TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN: Pressure

Hard rock, USA (SPinefarm, 2020)

Tyler Bryant & The Shakedown a un rythme de publication discographique quasi unique en son genre. Moins de 18 mois après la sortie de Truth and lies, qui m’avait déjà sacrément marqué, les Américains reviennent avec un Pressure tout aussi réussi, varié et efficace en diable. Concocté à domicile en pleine période de lutte contre la pandémie, ce disque voit le groupe confirmer son potentiel et faire un pas de plus vers l’excellence. Les Shakedown s’amusent avec tout ce qui leur plait, du hard rock rageur (Pressure) à la ballade sensible, épurée et émouvante (Like the old me) en passant par le hard rock pur jus (Crazy days), le rock sudiste issus des bayous (Hitchhicker et sa bottleneck). Le combo sait aussi se faire simplement crade et direct (Automatic) ou amoureux de la country (Wildside) ou du blues (Misery). Jamais à court d’idées, le groupe ne laisse pas l’auditeur se lasser. Pressure pourrait-il être le déclencheur – enfin – d’un succès à grande échelle pour TBSD? Voici en tout cas un album, dont on ne jettera rien, qui séduira tous les amateurs de hard rock simple et efficace.

Interview: Tyler BRYANT AND THE SHAKEDOWN

Interview TYLER BRYANT AND THE SHAKEDOWN : entretien avec Tyler Bryant (chant, guitare) Propos recueillis via Zoom, le 9 octobre 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Tyler, vous avez un rythme d’enregistrement d’albums comme personne. 2015, 2016, 2017, le dernier il y a à peine 18 mois, et le prochain sort le 16 octobre. Vous trouvez où, cette inspiration ?

Tyler Bryant : J’adore écrire des chansons, c’est une des choses qui me rendent heureux. Cette année, notre tournée a été annulée, et la décision la plus évidente a été de composer de nouvelles choses. Je n’ai pas encore eu de « syndrome de la page blanche » dans ma carrière, même si je sais que ça arrivera ! Il y a tant de choses dont on peut s’inspirer, surtout en ce moment. Les gens traversent tant d’épreuves en ce moment, c’est pour ça qu’on a appelé cet album Pressure. C’est un album dans lequel nous mettons tous nos espoirs et notre énergie et espérons pouvoir tirer quelque chose de positif d’une situation affreuse. Nous avons ressenti comme un devoir de partager cela avec notre public.

 

Metal-Eyes : Tu dirais que le Covid a eu un impact « positif » sur le processus d’écriture ?

Tyler Bryant : Ouais… C’est difficile de dire que le Covid a quoique ce soir de positif… Mais j’ai écrit plus de chanson positives, comme un exutoire de tout ce qui est négatif actuellement. Des chansons comme Crazy days ou Coastin’ sont parmi les plus positives de ce que j’ai jamais écrit. C’est sans doute le résultat de mon cœur me dictant « ok, mec, plus de choses négatives, sois positif ! »

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution du groupe entre Pressure et Truth and lies, vos deux derniers albums ?

Tyler Bryant : Mmh… On a beaucoup tourné, on est des chiens de la route… On donne 200 concerts par an, ou plus, et plus tu joues, meilleur tu es. On a donné des concerts dans des stades avec des groupes comme Guns’n’Roses et dans des clubs dans des villes où nous n’avions jamais mis les pieds avant… Chaque concert te permet de voir ce qui fonctionne ou pas. Il y a des chansons qui fonctionnent dans des stades et d’autres, plus intimes, tu aurais envie que le public soit là, assis dans la pièce avec toi. Je crois que nous commençons à tirer profit de toutes ces expériences que nous vivons depuis des années.

 

Metal-Eyes : Avec tous ces groupes avec qui vous avez partagé l’affiches, gigantesques ou plus petits…

Tyler Bryant : Oui, absolument. Et aussi… Nous avons enregistré cet album dans mon home studio. Si tu veux survivre aujourd’hui, surtout en tant que groupe de rock, tu dois prendre les rênes et faire les choses toi-même. Personne n’a envie de sortir, et nous n’avons pas envie de sortir, voir des gens ! On a déjà pris des risques en enregistrant cet album en plein confinement, nous sommes censés ne voir personne ! Nous avons passé un pacte disant que nous ne verrions personne d’autre, ne rien faire d’autre que des allers-retours entre chez nous et le studio. J’ai la chance d’avoir un studio chez moi, où nous avons enregistré. J’aime le fait de complètement pouvoir m’immerger dans le processus comme nous l’avons fait.

 

Metal-Eyes : Mais tu aimes aussi être sur la route, comme tu l’as dit. Le chien de la route que tu as décrit il y a quelques instants doit être frustré en ce moment…

Tyler Bryant : Oui, à 100%. C’est un peu impressionnant de sortir un album sans aucune date pour le promouvoir…

 

Metal-Eyes : Oui, mais la musique doit continuer de vivre.

Tyler Bryant : Si je ne fais pas de musique, je suis malheureux. Faire ce disque était un moyen pour moi de rester sain, et c’est pareil pour mes compagnons de jeu. On a pris notre pied à réaliser cet album !

 

Metal-Eyes : Il y a une variété de rythmes, de feelings sur cet album. Pressure, le titre d’ouverture est très heavy, il y a des morceaux plus intimistes et sentimentaux. Qu’avez-vous mis dans ce disque ?

Tyler Bryant : Une chanson comme Pressure a été composée avant la pandémie, mais je crois que ce sentiment de se sentir submergé par la pression est ressentie par les gens depuis la nuit des temps. Nous avons eu le sentiment que ça devait être notre point de départ pour ce disque, parce que chaque membre du groupe en parlait. Je ressens de la pression : celle de ne pas avoir de travail, de vouloir réussir, d’avoir quelque chose à faire, parce que je m’ennuie, que je me sens piégé… Toutes ces choses que chacun peut ressentir… C’est pour cette raison que nous avons choisi de placer l’aguille de la pochette dans le rouge, parce que c’est ce que nous ressentons actuellement. Mais nous ne pouvions nous arrêter là, nous devions explorer d’autres sentiments pour voir le bout du tunnel. C’est la raison pour laquelle l’album se termine avec Coastin’, une chanson pleine d’espoir, et positive.

 

Metal-Eyes : Tu viens de parler de « pression pour réussir » … Vous avez joué en ouverture de groupes gigantesques, avez sorti une demi-douzaine d’albums… Que manque-t-il pour vous faire passer au stade supérieur ?

Tyler Bryant : J’en sais rien… Je crois que nous avons rencontré notre public. Nous ne sommes pas un groupe mainstream, nous jouons du rock bluesy sans prétention. Tu me vois assis avec cette Resonator (ndmp : une guitare Gretsch à caisse métallique notamment popularisée par Dire Straits) des années 30… Je ne suis en aucune manière une pop star et je me sens vraiment chanceux que nous ayons pu donner des concerts dans des stades. Mais… donner un concert devant 300 personnes, fans et passionnés par la musique de The Shakedown, est tout aussi gratifiant. A mes yeux, en tout cas ! Le succès à grande échelle n’a jamais été le but de ce groupe, notre objectif est de créer la musique que nous adorons. Continuer sur cette voie, comme les artistes que je respecte, c’est ce que je souhaite : faire le plus de disque jusqu’à ce que je ne le puisse plus.

 

Metal-Eyes : Vous n’avez presque jamais changé de line-up…

Tyler Bryant : Oui, à l’exception de notre bassiste qui a quitté le groupe après 8 ans. Nous nous sommes quittés en très bons termes et nous nous parlons encore… Il commencé en tant que batteur, et il a pris la basse en entrant dans le groupe. Mais il avait cette envie brûlante de rejouer de la batterie, alors il a suivi son chemin.

 

Metal-Eyes : Comment expliques-tu l’union qu’il y a entre vous tous ?

Tyler Bryant : Nous sommes des frères, simplement ! Aussi proches que nous pouvons l’être sans lien de sang. Nous avons partagé tant de choses… Nous nous sommes battus les uns pour les autres, nous sommes soutenus.

 

Metal-Eyes : Sur Oui ! (il ouvre sa veste et dévoile un T-shirt avec sa photo) C’est elle ! Elle sort son nouveau single aujourd’hui, alors j’assure sa promotion ! Il y a quelques chansons sur ce disque où je pensais que ce serait bien d’avoir du chant féminin. Elle nous a fait le plaisir de partager sa voix avec nous sur ces chansons…

 

Metal-Eyes : Il y a aussi la participation de Charlie Starr…

Tyler Bryant : De Blackberry Smoke, oui !

 

Metal-Eyes : Vous jouez le même style de musique… Depuis combien de temps vous connaissez-vous ?

Tyler Bryant : Je connais Charlie depuis longtemps… Je ne sais plus combien de temps, mais The Shakedown a tourné avec Blackberry Smoke et Charlie et moi sommes devenus de bons amis. Je le considère comme un ami proche. Au-delà du fait que nous soyons amis, je suis un grand fan de son groupe ! C’est un de mes chanteurs préférés et c’est un honneur pour moi qu’il chante sur ce nouvel album.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Pressure poru expliquer ce qu’est aujourd’hui Tyler Bryant and The Shakedown, quelle chanson serait-ce ? Et je sais que j’ai dit il y a quelques instants que c’est un album très varié…

Tyler Bryant : Pfiou… Oui, c’est un album varié… Je dirai Holding my breath. C’est une bonne représentation de qui nous sommes aujourd’hui.

 

Metal-Eyes : C’est le seul titre qui dépasse les 4’…

Tyler Bryant : Vraiment ? Je ne le savais pas !

 

Metal-Eyes : C’est volontairement que vous écrivez des chansons courtes ?

Tyler Bryant : Non… Tu sais, si tu viens à un concert des Shakedown, tu auras du mal à trouver une chanson de moins de 4’. Nous adorons jammer, improviser, ça nous inspire. Ce moment où tu laisses parler ton instinct en concert. En studio, nous préférons aller à l’essentiel, laisser une chanson parler d’elle-même, sans ajouter de guitares héroïques ou de fioritures… Nous préférons que la guitare serve la chanson plutôt que de frimer avec…

 

Metal-Eyes : J’ai écouté l’album le 6 octobre. Ecouter The old me alors que nous venions d’apprendre la mort d’Eddie Van Halen, ça m’a vraiment ému. Comment as-tu vécu cette disparition ?

Tyler Bryant : Oh, man… Eddie Van Halen était un de mes héros. Ma première guitare électrique était un clone de sa Frankenstrat… C’était une guitare pour enfant et lorsque je l’ai eue, je ne savais même pas qui était Eddie Van Halen, je n’étais qu’un gamin. Oui, c’est une perte immense pour le rock, et pour la musique en général. Mais je me sens chanceux d’avoir pu vivre dans le même monde que lui, c’était un génie absolu…

 

Metal-Eyes : Une inspiration aussi ?

Tyler Bryant : Oh, oui, une grande source d’inspiration ! J’ai posté une chanson sur mon compte Instagram hier, une sorte d’hommage… J’aurai voulu le rencontrer, mais…

 

Metal-Eyes : Est-ce que le père de Graham vous apporte son avis sur votre musique ?

Tyler Bryant : Non… Il fait son truc, et je crois que Graham apprécie de faire aussi son truc. Il préfère faire écouter un album à son père une fois enregistré, mixé et finalisé. Il ne va pas lui demander son avis…

 

Metal-Eyes : Mais Brad vous le donnerait s’il pouvait écouter votre musique avant que vous ne l’enregistriez ?

Tyler Bryant : Il l’a fait une fois, une seule fois. Il est venu en studio en 2011, ça remonte. Il nous a dit « ça sonne vraiment bien. Ce serait bien si les backing vocals sonnaient comme ça ! » Et il s’est barré… Il a toujours soutenu le groupe.  Quand nous avons terminé le premier album, nous sommes allés chez Brad, lui avons fait écouté l’album et il nous a dit « ça craint ! Vous voulez écouter le dernier album d’Aerosmith ? » et on a vraiment passé un bon moment. Il est plus un ami qu’autre chose. Il est juste le père de Graham…

 

Metal-Eyes : Tu auras remarqué que je n’ai pas prononcé son nom de famille… (Graham Whitford est le fils de Brad, guitariste d’Aerosmith)

Tyler Bryant : Oui, oui, j’ai remarqué…

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait-être la devise du groupe aujourd’hui, quelque chose que vous imprimeriez sur votre futur album ?

Tyler Bryant : Oh, mince… Une chose que (il rit) je prononce toujours avant de monter sur scène c’est « Pas de prisonniers ! » L’idée c’est que quand les Shakedown donnent un concert, j’ai envie d’attraper le public à la gorge et de le secouer ! Je sais, ça sonne assez violent, je ne veux blesser personne, bien sûr ! C’est plus dans l’idée d’embarquer le public avec nous.

 

Metal-Eyes : Ces dernières années, vous avez changé votre manière de composer ?

Tyler Bryant : J’ai toujours fait les choses de manière instinctives. Ce que ressens est ce que je vais écrire. J’attrape une guitare et je joue. Un riff ? Un rythme de batterie ? Un titre ? Je n’ai jamais eu une méthode précise… Je ne sais jamais par où je vais commencer, et lorsque je planifie les choses, en général, le résultat… ça craint !

 

Metal-Eyes : Quel est l’apport des autres ? S’agit-il d’un travail personnel que tu proposes aux autres ou d’un effort collectif.

Tyler Bryant : Un peu des deux… Ils apportent beaucoup plus que simplement jouer leur partie. Un titre comme The old me, je l’ai écrit seul. Je me suis assis avec une guitare, j’ai eu une idée de riff et 15 minutes plus tard, des mots sont arrivés. D’où, je n’en sais rien, mais ils étaient là. J’ai joué le morceau aux autres et ils ont simplement amélioré la chanson, en ajoutant du piano, ce que nous n’avions jamais fait. Parfois, Graham m’envoie un titre et nous le développons, un vrai travail collaboratif. Il y a beaucoup de choses sur cet album qui n’auraient pas vu le jour sans ce travail commun.

 

Metal-Eyes : Donc c’est un groupe démocratique…

Tyler Bryant : Nous ne faisons rien sans que chacun ne donne son accord, c’est sûr !