BROKEN BOMB: Full mental racket

France, Punk/Hardcore (Katabomb records, 2023)

Ca c’est du punk! Pas la version radio commerciale popularisée par certains groupes US des 90’s… Broken Bomb se rapproche bien plus de l’esprit crade, sales gosses, tout dans ta gueules des inventeurs du genre, Sex Pistols, The Exploited ou GBH en tête. Ajoutons à la mixture une dose de ce heavy metal gras et biereux version Motörhead première période, un peu de thrash ultra speedé, du hardcore US version Suicidal Tendencies, des riffs efficaces et travaillés et des rythmiques en béton armé (oui, des keupons qui savent vraiment jouer, ça existe!) et on a un résultat explosif de bout en bout. Crachant sa rage contre la société, notre obéissance aveugle à tout ce qui nous entoure, ce Full mental racket, premier album des parisiens qui se sont formés en 2020, est explosif de bout en bout. Chanté ou plutôt hurlé (mais pas dégueulé ou growlé) en anglais – avec quelques touches de français – Broken Bomb a tout pour faire pogoter et retourner une Warzone. Ce premier album est, en toute simplicité, une réussite totale! Les 10 titres de ce CD vont droit au but sans chercher à faire de l’esbrouffe. En 30′ à peine, c’est expédié mais on ressort de cette écoute trempé. Que les amateurs de sensations fortes se jettent dessus sans attendre, et c’est un ordre. « Sir, yes Sir! »

LOCO MUERTE: Los clasicos de Loco

France, Hardcore/crossover (M&O, 2023)

Ay, caramba! Los amigos, soy Loco Muerte, entiende? « Caramba », c’est la seule chose hispanique que je retiendrai tellement il y a de folie, d’énergie et de bonne humeur contagieuses dans ce Los clasicos de Locos, nouvelle déflagration des Parisiens de Loco Muerte qui revisitent certains de leurs « classiques »  principalement issus de leurs deux premiers opus Maquina de guerra (7 morceaux) en 2011 et Traicion bendicion (3 titres) en 2013. Rien cependant du dernier – La brigada de los muertos paru en 2018 – mais qu’importe! A l’écoute de ces 11 cartouches qui te pètent à la gueule, impossible de ne pas faire de lien avec le gang de Venice, Suicidal Tendencies, et son rejeton Infectious Groove (on s’en serait doutés rien qu’au bandana…) Si l’album débute avec un nouveau titre – La vida loca – les autres morceaux sont tous aussi explosifs qu’enjoués. Loco Muerte nous concocte un hardcore/crossover des plus efficaces, certes, mais surtout digne des plus grands noms du genre. C’est simple, il y a, tout au long de Los clasicos de Loco une rage et une envie de vivre communicatives. Il est simplement impossible de en pas se laisser entrainer dans ces rondes pogotées qu’on appelle des circle pits qu’on imagine volontiers animer des concerts. Une dinguerie parfaitement contrôlée en somme, un défouloir bienvenu et bienveillant comme seule les meilleurs savent nous en offrir. on en redemande! Et je me demande vraiment si la Hellstage résistera au passage de ces doux dingues le 16 juin prochain? Ca qui est sûr, c’est que ça va groover grave!

GET THE SHOT: Merciless destruction

Canada, Hardcore (UPR, 2022)

A la base, j’aurai souhaité terminer cette année 2022 quelque peu en douceur. Mais voilà… Les derniers albums à chroniquer sont plutôt du genre violents! A l’instar de ce Get The Shot, formation québécoise qui devait, notamment, participer à la tournée Hellfest Warm-up mais en fut empêchée. leur dernier album, Merciless destruction – titre sans équivoque – bourrine à tout va tout au long de ses 12 titres qui se tirent la bourre en matière de violence. Il y a du Slayer old school, du hardcore sans concession, et ça lorgne sans vergogne du côté des Nuclear Assult ou Cannibal Corpse. En gros, de la générosité et de la bienveillance musicale. Les guitares hurlent leur haine accompagnées par une rythmique qui pilonne non stop et d’un hurleur qui s’est plus que cogné le petit orteil contre le pied du lit au réveil. Si l’ensemble charcute sa mère, chaqe titre propose de courts instants un peu plus légers et au tempo ralenti (mais pas la lourdeur du propos de Get The Shot). Bref, ça tabasse sec, ça défouraille sévère et ça casse des nuques. Pour public averti uniquement.

PRIMAL RAGE: Awakening the masses

France, Thrash/Hardcore (M&O, 2021)

On ne va pas passer par 4 chemins: Awakening the masses, le premier album de Primal Rage depuis deux décennies, est un de ces putains de crochets qui te mettent genoux à terre en moins d’un round. Le groupe Savoyard a décidé de refaire parler la poudre et nous propose un album coup de maitre. Le thrash hardcore que propose le groupe est simplement redoutable. L’efficacité réside, au delà de la qualité des composition, dans les refrains et les chœurs qui présentent un groupe à l’unisson, une formation avec pour objectif commun d’entrainer l’auditeur et/ou le spectateur dans cette tempête de rage contrôlée. Putain, ces mec ont leur place à la Warzone direct! Zou, allez me faire des circle pits et des wall of death! Ca bastonne et ça dézingue à tout va! On pourrait faire l’analyse de chaque titre qu’on en reviendrait à la même chose: de Repression au morceau éponyme en passant par FFF (un rapport avec le groupe? mais non…) Racial hate, No cure for hate ou… bref, une conclusion s’impose: « ça le fait grave et sévère ». C’est certes brutal mais c’est également, surtout, salvateur. Alors, simplement, tout simplement, laissez-vous tenter et entrez dans cette massez que Primal Rage veut réveiller. Espérons simplement qu’il ne faille pas une nouvelle double décennie pour un nouvel album, mais laissons celui-ci vivre pleinement sa vie!

 

ALTA ROSSA: Void of an era

France, Hardcore (Source Atone records, 2022)

Certains avaient appelé leur album « la fin d’une époque », les coreux français d’Alta Rossa vont plus loin encore en l’annulant purement et simplement… Void of an era est le premier album du groupe fondé en 2020 par des membres de Horskh (dont l’album Wire avait fait l’objet d’une chronique ici-même) et de Asidefromaday. 2020, oui, année du seul, du vrai, de l’unique confinement qui a vu la face du monde changer radicalement. Pas étonnant que ces gars aient la rage et veuillent carrément annuler cette période qui nous a privés de presque tout. Alta Rossa pousse cependant plus loin son propos, et dénonce à sa manière le mal qui ronge notre planète et son (in)humanité en montrant du doigt les puissants, qu’ils soient politiques, économiques ou autres, et pu****, que c’est d’actualité!. L’urgence de cet album de 7 titres se traduit par la durée de ce CD: avec à peine 31 minutes, on va droit au but. C’est radical sans être purement brutal, chanté avec une rage et une haine farouches – amateurs de belle vocalises, passez votre chemin – puisées au sein du hardcore pur jus et d’une certaine forme de black metal. Au travers des Binary cell, Dawn will never rise ou autre The fall, Alta Rossa frappe fort et annonce clairement ses intentions musicales: dans ta face!

BEYOND THE STYX: Sentence

France, Hardcore (WTF records, 2022)

Rater (accidentellement, c’est évident) une interview peut avoir ceci de bon: un recalage à domicile dans un contexte moins carré: l’interview devient alors discussion et la demi-heure originellement planifiée peut s’étendre à l’envi. Echanger avec Émile Duputié, le chanteur des Tourangeaux de Beyond The Styx, au sujet de Sentence, le troisième album du groupe est riche de plaisir. Seulement, même si l’ami Covid est passé par là, Stiigma, le précédent album du groupe, est sorti il y a 4 ans. Qu’a fait le groupe depuis? « On a tourné pendant deux ans pour soutenir Stiigma, et une troisième année, pas prévue à la base, a été planifiée. Stiigma a bien fonctionné, a eu une très bonne réception de la part des programmateurs et du public. On était censés continuer de tourner et composer l’album en 2019 et 2020. Mais il y a eu deux évènements majeurs qui nous ont freinés. A l’été 2019 on avait déjà une démo et on a été signés par WTF records, album qu’on devait à l’origine sortir au premier trimestre 2021. Mais Victor, notre guitariste lead, a fait le choix, pour des raisons personnelles, d’arrêter toute aventure de groupe. On a dû renouveler les troupes, on a casté plusieurs guitaristes et on a fini par trouver Arnaud début 2020. Il avait quasiment fini de maitriser notre set, on a fait deux dates avec lui, et paf! On se retrouve en mars, complètement arrêtés. une date en deux ans, c’est très peu… On dispose de notre local de répétition, ce qui nous a beaucoup facilité la tâche. Mais dès lors que les déplacements se sont limités aux départements, c’est devenu compliqué. Entre Angers, Tours et Paris… »

Sentence a été enregistré à Blois « avec Christian Donaldson  qui, lui, vient même d’un autre pays, du Canada. Ca a été très compliqué pour lui de venir, mais ça a pu se faire et on a commencé mi juillet 2021. On a enregistré en 2 semaines. ce n’était pas la première fois qu’on enregistrait, ce qui a rendu les choses plus faciles, pour nous, pour notre ingé son. » C’est la première fois que le groupe enregistre avec Arnaud. Qu’a-t-il apporté au groupe? « On ne l’a pas recruté uniquement pour ses qualités musicales…. Qui dit groupe dit aussi vie sociale. Arnaud, on le connaissait un peu à côté et tourner, enregistrer, vivre ensemble, c’est aussi une expérience humaine. On savait qu’humainement c’est quelqu’un de simple, drôle et il respecte ses engagements. »

Naturellement, un groupe évolue entre deux albums. Comment Émile analyse-t-il celle de Beyond The Styx entre Stiigma et Sentence ? « Je dirais que Sentence est un brin plus… « incisif » que Stiigma, si c’est possible. C’est le genre de pavé dans une mare qui éclabousse vraiment ». D’évidence, le groupe à la rage au ventre et exprime sa colère avec une virulence non feinte. Dix titres brutaux, qui allient hardcore pus jus, punk et thrash à un chant hurlé et agressif, difficilement compréhensible sans le livret. D’ailleurs, « Christian, lui, semblait comprendre ce que je hurlais et il voulait corriger mon accent. Il trouvait que certaines phrases, certains mots ne collaient pas rythmiquement. Je pense qu’on a gagné en puissance, qu’on a gagné de ce point de vue: une puissance clairement affirmée et prononcée. » Ce qui surprend, c’est d’entendre un hurleur aussi agressif que lui parler d’une voix douce, calme, posée et bienveillante et presque fluette. Comment travaille-t-il sa voix? « Je pense que ma douce voix, je ne la travaille pas, sauf dans ma vie professionnelle puisque je suis éducateur. Ce qui nous oblige à savoir, un peu comme au théâtre, à savoir jouer sur les intonations. Ce n’est pas en parlant fort qu’on obtient grand chose de quelqu’un… Ma voix plus saturée, je l’ai travaillée, même si je ne dispose pas à mon sens d’une technique folle. Je peux juste parler en termes d’intonations de voix, mais pas plus. Je chante avec mes tripes. Ce n’est pas le fait d’avoir fait un stage de chant saturé avec David Ferond qui a révolutionné ma façon de canter si ce n’est deux choses: l’échauffement et l’hygiène de vie, deux choses importantes pour pouvoir tenir une voix. Il m’a aussi fait comprendre l’importance du diaphragme, un instrument magique. » Émile envisage-t-il un jour, comme d’autres le font, d’alterner avec du chant clair? « Non, pas du tout! Inenvisageable, en tout cas pas avec moi au chant. Si un jour ça se fait, ce sera invité, mais pas moi. J’ai peu de certitudes, mais celle là, c’en est une. »

La lecture de certains titres peut également évoquer certaines choses: Self hatred, par exemple, est-il un titres autobiographique? « Waow! j’aime bien ces questions inhabituelles! Peut-être en partie… Une partie de moi, oui, en bon Gémeau que je suis. J’ai toujours du mal à me distancer du genre humain dont on a été séparé depuis 2 ans. Quand je parle de la haine de soi, c’est la haine de sa propre espèce. On a parfois l’impression d’être entourés de personnes plus monstrueuses les unes que les autres alors que nous sommes censés être l’espèce ultime, dotée de conscience. De quoi? Je m’interroge… J’ai l’impression qu’on est une espèce de plus en plus auto centrée, et ça m’agace au plus haut point! » Les thèmes abordés font sur cet album référence à l’humanité et au pouvoir, aussi. Émile reconnait volontiers, comme nombre d’autres, avoir mal vécu la période de confinement, en bon citadin vivant en appartement. « Collateral fait référence aussi au pouvoir que nous avons tous. On est tellement écrasés par la technologie, par le quotidien… d’une certaine manière, on a l’impression que nous ne sommes que juste bons à être dans notre quotidien sans pouvoir en sortir… On nous parle du monde d’après mais il reste encore à construire. »

Collateral est un des titres qui a fait l’objet d’une video, démarrant en partie d’air soft version jeu de guerre (OK, c’est pareil) pour terminer sous forme de jeu vidéo tourné en automne. « Non, ça a été tourné en forêt de Chinon en plein hiver. On l’a fait le 1er janvier. » Overload montre une tête d’ampoule bouffeuse de pizzas. « oui, oui… Le thème, c’est un peu ce que j’ai eu l’impression de traverser pendant le confinement: cette impossibilité de projection dans l’espace et dans le temps. On est conscient qu’il y a un mur qu’on ne pourra pas franchir. Ca aborde le thème du burn out avec tout ce qu’on a pu nous imposer, à tort ou à raison parce qu’il y a aussi de la raison dans ce confinement. »

Tous ces éléments, les nuages, la puissance, l’impuissance, on les retrouve sur la pochette. Avec ce personnage qui porte le numéro 7 sur son maillot. une signification particulière? « Ah! Tu es le second à m’en faire part, mais le premier en interview…  Ammo, le graphiste, est parti du numéro 80 que je porte sur un maillot de la NFL. D’ailleurs, dans Collateral, un joueur porte le maillot avec le numéro 8, chiffre qui peut renvoyer à l’infini. » Cette notion de pouvoir, on la retrouve partout sur la pochette, de l’ado à l’immeuble  prêt à tomber sur le Cerbère… « Là, pour le coup, tu es le premier à m’en parler. C’est bien, ça me fait voir des codes que je ne voyais pas au départ! »

Si le vocaliste devait ne faire écouter qu’un titre de Sentence pour définir ce qu’est aujourd’hui Beyond the Styx, ce serait lequel? « Je m’arrêterais au choix du groupe, je pense. Pas forcément ma préférée mais DC est représentative avec l’aspect metal, hardcore, un tempo assez contrasté. Si on aime pas celui-là, il y a peu de chance qu’on aille plus loin! »

Terminons avec ce classique de Metal-Eyes: quelle pourrait être la devise de Beyond The Styx? « On en a déjà une, c’est une devise que j’ai écrit en anglais: No more borders, cross the river. Plus de frontières, traversez la rivière. Ca rime aussi en français, je m’en rends compte juste là en traduisant (il rit). Brisons un maximum ces frontières qui peuvent nous distancier les uns des autres. »

Brutal et intègre, Sentence est sans aucun doute un album à découvrir en live. Amateurs de hardcore et de thrash, lancez-vous!

Entretien téléphonique mené le 11 février avec Émile Duputié (voix)

EXHORTED: Old bastards never die

France, Hardcore (M&O, )

Oh punaise, hardcore de derrière les fagots qui déménage, c’est tout ce que propose Exhorted! La rage explosive s’exprime par des rythmiques plombées, un chant guttural furieux, des guitares directes et sans concessions. Quoique, il y a dans tout ce maelstrom une certaine recherche de mélodie qui, par instants, dans les soli ou quelques intros, permet de se poser et reprendre son souffle. Help me introduit ce Old bastards never die (j’adore ce titre!) comme un avertissement bien plus qu’un appel au secours. Les 9 titres qui figurent sur cet album sont d’une brutalité exemplaire et il y a fort à parier que certaines nuques risquent de céder. Lorsque le propos n’est pas speed, il se fait lourd comme un temps d’orages (God is mine, Let me go) mais la rage reprend vite le dessus. Les guitares charcutent comme jamais et il est étonnant de ne voir les noms de ces instrumentistes dans le line up du groupe. Groupe? Ne figurent ici que Yves Balandret (chant), Lionel Marquez ((basse) et Edoardo Panepinto (batterie). Un mystère de plus à résoudre mais une situation qui ne saurait perdurer. En tout cas, jetez une oreille à cet album, promesse sportive pour tout amateur de pogo!

FISHING WITH GUNS: Under the silver lake

France, Hardcore (Autoproduction, 2021)

Forcément, quand on décide d’aller pêcher avec des flingues, il ne faut guère être pressé de se sustenter. Les coreux parisiens de Fishing With Guns mettent en pratique le nom qu’ils ont choisi. Il leur aura cette fois fallu pas loin de 6 ans pour que les poissons dispersés ne se retrouvent dans ce lac argenté. Une production tous les 5 ans, c’est un bon rythme, non? D’autant qu’il s’agit ici d’un Ep 5 titres qui mélangent brutalité et détermination. un ensemble magnifiquement mis en son par Francis Caste décidément incontournable magicien sonore sans pareil. Aussi speed et rageur que plus aérien, Under the silver lake (un titre qui pourrait être celui d’une série à suspense) nous entraîne dans un univers sombre et riche en émotions. Le chant, puissant, enragé, explosif, ne faiblit jamais, les guitares taillent dans le vif et la section rythmique bombarde autant qu’elle le peut. C’est puissant et pourrait, si le groupe avait opté pour un album entier, être usant. On ressort proprement lessivé de cette courte expérience, un  véritable condensé de rage dans ta face.

Interview: PRIMAL AGE

Interview PRIMAL AGE : entretien avec Benoit (guitare). Propos recueillis par téléphone le 7 juin 2021

Metal-Eyes : Benoit, Primal Age, en 2021, c’est quoi ?

Benoit : Déjà, en 2021, Primal Age c’est un groupe qui est toujours là, qui n’a pas succombé à la pandémie. C’est la sortie d’un nouvel album. C’est surtout les précurseurs du metal hardcore en France, un groupe qui a apporté le mix entre ces deux genres…

 

Metal-Eyes : Mais ça c’était hier. Tu viens de le dire, votre nouvel album sort ce mois-ci. Il s’appelle Masked enemy, ce qui se traduit par Ennemi masqué. Il sort un an après le début de la pandémie. Question quelque peu évidente : s’agit-il d’un hasard, d’une coïncidence une y a-t-il une volonté de votre part de l’intituler ainsi ?

Benoit : C’est un pur hasard… Il faut savoir que la composition a démarré il y a 3 ou 4 ans, que les textes et les titres ont été trouvé en amont. On nous le dit à chaque fois, mais, non, c’est un pur hasard…

 

Metal-Eyes : En même temps, vous parlez d’un ennemi masqué alors qu’aujourd’hui, c’est nous qui sommes masqués… Quels thèmes abordez-vous sur cet album ?

Benoit : Comme depuis les débuts du groupe : on aborde les thèmes de l’écologie, de la cause animale, de la politique, tout ce dont on a pu parler sur les albums précédents, on reste sur ces thèmes.

 

Metal-Eyes : Vous abordez également le thème du végétarisme (il confirme), ce qui est assez contradictoire avec le nom du groupe qui signifie « âge primaire ». Nos ancêtres étaient assez peu végétariens ou végétariens…

Benoit (il rit) : C’est sûr… Il y a 3 végé/végan dans le groupe, ce n’est pas moi qui pourrait le mieux t’en parler…

 

Metal-Eyes : Alors tu leur diras que le nom n’est pas cohérent par rapport à l’histoire du groupe. Tu es arrivé en 2015 avec Flo, le batteur. Tu as enregistré A silent wound et The light to purify avant celui-ci.

Benoit : Exact. Sur A silent wound, c’est Sylvain des Seekers of the truth, un ami de longue date, qui nous a dépannés sur la tournée japonaise – il a pris la place de Yohann à la guitare sur la tournée japonaise et m’a remplacé sur la tournée brésilienne.

 

Metal-Eyes : Comment me vendrais-tu Masked ennemy ?

Benoit : Je pourrais te dire que c’est un bon mix de tous les genre metal edge hard core à l’ancienne, qu’on a pu retravailler pour le moderniser, avec un bon gros son de Guillaume Doussaud au mixage et Alan Douches au mastering. On a beaucoup de retours médias positif et on attend avec impatience les retours des personnes qui ont précommandé l’album. Pour nous, c’est certainement le meilleur album produit par Primal Age ?

 

Metal-Eyes : Le meilleur album, de quel point de vue ? Compositions, production, efficacité… ?

Benoit : A tout point de vue !

 

Metal-Eyes : OK, on va faire simple, alors…

Benoit : On va faire simple et efficace ! Il y unanimité là-dessus.

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution de Primal Age entre The light to purify et Maked enemy, toi qui a justement participé aux deux ?

Benoit : Beaucoup de modernité due aux nouvelles technologies qui ont pu arriver, dans mon cas, en ce qui concerne les amplis de guitare, mais aussi dans les micros, les techniques d’enregistrement… On s’est un peu servis de tous ce qu’on aime en matière d’effets par exemple. Je pense que notre arrivée, à Flo et moi, ça a aussi apporté un coup de « refresh » aux composition. Mais le groupe continue avec la même rage.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de ce nouvel album pour expliquer ce qu’est le groupe aujourd’hui, ce serait lequel ?

Benoit : Euh… Je vais te dire I warn you, mon titre préféré. Pour le côté bien pêchu de certains riffs, mais aussi pour le côté très technique de certains sons. Il y a aussi le côté un peu punk, c’est un peu un mix de plusieurs genres, mais que du meilleur.

 

Metal-Eyes : ça veut dire que les autres sont moins bons.

Benoit : Ah, non ! Non, ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit (rire) ! Je vais me faire taper sur les doigts après ! C’est sur ce titre-là, qu’on répète toujours en studio, que j’ai vraiment envie de sortir de mes gonds !

 

Metal-Eyes : Ça fait 6 ans que tu es dans ce groupe qui s’est formé en 1993. Comment décrirais-tu la musique de Primal Age à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Benoit : Je dirais que c’est avant tout une musique de passionnés, une musique qui transmet… Je compare ça à un défouloir, pour certains c’est le sport, nous c’est la musique. Les retours que nous avons, c’est que les gens nous disent qu’on sent qu’on vit la musique quand on la joue, c’est sincère. Même entre nous, on a beau être de plusieurs générations, on est en osmose, tous ensemble sur un même bateau. Une déferlante de rage, mais de rage positive.

 

 Metal-Eyes : Depuis sa formation, Primal Age a donné 700 concerts, a tourné au Japon, au Brésil, au Mexique, a joué en festivals mais au regard de l’ancienneté du groupe, ça fait un nombre de concerts trop peu nombreux pour que le nom de Primal Age s’impregne dans l’esprit des gens (Il approuve). Que manque-t-il à Primal Age pour passer à l’étape supérieur ?

Benoit : Ça, c’est une bonne question ! Je vais te donner mon avis : pour moi, ce serait la communication et augmenter notre présence sur scène, plus de dates, de festivals. On n’est pas un groupe professionnel, on a tous un boulot, on doit s’adapter… Peut-être que le manque de communication via les médias ou les réseaux sociaux, pas assez fait depuis le début, a freiné certaines choses. On essaye de se rattraper. Depuis que je suis arrivé dans le groupe, j’ai proposé de gérer les médias. Je suis le plus jeune du groupe – je vais avoir 24 ans – je pense connaitre un peu mieux que Didier ou Dimitri le fonctionnement des réseaux. Pour l’instant, ça porte ses fruits, même si on ne pourra jamais rattraper le temps perdu.

 

Metal-Eyes : Ce que je constate aussi c’est que, malgré un gros trou dans votre parcours, vous semblez avoir trouvé un rythme dans la sortie de vos productions avec une nouveauté tous les deux ans environ. Sans doute, en effet, que le nom du groupe s’ancrerait plus avec la communication dont tu parles.

Benoit : Oui, c’est sûr.

 

Metal-Eyes : Ce qui pourrait être un message, comme d’autres le font, c’est de repartir de zéro avec un album auto nommé.

Benoit : Oui, c’est vrai, toute idée est bonne à prendre, je n’y avais pas pensé…

 

Metal-Eyes : Si tu devais envisager une devise pour Primal Age, quelle serai-elle ?

Benoit : Mmmmhhhh…. Alors là… tu me poses une colle, terrible… J’y réfléchis, je vais te dire dans un instant…

 

Metal-Eyes : On va y revenir. Parlons de l’illustration de ce nouvel album : il s’intitule Ennemi masqué, nous voyons un cadavre dont les yeux sont bandés – on aperçoit aussi un troisième œil – et au-dessus de lui, une créature cornue qui a une capuche qui lui couvre la tête. Lequel des deux est le véritable ennemi ?

Benoit : Ça … c’est à chacun de l’imaginer après écoute de l’album… C’est Greg, de Visual Injuries, qui travaille avec nous depuis 2015. Il fait notamment des designs pour le Hellfest et il connait très bien le groupe. On lui donnait des directives, on lui demandait quelques modifications, mais pour cet album, on lui a laissé carte blanche. On lui a envoyé les textes, les sons, il nous a fait un premier envoi et ça a été du one-shot. Il nous a dit qu’il s’était senti vachement inspiré. Quand tu lis les paroles, que tu écoutes certains sons, tu fais tout de suite le lien avec certains détails.

 

Metal-Eyes : Cet album a été finalisé en pleine période de pandémie. Comment avez-vous procédé pour son enregistrement ? Vous avez modifié vos habitudes ?

Benoit : Oh, oui… Oui. Comme je te le disais, la composition a commencé il y a 3 ou 4 ans On avait encore Mehdi à la batterie, on a repris le tout premier batteur avec qui on a tourné mais quand on a commencé à penser nouvelles compositions, il nous a expliqué qu’avec son changement de travail, ça allait être compliqué. On a retrouvé un batteur, Toki de The Arrs (Note : Vincent Bertuit), qui a fait une tournée avec nous. Mais arrivés à la composition, on n’était pas sur la même longueur d’ondes. Là, on a cherché une solution, on a envoyé quelques sons à notre pote, Rudy, d’Explicit Silence, en lui demandant si ça lui parlait. Il nous a envoyé un premier son et ça l’a fait direct. On lui a proposé d’enregistrer l’album avec nous et ça nous a enlevé une grosse épine du pied. Tout ce qui est compositions, Dimitri, le bassiste, avait écrit une bonne moitié de l’album. Quand il a un son e n ête, il l’a en entier – chant, basse, guitare – et Flo a su s’imprégner de l’univers de Primal Age et il a composé l’autre partie des sons.

 

Metal-Eyes : La situation sanitaire semble commencer à s’améliorer : est-ce que vous avez commencé à ré-envisager des dates ?

Benoit : Oui, absolument. Notre tour manager a commencé à en caler quelques-unes. Si tout se passe bien, on devrait faire notre rentrée scénique en octobre. Après, je ne peux pas encore parler des projets de 2022, mais tout commence à se décanter. Ça commence à sentir bon.

 

PRIMAL AGE: Masked enemy

France, Hardcore (WTF records, 2021)

Avec Masked Enemy, leur nouvel album – cinquième méfait, les Français de Primal Age, que certains ont pu découvrir lors de la dernière édition du Hellfest (2019) veulent frapper un grand coup . Fidèles à leurs brutales convictions musicales, les 5 nous délivrent un hardcore sans concession, direct et dans ta face. La rage est présente de bout en bout, cachée par une intro faussement rassurante. Les thèmes abordés sont actuels – défense de l’écologie et de la cause animale, végétarisme, consommation de masse… – et l’on imagine volontiers le groupe s’engager auprès d’ONG et d’associations diverses. Alors certes, les amateurs de colère vont être servis, la brutalité est à l’image d’une charge de cavalerie syncopée et épileptique – Rollins & Co. n’ont qu’à bien se tenir, croyez moi ! – mais il est difficile de suivre cet album d’une traite. A mi parcours, une pause s’impose afin de mieux repartir. C’est que 11 morceaux, 11 bastos, plutôt, ça ne se digère pas en un claquement de doigts. Non, il faut un peu de temps pour tout assimiler. Sensations fortes assurées.