Interview: ARKAN

Interview ARKAN: entretien avec Samir (basse) Propos recueillis par téléphone, le 9 octobre 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Samir, Arkan sort son cinquième album. La première chose : pourquoi ce titre Lila H qui est l’anagramme de Hilal, votre album de 2008…

Samir : Ahhhh ! Tu as trouvé le truc (rires) ! C’est quelque chose qu’on n’a pas dit, on la laissé en mode « off », donc, chapeau ! En fait, il veut dire beaucoup de choses… c’est en effet l’anagramme de notre premier album, Hilal, mais en arabe, ça veut dire « pour Dieu ». Tu connais le concept de l’album, qui parle de ces fous de Dieu qui ont fait tous ces massacres pendant la décennie noire en Algérie. Lila, ça veut dire « la nuit », donc cette période sombre de l’Algérie, cette période sombre dans nos vies, pour tous ceux qui ont grandi pendant cette période-là. Et Lila, c’est aussi un prénom féminin. Pour nous, c’est un peu le petit enfant qui se balade dans les décombres. C’est un personnage que tu vas trouver dans un de nos clips, Broken existences.

 

Metal-Eyes : Ces décombres qui remontent à 1991 d’après le making of que vous avez posté… Comment en êtes-vous arrivés à faire ressortir ces évènements ? Vous ne les avez pas tous vécus ?

Samir :  Non, pas tous. Mus (El Kamal, guitares) avons grandi en Algérie. Je suis arrivé en France, j’avais 25 ans. Toute cette période-là, effectivement, on l’a vécue de plein fouet. On avait 11 ans en 90, et toutes les années qui ont suivi, de 11 à 21 ans… Normalement, ces années là, celles de l’adolescence, sont les plus belles d’une vie, ben, voilà, nous on l’a vécu comme ça : entre des attentats, des alertes, des massacres… On en entendait tous les jours. On a eu de la chance, on n’a pas été touchés dans notre chair, mais c’est toute une génération qui a vécu cette époque.

 

Metal-Eyes : J’imagine qu’écrire un album comme ça est aussi une sorte d’exutoire. Qu’est-ce qui a été le déclencheur ?

Samir : A la sortie de Kelem, notre quatrième album, on se posait la question du suivant. On aime bien composer, Mus arrive toujours avec de nouvelles idées, et au fur et à mesure de nos discussions, Manu (manuel Munoz, chant), qui est arrivé pour Kelem, apprenait à nous connaitre. Il commençait à entendre toutes nos histoires et je pense qu’e ça l’a un peu choqué. En plus, nous, quand on les raconte, on met un peu de légèreté, mais c’est une sorte de défense… Florent (Jannier, chant et guitare) a proposé de raconter ça pour l’album suivant. C’est comme ça que c’est venu.

 

Metal-Eyes : Et ça fait du bien ?

Samir : Ecoute… Je n’ai pas suivi de psychothérapie après cette décennie, mais c’est clair qu’en parler, vulgariser quelque chose que tout le monde ne connait pas forcément, c’est important. Nos potes, nos amis qui ont vu ça quand ils étaient ados, ils l’ont vécu de loin. C’est important qu’ils sachent comment on l’a vécu, et aussi, pour les générations actuelles en Algérie, c’est important de retranscrire cette époque pour qu’ils ne retombent pas dans les mêmes travers …

 

Metal-Eyes : Justement : l’Algérie, c’est ton pays d’origine. Quelle est la situation d’Arkan en Algérie, quel impact pouvez-vous y avoir ?

Samir : On a déjà joué en Algérie il y a trois ans pour un festival, ça s’est super bien passé. Je pense qu’à un certain moment, quand on fait des gros concerts – on a déjà joué avec des groupes comme Paradise Lost, Arch Enemy ou Sceptic Flesh – nos compatriotes sont contents de voir que certains Algériens qui ont commencé dans la scène metal algérienne – on avait déjà un groupe quand on était en Algérie – ont évolué. Je pense qu’on est plutôt bien perçus.

 

Metal-Eyes : Dans la vidéo de présentation de Lila H, vous dites « Arkan a le souhait de transmettre des valeurs ». Quelles sont les valeurs d’Arkan ? C’est seulement pour te démontrer que je suis allé le voir, hein…

Samir (il rit) : Ben… C’est bien ! Déjà, tu m’as bluffé avec l’anagramme, donc, c’est bon (rires). Nos valeurs ? Chaque album qu’on fait, c’est un concept, on cherche à raconter des histoires. La musique, c’est un langage universel, qui raconte plein de choses. Que tu comprennes ou pas un titre, tu es emmené, c’est un peu un voyage. On veut pouvoir faire voyager nos auditeurs et nos fans. Nos valeurs, c’est surtout cette musicalité qu’on veut partager.

 

Metal-Eyes : Justement ? en parlant de musiclité… La musique d’Arkan est à la fois très extrême et très variée, vous avez deux chanteurs qui ne se cantonnent pas que aux hurlements caractéristiques du death mais qui vont moduler tout au long de l’album. Vous travaillez comment ces voix ? Par rapport au message de chaque chanson ?

Samir : Il faut savoir que nos chanteurs bossent ensemble. Beaucoup. Et le chant, death ou clair, est travaillé d’un commun accord. Comme je te disais, nous, on travaille par rapport à des concepts, eux travaillent en rapport avec les paroles. Si l’intensité des paroles requiert quelque chose de très dur et percutant, ce sera du death, s’il faut un peu d’aération, c’est Manu qui reprend avec un chant clair, aérien. C’est un tout, travaillé d’après la musique et les paroles.

 

Metal-Eyes : Elle a commencé quand la conception de cet album ?

Samir : Ouh, il y a très longtemps ! En 2018, fin 2017…

 

Metal-Eyes : Donc après la sortie de Kelem, qui est paru en 2016…

Samir : Voilà. On a commencé à travailler dessus en 2017, et il a eu le temps de mûrir, de changer, de bouger. On est assez perfectionnistes dans notre musique, donc un titre finalisé le dimanche peut être remis en cause le jeudi.

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution d’Arkan entre Kelem et Lila-H ?

Samir : Je pense qu’il y a une certaine continuité. La particularité de Kelem, c’est l’arrivée de Manu au chant. Il a réussi à retranscrire cette voix claire dans notre univers. Je pense que là, il s’est vraiment affirmé sur certains titres, comme sur Crawl où il s’occupe du chant de bout en bout. Il retranscrit très bien l’univers de la musique et des textes.

 

Metal-Eyes : Et vous avez fait évoluer voter manière de composer ?

Samir : A la base, c’est toujours la même… Mus, c’est un volcan d’idées, de riffs et de mélodies. On essaie de travailler autour de la guitare, des mélodies, et à partir de là, le chant arrive avec tout ce qui vient en parallèle. Après, on s’occupe des arrangements. C’est vraiment un travail de groupe.

 

Metal-Eyes : Il a été enregistré où et produit par qui ?

Samir : Il a été enregistré au studio XXXXXXX, à Goteborg, chez Frederik Norstom.

 

Metal-Eyes : C’est pas le première fois que vous travaillez avec lui…

Samir : Non, c’est la quatrième fois ! C’est une sommité, et pour cet album, on voulait un son puissant, le bon détail, la bonne sonorité entre les instruments traditionnels et les guitares. On sait ce qu’il fait, c’est un super pro qui nous connait très bien, il sait où on veut aller et il sait aussi nous arrêter quand, parfois, on en fait peut-être un peu trop. C’est le gars qu’il nous fallait pour cet album.

 

Metal-Eyes : Parlons maintenant de Lila-H : comment pourrais-tu me le vendre, me convaincre d’aller l’acheter la semaine prochaine ?

Samir : Mmmhhh… bonne question ! Je ne suis pas un bon commercial ! Mais je dirai que c’est un album sincère, authentique. On a essayé de retranscrire des émotions, des petites histoires. Ce n’est pas un album documentaire, on ne se met pas à la place de médias, on a simplement raconté des choses que nous avons vécues, Mus et moi. On a été sincères dans notre démarche.

 

Metal-Eyes : Alors, pour quelqu’un qui ne vous connait pas, comment pourrais-tu décrire votre musique ?

Samir : Notre musique ? C’est un mélange, un brassage de cultures. C’est effectivement du metal, musique qu’on a toujours aimée et écoutée depuis notre adolescence, avec une culture, qui, pour ma part, est celle dans laquelle j’ai grandi, la culture arabe, berbère… On a voulu retranscrire ces sonorités dans cette musique metal qu’on aime, comme l’ont fait déjà certains groupes.

 

Metal-Eyes : Donc c’est un peu plus fusion que folk comme certains aiment à vous décrire ?

Samir : Ben, c’est un peu le problème, qu’on ne puisse pas nous coller une étiquette… Quand certains festivals nous disent que c’est un peu prog, mais le festival est plus pagan… Nous, dans notre musique, on fait ce qu’on aime, au moment où on veut le faire. C’est-à-dire que si on a envie d’une sonorité pagan, alors ce sera du pagan. On ne fait pas uniquement du death, ou du pagan, ou du prog. On y met tout ce qu’on sait faire et tout ce qu’on aime. Tant que ça colle à ce qu’on veut faire, aux paroles, s’il faut que ça passe par un changement de tempo, d’autres instruments, changement de voix… On a deux chanteurs dans le groupe, c’est justement pour nous accorder cette possibilité de changer d’ambiance.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul des titres de Lila-H pour expliquer ce qu’est Arkan aujourd’hui, ce serait lequel ?

Samir : Il y a tellement de différentes ambiances que c’est un peu compliqué…

 

Metal-Eyes : Je sais, mais tu dois séduire ton auditeur avec un seul titre…

Samir : Un seul… Alors je choisirai Broken existences… C’est un titre que je trouve percuttant, on rentre directement dans le vif du sujet avec un gros son de guitares, une basse très profonde et une batterie très présente, ainsi qu’un chant growl hyper percutant et on arrive sur un refrain plus clair, très entrainant. C’est un titre qui représente bien la variété de ce que fait Arkan.

 

Metal-Eyes : Et le titre lui-même, « les existences brisées », colle bien au thème de l’album. Une dernière chose : quelle pourrait être la devise d’Arkan ?

Samir : Une devise ? Je sais pas… En fait, aujourd’hui, tu veux me poser que des colles, toi ! (rires)

 

Metal-Eyes : Non… En tant que journaliste amateur, je fais quelques recherches et j’attends avec impatience le jour où un musicien fera pareil et me dira « attends, je suis allé voir les questions que tu poses, et celle-là, elle revient tout le temps, alors voilà ! »

Samir (il rit) : Tu as raison ! Alors… Une devise ? « Fraternité ». Parce que, simplement, on est de vieux potes, ça fait 15 ans qu’Arkan existe.

 

Metal-Eyes : As-tu quelque chose à rajouter ?

Samir : J’espère que cet album parlera au gens et qu’il leur permettra de s’informer sur ces années 90 en Algérie.

 

 

 

Interview: CARCARIASS

Interview Carcariass : rencontre avec Raphaël Couturier (basse). Propos recueillis au Black Dog à Paris, le 12 février 2020 2020

Metal-Eyes : Raphaël, commençons par les nouvelles du moment puisque Carcariass a recruté un . Que peux-tu nous dire de plus pour expliquer ce choix ?

Raphaël : Pascal Lanquetin compose tous les morceaux, et sur scène, on a toujours joué à joué. On s’est dit que, maintenant qu’il y a un nouveau chanteur, une guitare supplémentaire ne serait pas de trop. On a donc proposé à Bob de venir jouer avec nous.

 

Metal-Eyes : Présente nous Bob, justement.

Raphaël : Alors, Bob… Pourquoi Bob ? Parce qu’il joue dans un autre groupe dans lequel joue aussi Pascal, Mindwarp, en Suisse.

 

Metal-Eyes : Bob, c’est son vrai nom ?

Raphaël : C’est son nom de scène. Il n’a pas de vrai nom…

 

Metal-Eyes : Dommage, la vie est dure parfois…

Raphaël (rire) : Non, c’est lui, je sais pas… Ca fait un certain temps qu’il joue avec Pascal, mais c’est à peu près tout ce que je peux t’en dire, je ne connais pas bien son background…

 

Metal-Eyes : Carcariass a été absent pendant une dizaine d’années, depuis X-tinction…

Raphaël : Alors, non, c’est faux ! On a été absents de fin 2005 à 2016, mais entre temps on a enregistré, en 2008, l’album X-tinction. On ne jouait plus en live, du moins pas ensemble parce qu’on vit tous à des endroits différents, mais on jouait chacun chez nous. On a sorti l’album, et on fait un clip.Là, on a repris en 2016, le temps de faire l’album, on a fait quelque concerts, le temps de se demander si on veut jouer ensemble ou pas – la réponse, c’est oui. Entre le moment où on compose et celui où on enregistre et on sort l’album, il se passe un peu de temps…

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui a motivé votre retour, justement ?

Raphaël : L’argent (rires) ! Il y a différentes choses qui ont fait qu’on a dû arrêter, le boulot, nos situations familiales. En 2016, Pascal a rejoué avec Bertrand dans Mindwarp, pas longtemps mais assez pour qu’il se dise avoir envie de remonter Carcariass. Ils m’ont demandé, on a essayé et on a vu qu’on était tous motivés. Il y a un contexte qui faisait qu’on avait envie de rejoué et qu’on en est encore capables.

 

Metal-Eyes : C’était le bon moment, donc ?

Raphaël : C’était le bon moment. On jouait tous de la musique à côté, mais jouer ensemble, c’ets bien plus intéressant.

 

Metal-Eyes : Vous revenez aujourd’hui avec cet album, Planet chaos qui va plus loin que le simple death metal pour lequel on vous connait, ou, plutôt, auquel vous êtes affiliés. Que peux-tu nous dire sur la conception, les origines de ce disque ?

Raphaël : Il y a des morceaux qui remontent à longtemps, que Pascal avait enregistrés dans son coin et quand on s’est revus, on s’est dit que ce serait bien d’enregistrer quelque chose. Lui, il avait déjà préparé des morceaux. Lui, il compose, nous, on est là pour jouer les méchants et lui dire ce qu’on aime et ce qu’on trouve moins bien. Il n’est pas content(il sourit) mais c’est le processus qui fait qu’il accepte des critiques, parfois pas facilement, mais ça fini par arriver.

 

Metal-Eyes : Et j’imagine qu’elles sont faites dans l’intérêt du groupe…

Raphaël : Bien sûr. Après nos différentes discussions de ce genre, on aboutit à quelque chose qui plait à tout le monde. Donc au départ, il compose dans son coin, ensuite, il nous fait écouter et on lui donne notre avis. Après, il faut enregistrer une maquette, on rajoute a batterie. Après on travaille la basse et enfin, on regarde s’il y a de la place pour le chant. Comme toujours, il y a des morceaux sans chant parce qu’on se rend compte que ce n’est pas intéressant ou qu’on n’a pas envie d’en mettre. Pour cet album, on voulait changer aussi le chant : moi, je suis capable de chanter d’une certaine manière mais pas autrement et c’est pour ça qu’on a demandé à Jérôme Thomas qui est avec Disorder Of Science de faire des essais avec nous. Ils ont été concluant, il est capable de chanter en chant clair et de bien plus moduler sa voix, ce dont je ne suis pas capable. Je connais mes limites, aussi. On lui a dit qu’on trouvait ça super, et on lui a confié tout le chant de l’album. Et il sera là pour la suite aussi.

 

Metal-Eyes : La plus grande différence entre Planet chaos et vos albums précédents réside-t-elle dans le chant ? Il y a une variation qui est marquante…

Raphaël : Oui et non… Il y a d’autres variations : Pascal a ajouté des synthés à certains endroits, ce que, clairement, on ne faisait pas avant. La manière de composer, aussi, il a pris beaucoup plus de temps pour que ce soit plus propre. Mais, effectivement, les grosses différences c’est le chant et le synthé, surtout pour les intros. On a plus de morceaux et on a plus pris notre temps. Au final, ça donne ça.

 

Metal-Eyes : Ça donne un résultat assez sombre, à l’image de la pochette, et en même temps…  pas atmosphérique mais plutôt spatial. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ce nouvel album ?

Raphaël : Eh bien, voilà, justement : une fois qu’on a réfléchi à la musique, on voulait une ambiance qui soit SF. Tous les titres ne sont pas, Letter from the trenches parle des Poilus de la première guerre mondiale, mais on voulait qu’il y ait une certaine thématique. Pour l’écriture des paroles et des messages, on voulait quelque chose qui soit du Carcariass, pas forcément très joyeux parce qu’on fait de la musique qui est comme ça. Après, on a envie que ça nous plaise. Le but, c’est de faire la musique qui nous plaise, et tant mieux si ça plait à d’autres.

 

Metal-Eyes : Au sujet des etxtes : le titre de l’album est assez explicite, surtout quand on regarde le monde dans lequel on vit, tu viens de citer Letter from the trehnches qui par de la grande guerre, qui est également une période de grand chaos. Y a-t-il des thèmes de prédilections et, au contrairs des sujets que vous n’aborderez jamais ?

Raphaël : On fait du metal, on ne va pas parler de… je veux dire que, dans le metal, il y a quand même certains types, des stéreotypes, même, au niveau des paroles. On n’est pas un groupe qui veut faire passer des messages politique, religieux ou je ne sais quoi, donc, ça, on ne fera jamais. Après, on reste assez classique, on ne va pas dire qu’on est originaux par rapport aux paroles.Je trouve que ce qui est original dans Carcariass, c’est la musique. La guitare y est pour quelque chose. Si tu es guitariste, tu reconnais vite la touche de Pascal Lanquetin. Il est capable de faire des choses variées, mais il a son phrasé, une manière de composer qui lui est propre, son identité.

Metal-Eyes : En 15 ans, il y a beaucoup de choses qui ont changé dans la musique. Comment analyserais-tu l’évolution de Carcariass entre vos deux derniers albums, chant mis à part ?

Raphaël : Avant, on disait qu’on ne mettrait jamais de synthés, mais ça c’était avant. On en met sur certaines intros parce que ça apporte quelque chose de plus. Avant on se définissait comme un groupe de death metal, maintenant, est-ce qu’on en fait encore ou pas ? On s’en fout, on fiat la musique qui nous plait.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Planet chaos pour présenter à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Carcariass aujourd’hui, ce serait lequel ?

Raphaël : Eh bien, je choisirai Letter from the trenches. On a mis des morceaux en ligne, il y en a quatre avec des vidéos et c’est celui qui a le plus plu. Au final, il représente bien Carcariass. Ce n’est peut-être pas le meilleur morceau mais il est très représentatif. Il y a du chant, il est plus enjoué.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être en 2020 la devise de Carcariass ?

Raphaël : Pas facile… Qu’est-ce qu’on a envie de faire en 2020 ? Des concerts…

 

Metal-Eyes : On va en parler. Je te demande la devise qui pourrait être la vôtre…

Raphaël : Carcariass est de retour… Je sais pas comment répondre à ça. « Carcariass est toujours là », la preuve.

 

Metal-Eyes : « Toujours là », ça me va. Tu viens d’en parler, un album, ça se défend sur scène. Quels sont vos projets ?

Raphaël : Ce qu’on aime bien faire ces temps-ci, c’est des festivals, parce que, dans les festivals, il y a du monde, plus que dans une tournée. Et une tournée, ça demande plus d’organisation : maintenant on est cinq, il faut qu’on soit tous dispo.

 

Metal-Eyes : Deux membres de plus, pratiquement 50% de plus, ça signifie aussi au moins une chambre d’hôtel de plus, de la logistique supplémentaire

Raphaël : Voilà, plus de contraintes aussi quand on veut répéter… Des festivals, alors. Il y aura le Lyon Fest en juin et d’autres qui sont en cours, mais rien n’est encore arrêté donc il faut s’informer en direct sur le site du groupe. On ne vit pas de la musique, donc on étudie les propositions, on vérifie si ça colle ou pas, en fonction aussi des contraintes de chacun, et on accepte. Ou pas.

AMON AMARTH live à Paris (Le Zénith, 25 novembre 2019)

C’est un Zénith en petite configuration qui accueille le grand – et brutal – cirque viking ce soir. Une affiche 100% suédoise (OK, exception faite d’une chanteuse et d’un batteur…) débarque à Paris: Hypocrisy, Arch Enemy et Amon Amarth! Mais avant de pénétrer dans ce si fameux Zénith du parc de la Villette, quelques surprises nous attendent: Peet se voit interdire de fumer une cigarette sur le gigantesque parvis en plein air tandis que je me vois invité à quitter ce même endroit où l’on n’a plus le droit de traîner et de passer un simple appel… Il y aura mieux plus tard: alors que Hypocrisy en est au milieu de son set, Phiphi, mon ami créateur du logo de Metal Eyes, erre dans les coursives pour entrer dans la salle. Les rideaux des escaliers tirés, on lui interdit le passage. Comme on le fait au théâtre une fois la pièce commencée. Pour un concert de rock, où l’on est censés circuler librement, les restrictions deviennent lourdingues…

Passons sur ce coup de gueule pour entrer dans le vif du sujet: c’est donc un Zénith en configuration presque minimaliste qui accueille quelques 3.000 spectateurs. La scène a même été très avancée, les crash également, laissant un vaste espace entre la scène et le public. Mais quand on voit la gueule des bouches à feu, on se dit que c’est sans doute mieux ainsi! Si Amon Amarth n’a pas, en France et hors festival, la capacité à remplir un Zénith, la salle s’avérera bientôt une nécessité au regard de la gigantesque production de ce soir (ce qui pourrait bien être le cas aussi pour Sabaton, en février prochain pour une autre affiche en jaune et bleu).

 

Trois groupes sont ce soir à l’affiche. Tout d’abord Hypocrisy qui ouvre les hostilités avec son death rageur. Mais voilà: la scène est noyée sous la fumée, une fumée blanche épaisse comme un mur qui empêche le public de voir une quelconque forme de spectacle. Et lorsqu’enfin ce fog se dissipe, on peu distinguer les musiciens dans une belle lumière verte ou d’un blanc sec, avant que le technicien appuie de nouveau longuement sur le bouton… Alors que dire? Superbe prestation? Loin d’être un fan invétéré du combo de Peter Tägtgren, je préfère écouter de loin, monter dans les gradins, constater qu’il y a encore beaucoup de brouillard. Une bière s’impose.

Le changement de plateau se fait en moins d’une demi-heure. Arch Enemy est visiblement très attendu. La scène est très métallique, des spots enfermés dans des cages du plus bel effet projettent l’ombre des barreaux qu’ils balayent. Michael Amott et sa bande sont certes concentrés mais sont en forme. Il faut dire que Paris, ils connaissent bien, que le public a toujours été présent. Si les regards se tournent naturellement vers Alissa White-Gulz, la vocaliste sait comment séduire ce public: comme elle le fait toujours, avec douceur et en français. Mais quelle puissance quand elle se met à growler!

Pendant près de 45′, le quintette dispense une setlist des plus puissantes superbement mise en lumières. Evidemment, certains titres résonnent plus que d’autres en ces heures troubles (War eternal, No gods, no masters) mais on se délecte des Ravenous, Under the black flag we march et autres Dead bury their dead. Arch Enemy nous a offert une très belle prestation, belle mise en bouche avant le gros morceau qui arrive!

Une immense toile noire cache la scène qu’on imagine déjà énorme. Casque ou drakkar en guise d’estrade de batterie, peu importe, ce qui compte ce soir c’est le spectacle que nous promet Amon Amarth. Cela fait maintenant plus de 3 ans que les Suédois n’ont pas mis les pieds dans notre ville, leur dernière venue remontant au 7 novembre 2016, au Casino de Paris. Le public est chaud lorsque la salle est une nouvelle fois plongée dans le noir et que retentissent les premiers couplets d’un certain Run to the hills.

Puis, dès que tombe le rideau, dès qu’apparaissent Olavi et sa bande, c’est une débauche d’énergie. De la lumière, du bruit et de la fureur pendant une heure trente. Le casque de viking sur lequel trône la batterie est désormais agrémenté de deux écrans en lieu et place des yeux. Ecrans qui permettent quelques judicieuses animations venant compléter celles in vivo. Car dès Runes to my memory, Amon plonge son public dans un enfer de flammes et de fumées, à commencer par le logo du groupe qui, disposé de chaque côté de la batterie, s’embrase et brûle tout au long de cet imparable titre. Puis les bouches à feu entrent en action. Disposées un peu partout sur scène, des colonnes de feu égaillent Death in fire.

Si chaque membre est à fond et connait parfaitement sa partition – on notera particulièrement l’acharnement de bûcheron de Jocke Wallgren, le « petit » dernier à la batterie – Johann Hegg semble particulièrement heureux d’être de retour dans notre capitale. Plus que ses paroles qui caressent le public dans le sens du poil (les classiques « Que c’est bon d’être enfin de retour à Paris! » et autre compliments), c’est son large sourire qui en dit le plus sur son état. Le chanteur semble aujourd’hui complètement remis de accident de cascade dont il avait été victime en mars dernier.

Il joue avec le public, grimpe sur son « ego riser » se prenant un jet de fumée en pleine face, ne laissant apparaître que ses bras. Et, prenant le public à contre pied, c’est en plein milieu du concert que les canons à confettis entrent en oeuvre, émaillant la salle de scintillements du plus bel effet.

Si visuellement le show est énorme, musicalement, le public est aussi servi. Naturellement orienté sur les deux derniers albums, les grands classiques d’Amon Amarth sont aussi, heureusement, de la partie. Une set list irrésistible qui résume bien la carrière des vikings. First kill, Deceiver of the gods, The way of the vikings, Guardians of Asgaard, tout y passe. Et le désormais incontournable Raise your horns annoncé par un Johann qui s’empare de sa corne « judicieusement » placée à sa ceinture, au cas où. On se doutera que ce titre ne fera plus partie de la setlist le jour où le chanteur n’en sera plus équipé…

Le rappel constitue peut-être le seul point de frustration du concert: après tant d’énergie, les deux titres finaux (The way of the vikings et Twilight of the thunder god)  passent à une vitesse folle. Mais une chose est certaine, c’est que ce soir Amon Amarth a livré un concert exemplaire et dantesque de bout en bout. Superbe soirée!

 

WOLFHEART: Tyhjyys

wolfheart 2017Death mélodique, Finlande (Spinefarm, 2017)

Douceur, passe ton chemin! Fais place au courroux et la rage, que la terre dégorge du sang d’innocentes victimes et que celui des coupables soit à jamais visible ! Oui, ok, ça fait un peu heroic fantasy, Seigneurs des anneaux, Game of thrones et tutti quanti, mais c’est un peu ce que je ressent à l’écoute de ce nouvel album des Finlandais de Wolfheart, un album au titre… euh, pas imprononçable, mais incompréhensible. Bien, alors une petite recherche nous indique que Tyhjyys est le terme finnois pour exprimer la notion de vide. Et il n’y en a pas beaucoup, ici, du vide, tant cet album est un condensé de rage. Après un calme et acoustique Shores of the lake Simpele, auquel il ne maque qu’un accompagnement de « mmmmh mmhhh mmmmmmmhhhh » pour  que ce blues se transforme en sublime complainte, le grondement de la bataille résonne et s’approche. Déjà, Wolfheart nous entraîne en pleine nature et, c’est la grande force de cet album, au gré de la musique, les paysages prennent corps. Wolfheart crée une musique résolument cinématographique. Et comme tout bon film, il y a un rythme: après le calme vient la tempête, la violence de la bataille, avant le retour au calme à la suite de la victoire. Dès Boneyard, la musique se fait rugueuse et sanglante, la voix gutturale et agressive. Etrangement, l’ensemble m’évoque… Justement, c’est ici la faiblesse de ce disque que de trop se rapprocher de l’esprit d’un Amon Amarth quasi omni présent sans parvenir à atteindre le niveau des vikings. Reste que, avec Tyhjyys, Wolfheart nous offre un voyage épique et très wagnerien, un album puissant et varié qui nous entraîne dans son sillage.

Note 7,5/10

Photo de la semaine: AGRESSOR

SONY DSC

Le death metal « à la française » est incarné par Loudblast et Agressor – entre autres. L’un vient du Nord, l’autre du Sud. Agressor, en réalité, c’est Alex Colin-Toquaine, seul rescapé de sa formation d’origine que j’ai vue pour la première fois dans une grande MJC, à Cannes, en off du Midem, avec en tête d’affiche Hanoi revisited (une autre version de Hanoi Rocks!). Pas étonnant, au regard de l’importance et de l’apport culturel que le groupe a apporté à la scène extrême de le retrouver à plusieurs reprises au PMFF. Ce cliché a été pris lors de la quatrième édition, au Divan du Monde, le 8 janvier 2012. Toujours ce problème de lumières, je règle la sensibilité à 3200 ISO et la vitesse à 1/100 de seconde. J’aurai pu modifier les réglages pour éviter l’ouverture à F5,6, mais c’est aussi comme ça qu’on apprend! Même si Agressor n’est pas mon truc, j’aime ce contraste de couleurs de ce cliché.

ULTIM FEST 2 (Furies,Malemort, Witches et ADX) live- Paris, le 28 mai 2016

Initialement prévu le 14 novembre 2015, ce mini festival fut reporté à cause des attentats sanglants de la veille. Plutôt que d’annuler simplement, l’organisation a préféré chercher une nouvelle date, même tardive, pour marquer le coup.  C’est donc de nouveau au Glazart que rendez-vous est fixé, cette fois avec une affiche quelque peu différente puisque Witches et Malemort viennent rejoindre Furies et ADX.

ULTIM-FEST-2_2016 Lire la suite