JOE BONAMASSA: British blues explosion live

Blues Rock, USA (Provogue, 2018)

Mais il ne s’arrête jamais, le gaillard! Studio, live, collaborations diverses… Joe Bonamassa passe le plus clair de son temps à jouer au point qu’on peut se demander s’il a d’autres centres d’intérêts. Il joue. Pour son plaisir, et celui de partager. Et pour le nôtre, aussi. Car loin de Joe l’idée de se répéter, de se reposer sur son répertoire, pourtant déjà très riche. Ici, avec British blues explosion live, Joe nous propose non pas un double album live, mais un double album live hommage aux grands du genre. Il se fait plaisir en reprenant du Jeff Beck, Eric Clapton, Jimmy Page… Ce disque a été capté lors de son concert donné le 7 juillet 2016 à Londres. Pas de lézard, le son est irréprochable, tout autant que l’interprétation de ces 14 titres qu’on souhaiterait entendre s’étirer encore et encore… Est-il utile de se plonger dans le détail de ce disque, d’extraire un morceau plutôt qu’un autre? Non, car les amateurs du guitariste savent qu’ils peuvent, les yeux fermés, se procurer l’un, l’autre ou la totalité des formats de ce British blues explosion live: double CD, DVD, Blu-ray ou même triple vinyle bleu-blanc-rouge. Pas de cocorico ici, non, non… il s’agit bien des couleurs du drapeau britannique, pour honorer l’héritage rock et blues que laisse ce pays. Un must, à consommer sans modération.

THE MAGPIE SALUTE: High water 1

Rock, USA (Provogue, 2018) – sorti le 10 août 2018

C’est en 2016 que se forme The Magpie Salute sous l’impulsion de Rich Robinson. Oui, celui là même qui fit les beaux jours des Black Crowes et qui revient aujourd’hui avec High water 1. On ne s’étonnera guère dès lors des influences du groupe, qui puise inlassablement dans le rock – qu’il soit hard ou pas – des années 70. Si Mary the gypsy démarre avec de faux airs « d’entrez dans l’arène », High water qui suit lorgne du côté de Led Zeppelin, tout comme ce superbe blues lancinant et légèrement psyché sur For the wind, la gouaille de Plant en moins. Mais le chant reste tout au long prenant, sensuel et s’accorde parfaitement aux guitares décalées, blues et envoûtantes. Parfois, comme sur Send me an omen, la rage évoque les Stones. The Magpie Salute surprend aussi lorsque, sur Sister moon, les guitares cèdent quasiment la place au piano. Le rock pur jus est également de la partie (Take it all). Cet album, vintage sans être nostalgique, respire entièrement la musique populaire américaine, du rock à la country et s’adresse à tous les amoureux de choses simples.

SUPERSONIC BLUES MACHINE: Californisoul

Hard blues, USA (Provogue, 2017)

Paru en octobre 2017, Californisoul, le second album des Americains de Supersonic Blues Machine, tourne encore sur ma platine. Clairement inspiré par les grands noms du blues et du rock sudiste, la formation n’hésite cependant jamais à explorer d’autres univers musicaux comme le funk et plus encore la soul. Ce que l’on n’hésitait jamais à faire dans les 70’s, époque où les étiquettes commençaient à apparaître mais avaient moins d’importance. Car, ici, ce qui compte, c’est le groove et le feeling. Californisoul, s’il évoque souvent les Blues Brothers, entraîne l’auditeur de bout en bout. Supesonic Blues Machine se permet même le luxe, sur ce seulement second album, d’avoir non pas un invité de marque mais 5! Si la participation de Steve Lukather, Billy Gibbons, Walter Trout, Robben Ford ou Eric Gales n’est pas un gage de qualité… Les guitares qui craquent, une rythmique simple et directe, une voix enivrante, cet album, plus que séduisant et chaleureux, est une réussite dont on ne se (je ne me) lasse pas.

JOE BONAMASSA: Live at Carnegie Hall – An acoustic evening

Blues, USA (Provogue, 2017)

Après un superbe Blues of desperation, Joe Bonamassa nous offre un album live acoustique enregistré au cours de la tournée qui a suivi. Et c’est un double album, paru fin juin, qui nous apporte le plein de blues et de feeling. A ce niveau, c’est un minimum. Démarrant avec le dynamique This train, suivi d’un Drive tout en émotion, Bonamassa se livre très vite à l’exercice du blues acoustique avec une aisance et un bonheur sans pareil. Sa voix chaleureuse sublime le travail de son doigté unique, magique. Les cordes sont léchées, aimées, les choeurs profonds et envoûtants, la sélection des chansons impeccable. Du blues des champs de coton (partout) aux sonorités irlandaises (Black lung heartache), du rock retravaillé à la chanson populaire (Blue and evil), tout y passe avec un extraordinaire feeling. Ce gars est un magicien de la six cordes. Et un double album n’est guère suffisant pour assouvir le fan. Ce Live at Carnegie hall, produit de main, pardon, d’oreille de maitre, par Kevin Shirley, est présenté sous divers formats, du CD au DVD ou Blu Ray, sans compter le triple vinyle. Il y a de quoi faire pour satisfaire tout le monde. Musicalement, s’entend!

AARON KEYLOCK: Cut against the grain

aaron keylock 2017Royaume-Uni, Hard Blues (Provogue, 2017)

Bon, voilà. Je pose ma guitare. Définitivement… Dégouté. Un gamin, un môme presqu’encore boutonneux… Aaron Keylock est un jeune guitariste d’à peine 20 ans qui s’est shooté au blues et au rock qui le fait. Le gamin nous propose, avec son premier album Cut against the grain, 11 titres forgés dans ces tripes qui firent, jadis, ce que furent les Rolling Stones, ceux de Sympathy for the devil (Falling again), ou de ce que nous offrait môssieur Gary More avec Parisian walkaways ou Still got the blues (sur Just one question), mais pas que. il se cherche au travers des Medecine man – superbe de feeling – Against the grain ou Sun’s gonna shine. Le gamin nous offre sa voix, chaleureuse, rauque, quelque peu étouffée et ayant encore un brin besoin de s’affirmer (faut bien trouver des défauts, non?) et sa guitare inspirée. Alors oui, Aaron Keylock a certes besoin de se démarquer de ses mentors pour trouver son air, il n’empêche: ce gars est un futur grand. Ou comme disait la pub, naguère: « il a tout d’un grand ». L’aurait pas pu plutôt s’intéresser aux filles, ce mec? J’vous jure…

Note: 8/10

ERIC JOHNSON: Song explorations on acoustic guitar and piano

eric-johnson-2016Guitare acoustique, USA (Provogue, 2016)

Pour les amateurs de guitare, Eric Johnson est un incontournable guitariste américain de blues, originaire d’Austin, au Texas. Pour les amateurs de hard rock, il a notamment fait partie du G3, ces tournées de guitaristes montées par Joe Satriani. Bref, s’il le manie avec brio, ce gars n’en est pas un, de manche. Et c’est, naturellement, qu’il s’essaie à un album acoustique. Tout est d’ailleurs dit dans le titre de ce disque. Song explorations on acoustic guitar and piano, ce sont 11 chansons qui, étonnamment, sont introduite par une reformulation du Mrs Robinson de Simon Garfunkel (exit les paroles, seule la guitare s’exprime). La suite est une succession de finesse et de délicatesse, une douce exploration d’univers sonores à mille lieux du rock, où guitare et piano sont à l’honneur. On parle ici de musique, et Eric Johnson, pour le plus grand plaisir de nos oreilles qui parfois, aussi, ont besoin de calme et de douceur, s’en donne à cœur joie. Ce n’est sans doute pas le disque que j’écouterai tous les jours, mais certainement un de ceux que je ferai écouter à la personne que je souhaite séduire.

Note: 8/10

Titre que je retiens: Once upon a time in Texas (c’est pas aujourd’hui que je vais reprendre la guitare…)

RIK EMMETT & RESOLUTION 9: Res 9

rik-emmett-2016Hard rock, Canada (Provogue, 2016)

Rik Emmett, pour les amateurs de hard rock classieux, c’est le fondateur, chanteur du mythique trio canadien Triumph qui s’est distingué à la fin des années 70, débuts des années 80. C’est donc avec plaisir que nous le retrouvons accompagné de Resolution 9 (Dave Dunlop à la guitare, Steve Kingsley à la basse et aux claviers, et Paul Delong à la batterie). Il s’adjoint également les services de quelques prestigieux invités que sont James Labrie (Dream Theater), Alex Lifeson (Rush) ou encore Gil Moore et Mike Levine, ses deux anciens complices de Triumph. Emmett nous propose 10 chansons (plus un bonus) de ce hard rock passe partout, sobre et efficace. Stand still, Human race, I sing, donnent le ton, entraînant l’auditeur sur des sentiers aux mélodies efficaces. Le démarrage est dynamique avant de se faire plus bluesy et doux. Un beau triptyque introductif. Simplement, Rik Emmett, rapidement, nous achemine vers des sonorités familières et, si elles sont très agréablement produites, semblent parfois sombrer dans la nostalgie. Une nostalgie toujours teintée de blues, ce blues qui lui est cher et qui nous fait vibrer. Reste que les amateurs de jolies mélodies, de sonorités hard ou AOR prendront leur pied car le gaillard n’a rien perdu de sa voix ni de ses doigts. Et une chose domine ces My cathedral, Heads up, End of the line ou encore le titre bonus, Grand parade, c’est un amour sans faille de la vie et de la musique. Ce Res 9, c’est l’album d’une bande de potes qui se font plaisir. Point.

Note: 7,5/10

Titre que je retiens: End of the line

JOE BONAMASSA: Blues of desperation

Bonamassa 2016Hard rock, USA (Provogue, 2016)

Oh, ce bonheur d’écouter Blues of deperation! This train, qui ouvre l’album, est une véritable locomotive entraînant dans son sillage les 10 wagons de ce train de rock, de blues, de tripes et de vie. Cette introduction au rythme endiablé est une ouverture sur la suite, plus nuancée, qui nous ramène au pays du blues rock. Pas celui sec et plat, non, celui gras et généreux. Mountain climbing, plus foncièrement rock, est suivi de Drive qui ralentit un peu la cadence, mais le message est clair: ce disque est varié et, surtout, propose un paquet de soli que seul des grands de cet acabit sont capables de nous offrir (ah, ces passages sur No good place for the lonely et Blues of desperation!). Joe Bonamassa nous entraîne donc dans un voyage au(x) pays du blues, de Memphis, Tenessee, aux bayous de Louisiane. Le décor change donc régulièrement, se faisant ici rock (toujours), puisant là dans la soul ou le gospel (la ballade The valley runs low, ainsi que la plupart de choeurs), ou encore dans l’esprit rock des 60’s (You left me nothin but the bill and the blues). Pas un morceau n’est ici plus faible que l’autre, démontrant, s’il en était besoin, que la bonne musique n’a pas d’âge et n’est jamais dépassée quand elle sait rester simple et venir du fond de ses tripes ou de son âme. Ca, Joe l’a bien compris et c’est un grand, très grand disque que nous propose maître Bonamassa. Malgré son titre, ce Blues of deperation est lumineux, ensoleillé et enchanteur.

Note: 9,5/10

Titre que je retiens: This train

GOV’T MULE: the tel star sessions

Gov't mule 2016« Marty, viens voir! Si tu règles le tableau de bord, tu fonces à 88 miles à l’heure… Et tu voyages dans le temps! »

Pas besoin de Doc, pour ça, il suffit de se munir de la dernière sortie de Provogue, ce The Tel star sessions de Gov’t Mule pour nous retrouver projetés plus de deux décennies en arrière. Car cet album, s’il est « nouveau », contient 9 morceaux d’anthologie, 9 chansons d’un hard rock sudiste et couillu composées en 1994 par le trio formé alors de Warren Haynes (chant et guitare), Matt Abts (batterie) et Allen Woody (basse), malheureusement décédé en 2000. Si Warren Haynes impose sa patte et son savoir faire acquis au sein du Allman Brothers band, c’est un groupe jeune et ambitieux que l’on retrouve ici. Et il ne fait aucun doute que les amoureux de ce genre terre à terre, poussiéreux, que ceux qui aiment le whiskey et la cendre froide, voire le goudron et les plumes, ceux-là vont être servis! Production minimaliste ou presque, fioritures inexistantes, Blind man in the dark, Mother earth, Rocking horse sont autant d’hymnes en devenir menée par la voix chaleureuse du sieur Haynes sur des mélodies souvent surprenantes (z’ont fumé quoi, z’étaient dans quel état les gars???) mais plus encore entraînantes. Un joli retour en arrière qui explique bien des choses. Et surtout une très bonne idée d’avoir ressorti ces démos, les avoir dépoussiérées pour les offrir au public.

GARY HOEY – Dust & bones

GARY HOEY 2016Blues rock, USA (Provogue, 2016)

Bientôt 60 ans et le guitariste de Boston nous offre son 20ème album. Taillé dans le hard rock bluesy aux forts relents sudistes, ce Dust & bones s’écoute sans lassitude aucune. Si par instants on croirait entendre le charmeur Bryan Adams, c’est surtout ZZ Top qu’on imagine habiter l’esprit de Gary Hoey. A plus d’une reprise les Texans semblent venir hanter ce CD qui transpire cependant d’une honnêteté et d’une personnalité uniques. Les Boxcar blues, Who’s your daddy, back up agaist the wall, ou Blindfaith contiennent tout ce qu’un bon album de blues rock doit offrir: des riffs entraînants, une voix chaleureuse, une soif de vivre… L’homme n’oublie pas d’où il vient et rend un bel hommage à Johnny Winter (Steamroller) et s’offre, avec la ballade Coming home, un duo avec Lita Ford, dont il avait produit Living like a runaway. Bref, si les dernières années l’ont vu discret – ou, plutôt, ont foceé une certaine discrétion – Gary Hoey, avec Dust & bones, revient avec un superbe album qui prend aux tripes et donne irrésistiblement envie de bouger. Une réussite que tout amoureux de belles mélodies et de bleus, rock, hard, sudiste… se doit d’honorer comme il se doit.

Note: 9/10

Titre que je retiens: Born to love you