Interview: HELL OF A RIDE

Interview HELL OF A RIDE : entretien avec Franck (basse). Propos recueillis par téléphone, le 20 mai 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Franck appelle pour nous parler du nouvel album de Hell Of A Ride, Nine of cups. Il est sorti quand exactement, ça fait un petit moment ?

Franck : Il est sorti en septembre dernier.

 

Metal-Eyes : Ca fait donc un peu plus de 6 mois qu’il est sorti. Quels sont les retours que vous avez eus ?

 Franck : Dans l’ensemble, extrêmement positif. On a eu quelques retours négatifs de personnes assez déstabilisées par le nouveau son. Mais dans 95% des cas, c’est extrêmement positif. « Grosses production, grosses composition, extrêmement accrocheur », donc, oui, dans l’ensemble, très positif.

 

Metal-Eyes : C’est le second album qui parle des aventures de Mad Dog qui, cette fois, a disparu. Peux-tu nous parler des circonstances de sa disparition ?

Franck : Mad Dog disparait, en fait, ça fait suite à pas mal de tergiversations au sein du groupe… On avait du mal à savoir s’il fallait continuer avec lui, il y avait un débat sur le fait que c’est une mascotte mais qu’en même temps on ne savait pas trop comment gérer son image. Du coup, il a disparu pendant quelques temps, on a laissé parler le groupe, et on l’a fait réapparaitre pour ce nouvel album en le mettant encore plus en valeur sur ce disque et sur les clips. Comme Echoes et Never give up par exemple.

 

Metal-Eyes : En dehors de ces difficultés, qu’est-ce qui l’a fait revenir ? Les Pussy Riders y sont pour quelque chose…

Franck : Oui, tout à fait. On a pris la décision qu’il serait notre mascotte. Un peu comme pour Maiden ou Megadeth. Il nous semblait intéressant de le remettre sur le devant et d’avoir une sorte de fil directeur, un guide pour tout ce qui artwork et clips.

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Hell Of A Ride pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Franck : La définir précisément en disant que c’est du hard rock ou du heavy metal, non. Ce n’est ni l’un ni lautre, c’est une musique à la croisée de pas mal de styles différents. Je dirai que ça se rapproche de Godsmack, de Papa Roach, aussi. Sous certains aspects, ça se rapproche de Nickelback. On pourrait dire que c’est soit du gros rock, soit du rock alternatif. Mais avec la profusion aujourd’hui de groupes et de styles, c’est difficile. Hard rock, c’est sûr.

 

Metal-Eyes : C’était un peu une question piège, pour bien commencer (il rit) puisque, il y a 5 ans, en en parlant avec vous, je crois que c’est Lo qui définissait votre musique comme du heavy stunt rock…

Franck : Oui, oui, ça pourrait être ça. « Stunt » dans le sens où Mad Dog est cascadeur, donc le stunt peut s’y retrouver. Sur le premier album, le côté voitures avait été pas mal mis en avant. On n’est pas dans du rock anglais, plutôt dans un style heavy américain, californien, donc ça peut se définir aussi comme ça. Le dernier album ayant encore plus d’influences différentes, je dirais plus rock alternatif…

 

Metal-Eyes : Il y a une grosse imagerie dans votre musique, ce qui la rend assez cinématique. Ça fait très Tarantino. Est-il une référence ou une influence, ce réalisateur ?

Franck : C’est peut-etre un peu des deux. C’est évident sur le premier Ep, un peu moins sur Bête noire, le premier album, mais ça a tendance à disparaître sur Nine of cups. Il nous a beaucoup influencé au début mais on a commencé à vouloir trouver nos propres marques en mettant en scène nos propres références et nos univers.

 

Metal-Eyes : Alors comment analyserais-tu l’évolution de Hell Of A Ride entre Bête noire et Nine of cups ?

Franck : Sur Bête noire, on avait fait un travail de composition interne au groupe. Uniquement nous-mêmes. La grosse différence c’est que, sur Nine of cups, on a fait appel à des personnes extérieures au groupe. Des personnes dont on apprécie le travail soit pour la composition, soit pour des arrangements ou des paroles. On a demandé à Charles « Kallaghan » Massabo qui a produit nos précédents disques – c’est un Français qui s’est installé à Los Angeles en 2011, je crois – et qui commence à connaitre pas mal de monde là-bas. On lui a demandé si on pouvait lui donner quelques noms et s’il était possible qu’il nous mette en contact afin de savoir si ces personnes seraient prêtes à travailler sur l’album avec nous. C’est la différence majeure entre les deux albums : l’ouverture à la composition à des personnes extérieures au groupe.

 

Metal-Eyes : Ce qui a, j’imagine, un impact sur votre musicalité et les ambiances en général ?

Franck : Tout à fait. Bête noire avait, je pense, un côté assez rock’n’roll, tandis que Nine of cups a un côté plus complexe et élaboré, dû, en effet, à ces collaborations.

 

Metal-Eyes : Cinq ans, ou presque, entre deux albums, c’est long. Tu l’expliques comment ? C’est de la paresse ou la complexité de votre musique ?

Franck (il rit) : Les deux ! En fait, il y a pas mal de choses : déjà, il faut qu’on se mette d’accord à 5, ce qui n’est pas toujours facile. Il y a beaucoup de discussions, ce qui peut causer pas mal de perte de temps. Ensuite, il y a le travail sur les dates, sur l’univers musical… Il y a pas mal de boulot. Alors, c’est vrai, c’est un peu long entre deux album et on va travailler là-dessus puisque on est déjà en train de travailler sur les idées de compos du prochain album. Ce qui évitera de réitérer cette erreur de trop de temps entre deux albums.

 

Metal-Eyes : Peux-tu nous parler du titre de l’album ? Ça fait très univers du tarot…

Franck : Mais le Neuf de coupe est en effet la carte la plus forte du jeu de tarot qui, en fonction de son sens, a des significations extrêmement positives ou extrêmement négatives. C’est un peu le thème de cet album qu’on a axé du côté ésotérique et fantastique avec le clip de Never give up. Il est inspiré du minotaure et du fil d’Ariane. La carte Nine of cups annonce clairement le côté ésotérique, assez fantastique.

 

Metal-Eyes : Il y a aussi une forme de dualité…

Franck : Elle est mise en valeur dans les clips, où notre personnage principal, John Ringsdale, Mad Dog, fait face à ses propres démons. C’est la dualité de cette personne avec la carte du neuf de coupe.

 

Metal-Eyes : Maintenant que les magasins ont rouvert, je vais te demander d’être commercial et de me vendre cet album…

Franck : Très bonne demande (il rit) … Je pense que la personne qui a écouté le premier album risque d’être assez surprise. Par la production, déjà, dont la qualité est, franchement, énorme. C’est ce que l’on voulait faire mais c’est allé au-delà de nos aspirations dans le sens où la production est vraiment professionnelle. Ensuite la qualité des compositions : elles sont assez complexes, il y a pas mal d’arrangements assez riches au niveaux des voix, des samples, puisqu’on en utilise pour enrichir le tout. Donc ça donne un album assez riche et complexe, et agréable à entendre.

 

Metal-Eyes : Vous avez déjà envisagé la suite des aventures de Mad Dog ?

Franck : Oui, on les a envisagées dans les grandes lignes, donc je ne peux absolument pas être précis à ce sujet. Mais a priori on va continuer avec lui. On a déjà commencé à travailler sur les compositions sans avoir vraiment dégagé l’univers musical. Mais, oui, a priori, on va continuer avec Mad Dog.

 

Metal-Eyes : Ben… Si c’est votre mascotte, ce serait dommage de l’enterrer tout de suite…

Franck : Exactement, ou alors, il faudrait expliquer sa disparition. On n’en est pas encore là.

 

Metal-Eyes : Ce sera une bonne raison pour que les Pussy Riders continuent d’aller le chercher !

Franck : Exactement (rires) ! Bien vu !

 

Metal-Eyes : Vous pourrez aussi faire des Pussy Riders vos mascottes à la place de ce looser de Mad Dog…

Franck : J’avoue que ce serait complexe parce qu’elles sont nombreuses mais ça pourrait être pas mal !

 

Metal-Eyes : Et sur scène, ça peut donner un bon visuel. Ça ferait du monde, mais ça pourrait être sympa… Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Nine of cups pour expliquer ce qu’est Hell Of A Ride aujourd’hui, ce serait lequel ?

Franck : Sans hésiter Never give up, never surrender, donc le clip qu’on a sorti il y a une semaine. C’est un morceau très accrocheur : un riff d’intro qui annonce le morceau et qui devient ensuite vraiment très puissant avec un refrain extrêmement accrocheur qu’on retient facilement. Sans aucun doute, c’est celui-ci.

 

Metal-Eyes : Et toi, à titre personnel, quel est le morceau que tu attends vraiment de pouvoir jouer lorsque vous pourrez redonner des concerts ?

Franck : Je pense que c’est aussi Never give up… Oui

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise aujourd’hui de Hell Of A Ride ?

Franck : En gros, c’est « Never give up, never surrender », encore une fois. En gros, quels que soient les obstacles, les difficultés, ne jamais rester à terre. C’est ce qui fait la force du groupe : on sait que faire de la musique à un niveau assez élevé ou pro, c’est assez compliqué parce qu’il y a une profusion de groupes. Il y a Instagram, Facebook, tout le monde a son soundcloud, tout le monde s’y met. Le fait de se détacher, de pouvoir trouver des dates et de jouer son album, se détacher sur scène, c’est, parfois, difficile. Il y en a dans le groupe qui peuvent doute, se poser des questions. Le fait de douter n’est pas grave, ce qu’il faut, c’est pouvoir se relever par la suite.

 

Metal-Eyes : Sur ma chronique je dis que votre album a un potentiel international. Ça ne vous tenterait pas de faire croire que vous êtes un groupe étranger soutenu par un très gros label ? (NdMP : je pense à ce moment aux Allemands de John Diva qui veulent persuader tout le monde qu’ils sont Américains)

Franck : Euh… si, avoir ce genre d’atout avec nous ce serait énorme. On cherche avant tout un tourneur, plus qu’un label, pour pouvoir nous exporter ou, au moins, commencer par la France et l’Europe avant d’aller un peu partout. Faire croire qu’on est un groupe américain, ce serait quelque chose à faire tenir… Au bout d’un moment, les gens se rendraient compte que nous sommes Français, même si l’univers musical est clairement de culture américaine. C’est évident.

 

Interview: SURVIVAL ZERO

Interview SURVIVAL ZERO : entretien avec Thibault (Batterie). Propos recueillis par téléphone, le 4 mai 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Je découvre Survival Zero avec cet album. Peux-tu me raconter l’histoire du groupe.

Thibault : On s’est formés fin 2007 sous l’impulsion de Pierre, le chanteur. Il m’a contacté, m’a envoyé quelques projets de compos qui m’ont accroché. Ensuite, on a démarché les autres membres du groupe.

 

Metal-Eyes : Vous vous connaissiez déjà, avant ?

Thibault : Tout le monde se connaissait déjà, sauf moi. Les autres ont tous déjà eut des groupes ensemble, ont travaillé sur différents projets. Moi, j’étais dans un groupe de death mélodique pendant 10 ans, groupe qui a splitté. Mais je connaissais Pierre de vue. Ça a matché, on s’est lancés à fond. L’idée, c’était de présenter quelque chose de carré dès le début.En termes de visuel, de son, d’environnement du groupe.

 

Metal-Eyes : Vous êtes basés où ?

Thibault : Sur Troyes.

 

Metal-Eyes : Vous sortez votre premier album, The ascension. Le titre est assez explicite, la

Thibault : Après une chute, les épreuves de la vie…

 

Metal-Eyes : Oui, mais le groupe est encore jeune, j’imagine qu’il n’y a pas eu énormément d’épreuves…

Thibault : Oui, après on en a tous eu dans nos vies.

 

Metal-Eyes : Comment en êtes-vous venus à cet album ? Chacun arrive avec ses idées et vous travaillez autour ? Vous travaillez ensemble ?

Thibault : Comme chaque membre est arrivé au fur et à mesure… La base des compos, c’est Pierre, qui avait pas mal de compos, mais chacun y a mis sa patte. On a d’abord travaillé la rythmique, et ensuite, avec l’arrivée de Régis, on a travaillé les ambiances. Nous, on conçoit un groupe où chacun apporte ses idées.

 

Metal-Eyes : Le nom du groupe est un peu osé en ce moment…

Thibault (rires) : ben, c’était pas voulu ! C’est inspiré de Patient zéro, donc je te laisse imaginer ce que ça représente. On est partis de ça, on a un peu inversé le sens pour avoir un côté… un peu plus positif.

 

Metal-Eyes : Euh… « Positif » en parlant de Zéro survivance ?

Thibault : Pas de survie, oui…

 

Metal-Eyes : On trouve beaucoup de choses dans votre musique, du death, du thrash, des choses plus mélodique. Pareil dans le chant de Pierre. Quelles sont vos influences ?

Thibault : On a voulu partir sur une base Machine Head / Lamb Of God, avec l’idée d’utiliser les influences de tout le monde. Benoit, il a plus un côté hardcore, moi, c’est plus le death technique, Pierre, il est plus prog. Tant que ça nous parle…

 

Metal-Eyes : La pochette, elle représente quoi ?

Thibault : On en a parlé avec l’illustrateur, on lui a montré des bouquins, des BD de SF, on lui a montré les paroles, et il nous a sorti ces premiers plans de pochette. Et ça nous a vraiment plu.

 

Metal-Eyes : Plus mystérieux que la pochette, il y a votre logo, une sorte d’enclume dans un hexagone. Quelle en est la signification ?

Thibault : C’est juste un symbole pour représenter le groupe… Avec le S et le Z du nom du groupe… On voulait quelque chose d’un peu mystérieux.

 

Metal-Eyes : Maintenant que tu me dis S et Z, je les vois, ça me parait évident. Ça me fait penser à celui de Twisted Sister, avec aussi un T et un S.

Thibault : Ça ne saute pas forcément aux yeux.

 

Metal-Eyes : De quoi parlez vous dans les textes ? C’est peut-être une question à poser à Pierre…

Thibault : Il t’en parlerait mieux, mais on aborde principalement des sujets comme la dépression, de SM… Des choses sur l’espace, notre place dans tout ça.

 

Metal-Eyes : Basé sur des expériences personnelles ?

Thibault : Ben, lui a fait une dépression et il l’a retranscrite en texte. Mais il l’a fait de façon très imagée pour laisser ouverte l’interprétation de chacun. Il ne veut pas que ce soit une autobiographie.

 

Metal-Eyes : Et y a-t-il des thèmes que vous préférez ne pas aborder ?

Thibault : La Politique, c’est sûr ! On ne mettra jamais les pieds là-dedans. Après, tout reste ouvert. Ce sera assez sentimental, imagé. Des sentiments que chacun peut ressentir.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de The ascension, le plus représentatif de ce qu’est Survival Zero, ce serait lequel selon toi ?

Thibault : Le dernier… The other verse. Je pense qu’elle balaye bien toutes nos influences. C’est une compo qui est assez ouverte sur la fin. Il y a tout ce qu’on peut trouver sur l’album.

 

Metal-Eyes : Et toi, en tant que batteur, sur laquelle tu t’éclates le plus ?

Thibault : Glorious nemesis. Elle est rentre-dedans, et c’est assez plaisant à jouer.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise pour Survival Zero ? Quelque chose que vous imprimeriez sur vos T-shirts et vos albums à venir ?

Thibault : Oh, t’es méchant là (rires) ! Il y a un truc qui revient souvent, c’est « bagarre ». Maintenant, je ne sais pas si sur un T-shirt… Mais c’est vrai, quand on balance un riff, si ça nous plaît, on dit « Bagarre ! », « C’est la bagarre ! »

 

 

NEEDLE SHARP: Dark lies effects

France, Rock (Ep – M&O music, 2020)

La pochette – une poupée de chiffon destroy, une araignée squelettique qui l’observe – évoque l’univers visuel de Tim Burton, gothique, étrange et sombre. Les premières notes de Feel it, qui introduit Dark lies effects, nouvel Ep de Needle Sharp, avec sa guitare lente et son chant tremblotant, va dans ce même sens. Mais c’est un trompe l’oreille, car les 5 titres de ce disque, paradoxalement, s’ils gardent cet esprit goth sombre, sont souvent joyeux, puisant dans des sonorités orientales et dans un esprit plus lumineux qu’il n’y parait. Les guitares se font trépidantes, le ton enjoué plus qu’à son tour. Needle Sharp parvient ainsi à se distinguer d’une scène souvent répétitive. C’est son originalité et, par conséquent, sa force.

Interview: THERAPHOSA

Interview THERAPHOSA : entretien avec Matthieu (basse). Propos recueillis par téléphone, le 11 mai 2020

Theraphosa by Denis Goria – photo promo

Metal-Eyes : Vous êtes originaires de Chelles, en région parisienne et avez déjà enregistré deux Ep, en 2012 et en 2018. Peux-tu compléter votre histoire ?

Matthieu : C’est bien ça. Theraphosa est né en 2007. La formation n’a pas changé depuis, elle est composée de Vincent, mon frère, à la guitare et au chant, moi, à la basse et aux chœurs et du batteur, Martin. On a toujours joué en banlieue parisienne. On a effectivement sorti 2 Ep, Inject the venom en 2012 et un autre en 2018, et nous sortons aujourd’hui notre premier album.

 

Metal-Eyes : Quels ont été les grands marqueurs pour le groupe ?

Matthieu : Pour le moment, je ne pense pas que nous ayons de grands marqueurs.. Si, peut-être en 2016, lorsqu’on est allé enregistrer notre deuxième Ep à Helsinki. C’est grace au photographe Denis Coria : en enregistrant dans un studio, l’ingé son connaissait Denis avec qui il nous a mis en contact. S’en est suivie une collaboration et lorsque l’on voulait enregistrer notre premier Ep, il nous a mis en contact avec Jan d’Amorphis.  C’est ainsi que nous sommes allés l’enregistrer à Helsinki. C’était notre premier réel contact avec la sphère professionnelle de la musique, et ça a été très formateur.

 

Metal-Eyes : Parlons un peu de votre musique : comment pourrais-tu définir la musique de Theraphosa pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Matthieu : Je dirais qu’elle est sombre et élégante, marquée de mélodies qui évoquent un tiraillement entre le bien et le mal, l’ombre et la lumière, et que le tout baigne dans une atmosphère religieuse.

 

Metal-Eyes : « Religieuse » dans le sens pieu du terme ou dans le sens spirituel ?

Matthieu : On peut y voir les deux. Personnellement, j’y vois un sens pieu, mais vous pouvez y voir le côté spirituel. Avec Vincent, nous essayons de trouver un socle commun à nos deux visions, mais aussi à celle de ceux qui nous écoutent. Qu’ils soient croyants ou non, quelle que soit leur religion, d’ailleurs

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences ?

Matthieu : Elles sont assez variées… Notamment du Ghost. Vous pouvez retrouver dans certaines lignes de chant et de chœurs cette ambiance que sait créer Ghost.

 

Metal-Eyes : Que peux-tu me dire de ce premier album complet ?

Matthieu : On a enrichi notre musique, on y a ajouté des influences classiques. Aussi bien romantiques que sacrées ou liturgiques. Au niveau des thèmes abordés, on a approfondi notre réflexion de sujets qu’on avait déjà abordés, notamment la transcendance. Bien sûr, et c’est un thème récurrent dans Theraphosa, on traite de la condition humaine. The curse of Cronos, par exemple, traite du temps et de la relation que l’homme entretien avec le temps. C’est un album je pense assez spirituel. Cet aspect, je pense qu’il sera récurrent, voire qu’il définira le groupe.

 

Metal-Eyes : Alors quelle est la part de la religion, de la spiritualité dans le groupe ?

Matthieu : Personnellement ? Je suis croyant, catholique pratiquant, mon frère, lui, est athée, profondément athée, comme le batteur. On peut très bien le ressentir sur ce premier album. Les influences de la musique sacrée, le côté liturgique que peut avoir le groupe. Pour ce qui concerne les thèmes abordés, la transcendance est un très bon exemple car il s’agit d’une notion théologique. Mais elle a été reprise par des philosophes athées. Dans ce cas, on parle « d’immanence ». Ce sont deux notions opposée, mais qui convergent vers la même finalité : le dépassement de soi, de sa condition. D’un point de vue moral, physique et intellectuel. Ce sont ces différences que nous avons dans le groupe qui, je crois, enrichissent ces notions que nous abordons. Bien sûr, quand vous faites de la musique, vous êtes vecteurs d’un message. Et nous faisons en sorte que ce message ne pose pas de problème aux membres du groupe.

 

Metal-Eyes : Donc sans pratiquer de prosélytisme quel qu’il soit ?

Matthieu : Exactement. On essaye d’avoir un double sens dans nos paroles. Parfois, certains morceaux sont plus orientés que d’autres, plus teintés de notions religieuses, d’autres plus athées. Mais il y a un double sens et nous espérons que chacun peut y trouver ce qu’il souhaite.

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution de Theraphosa entre votre Ep et ce nouvel album ?

Matthieu : Du point de vue musical, je trouve que le style de Theraphosa se précise, qu’il a évolué vers quelque chose de plus riche et complexe. Je pense qu’il commence à prendre sa vraie forme. Dans nos relations et nos méthodes de travail, là aussi, les choses ont évolué par le fait que le batteur et moi nous prenions plus part au processus de création, musique et écriture. Nous avons dû développer un processus de travail principalement pour l’écriture. Je n’interférais pas avec ce qu’écrivais mon frère, je ne regardais que une fois terminé. Pour cet album, nous produisons chacun des textes que nous nous présentons, nous jugeons ceux que nous considérons de bonne qualité, ceux avec des notions de ce qu’on aimerait aborder. Ensuite, nous on voit s’il y a des retouches à faire, des choses qui ne représentent pas notre façon de penser et on fait avec.

 

Metal-Eyes : Donc il y a plus une ouverture à la discussion entre vous là où, avant, c’était imposé ?

Matthieu : C’était de fait imposé parce que Martin et moi, n’avion pas le même bagage musical que mon frère. Il avait deux ans de musique derrière lui, et nous, rien. Naturellement, il a pris en charge la composition et l’écriture. Il avait une maturité que nous n’avions pas. On est restés comme ça, naturellement. Maintenant, nous avons tous vieilli, accumulé un peu d’expérience et nous souhaitons participer plus au processus de création. Vincent n’y voit aucun inconvénient.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que vous ne souhaitez pas aborder, qui n’ont pas leur place au sein de Theraphosa ?

Matthieu : Comme ça, il n’y pas de thème qui me semble inabordable. C’est surtout la façon dont on en parle et le message final. Je vais te donner un exemple : sur Morning star, mon frère tenait à dépeindre la noirceur de l’humanité, ce en quoi, je suis d’accord, car les faits sont là, l’homme a une part d’ombre en lui, et il est le principal créateur de ses souffrances. Seulement, je tiens à y laisser une note d’espoir. Mon but n’est pas de dépeindre la noirceur de l’humanité, de dire que l’homme est mauvais et nous liguer les uns contre les autres, mais plutôt dire que nous sommes tous gris, l’être humain est tout en nuances et qu’il faut l’accepter, accepter la réalité du conflit pour accéder à cette transcendance et accepter la réalité, trouver le moyen d’obtenir ce que l’on désire. Si, les sujets qui pourraient être interdits : ceux qui imposent Dieu ou qui l’insultent. En tant que croyant, je ne peux pas laisser faire ça. Et Vincent, qui n’est pas croyant, ne peut pas laisser un message « missionnaire ». Ce sont des terrains dans lesquels on ne s’aventurera pas dans Theraphosa, ceux qui atteignent directement nos idéaux. On peut en parler, on le fait très régulièrement entre nous, mais pas dans le groupe.

 

Metal-Eyes :  Vous n’êtes ni un groupe chrétien, ni anti chrétien, pro ou anti religieux, donc…

Matthieu : Exactement.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de votre album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce qu’est Theraphosa, ce serait lequel ?

Matthieu : Ah… C’est un choix assez difficile. J’opterais pour The curse of Cronos. Parce qu’il évoque la condition humaine, sa condition par rapport au temps. C’est un thème récurrent au sein du groupe, donc vous pouvez avoir une idée de ce que le groupe peut aborder comme sujets. Musicalement, il y a beaucoup d’influences : le refrain qui est assez technique rythmiquement, assez pop aussi, dans mon rythme de basse. Dans le pont, il y a des références aussi bien classiques que black metal. Ce titre, avec tous ces mélanges, est assez progressif. Je pense que ce titre peut être le héros de l’album.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il un titre que tu attends de jouer avec impatience ?

Matthieu : Tout à fait, c’est Dies irae. Parce que, déjà, j’ai participé à sa création. De plus, la ligne de chant est très agréable et la chanson est vraiment agréable à jouer. J’adore jouer ce morceau, donc en concert, ce sera vraiment un plaisir de la jouer et voir les réactions des gens.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Theraphosa ?

Matthieu : Mhh… La devise ? Pour l’instant, je ne vois pas… Si, peut-être une : ce serait cette symbolique que nous tirons de l’araignée qui est « l’élégance et la résilience »a

CONSCIENCE: In the solace of harm’s way

France, Progressif (Different gravuty, 2020)

Musicalement, il n’y a rien à reprocher à Conscience. Son metal/rock progressif a toujours, sur chacun de ses albums précédents, Half sick of shadows en 2006 suivi de Aftermath of a summer snow en 2014. Des titres mystérieux qui posent le décor un peu prog réfléchi, jazz intellectualisé. Mais Conscience évolue bel et bien dans l’univers du metal. Seulement voilà: que penser d’un groupe formé en 2001 qui publie aujourd’hui son seulement troisième album? Et, perso, un truc me fait tiquer: Conscience, sur sa communication, met toujours en avant – et presque en préambule – son passage au Zénith de Paris en ouverture de Nightwish. Certes, c’est flatteur, mais c’était en 2007. Nightwish a depuis investi d’autres salles, tourné partout dans le monde, publié plusieurs albums et DVD, rechangé de chanteuse, accueilli plusieurs autres groupes en première partie… Bref, les Finlandais, comme nombre d’autres, ont continué d’avancer et de grandir. Conscience? Un PMFF, quelques dates ci et là, guère plus… Est-il alors vraiment utile de systématiquement regarder dans le rétro, s’accrocher à un exploit du passé et en faire un argument? Ne vaudrait-il pas simplement mieux regarder devant et parler de son présent, planifier demain ? Et ce présent, c ‘est un nouveau groupe qui propose 16 titres avec In the solace of harm’s way. Enfin, 11 titres plus 4 interludes instrumentaux qui composent, en 4 parties, le titre de l’album et que l’on retrouve réunis en une pièce unique en conclusion du disque, offrant ainsi une autre perspective sonore. Si le morceau titre est épique et digne de faire une belle BO, Conscience se révèle vraiment avec ses chansons. Soft et mélodique (At night), introspectif (Inreach, Life takes a turn), plus rock (Ascending rain), plus léger (See outside) ou doté de grandes orchestrations (The uncertainties of may, les cordes sur Inreach), Conscience explore plusieurs univers. Le groupe pêche cependant, comme tant de ses confrère, avec le chant anglais, souvent difficilement compréhensible. La mélancolie que veut faire transparaître At the hands of clock me parait faussée par un chant plus forcé que naturel, et les chœurs sur There aren’t many nightmares m’agressent. Mais encore une fois, musicalement, Conscience ne peut être pris en défaut, et la variété des ambiances apporte un vrai caractère à la formation française. De l’avant, il faut aller de l’avant pour simplement avancer.

Interview: SILENCE OF THE ABYSS

Interview SILENCE OF THE ABYSS : entretien avec David (guitare). Propos recueillis par téléphone, le 29 avril 2020

Photo promo

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que nous nous parlons, alors peux-tu commencer par me raconter l’histoire du groupe ?

David : Diane et moi, on est en couple depuis 14 ans. On est tous les deux fans de metal et on fait beaucoup de musique. Ça fait plus de 20 ans que je suis dans le monde de la musique, mais pas dans le metal. Diane, pareil. Un jour, on s’est dit qu’il faudrait aussi penser à se faire plaisir. C’est bien, l’alimentaire, mais on n’a jamais fait notre musique préférée. Etienne a eu, en 2017, l’envie de monter un groupe de metal. J’avais un élève qui chantait plutôt pas mal et je lui ai demandé s’il voulait faire un essai avec nous. On a fait des reprises de Motörhead et dans la foulée, on a commencé à composer et on a sorti notre premier Ep en 2018.

 

Metal-Eyes : Quelle est l’origine du nom du groupe ?

David : Alors… Là, il y a plusieurs choses… On voulait le mot abysse parce qu’on est proche de la mer et qu’on ne peut pas s’empêcher de la voir tout le temps…

 

Metal-Eyes : Vous n’êtes pas proche de la mer, vous êtes entourés par la mer ! Vous êtes Corses, c’est pour ça que la mer a décidé de vous entourer…

David : C’est ça, surement pour qu’on ne fasse pas de conneries (rires) ! Non, je déconne !

 

Metal-Eyes : Oui, moi aussi. Pour une fois qu’on peut déconner avec un Corse sans risquer de se prendre une bombe…

David : Tu as raison, il faut en profiter ! Je déconne encore !

 

Metal-Eyes : C’est surtout parce qu’on est très loin et confinés… Je ne dirais pas ça en face, tu t’en doutes! 

David : Attention à après le déconfinage (rires)! Un jour, on a pris une feuille et chacun a dit son mot. On a dit énormément de conneries, jusqu’au jour où quelqu’un a dit « Silence », on a joué avec les deux mot, Silence Of The Abyss est sorti, on a kiffé alors c’est resté.

 

Metal-Eyes : Comment définirais tu la musique de Silence Of The Abyss pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

David : C’est compliqué parce qu’on a déjà du mal à nous placer dans une catégorie… On a entendu plein de trucs, post thrash, death progressif… On ne s’y retrouve pas parce qu’on a beaucoup d’influences, et on essaie de créer des harmonies qui nous appartienne. On cherche des harmonies, des accords très enrichis, qui parfois nous posent des problèmes pour poser des mélodies dessus. Le truc qu’on avait trouvé, on dirait qu’on fait du metal tout court ou du metal méditerranéen. Quand on dit ça les gens nous disent que ça représente bien ce que l’on fait…

 

Metal-Eyes : Oui, ça me parle aussi.

David : On joue là-dessus, on se rapproche de ces deux styles. En plus, avec cet album, on s’est lâchés, on est partis dans tous les sens, en le faisant le plus sincèrement possible. Et en nous amusant, aussi. Jouer de la musique c’est « jouer », ce n’est pas que travailler. Des fois, il y a des gens qui me disent « là, là, ça ressemble à du Machine Head ! » J’ai jamais écouté Machine Head de ma vie, c’est un truc de fous !

 

Metal-Eyes : J’aime bien le terme de « metal méditerranéen dans la mesure où vous avez une musique assez explosive – pour des Corses, ce n’est pas étonnant.

David : C’est tout à fait normal, même (rires)!

 

Metal-Eyes : Je pense que ça va être dur cette interview (rires)! Quand j’ai écouté votre album, j’y ai trouvé des influences thash, metal, metal moderne, aussi, mais c’est un peu fourre-tout comme terme. J’ai aussi senti quelques influences orientales.

David : Oui, ça… On est en Méditerranée, c’est quelque chose qui nous appartient depuis qu’on est nés. Presque tout le monde ici est né avec une guitare dans les mains. Il y a la culture corse, les chants…

 

Metal-Eyes : Il y a aussi une culture latine, hispanique…

David : Oui, on aime beaucoup ces choses-là, la musique cubaine aussi. On adore les instruments acoustiques, tout ce qui est percussion, aussi. Si on peut l’intégrer à Silence, on le fait. Ça fait partie de nous !

 

Metal-Eyes : Il n’y a pas de limite à votre musique. Si ça vous parle, vous le mettrez dedans.

David : C’est ça. Si demain on a le plus gros riff du monde mais qu’on ne le ressent pas, on le jette. Tant qu’on respecte ce qu’on fait, qu’on le ressent…

 

Metal-Eyes : D’autant plus que les deux tiers du groupe sont en couple, alors ça permet d’éviter les engueulades à la maison !

David : C’est ça ! Parce qu’on s’est bien défoulés ailleurs aussi !

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution de SOTA entre votre Ep, il y a deux ans, et votre album, Unease and unfairness ?

David : Il y a beaucoup plus de maturité sur l’album. On a beaucoup bossé entre les deux, et la maturité qui s’est dégagée a été très rapide. Les encouragements des chroniques, les compliments qu’on a reçus, je pense que nous ça nous a motivés pour bosser, bosser et trouver encore plus cette harmonie qu’on cherche depuis longtemps. Que ce soit assez original. En plus, maintenant qu’il y a Jean-Bernard, le nouveau chanteur, ça fait 15 ans qu’on le connait. Ce trio, ça fait un peu vie de famille…

 

Metal-Eyes : Votre pochette est aussi pleine d’influences : on y voit une réinterprétation de l’homme de Vitruve de de Vinci, de la science-fiction avec cette femme qui porte un masque à gaz, sa position évoque aussi la religion chrétienne avec la crucifixion. En plus, vous ne pouviez pas l’envisager, mais il y a cette boule verte qui ressemble à un virus, même s’il n’a pas la même couleur que le Covid… Vous avez voulu exprimer quoi ?

David : C’est assez incroyable, on l’a sorti le 13 mars et juste après il y a eu ce Covid… On a laissé ça à Kahinienn graphix. Quand il nous a demandé ce qu’on voulait, il nous a demandé les thèmes de nos chansons. Maltraitance animale, nihilisme, post-apocalyptique. On lui a envoyé les maquettes de chansons, il a écouté et nous a dit ce que ça lui évoquait. On a trouvé ça super, ce qu’il nous a dit collait vraiment.

 

Metal-Eyes : Ça colle aussi avec le titre : Mal-être et injustice

David : C’est exactement ça, et cette pochette évoque tous les thèmes qu’on aborde dans l’album.

 

Metal-Eyes : Quels sont les thèmes que vous abordez, justement ?

David : Ah… Ça dépend de qui écrit les textes, s c’est JB ou Diane. JB est prof de philo, alors ça peut partir loin (rires). Si j’ai vu un reportage qui m’a touché, je vais écrire la musique, eux, c’est pareil. Sur cet album, il y a la maltraitance animale, surtout, et humaine. Avant le virus, on sentait que les choses étaient en train de changer. Si c’est pas maintenant, ce sera dans 20 ou 30 ans, mais quelque chose change, d’où l’optique post apocalyptique. Ce qu’on essaie de faire, que ce soit dans la musique ou dans le textes, c’est de toujours laisser une lueur d’espoir.

 

Metal-Eyes : Metallica a une influence particulière pour vous ?

David : Pff… Oui, je crois que Metallica, ça m’a toujours suivi en musique. Énormément, oui ! Ca ne m’a jamais quitté, Metallica.

 

Metal-Eyes : Ça se sent particulièrement sur Lunar…

David : Oui, c’est fou, je n’y ai même pas pensé ! Lunar a été créé très simplement : il y a un fou qui a mis le feu, ici, chez nous et ça a cramé je ne sais pas combien de milliers d’hectares, ça a tué je ne sais pas combien de milliers d’animaux. On avait ça sous les yeux parce que la maison est très proche. On avait la haine, et de suite, les accords qui sont tombés ont été la base de Lunar. C’est un titre qu’on a fait en un jour ou deux ! La batterie a été tracée en… une demi journée, tellement on avait la haine.

 

Metal-Eyes : C’est un instrumental : pourquoi avez-vous décidé de clore ce disque avec un instrumental.

David : On l’a senti comme ça, il n’y a ni pourquoi, ni comment. On ne sentait pas de voix dessus – on a quand même essayé quelques chœurs par ci par là, mais… Il y a des morceaux qui doivent être que instrumental. Il est chargé quand même, et c’est compliqué de mettre des voix dessus.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Unease and unfairness pour expliquer ce qu’est Silence Of The Abyss, ce serait lequel ?  

David : C’est très compliqué… C’est un album qui part dans tous les sens et chaque chanson nous évoque quelque chose. C’est un album où chacun a la sienne…

 

Metal-Eyes : Et toi, si tu rencontres quelqu’un demain – bon, tu n’as pas le droit de rencontrer quelqu’un demain, tu es sensé être chez toi – mais à l’avenir, tu veux faire comprendre à cette personne ce qu’est votre musique avec un seul titre, tu lui ferais écouter lequel ?

David : Ah, c’est compliqué… Allez, Nothing at all, parce que c’est le plus représentatif de ce qu’on fait : il y a beaucoup de choses dedans, du lourd, on speed à la fin, il y a des harmonies. Mais je ne suis pas sûr du tout de ce que je dis !

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise Silence Of The Abyss en 2020 ?

David : Ah… « toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort », une connerie comme ça ! Si on est motivés, qu’on voit que les gens kiffent et qu’on a de bons retours, c’est une devise qui pourrait nous aller.

 

Metal-Eyes : Donc on passe des abysses, des profondeurs, à des sommets beaucoup plus élevés ?

David : Oui, pourquoi pas ? Bien sûr !

 

Metal-Eyes : Est-ce que vous profitez de ce temps de confinement pour préparer la suite ?

David : C’est ce qu’on s’est dit au départ, on a la chance d’avoir la batterie à la maison, d’être confinés Diane et moi. Donc, c’est super. On a cette chance énorme de pouvoir travailler. Mais bizarrement… moi, le confinement, ça m’a coupé les jambes. En créativité, ça m’a ruiné. Je n’avais même pas envie de prendre une guitare, c’est quelque chose qui ne m’est jamais arrivé. Ça a duré 3 semaines, un mois où j’avais envie de rien. Là c’est reparti, on travaille sur deux nouveaux titres qu’on a commencé à maquetter. L’envie était dure à retrouver… Diane, pas du tout, elle le vit comme un rêve absolu, le confinement, elle trouve ça super génial (rires) ! Là, on répète le show pour plus tard, on profite de ce temps pour mettre en place les choses pour après. On est sur différentes idées de nouvelles chansons…

TRUST: 40 ans de Répression

Quel amateur de hard rock couillu peut-il, en France tout du moins, passer à côté de Répression, le second album de Trust passé depuis de nombreuses années au rang d’album de légende, de référence ultime ? Le 30 mai 2020, Trust pourrait célébrer en grande pompes le quarantième anniversaire de ce pilier du rock français, paru, donc, le 30 mai 1980. Mais ne le fera pas, le groupe regardant plus l’avenir que le passé.

 

Metal Eyes a pourtant voulu regarder dans le rétro et comprendre la genèse de cet album toujours aussi efficace et actuel quatre décennies plus tard. De longs échanges avec Vivi, le bassiste d’alors, vous permettront de découvrir les secrets de la naissance de Répression.

 

Première question : à quand dater cette genèse ? Arbitrairement, j’ai décidé de retenir l’intégration de Vivi qui arrive au sein de Trust en mai 1979, au moment de la sortie… du premier album. Ray, le premier bassiste de la bande, a en effet décidé de céder sa place pour s’occuper des affaires du groupe sur la route en prenant le poste de tour manager.

 

Enter, donc, Yves Brusco dit « Vivi », qui est alors bassiste au sein de Volcania, formation avec laquelle il enregistre un unique album teinté de punk, L’agression. Il rencontre les membres de Trust lors d’un concert donné « au Swing Hall, un club situé dans les Halles de Paris. Le seul public présent était Bernie, Nono, Raymond, Jeannot (ndMP : respectivement chant, guitare, basse et batterie soit Trust au complet) et leur manager. Ils avaient bien aimé notre set et après, on a fini au bar et nous sommes devenus potes ». Lorsque Ray décide de quitter son poste, après avoir toutefois enregistré le premier album c’est naturellement que Trust fait appel à Vivi, qui n’hésite que peu, Volcania stagnant sans entrevoir d’avenir. Un point qui pèse dans la balance du choix est avancé par Nono : le fait que Vivi chante, ce que personne dans le groupe, hors Bernie naturellement, ne fait et qui peut apporter une touche supplémentaire.

 

Le premier album de Trust paraît le 28 mai 1979 avec le succès que l’on connaît. La force de ses morceaux emblématiques (Bosser 8 heures, L’élite, Police milice, Préfabriqués ainsi que la reprise de Ride on d’AC/DC) propulse le groupe aux premières loges du rock français, aux côtés des Téléphone, Starshooter et autre Océan. Vivi est ainsi embarqué sur les routes avec deux premiers concerts donnés à Aubenas en Ardèche (le 1er juin 1979) et Vic Fezensac dans le Gers (le 2 juin) ville en fête où « les seuls commerces ouverts sont des bars ». Premiers concerts, premiers souvenirs, voire premières peurs aussi comme l’explique le bassiste : « Little Bob Story joue avant nous, pendant leur show, un mec défoncé arrive à monter sur scène, s’agrippe à un câble qui soutient une Genie-tower d’une dizaine de mètres, déséquilibre la structure et la tour s’effondre avec ses projecteurs dans le public » faisant quelques blessés, sans gravité, heureusement.

 

Il n’y a pas encore de tournée cependant, seuls quelques concerts ci-et-là (Mulhouse, Nantes, Le Mans) avant de donner un premier show à Paris, au Bataclan, le 26 juin. La salle est comble, un signe, mais le groupe ne le prend pour rien de moins qu’un autre concert. Après deux concerts donnés début juillet (le 6 à Saint Auban, dans les Alpes Maritimes et le 7 à Tonneins dans le Lot et Garonne), Trust bénéficie de quelques semaines pour pouvoir composer son second album. Le quatuor investit les studios EAB à Mesnil le Roy, dans les Yvelines. Si, nous le verrons à la sortie de l’album, les titres sont signés Bernie et Nono, la composition se fait sous forme de jams. Un riff de Nono permet à tous de développer la structure et les bases du morceau. C’est pendant cette période que le premier album devient disque d’or (soit, à l’époque 100.000 exemplaires vendus).

 

Ce n’est qu’en fin d’année 1979 que le groupe enfile les kilomètres, sillonnant la France de long en large en donnant une quarantaine de concerts entre le 29 septembre à Annecy et le 30 novembre à Roubaix. Le groupe tourne intensivement, les salles se remplissent. Il y a un intérêt pour Trust que Vivi décrit simplement : « Les salles grossissent en capacité ainsi que l’engouement du public, l’album commence à bien fonctionner, on ne s’en rend pas trop compte, notre plaisir c’est d’être sur scène et d’envoyer. » Chaque région est visitée, Amiens, Metz, Strasbourg, Orléans, Rennes, Saint Malo, Lyon, Dijon… Trust s’offre également une première escapade de l’autre côté de la frontière avec deux concerts donnés les 1er et 2 décembre en Belgique (à Schaerbeck puis à Charleroi) qui viennent clore cette première vraie tournée, scellant l’intégration de Vivi. Quand je lui demande si le groupe est alors dans le trip « sex, drugs and rock n roll », sa réponse est claire : « Oui, on s’amuse bien ; imaginez un groupe dans ses débuts qui passe la majeure partie de sa vie sur les routes, ce n’est que du bonheur ». Ah ! Insouciance de la jeunesse…

 

L’année 1979 cède le pas à une nouvelle décennie. Pour Trust, 1980 débute avec deux concerts spéciaux : le premier au Pavillon de Paris le 12 janvier dans des conditions un peu particulières. Le quatuor y joue pour la première fois 5 morceaux du futur album. Comment réagit alors le public à l’écoute des Au nom de la race, Mr Comédie, Saumur, le Mitard et Passe ? « Les titres sont super bien passés, se rappelle Vivi, mais cette journée fut un peu floue. Le concert a failli être annulé cinq heures auparavant, une bataille juridique s’est engagée entre l’organisateur de spectacle (NdMP : KCP) et la maison de disque pour que le concert ait lieu, (il y avait) 12 000 personnes devant la salle qui attendaient l’ouverture des portes. » Et si certains pourront s’étonner de ne pas voir Antisocial à cette liste de nouveautés, c’est simplement que le titre n’existe pas encore…

Le second concert se tient le 24 janvier à la maison d’arrêt de Fleury Mérogis. « C’est Philippe Adler – journaliste qui écrivait dans Rock & Folk (entre autres) qui nous a fait part de cette possibilité. » Pourquoi pas, mais les autorités pénitentiaires doivent imposer des consignes particulières…  Pas vraiment, selon le bassiste pour qui « à part avoir des papiers en règles pour pénétrer dans l’enceinte, la seule consigne était qu’il serait bien de ne pas jouer quelques titres un peu trop subversifs (Police Milice, etc). »

 

Après ces deux dates, Trust se prépare à rejoindre, début février, Londres pour y enregistrer son nouvel album. En 1980, les conditions financières n’ont rien de commun avec aujourd’hui. Les labels financent généreusement les groupes qu’ils produisent et dans lesquels ils croient. Si Vivi ne se souvient pas du budget exact – Bobby Bruno, l’intransigeant et efficace manager du groupe doit garder ces données quelque part – cela « englobait séances de studio (nous y étions à demeure, personne d’autre n’y enregistrait), hôtel, bouffe, argent de poche (Per diem) » (« par jour »). Cependant, la veille de leur envol pour la capitale anglaise, Trust joue 5 titres au théâtre de l’Empire, alors connu pour abriter les émissions dominicales de Jacques Martin (rappelez-vous L’école des fans). Bosser 8 heures et L’élite du premier album y côtoient trois nouveautés encore inédites : Fatalité, Le mitard et Mr Comédie, tous enregistrés dans le cadre de l’émission Chorus, animée sur Antenne 2 par Antoine de Caunes et Jacky (souvenez-vous, oui, le rouquin foufou avant qu’il ne rejoigne le Club Dorothée). Après leur diffusion le 10 février 1980, ces images resteront inédites jusqu’à la parution du CD/DVD Le Best of publié en 2008 par Sony BMG.

 

Trust investit donc les Scorpio studios de Londres jusqu’à la fin du mois de février. Les lieux sont connus de Bernie, Nono et Jeannot qui y avaient travaillé le premier album sous la houlette de Dennis Weinreich en qui ils replacent leur confiance. Cependant, ce dernier n’agit pas comme un producteur au sens classique du terme. Il respecte l’essence de ce qu’est Trust et se charge de mettre chaque chanson en son, dispensant parfois quelques idées. Mais c’est bien d’un travail commun qu’il s’agit.

 

Le Scorpio sound studio est situé dans le quartier londonien de Camden, à Euston road. Il est localisé au rez de chaussée d’une tour. Les lieux ne sont pas grands « mais l’acoustique était très bonne. » De plus, hasard des calendriers, le groupe croise aussi le chemin de Bon Scott, sur place en repérage pour l’enregistrement du futur album d’AC/DC. Il s’attèle à la traduction des textes de Bernie car, comme le rappelle Vivi, « nous avions l’intention de traverser les frontières, donc une version anglaise s’imposait, les textes de Bernie avaient un sens. » Bon Scott assiste en partie aux sessions d’enregistrement et est même celui qui suggère, alors que le titre a pris spontanément forme en répétition, l’idée des chœurs finaux sur Antisocial.

 

Si les autres membres de Trust connaissaient déjà l’Australien, Vivi le rencontre et le découvre. Des liens se nouent aussi autour d’une pinte : « Je ne parlais pas un mot d’anglais à l’époque, mais dès qu’on avait bu deux, trois pintes au pub du coin on se comprenait. » C’est d’ailleurs au cours de ce séjour au Scorpio sound qu’est enregistré, le 13 février 1980, ce qui va devenir un document demeuré inédit jusqu’à sa publication en 2000 : « nous étions en train d’enregistrer quand Bon est passé nous voir la première fois. Nous l’avons aperçu à travers la vitre qui nous séparait de la cabine et nous avons stoppé net, Bon est rentré dans le studio pour nous dire bonjour et c’est à ce moment que Nono a entamé Ride on et, comme par magie, Bon est venu au micro avec Bernie et a commencé à chanter ; cela n’était pas prévu bien sûr. C’est pour cette raison qu’il manque le début du titre, car l’ingénieur du son Dennis Weinreich a été surpris et a appuyé sur record pour immortaliser ce moment. » – Ce document a fait l’objet de deux singles édités en promo à 500 exemplaires chacun, donc, difficilement trouvables.

 

A Londres, Trust s’occupe également de la pochette de l’album et fait de nouveau appel à Herb Schmitz qui avait réalisé les clichés genre taulards d’alors et photo d’identité d’aujourd’hui, des musiciens sur le verso du premier album. Pour le nouvel album, toujours sans nom au moment du shooting, il organise la session dans son studio de Londres et propose de faire poser le groupe, avec une sorte d’effet miroir. Ce que l’on pourrait prendre pour la laque du plateau d’un piano est en réalité un artifice : « ce sont des grands rouleaux de papier réfléchissant posés sur des tréteaux tout simplement. » Idem pour la photo verso montrant le groupe avec une bande de potes : « Nous ne connaissions pas ces personnes. Ce sont juste les clients présents dans ce bar punk, qui ont accepté de poser avec nous. »

 

Plus tard, Trust reçoit la visite surprise de toute l’équipe de CBS, venue lui remettre son premier disque d’or, récompensant les ventes du premier album.  Ce n’est qu’au matin du 19 février, après une nuit de fête bien arrosée que le groupe apprend la nouvelle de la mort de Bon Scott. Cette tragédie a-t-elle eu un impact sur la suite de l’enregistrement ? « Non, l’album était bien avancé. Nous sommes rentrés à Paris pour faire un break et sommes revenus à Londres pour le mixage de l’album. »

 

De retour en France, Trust donne quelques concerts, participant notamment au festival Europe rock 80 au Pavillon Baltard de Nogent sur Marne, un temps pensé pour accueillir des concerts parisiens de moyenne capacité. A l’affiche de ces 8 concerts se trouvent, parmi d’autres, Bernard Lavilliers, Starshooter, Téléphone ou Joe Jackson. Le 15 mars, Trust y dévoile cinq nouveautés – seul Bosser huit heures est extrait du premier album – et joue pour la première fois un Antisocial encore inconnu du public. Un public très réceptif, notamment, grâce au « premier album (qui) avait beaucoup de succès ; naturellement, l’audience était très bonne ».

 

Ce sont ensuite deux dates parisiennes que s’offre Trust. Tout d’abord, le 3 avril, un passage au mythique Golf Drouot, salle qui a vu défiler tout ce que la France a pu faire de mieux en matière de rock, de Johnny Halliday à Eddy Mitchell et ses Chaussettes Noires, en passant par Ange, Magma, Little Bob, Bijou et tant d’autres. Le lendemain, Trust investit le Bataclan. De rares concerts qui permettent sans doute de mettre en place la tournée annoncée dans des conditions réelles. Tout comme son passage au tout jeune Printemps de Bourges qui, pour sa 4ème édition, accueillent les Parisiens le 11 avril. Une date qui peut marquer pour d’autres raisons : « c’est très loin dans mes souvenirs, c’était sous un chapiteau, je me souviens d’une rencontre avec Coluche, une photo existe ».

 

Trust s’offre par la suite quelques escapades hors de nos frontières. L’Italie est visitée lors de deux concerts à Milan et Rome (22 et 23 avril), la Suisse l’est quatre jours durant (du 1er au 4 mai) ainsi que la Belgique, à trois reprises (les 9, 10 et 15 mai) – « C’était les débuts du groupe à l’étranger ; super l’Italie, un public très rock ! ». Autant de concerts grandeur nature et annonciateurs de ce qui va suivre. Trust se permet toutefois de tester, quelques jours avant la sortie de Répression, le public hexagonal au cours de 6 concerts entre le 17 et le 24 mai.

 

 

Avant la sortie de Répression – le titre a été enfin dévoilé – le monde du hard rock voit cependant apparaître une tonne de nouveautés, de groupes déjà en place (Black Sabbath, Scorpions, Van Halen) ou plus récents, parmi lesquels se distinguent Saxon, Iron Maiden, Def Leppard, Angel Witch ou Samson. Le rock dur semble vouloir reprendre ses droits tandis que le punk des Pistols semble s’essouffler. Il y a, en tout cas, une scène vivace, explosive et un public demandeur et de plus en plus présent. Les mois qui suivent confirmeront d’ailleurs cet engouement populaire pour ce renouveau métallique avec d’autres sorties non moins remarquables (Whitesnake, Blue Oÿster Cult, AC/DC, Thin Lizzy, Status Quo, Motörhead chez les anciens, ainsi qu’une palette de jeunes loups que sont Girlschool, Accept, Samson, Diamond Head, Tygers Of Pan Tang, ou encore le retour de certaines gloires telles Michael Schenker Group ou Ozzy Osbourne). Pourtant, Trust est centré sur son nouveau bébé sans porter une attention particulière à ce qui est en train de se passer.

 

La sortie de Répression est planifiée au 30 mai 1980. Il y a un signe qui ne trompe pas, selon le bassiste : ce sont les nombreuses pré-commandes chez les disquaires. Un signe de bon augure. D’autant plus que, il faut le rappeler, il n’y a en France que 2 magazines rock (Best, assez généraliste, et Rock’n’Folk, qu’on le veuille ou non, plus élitiste), 3 chaînes de télé (TF1, Antenne 2 et France Régions 3, toutes nationales) et 4 stations de radio (France inter, RTL, Europe 1 et RMC). Rapidement, Trust bénéficie du soutien inconditionnel de Michèle Abraham qui s’emballe et diffuse dès que possible Antisocial sur les ondes d’Europe numéro 1.

 

Ce n’est sans doute qu’un détail, d’ailleurs le groupe en a changé depuis… Le grand public découvre le logo de Trust (cependant, il figurait déjà sur le 45 tours L’élite, paru en 79). Une signature plus « brillante » et peaufinée par un designer de CBS, son label. Vivi se souvient encore : « Pas d’informatique à l’époque, les pochettes étaient réalisées avec des calques superposés et du Letraset. »

 

Le public se rue sur Répression, album qui confirme tout le potentiel d’un Trust qui explose tout sur son passage. Répression, c’est 10 chansons, 10 titres aussi impeccables les uns que les autres. Bernie avait démontré avoir la langue bien pendue, et cette fois encore, il dit ce qu’il a à dire sur fond d’un rock teinté de punk, plus brut et direct, moins varié sans doute aussi, que sur le premier album. Baigné de blues et de rock, chacun des morceaux a sa propre identité. Les paroles toujours compréhensibles sont crachées à la face du monde par un Bernie aussi sec que les guitares de Nono qui devient rapidement le guitar hero made in France. Le modèle de toute une génération. La basse groovy de Vivi apporte une puissance et un rythme que soutien toujours Jeannot derrière ses fûts. Un groupe uni, au sommet de son art et de sa créativité. Politique, religion, police, société, tout y passe, y compris l’hommage à Bon Scott avec cette photo souvenir d’un temps suspendu qui figure sur la pochette intérieure.

 

Le premier single est aussi le morceau d’ouverture de l’album. Avec son riff immédiatement reconnaissable – qui devient rapidement aussi légendaire que ceux de Highway to hell (AC/DC) ou Smoke on the water (Deep Purple) – Antisocial se hisse rapidement au rang de hit incontournable. Il deviendra bientôt intemporel grâce à la puissance du riff, à l’entrain d’une rythmique d’une efficacité jamais prise en défaut et à cette gouaille…  Des éléments que l’on retrouve tout au long de Répression. Et cette fin, cette répétition de « An-ti-so-cial », savez-vous qui en a eu l’idée ? D’après Vivi, c’est Bon Scott qui a suggéré ces chœurs pour terminer le morceau. Impensable d’imaginer cet hymne s’achever sans faire participer le public avec ces quatre syllabes. On passera cependant sur la vidéo qui présente 4 garçons qui se veulent plus mauvais qu’ils ne le sont réellement, déambulant timidement dans cette casse automobile où ils semblent ne pas oser « casser de la vitre ». Reste que, avec ses textes de rebelle éternel, ce premier morceau fédère toute une génération qui trouve en Bernie, les chansons suivantes de l’album viendront vite confirmer cet état de fait, un grand frère qui dit tout haut ce que peu osent dire.

Comme dénoncer l’accueil réservé par notre beau pays à certaines personnes pas forcément recommandables. Mr Comédie dénonce les exactions commises par l’ayatollah Khomeiny, qui, avant de retourner prendre le pouvoir en Iran, a préparé la révolution islamique et la destitution su Shah d’Iran depuis la France qui l’a accueilli, hébergé et protégé. Quatre décennies plus tard, rien n’a vraiment changé (« Nouvelles dictatures, exécutions sommaires, les femmes doivent se voiler, la musique prohibée. Ils massacrent leurs frères, tout devient absurde ! »).

En empruntant son titre à l’ouvrage de Jacques Mesrine, Instinct de mort dénonce les violences policières et l’exécution, le 2 novembre 1979 en pleine rue, de celui qui fut l’ennemi public numéro 1. Ce titre est rapidement montré du doigt par certains comme prônant le monde criminel, faisant l’apologie des malfrats et voyous de tous rangs. Mais surtout, cette vindicte anti-policière dénonce ouvertement les conditions de vie carcérales déjà inhumaines à cette époque « dans cette prison modèle qu’est Fleury Mérogis. 5 par cellule, il reste une place pour ton fils ». Ce titre n’a pourtant pas été trop source d’inquiétude pour le groupe selon Vivi : « Rien de spécial, nous avons eu quelques soucis pendant nos concerts (grenade à plâtre lancée sur scène), mais rien de très grave. » Trust se veut d’ailleurs préventif en précisant que « Crois le la main tendue vaut mieux que les chaines, surtout quand tu es gosse, tu apprends vite la haine ».

Tout est dit dans le titre : Au nom de la race dénonce quant à lui le racisme ambiant. Sous toutes ses formes. Trust utilise ici un complément sonore que l’on trouvait déjà sur le premier album, une section de cuivres. Si seul Bimbo Acock jouait en 1979 sur Le mateur, ils sont cette fois 4 à souffler sur Au nom de la race : Bud Beadle, John McNicol et Peter Thoms, vraisemblablement des habitués des lieux, rejoignent Bimbo. Bernie y parle déjà de ces cités et de ces regards mauvais que la « bonne » société peut jeter à ceux qui y vivent.

Enchaînement avec Passe se révèle parfait puisque Bernie continue de prévenir l’auditeur qu’il n’est pas prêt à se taire : « J’ai tant de choses à dire, de zones à te décrire (…) Avec toute ma rage je parle de ceux de ma cage ». Cette cage qui pourrait être la cité HLM de Nanterre qui l’a vu grandir, ce qu’il semble confirmer en scandant que « le langage que je parle je l’ai appris dans ma cour. C’est mon environnement, les ordures et les gens ».

A l’époque de sa sortie, les plus anciens le savent…, il faut retourner le disque pour pouvoir écouter la suite. La face B commence avec cette autre claque dans ta face qu’est Fatalité, également second 45t (dont la face B est Passe). C’est un rock endiablé avec une intro au piano que ne renierait pas John Lee Hooker. Mais toute trace du pianiste de Fatalité a disparu tandis que l’on retrouve Bimbo Acock dans une folie au saxophone qui illumine ce titre qui, pourtant, traite d’un sujet grave : l’immobilisme ambiant face au désarroi des cités. Que des tranches de vie, en fait comme le rappelle Vivi : « c’était notre vécu dans nos banlieues. C’est encore pire de nos jours. »

Saumur arrive sur un rythme plus lent et bluesy. Bernie y vomit presque toute sa haine pour la ville du Cadre noir, ville dans laquelle, jusque-là, Trust n’a jamais joué. Qu’est-ce qui vaut un tel ressentiment, une telle haine de la part du chanteur ? Vivi se souvient encore : « Bernie n’avait jamais mis les pieds à Saumur, c’est lors d’une discussion dans un resto avec pote, journaliste à Rock and Folk, qui a raconté une époque de sa vie dans cette ville » qui semble avoir inspiré ce texte. Donc, « l’ami, celui qui m’a souri dans la vieille ville de Londres » n’est pas Bon Scott, comme on aurait pu le croire. Reste que Trust ne s’est pas fait beaucoup d’amis dans cette ville qui transpire la bourgeoisie étriquée sur laquelle flotte une aura passée de respect militaire.

Vient ensuite l’autre morceau de bravoure de Répression. Seul texte que Bernie n’a pas rédigé, Le mitard débute par la narration des mots écrits par Jacques Mesrine. Une narration triste et mélancolique que vient assombrir et alourdir la basse de Vivi avant que plus tard, bien plus tard, la guitare de Nono ne vienne déchirer l’air comme un cri de désespoir. Véritable poème carcéral dans lequel tout une génération peut aussi se reconnaitre – la prison n’est pas seulement faite de barreaux et de cellules – Le mitard inquiète autant qu’il fascine.

Et puisque les morceaux semblent faire appel les uns aux autres, Sors tes griffes continue de parler de la vie de taulard. Plus précisément, de toutes les difficultés qu’un ex-taulard pouvait rencontrer – et peut encore – sur le chemin de sa réinsertion. Tout semble fait pour l’empêcher de trouver une place dans la société. Là encore, le riff de Nono lacère l’air avec une rage et une férocité uniquement doublées par le phrasé tranchant et unique de Bernie.

Répression se termine avec le vindicatif et explosif Les sectes. Besoin de plus de précisions quant au thème abordé ? Speed et déterminé, il s’agit du morceau le plus violent de cet album qui reflète une saine colère contre toute forme d’embrigadement, religieux, sectaire, voire même idéologique au sens le plus large du terme et qui se réfère à la situation de l’époque : les adeptes de Krishna, reconnaissables à leur tenue orange, les illuminés disciples de Jim Jones, pasteur responsable d’un suicide collectif au Guyana. Un titre qui allume joyeusement ces illuminés : « Marche dessus ce sont des insectes, rien à voir dans ce monde d’allumés, ces larves ne sont pas à plaindre, cette vie de zéro, ils l’ont choisie » qui pourrait se résumer en cette simple question « quel est ton dieu quel est ton but ? » La conclusion est un énorme Et merde! doublé d’un éclat de rire aussi horripilant que démoniaque, digne d’un film d’horreur…

 

L’album se vend par palettes entières. Les précommandes ne suffisent pas à assouvir les besoins des disquaires. On peut imaginer que rapidement le quotidien des quatre musiciens a été bouleversé… « Cela se passait bien ; même les flics nous demandaient des autographes ! » se souvient le bassiste qu’on imagine sourire…

 

Répression, on le sait aujourd’hui, est un disque intemporel. Si Antisocial se révèle sans doute comme étant le titre le plus « personnel » de l’album, quand on se penche sur les autres textes, l’engagement est total, Bernie dénonçant et mettant le doigt où ça fait mal. Et l’on ne peut que déplorer que 40 ans plus tard, rien n’ait changé…  Des violences policières (Instinct de mort) qu’on retrouve démultipliées aujourd’hui (contre les Gilets Jaunes, les pompiers, les infirmiers récemment, faut-il le rappeler ?), à l’embrigadement religieux (Monsieur Comédie, Les sectes) qui se transforme de nos jours en un radicalisme religieux sans pareil dans nos cités et banlieues menant, entre autres, à des vagues d’attentats (tuant au nom d’un soi-disant dieu), au racisme et au communautarisme (Au nom de la race), phénomènes grandissant de manière indécente, ou à cette Fatalité, qui touche toujours les gamins (et adultes) des cités, les plus démunis qui errent dans les rues et qu’on regarde toujours aussi bien installés au chaud… Les noms ont changé, les situations ont, elles, empiré… Répression est 40 après sa sortie, toujours autant d’actualité qu’à sa sortie en 1980. Et toujours d’une aussi brutale efficacité.

 

Si quelques concerts sont donnés au moment de la sortie de Répression, un évènement vient cependant marquer de façon durable la vie du groupe : Jeannot décide de quitter le groupe début juin. Les raisons ? Le sujet est sensible ? Le bassiste reste en tout cas évasif : « C’est toujours pour des conneries qu’un musicien quitte son groupe. Quand nous n’étions pas en tournée nous passion notre temps à répéter et une sorte de lassitude peut s’installée. » Si l’on regarde de plus près les dates, la tournée était entamée, et le creux de dates entre le 25 mai et le 6 juin laisse croire que le batteur a pu partie sur un coup de tête. Et qu’il était absent lors de la sortie de Répression, forçant ainsi Trust à lui dénicher dans l’urgence un remplaçant. « L’heureux élu » se nomme Kevin Morris, qui restera jusqu’à la fin de la tournée au Danemark où le groupe joue au Rockslide festival le 27 juin. Les dates prévues au mois de juillet sont annulées et… Là, il faut suivre un peu, puisqu’il semble que l’un des premiers concerts de son remplaçant fut donné le 1er aout à Etaples (près du Touquet). Ce dernier fut rencontré à Londres, au Scorpio sound où Dennis Weinrich présente un certain Nicko Mc Brain à Trust. Mais voilà, le batteur retourne à Londres et est remplacé pour la suite de la tournée par… Kevin Morris recruté à l’origine à la suite d’auditions organisées au local de répétition d’Arcueil.

 

C’est donc Kevin Morris qui répète avec Trust pour le plus gros de la tournée. La période estivale est mise à profit pour que le groupe soit au carré. Bernie, Nono, Vivi et Kevin s’isolent dans le petit village de Wassy où ils trouvent résidence dans un club afin de préparer la tournée Répression dans l’Hexagone. C’est dans ce même secteur que seront tournés les clips de Répression et de Paris is still burning, future version anglaise de… nous y reviendrons ! C’est également à cette période que Trust devient quintette. D’abord rejoint par Thibault Abrial, bientôt remplacé par Moho « La venue de Moho apporte un plus au son du groupe, Moho est un excellent guitariste et un pote d’enfance de Nono. » L’apport d’un second gratteux ne peut que donner plus de relief et de puissance au groupe, en live en tout cas.

Le groupe repart sillonner la France entre le 1er octobre et le 6 décembre. Une tournée intensive quasi non-stop (une petite semaine de repos leur est accordée début novembre) qui part du nord du Pays (Amiens) pour se terminer à Lyon. Le public grossit, la Trust mania commence à se faire sentir. Nombre de concerts se donnent à guichets fermés. De ces derniers, deux choses sont à noter : en 10 jours, la ville de Nice, cité de retraités friqués, est visitée à 3 reprises… Alors quand on lui demande quelle était la relation de Trust avec la cité de la Promenade des Anglais, rappelant que c’est une ville dont Jacques Médecin, alors quasi éternel maire (élu depuis 1965), avait une réputation assez mafieuse… eh bien, Vivi se concentre sur le public plus que la politique : « Les concerts au Théâtre de verdure de Nice étaient chauds bouillants, un super public ! » On veut bien le croire sur parole ! Pourtant, Trust ne peut tourner partout où il le souhaite. Certaines villes ont-elles interdit des concerts ? « Certainement, il y a des villes où nous étions interdits de passage. Trust dérangeait ! »

La seconde chose qui marquera, ce sont ces dates de Nice (23 et 24 octobre), Nantes (29 novembre) et la dernière de Lyon (6 décembre) qui feront l’objet d’enregistrements. Des bandes dont nous reparlerons puisqu’un live ne fut publié que des années plus tard, en 1992.

 

Quelques jours après la fin de la tournée, le 15 décembre (bien qu’une autre date mentionne le mois de janvier 1981), le public voit apparaître dans les bacs Répression version anglaise. Tout est dit dans le titre, et l’objectif de cet album est naturellement de séduire le marché international. Les ambitions grandissantes de Trust sont naturelles. Si la musique est celle enregistrée à Londres, Bernie est allé capter cette nouvelle version au studio Miraval dans le sud de la France au cours des mois d’été. C’est Bon Scott qui s’est attelé à la traduction, ou plutôt l’adaptation des écrits de Bernie. Mais le sort a brusquement interrompu cette tâche et Bernie reste aujourd’hui encore persuadé que ces écrits ont été récupérés et cachés par le management d’AC/DC… Alors, c’est Jimmy Pursey, membre des keupons de Sham 69 qui s’y colle. Seul Le mitard reste en français, tandis que Saumur, étonnement, devient Paris is still burning, qui deviendra le nouveau single. Chose surprenante, la photo qui orne la pochette de ce 45t – qui montre Nono, Bernie et Vivi live, est identique à l’une des versions de l’album…  Mais surtout, pourquoi zapper Saumur ? Ben, pour la simple raison que, comme le résume si bien Vivi, « Personne ne connait Saumur à l’étranger. » Logique.

 

Cependant, alors que Trust est en pleine gloire, cette nouvelle version souffre d’une faiblesse énorme : le chant anglais passe beaucoup moins bien. Est-ce dû à l’accent franchouillard de Bernie ? Au fait que sa gouaille passe moins bien en anglais ? Ou encore au fait d’avoir enregistré seul, et n’avoir, par conséquent, pas pu retrouver l’énergie des studios londoniens ? Reste que Répression version anglaise constitue une carte de visite non négligeable pour séduire le marché international.

 

L’année 1980 se termine néanmoins avec un Trust au firmament. Sur le terrain du rock énervé made in France, seuls Téléphone, et, dans une moindre mesure, Océan jouent dans la même cour. Les premiers ont sortis leur troisième album, Au cœur de la nuit, le 20 octobre (il finira 3ème des ventes), précédé du film documentaire – mi live, mi interview – Téléphone public, réalisé par Jean-Marie Périer. Les seconds ont également occupé le terrain avec deux publications, leur second album connu sous le nom de Je suis mort de rire, et un album mi live mi studio intitulé A live + B. Mais Antisocial a profondément marqué les esprits et l’aventure Répression ne se termine pas avec l’année.

 

Aujourd’hui, personne n’en est plus surpris : début 1981, Trust se retrouve sans batteur. Le groupe se rend à Londres afin d’y organiser des auditions en vue de la tournée qui se prépare. Vivi se souvient : « Nous étions partis à Londres pour auditionner des batteurs, Nicko étant au courant il est passé nous voir.  A la fin de l’audition Nicko s’est mis à la batterie, on a jammé et c’était reparti ! Nicko est quelqu’un de très attachant, toujours le mot pour rire et un des meilleurs batteurs du monde. » Heureusement, le bassiste avait commencé à apprendre l’anglais, chose d’autant plus nécessaire que l’équipe technique est anglaise.

 

Nicko, le joyeux drille, se trouve ainsi embarqué dans la nouvelle aventure qui voit Trust sillonner le Royaume-Uni en première partie des jeunes loups d’Iron Maiden qui sortent leur second album, Killers. Pendant un mois, les Frenchies – ou, comme ils sont communément appelés outre-Manche, les « froggies » – séduisent un public avide de décibels et d’énergie. Le périple maidennien démarre le 17 février pour s’achever le 15 mars à Londres. Mais comment Trust s’est-il retrouvé sur cetet affiche ? « : On ne connaissait pas Maiden, ils venaient de sortir leur second album Killers. Ce sont les maisons de disques et notre management de l’époque en relation avec celui de Maiden, qui nous ont permis de participer à cette tournée. » Aussi simple que ça, et de cette tournée, on le sait, naît une grande amitié et un grand respect entre les deux groupes.

 

Pour dignement fêter cette première escapade britannique épuisante (24 concerts en 27 jours…), Trust investit le mythique Marquee dès le lendemain, 16 mars. Une salle mythique qui a vu les premiers pas de légendes telles que les Rolling Stones, David Bowie, The Police, The Who, The Cure, Jimi Hendrix, Pink Floyd, Joe Cocker… Malheureusement, il n’existe aucune trace audio de ce concert.

 

Si le printemps est assez calme, Trust donne toutefois quelques concerts : une soirée à Reims suivie d’un nouveau passage au Bataclan (20 et 21 mars 1981) avant de faire un saut de puce chez sa gracieuse Majesté les 28 mars (Leeds, en ouverture de Motörhead) et 29 mars à Londres (nouveau passage en tête d’affiche au Marquee). Des concerts donnés « juste le plaisir de jouer, nous demandions au management de nous organiser des dates hors cadre des tournées. »

 

Le public anglais est si réceptif au hard rock de Trust – la presse à même désigné son rock sous le terme de « Boogie with brain » – que les Français organisent, exploit unique en France, une tournée en tête d’affiche. Le rythme y est aussi effréné que sur la tournée Killers : entre le 22 mai (St Albans) et le 11 juin (Londres), ce sont pas moins de 18 concerts qui finissent de séduire nos voisins. Si Vivi conserve de nombreux souvenirs, la date de clôture au légendaire Hammersmith Odeon « reste un grand moment » . On peut l’imaginer, en effet (même si la date de Londres indique le Lyceum, salle tout aussi légendaire mais de moindre capacité et surtout située dans une autre quartier). Ces concerts ouvrent au groupe les portes du festival de Reading. Mais c’est une autre histoire… Car désormais stable, Trust envisage déjà, naturellement, de donner un successeur à Répression et profite de toutes ces dates pour tester un peu de nouveau matériel, toujours en compagnie de Nicko dont Vivi parle avec admiration : « Nicko a un jeu incroyable ; autant visuellement que rythmiquement, c’est un plaisir pour un bassiste de jouer avec lui, j’ai beaucoup appris. »

 

Répression est entré dans la légende. Il reste un album exemplaire et indispensable. Un disque, une période même, qui a permis à Bernie, Nono, Vivi, Jeannot, Moho, Nicko et Kevin de, comme le conclut Vivi, vivre « Une très grande période de notre vie, c’est comme un rêve d’enfant qui se réalise… » Un rêve qui a hanté nombre d’esprits et ouvert de très nombreuses perspectives au heavy rock hexagonal.

 

Une période qui refait surface douze ans plus tard lorsque parait un album live enregistré lors des dates de Nice, Nantes et Lyon. En 1992, en effet, le public peut découvrir ce disque noir témoignage explosif de cette période. 14 titres – plus une intro – dont le rare Darquier (face B du single Le mateur paru en 1979) et deux reprises d’AC/DC – Problem child et Live wire. D’une manière quelque peu étonnante, il ne figure que 3 titres de Répression (Monsieur Comédie, Fatalité et Antisocial). Mais le public peut également découvrir un nouveau titre, Les brutes qui figurera sur le futur album. Peu importe après tout, car ce live entre vite dans la catégorie des indispensables du genre. Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour le publier ? Les causes en sont principalement techniques, comme l’explique Vivi : « Effectivement, plusieurs concerts ont été enregistrés durant cette tournée et les bandes sont restées dans les locaux de CBS pendant des années. Les enregistrements se faisait en analogique sur des bandes magnétiques 24 pistes, qui avec le temps se dégradaient. Un mauvais stockage avait abîmé les bandes. A la première lecture sur un magnéto, l’oxyde de fer se décollait de la bande magnétique et s’accumulait sur les têtes de lectures. Il a fallu trouver un studio équipé de magnétos Studer qui permettait de lire une seule fois la bande et de la copier directement en numérique. » Ce qui explique sans doute l’absence de nombreux titres de Répression. Mais on ne se lasse pas de ce live, dernier vestige d’une époque révolue magique.

 

Merci à Vivi d’avoir apporté spontanément tous ces éclairages et répondu à mes nombreuses sollicitations et questions, ainsi qu’à Sabrina (Verycords) d’avoir tenté d’organiser une rencontre avec Nono, rencontre avortée à cause d’un certain confinement…
Source des illustrations (affiches, billets de concert, disques…): internet

 

 

TYLER AND THE CREW: #1

France, Blues (Autoproduction, 2020)

On n’aura de cesse de le dire: en matière de rock et de blues, de musique qui vient simplement des tripes, on sait vraiment y faire en France. Tyler and the crew vient de nouveau en apporter la preuve avec ce premier Ep, sobrement et simplement intitulé #1. Cinq titres originaux de ce blues rock direct et sans fioriture, cinq chansons qu’on écoute en se dandinant, sans se poser de questions. Plus une reprise de All along the watchtower de Bob Dylan (reprise un nombre incalculable de fois) dans une version toute personnelle autant que respectueuse de l’originale. Démarrant avec Hell of a woman, la guitare de Tyler crie son blues avant que n’intervienne le chant rauque du bouffeur de papier de verre. Chaleureux et entraînant, comme le blues aérien qui suit (Leaving this all behind) qui évoque par instant Aerosmith. That’s all right est plus foncièrement rock et me fait penser aux Australiens de Shadow Queen, tandis que le chant de la reprise ressemble par instant au Bon Jovi séducteur des premiers albums. Dead est plus mélancolique, normal pour un titre qui parle d’amour décue, tandis que Aaron’s song est une ballade, véritable déclaration d’amour à son enfant (Aaron, sans doute?) Un titre émouvant en diable dont une sobre guitare vient apporter une conclusion pendant deux bien trop courtes minutes. Tyler And The crew a tout pour séduire un large public. C’est maintenant à vous de jouer!

DUALITY: Elements

France, Metal (Autoproduction, 2020)

Quatuor de metal dit « moderne » (étiquette fourre-tout par excellence…), Duality a déjà un album et un Ep à son actif (140 waves en 2016 et Archeology en 2017) avant ce nouvel Ep, Elements, daté de mai 2020. Au travers des 5 titres, le groupe explore diverses facettes du genre, honorant ainsi son nom. Car la dualité est effectivement de mise tout au long du disque. Démarrant avec un In the sun aux guitares rageuses et au chant doux, Duality m’évoque un mélange de Seether et de Soen, avant de plonger dans le navire Ship avec des guitares appuyées, des growls bien sentis accompagnés de quelques touches légères de claviers. Mais il manque quelque chose, le titre peine à me convaincre totalement. Les touches orientales qui s’égrainent au fil de Buried – et ses guitares aériennes – et Fluffy cloud apportent certes une autre couleur musicale mais, là encore, il manque quelque chose. Sans doute la facette prog de Duality mériterait-elle moins de hurlements? Solace, justement, m’attire. Autant par la construction que par la force de ce texte à mi parcours, non plus chanté mais simplement, sobrement narré. Une narration accompagnée de quelques vocalises avant qu’une longue partie instrumentale ne vienne joliment conclure ce nouvel essai qui, vous l’aurez compris, ne m’a qu’a moitié séduit. Trop d’explorations, sans doute, un chant qui mériterait moins de cris aussi, en tout cas, selon mes goûts… Mais,malgré tout, un disque prometteur aux compositions réfléchies pour interpeller. De ce point de vue, misson accomplie.

CHEMICAL SWEET KID: Fear never dies

France, Metal electro (Dark tunes music group, 2020)

Les amateurs de sons electro connaissent sans doute déjà Chemichal Sweet Kid. Sans doute mieux que les metalleux. Mais la donne risque de changer, car CSK (CSK, pas DSK!) se fait de plus en plus metal dans son approche. Oh, bien sûr, l’electro virulente, presque transe parfois, est au coeur du propos musical, mais avec ce cinquième album, , il y a une différence notable: Julien, le fondateur, chanteur et compositeur de la formation lorraine, a ajouté à sa musique la guitare. Et ça, ça change tout. Après une intro sombre, inquiétante et glauque, le superbe Lost Paradise donne le ton: des rythmes hypnotiques et martiaux qui évoquent tour à tour Rob Zombie, Ministry ou encore Rammstein – bien que ces derniers ne soient pas une influence selon les dires de Julien. Malin, CSK ne se contente pas de bourriner de bout en bout. Au contraire, les rythmes et ambiances sont variés, parfois lents (The fire within), à d’autres moments hypnotiques et rageurs (Never again) ou digne des boites de nuits estivales aux sons syncopés (Push your limits). Chemical Sweet Kid développe une identité qui lui est propre bien que les amateurs de la scène électro metal/metal indus française feront un rapprochement avec Punish Youself, Shaärghot, Porn ou encore Herrschaft. Il semble néanmoins qu’avec Fear never dies, Chemical Sweet Kid soit en passe de franchir un cap décisif dans sa carrière. C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter!