconnection des gens par rapport à la réalité de la vie. Mais être « disconnected », pour nous, c’est garder cette liberté de faire ce qui nous tient à cœur, et aux tripes et de rester honnêtes avec cette démarche, ne pas se laisser phagocyter par ceux qui nous disent ce qu’il faut faire pour que ça marche. On veut juste rester honnêtes avec ce qu’on propose, de le faire, de le proposer aux gens et aller au bout de notre idée, sans en dévier.

ANTAGONISM: Thrashocalypse

Thrash, France (Ep, autoproduction, 2018)

« Old school but new school », me disait Biff Byford au sujet de sa définition de la musique actuelle de Saxon. Dès les premières mesures de LxOxT, titre d’ouverture de Thrashocalypse, premier Ep 6 titres de Antagonism, c’est ce que je me dis : la fureur d’un Metallica, la rage d’un Slayer, la syncope des guitares d’un Anthrax, le tout doté d’un son résolument gras et moderne. Les petits ont bien appris leur leçon et peuvent espérer prendre la place qu’Hemoragy a laissée vacante depuis quelques années. Le groupe nous arrive de Toulon, formé en  par le batteur Raphaël Gloaguen et le chanteur guitariste Dylan Hunger, bientôt rejoints par Félix Cleyet-Marel  et Kevin Colin, respectivement à la guitare et la basse. Déterminé, rugueux et rageur, cet Ep aborde avec brio des thèmes chers au genre, dont la guerre (Burning in Syria, d’une cruelle actualité) pou la politique (49.3). Fidèle à ses influences, Antagonism propose également une reprise de Havok (Point of no return) qui vient brillamment conclure ce premier essai au chant rugueux (un petit effort sur l’accent serait bienvenu) qui ne demande qu’à être transformé.

DESILLUSION, FURIES et PAINTED SIDE live à Orléans (Blue Devils, le 10 mars 2018)

C’est un soirée 100% heavy « vintage » que nous propose ce soir le Blue Devils. Une soirée, précisons le, organisée par l’association Burning Inside qui cherche à proposer des affiches de metal « traditionnel » (Hürlement et Tentation sont d’ailleurs prévus) et qui profite de la générosité d’Hervé, le gérant du Blue Devils, qui met gratuitement la salle de concert à disposition de l’asso. Je n’ai pas encore eu l’opportunité de retourner dans ce restaurant club de la place du Chatelêt, au centre ville d’Orléans, qui pourtant propose de belles affiches rock et heavy. Alors les copains de Furies venant et l’occasion faisant le larron, je me rends sur place pour découvrir ce lieu repensé et redécoré. Si la nourriture est chère, elle est de qualité. Les boissons, en revanche, sont offertes à des tarifs très raisonnables. Mais c’est bien la salle de concert qui m’a fait venir ce soir: toujours située en sous-sol, la scène a été repensée et agrandie: exit la verrière de l’escalier et la loge minuscule « back stage ». Exit les loges tout court d’ailleurs, puisque les musiciens se préparent dans le nouveau couloir qui doit servir d’évacuation. Les points forts, au delà de cette « grande scène », ce sont les lights et le son.

Ce soir, une petite centaine de personnes circulent tranquillement devant la scène, et les trois groupes se donnent à fond. La soirée commence avec les locaux de Painted Side, qui proposent un hard rock typé 80’s et, dans l’ensemble bien fait. Preuve du bon goût des musiciens, le chanteur arbore une veste légèrement patchée sur laquelle on distingue les noms de Whitesnake et Helloween, le bassiste a un look joliment travaillé et le guitariste semble, justement, rescapé de la période hair metal. Les quatre proposent un set d’une heure de hard rock bien ficelé, et sont totalement à l’aise sur scène, face à un public réceptif qui se dandine. La seule chose qui m’étonne est cette reprise d’Hysteria (Def Lerppard) suivie d’une ballade en fin de set. C’est un choix qui différencie ce groupe des autres. Une jolie découverte.

 

 

Furies semble attendu, preuve en est le nombre de T Shirts floqués du logo du groupe. Les Parisiens, dont la formation semble désormais totalement stabilisée (rappelons que Furies fut à l’origine un quintette, puis quartet 100% féminin et est désormais mixte à parité), investi une scène face à un public nombreux. Totalement investis dans leur heavy metal vintage, le groupe mené par Lynda Basstarde propose un set composé tant de ses classiques ( oui, on peut appeler ainsi les Furies attack, Prince of the middle East ou autre plus récent – figurant sur la cassette encore disponible, Unleash the Furies) que de classiques du metal – The hellion/Electric eye de Judas Priest et Sirtilège de Sortilège.

L’entente entre les 4 se traduit par une complicité scénique, grande force visuelle du quatuor. Si Sam Flash est expansif et toujours sourriant et Billy Laser plus concentré, les deux guitariste savent parfaitement remplir l’espace scénique, soutenir leur bassiste chanteuse et faire coucou à Zaza Báthory, qui s’acharne sur ses fûts.

Quelques soucis de retours émaillent ce set pourtant carré, qui permet à Furies de proposer un nouveau titre en français, Antidote, avant de continuer en beauté en proposant des titres efficaces et rentre dedans (Delision of daylight, Fire in the sky…) pour conclure sur le désormais incontorunable La guerrière, repris en chœur par une bonne partie du public présent. Une belle prestation, chaleureuse qui donne envie d’être encore plus rapidement au Hellfest pusiqu’on pourra y encourager Furies sur la Hellstage, à l’entré du Hell city square!

Place ensuite aux « anciens » de Désillusion. Changement de scène oblige, un peu de retard a été pris, mais rien de grave… Les Normands, auteurs de 3 puissants albums, débutent leur set devant un public épars, certains spectateurs étant remontés s’enfiler une bière. Ou deux, poussant Jimmy à battre le rappel, attirant plus de monde au sous-sol. La machine lancée permet ensuite à Yvon, facétieux, et Sébastien de se lancer dans des « concours » de grimace, prouvant la bonne humeur qui règne ce soir. C’est heureux, le groupe est tout autant complice et efficace que les autres formations. on est là pour s’amuser, et c’est bien ce qu’il se passe ce soir!

Lynda rejoint bientôt le groupe sur scène, dès le quatrième titre!, et partage le chant sur Fear of the dark. les choses sérieuse peuvent commencer? Désillusion déballe son artillerie lourde, ses classiques que sont vision d’apocalypse, Jack l’éventreur ou encore Metal influences. L’humour potache et le peu de sérieux transforment cette fin de soirée en grand moment!

Pour un retour en ces lieux, la surprise est plus qu’agréable, et c’est avec plaisir que je retournerai bientôt soutenir d’autres musiciens et groupe sur cette scène locale, une des rares à Orléans à pouvoir accueillir des groupes prometteurs au public encore peu nombreux dans de bonnes conditions. Une fort belle soirée, en somme!

 

 

DISCONNECTED: White colossus

Metal, France (Apathia records, 2018)

Disconnected est le projet fondé en 2012 par Adrian Martinot, également compagnon de route de Pierre le Pape au sein de son Melted Space. Aujourd’hui signé par Apathia records, Disconnected se présente au grand public avec un puissant et varié premier album sous les bras. White colossus est à la fois un disque intrigant et intéressant. Si Living incomplete est un titre d’ouverture brutal et rugueux, au chant growlé et si Blind faith confirme une réelle attirance pour le metal tendance heavy, la suite se fait plus légère, limite pop et joue avec divers univers musicaux. Car Wounded heart ou Feodora évoquent un Muse aérien, des Beattles entrainants, ce malgré des doubles grosses caisses et quelques interventions vocales plus musclées. For all our sakes débute avec des sonorités orientales et se transforme vite en un déluge de notes et de rythmes syncopés. Ça, ils aiment bien: débuter calmement, monter en puissance, parfois là où l’on ne s’y attend pas. Avec ce premier disque, Adrian démontre l’étendue de son savoir faire guitaristique et ne se complait jamais dans la facilité. Au contraire, en variant ses plaisirs, il parvient à surprendre l’auditeur (quelques plans shredder sur Blind faith et… quel solo étonnant sur Blame shifter!), preuve qu’il y a là un vrai potentiel. White colossus est un disque varié qui s’apprivoise pleinement avec plusieurs écoutes. Une première plus que réussie!

RED MOURNING: Under punishment’s tree

Metal, France (Bad reputation, 2018)

Voici 4 ans que Red Mourning a livré sa dernière offrande explosive… Mélangeant un chant aussi hargneux que ses riffs et des voix plus bluesy, des riffs tranchants et des rythmes rentre dedans, les 13 titres de ce nouvel opus, Under punishment’s tree, ne font pas dans la dentelle.  Dès A whole different life, le message est clair: ça taille dans le gras, directement et sans concession. Et jamais Red Mourning ne relâche la pression. Si l’on a parfois l’impression de se retrouver au milieu d’un Oh brother déjanté, la virulence vocale nous ramène à la réalité. Cependant, malins, les Français parviennent à lier ce maelstrom auditif à des mélodies sous-jacentes inspirées d’un blues lumineux. Ce mélange d’ombre et de lumière, de violence et de douceur est à la fois détonnant et attirant. Difficile à suivre d’une traite quand on n’aime pas les voix gutturales, mais pour ceux qui apprécient, c’est un vrai défouloir. Red Mourning n’a décidément pas dit son dernier mot!