Interview: DISCONNECTED

Interview DISCONNECTED. Entretien avec Ivan (chant). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 9 mars 2018

 

Metal-Eyes : Commençons par une question traditionnelle. Ou moins traditionnelle puisque je vais en changer : devine quelle est la première question que je vais te poser…

Ivan : Euh… « Comment es-tu rentré dans le groupe ? » ou « d’où vient le nom du groupe ? », j’hésite entre les deux…

Metal – Eyes : Ou, plus simplement : raconte-moi l’histoire du groupe…

Ivan : Ah, d’accord ! L’histoire du groupe démarre bien avant moi puisque je suis arrivé dans l’aventure fin 2016. Elle débute en 2012 avec Adrian qui monte ce projet, qui écrit des titres et qui veut monter son groupe avec des idées assez hétéroclites, musicalement parlant. Pendant des années, il galère à trouver des gens qui ont la possibilité de s’investir, et qui ont la compétence pour s’investir à un certain niveau. Compétence musicale et artistique de jouer ce que lui compose. Pendant un an, un an et demi, il galère pour trouver un « bon » chanteur, en tout cas un chanteur qui correspond à ce que lui attend, si bien qu’il s’est demandé s’il allait voir à l’étranger. C’est là qu’intervient notre lucky charm, François-Maxime Boutot, qui est le réalisateur et mixeur de l’album et qui me connaissait par d’autres biais. Il lui a conseillé de le contacter. A ce moment-là, j’étais en fin de course avec mon groupe précédent, Heavy Duty, qui sortait un troisième album, Endgame, en octobre 2016. Adrian me contacte donc à ce moment, et comme on avait du mal à tourner, que l’album ne prenait pas trop, qu’on était un peu en fin de vie, et comme je n’aime pas trop m’éparpiller, je me suis dit que j’allais écouter ce qu’il me propose. Et ça m’a séduit tout de suite.

Metal-Eyes : Donc la fin d’un groupe pour démarrer avec un nouveau.

Ivan : Ben, pas vraiment la fin, parce que Heavy Duty existe toujours. Mais malheureusement on a fait le tour de la question : en 6 ans d’existence et 3 albums sortis avec eux, on n’a pas réussi à faire monter le truc de manière à pouvoir investir dans un nouvel album, tourner… On n’a malheureusement pas rencontré notre public. Forcément, l’activité devient moindre et on a plus de temps pour faire d’autres choses. Et comme j’ai l’habitude de m’investir à 100% dans ce que je fais, j’ai senti que je pouvais le faire pour Disconnected, avec qui je me suis donc engagé à 100%.

Metal-Eyes : Ce premier album est donc le début d’une aventure qui a mis du temps à se créer.

Ivan : Tout à fait, oui. Maintenant, c’est le vrai début de vie du groupe puisque, encore, on n’a eu le line-up du groupe « définitif » que récemment puisqu’un des guitaristes est parti et a été remplacé par un autre. Certains n’ont pas enregistré sur l’album. Il n’y a que Aurélien, Adrian et moi. Maintenant on est au complet avec une belle, belle équipe.

Metal-Eyes : Justement, ce qui me surprend en prenant le livret c’est qu’il y a une photo avec 5 personnes et seuls 3 noms sont cités…

Ivan : C’est ce que je te disais. En fait, il y en a un qui a changé. Romain ne fait plus partie du groupe, et on lui souhaite tout le meilleur, d’ailleurs. Il y a un nouveau guitariste, Florian Merendol, qui vient de rejoindre le groupe et Romain, le bassiste est arrivé peu de temps avant l’enregistrement parce qu’on a été plantés par l’ancien bassiste peu de temps avant d’enregistrer. Du coup, Adrian a dû acheter une basse et enregistrer les parties de basse, parce que, sinon, ça allait tout reculer pour la sortie de l’album, et on ne pouvait pas se le permettre.

Metal-Eyes : Et la photo avec les 5, c’est d’actualité ?

Ivan : C’est d’actualité moins un.

Metal-Eyes : Parlons un peu de l’album maintenant. Il débute avec Living incomplete qui est très heavy, avec un chant très rugueux, extrême, même, et le disque se diversifie ensuite avec des tonalités complètement différentes. Qu’avez-vous voulu mettre dans ce disque ?

Ivan : Adrian c’est quelqu’un de totalement libre artistiquement parlant. Il a pas mal d’influences, mais c’est un mec qui écoute aussi bien Architects en boucle que, par exemple, Alter Bridge dont il est ultra fan. C’est même son groupe de référence. Du coup, il ne s’est rien interdit, il a fait ce qu’il voulait, et moi, j’ai eu carte blanche au niveau de ce que je voulais apporter en terme de voix. J’y suis allé franco, je me suis fgait plaisir dans tout ce que je sais faire…

Metal-Eyes : Ca va de l’extrême à la pop, il y a des choses qui évoquent Muse, par exemple.

Ivan : Carrément ! Clairement, notre univers il est là-dedans. Un peu dans un mélange entre Gojira, Deftones, Alter Bridge, et des influences prog, ou djent, parfois, avec des choses un peu plus compliquées rythmiquement. Ce que j’ai voulu apporter, c’est ma conception un peu catchy de la musique, parce que je viens de ça, je suis très fan de groupes comme Stone Sour, ou Five Finger Death Punch que j’ai toujours aimé. Et j’aime bien le côté « refrain qui te reste dans la tête ». Mais la musique d’Adrian est beaucoup plus compliquée, donc, du coup, j’ai résussi à trouver une place, qui va un peu parfois, dans une certaine complexité mais qui ramène les choses dans le domaine de la « chanson », c’est-à-dire avec des vrai couplets, des refrains, des ponts, etc.

Metal-Eyes : Et avec des progressions. Wounded heart, par exemple, commence de façon assez légère et termine de manière plus brutale.

Ivan : Il fini très fort, oui, exactement.

Metal-Eyes : Le chant est pareil ; il est doux au départ et termine growlé. J’imagine qu’il y a une vraie volonté de vous démarquer avec ce type de « comportement » ?

Ivan : C’est pas une volonté de se démarquer mais de rester honnêtes par rapport à l’ouverture qu’on a avec la musique. C’est-à-dire qu’on ne fait pas les choses par calcul mais par sentiment, par résonnance émotionnelle, avec Adrian. Il arrive avec un titre, il le fait évoluer de cette manière sans se dire « tiens, je vais rajouter tel plan parce que machin n’aurait pas fait comme ça… ». C’est la musique qui lui vient de manière intuitive. Il a ça en lui, et moi, quand je compose mes lignes de chant, je me laisse porter par l’ambiance qu’il a développée, et j’apporte ma patte et ce que je pense être la bonne ligne vocale, le bon sentiment à exprimer par rapport à l’ensemble.

Metal-Eyes : Il doit y avoir des discussions entre vous, des choses que l’un ou l’autre ne veut pas…

Ivan : Il y en a eu, mais il n’y a pas eut beaucoup de moment où on a fait fausse route l’un par rapport à l’autre. On a travaillé de la manière suivante : quand je suis arrivé, il avait déjà les titres, tout pré produits. Il me les envoyés, j’avais donc tous les morceaux avec les orchestrations, et je posais mon chant en yaourt avant de lui renvoyer. A chaque fois, dans ses retours, il y avait plus des ajustements que des remarques négatives du style « oh, ça, ça ne me plais pas ». C’était plutôt « là, cette partie gueulée, tu pourrais peut être la transmettre de manière plus mélodique », etc. En fait, il y a vraiment un truc qui s’est passé entre nous, en tant que créateurs de musique, de très fort. On est… Je sais pas, il y a vraiment quelque chose qui s’est créé entre nous, quelque chose de fort.

Metal-Eyes : Comment travailles-tu ton chant, justement ?

Ivan : Déjà, la voix, c’est mon gagne-pain. Je fais entre 80 et 100 concerts par an, pas du tout dans ce registre là, mais dans celui de la pop et autres. Je travaille beaucoup en région parisienne, à l’étranger, dans le sud de la France. Je suis habitué à faire de longues sessions de chant, et ça, ça me fait beaucoup travailler ma voix. Après, plus spécifiquement pour le metal, je travaille notamment les voix saturées ; je pense d’ailleurs que j’ai bien évolué entre Heavy Duty et maintenant, et j’arrive du coup à obtenir des colorations différentes, un peu plus chargées, qui tirent vers des choses plus lourdes, par exemple les growls que je faisais beaucoup moins avant.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de White colossus pour décrire ce qu’est Disconnected à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel ?

Ivan : Ah… That’s a tough question… (en anglais dans le texte) Je pense que je retiendrais justement White colossus. Parce qu’il a ce côté ambiant qui est le fil rouge de l’album, il a un côté rythmique à la fois complexe et groovy, et, au niveau de l’expression vocale, entre les parties finales un peu screamées, la voix parlée, oppressante qu’il y a sur le pont, je trouve que ça représente bien le groupe. Quand je fais écouter un morceau à des gens, c’est souvent celui-là. Sans être le plus simple de l’album, il reste assez représentatif de ce qu’on aime faire.

Metal-Eyes : Vous avez des projets de scène ?

Ivan : Oui, l’album sort le 23 mars, et ce même jour on fait une release party à La Chappelle Argens à Troyes, avec Melted Space et un autre groupe troyen, Insolvency, très bon, aussi. On a une résidence toute la semaine dans la salle où on va faire une créa lumière et son. On veut avoir un package et un truc qui se tient de bout en bout pour le spectateur. On a voulu travailler aussi bien au niveau de l’univers sonore que visuel. Après, on adhère ou pas, c’est autre chose. On va travailler de la même manière pour la scène : on a un gars attitré pour le son, un autre pour les lumières, on travaille déjà ces aspects. On va mettre tout ça en place pendant ces 3 jours de résidence, faire ce concert où on attend pas mal de monde, et ensuite, on va rapidement annoncer une date sur Paris courant mai, avec Base prod, et deux autres groupes parisiens. L’étranger, aussi, mais je n’en dis pas plus pour l’instant. Pour avoir connu d’autres groupes où ça ramait, je peux te dire qu’il se passe des choses pour Disconnected !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Disconnected ?

Ivan : Ah… C’est une bonne question ça ! Ce qu’on dit, en général, c’est « Stay disconnected ». Mais ça peut être trompeur, parce que ça peut vouloir dire l’inverse de ce qu’on souhaite faire passer : cet album, il est dans le concept de la déconnection des gens par rapport à la réalité de la vie. Mais être « disconnected », pour nous, c’est garder cette liberté de faire ce qui nous tient à cœur, et aux tripes et de rester honnêtes avec cette démarche, ne pas se laisser phagocyter par ceux qui nous disent ce qu’il faut faire pour que ça marche. On veut juste rester honnêtes avec ce qu’on propose, de le faire, de le proposer aux gens et aller au bout de notre idée, sans en dévier.

DISCONNECTED: White colossus

Metal, France (Apathia records, 2018)

Disconnected est le projet fondé en 2012 par Adrian Martinot, également compagnon de route de Pierre le Pape au sein de son Melted Space. Aujourd’hui signé par Apathia records, Disconnected se présente au grand public avec un puissant et varié premier album sous les bras. White colossus est à la fois un disque intrigant et intéressant. Si Living incomplete est un titre d’ouverture brutal et rugueux, au chant growlé et si Blind faith confirme une réelle attirance pour le metal tendance heavy, la suite se fait plus légère, limite pop et joue avec divers univers musicaux. Car Wounded heart ou Feodora évoquent un Muse aérien, des Beattles entrainants, ce malgré des doubles grosses caisses et quelques interventions vocales plus musclées. For all our sakes débute avec des sonorités orientales et se transforme vite en un déluge de notes et de rythmes syncopés. Ça, ils aiment bien: débuter calmement, monter en puissance, parfois là où l’on ne s’y attend pas. Avec ce premier disque, Adrian démontre l’étendue de son savoir faire guitaristique et ne se complait jamais dans la facilité. Au contraire, en variant ses plaisirs, il parvient à surprendre l’auditeur (quelques plans shredder sur Blind faith et… quel solo étonnant sur Blame shifter!), preuve qu’il y a là un vrai potentiel. White colossus est un disque varié qui s’apprivoise pleinement avec plusieurs écoutes. Une première plus que réussie!