PRIMAL RAGE: Awakening the masses

France, Thrash/Hardcore (M&O, 2021)

On ne va pas passer par 4 chemins: Awakening the masses, le premier album de Primal Rage depuis deux décennies, est un de ces putains de crochets qui te mettent genoux à terre en moins d’un round. Le groupe Savoyard a décidé de refaire parler la poudre et nous propose un album coup de maitre. Le thrash hardcore que propose le groupe est simplement redoutable. L’efficacité réside, au delà de la qualité des composition, dans les refrains et les chœurs qui présentent un groupe à l’unisson, une formation avec pour objectif commun d’entrainer l’auditeur et/ou le spectateur dans cette tempête de rage contrôlée. Putain, ces mec ont leur place à la Warzone direct! Zou, allez me faire des circle pits et des wall of death! Ca bastonne et ça dézingue à tout va! On pourrait faire l’analyse de chaque titre qu’on en reviendrait à la même chose: de Repression au morceau éponyme en passant par FFF (un rapport avec le groupe? mais non…) Racial hate, No cure for hate ou… bref, une conclusion s’impose: « ça le fait grave et sévère ». C’est certes brutal mais c’est également, surtout, salvateur. Alors, simplement, tout simplement, laissez-vous tenter et entrez dans cette massez que Primal Rage veut réveiller. Espérons simplement qu’il ne faille pas une nouvelle double décennie pour un nouvel album, mais laissons celui-ci vivre pleinement sa vie!

 

Interview: KNUCKLE HEAD

Knuckle Head, c’est facile comme groupe. Ils sont deux. Pour cette interview, ma première question est de savoir auquel j’ai à faire, le beau ou le sympa? « Ben, c’est facile, je suis Jock Alva, le batteur, le tatoué« . Ok, un cogneur. Donc j’arrête mes vannes. Quoique…

Holsters and rituals est le second album du groupe. Sachant que le premier album s’intitulait 2, que le duo a également sorti un Ep faisant de ce nouvel album son troisième enregistrement… Faut vous suivre sur ce coup-là, dis… « Euh… oui, si t’a envie (rire)… Tu sais, tu es le dernier alors là je me lâche« . Aussi légère que puisse être cette interview, interroger Jock (ou joke?) se révèle simplement léger et plus que sympathique. Alors, commençons par le « simple » Knuckle Head, c’est quoi? « C’est un duo, gratte, batterie. Epuré au maximum. C’est du dark country… Te définir ce que c’est, c’est difficile. Tu écoutes et tu vas avoir du stoner, du sludge, du doom, du hard rock, de la country, du metal, du ard blues, du rock, du soft rock… C’est un énorme mélange et tu mixes tout. Tu rajoute, cerise sur le gâteau, un peu d’occulte, et tu sert ça avec un bon dessert et ça te donne Knuckle Head« . Le point commun entre tous ces style, c’est le côté US de la musique, très connotée west américain, avec les grandes étendues, le sable et le désert… « Absolument. On essaye vraiment, aussi, de mettre notre personnalité dedans« . Et c’est plutôt réussi.

« On a travaillé 3 ans sur cet album« , déclare Jock. Oui, mais il y a eu le Covid pour ça. « Ben justement… Il est très bien tombé, parce qu’on a vraiment pu prendre le temps de se concentrer à 200% sur ce disque. On sait que le mot Country touche à l’Amérique, mais on voulait mettre aussi le côté européen. Le côté château, un peu occulte des rituels, des forêts, sans compter que nous venons d’Alsace, là où ont été formées les sorcières… On voulait que cette country mette en valeur le côté européen. Il n’y a que les Américains qui puissent faire de la vraie country« . Country, oui, mais on reste très loin de Dolly Parton, heureusement… Le groupe a donc pu tirer profit de la crise sanitaire. En quoi le Covid a-t-il servi le duo? « On a pu prendre du temps, simplement. On a pu tout faire… On fait tout nou smême, de la gestion des réseaux sociaux à l’envoi des colis pour les commandes. Si tu dois tourner en même temps, aller en studio, sachant qu’à côté j’ai une entreprise de tatouage… Même si la musique reste au dessus de tout, tout ça prend énormément de temps, donc oui, bien sûr que le Covid nous a servis à beaucoup moins stresser, à travailler encore mieux l’album. Je penses aussi que l’expérience du temps nous a servis à nous trouver. Il y a plus d’harmonie. Je pense que Knuckle Head suivra cette voie sombre et lumineuse« .

L’album s’intitule Holsters and rituals. La pochette évoque ces derniers, à commencer par le côté sombre, le logo en cercle du groupe, les gens qui prient ces statues… Quels sont donc les rituels de Jock et Jack? « Je ne sais pas comment t’expliquer ça… En fait, l’artwork de l’album représente 2 statues qui, entourées de deux vitraux est exactement ce qu’on a reproduit sur scène. On a ces deux vitraux de 2 X 1 m sur scène qui sont une forme de bienvenue quand tu viens en concert. Quand tu nous vois sur scène, on te dit « bienvenu », et le chemin t’amène vers cette montagne, ce ciel, qui sont une invitation à une sorte d’évacuation totale« . mais eux, Johnson et Johnson, pardon, Jack et Jock, en ont-ils, des rituels, avant de monter sur scène, d’enregistrer? « Non, pas du tout. on n’est pas une religion, mais on prêche une forme de quelque chose. Ok, c’est une forme de rituel, mais quand tu rentre dans cet endroit, cette salle de concerts, c’est fait pour que tu oublies, que tu vives beaucoup mieux ce qu’il se passe autour de toi« . Donc, Knuckle Head apporte des ondes positives… « Exactement. Même si certains pourraient penser l’inverse en voyant la pochette« .

Tatouage, justement, Jock est tatoué partout. Que reste-il d’espace sur son corps qui ne le soit pas? « Euh… la voute plantaire (rires). Il me reste encore un peu de place« . Donc, pour Jock, le tatouage est un rituel. « C’est un rituel, oui, mais pas autant que la musique. C’est d’ailleurs, maintenant, le moyen que je préfère pour aller me vider la tête. Avant, ça passait par le tatouage qui est pour moi très personnel comme acte. c’est soit un moment très triste, sombre, ou très heureux. Je ne me marque que pour ça, pas pour l’art. C’est ma façon de m’exprimer, et maintenant, cette expression passe par la musique qui est mon exutoire. »

Kncuckle Head c’est également un groupe de rock, qui vit pour la scène. Le duo vient de retrouver le plaisir des salles qu’il vit, on l’imagine volontiers, comme une libération. « Oui, avec beaucoup de stress. Le peu de dates qu’on a eues, le Covid est arrivé. Là tout reprend à la normal, avec en plus la sortie de l’album. Il n’a en plus rien à voir avec l’album 2, qui est plus coloré, celui ci est beaucoup plus sombre. On s’est dit qu’on allait perdre une partie de notre fanbase. Peut-être pour en gagner une autre, mais en perdre une partie. Et en fait, pas du tout! C’est incroyable les retours qu’on a depuis trois jours, depuis le début de cette tournée. Des fans et de vous tous, au cours des interviews. On vous remercie plus que tout pour cette bonne ambiance, cette appréciation de ce nouvel album. On est vraiment très flattés par tout ça« .

Si Jock devait ne écouter qu’un seul titre de cet album pour expliquer ce qu’est Knckle Head, il retiendrait « le dernier, The sword. C’est pour moi l’aboutissement parfait d’une sonorité dark country. il y a cette sonorité d’énergie country un peu bizarre, on dirait qu’on a donné du Red B*** à la country et d’un coup tu passes sur ce riff stoner doom vraiment lourd, et cet énorme larsen de 30″ qui laisse place à cette espèce de pogo qui te fait headbanguer. Oui, c’est l’aboutissement de cet album. A écouter dans l’ordre! »

Pour conclure, pour Jock, la devise de Knuckle Head pourrait être « Ne jamais rien lâcher. Jamais abandonner« . En attendant, il tient à rajouter « profitez de chaque jour comme si c’était le dernier. Avec tout ce qu’il se passe, essayez de garder le sourire, d’être gentil avec les autres comme ça vous aurez un bon karma! »

Entretien téléphonique avec Jock Alva (batterie). Propos recueillis le 28 mars 2022

DECASIA: An endless feats for hyenas

France, Psyché (Heavy psych sounds, 2022)

Decasia est un trio formé au début des années 2010 à Nantes. Après deux Ep, un éponyme en 2014 et The lord is gone en 2017, Decasia nous propose aujourd’hui son premier album, An endless feast for hyenas. Loin de vouloir inventer ou réinventer un genre, le trio nous propose un album puisant aux tréfonds du rock psychédélique de la fin des années 60/début des années 70. Il y a dans ces dix titres la folie des Doors, la puissance de Motörhead, la fumette de Hawkwind, le heavy de Black Sabbath, le tout enrobé, visuellement et musicalement, d’influences indiennes (souvenez-vous les pèlerinages sur les chemins de Katmandou, on y est). Les guitares saturées et ronflantes, la puissance sonore, le côté perché de ces compositions nous replonge dans un passé que d’aucuns tentent de faire revivre. Pas question ici du revival southern rock, non, mais bien de l’univers déjanté du rock psychédélique. Le chant – peu intelligible – rappelle  Ozzy Osbourne ou Jim Morrison, les guitares évoquent un meeting entre Fast Eddie et Tony Iommy, les soli les envolées barrées des musiciens d’antan sous acide. Pas forcément très actuel, moins dansant qu’un Blues Pills, l’ensemble reste cependant intriguant et quelque peu attirant bien et peut s’apprivoiser petit bout par petit bout. Un saut dans le temps.

ALTA ROSSA: Void of an era

France, Hardcore (Source Atone records, 2022)

Certains avaient appelé leur album « la fin d’une époque », les coreux français d’Alta Rossa vont plus loin encore en l’annulant purement et simplement… Void of an era est le premier album du groupe fondé en 2020 par des membres de Horskh (dont l’album Wire avait fait l’objet d’une chronique ici-même) et de Asidefromaday. 2020, oui, année du seul, du vrai, de l’unique confinement qui a vu la face du monde changer radicalement. Pas étonnant que ces gars aient la rage et veuillent carrément annuler cette période qui nous a privés de presque tout. Alta Rossa pousse cependant plus loin son propos, et dénonce à sa manière le mal qui ronge notre planète et son (in)humanité en montrant du doigt les puissants, qu’ils soient politiques, économiques ou autres, et pu****, que c’est d’actualité!. L’urgence de cet album de 7 titres se traduit par la durée de ce CD: avec à peine 31 minutes, on va droit au but. C’est radical sans être purement brutal, chanté avec une rage et une haine farouches – amateurs de belle vocalises, passez votre chemin – puisées au sein du hardcore pur jus et d’une certaine forme de black metal. Au travers des Binary cell, Dawn will never rise ou autre The fall, Alta Rossa frappe fort et annonce clairement ses intentions musicales: dans ta face!

DEFICIENCY: Warenta

France, Thrash (Metal East, 2022)

Nous avions pu rencontrer, il y a 5 ans, Deficiency qui présentait alors The dawn of cousciouness, une tatane thrash qui enfonçait le clou de son prédécesseur, The Prodigal son, album très bien reçu. « On a pas mal tourné avec The dawn of cousciousness, jusqu’en 2019, nous explique Laurent Gisonna, chanteur et guitariste du quatuor. On a ensuite pu se concentrer sur la suite. On a pu capitaliser sur les bases de ce que nous avons vécu précédemment et travailler les bases de ce nouvel album, Warenta« . Les Lorrains de Forbach reviennent aujourd’hui avec Warenta, un concept album qui traite de ce monde rude des mines de charbon et de ses extracteurs, les mineurs aux gueules noires des années 40. On peut aisément imaginer que la diffusion récente de la nouvelle version de Germinal, une des chefs d’œuvre d’Emile  Zola, a pu inspirer Laurent Gisonna et sa bande, mais il n’en est rien. « L’histoire qu’on raconte concerne la mine et les mineurs mais ne traite pas d’eux. Ca concerne ces personnes-là parce que c’est la population qui habitait cet endroit et qui a vécu les évènements qu’on relate dans cet album, mais, en l’occurrence, ce n’est pas une histoire sociale qu’on veut raconter. On se détache de cet angle-là. Nous, ce qu’on a voulu raconter, c’est plutôt une histoire locale basée autour de légendes, croyances, superstitions… Il y a un fond de vrai, mais la mine est simplement le cadre, plus que le cœur de l’histoire. » Donc, Deficiency n’est pas encore le nouveau Zola…

Cependant, 5 années se sont écoulées entre les deux derniers albums du groupe, alors, comment Laurent analyse-t-il l’évolution de Deficiency? « Déjà, on a un « nouveau » batteur puisqu’on s’est séparés de Tom en 2018. Bon, il n’est pas si nouveau que ça, Benjamin (Jaksch)… Il n’est pas forcément influencé par les scènes extrêmes, mais il a su se mettre au diapason ». Il frappe fort, pourtant… « Oui, il frappe très très fort, confirme Laurent. Je pense qu’il a une autre sensibilité, il caresse son instrument différemment, il a plus de subtilité dans son jeu que nos batteurs précédents, et je pense que ça s’entend, que ça apporte quelque chose de plus musical dans l’identité sonore du disque. On a su, je pense , garder notre identité, même si la voix y fait beaucoup – j’ai quand même voulu tester des choses nouvelles; On a poussé le curseur un peu plus sur les ambiances, les structures, les côtés symphoniques. Les ingrédients étaient déjà tous réunis mais on les a travaillé de manière à ce que le tout soit plus fluide, qu’il y ait moins d’information et que ce soit plus cohérent. » La réalité c’est que Deficiency reste profondément ancré dans le thrash avec, également, ces breaks, ces moments plus soft éparpillés ici et là qui permettent de respirer, de se poser un peu. Il y a aussi, en effet, la voix de Laurent, qui alterne avec une facilité déconcertante entre rage thrash et grognements death, distingue le groupe de ses concurrents (et néanmoins amis). Comment la travaille-t-il pour alterner avec autant d’aisance. « La travailler, je ne sais pas… C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Peut-être que ça parait plus simple sur cet album, c’est lié à l’expérience, à l’âge qui fait que je peux toucher d’autres sonorités, d’autres fréquences que je n’avais pas l’habitude de chatouiller avant. Je crois avoir su garder mon identité tout en allant chercher de la nouveauté, et c’est un sacré défi! La voix c’est aussi un instrument, et ça se travaille, ça s’entretien de la même manière que la guitare ou la batterie. »

On ne passera pas à côté de l’invité de marque que le groupe « au delà des prières et des danses vaudou qu’on a pu faire quand on l’a abordé » a su convaincre de participer à I am the misfortune herald. « Bjorn « Speed » Strid, au delà de la musique de son groupe qui est dans la même ligné que nous, j’ai toujours apprécié son chant, il m’a beaucoup influencé dans sa manière de passer d’un état à un autre. Il recherche la mélodie, le refrain parfait qui s’ancre dans ton esprit. A mon modeste niveau, j’essaie de reproduire cet esprit. On lui a en fait simplement envoyé un mail, puis le morceau, ça l’a intéressé et _ça s’est fait. Simplement… Il y a aussi cette période de confinement qui fait que certains ont sans doute eu un peu plus de temps pour ce type de collaboration, pour tenter autre chose« . D’accord, mais si le thème de l’album n’avait pas été les mines, le groupe aurait-il invité quelqu’un d’autre que le chanteur de Soilwork, du « travail de la terre »? Il se marre: « Bien vu, mais, non! C’est indépendant de notre volonté. Ca se serait appelé Balais ou Poutre, on l’aurait quand même invité. C’est juste que, artistiquement, on les adore« .

Le groupe a pu enregistrer en studio, mais chacun son tour « On a voulu garder l’authenticité du studio. Le processus a duré quelque mois, mais au final, on est totalement satisfaits du résultat qui sonne moderne et ne vieillira pas avec le temps, je pense. » Justement, comment Laurent définirait-il la musique de Deficiency pour inciter quelqu’un qui ne connait pas son groupe à en écouter plus? « Ouh la! C’est compliqué comme question! Je ne suis pas forcément le plus objectif pour en parler… Mais disons que nous ne nous contentons pas de jouer du thrash pur et dur. On a une base de thrash moderne, mais nous ne nous donnons aucune limite d’exploration. C’est assez ouvert d’esprit, alors si tu es ouvert d’esprit en matière de metal, tu va t’y retrouver« . Il y a, c’est vrai, une belle variété de morceaux sur Warenta. Si Laurent ne devait en retenir qu’un seul pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Deficiency aujourd’hui, lequel serait-ce? « Super dur… (rires) Chaque titre a son identité, si tu prends… » Je l’interromps alors qu’il commence à décrire les différentes chansons et le recentre sur un seul titre… « Je ne peux pas répondre… Bon, allez, je vais me lancer avec The feathers. C’est le morceau qui fait la jonction entre tout ce qu’il y a : des mélodies toujours prenantes, un refrain fort et fédérateur, un esprit un peu progressif et, aussi, les riffs qui vont vite et qui font secouer la tête (rires)« . Il se trouve aussi que c’est le titre le plus long (7’09), celui dans lequel le groupe a pu mettre un peu de tout (il confirme).

Terminons avec le classique de Metal Eyes: quelle pourrait être la devise du groupe? « Ah, elles sont compliquées tes questions, cher MP… « Du metal varié mais du metal quand même« , ça te va? » Oui, parce que Deficiency avec Warenta est définitivement metal. Du thrash qui dépote sans pour autant prendre la tête sauf pour la secouer. Alors inutile de se priver, réservons à Warenta un accueil digne de ce nom, d’autant que les dates commencent à être annoncées. Un groupe à ne pas rater sur scène!

Propos de Laurent Gisonna recueille le 15 mars 2022.

 

 

FEED THE SHARKS

France, Heavy metal (Ep, M&O, 2021)

Ils sont originaires de la station balnéaire de Thonon les Bains, en Haute Savoie, et si le nom du groupe, autant que l’illustration de ce premier Ep, peut laisser croire à du metal saignant, il n’en est rien (et, notons le, de toutes façons, on ne trouve pas de requins dans le Léman ^_^). Feed The Sharks propose un metal carré, puissant, au chant clair, un metal qui s’inspire de la vague heavy américaine avec tous les codes du genre. C’est super efficace, d’autant plus d’ailleurs que tout est réuni pour que ce groupe puisse exploser: une production grasse à souhait, un chant anglais parfaitement maitrisé, des guitares rageuses et tranchantes, une rythmiques genre char d’assaut et 5 titres aux mélodies groovy et redoutables taillées pour des passages en radio sans être « friendly ». Ces gars ont été biberonnés au son des guitars heros de groupes, avant d’être plongés dans le bain du renouveau metallique des années 2000. Parler de la scène metalcore semble trop limitateur, mais oui, il y a cette rage à la Killswitch Engage ou cette puissance et ce sens de la mélodie chères à Avenged Sevenfold. C’est moderne et bigrement réussi. un premier essai  imparable, point. A découvrir d’urgence. Bravo! Euh… un album, c’est possible?

HARSH: Out of control

France, Hard rock (Autoproduction, 2022)

Amoureux du glam rock des 80’s, amateurs de hard rock mélodique qui sait aller chercher la mélodie efficace, chantante et dansante, attention! Harsh débarque avec Out of control, un premier album qui fleure bon l’amour de cette décennie dorée où tout semblait pouvoir être osé et permis.  Des guitares qui fusent, des rythmiques qui vont droit au but et font taper du pied, une gnaque et une gouaille sans équivoques… Le groupe parisien a déjà publié un Ep et 2 singles depuis 2018, tourné avec Inglorious, Anvil ou encore Loudness. Au travers de 8 titres simplement rock, Albert (guitare et chant), Séverin (guitare), Julien (basse) et Léo (batterie) dévoilent tout leur amour pour ceux qui sont entrés dans la légende, de Bon Jovi à Mötley Crüe, en passant par Ratt, Great White, Guns N roses et autre Poison, lorgnant même parfois du côté d’Aerosmith ou de The Who. Franchement, ça le fait: le chant est puissant et varié, l’anglais d’Albert parfaitement maîtrisé, Harsh sait, power ballad et ballade incluses, utiliser les codes du genre sans en abuser et parvient à trouver son style. Moins sexuellement obsédés que Steel Panther (malgré un look et des sourires qui évoquent le groupe américain), tout aussi rock que ses glorieux ainés, offrant un album à la production sa reproches, ce Out of control se révèle efficace de bout en bout. Au travers de huit chansons, Harsh parvient à proposer une variété de rythmes, de jeux de guitare (du shred au taping, du rapide au plus doux) et ne lasse pas une seconde. BlackRain, fut une époque, avait tenté de percer en réimposant un hair metal puissant, High School Mother Fuckers continue de mener tranquillement son bonhomme de chemin et Harsh pourrait bien s’imposer comme le futur grand (pas seulement français) du genre. A suivre de très, très près.

MANIGANCE: Le bal des ombres

France, Power metal (Verycords, 2022)

C’est peu dire que le retour de Manigance aux affaires est attendu par les fans des Palois. Le groupe fondé et mené par le guitariste François Merle doit aujourd’hui relever un triple défi. Son dernier album en date, Machine nation, fut plus que remarqué lors de sa sortie en 2018 mais, juste avant une jolie tournée en Europe, le groupe annonce le départ de son chanteur historique, Didier Delsaux, un des derniers survivants de ce qui naguère était une bande de potes. Le choix de son remplaçant fut bientôt annoncé: enter Carine Pinto en cette même année 2018 qui assure la tournée. Elle n’est pas une inconnue, elle est même créditée en photos pour l’album Mémoires… live. Mais surtout, elle avait déjà prêté sa voix à Manigance sur Face contre terre, duo avec Didier figurant en bonne place sur l’album précédent. Même si le groupe connait déjà ses capacités, c’est quand même un pari osé qui s’avère bientôt payant, la dame imposant, concert après concert sa puissance vocale et son charisme auprès des plus fervents fans. Puis voilà… Bruno Ramos, le second et indispensable guitariste et complice du sieur Merle depuis Ange ou démon en 2002, décide de quitter le navire pour aller rejoindre un Sortilège de retour afin de seconder Zouille dans sa quête de stabilité de groupe. Si remplacer Didier était déjà difficile, trouver un successeur à Bruno le fut au moins autant. Mais loin de se démonter, François Merle annonce bientôt avoir porté son choix sur un certain Lionel Vizerie, ex-Muren. Alors que la machine se remet en route, la crise sanitaire arrive… Le temps serait-il ainsi venu de penser à préparer, enregistrer et proposer un nouvel album histoire de démontrer à tous que Manigance est loin d’avoir dit son dernier mot? Oui, c’est un très grand défi – d’autant que Jean Lahargue (claviers) a aussi décidé de quitter le groupe et ne sera pas remplacé – doublé de grandes attentes auquel est confronté aujourd’hui Manigance: démontrer que la flamme est encore présente et vivace et que les « nouveaux » venus ont bien leur place au sein de ce fleuron de la métallurgie française qui, c’est là un détail, a très légèrement modifié son logo.

A peine publié, voici ce nouvel album, Le bal des ombres, décortiqué de bout en bout. Clairement, les fans du groupe s’y retrouveront totalement. Après une intro – Odysée –  épique au chant monacal, Manigance attaque avec un Sang froid explicite. Il faut attendre une bonne minute avant que n’intervienne une Carine à la voix puissante et mélodieuse qui met les choses au poin(g)t: « Aujourd’hui notre relation s’achève« , « Mon châtiment viendra » ou « Je tue de sang froid« , une belle manière de clamer son arrivée dans le groupe, non? Le titre puissant et gras mêle des guitares véloces et précises dans un power metal d’entrée efficace. Tout au long des 12 titres, Manigance lie son heavy typique à d’autres influences. Un break hispanisant ici (Dans vos outrances), des relents presque thrash là (Arrêt de mort) ou là encore une ballade aérienne et douce (Aux portes de l’oubli). Si la ligne de chant de Haute trahison me hérisse – ce titre reste bien le seul à me faire cet effet – Carine s’impose comme le meilleur choix que le groupe pouvait faire. Sa puissance et son entrain font plaisir à entendre. Et puis ce duo guitaristique, cette complicité entre François Merle et Lionel Vizerie est telle qu’on la croirait décennale. Quelle détermination sur Huis clos, quelle puissance speed sur Envers et contre tout, quelle nervosité épileptique sur L’ombre du combat! Le groupe au complet (pour rappel, Stéphane Lacoude à la basse et Patrick Soria à la batterie) fait des merveilles sur Eternité ou le morceau titre, Le bal des ombres, aux mélodies entrainantes et chantantes et aux refrains qui te rentrent immédiatement en tête.  Ce Manigance nouvelle formule fait des étincelles et ce (seulement) huitième album studio est une pure merveille dotée d’un son à la fois typique du groupe et résolument moderne. Déjà un classique à n’en pas douter! Les fans attendent désormais impatiemment de retrouver tout ce petit monde sur scène, notamment la date parisienne en ouverture de… Sortilège qui laisse espérer une jolie fête.

KNUCLE HEAD: Holsters and rituals

France, Hard rock (Autoproduction, 2022)

Même si on le présentait, Holsters and rituals le confirme: Knucle Head s’impose aujourd’hui comme l’un des plus américains des groupes français. Puisant autant dans le rock tendance sudiste que dans la country, chacun des 9 morceaux de ce superbe album transpire le far west, la clope et les relents de bières consommées dans un bouge au milieu de nulle part (la cloche, le banjo répétitif sur l’intro de Brand new life, par exemple). Le duo Jack & Jock (Crowes au chant et à la guitare et Alva à la batterie) ne peut laisser indifférent. Entre une voix travaillée au papier de verre, des guitares pensées au feeling et au bottleneck, des percussions simples et efficaces, Knucle Head nous entraine dans son univers fait de bécanes, chaleur et rock. Après un éponyme évoquant un We will rock you, KH entre dans le vif du sujet avec The right way, heavy aux accents quelque peu moins psyché que Ritual au final chantant à plaisir. Le groupe s’amuse à naviguer entre des sonorités typées classc rock, d’autres plus enfumées et psyché, d’autres carrément heavy. Living deep/into the night a même des relents de ZZ Top meets Royal Republic, imaginez le mélange! Le duo J&J (Jack & Jock, pas Johnson & Johnson, hein…) ne se donne aucune autre limite que celle du plaisir communicatif d’un rock sans fioriture, direct et bigrement efficace, mixant les genres avec efficacité au sein parfois d’une même chanson. Les guitares ultra saturées rencontrent une voix douce sur The necromancer, avant de retrouver une note dite pop rock avec Existential anger. l’album se conclut sur l’instrumental punkisant, psyché et tranchant The sword, instrument, superbe conclusion d’un album OVNI dans son genre que n’aurait sans doute pas renié Hawkwind en son temps. Holsters and rituals est la parfaite bande son pour tailler la route, cheveux au vent, direction l’ouest sauvage. Born to be wild!

DEAD TREE SEEDS: Back to the seeds

France, thrash (EP, Music-Records, 2022)

Il y a un peu moins d’un an, nous avions découvert Dead Tree Seeds avec son second album, le bouillonnant et explosif Push the button (chro avec ce lien). Et comme ils nous l’avaient promis, les voilà qui reviennent avec un Ep, Back to the seeds. Quatre titres, dont un seul est nouveau -1796, année de l’élection de George Washington, premier président des Etats Unis – les trois autres sont extraits de leur premier album, Seed of thrash paru en 2013 (Set the fire, Torture and rage, Hommage to thrash). Alors certes, ici, peu de surprise, on est en terrain plus que connu: du thrash version Exodus et Slayer, teinté de Nuclear Assault et Sodom. ça dépote et ça défonce sévère, en allant simplement droit au but. 1796, le nouveau titre, est simplement brut de décoffrage et fonce dans le tas. Prémices de l’album à venir? C’est alors plus que prometteur. Dead Tree Seeds, petit à petit, continue de se frayer un chemin parmi les incontournables du thrash made in France.