PRESS GANG METROPLOL: Point blank

Rock, France (Autoproduction, 2019)

Formé en 2006, Press Gang Metropol a publié un premier album, CheckPoint, et un Ep avant de revenir avec ce Point blank qui fleure bon la New Wave de la fin des 80’s. Autant le dire tout de go: j’avais une aversion sans nom pour ces sonorités, ce chant torturé, ces voix graves que je trouvait sans relief, ces médiators qui répètent à l’envie une note sur X mesures avant de changer de victime, ces gens qui dansaient en se roulant contre les murs… Depuis, je m’y suis un peu fait, mais bon… Ici, on retrouve les mêmes ingrédients que ce qui naguère fit le succès d’Indochine et d’autres que je connais moins. Les mélodies sont jolies, le chant anglais plus varié que simplement grave ou mélancolique, la rythmique simple et efficace, les guitares claires. L’ensemble se laisse facilement écouter mais, à part le très enjoué Eternally, je ne retiens aucun titre spontanément, cela malgré une production soignée qui donne sa place à chaque instrument. Même si ce n’est toujours pas mon truc, l’ensemble, agrémenté d’un son plus moderne, se révèle sympathique et plein de bonne volonté. les amateurs du genre apprécieront certainement ces 12 chansons qui nous replongent dans un passé qui continue de nous faire rêver. Au fait, après Check point et Point blank… Chaque album de PGM doit-il comporter le mot « point »?

DREAMCATCHER live à Orléans (Blue Devil’s, le 27 mai 2019)

Dreamcatcher nous ayant offert un très bon second album l’an dernier, il était temps de retrouver le combo parisien sur scène. C’est de nouveau le Blue Devil’s à Orléans qui accueille une formation hexagonale. Enfin, lui loue la salle, plutôt. Car il semble que les concert ne soient pas si rentables que cela et Hervé, le patron des lieux, s’en décharge, chaque groupe devenant responsable de sa promo.

Dreamcatcher, tête d’affiche, a convié deux autres formations à le rejoindre. Mais, étonnamment, la tête d’affiche joue en second. Va comprendre…

La soirée démarre avec Acoustic Wild, groupe qui s’est formé il y a quatre mois à peine et qui s’est spécialisé das les reprises revisitées.  Forcés à l’immobilité sur leurs tabourets, les musiciens proposent un joli panel de reprises allant de Black Sabbath à Kiss, en passant par Judas Priest, Skid Row Led Zeppelin ou encore Pat Benatar. Les versions de Heaven and hell et Electric eye, au tempo ralenti, jouées à la guitare acoustique surprennent et interpellent. L’exercice est osé et passe finalement bien. Acoustic Wild s’attaque même à You shock me all night long d’AC/DC et s’aventure à triturer l’intouchable Whole lotta love de Led Zeppelin avant de terminer sur Heartbreaker, originellement interprété par Pat Benatar.

Même si la chanteuse, Laëticia, se sent obligée d’expliquer que le groupe n’existe que depuis 4 mois et donne ce soir son premier concert, on sent chez ces cinq là un vrai amour du métal et l’aspect osé de l’exercice rend le résultat d’autant plus intéressant. Même si la concentration est de mise, c’est une jolie découverte à suivre.

 

Après cet amuse gueule des plus sympathique, Dreamcatcher entre dans le vif du sujet et électrise la soirée. Le public bien que parsemé se rapproche bientôt de la scène sur laquelle Chris, le chanteur, semble bien décidé à occuper le moindre recoin. Il est en forme, et ne compte pas laisser le public de marbre. A plus d’une reprise, il descend dans la fosse, propose même un wall of death qu’il organise et met toute son énergie au service de son heavy thrash. Geoff, son complice indiscutable, le soutient de bout en bout.

Car, de l’autre côté de la scène, il semble y avoir une anomalie. On dirait des musiciens de session… Vincent, le bassiste, dénote vestimentairement avec son T shirt qui sera pointé du doigt par Chris à la fin du set. Djo de Keiser, l’autre guitariste, est soutenu par un tabouret… On apprendra à la fin du concert que le gaillard s’est cassé la clavicule, alors tout s’explique. Chapeau bas d’avoir joué malgré la douleur que l’on peut imaginer. Reste qu’une unité visuelle serait un plus donnant une force supplémentaire à cette prestation plus qu’efficace.

Dreamcatcher aurait gagné à jouer devant plus de monde car sa setlist est d’une redoutable efficacité. Démarrant avec Fire and ice, le groupe pioche principalement dans son dernier album, Blood on the snow (voir la chronique ici). Les très inquiétants The werewolf et Curse of the vampirespassent superbement bien l’épreuve de la scène. Chris s’amuse aussi à faire comme les grands, qui « ont tous un hymne… Motörhead, c’est Motörhead, Iron Maiden, c’est Iron Maiden, et Dreamcatcher, c’est… Dreamcatcher ». Tiens, il aurait été surprenant de ne pas entendre parler de Maiden… C’est chose faite avec la reprise bienvenue de Children of the damned.

 

La soirée se clôt avec Blood in Paradise, groupe mixte – entre vieux briscards et jeunes loups – qui nous propose une flopée de reprises et deux compositions originales. Nico, le « chanteur », semble quelque peu éméché. Ce soir, c’est le dernier concert qu’il donne avec le groupe, ce qui explique sans doute cela. Reste que, Paranoid (Black Sabbath) est attaqué pied au plancher, et les hurlements enragés surprennent.

Le groupe s’en prends ensuite à Breaking the law, classique de Judas Priest et là, ma première pensée est « pauvre Rob Halford »…  Il ne mérite pas un tel traitement, non…Sans parler de la reprise de Zombie des Cranberries (superbe intro, au passage), hurlée…  Nico descend dans le public et tend le micro pour faire participer quelques spectateurs. Musicalement, rien à dire, même si on sent les musiciens pas toujours en place, avec quelques approximations, mais ils savent poser et faire le show.

Sur les deux titres originaux, Nico sort son smartphone pour se souvenir des paroles. Forcément, ça casse le rythme. Mais heureusement, le groupe est venu pour s’amuser, et les sourires constants de Ricky Hardwood (^_^) le bassiste, semblent confirmer que le groupe prend du bon temps. La soirée se termine sur un joli triptyque composé de Balls to the wall (Accept), Seek and destroy (Metallica) et Killed by death (Motörhead).

Si Dreamcatcher a dépassé de la tête et des épaules les deux autres groupes, la soirée s’est avérée plus qu’agréable et originale. Et ça, c’est déjà beaucoup!

 

 

BALLS OUT: Let me in (I know someone inside)

France, Hard rock (M&O music, 2019)

Balls out, groupe parisien, propose avec Let me in (I know someone inside) un album qui puise dans le hard rock brut , franc et direct des années 70. Pas de fioritures, une voix forgée à coup de papier de verre, de clopes, rauque et graveleuse, des guitares saturées aux riffs imparables, une rythmique entraînante. Pas de doute, il y a l’énergie d’un AC/DC et d’un Motörhead, la fougue d’un Ramones, l’impertinence d’un Sex Pistols. On trouve un peu de Black Sabbath aussi, à mi parcours… Thèmes abordés? Pas de surprise de ce côté là: le rock, le fun et la fête. Un album simplement rock et festif qui n’a pas d’autre prétention que celle de passer un bon moment. Balls out? Un groupe qui en a une bonne paire (je pense que personne n’a dû la faire celle-là…)

ASYLUM PYRE: N°4

France, Metal (M&O music, 2019) – sortie le 26 avril 2019

Quelle claque! Ce N°4, quatrième album (ah, ouais?) d’Asylum Pyre doit – pas « devrait » – doit faire exploser le groupe parisien et l’imposer au grand public, et pas que à domicile. Rien ici ne peut laisser l’amateur de belles et puissantes mélodies indifférent. Ni la voix envoûtante d’Oxy Hart – qui a intégré le groupe en 2016 – ni les riffs puissants et imparables de Johann Cadot et Steve. La rythmique, fondamentale base de toute construction, tenue par l’ex Heavenly Pierre Emmanuel Pélisson (basse) et Thomas Calegari (batterie) est à l’avenant, déterminée, rapide, enlevée et entraînante, et les claviers enrobent l’ensemble avec efficacité et discrétion (quelques influences OMD?). Asylum Pyre parvient à trouver, tout au long des One day (silence, part 2: daydreaming) , Lady Ivy, Into the wild et plus encore Sex, drugs and scars, titre auquel participe le très en vue Yanis Papadopoulos, chanteur de Beast In Black – le plus gros hit potentiel de ce disque qui pourtant en regorge! mais ce morceau… aaargh! (cf. la lyrics video ci dessous) – , le refrain mémorable qui tue, la mélodie qui, à coup sûr, te fait sauter et trépigner. Même (D)ea(r)th avec la brutale participation de Raf Pener, hurleur de T.A.N.K. fait s’agiter les crinières. Et chaque titre recèle des trésors plus ou moins cachés (comme cette rythmique tribale et variée sur MQC Drama) et propose une variétés de rythmes et ambiances qui surprennent toujours (ah! ce chant dingo sur le bien nommé Borderline…) Voici donc une collection de hits en puissance qu’on ne peut qu’espérer voir être la proie des radios. Et comme on frise la perfection, la production est irréprochable et le visuel gothiquement sublime. Asylum Pyre signe avec N°4 rien moins que le meilleur album français que j’ai pu écouter en ce début d’année, un des meilleurs toutes nationalités confondues, et il va être compliqué de le détrôner. Un must dont l’avenir n’est désormais plus entre les mains des parisiens mais dans celui du public (nous) et des médias qui peuvent en faire le succès qu’il mérite.

SHAÂRGHOT – Vol. II The advent of shadows

France, Metal indus et électro (Autoproduction, 2019)

Deux ans après Break your body, un album brutal, Shaârghot revient avec d’autant plus de détermination que sa voix (voie), il l’a trouvée. Et intérieurement, elle lui dit, lui ordonne de continuer son travail de sape, d’accomplir sa mission destructrice… Les ombres règnent incontestablement en ce monde où les sonorités puisent plus à Rammstein que Ministry. La formule fonctionne, dès l’explosif Miss me? question sadique qu’aurait pu poser un certain Alex Delarge juste avant une frappe chirurgicale chez d’illustres inconnus. Les 14 titres de ce nouvel opus (parmi lesquels les 4 du Ep) sont baignés dans une lourdeur et une noirceur presque enivrante. En tout cas, impossible de rester de marbre. Tout au long des rythmes martiaux de Doom’s day, on imagine une armée marcher sur son objectif, l’écraser en cadence. Les interludes composés de portes qui grincent et d’air malsain ne sont que prétextes à introduire un nouveau morceau oppressant. C’est efficace, brutal et sans concession. Et certainement, au vu des tenues de scène, à expérimenter en live. Ça tombe bien: ils seront sous Temple le samedi 22 juin au Hellfest.

AQME: Requiem

France, Metal (At(h)ome, 2019)

Formé en 1999, Aqme nous offre un neuvième album studio avant de définitivement tirer sa révérence. Requiem est donc le chant du cygne d’un des fleurons de la scène hexagonale, un de ces groupes qui fit renaître l’espoir, baignant sa musique entre rock mélodique et brutalité directe. Il y a deux ans, pourtant, Aqme semblait vouloir, avec un album sans titre, repartir à zéro. Mais le message est clair: quand on chante dès l’introductif Entre les mains « il n’y a plus personne pour y croire », tout est dit. La rage de n’avoir pu devenir plus qu’un éternel espoir?  C’est, vous l’aurez compris, une étrange sensation que de rédiger quelques lignes au sujet de ce que l’on sait être la fin. Les titres, d’ailleurs, ne sont pas le fruit du hasard: Enfer, Un adieu, Illusion, Sous d’autres cieux… Tout est fait pour noyer l’espoir d’une possible survie.  Alternant entre groove et puissance, chant doux et enrager, Aqme signe ici ce qui sera sans doute retenu comme une de ses plus belles productions. Efficace de bout en bout, varié, ce disque sera défendu sur scène au cours d’une tournée au long cours, tournée d’adieu qui, sans nul doute, fera salle comble.

Interview: ASYLUM PYRE

Interview ASYLUM PYRE. Entretien avec Johann (guitare, chant). Propos recueillis au Black Dog à Paris, le 11 avril 2019

 

Metal-Eyes : Vous avez passé toute la journée en promo. Comme ça a été jusque là ?Il y en a une qui a l’air particulièrement en forme aujourd’hui… (Note de MP : Oxy Hart, la chanteuse est particulièrement blagueuse et répond à une autre journaliste)

Johann: (Il rit) oui, oui… Je suis moins expansif mais ça fait plaisir. Tout se passe super bien, les questions sont intéressantes, les retours sur l’album sont super…

Metal-Eyes : Vous sortez aujourd’hui votre quatrième album. Comment ce N°4 – ou « number four », je ne sais pas comment vous l’appelez, mais vous chantez en anglais…

Johann: … c’est selon les pays, c’est adaptable.

Metal-Eyes : Comment a-t-il été conçu ce nouvel album ? Dans la création et la composition, avez-vous changé vos habitudes de travail ?

Johann: Oui et non. Ce qui n’a pas changé, sur ce disque par rapport au précédent, c’est que c’est moi qui apporte la base des morceaux. J’aime bien arriver avec des morceaux quasiment complets dans la structure, la mélodie, les paroles, mais il y a beaucoup de choses qui restent à faire, de arrangements, des structures à réarranger, tout ce qui est travail de groupe. Et là, comme l’équipe a changé, ça a forcément changé des choses, notamment avec l’arrivée de Thomas Calegari à la batterie, qui est avec nous depuis 2016 – avec la tournée Rhapsody. C’est quelqu’un qui a 30 ans d’expérience, qui sait comment faire sonner une batterie, lui donner du groove, jouer ce qu’il faut et pas plus. Il était associé à Pierre Emmanuel Pélisson à la basse qui a pas mal d’expérience aussi (ex Heavenly) et les deux, ça fait une bonne assises. On a travaillé les guitares avec Niels Courbaron, qui était avec nous sur les tournées. C’est un ami et quand on a enregistré l’album, on n’avait pas de guitariste et il m’a aidé à le faire. Et on a énormément travaillé avec Oxy sur les arrangements, les lignes de chant, la répartition…

Metal-Eyes : Oxy qui est aussi arrivée en 2016.

Johann: Tout à fait, à l’été 2016.

Metal-Eyes : Donc cette nouvelle équipe date de 2016 ?

Johann: Quasiment. Le changement qu’il y a eu c’est que l’année dernière, Pierre Emmanuel avait des problèmes de disponibilité, donc on avait dû se séparer. Là, il redevient disponible, mais, ce qui est amusant c’est qu’entre-temps, on lui a trouvé un remplaçant à la basse, à savoir Fabien, et PE est revenu, en tant que guitariste. Et on s’aperçoit qu’il déchire autant à la guitare qu’à la basse, et c’est très plaisant.

Metal-Eyes : J’imagine que tous ces changements ont forcément entraîne des modifications dans l’esprit et le fonctionnement du groupe. Comment analyses-tu l’évolution d’Asylum Pyre entre vos deux derniers albums ?

Johann: Déjà, je sais plus ce que je veux, je sais aussi plus dire au gens ce que je veux. J’ai un peu hérité de ce rôle de leader, je n’aime pas trop ce terme, mais je sais que parfois on attend de moi de montrer de façon un peu plus nette une direction. Ce que je ne faisais pas forcément sur les albums d’avant. Trouver le bon équilibre entre savoir où on va et ne pas imposer trop de choses, c’est finalement là-dessus que j’ai le plus progressé. Même si dans le futur j’ai vraiment envie d’ouvrir la porte de la composition à tous les membres du groupe. Jamais une proposition ne sera mise à la poubelle sans qu’elle ne soit testée, essayée. Aujourd’hui je sais beaucoup plus vers où aller. L’album d’avant aurait dû sonner comme celui-ci, mais voilà : tous les gens impliqué dans le process de l’album, internes ou externes au groupe, tout le monde traversait une phase pourrie de sa vie, quand on a enregistré Spirited away. Ce qui a eu un impact sur le résultat. Avec le recul, je me dis que cet album aurait dû sonner comme N°4. Je n’exclu pas la possibilité, et j’aimerai même le faire, la possibilité de le réenregistrer de façon plus sereine et donner une meilleure chance à ces titres.

Metal-Eyes : Il y en a qui l’ont fait. Je pense notamment au thrashers de Hemoragy qui ont réenregistré entièrement Jesus king of wine dont le son au départ était complètement pourri et qui ont voulu lui donner uen seconde vie. Revenons à vous : au moment d’enregistrer ce disque qui, je l’espère va marquer les esprits, vous rendiez-vous compte, ou vous rendez-vous compte aujourd’hui, du nombre de hits potentiels que vous avez pondus ?

Johann: Je ne sais pas… ça me fait vraiment très plaisir tout ce que tu dis, ça me touche vraiment, merci. C’est… Pour moi, un bon morceau, en tout cas pour moi, c’est d’abord un bon refrain. 90% du temps, je commence par écrire le refrain et après ça se construit. Quitte à ce que, paradoxalement, sur un titre comme (D)earth, on avait un morceau, on l’a travaillé ensemble et on a quasiment tout changé derrière (rires)… jusqu’au refrain qui a été totalement changé. C’était une sorte de truc fusion qu’on a créé avec Oxy sur le refrain, mais le morceau en lui-même a été rechangé suite à une rythmique de batterie. Thomas a proposé quelque chose… et c’était pas ta question (rires).

Metal-Eyes : Non… En fait, quand tu regardes les réseaux sociaux, quand on parle du groupe, de l’écoute de l’album, les gens s’emballent. Je n’ai vu que des commentaires positifs. Aujourd’hui, vous dites vous « on tient quelque chose » ? Parce que, ça, il va falloir le travailler…

Johann: J’attends d’avoir tous ces retours pour savoir comment me positionner. J’ai vraiment fait l’album qui me plaisais, que j’aurais envie d’écouter en terme de refrains, en fait. J’adore chanter les refrains, c’est pour ça que je suis parfois client de choses un peu pop, Sia ou Lady Gaga, je trouve ça génial. On essaye de retrouver ça tout en ayant comme objectif des groupes ultimes comme – c’est un objectif – comme Queen qui arrive à faire à la fois des refrains accrocheurs et avoir des structures et des arrangements hyper complexes. Et ça, c’est une sorte de graal absolu. L’ingé son nous avait dit ça aussi, que tous les titres pouvaient servir de single. J’ai envie de continuer dans cette voie là. C’est ce qui me fait vibrer, avec le côté épique. Peut-être refaire des chansons un peu plus longues aussi, ce qui sera sur l’album prochain. On a déjà quelques idées aussi…

Metal-Eyes  (l’interrompant) : Pour le moment, parlons de celui-ci…

Johann: Oui : on a juste fait l’album qui nous faisait plaisir. Pour finir avec cette question, tu me demandais si j’en avais conscience. Je ne sais pas si j’en avais conscience, mais je sais que c’est la première fois, quand je suis sorti du studio et que j’avais le produit fini entre les mains, je l’ai écouté chez moi ou dans la voiture, alors que pour les 3 autres, jamais ça ne m’est arrivé. Je repérais trop de choses et me disais qu’on aurait pu faire comme-ci ou comme-ça, et là je le réécoute avec plaisir, juste pour le plaisir, comme si c’était l’album de quelqu’un d’autre.

Metal-Eyes : Justement, votre ingé son vous a  dit que chaque titre pouvait faire office de single. Toi, si tu devais ne retenir qu’un titre de ce N°4 – numer fier, ja !  (il explose de rire) – si tu devais ne retenir qu’un titre pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ? Pas ton préféré, pas le plus radiophonique, mais celui qui vous représente… Quelqu’un qui ne connais pas le groupe, tu lui dirais « écoute ça, c’est ce qu’on fait »

Johann: Ah ! Pas mon préféré… C’est une bonne question…

Metal-Eyes : J’aime bien en poser de bonnes de temps en temps.

Johann: Oui…J’hésite quand même entre trois titres… One day, pour le côté un peu moderne et pop à la fois, avec du rap et des choses un peu plus agressives ? On first earth, parce que ce titre mélange du speed et de l’émotionnel un peu plus soft. Mais quand on voulu auditionner des personnes, quand on recherchait un guitariste, j’envoyais MCQ drama parce que là, il y a tout ce qu’on fait : de la gratte, du crunch, du speed, du solo torturé, du solo mélodique, du trip épique… Un peu de tout. C’est peut être MCQ drama qui montre le plus de choses. C’est une chanson qui traite de la difficulté à faire des choix et musicalement on s’est dit « ne faisons pas de choix, mettons tout »

Metal-Eyes : L’autre jour, j’étais chez un disquaire pas très loin d’ici. Il passait une chanson qui me fait de l’effet à chaque fois : Sex, drugs and scars. Pourquoi ce titre ? Le sexe, ok, les drogues, pas trop mon truc, les cicatrices… en dehors de celles du cœur…

Johann: Il faut replacer tout ça dans un contexte global, déjà du concept, qui est lié, à la base, à l’écologie, à nos sociétés et mal que les gens de nos sociétés peuvent ressentir, par le stress des grandes villes, du monde du travail… et qui amène peut-être à des déviances, à essayer de trouver dans des choses un aspect rassurant, dans le sexe parfois. Il y a un aspect rassurant même s’il est totalement éphémère. Les drogues dont on parle ce n’est pas celles comme l’héroïne, la cocaïne ou même la beuh, même si pour certains, ça peut l’être. Celles auxquelles on fait le plus référence dans cette chansons ce sont celles prescrites par les médecins, les anxiolytiques, anti dépresseurs qui sont là pour soigner les effets et non les causes et qui ne vont pas forcément t’empêcher d’aller dans des déviances. ET les « scars », c’est comme tu dis, les blessures internes, le blessures du cœur avec lesquelles tu vas t’en sortir en ayant cru te soigner par des choses un peu simples, des choses artificielles et au final, tu t’en sors plus mal qu’au début.

Metal-Eyes : Un autre titre m’a aussi marqué, c’est Borderline où le chant d’Oxy est en effet complètement borderline. Elle est vraiment limite… Vous l’avez travaillé comment ? Celui-là, il évoque Queen…

Johann: C’est venu assez naturellement. Il n’y a rien où on se soit forcé. On a retravaillé certaines choses mais on ne s’est pas forcés. Finalement, il y avait dans Borderline un couplet pas terrible. J’ai dit à Oxy de tenter ça, un peu comme… Ah, cet artiste pop un peu torturé… Gwen Stefani, Bjork (Note de MP : un peu de Klaus Nomi, aussi ?) … Elle a ce côté un peu caméléon, elle sait tout faire. Je lui ai dit « vas-y, teste ça » et ça allait bien avec ce côté borderline, qui n’est pas de la dépression, pas de la schizophrénie… Ce clin d’œil là est ressorti en fait assez naturellement.

Metal-Eyes : Un album se défend sur scène. Déjà, la première et dernière fois que je vous ai vus, c’était au PMFF, à Ris Orangis. Je dois t’avouer que vous avez offert une des prestations qui m’a le moins marqué.

Johann: Ah oui ?

Metal-Eyes : Ce que j’avais écrit à l’époque c’est que mon sentiment est qu’il n’y avait pas une véritable unité entre les musiciens. Quel en est ton souvenir et comment allez-vous défendre ce disque sur scène ?

Johann: Euh… c’est marrant parce que pour le coup on avait plutôt eu des retours inverses. Le line-up avait beaucoup changé, je ne sais même pas si PE était à la basse… C’était un peu dans le speed, c’était un des premiers concerts qu’on donnait, l’album n’avait pas encore été enregistré. Finalement, je pense que peut-être qu’on était moins soudé, comme tu le dis. Aujourd’hui, je suis assez confiant sur la suite parce que humainement quelque chose s’est créé entre les membres du groupe qui fait qu’il y a une réelle unité qui permet de partager et de s’ouvrir au gen,s. Je pense que parfois, par le passé, sur scène, on essayait de se donner mais, par certaines choses, il y avait une sorte de filtre entre le public et nous, ce qui est en train de s’estomper totalement notamment grâce à la personnalité d’Oxy qui ouvre la musique au reste de l’audience. On se prépare, déjà pour être bien carrés au niveau de l’interprétation.

Metal-Eyes : Et au niveau visuel, vous préparez des choses ?

Johann: On va travailler un peu le jeu de scène, on va avoir quelques éléments visuels à mettre sur scène. Ce sont des éléments qui vont s’étoffer au fil des dates. Malheureusement, ça a un cout, aussi, mais on va notamment le travailler pour un concert à la rentrée. Aujourd’hui, on n’a pas donné de release party ou d’autres concerts parce que ça n’avait pas trop de sens de faire un truc juste après la sortie avec ce nouveau line-up. Ca fait longtemps qu’on est absent. On voudrait installer cet album dans le paysage, reconvaincre les gens de venir nous voir et installer cet album dans le paysage avant de donner ce concert à la rentrée.

Metal-Eyes : Ce qui permettra à l’album de sortir, de vivre et de trouver son public.  C’est Béranger Bazin qui est responsable de cette pochette que je trouve superbement gothique. Quelle est la signification de cette princesse couronnée qui porte un masque à gaz ?

Johann: Oui. Aujourd’hui, il y a cette évolution de l’état de la terre au fil des albums. Il y a un impact sur les gens et aujourd’hui, on se retrouve dans une situation où notre réveil est obligatoire – The mandatory awakening, qui est un peu le sous-titre de cet album (Note : je m’en saisis et le tourne en tout sens sans trouver ce sous-titre…) Qui n’apparait pas (il rit). Dans cet univers, qui est plus dans le pré apocalyptique, on essaie de lever des combattants, des armées pour défendre la terre. Les membres du groupe sont des personnages ayant une double vie : une officielle, une dans la résistance. Le personnage d’Oxy, dans le monde officiel, est mannequin, top modèle, et elle est l’égérie d’une marque de parfum, qui est le numéro 4, en clin d’œil à un autre numéro. La pochette devait être un peu comme une pub de parfum. Et puis, on est dans un monde, en 2050, où l’air est devenu tellement irrespirable, le masque à gaz indispensable, que des gens ont eu l’idée d’en faire des éléments de mode. Elle est reine de beauté avec un masque à gaz.

Metal-Eyes : Si tu devais imaginer une devise pour Asylum Pyre en 2019, ce serait quoi ?

Johann: Il y en plusieurs. Dans la pochette de l’album, il y a celle que j’écris partout, qui est « Tree your mind », libère ton esprit en y mettant un peu d’arbre dedans. Il y aussi le logo, avec les racines de l’arbre et, en haut, le côté rigide des villes. Ce mélange de tradition et modernité qu’on peut retrouver dans la musique. On a aussi un clin d’œil : on a une communauté qui s’appelle My Eternal Trees Among Legion et si tu regardes les initiales, ça fait METAL. Et on a aussi Metal : once you’re in, you’re in for life : on a le côté musique metal, et défendre les arbres, une fois que tu y es, c’est aussi pour la vie.

Metal-Eyes : Quelle a été la meilleure question, la plus surprenante qui t’ai été posée aujourd’hui ?

Johann: Ah… C’est celle que tu m’as posée tout à l’heure, et je t’ai dis « bonne question »…

Metal-Eyes : Euh… « Si tu devais ne retenir qu’un titre » ?

Johann: Oui, c’est ça. Quelqu’un m’a parlé aussi du fait que quand le numéro 5 a été créé par Chanel, ils voulaient faire quelque chose d’artificiel. Il voulait savoir si nous aussi on voulait faire quelque chose de artificiel. En effet, le coté artificiel de la musique et des personnages est intéressant.

 

David SLAME: Follow the butterfly

Metal, France (Autoproduction, 2017)

Il est étonnant, surprenant même, de recevoir, le jour du printemps 2019, un album « copyrighté » 2017 et paru en 2018. Non seulement au regard de l’écart de dates – mais après tout, pourquoi ne pas étaler la promo sur la durée et faire vivre ce disque autant que possible? – mais également par son titre justement printanier: Follow the butterfly. Il s’agit là du troisième album du compositeur français David Slame. Si les compositions font toujours la part belle à la puissance et la mélodie, David s’éloigne quelque peu du metal symphonique des débuts pour se rapprocher d’un heavy progressif. Les orchestrations, bien que marquées par la modernité de notre millénaire et aussi souvent marquées du sceau des années 80, sont efficaces, enrobées de claviers et de chœurs judicieusement utilisés. Démarrant avec le mélodique A life in vain, constat des difficultés du musicien?, l’album continue avec un Slaves qui semble plus engagé (« We are the slaves of their system », « I feel  like a prisonner »…), tout autant qu’un Circles of pain II. Comme en d’autres moments, le morceau titre permet à David de démontrer l’étendue de sa maîtrise instrumentale et vocale. Les guitares, électriques et acoustiques, sont mise en avant avec une impressionnante technique, parfois doublée de shred et autres effets (les influences celtiques sur Freedom, ballade à mi parcours). Si Follow the butterfly souffre, malgré une mise en son efficace, d’un certain manque de profondeur (principalement dans le chant, pourtant clair et maîtrisé), il s’avère également être l’album le plus aboutit de David Slame à ce jour. Reste à franchir le cap de la séduction du public.

WELCOME-X

France, Fusion (Autoproduction, 2019)

Quand on compte dans ses rangs Philippe Bussonnet, bassiste actuel de Magma, et le chanteur Sam Kun de Flesh and Dust – focièrement plus heavy – on ne peut que proposer un genre musical décalé. Welcome-X allie tout au long de son premier album éponyme, du jazz, du rock, du metal dans une savante fusion déjantée, allumée et… indéfinissable. Les 7 morceaux sont longs – pas un en dessous de 6′ – et nous entraînent dans un univers sonore étrange, parfois oppressant et mélancolique. Le chant de Sam Kun  est varié, ici profond et grave, là enragé, là encore presque crooner. Les guitares de joseph Champagnon et Thomas Coeuriot, rock, directes et totalement planantes (rahh, ces parties sur Finders keepers), ajoutent à la lourdeur recherchée tout au long des Meltdown et autres Behold your karma ou, au contraire, à la douceur mélancolique d’un Late great planet earth. Welcome-X semble ne s’imposer aucune limite, et si cet album est difficile à suivre d’une traite, son contenu intrigue et hypnotise. Un monde à s’approprier tranquillement, certes, mais une fois qu’on est dedans, difficile d’en sortir.

CHARGE: Ain’t the one

Rock, France (Autoproduction, 2019)

Charge! un nom qui claque comme un ordre d’attaque et qui prend tout son sens à l’écoute de ces 9 cartouches enfoncées dans ce chargeur rouge sang. Et à l’écoute de la décharge d’énergie que nous offre le quatuor, ce nom sonne mieux que le Chargez! ordonné en français comme une obsession par un capitaine Stark immuablement assis sur son cheval, non? Ain’t the one est le second album que nous proposent les Parisien de Charge. Composé, donc, de 9 titres, le groupe puise son inspiration autant dans le rock cru que dans le métal avec une sérieuse dose d’irrévérence punk. Démarrant sur des rythmes groovy avec Out of my life et une basse bien mise en avant avant une que n’entrent en scène des guitares incisives, on sent Charge déterminé à exprimer sa rage, aidé en sa quête par Francis Caste. C’est, d’entrée, puissant et entraînant. A peine l’auditeur a-il le temps de recharger ses accus que Red journey l’emporte pour ne plus le lâcher. Car jamais Charge ne faiblit. Le chant impertinent et narquois se marie parfaitement aux riffs simples, du genre de ceux qui vont droit au but sans fioriture. Le chargement qui suit, du morceau titre (et ses guitares aériennes mêlées à quelques inspirations orientales) à Burning slowly around me, en passant par le faux calme The game that’s made for me ou l’explosif et chantant High life, est blindé de références, de ces moments qui éveillent la mémoire. En évoquant leurs mentors – un jeu de piste que je vous laisse découvrir – les 4 maintiennent l’attention et suscitent curiosité et intérêt. Incontestablement, nous n’avons pas affaire ici à une charge héroïque mais à une découverte bien plus que simplement prometteuse.