Interview: The Kris Barras Band

Interview The Kris Barras Band. Entretien avec Kris Barras (chant, guitare). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 16 novembre 2018

Metal-Eyes : Tu es actuellement en tournée. Comment se passe-t-elle jusqu’ici ?

Kris Barras : C’est super ! C’est la première fois que je joue en France, et j’ai été stupéfait par les publics que nous avons vus. Fantastique.

Metal-Eyes : Cela avec une tête d’affiche particulière puisqu’il s’agit de Beth Hart. Comment t’es-tu retrouvé sur cette affiche ?

Kris Barras : Nous sommes sur le même label, et nous avons le même âge, aussi. Nous avons tourné au Royaume Uni avec Beth cette année, en avril, et avons eu l’opportunité de venir en France. Nous connaissions déjà Beth assez bien, ainsi que son équipe, nous savions où nous allions. Et nous avons décroché cette offre.

Metal-Eyes : Même si votre musique n’est pas similaire, elle reste basée sur le blues et complémentaire.

Kris Barras : Oui. Nous avons fait quelques arrangements pour que notre set se cale bien sur ce tour : nous avons un set purement acoustique. Lorsqu’on propose un concert électrique, on est bien plus du coté rock. Mais nos chansons fonctionnent vraiment bien en acoustique, alors…

Metal-Eyes : C’est notre première rencontre, alors dis m’en un peu plus à ton sujet : tu es Britanique, tu viens du monde du combat, du free fight. Alors je vais être sympa, tu es mon nouveau meilleur ami. Que peux-tu nous dire de plus ?

Kris Barras (il rit): J’ai commencé à jouer de la guitare vers l’âge de 5 ans, âge auquel j’ai aussi débuté les arts martiaux. J’ai fait les deux en parallèle. Vers l’âge de 20 ans, il se trouve que j’avais plus d’opportunités avec le combat que par la musique. Je me suis donc lancé dans la boxe thaï, et j’ai continué avec une combinaison d’arts martiaux. Ce que j’ai fait pendant 10 ans. Je me suis retiré du combat il y a 4 ans, j’ai recommencé à écrire de la musique et ai fondé le Kris Barras Band.

Metal-Eyes : Est-ce un vrai groupe, The Kris Barras Band, ou plutôt Kris Barras and band ?

Kris Barras : Eh bien, ça dépend de la manière de voir les choses. Je suis celui signé par Mascot, mais les gars sont ceux avec lesquels je travaille tout le temps. Donc c’est le Kris Barras Band.

Metal-Eyes : Ce premier album, The divine and the dirty, semble très influencé par ton ancienne vie. Des titres comme Kick me down, I don’t owe nobody nothing, probablement Wrong place wrong time… Il y a beaucoup de toi dans ce disque.

Kris Barras : Oui, oui, je fais en sorte d’explorer mes expériences passées. Pas sur toutes les chansons, certaines traitent de choses qui sont arrivées à des amis, ou de ce que j’ai vu aux nouvelles. Mais je cherche l’influence dans ce que j’ai pu vivre et expérimenter.

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets que tu préfères ne pas aborder ?

Kris Barras : Non, pas particulièrement. What you know of me, le dernier titre de l’album, parle de la mort de mon père. Il est le premier à m’avoir enseigné la guitare. C’est sans doute le plus personnel des morceaux.

Metal-Eyes : Cet album est sorti il y a 6 mois, en mars. Quel regard portes-tu dessus, il a eu assez de temps pour trouver une bonne part de son public…

Kris Barras : Les retours ont été fantastiques. Il a grandi et s’est vendu bien mieux qu’on ne l’espérait. Nous avons eu de super critiques…

Metal-Eyes : Plus de ventes ? C’est à noter, pour une fois !

Kris Barras : Oui (rires) ! Ca a été super, vraiment.

Metal-Eyes : Et tu prévois déjà un second album ou il est encore trop tôt ?

Kris Barras : Non, c’est prévu. Il est déjà écrit. On doit programmer les choses très en avance parce que nous tournons tant… Pratiquement tout 2019 est déjà prévu, il reste quelques dates à confirmer, mais on est blindés.

Metal-Eyes : En guests ou en tête d’affiche ? Ou les deux ?

Kris Barras : Les deux. Le seul moment où l’on pourra enregistrer cet album est au mois de décembre. Alors dès que nous aurons bouclé cette tournée avec Beth, d’ici deux semaines, nous rentrons pour enregistrer le nouvel album. Je ne sais pas quand il sortira, sans doute vers la fin 2019, mais c’est le seul moment où nous pourrons enregistrer.

Metal-Eyes : Ce qui signifie que vous êtes vraiment très occupés, ce qui en soit est plutôt positif. Tu as dis que c’est ton premier séjour en France. As-tu eu le temps de visiter un peu le pays, les villes que où vous avez joué ?

Kris Barras : Oui… La manière dont Beth prévoit ses tournées… Elle donne un concert un soir, et pas le lendemain. Donc on a eu beaucoup de temps pour nous. Ça fait trois jours que nous sommes à Paris, alors on a fait ce que font les touristes : on est allé à la tour Effeil, Notre-Dame, le Louvres. On y a vu la Joconde. C’était cool.

Metal-Eyes : Et quand vous n’êtes pas en tournée, comment t’occupes-tu ?

Kris Barras : Je ne suis jamais « pas en tournée ». Je ne me souviens pas d’une vie sans tournée (rires) ! Quand on est en tête d’affiche, on n’a pas beaucoup de temps off, on enchaine les concerts. Mais quand je suis à la maison, je rattrape le sommeil en retard, et avant que je ne m’en rende compte, on est de retour sur la route. Je n’ai pas beaucoup de distraction. Je suis à un moment capital de ma carrière, les choses arrivent si vite que je surfe sur la vague. Cette année, je n’ai vraiment pas eu beaucoup de temps.

Metal-Eyes : Tu prévois de revenir en France, j’imagine ?

Kris Barras : Oui, ce sera… courant avril, en tête d’affiche. Je reviens à Paris fin mai – le 25 ou le 26 – ave Johnny Lang et Walter Trout sur la tournée Rock the blues. Que des musiciens du label, Provogue / Mascot. Nous allons chacun jouer notre concert, avec nos groupes, et à la fin nous jouerons tous ensemble. On jouera à la Cigale. Ça va être cool à la faire.

Metal-Eyes : Un peu à la manière du G3, c’est le Blues G3 !

Kris Barras : C’est exactement ça ! (rires)

Metal-Eyes : Revenons à cet album. Si tu devais me décrire The divine and the dirty pour expliquer ce qu’est le Kris Barras Band, pour me le vendre, que me dirais-tu ?

Kris Barras : Hmm… C’est une bonne question. Je dirais qu’il est composé de bonnes chansons bien catchy, des chansons qui parlent à l’auditeur. Je pense que c’est un album de rock, sudiste, avec des touches de blues. C’est un peu comme ça que j’ai grandi : avec du blues, avant de m’intéresser à des choses plus rock. Les vrais fans de  blues diraient « nan… c’est pas du blues »… Mais c’est quoi, le blues ? Pour moi, c’est un feeling, une passion, un pouvoir venu de l’intérieur. Et même si on est plus rock, il y aura toujours cette touche de blues.

Metal-Eyes : Si mes souvenirs sont bons, je crois que je t’ai décris, lorsque j’ai fait la chronique du disque, comme le plus américain des bluesmen anglais. Ta musique est, selon moi, très américaine, mais tu est anglais avec les influences de ce pays.

Kris Barras : Oui, même chez moi, les gens pensent parfois que je suis Américain ! Certains me demandent quand je vais rentrer, mais je n’ai pas bougé, je suis là ! (rires)

Metal-Eyes : Il y a beaucoup de musique US, mais quelles sont tes influences britanniques ?

Kris Barras : Il y en a : Gary Moore a été une grosse influence. Des groupes comme Deep Purple, The Rolling Stones…

Metal-Eyes : Si tu devais maintenant ne retenir qu’une chanson de The divine and the dirty pour décrire ce qu’est ton groupe, ce serait laquelle ?

Kris Barras : Euh.. Question difficile…

Metal-Eyes : La précédente était « bonne », celle-ci est « difficile »… Attends la suite !

Kris Barras (rires) : Ma préférée est What you know of me, très personnelle. J’adore la jouer live, elle signifie beaucoup pour moi. Mais ma préférée serait sans doute Hail Mary

Metal-Eyes : Pas ta préférée, celle qui te représente le plus…

Kris Barras : Sans doute Hail Mary, avec les riffs à la slide guitar, de gros refrains, que les gens peuvent reprendre en cœur.

Metal-Eyes : Et sur scène, à quoi doit-on s’attendre ?

Kris Barras : 110% d’énergie et de passion données à chaque concert ! Des chansons à reprendre en cœur et du bon temps.

Metal-Eyes : Quel a été, jusqu’à maintenant, ton concert préféré, celui dont tu te souviendras longtemps ?

Kris Barras : Oh, il y en trop pour les citer ! On a fait de bons festivals, comme le RavaBlues, en Pologne. Le public polonais est dingue ! Un autre au Royaume Uni… Avec le temps,  et le public qui grossit,ça a été très cool de pouvoir monter nos propres concerts en tête d’affiche. Les gens viennent et connaissent la moindre de nos paroles…

Metal-Eyes : A l’opposée, y at-il un endroit où tu ne te rendrais plus jamais ? (piste 13 – 13’30)

Kris Barras (il explose de rire) : Non, j’ai eu beaucoup de chance de ne pas vivre ce genre de chose !

Metal-Eyes : Nous sommes en 2018, tu vas enregistrer un album qui devrait sortir en 2019. Quelle pourrait la devise de ton groupe, que tu inscrirais sur ce disque.

Kris Barras : Je ne sais pas… Je ne sais pas si j’en aurais !

Metal-Eyes : Tu devrais, chaque groupe que je rencontre a une devise. Après cette question !

Kris Barras (rires) : Il y a une phrase que je disais souvent quand je me battais : « je ne suis pas ici pour gagner en partie, je suis ici pour tout remporter ». En tant qu’équipe on l’utilisait, sous entendant qu’on ne venait pas pour faire de la figuration mais pour gagner.

Metal-Eyes : Ça pourrait le faire…

Kris Barras : Oui, c’est une blague dans le groupe. On se répète ça en festival. C’est un peu une devise dans le groupe, mais on ne le prend pas trop sérieusement.

 

SHVPES:Greater than

Metal, Royaume-Uni (search and destroy/Spinefarm, 2018) – Sorite le 9 septembre 2018

Avec Greater than, les Anglais de Shvpes pourraient bien franchir un pallier et devenir plus que de simples outsiders. Si je n’avais guère accroché avec le premier album du groupe d’un des fils de Bruce Dickinson, en l’occurrence le vocaliste Griffin, je dois bien reconnaître que ce nouvel opus est plus attirant à de nombreux égards. Tout d’abord, le gaillard a décidé de varier ses performances vocales. exit les cris constants, place à plus d’ouverture. Bien sûr la rage est présente, mais on retrouve de nombreux passages plus ambiancés, doux et même une forte influence rap « à la » Prophets Of Rage, ce dès Calloused hands. Et puis, on ne boude pas son plaisir à l’écoute de clins d’oeil à nombre de formations en vue. Comment ne pas penser au Raining Blood de Slayer en écoutant le riff en arrière plan de Someone else? La semi ballade de Two wrongs , no rights séduira les jeunes filles tandis que les « oh oh » de Afterlife laissent penser que le groupe vise haut tant les backings vocs sont aisées à faire reprendre par une foule juvénile en concert. Rap, thrash, metal core, Shvpes serait en train de redéfinir son identité sonore qu’on n’en serait guère surpris. Shvpes propose ici un album puissant, bien produit et surtout varié et s’offre le luxe de convier de prestigieux invités (Matt Heafy de Trivium sur Rain et Rosanne Hamilton, chanteuse folk, sur War). même s’il n’est pas évident à écouter d’une traite, Greater than reste unalbum à découvrir.

TURBOWOLF: The free life

Hard rock psyché et déjanté, Royaume-Uni (So recordings, 2018)

Il y a quelques mois, nous sommes allés à la rencontre de Chris, le chanteur de Turbowolf, afin de discuter de ce nouvel album, paru juste avant l’été (cf. interview). Le titre de ce disque, The free life, résume parfaitement l’esprit des Anglais qui ne s’imposent ici aucune limite. Ils explorent d’improbables sonorités, puisent dans le psyché des années 70, le heavy de la même période, s’inspirent des Hawkwind, Black Sabbath et imposent leur propre style à ce mélange original. No no no, Capital X, Cheap magic proposent d’hallucinantes guitares saturées, une énergie rythmique explosive que l’on retrouve tout au long des 11 titres du disque. Bien sûr, on a l’impression de faire un voyage dans le temps, trois ou quatre décennies en arrière, mais comment résister à l’efficacité de ces Half secret, un peu disco, Domino (rien à voir avec le morceau de Kiss) ou Blackhole? Le morceau titre, avant dernier du disque, est proche du doom tant il est lent et lourd, mais évolue vers un speed quasi incontrôlable et hypnotique. Alors pour peu qu’on aime les guitares toujours saturées, les ambiances à la fois oldies et modernes, les inspirations bruitistes, on se penchera sur ce disue hors du temps et intriguant.

CARL PALMER’S ELP LEGACY: Live

Royaume-Uni, Prog (BMG, 2018)

Carl Palmer, mythique batteur du non moins mythique ELP, continue de porter la musique de son ancienne formation auprès de désormais 3 générations. Désormais accompagné par le guitariste Paul Bielatowicz et le bassiste Simon Fitzpatrick, c’est même bien plus que le répertoire d’Emerson Lake and Palmer qui est revisité sur scène. Ce Live est constitué d’un CD enregistré en novembre 2014 à New York et d’un DVD capté à Miami en juin 2016. Deux concerts différents et peu de points communs dans les setlists, hormis 21st century schizoid man et Knife-edge. Le reste est composé de reprise de morceaux de classiques (Rameau, Wagner, Bach, Prokofiev, Orff…) et quelques extrait du riche catalogue de chacun des membres de ELP. Si le CD se laisse écouter avec aisance et curiosité, le DVD – hommage à Keith Emerson disparu plus tôt en 2016 et dont le portrait accompagne le ELP Legacy au début du concert, enregistré dans ce superbe théâtre qu’est le Olympia de Miami  – nous montre un trio sobre et efficace. Quelques invités viennent égayer ce set joué face à un public particulièrement calme (celui des premiers rangs, assis, reste quasi immobile, étonnant pour un concert de rock) ne clamant son approbation qu’à l’issue des morceaux. Les images réservent également quelques étonnements, comme ces problèmes de micro que Carl ne parvient pas à régler à une hauteur suffisante pour être clairement entendu, ou ces danseuses pas vraiment gracieuse qui accompagnent l’invité Mark Stein sur Karn evil 9 (welcome back my friends). D’autres guests sont également de la partie puisque l’on retrouve Steve Hackett et David Fangioni. Naturellement, comme tout DVD aujourd’hui digne de ce nom, on se penchera également sur les coulisses de ce concert raconté par le batteur et ses complices. Un joli document qui rappelel à quel point le rock progressif de ELP a influencé des générations de musiciens en herbe.

DEREK SMALLS: Smalls change

Hard rock, Royaume-Uni (BMG, 2018)

Une gueule comme ça, ça ne s’oublie pas. Pour ceux qui se demandent qui est ce vieillard aux yeux verts à l’air surpris, Derek Smalls a crevé l’écran avec le cultissime film This is Spinal Tap, en inventant les potards à 11 et autres (oui, j’ai envie de faire comme un certain Manu…) rocambolesqueries loufoques. Lire la suite

Interview: TURBOWOLF

Interview TURBOWOLF. Entretien avec Chris (chant). Propos recueillis à l’Alba Opéra Hotel, à Paris, le 16 mai 2018

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Metal-Eyes : Je découvre Turbowolf avec ce nouvel album, The free life. Il s’agit déjà de votre troisième album, mais peux-tu me raconter brièvement l’histoire de Turbowolf ?

Chris : Absolument. Nous avons débuté le groupe en 2006, à Bristol, Andy, le guitariste, et moi. Nous avons eu différents bassistes et batteurs à cette époque, mais je crois que nous avons un line-up stable désormais. Ça fait 6 ou 7 ans que nous avons le même bassiste. Notre vision, et notre « mission », dès le départ, est de créer quelque chose qui nous excite, nous, en musique rock. Pas seulement quelque chose de nouveau, quelque chose qui nous plaise. C’est encore ce que nous cherchons aujourd’hui.

Metal-Eyes : Quels sont, jusqu’à aujourd’hui, les grands moments vécus par le groupe ? Sans doute l’enregistrement du premier album ?

Chris : L’enregistrement du premier album, c’est certain ! Comme je l’ai dit, nous avons formé le groupe aux alentours de 2006 et notre premier album n’est sorti qu’en 2011. Entre temps, nous avons donné beaucoup de concerts, peaufiné notre son, travaillé et décidé quelles chansons allaient terminer sur l’album, celles que nous écartions. C’était un grand moment pour nous de faire ce premier album. De travailler avec un label, c’était la première fois que nous travaillions avec une maison de disques. Nous avons fait partie de groupes depuis que nous sommes ados, mais là c’était nouveau : il a fallu trouver qui allait sortir le disque, comment tourner plus professionnellement… Avant même la sortie de l’album, nous avons tourné, en 2010, avec Korn et Dimmu Borgir sur la même affiche. C’était une affiche très particulière mais ça a plutôt fonctionné. Nous faisions un peu tâche parce que nous ne sonnons comme aucun de ces deux groupes…

Metal-Eyes : Aucun des groupes ne sonne comme l’autre, ce sont 3 styles différents.

Chris : Exactement. C’était une affiche très diversifiée. C’était un grand moment pour nous parce que nous n’avions jamais joué devant autant de monde. Avant ça, nous jouions dans des caves, des petits clubs, et là, on joue dans des grandes salles… C’était cool. Ensuite, un autre grand moment a été l’enregistrement de notre second album avec notre ami Tom Dougherty, qui a travaillé avec Royal Blood, il vient de terminer le nouvel album de Ghost. A ce moment là Tom était simplement notre ami. Maintenant, il est ce producteur rock mondialement connu…. Mais il reste un super ami. Rabbits est devenu une sorte de hit pour nous, c’est notre chanson la plus connue aujourd’hui. Nous avons pur tourner en Amérique, où nous avons eu pas mal de passages radios et où nous avons été plutôt bien exposés… Nous avons aussi rencontré un de nos groupes préférés de tos temps, Death From Above, et avons même eu le plaisir que Sebastian, le chanteur du groupe, chante sur notre nouvel album. Voilà quelques grands moments qui nous mènent à aujourd’hui.

Metal-Eyes : Je n’ai pas pu écouter l’album entièrement, mais ce que j’en retire c’est du Black Sabbath, du psyché et beaucoup de choses heavy. Qu’avez-vous mis dans ce disque et quelles sont vos influences ?

Chris : Nos influences sont de ne pas nous laisser trop influencer. Comme je l’ai dit, dès le départ, nous avons voulu faire quelque chose de neuf dans la musique rock, trouver un son qui nous soit propre, trouver notre chemin. De nombreux groupes que nous apprécions n’entre dans aucune case : Rage Against The Machine, System Of A Down, Smashing Pumpkins… De nombreux groupes que les gens ont, plus tard, voulu catégoriser. Rap metal, grunge, neo metal… Ces groupes sont uniques, et nous souhaitons faire de même, que les gens aient du mal à nous définir. On aime ça, et si les gens ont du mal à classer notre musique, cela signifie, pour nous, que nous sommes sur la bonne voie.

Metal-Eyes : De quoi parlez-vous dans les chansons ?

Chris : J’essaye de ne pas faire de déclaration trop ouverte, littérale. De ne pas donner de réponse ouverte. Je préfère poser des questions et peindre autour d’un thème, laisser l’auditeur en tirer ce qu’il souhaite. Je trouve intéressant, en tant qu’auditeur, d’écouter un album et de me faire ma propre idée des ce qui est traité dans les paroles.

Metal-Eyes : Y a-t-il, au contraire, des sujets que vous ne souhaitez pas aborder ?

Chris : Nous voulons que le groupe soit une échappatoire de la réalité, nous ne voulons pas devenir trop politique dans notre musique.

Metal-Eyes : Pourquoi, parce que c’est trop personnel, ça marque trop une époque ?

Chris : Non, même si, évidemment, ce sont des facteurs. Nous ne voulons pas être attachés à ce monde, nous voulons créer un nouvel espace, une nouvelle dimension cosmique vers laquelle les gens puissent s’évader. Aller ailleurs avec notre musique.

Metal-Eyes : Vous ne souhaitez pas plus aborder des thèmes comme la religion ou d’autres choses intimes ?

Chris : J’ai le sentiment que je traite ces sujets en écrivant les paroles. Mais je les rends suffisamment abstraites pour que les gens y trouvent leur propre interprétation, y mettent un sens qui leur soit propre. Je trouve cela plus important de poser un sujet et d’être amené à y réfléchir, en parler, plutôt que de se voir imposer une vision. Si je peux inspirer une réflexion, je suis un homme heureux, j’ai fait mon travail !

Metal-Eyes : De même que si tu peux provoquer une discussion autour d’un sujet, j’imagine…

Chris : Bien sûr !

Metal-Eyes : Que pourrais-tu me dire pour me convaincre de filer acheter The free life dès la fin de cette entrevue ?

Chris : Je dirais… Tout d’abord, je te demanderais si tu aimes la musique bruyante. Tu pourrais me répondre que non. Je te répondrais alors : « Eh bien, même si tu n’aimes pas la musique bruyante, tu pourrais aimer ce que nous faisons. Parce la manière dont nous écrivons… nous cherchons à créer un pont entre le « bruit » et tous ces sons que les gens appellent horribles et de choses plus douces, les enrober dans du coton. Et tu devrais trouver des choses qui te plaisent dans notre groupe car il y a beaucoup de pop, de funk dans notre musique. Tu devrais donc trouver de quoi te satisfaire ». Et si tu aimes la musique bruyante, tu vas apprécier nos riffs et nos mélodies.

Metal-Eyes : Un groupe de rock joue aussi sur scène. Vous n’avez cependant pas été souvent à Paris…

Chris : On a joué à Paris… 3 ou 4 fois, je crois.

Metal-Eyes : Et y a-t-il une tournée prévue ?

Chris : Nous venons de terminer une tournée européenne, mais nous n’avons pas joué à Paris, ni en France. Je ne sais pas trop pour quelle raison… On a un agent. Il n’est plus notre agent, pas pour cette raison, mais aujourd’hui, on en a un autre. Pourquoi on n’a pas joué en France ? Nous avons donné 8 ou 9 concerts en Europe, ce qui n’est pas beaucoup. Paris, nous y jouerons en octobre. Je ne peux te donner de date, ni avec qui, mais c’est un groupe pour lequel nous ouvrirons. Dans une grande salle, mais nous ne pouvons l’annoncer pour le moment. Nous attendons que ce soit confirmer.

Metal-Eyes : Après 3 albums, et une stabilité de 8 ans, quelle pourrait être, aujourd’hui, la devise de Turbowolf ?

Chris : (il réfléchit)… Soyez différent ?

Metal-Eyes : Sympa, je prends. Maintenant si tu devais ne retenir qu’une chanson de The free life pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce qu’est Turbowolf, laquelle serait-ce ?

Chris : Ok… Je choisirais… la chanson The free life, qui est la dernière chanson du disque. Parce que je pense que de nombreux sons, de nombreuses choses que nous faisons se trouvent sur ce titre. Les parties dures, un peu punk, celles un peu plus pop, des passages plus énervés…

Metal-Eyes : Et comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre vos deux derniers albums ?

Chris : Ok, d’accord. Le précédent, nous l’avons co-produit avec notre ami Tom Dougherty, celui-ci, Andy et moi l’avons produit et mixé. Nous avons pris les choses beaucoup plus au sérieux pour ce disque. Passer plus de temps afin d’obtenir les choses que nous voulions. C’est l’évolution principale, devenir de plus en plus autonomes. Musicalement et artistiquement, nous ne voulions pas répéter les deux premiers disques et en créer un qui rentre dans leur lignée. Je crois que nous y sommes parvenus.

Metal-Eyes : Une dernière choses : vous êtes ici depuis ce matin, vous répondez à de nombreuses questions : quelle a été selon toi la meilleure question, celle qui t’a le plus surpris, étonné, que tu as préféré ?

Chris : Ma question préférée ? En fait, jusqu’à présent, j’ai préféré ton interview…

Metal-Eyes : Je n’ai pas dit interview, seulement la question. Même si je suis le meilleur (rires)

Chris : Oui, tu es le meilleur, c’est ça ! Sérieusement, c’est jusqu’à présent la meilleur interview, alors bravo !

Metal-Eyes : Merci !

Chris : Je pense que parler de ce que nous ne souhaitons pas traiter directement dans nos textes était intéressant parce qu’on ne nous pose pas souvent ce genre de question. C’était une question différente.

Metal-Eyes : Merci beaucoup pour cette interview et bonne chance avec The free life qui est sorti en mars.

Chris : Merci à toi !

 

WITCHSORROW: Hexenhammer

Doom, Royaume-Uni (Candlelight/Spinefarm, 2017) – Sortie le 25 mai 2018

Bien que formé en 2005, Hexenhammer n’est que le quatrième album des Anglais de Witchsorrow, le désespoir des sorcières… De désespoir il est bel et bien question tout au long des 7 morceaux de ce nouvel album, aussi lourd qu’une enclume dépressive. Le propos musical est sombre et fait ressortir toute la noirceur de l’âme de ses compositeurs (Demons of the mind) qui, pourtant, ont pris le temps qu’il faut pour penser cet album. Si, quand on parle doom, on pense avant tout à Black Sabbath, c’est principalement Candlemass et Cathedral qui se démarquent ici. Dès Maleficius, le cadre est posé: malaise ambiant, envie de lumière, épaisseur et lourdeur du son… Hexenhammer fait partie de ces albums à déconseiller aux dépressifs mais que les « sains d’esprits » s’approprieront avec bonheur.  Mieux qu’une marche funèbre, un accompagnement vers la nuit éternelle qui suit le bûcher.

WINTERFYLLETH: The hallowing of heirdom

Pagan/Folk, Royaume-Uni (Candlelight, 2018) – sortie le 18 avril 2018

Quelle grosse surprise que ce nouvel album des Anglais de Winterfylleth! A priori, je n’aurai pas chroniqué ce groupe qui nous a jusqu’ici habitués à des album rugueux, black et hurlés comme je n’aime pas… Seulement, comme d’autres, Winterfylleth sait surprendre et se remettre en question et propose aujourd’hui avec The hallowing of heirdom un album acoustique de folk pagan. Une introspection et une visitation de la nature. Pile au moment où je me dis « sortez les guitares et allumez un feu de joie », Embers débute avec ses crépitement de bûches qui se consument. La douceur de l’ensemble, des chants de The sheperd qui évoquent l’heroic fantasy du Seigneur des anneaux à la douceur des guitares de Frithgeard, Elder mother, A gleeman’s volt, jusqu’aux ambiances variées et jamais oppressantes du morceau titre, presque fleuve avec ses plus de 7 minutes, tout ici est une invitation au voyage, à l’introspection et à la communion avec la nature. Winterfylleth ne nous propose ni headbang ni excitation mais nous invite à la contemplation béate et pacifique. Une réussite.

JUDAS PRIEST: Fire power

Heavy metal, Royaume-Uni (Columbia, 2018)

J’ai tellement lu, ces derniers temps, sur les webzines ou la presse écrite que « The Priest is back! » que j’en arrive à me méfier. Ce Fire power, nouvel album des metal gods est-il vraiment à la hauteur des rumeurs? Bien sûr, le groupe avait satisfait une grande majorité de fans avec, pour le sixième live Battle cry, le retour aux manettes de Tom Allom, producteur des plus grands albums du Priest au cours des années 80, de British steel à Ram it down. L’annonce de sa nouvelle collaboration en studio pour ce Fire power ravive forcément de nombreux souvenirs et fait naître de grands espoirs. Et si Judas Priest n’a rien à prouver depuis longtemps, force est de constater que ce nouvel opus est d’une puissance remarquable et à toute épreuve. 14 titres – ou 13 plus un interlude – variés dans l’historique esprit des Anglais, un son remarquable et une créativité intacte. Du morceau titre, qui ouvre les hostilités avec rage et fureur au final d’une inquiétante douceur Sea of red, rien, absolument rien, n’est à jeter. Si Evil never dies ralentit le tempo, il est forgé dans un esprit lourd et oppressant. Never the heroe se fait plus chantant et est une invitation à trépigner en headbangant. On s’attarde volontiers sur ce Necromancer varié pour retomber dans la lourdeur chantante de Children of the sun. Guardians propose un court interlude avant l’explosion de Rising from the ruins au riff mélodique imparable. La suite pourrait se radoucir, mais le Priest n’en fait rien, ni sur Bolt thrower – qui n’est pas un hommage au groupe du même nom – ni même sur Traitor’s gate qui monte en puissance. Lone wolf – qui n’a rien d’un hommage au groupe français du même nom – est peut-être le titre le plus faible du lot mais propose cependant des guitares différentes de ce à quoi le Priest nous a habitués. Avec Fire power, Judas Priest revisite son parcours sans toutefois donner l’impression de nous offrir un album testamentaire. Même si, on le sait maintenant, c’est Andy Sneap qui jouera à la place de Glenn Tipton de plus en plus affecté par la maladie de Parkinson. Fire power est un album à classer aux côtés des British steel, Screaming for vengeance et autres Painkiller. Un must qui fait dire que, oui: « the Priest is back! »

THE DAMNED: Evil spirits

Rock, Royaume-uni (Search and destroy, 2018) – Sortie le 13 avril 2018

Fut une époque, lointaine, très lointaine, où lorsque j’entendais le mot « punk », je l’associais à la vulgarité grossière des Sex Pistols, à la violence verbale ou visuelle des GBH et des Exploited.  Puis on a associé le rock teinté de reggae des Clash ou le Blondie de Heart of glass au mouvement punk… Le punk, finalement, ce n’est pas un genre musical, c’est une façon d’être, un mode de vie qui refuse le système. The Damned est passé par toutes les époques et a évolué au fil du temps. Aujourd’hui, exit les bad boys qui ouvrirent pour les Sex Pistols, le nouvel album n’a de Evil que son titre: Evil spirits évoque plus le pop rock bien fichu que le no future… Dès Standing on the edge of tomorrow, s’impose l’impression d’être dans un espace de fête ou de boite tant le titre est facile et chantant. La voix suave continue sur The devil in disguise, et la suite est à l’identique: du soft, du chantant et de l’entrainant. C’est efficace, mais au final, qu’ai-je retenu? Un bon moment, une détente musicale, guère plus. Un album sympathique sans pour autant être mémorable.