Interview: LAST TEMPTATION

Interview LAST TEMPTATION. Entretien avec Butcho (chant). Propos recueillis au pub King George à Paris le 10 septembre 2019

Alors que Peter Scheithauer est en train de faire un démo à la guitare pour un magazine spécialisé, je retrouve Butch Vukovic pour parler de ce nouveau projet à l’envergure internationale. Last Temptation pourrait être « the next big thing » en matière de heavy mélodique. Et quand des Américains viennent dégoter un chanteur français, c’est un signe…

 

Metal-Eyes : Ce n’est pas notre première rencontre, en revanche, c’est la première fois que tu vas me parler de Last Temptation. Question classique : comment s’est formé le groupe ?

Butcho : En fait, ça s’est formé, avec Peter et moi, il y a presque 10 ans. C’était une autre formation. A l’époque, j’étais avec Hellectrokuters et il m’avait contacté sur Facebook. Il voulait absolument un chanteur français. Il a regardé plein de vidéo, il en a vu 800, à la lettre H, il est tombé sur Hellectrokuters et il a fait « waow, je veux ce chanteur ! C’est qui ? » Il me contacte, à l’époque il ne connaissait pas Watcha – il était aux Etats Unis. Il me contacte sur Facebook, et à cette époque je lui dit non, parce que j’avais un autre deal qui arrivait avec Hellectrokuters.

 

Metal-Eyes : Qui était, pour rappel, un groupe typiquement hard rock 80’s comme tu aimes tant.

Butcho : Voilà, AC/DC, Motörhead… Je lui ai dit non. Il est revenu plusieurs fois à la charge, et le plan que je devais avoir ne s’est pas fait. Je lui ai demandé de m’envoyer ses morceaux, ce qu’il fait. Je trouve ça super bien, et le jour même, je lui ai enregistré les 3 morceaux. Il a adoré, et c’est parti comme ça. Mais ce n’était pas du tout cette formation de Last Temptation, c’était autre chose. Plus à la Mötley Crüe, des trucs comme ça, et pas du tout le même line-up. Le line-up actuel s’est mis en place il y a à peu près 3 ans. Ça a pris beaucoup de temps parce qu’il y avait des contrats avec les autres : Vinnie Appice qui était avec Last In Line, Bob Daisley, en Australie…

 

Metal-Eyes : Vous êtes tous les deux passionnés par le gros hard rock des années 80. Comment définirais-tu la musique de Last Temptation ?

Butcho : On n’a absolument rien inventé, c’est du hard rock old school des années 70/80, à la Black Sabbath, Ozzy, Dio… C’est du old school, tout simplement.

 

Metal-Eyes : Vous avez joué au Hellfest cette année. C’était ton premier, je crois ?

Butcho : Non, non : j’y ai joué il y a très longtemps, en 2007, avec un groupe de death metal, Scarve.

 

Metal-Eyes : Et ce n’était pas le même esprit qu’aujourd’hui, en 2007.

Butcho : Non, c’était pratiquement les débuts du Hellfest ! Après j’ai joué plusieurs fois avec Showtime, groupe de reprises, mais sur des scènes annexes. Ma première scène, mainstage, sans avoir sorti d’album… c’est juste… incroyable.

 

Metal-Eyes : C’est-à-dire ?

Butcho : Ben… Il y a plein de groupes qui rêveraient de jouer au Hellfest en Main, qui ont déjà plusieurs albums, et qui n’y arrivent pas. Nous, on arrive, sans album et on a réussi à dégoter la Mainstage.

 

Metal-Eyes : Justement, comment avez-vous réussi à dégoter cette place, comment ça s’est fait ?

Butcho : Alors… Il faut dire que Peter a le bras très long. Il connait beaucoup de monde, et un de ses meilleurs potes, c’est Gérard Drout. Qui a une petite partie du Hellfest.

 

Metal-Eyes : C’est donc du relationnel…

Butcho : Oui, et ça ne marche que comme ça. Soit tu connais des gens, soit tu as de l’argent. Je vais te donner mon cas, avec Helelctrokutters : on n’a ni argent, ni relation. Donc, évidemment…

 

Metal-Eyes : Message pour Ben Barbaud : si tu es intéressé, l’année prochaine, Hellectrokuters est dispo ! Quand tu es monté sur scène, tu as ressenti quoi ?

Butcho : Waow ! J’étais… Je me suis dis « c’est juste trop énorme » ; rien que la scène, elel est plus grande qu’un terrain de foot ! C’est énorme !

 

Metal-Eyes : En plus, maintenant, même a cette heure là, il y a du monde.

Butcho : Oui, il y avait du monde. Groupe inconnu, le public était à fond. On a même réussi à les faire chanter ! Super expérience, vraiment.

 

Metal-Eyes : Comment vous êtes-vous préparés pour un événement de cette envergure ?

Butcho : J’ai envie de te dire que c’est un concert. Que ce soit là où dans un plus petit club, c’est beaucoup de répèts. On n’a pas eu beaucoup de temps, là, on a juste eu une semaine avec tout le groupe en studio pour répéter. On ne se connaissait pas encore vraiment, on a vraiment travaillé.

 

Metal-Eyes : Ça veut dire que tu as pu rencontrer certaines de tes idoles des années 80…

Butcho : Oui… J’ai pu rencontrer Stet (Howland) qui joue de la batterie avec Lita Ford, Wasp, il est maintenant ave Metal Church, Steve (Unger, basse) qui est aussi dans Metal Church. Et sur l’album, il y a Bob Daisley, le légendaire Bob Daisley, Vinnie Appice à la batterie, James Lomenzo à la basse… Il y en a tellement, en fait !

 

Metal-Eyes : Revenons justement à cet album, très typé années 80 : que trouves-tu dans cette période que tu ne retrouves pas aujourd’hui ?

Butcho : Je sais pas… Tout se ressemble un peu, soit extrême, soit… J’ai l’impression d’écouter toujours la même chose, sans doute parce que je n’ai pas l’oreille assez aiguisée ppour ça. J’aime bien les trucs avec de la mélodie, du chant… J’ai de la chance, parce que Stet et Steve savent chanter. Ce sont de vrais chanteurs lead, et s’ils me remplacent, aucun problème. Les mecs, ils font des chœurs de malade !

 

Metal-Eyes : Comment avez-vous choisi le nom du groupe ? Pour moi, lorsque j’entends « Last Temptation », ça m’évoque le film de Scorcese, La dernière tentation du Christ.

Butcho : Non, il n’y a aucune connotation religieuse chez nous…

 

Metal-Eyes : La pochette y fait pourtant référence plus d’une fois…

Butcho : En fait, le nom a été trouvé par Peter. Toutes ces personnes qui se disent, avec regrets  « si j’avais su, j’aurais fait ça… Dans ma jeunesse, j’aurais dû faire ça… » En fait, nous, on décide de faire, de prendre des risques. On ne se pose pas de question, on y va. C’est un esprit beaucoup plus positif.

 

Metal-Eyes : Il y a quand même pas mal de références à la religion : le diable, le serpent qui pourrait être Seth, les éclairs dans les nuages qui évoquent la colère divine, le croissant de lune…

Butcho : Oui, mais c’est quoi, le diable, le serpent ? Ca évoque juste la tentation, oui, mais il n’y a aucun texte qui soit connoté religion. Je voulais juste quelque chose qui soit un peu mystique, parce que j’aime ces choses-là. Mais dans les textes, on parle beaucoup de remise en question, de ce qui est existentiel, savoir se battre jusqu’au bout. Ou, parfois, comme Bob Daisley m’a demandé, j’aborde une thématique : lui adore tout qui traite de conspiration, de manipulation des masses… En plus, je la trouve super esthétique, c’est le genre de pochette qui, pour moi, ne vieillira pas. Après, c’est juste l’interprétation de chacun.

 

Metal-Eyes : Et le symbole central, c’est quoi ?

Butcho : En fait, ce ne sont que des L et des T dans tous les sens… Tu peux tourner la roue, tu les trouveras toujours.

 

Metal-Eyes : Avec le signe de l’infini au centre. Autre chose : la dernière fois qu’on s’est vus, tu a fait preuve de beaucoup de naïveté au sujet d’un film, tu t’en souviens ?

Butcho : euh… peut-être… Rappelles-moi…

 

Metal-Eyes : La scène de Wembley, dans Bohemian Rhapsody.

Butcho : Oui ! Je reconfirme, j’ai adoré ce film ! Je l’ai revu, et pour moi, je suis sûr qu’ils ont reconstitué, le public est venu remplir Wembley, j’en suis sûr !

 

Metal-Eyes : Même époque, même réalisateur – en tout cas, il a participé à une partie de Bohemian rhapsody : as-tu vu Rocket man ?

Butcho : Oui, je l’ai vu. J’ai vraiment beaucoup aimé. J’adore l’acteur qui joue Elton John (Taron Egerton), il avait joué dans Kingsman. Mais le seul truc, c’est que j’ai du mal avec les comédies musicale, j’aime moins quand l’histoire est racontée en chantant. J’ai préféré Bohemian Rhapsody parce que l’histoire est racontée. Il y a les concerts, mais le reste est parlé. Jai aimé, mais moins que Bohemian rhapsody. J’adore Elton John, et j’ai découvert des choses. Je ne le connaissais qu’avec I’m still standing ou presque, le reste j’ai fait « waow ». Je redécouvre plein de choses ! Quand t’es jeune, tu n’écoutes qu’un type de chose, et avec l’âge, je m’ouvre beaucoup plus, je découvre, je redécouvre plein de choses. Je redécouvre des trucs que tout le monde connait sauf moi ! Je surprends certaines personnes… « Mais tu sors d’où, là ? Evidemment c’est un super chanteur Elton John ! » Oui, mais bon, je le connaissais pas !

 

Metal-Eyes : Un groupe de rock, c’est aussi la scène, alors quels sont vos projets ? Vous habitez sur des continents différents, logistiquement ce n’est pas évident ?

Butcho : Début octobre, on a une vingtaine de dates aux USA. On y retournera d’ailleurs en janvier et février. Entre les deux, il y aura l’Europe, avec plein de dates, en Allemagne, et un peu partout.

 

Metal-Eyes : Excité à l’idée de jouer aux USA ?

Butcho : Ben ouais, carrément ! En plus ce sera en tête d’affiche. Dans des petits clubs, comme le Whisky-a-gogo, on va à Las Vegas, aussi. En plus, il y a plein d’invités de prestiges qui viendront nous voir, donc ça va être incroyable.

 

Metal-Eyes : Je me souviens de ce que je voulais te demander : Peter voulait un chanteur français. Pour quelle raison, te l’a-t-il expliqué ?

Butcho : Oui, déjà il est Français, même s’il vit aux USA. Il ne voulait pas d’un chanteur déjà connoté, il voulait quelqu’un qui chante bien. Bob Daisley ne voulait pas de quelqu’un déjà connu, même s’il a plein de potes chanteurs. Ils voulaient quelqu’un avec de l’expérience mais pas connu, et Peter voulait que ce soit un Français. Et Bob Daisley a adoré ma voix, il a dit « c’est lui que je veux ! » Il m’a dit, il a dit à Peter : « Butcho me rappelle Ozzy jeune. Mais Ozzy qui chante juste » (rires).

 

Metal-Eyes : La comparaison est flatteuse !

Butcho : Oui, et ça fait d’autant plus plaisir que ça vient d’une personne qui a écrit la plupart des textes d’Ozzy. C’est une légende.

 

 

INTERVIEW: TARJA

Interview Tarja TURUNEN. Propos recueillis à Paris le 7 juin 2019

 

C’est une Tarja joviale et vraisemblablement fière de son nouvel album, qui paraîtra à la fin du mois d’août sur Ear music/Verycords, qui a reçu Metal Eyes dans le cadre d’un hôtel parisien. La Finlandaise, désormais installée en Espagne, nous dit tout au sujet de In the raw, et plus encore.

Metal-Eyes : Tarja, tu es ici pour parler de ton nouvel album In the raw, mais juste avant, si tu permets, il y a une question que j’ai voulu te poser depuis 3 ans…

Tarja : Vraiment ? Waow !

Metal-Eyes : Nous n’avions pas eu l’occasion de parler pour la sortie de The shadow self. Cet album me semble avoir été une réaction à Colours in the dark à plus d’un titre : tout d’abord le côté visuel, en noir et blanc, alors que Colours était très coloré. Certaines chansons semblent aussi être une réaction à d’autres figurant sur Colours. Par exemple : 500 letters dénonçait le harcèlement de certains fans (elle confirme) et  j’ai l’impression que Diva a été écrite en réaction à la réaction qu’aurait pu avoir un fan blessé par 500 letters, t’accusant de n’être qu’une diva capricieuse…

Tarja : Vraiment, c’est ton sentiment ? C’est très intéressant ! Fantastique, même ! C’est ce que j’adore, et tu es le premier à me faire part de ce sentiment ! C’est absolument fabuleux que tu aies eu cette impression, parce que c’est ton propre ressenti. Je dois te dire que c’était complètement différent pour moi, mais c’est exactement ce que je recherche avec mes chansons en général. Quand j’écris les paroles, encore plus avec le nouvel album qui est le plus personnel que j’ai écrit. Je fais attention à ne pas trop expliquer les paroles, afin que chacun puisse y réfléchir, y trouver ce qu’ils veulent. Tu as trouvé cette connexion, ce qui juste incroyable, je ne l’ai vraiment pas écrite dans ce sens…

Metal-Eyes : Et tu comprends le lien que je peux faire ?

Tarja : Oui, totalement ! Je peux tout à fait imaginer et comprendre. C’est superbe, c’est la magie de la musique ! C’est comme ça que ça devrait être pour chacun de nous : interpréter différemment les chansons. Ecouter de la musique est une expérience unique. Tu peux discuter des goûts, ne pas aimer la saveur de cette eau ou la musique que je fais.

Metal-Eyes : Ce qui est OK

Tarja : Oui, ça me convient parfaitement. Tu sais, avant tout, j’écris de la musique pour moi. Si mon travail me satisfait – et le mot « satisfaction », pour une perfectionniste comme moi… – eh bien, pour ce nouvel album j’ai pris du recul. J’avais besoin de casser mes filtres, de me confronter à mes peurs, mes doutes, tout à mon sujet. J’ai composé seule, j’avais tout ce monde de doutes face à moi et je savais que je devais m’y confronter. Je souhaitais voir si j’avais la capacité à me dépasser.

Metal-Eyes : Ce qui est le cas selon moi, après une écoute de ce disque dont nous allons parler dans un instant. Cependant, tu habitais en Argentine et tu as récemment déménagé en Espagne. Quelle en est la cause ?

Tarja : Je voulais raccourcir les distances. Je passe la majeure partie de mon temps en Europe, professionnellement. Alors les vols long courrier, depuis Buenos Aires, d’autant plus maintenant que nous avons une petite fille, et aussi vivre dans une aussi grande ville, j’avais un peu peur de laisser ma famille derrière moi dans cette ville de chaos. C’était trop me demander, je ne voulais pas ce poids là. Alors nous avons décidé de chercher un logement en Europe, et nous avons trouvé un superbe endroit en Andalousie, nous y sommes très heureux. Je crois que tout cela se ressent dans mon nouvel album. Parce qu’il s’agit de moi. Tout ce que je fais artistiquement est lié à moi. Tu peux ressentir, j’espère, la paix, principalement dans une chanson comme Golden chamber (elle rit).

Metal-Eyes : Juste avant de parler de ton nouvel album, comment décrirais-tu ton évolution musicale entre The shadow self et In the raw ?

Tarja : J’ai beaucoup tourné pour The shadow self, et je déplorais en même temps de ne pas être avec ma famille. Il y a eu un grand changement avant la production de l’album : ma fille de 4ans ½ est rentrée à l’école. Avant, elle a été un bébé en tournée, je l’emmenais partout avec moi. Ce changement m’a affectée, et soudain, elle entre à l’école. Elle n’est plus là, mon mari non plus, je me retrouve seule, ce qui a été un grand changement. Me retrouver dans cette nouvelle situation – qui n’a plus rien de neuf, je te rassure ! – m’a affecté de telle sorte que j’avais besoin de m’ouvrir et de sortir de ma zone de confort, de me débarrasser de mes craintes. Quand j’ai commencé à composer In the raw, la musique m’est venue très facilement : elle était puissante, et à chaque fois que je rentrais de tournée, je composais, au piano, j’ai enregistré beaucoup de démo, sans paroles, et j’avais le sentiment que la musique était très progressive. J’ai arrêté de tergiverser – « est-ce bon ? est-ce mauvais ? est-ce que je peux le faire ? oui, je le peux ! » – Je me suis libérée en matière de composition.

Metal-Eyes : Cela s’entend dès le premier titre, qui est vraiment très heavy. Tu y es accompagnée de Bjorn Speed Strid, chanteur de Soilwork, qui a cette voix particulière et puissante. Etait-il nécessaire selon toi d’ouvrir In the raw avec Dead promisses ?

Tarja : Quand j’ai mis toutes les chansons à plat, j’ai voulu que cette guitare puissante soit le guide de l’album. J’adore le son de la guitare électrique. J’aime composer les chansons avec mon guitariste. Alex et moi avons cette complicité. La raison pour laquelle je voulais ce titre est que j’avais besoin d’une chanson qui me soutienne, qui soutienne ma voix, m’entraine. Pas seulement la guitare, mais tout le groupe. Comme avec un orchestre symphonique. Tu es devant un orchestre de 68, 70 personnes et je sais qu’elles sont là pour me soutenir, et je veux ressentir la même chose avec un groupe de rock, toute cette amplification… Le son n’est pas naturel, on a des retours internes, c’est complètement différents de l’acoustique. Avoir cette puissance qui me soutient, juste là derrière moi, avec cette certitude que, si je me plante, ils sont là… Voilà pourquoi Dead promisses se trouve à cette place.

Metal-Eyes : Et que sont ces promesses éteintes ?

Tarja : C’est une histoire que j’ai écrite au sujet d’une personne très proche qui… qui s’est égarée. J’ai écrit cette chanson pour lui – ou elle – pour lui faire comprendre que la porte est toujours ouverte. C’est une chanson d’espoir. J’ai toujours cru en l’espérance… Il y a un moment dans ma vie, il y a longtemps de cela – tu sais de quoi je parle, ce moment où j’ai perdu tout espoir en l’humanité et l’amitié, quand j’ai tout perdu et que je ne savais plus comment faire confiance aux gens, j’ai eu le sentiment de trahison. Je ne savais pas où recommencer, mais j’ai retrouvé cette confiance, et je crois de nouveau en de belles choses. Je suis peut-être naïve en disant ça, mais je préfère voir le bon côté des choses.

Metal-Eyes : Concernant la musique, cet album me semble scindé en deux parties : un coôté très pop rock, ton chant y est pour beaucoup, et, je connais ton intérêt pour la musique de films, et il y a un bon nombre de chansons, You and I, The golden chamber, Spirits of the sea, par exemple, qui sont très cinématiques. Ce sont aussi les chansons les plus longues, les plus progressives. Avais-tu la volonté d’avoir cet esprit ciné dans tes chansons ?

Tarja : La musique de film est aujourd’hui une de mes plus grandes sources d’inspiration. Oui, cela me renvoie à mes premières amours musicales, avec la musique classique, le grand amour de ma vie. La musique de film y est lié. Et tout est si émotionnel, ça te transporte dans différents endroits, et parfois des lieux effrayants. Tu n’as pas forcément besoin d’images, mais si tu rajoutes des images à la musique, tu n’auras sans doute pas le même film…

Metal-Eyes : J’ai ce sentiment avec Spirits of the sea qui est très sombre et inquiétant et aussi Shadow play qui m’évoque un film de heroic fantasy à la Seigneur des anneaux ou Game of thrones. De la puissance suivie de temps calmes, des hauts et des bas…

Tarja : Oui, et ça fait beaucoup de bien d’entendre ça… Ces derniers jours, je commence à peine à avoir des avis, vos avis, sur ces nouveaux titres que personne n’a encore entendus. Ca me fait vraiment plaisir, et c’est exactement ce que je recherche. Je peints des tableaux quand j’écris des chansons, c’est très colorés, et je souhaite que les gens voient ces couleurs et puissent emplir leurs esprits de ces images. Mes chansons ont en effet beaucoup de lien avec le cinéma. Mes albums ont toujours été diversifiés. C’est comme ma culture musicale est ma main droite, ma culture rock, la main gauche, et elles sont en parfaite harmonie.  Mes albums changent la donne, aussi. Prends The golden chamber : il n’y a aucune guitare, pas de solo, c’est un superbe morceau d’orchestre.

Metal-Eyes : Deux notes, au piano, qui se répètent.

Tarja : Oui, la paix, la tranquillité. Tu peux la trouver en toute chose, si tu regardes bien, quelque chose de vraiment beau. Si tu observes bien, tu la trouveras

Metal-Eyes : Comment as-tu choisis les invités et quels musiciens t’accompagnent sur l’album en dehors des fidèles Alex Scholpp à la guitare et de Christian Kreschtschmar aux claviers et Max Lilja au violoncelle ?

Tarja : Il y a aussi mon équipe de rêve qui joue : Doug Wimbish, Kevin Chown sont là aussi. L’équipe est la même que d’habitude, en dehors du batteur. Il s’agit de Tim Schreiner qui joue avec moi depuis deux ans, sur les concerts. Un excellent batteur, c’est un vrai plaisir que d’avoir enregistré cet album avec lui. C’est très sympa de voir comment il travaille. Il fait partie de ces personnes qui me font oublier le travail au clic. Quand il joue, c’est simplement fantastique, il fait de la musique plus que de la puissance. En ce qui concerne les invités, ils sont tous très distincts, et j’ai été fan de chacun d’eux depuis longtemps. Nous sommes amies avec Cristina Scabbia depuis de longues années, et nous avons évoqué la possibilité de faire quelque chose ensemble. Il fallait simplement la bonne chanson. Tu sais, j’écris les chansons pour ma voix, je ne pense pas à qui pourrait interpréter telle ou telle partie. Alors quand il s’agit d’imaginer un chanteur, un homme, qui pourrait interpréter mes chansons… tadaaaa ! (Rires) C’est un vrai challenge. Björn et Tommy Karverik (Kamelot) m’ont tous deux dit « Euh… ça sort vraiment de mon champs habituel ! » mais ils ont fait un travail fantastique. Les chansons me parlent, je sens que j’aurais envie d’avoir un « partenaire de crime » pour celle-ci. Avec Cristina, c’est aussi rock que possible : guitare, basse et batterie. Et je l’ai laissée ainsi parce que la voix de Cristina mérite d’être vraiment mise en avant.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de In the raw pour expliquer à quelqu’un qui ne connait pas ton travail ce en quoi consiste Tarja, ce serait laquelle ?

Tarja : Oh… Ce n’est pas évident, comment choisir ? Ca doit être un des morceaux symphoniques, avec ces orchestrations qui sont vraiment qui je suis, et ce font rock. Je pense à la dernière chanson de l’album, Shadow player. C’est une chanson que j’ai écrite entièrement seule. Au piano, l’instrument que j’utilise habituellement quand je compose. Quand j’ai terminé au piano, j’ai écouté le morceau dépouillé et j’ai entendu toutes ces orchestrations, explosives, se mettre en place, tout semblait déjà être en place. J’ai dit à mon mari que ça devait être la dernière chanson de l’album (rires). Un disque doit se finir ainsi !

Metal-Eyes : Tu as joué dans plusieurs salles à Paris – l’Elysée Montmartre, le Zénith, Bercy, le Bataclan, le Casino de Paris. Quelle est ta salle préférée ?

Tarja : Wouf, c’est difficile ! Toutes sont différentes. J’ai vraiment aimé le Casino, avoir les gens assis, aussi près. C’est vraiment différent. Comprend moi bien : j’adore voir les gens sauter, devenir dingues devant moi, dès que je fais quelque chose, j’ai un retour immédiat, et j’adore ça ! Mais j’aime aussi me donner à fond pour qu’une audience assise apprécie l’expérience et vive un concert rock différemment. Il faut aller chercher le public. Je crois que pour les spectateurs, c’est une expérience… choquante. C’est inhabituel, et les gens sont obligés de faire plus attention. Le Casino étant le dernier concert que j’ai donné à Paris fut une belle expérience.

Metal-Eyes : C’était vraiment une expérience étonnante pour un concert de rock. Et c’est vraiment sur les derniers morceaux que l’ambiance rock est arrivée, lorsque le public, enfin, s’est levé et s’est mis à bouger. Y a-t-il un endroit au monde, en revanche, où tu ne te reproduirais jamais ? Parce que l’organisation, parce que les conditions, ou parce que les gens sont stupides… (elle pouffe de rire)

Tarja : Waow… Tu en as encore des cures comme ça ? Quand l’expérience est mauvaise, tout disparait généralement avec le début du concert. Le public vient voir le groupe et transforme toute la merde en quelque chose de positif. C’est toujours ainsi. Bien sûr j’ai joué dans des endroits merdiques, dans des conditions chaotiques, avec des problèmes électriques et ce genre de chose. Mais le show commence et tout va pour le mieux ! (rires) Je ne me souviens pas d’avoir fini un concert en me disant que je ne reviendrais pas. A l’époque de Nightwish, quand on se battait tout le temps avec le matériel, les déplacements… Il y a des concerts en Finlande où je n’entendais même pas ma voix, le matériel n’était pas bon, j’avais peur de perdre ma voix. Mais c’est aussi comme ça que tu apprends. D’ailleurs, je suis toujours là ! (rires)

Metal-Eyes : Une dernière chose : quelle pourrait être la devise de Tarja en 2019 ?

Tarja : Oohh… Ma devise serait, toujours : « bats toi pour tes rêves ». Il faut aller au bout des choses…

Interview: NOVA TWINS

Interview NOVA TWINS. Entretien avec Amy Love (chant, guitare) et Georgia South (basse). Propos recueillis à la Taverne de l’Olympia à Paris le 8 août 2019.

Trois heures à peine avant de monter sur la scène de l’Olympia, les deux membres fondatrices de Nova Twins accordent quelques interviews au sous sol d’un bar situé juste derrière la mythique salle. Un cadre agréable, au frais pour une courte rencontre plus que sympathique.

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que nous nous rencontrons, je vais commencer par une demande habituelle : quelle est l’histoire de Nova Twins ?

Amy Love : Ca fait longtemps que nous sommes amis… Je suis allée au collège avec le frère de Georgia, sa famille m’a en quelques sortes adoptée

 

Metal-Eyes : C’est ce que je me disais,  vous êtes jumelles, mais vous ne vous ressemblez pas…

Georgia South : Exactement ! (rires)

Amy Love : Voilà ! On a toujours joué de la musique ensemble mais sans réellement monter un groupe. Parfois Georgia jouait mes chansons, parfois je jouais ce qu’elle composait. Un jour, nos projets respectifs semblait atteindre leurs limites et on était toujours fourrée l’une chez l’autre. Un jour, on s’ennuyait, et on s’est simplement dit « Ecrivons une chanson ». C’est ce que nous avons fait. C’était il y a 5 ans environs. (A Georgia) : tu avais ta basse, tu jouais quelque chose de groovy, j’ai ajouter un riff qui déchire, (à moi) et on a commencé à chanter l’air de Bad bitches, qui est devenue notre première chanson. Notre voyage a commencé ainsi, on est devenu un groupe à ce moment là.

 

Metal-Eyes : Un groupe de 2…

Amy Love : Ouais !

Georgia South : A cette époque, on était 2 et une boite à rythme. Maintenant, on a un batteur.

 

Metal-Eyes : D’après ce que j’ai pu lire, vous mélanger punk, hip-hop et autres influences. Comment décrirez-vous votre musique à quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Georgia South : Oh, bonne question… Je ne sais pas trop, c’est du Nova sound… On mélange rave, rock, pop, punk. C’est heavy, mais pas que ça

 

Metal-Eyes : J’en ai quelques unes…

Amy Love : Il y a des riffs heavy, avec un chant assez dingue, perché. C’est juste un mélange de différents sons.

Georgia South : Avec beaucoup de groove, très entraînant.

 

Metal-Eyes : Votre musique est très énergique, mais votre look semble très important aussi. Etes-vous influencées par Shaka Ponk ou (à Georgia) la reine Amidala dans Star Wars ?

Georgia South : La reine Amidala ? Non ! Je ne suis pas fan de Star wars en fait ! Pourquoi ? Je ressemble à la reine Amidala ?

 

Metal-Eyes : Regarde les photos, avec ses coiffures et maquillages.

Georgia South : Quand j’étais à l’école primaire, un garçon m’avait dit que je ressemblais à Jar-Jar Binks. J’ai dit OK, mais je ne connaissais rien à Star Wars.

 

Metal-Eyes : Tant que tu n’es pas stupide comme lui… Votre look est important, mais quelle importance lui accordez-vous dans votre performance scénique ?

Georgia South : On aime se sentir à l’aise, alors on porte les vêtements dans lesquels nous sommes à l’aise et qui ressemblent à notre musique.

Amy Love : Très colorés, un peu DIY. On les fait nous-mêmes.

 

Georgia South : Au début, on n’avait rien à se mettre, alors on a pris un T Shirt, une bombe de peinture et on l’a peint. Ca ressemblait un peu la cellule de notre vidéo, Devil face. On ressemblait à un mur (rires) !

 

Metal-Eyes : J’espère que vous ne ressemblerez pas aux murs ce soir ! Quelles sont vos principales influences musicales ?

Amy Love : Nos goûts sont très variés. Il y a des choses que nous aimons toutes les 2, du RnB, Missy Elliot, on aime beaucoup la nouvelle scène féminine. J’ai grandi dans une ville qui s’appelle Essex où il y avait de tout : du rock, de la pop, du garage, de la dance, des choses comme MC5, du punk, les New York Dolls, Deep Purple. Plein de choses plus modernes aussi…

Georgia South : Je partageais en quelques sortes un ipod avec mon frère. Il y avait des choses comme Eminem, Kayne West, Missy Elliot, Justin Timberlake. Tout ça, mélangé, nous a permis de créer le son qui est le notre.

 

Metal-Eyes : Donc une sorte de mélange entre le groove, le rythme et l’énergie ?

Amy Love : Oui, avec ce « swag » qui caractérise le hip-hop.

Georgia South : Si on peut danser dessus…

Amy Love : Il y a la lourdeur de certaines tonalités qu’on utilise, mais on veut pouvoir chanter et danser dessus.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets que vous privilégiez et d’autres, au contraire, dont vous ne souhaitez pas traiter dans vos chansons ?

Amy Love : Ah, ah ! C’est une bonne question !

 

Metal-Eyes : Je t’ai dit que j’en avais quelques unes…

Amy Love : En gros, on parle de  nos expériences, de ce que nous vivons. Parfois, de ce qui nous inspire au cinéma, comme ce fut le cas avec le film Thelma et Louise qui nous a bien marquées..

 

Metal-Eyes : Justement, c’est le titres d’un de vos Ep, alors qui est Thelma et qui est Louise ?

Georgia South : On avait dit quoi ?

Amy Love : Euh… tu es Thelma…

Georgia South : Je suis Thelma ? On s’en fout…Je ne sais plus.

 

Metal-Eyes : Tant que vous ne finissez pas comme elles…

Amy Love : Non ! On parle de ce que nous avons vécu, deux filles qui ont grandi à Essex. On ajoute ça à l’énergie de notre ressenti dans notre musique, on parle de ce qui est arrivé. On ne parlera pas de choses trop personnelles, de détails, mais on peut aborder le sujet d’un point de vue musical

Georgia South : On ne parle jamais de nos peines de cœur ou de victimisation. « Oh, ce gars m’a brisé le cœur, le méchant ». Non, ce serait plutôt : « Putain, on va le flinguer cet enfoiré ! »

 

Metal-Eyes : C’est un peu plus punk.

Amy Love : On pourrait écrire une chanson d’amour tordu aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez récemment joué au Hellfest, quels souvenirs en gardez-vous ?

Amy Love : 22.000 personnes en face de nous, et c’était épique (elle affiche un large sourire)

Georgia South : Tant de monde, et on jouait à 11h30. On n’attendait rien, en fait… On jouait si tôt, les gens devaient encore cuver… On s’est retournées et il y avait cet océans de gens, cette marrée humaine, on ne pouvait voir le fond… Cette énergie qu’ils nous ont apportée, on l’a vraiment sentie et appréciée. C’est étonnant à cette heure là, le public est vraiment impliqué.

 

Metal-Eyes : Ce qui me surprends, c’est que la plupart des groupes avec lesquels je parle et qui ont joué tôt au Hellfest ont l’air étonné de voir autant de monde le matin. Or, au Hellfest, depuis quelques années, le public est matinal et se fait de plus en plus nombreux.

Georgia South : Et ça, c’est super.

Amy Love : Je crois aussi qu’il y a cette attitude, en France, ce comportement envers la nouveauté. Les gens semblent très ouverts à la découverte de nouveautés. Alors ils se lèvent et viennent découvrir.

 

Metal-Eyes : Crois-tu qu’il s’agisse simplement du fait que les gens sont curieux de découvrir de nouveaux groupes, ou qu’ils ont envie de voir un nouveau groupe composé de filles ? Un peu sexiste comme question, mais ça peut jouer…

Amy Love : Je crois qu’il y a un peu des deux, c’est vrai.

Georgia South : Nous sommes vraiment minoritaires à l’affiche, il y a peu de femmes. Ca joue certainement, en effet…

 

Metal-Eyes : Vous avez pu rencontrer des fans et discuter après ?

Georgia South : On a dû partir juste après… On avait un avion à prendre. On voulait tant voir certains groupes, discuter avec le public, rester et profiter de l’ambiance…

 

Metal-Eyes : Comment vous êtes-vous retrouvées à l’affiche de ce soir, avec Prophets Of Rage ?

Georgia South : On a joué avec eux il y a deux ans au Zénith à Paris, Nous sommes restés bons amis, Tom Morello nous a invitées pour sa tournée solo aussi au Royaume-Uni.

Amy Love : Ils sont super encourageants, ils nous soutiennent vraiment

Georgia South : Ils ont toujours été derrière nous. C’est super !

 

Metal-Eyes : Une dernière question : quelle pourrait être la devise de Nova Twins en 2019 ?

Les deux : La devise ? Waow…

Amy Love : En 2019 ?

Georgia South : « Continue d’avancer »

Amy Love : Oui : « débarrasse toi de ce qui t’emmerde et continue d’avance »

 

Metal-Eyes (à Georgia) : Je préfère ta version, elle est plus élégante ! (rire général)

Amy Love : Je ne suis pas très élégante, désolée ! (rires)

 

Metal-Eyes : Merci pour ces instants, et je vous vois tout à l’heure sur scène.

Georgia South : J’adore cette salle, il faut que je la voie plus…

 

Metal-Eyes : Tu dois y retourner, maintenant… Vous avez votre sound-check

Amy Love : Oui, on y va. Merci à toi, à tout à l’heure !

 

 

 

Interview: HERRSCHAFT

 

Interview HERRSCHAFT. Entretien avec Zoé H. (guitare). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 4 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Herrschaft s’est formé en 2004, vous publiez aujourd’hui votre troisième album studio. Que s’est-il passé pour vous ces 6 dernières années ?

Zoé H. : Le dernier album studio, Les 12 vertiges, est en effet sorti en 2013. En 2014, on a décidé de fêter nos 10 ans d’existence avec un album de remixes, qui a demandé beaucoup de travail. On a fait, en 10 ans, des remixes pour plein de groupes et plein de groupes ont aussi remixé Herrschaft. En 2015, on a sorti notre tout premier clip avec le morceau How Real men do, qui apparait dans l’album actuel, et aujourd’hui, on sort, enfin, après 56 ans d’absence effectivement, Le festin du lion (chronique à retrouver avec ce lien)

Metal-Eyes : Pour le quidam qui ne vous connait pas trop, dont je suis, et qui fait quelques recherches, on constate que le premier album est sorti en 2008, les 12 vertiges en 2013 et le festin du lion en 2019. Soit des écarts de 5 et 6 ans. Ca sous entends que le prochain sortira en 2026 ?

Zoé H. : On n’espère pas ! Quand on finit un album, on se dit que le prochain on le sort dans un an, peut être deux ans. Et au final… Je pourrais très bien te dire que le prochain sort dans deux ans, mais j’en sais rien…

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui fait que vous avez cet aspect « pas trop foudre de travail » ?

Zoé H. : Ecoute, en fait on travaille d’arrache-pied. Pour cet album, c’était un peu particulier puisqu’on a dû se réorganiser en 2014. Au début on était 3, Max et moi avons toujours été le noyau dur du groupe. On avait un autre chanteur, MZX, qui a décidé de partir en 2014. Il a fallu se recentre avec Max, voir si on allait continuer à 2, prendre un autre chanteur, et on est tombés d’accord sur le fait qu’on est bien à deux et qu’on veut faire les choses ensemble. Du coup, je ne sais plus qui de nous deux a proposé qu’il prenne le chant. Il n’avait jamais chanté avant, il a dû travailler très dur pour trouver sa voix, donner une nouvelle voix à Herrschaft. Ça, ça a été long, il a fallu qu’on fasse des tests en studio, voir si ça nous plaisait. On a coché cette case, ensuite, il a fallu voir si cette nouvelle formule fonctionnait aussi en live. Ça fonctionnait aussi. Déjà, là, on a deux ans qui sont passés, avant de se dire qu’on allait faire un nouvel album. Il nous a fallu 3 ans pour le faire, mais c’est aussi parce que j’ai mon propre studio. On est complètement maîtres de notre production de A à Z, on ne se laisse influencer par personne et on ne sort quelque chose que quand on en est à 200% satisfaits. On aurait pu sortir des choses avant, mais on n’en aurait pas été satisfaits, alors on a pris notre temps. Le fait d’avoir un studio, c’est un avantage parce que personne  ne nous dit quoi faire, mais c’est aussi un inconvénient parce qu’on n’a pas de pression ni de date limite ;

Metal-Eyes : Votre musique est très brute, très organique ; En plus de l’aspect indus, le nom allemand rappelle évidemment Rammstein, qui n’est pas votre seule influence. Mais qu’est-ce qui vous démarque de cette scène… je ne peux même pas décrire votre musique…

Zoé H. : Ben, tu vois, finalement, c’est peut-être ça qui nous démarque. Le fait que les gens aient du mal à nous coller une étiquette. On n’est pas qu’un groupe d’indus à influence germanophone. On a toujours voulu ce vrai mélange d’électro, on a essayé de le pousser plus loin, par rapport à d’autres groupes. On n’a pas privilégié le coté metal ou le coté électro, on a voulu faire une vraie fusion homogène des deux et aujourd’hui, on a inclus encore plus de choses avec du black metal, de la drum and bass… Certaines personnes nous disent même que maintenant on est presque prog, alors qu’il y a toujours cet aspect électro metal. J’ai l’impression, en tout cas je l’espère, c’est ce qu’on a voulu faire sur cet album, que c’est de l’électro metal mais très riche, avec des chants grégoriens, des chœurs d’enfants…

Metal-Eyes : En dehors du départ de MZX, comment décrirais-tu l’évolution de Herrschaft entre vos deux derniers albums ?

Zoé H. : Entre nos deux derniers albums ? Il y a un renouveau, parce qu’une nouvelle voix, et la continuité parce qu’on a gardé ce côté électro metal. Peut-être que maintenant on a un ton un peu plus léger…

Metal-Eyes (je ris) : Je n’aurais pas pensé à ce terme !

Zoé H. : Pourtant, si… Avant on était beaucoup plus sérieux, plus sombres et plus glacials. Peut-être dans les paroles, dans lesquelles il y a beaucoup d’humour, il y a un côté satanique, effectivement, mais avant c’était du satanique au premier degré, maintenant c’est du satanisme très cynique, décadent, voire grotesque. La vraie différence est là. Même la musique est plus légère. Je ne dirais pas « festive »,  on n’est pas « rigolo metal », même si je respecte tout à fait. On a ce côté grotesque, burlesque, moins lourd qu’avant.

Metal-Eyes : La pochette nécessite aussi quelques explications : on vous voit tous les deux avec vos masque, mais quel rapport y a-t-il entre cette illustration, ces deux personnages sataniques, et le titre, Le festin du lion ?

Zoé H. : Ces deux personnages sataniques pour moi représentent parfaitement ce qu’il y a dans l’album : il y a le diable et son assistant qui regarde l’humanité les implorant de les aider. Le diable regarde les hommes, en se disant «  je suis désœuvré, ils n’ont même plus besoin de moi pour faire n’importe quoi. » De ce point de vue, on a deux entités qui ont une supériorité sur un groupe, l’humanité. Le festin du lion, c’est un peu pareil : le lion, c’est le chef de clan qui envoie les autres chasser à sa place, qui se repose en attendant et qui se sert en premier. C’est une entité, un chef de clan qui dirige un groupe de personnes, d’individus qui sont à sa solde. Dans cet album, chaque morceau parle d’un arcane de pouvoir différent, toujours d’un individu, une entité ou une hiérarchie qui contrôle, de façon malsaine la plupart du temps mais pas forcément, un autre groupe d’individus qui sont à leur solde. Ça peut être d’un point de vue financier, un avocat véreux… Sur Technosatan c’est le diable qui se fout de l’humanité parce qu’il lui a donné la technologie et qu’ils en font n’importe quoi, sur New world order, c’est les complotistes qui voient le mal partout, qui sont persuadés qu’on les manipule, qu’une entité supérieure les manipule et qu’on leur vend n’importe quoi…

Metal-Eyes : Et que même si on cherche à leur démontrer le contraire alors c’est nous qui sommes manipulés…

Zoé H. : Voilà, exactement… The great fire c’est Satan qui regarde le monde brûler et qui se moque de dieu en lui disant «  regarde, je n’ai plus rien à faire, ils se débrouillent tous seuls, sans moi ! » A chaque fois, on aborde un thème différent, toujours en lien avec l’humanité.

Metal-Eyes : Ou la déshumanité, selon le point de vue.

Zoé H. : tout à fait. Moi, c’est ce qui m’amuse le plus dans les histoires aujourd’hui… Cette histoire, par exemple, hier, d’un directeur d’école catholique qui a été pris la main dans le sac en train de faire des orgies de cocaïne et de sodomie dès que les gens ont le dos tourné (NdMP : je ne sais pas si l’allusion est volontaire, Zoé, mais c’est un peu le principe de la sodomie, « le dos tourné », non ?) C’est de ça dont on parle, d’histoires qui nous amuse. On ne les juge pas : on les prend, on les présente au public et on laisse chacun se faire son opinion. Ça peut aborder le côté religieux avec les curés qui font n’importe quoi dans leur presbytère…

Metal-Eyes : D’où la nécessité de se plonger dans ces textes qui sont écrits en tout petit et qui nécessitent…

Zoé H. : Une loupe, oui ! Le festin du lion parle aussi de ça : c’est une métaphore d’un prédateur sexuel. On revient toujours à ce fil rouge.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de l’album pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Zoé H. : Ah, c’est compliqué… J’aime tous les titres de cet album, c’est la première fois que j’en suis aussi fier ! Pour quelqu’un qui ne nous connait pas, je pense que le plus simple pour entre dans l’univers de cet album c’est de prendre How real men do, parce qu’il a fait le sujet d’un clip (voir ci-dessous, attention, scènes surprenantes à déconseiller aux enfants). Dans ce clip, il y a toutes les idées qu’on veut véhiculer maintenant. C’est un clip très beau, et très drôle. Il y a beaucoup d’humour, de décadence, de grotesque et de cynisme. Il faut le voir… How real men do, on ne sait pas trop ce que ça veut dire, « comment font les vrais hommes », mais il y a un vrai truc dans ce clip qui, à mon avis, peut faire sourire tout le monde à la fin.

Metal-Eyes : Un groupe de rock, de metal, c’est aussi la scène. Vous avez des projets en ce sens ?

Zoé H. : Oui, on a un nouveau tourneur qui travaille sur la tournée. Pour l’instant je ne peux annoncer qu’une date, mais qui sera très belle : le 1er novembre à Nantes, au Warehouse. On partagera la scène avec d’autres confrères du même univers musical, Shâarghot, Punish Yourself qu’on connait bien, on est très liés à eux, on se connait très bien. Il y aura aussi OstFront, un groupe allemand. Ce sera une soirée multidisciplinaire avec des performances artistiques. Ca va être une très belle soirée.

Metal-Eyes : Il faut s’attendre à quoi sur scène avec Herrschaft ?

Zoé H. : Il faut s’attendre à beaucoup de visuel, de costumes parce qu’on incarne beaucoup de personnages différents. Ca fait très longtemps qu’on travaille la vidéo projection, les lumières que je programme moi-même pour accompagner les morceaux. C’est du spectacle pendant lequel on ne s’ennuie pas. Quand je vais à un concert et que je vois juste des musiciens qui jouent, je me lasse vite et je vais chercher une bière. Nous on veut capter l’attention du public.

Metal-Eyes : Donc faire en sorte que les gens n’aillent pas chercher de bière…

Zoé H. : ou qu’ils reviennent vite devant avec leur pinte !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Herrschaft en 2019 ?

Zoé H. : « manger des gens » ! Ou « regardez les brûler » ! C’est ce que font ces deux personnages sur la pochette : Satan regarde le monde brûler et il est presque déçu de ne pas en être partie prenante. Nous aussi, on regarde le monde brûler. Avec un peu de tristesse, malgré tout, mais on ne juge pas : on le prend et on constate. On en est spectateurs, simplement. On n’a pas le pouvoir de faire quelque chose, mais on regarde ceux qui en ont et on constate parfois qu’ils ne font rien. On essaie d’en rire…

Metal-Eyes : Toi tu es qui, Satan ou le bouc ?

Zoé H. : Je suis son assistant, là, le petit personnage rouge. Satan c’est le bouc. Pour moi, c’est le bouc le vrai patron.

Metal-Eyes : Donc, tu te situes à la droite du diable. Tout un symbole… Que souhaites-tu ajouter pour les lecteurs de Metal Eyes ?

Zoé H. : Déjà j’espère que vous aurez la curiosité d’aller voir le clip, et j’espère que ça vous plaira. Et allez voir les groupes d’indus sur scène, ils en ont besoin. C’est un mouvement qui est juste en train de ressurgir après une traversée du désert. On a eu un bon indicateur cette année avec plus de groupes électro – Combichrist, Eisbrescher, Shâarghot, Punish Yourself qui ont tous eu beaucoup de succès. J’espère que les organisateurs du festival vont l’entendre et en mettre plus. Et on a besoin de vous, public, en concerts, alors si vous aimez ça, il faut nous soutenir.

 

 

Interview: TIGERLEECH

Interview TIGERLEECH. Entretien avec Sheby (Chant). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 8 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Peux-tu en quelques mots raconter l’histoire de Tigerleech ?

Sheby : On a commencé en 2013 avec une première formation, qui a enregistré un Ep en 2014. Après, ça a bougé : Olivier arrive à la batterie en 2015, on compose, Fabien arrive à la guitare au début 2016 et là on avait une structure un peu plus solide, plus compacte. Ensuite, il fallait trouver un bassiste… Gabor, qui est Hongrois, nous rejoint en 2017. On fait un Ep cette même année. Gabor quitte le navire pendant un an, on continue à bosser, et il revient à la fin de l’été dernier. La nouvelle étape, c’est l’album. On avait déjà les morceaux, qu’on a finalisés. Les premiers Ep, c’est, je pense, une démarche normale, pour faire circuler le nom, que les gens écoutent… Avoir aussi un petit truc à vendre. L’album, c’est un peu plus sérieux, c’est la concrétisation.

Metal-Eyes : Tigerleech c’est donc ton bébé. Quelle est la signification du nom du groupe ?

Sheby : C’est une sangsue tigre qui vit à Bornéo, dans l’eau salée. Pas dans l’eau douce. C’est une grosse sangsue noire et jaune, un gros truc qui s’attaque à des crabes…

Metal-Eyes : Votre nom, c’est un peu une déclaration d’intention : vous allez nous coller pour ne pas nous lâcher…

Sheby (il rit) : Peut-être…

Metal-Eyes : D’où aussi la couleur rouge de la pochette, suceur de sang…

Sheby : Non, je ne crois pas. Il y a un mélange de deux animaux différents, mais c’est une interprétation comme une autre…

Metal-Eyes : Quel est ton parcours musical ?

Sheby : J’ai plus de 50 ans, j’ai quelques heures de vol… ca a commencé par mes parents qui écoutaient de la musique, de la chanson française. J’ai deux grand frères qui apportaient aussi de la musique, du yéyé, puis du rock, avec les Beatles, les Stones, puis du Led Zep, Deep Purple… Dans les années 80, mes parents ont bougé sur Renens, à l’époque où la vague punk arrivait en France. Mes frangins ont plongé dedans comme Obélix dans le chaudron et ont monté un groupe punk, les Trotskids, qui a tourné avec un groupe anglais, GBH. Moi, le petit frère, je les suivais, j’allais aux concerts, c’était un peu incroyable, et ce mouvement punk, c’était un truc énorme ! J’ai rejoint plus tard mes frangins à Paris, ils répétaient dans un studio où il avait un groupe mais pas de chanteur. Je leur ai dit « je suis chanteur, engagez moi », et c’est parti !

Metal-Eyes : Un peu comme Ozzy Osbourne qui dit à Black Sabbath « Moi, je chante » !

Sheby : Alors qu’il ne chantait pas ? Voilà, c’est un peu ça (rires)

Metal-Eyes : C’est assez prometteur pour toi…

Sheby : Oui, bien sûr! A l’époque, le batteur ne savait pas jouer, le bassiste non plus, on apprenait sur le tas, et c’était histoire de se défouler. Dans les années 90, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait Antalagone (je crois), un peu hardcore, qui est devenu Mass Hysteria. Je jouais avec les gars et Mouss, qui venait nous voir en répète, est devenu le chanteur de Mass Hystéria. Ça, c’est pour la petite histoire.

Metal-Eyes : Tigerleech vient de sortir The edge of the end (Chronique à lire avec ce lien). Que peux-tu en dire pour me convaincre de courir l’acheter?

Sheby : Déjà, faut pas courir, tu risques de tomber… on y a mis notre cœur et nos tripes. C’est un mélange de nos influences, un album avec beaucoup d’énergie, un mélange stoner, metal, des influences hardcore. On a beaucoup travaillé, on a enregistré avec Andrew Guillotin qui est un super ingé son avec qui ça a accroché professionnellement et humainement. Il a bossé avec plein de groupes, The Arrs, des groupes hardcore. Allez déjà l’écouter sur notre bandcamp… On le fait par passion. Nous, ce qu’on aime, c’est les concerts, partager notre musique avec les gens.

Metal-Eyes : justement, vous avez des dates de concerts en vue?

Sheby : Non, rien avant mars 2020, dans le sud de la France, Marseille et Fréjus. On fait tout nous-mêmes, l’album est auto produit, on n’a pas de tourneur, pas de label. Pour l’instant c’est du Do it yourself.

Metal-Eyes : N’importe qui sera interpellé par un titre de chanson : le seul en français masi il est chanté en anglais. Tu vois lequel ?

Sheby : Sexe dur? C’est l’histoire d’un couple qui fait l’amour, ou plutôt qui baise, de façon un peu engagée ; il y a un petit côté pornographique, entre deux adultes consentants.

Metal-Eyes : mais pourquoi avoir choisi ce titre en français, alors que les autres sont en anglais?

Sheby : Justement, je trouvais qu’un titre anglais, Hard sex, Rough sex, ça ne le faisait pas. C’est un clin d’œil pour ne pas oublier qu’on est français. Un peu notre French touch…

Metal-Eyes : A distribuer à Pigalle…

Sheby : Voilà (rires)

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de The edge of the end pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Tigerleech, ce serait lequel et pourquoi?

Sheby : C’est compliqué… Je pense quand même que ce serait Sandstorm, le premier morceau de l’album, qui est assez représentatif de ce qu’on fait. C’est un peu notre morceau fétiche, on l’a composé il y a deux ans et on ne s’en lasse pas.

Metal-Eyes : Ce qui est plutôt une bonne chose… Si tu devais penser à une devise pour Tigerleech, ce serait quoi ?

Sheby : Euh… « Energie, sincérité et passion. » Je pense que ce sont trois termes qui caractériseraient Tigerleech.

Metal-Eyes : Quelles sont tes autres activités en dehors de la musique?

Sheby : Déjà, j’ai une famille, des enfants, et je travaille. Je travaille dans la musique, sur les concerts. Je suis un peu au fait de ce qu’il se passe. Après, un peu de sport, bricolage. Jardinage, non, parce que j’habite en appartement ! Mais principalement, la musique, j’écoute beaucoup de musique.

 

Interview: IRON BASTARDS

Interview IRON BASTARDS. Entretien avec David (guitare). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 11 juin 2019

 

Metal-Eyes : J’imagine qu’on a dû vous poser de nombreuses fois cette question, mais commençons par le début : peux-tu me raconter l’histoire du groupe ?

David : Iron Bastards est né en 2013 à Strasbourg. A la base c’est une formation qui existait sous le nom de No Class qui faisait exclusivement des reprises de Motörhead. A un moment, on a décidé de passer à la composition et de changer le nom du groupe. On a sorti trois albums, dont le dernier qui s’appelle Coppa Cadabra, qui vient de sortir. Les deux premiers sont sortis en 2015 et 2016.

Metal-Eyes : Elle est comment la scène strasbourgeoise ?

David : Elle est cool, vraiment. Enfin… ça veut tout dire et rien dire. Elle est assez émergente et vivante. Il y a un bon renouvellement en termes de groupes.

Metal-Eyes : Vous vous situez comment sur cette scène strasbourgeoise ?

David : Sur Strasbourg, on est plutôt bien placés en termes de notoriété.

Metal-Eyes : Vous avez tourné avec pas mal de groupes, dont Phil Campbell. Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?

David : Tout d’abord, la sortie de notre premier album ; là, on a décidé de mettre les bouchées doubles, faire plus de scène et de concerts. Ensuite, on a joué au Hellfest – au Metal Corner. C’est très impressionnant. En 2017, toujours, notre tournée de 3 mois en Angleterre, et en 2018, année de création du dernier album.

Metal-Eyes : Iron Bastards, ça ressemble à un mélange de Iron Fist et Bastards, deux albums de Motörhead…

David : ça ne vient pas de là… On a choisi ce nom parce que « bâtard », je le considère vraiment comme notre style musical : on mélange diverses influences. Une musique bâtarde par le mélange de beaucoup de genres, tout en restant rock n roll. Et Iron, pour le côté amical de la chose…On est trois amis avec des liens très forts, fraternels. Bien sûr, ça nous a effleuré l’esprit, ces deux albums, mais le nom du groupe ne vient pas de là.

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Iron Bastards pour quelqu’un qui ne vous connait pas ?

David : Ben, je dirais que c’est du « Motörhead plus plus », dans le sens où…

Metal-Eyes : ça fait pas frime du tout ça !

David (il rit) : Non, non ! Je ne voulais pas le dire dans ce sens là ! Mais plus en termes d’enrichissement et de développement. Certes, c’est clair, on est vraiment influencés par Motörhead, mais on a réussi à enrichir cette influence par d’autres influences.

Metal-Eyes : Quelles sont-elles justement ?

David : On peut citer des groupes comme Black Sabbath, Deep Purple, Iron Maiden, Thin Lizzy, Ted Nugent, même du rock progressif, psychédélique…

Metal-Eyes : Tu portes d’ailleurs un T-Shirt Pink Floyd… Il y a quand même une forte influence du rock des années 70 dans votre musique.

David : Oui, on va dire que c’est la tranche de rock n roll qui reste la plus présente dans notre musique. Après, je ne te cache Pas que je suis un gros fan de Van Halen, ou même de ce qui se fait actuellement, avec des groupes comme Horizon

Metal-Eyes : Vous êtes influencés par cette scène, et aujourd’hui, il y a un vrai revival de la scène des 70’s.

David : Oui, mais on arrive à le réinterpréter. A se le réapproprier aussi. Dans le sens où on adapte des motifs musicaux des années 70 de façon moderne. On les retravaille, les réarrange à notre sauce, selon nos envies. On n’essaie pas de faire un copier-coller, on cherche aussi notre propre identité musicale là-dedans.

Metal-Eyes : Ce qui se ressent à l’écoute de l’album. On ressent bien vos influences, mais il y a cette personnalité qui vous est propre.

David : Oui, c’est ça. Si j’ai envie de composer un truc à la Motörhead, ben… Je préfère directement écouter du Motörhead ! Ou faire de la reprise. Après, je peux composer un morceau dans cet esprit, ça ne me dérange pas, mais je préfère développer mon propre esprit, la manière dont je pourrais interpréter ma musique.

Metal-Eyes : Justement, quelle est ton éducation musicale ?

David : A la base, je viens du blues et de la country. Après, je me suis orienté vers le metal. J’ai aussi fait la NAI, lécole de musique à Nancy où j’ai pu étudier d’autres genres musicaux, tels que la fusion et le jazz, par exemple. Toutes ces influences s’assemblent, se sont intégrées dans la musique d’Iron Bastards. Même si on les entend peu, elles sont bien présentes.

Metal-Eyes : Comment en es-tu venu à la guitare ?

David : Euh… En écoutant Motörhead, tout simplement. Je suis fan depuis que je suis tout petit, depuis que j’ai découvert l’album Ace of spades. Je t’avoue que j’aime beaucoup aussi la période avec Robertson, Another perfect day.

Metal-Eyes : Une courte période, et un album qu’on redécouvre aujourd’hui.

David : Oui, un excellent album. Je n’ai pas de préférence particulière pour les albums, à par ceux qui se sont fait avant les années 90. Après, j’ai un peu plus de mal, mais des albums comme Motorizer, et ce qui s’est fait récemment, je les trouve excellent. A partir de Inferno, c’est excellent.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un morceau de votre troisième album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Iron Bastards, ce serait lequel ?

David : Je pense Speed machine. Les harmonies au niveau des guitares, la puissance et l’agressivité du morceau, qui reste très rentre dedans mais avec cet enrichissement en termes d’harmonie. Il est assez représentatif de cet album. Il réunit tout ce qu’on a pu faire depuis les débuts du groupe.

Metal-Eyes : Et tu me dirais quoi pour me convaincre de courir acheter l’album, tu me dirais quoi ?

David : Euh… Comment je pourrais expliquer ça ? Ecoutes : si tu as envie de musique rentre dedans avec des parties musicales un peu plus complexes, vas-y, lâche-toi, vas acheter notre album  (rires)! Après, c’est un peu difficile pour moi de convaincre quelqu’un d’aller l’acheter… Si tu es à la recherche d’agressivité, d’harmonies et de groove, vient écouter notre musique.

Metal-Eyes : Vous êtes 3 dans le groupe, comment vous travaillez ? A l’ancienne ou chacun envoie ses fichiers ?

David : A l’ancienne. Cet album a été enregistré en live. On n’a pas enregistré chaque instrument séparément, tout a été fait en live. Après, il y a les arrangements, les guitares et les voix qui ont été rajoutées. Normal, quand tu veux faire des arrangements… La base a été enregistrée en live. En termes de composition, il n’y a rien de standard. C’est plus ce que l’on se propose, ce qui nous parle. David vient me voir, me disant qu’en ce moment il écoute ça, qu’il ferait bien un truc dans le genre. Moi, j’ai comme une banque de riffs, que j’ai en stock et que j’alimente dès que j’ai une idée. Parfois, je pioche dedans, mais la plupart du temps, ça vient de jams : on arrive en répète, on balance un truc et les autres suivent, Anthony (batterie) balance un rythme et on y va !

Metal-Eyes : J’ai quand même besoin d’avoir la photo du groupe sous les yeux pour me repérer, même si vous n’êtes que trois. Il y a deux David… ça n’aurait pas été plus pratique d’en choisir un troisième ?

David (rires) : C’est vrai que ça aurait été plus pratique, mais quand même, on va abuser. On se serait appelés Iron Davids !

Metal-Eyes : En 2019, quelle pourrait être la devise d’Iron Bastards ?

David : La devise ? Faire la musique qui te plait, en gros… « Fais ce qui te plait avec authenticité et sincérité ».

Metal-Eyes : EN dehors du groupe, justement, tu aimes faire quoi avec authenticité et simplicité ?

David : J’aime jouer d’autres instruments : du lap steel, du banjo, ma vie est principalement axée autour de la musique. Mais j’adore aussi faire de la randonnée, je suis un gros passionné d’histoire, principalement l’histoire de la religion… Je m’intéresse à pas ma de choses.

Metal-Eyes : Ces instruments dont tu parles, il y a possibilité de les retrouver au sein du groupe ?

David : Non. Pas aujourd’hui. Peut-être plus tard, mais pour l’instant, je n’ai pas eu la chance de pouvoir intégrer de la mandoline dans Iron Bastards… Je pourrais faire une petite intro, un interlude, mais je ne me considère pas assez expérimenté pour pouvoir apporter cette touche là dans notre musique.

Metal-Eyes : Je n’ai pas eu le temps de me plonger dans les textes. De quoi parlez-vous ?

David : Principalement des aventures qui nous arrivent sur la route, très rock n roll, quoi ! Ensuite, des choses plus personnelles qui arrivent à David, qui écrit les paroles. Son ressenti, sa situation. Il a un espèce de filtre sur la société, te c’est la troisième façon dont un texte peut être écrit, un aspect un peu plus politisé.

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que vous souhaitez ne pas aborder parce que ça ne colle pas avec l’image d’Iron Bastards ?

David : Je dirais les thèmes un peu trop “idéalisés”, genre sorciers, chasseurs de dragons… Ca ne me branche pas du tout en termes de rock n roll. Peut-être dans un autre registre, mais il y a des thèmes qui ne sont pas appropriés, adéquats pour notre musique. Bien sûr qu’on peut parler d’amour dans le rock, mais il faut que, pour notre musique, ça reste très spontané, très instinctif. Si on parle d’amour, ce serait de la manière la plus spontanée. Réaliste. Oui, « réaliste », c’est le mot exact. On n’essaie pas de faire de la musique trop idéalisée comme ça peut être le cas dans le rock progressif, on cherche à rester proches de la réalité, à la retranscrire telle qu’on l’interprète, via la musique.

Metal-Eyes : Un groupe de rock, c’est fait pour être sur scène. Il y a des dates prévues en dehors de votre région ?

David : On joue beaucoup en Allemagne, on aurait voulu l’Espagne. En France, on est toujours à la recherche de dates. Qu’est-ce qu’on a, On joue pas mal dans le Nord, on va jouer dans le Jura ; On peut trouver les dates sur notre Facebook, tu tapes le nom du groupe. Je t’avoue que jouer en Allemagne, c’est plus facile pour nous, les dates qu’on nous propose en Allemagne sont plus proches que celles qu’on nous propose en France…

Metal-Eyes : Vous avez une vidéo qui tourne en ce moment pour Days of rage où on vous voit tous les trois tourner autour d’un canapé, genre chaises musicales. Mais ce n’est pas ce qui est intéressant, c’est le contenu, avec toutes ces images de violences à travers l’histoire et la planète. C’est un autre constat de société, qui sous-entend que rien n’a changé

David : C’est ça, on a voulu mettre en avant les gros parallèles de l’histoire, et faire des liens avec ce qu’il se passait et certains mouvements contestataires qu’on retrouve de nouveau aujourd’hui. Et qu’on retrouvera aussi demain. Il y a des similitudes à différentes époques.

Metal-Eyes : Merci David, je vous souhaite bonne chance avec ce nouveau disque.

David : merci à toi… C’est vrai… J’ai repensé au “Motörhead plus plus”, c’est vrai que ça fait vachement péteux (rires)

Metal-Eyes : Mais, c’est bien, je vais le garder.

David : ok, ok (rires)

 

Interview: PRESS GANG METROPOL

Interview PRESS GANG METROPOL. Entretien avec Sébastien (chant, guitare) et Christophe (basse) .Propos recueillis au Hard Rock Cafe à Paris le 27 mai 2019

Metal-Eyes : Il s’agit de notre première rencontre, je découvre à peine Press Gang Metropol, alors, je ne vais pas vous surprendre : pouvez-vous me raconter en quelques mots l’histoire du groupe ?

Christophe : Le groupe s’est formé en 2006, on a fait un premier album qui s’appelait Check Point. Le line up a depuis changé, maintenant, il y a Sébastien au chant, Fabrice à la batterie et Michel à la guitare. On vient de sortir un nouvel album chez Send The Wood, Point Blank, c’est du rock new wave. Et voilà !

Metal-Eyes : Et voilà ! Quelles sont les grandes étapes du groupe ?

Christophe : D’abord la création du groupe. Je venais d’un projet industriel, j’en ai eu marre à un moment des machines et j’ai voulu retourner à la guitare. C’est quand même bien la guitare. Formation classique guitare basse batterie chant, plutôt que sampler et machines même si j’aime encore. Ensuite, la sortie du premier album, ensuite, troisième étape, le changement de line-up et quatrième étape, la sortie de ce nouvel album sur ce nouveau label

Metal-Eyes : Et toi Sébastien, tu as intégré le groupe comment, tu viens de quel univers ?

Sébastien : Alors on n’en parle pas beaucoup parce que ça n’a rien à voir avec ce que fait Press Gang…

Metal-Eyes : Ok, on passe à la question suivante, alors ! (Christophe explose de rires)

Sébastien : A la base, j’étais avec un groupe qui s’appelle Artefact dans les années 2000. On a fait 2 albums, on a joué avec Eths, on a fait des trucs un peu sympa, on a fait une tournée, et ça marchait bien jusqu’à ce qu’on décide d’arrêter. Ensuite, j’ai arrêté de faire des trucs un peu sérieux – parce que Artefact, c’était vraiment sérieux…

Metal-Eyes : Sérieux ? (je me tourne vers Christophe) Sympa…

Christophe : Mmh… On en reparlera… Non, justement, il va y venir.

Sébastien : J’y viens : mes attentes musicales étaient vraiment différentes par rapport au fait de hurler, même si c’est un exutoire. Et je me rapprochais plus de choses comme Depeche Mode, Mark Lanegan… Je m’y retrouvait plus artistiquement. Quand j’ai appris que Press Gang Metropol cherchait un chanteur, je me suis rapproché d’eux, je leur ait dit que c’est un univers qui me parle et que ce serait un super endroit pour que je puisse exprimer avec ma voix ce que je souhaitais. Finalement on a trouvé un univers où cohabiter musicalement et on est là !

Metal-Eyes : Vous avez publié un premier album, Check Point, avant celui-ci : Point Blank. Est-ce que le mot Point doit figurer sur chacun de vos disques ?

Christophe : Bravo ! Tu es le premier à l’avoir repéré ! C’est vrai, tu es le premier à en parler. En fait, il s’agit plus de reprendre le dernier mot, et je me demandais ce que nous pourrions mettre avec Blank sur le prochain. C’a tombait bien, parce que je voulais un album plus frontal, plus direct. Point Blank, ça veut dire « à bout portant ». La cover de l’album, le poteau au premier plan, tout est lié…

Sébastien : C’est réfléchi, hein ?

Metal-Eyes : C’est bien, très bien de réfléchir. C’est là où on peut faire appel à ton côté sérieux (rire général) ! Comment décririez vous tous deux la musique de PGM aujourd’hui ?

Christophe : En deux mots : rock new-wave.

Metal-Eyes : Quel type de New wave ?

Christophe : Celle jouée dans les années 80. On peut citer Depeche Mode, New Order, Cure, et également le côté rock d’aujourd’hui avec des groupes comme Interpol, Editors…C’est un mix, on n’invente rien, on ne crée rien, on essaie juste de faire de la bonne musique, en tentant de ne copier personne, mais c’est clair que nos influences ressortent.

Metal-Eyes : Quelle est la signification du nom du groupe ?

Christophe : Press Gang Metropol, c’est l’association de deux mots : press gang, ça veut dire « obliger à », c’est un côté péjoratif. Metropol, c’est la ville. En fait c’est « l’aliénation de la ville ». Voilà.

Metal-Eyes : Selon toi, comment décrirais-tu, au-delà du changement de line-up, l’évolution du groupe entre les deux albums ?  

Christophe : beaucoup plus énergique, motivé et direct, et peut-être plus instinctif. Comme on l’a dit avant, moins réfléchi.

Metal-Eyes : Et toi, Sébastien, tu as écouté le premier album pour intégré le groupe.

Sébastien : En effet. J’ai écouté l’album pour me faire une idée et j’ai accroché en me disant que c’est quelque chose qui correspondait à mes goûts. Quand le line up à changé, c’était bon, mais changer de chanteur, ça veut dire changer beaucoup dans l’image aussi. Ça correspondait vraiment à ce que je voulais faire, du coup, j’ai amené mes influences et on a commencé à travaillé pour trouver ces nouvelles couleurs.

Christophe : Ta personnalité a fait que le style de la puisque est devenu sans doute plus physique que mental.

Metal-Eyes : Si l’un et l’autre vous deviez ne retenir qu’un seul titre de Point Blank pour décrire ce qu’est PGM, ce serait lequel ?

Christophe : Ouais… bonne question…

Sébastien : Moi, je dirais En face, parce que c’est le premier qu’on a écrit avec le nouveau line up, et il a vraiment posé les jalons de ce qu’allait être PGM. Après, ça s’est élargi dans le spectre sonore. On s’est dit « le nouveau son de Press Gang, c’est ça ! »

Metal-Eyes (à Christophe) : Tu le rejoins ?

Christophe : Oui, totalement…

Metal-Eyes : C’est facile…

Christophe : Ouais. J’aurais peut-être dit un autre morceau, mais il a plus raison.

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de PGM ?

Sébastien : Plus de basses !

Christophe : Moi, ça me va ! Je m’en souviendrais. Il l’a dit et devant témoin, en plus !

Metal-Eyes : Quels sont vos projets de scène ?

Christophe : On y travaille à fond puisqu’en septembre-octobre on doit faire une tournée. On est en plein dans la programmation, mise en place des dates.

Metal-Eyes : En tournée ou en tournée des week ends ?

Christophe : Dans l’absolu, on voudrait bien faire une vraie tournée, mais tu sais comment ça se passe… Donc s’il le faut, ça pourrait être une tournée des week ends, oui… Au niveau national et international, en Europ. Tant quelle existe…

Metal-Eyes : Que pouvez vous rajouter pour me convaincre, convaincre les lecteurs de courir pour aller acheter l’album ?

Christophe : Courir peut-être pas, mais au moins faire l’effort d’aller l’écouter puisqu’il est disponible sur Youtube, et c’est bien de soutenir les groupes de la scène française, pas attendre que ce soit les étrangers qui disent que c’est bien pour les découvrir… Faites un petit effort pour aller écouter, ça prend pas trop de temps, et on découvre des belles choses

Sébastien : Comme le disait Christophe, c’est dommage que, pour des groupes comme Shaka Ponk ou Gojira ce soit les étrangers qui nous montrent que les groupes français sont bons, voire extrêmement bons…Quand on voit à quel point les Anglais défendent leurs groupes de rock. Et on a des groupes de dingues en France ! Et le niveau technique est très bon. On saiot vraiment bien faire, mais faut pas qu’on ait ce snobisme de dire « oui, c’est français, c’est moyen… »

Metal-Eyes : Et pas que le public, il y a également un manque de soutien des médias locaux

Sébastien : C’est clair… C’est grâce aux médias que nous pourrons aussi espérer sortir de la masse.

 

Interview: SABATON

Interview SABATON. Entretien avec JoakimBroden (chant).Propos recueillis chez Warner France à Paris le 15 mai 2019

Metal-Eyes : Joakim, tu es de retour à Paris pour nous parler de The great war, le nouvel album de Sabaton. Vous étiez récemment à Verdun pour un voyage de presse de deux jours, mais vous étiez sur place avant. Comment était ce voyage ?

Joakim: Eh bien… les gens nous demandent si nous avons été surpris et, étonnamment, tristement aussi, pas tant que ce à quoi je pouvais m’attendre. Je crois que le plus dur a été de faire toutes nos recherches. Factuellement, ce sont des histoires dont nous n’avions pas connaissances. Pas autant que ce que nous avons pu traiter auparavant, mais l’impact émotionnel était plus fort, plus dur, si tu vois ce que je veux dire. Nous sommes allés à Fleury, cette petite ville qui n’existe plus aujourd’hui… Il n’y a plus qu’une enseigne, celle de la boulangerie. Tu imagines marcher dans une ville qui n’existe plus ? C’est étrange. On te dit qu’ici il y avait ce bâtiment, là cet autre. Je crois que cette visite est celle qui a été la plus… rabat-joie

Metal-Eyes :Vous avez découvert des choses là-bas, j’imagine ?

Joakim: oh, oui… surtout quand nous sommes allés à la citadelle, qui se trouve, je crois, aux limites de la ville.C’était sympa parce qu’ils avaient une sorte de… je ne dirais pas « manège à la Disney », mais il y a une sorte de train qui fait un parcours intérieur et qui nous éclaire un peu plus sur le quotidien des soldats, quotidien qu’on oublie un peu souvent, je pense. Il y a cette scène où l’on voit un homme échanger des cigarettes contre un out ça. Les locaux pourraient être lassés des « touristes de guerre », mais non… de pain supplémentaire. Si le soldat ne peut se nourrir, il ne peut pas se battre… A grande échelle, dans ce type de conflit, il y a des milliers de personnes, et ça peut devenir assez impersonnel. Dès que tu vois des visages, que tu y colle un nom, c’est plus personnel. C’est une approche sympa. J’ai vraiment apprécié ce séjour, peu importe que nous soyons en ville à manger de la bonne nourriture et boire de bons vins, on  a pu visiter ce mémorial et voir quel respect la population porte à t

Metal-Eyes : J’entends à ta voix que tu es encore sous le coup de l’émotion. L’album a été écrit et enregistré avant cette visite, penses-tu pouvoir, à un moment ou un autre pour un futur album, utiliser ces sentiments dans l’expression de ce que les soldats peuvent ressentir ?

Joakim: Oui, mais je ne sais pas trop comment, parce que, où que tu ailles, il y a quelque chose à apprendre. Et chaque lieu est différent. Je pourrais utiliser cela dans une chanson qui traite d’autre chose… Ce n’est pas la première fois que nous visitons un mémorial de guerre ou un musée, même si, parfois, on peut avoir l’impression de les avoir tous visités ! (rires) Mais on a à peine gratté la surface ! Oui et non, en fait : on pourrait utiliser ces sentiments pour des sujets qui traitent de guerre en occident, mais pas concernant des conflits au moyen orient. Mais si nous sommes amenés à revisiter un épisode de la grande guerre, absolument, oui.

Metal-Eyes : The great war, l’album traite de la grande guerre, la première guerre mondiale. Mais il ne s’agit pas d’un album conceptuel. Il est plus dans la veine de vos deux précédents albums : une collection d’histoires. Comment avez-vous choisi ces histoires ?

Joakim: Parfois, c’est la musique qui choisit pour nous. Ce qui est parfois super, et à d’autres moment une plaie… parce que certains de nos sujets préférés ne trouvent pas de place dans l’album. J’étais certain que Harlem hellfighters trouverait sa place, mais non…Il est très important pour nous que les textes et la musique dégagent la même puissance émotionnelle, musicalement.

Metal-Eyes : Est-ce que, de nouveau, vous avez opté pour des histoires moins connues, comme vous l’aviez précédemment fait ?

Joakim: Oui, et je dirais que l’une des histoires la plus connue est celle de A ghost in the trenches, qui traite de cet indien canadien natif, qui n’a même pas la nationalité canadienne…Le gouvernement devait croire qu’ils devaient rester dans les réserves… Ce gars a passé beaucoup de temps sur le front occidental et reste l’un des snipers les plus célèbres. Les histoires à son sujet sont extraordianaires… Il se faufilait dans les lignes allemandes la nuit pour leur voler du matériel. Les indiens du Canada sont très connectés à la nature, alors il avait en permanence des totems, des gri-gris… Quand ils étaient attaqués au gaz, et croyaient tout perdu, il arrivait avec cette poudre de tabac qu’il distribuait et qu’il a invoqué les cieux pour que les vents tournent. La légende raconte que les vents se sont inversés… Certainement une légende… (rire) Pour tout te dire, il n’y a pas beaucoup de choses à son sujet en ligne, c’est difficile de trouver des infos. Mais c’est une histoire fantastique et je crois que même les historiens les plus acharnés ne la connaissent pas. Bien sûr, les gens de sa ville, sa famille connaissent son histoire.

Metal-Eyes : Comment analyses-tu l’évolution de Sabaton entre The last stand et The great war ?

Joakim: « Evolution » est un excellent mot parce que nous ne sommes pas un groupe révolutionnaire. D’un album à l’autre tu vas entendre des différences, mais pas te dire qu’on a tout changé. Maintenant, si tu écoutes The last stand ou The great war et tu passes ensuite à Metalizer, il y a une énorme différence ! Je dirais que sur The great war tu trouveras plus de surprises que d’habitude. Il peut être plus hard, plus progressif, plus… bizarre aussi. LA chanson A war to end all wars, par exemple, n’est pas structurée comme une chanson classique. C’est une de ces rares fois où j’ai été suffisamment chanceux pour écrire les paroles pendant que je composais. Et, comme beaucoup d’autre choses, ça m’a emporté dans un voyage tel que je ne pouvais pas réduire ce titre à une chanson de 3’30, intro, coupler, refrain… Elle est différente pas seulement dans sa structure, mais aussi parce qu’elle est plus dure, plus sombre.

Metal-Eyes : La dernière fois que nous nous étions rencontrés, tu m’avais fait part de ton souhait de visiter le muse des Invalides. As-tu trouvé le temps de le faire?

Joakim: Nous étions censes y être aujourd’hui, l’idée était d’y faire la promo, mais les évenements ont fait qu’il y a cetet cérémonie en l’honneur des soldats français morts récemment. Naturellement, nous ne voulions pas être ceux auraient perturbé cette cérémonie.

Metal-Eyes : Mais même sans cela, vous n’auriez pas pu visiter le muse en étant en promo…

Joakim: Non, non… On y serait entrés une heure plus tôt pour visiter, voire une heure après la promo pour visiter. On trouve des moyens…

Metal-Eyes :J’étais récemment en visite au chateau de Fontainebleau, lieu de residence de Napoléon. As-tu visité ce lieu?

Joakim: Non, pas encore…

Metal-Eyes :Ca pourrait être empli de sources d’inspiration pourtant…

Joakim: Toutes l’histoire de Napoléon fait partie de mes projets. Lui, ALexandre le grand… Il y a quelques personnes “iconiques” que je souhaite traiter. Mais Napoléon… Une chanson, ce n’est pas assez…

Metal-Eyes : Sans doute un album n’est –il pas suffisant.

Joakim: Sans doute, mais peut-être pouvons nous envisage trios ou quatre chansons. C’est le problem du format album, parfois, ç ate limite. Il faut qu’il y ait entre 9 et 14 chansons pour qu’on appelle ça un album, mais, d’un autre côté, cela signifie que tu ne sors quelque chose que tous les trios ans… Ce serait sympa de pouvoir entrer en studio et composer quand on veut, meme en tournée…”OK, voila 3 chansons sur Napoléon…” Et on les sort quand on veut. Je ne suis pas vraiment fan de ce format…

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de The great war pour presenter Sabaton à quelqu’un qui ne vous connais pas, ce serait lequel?

Joakim: D’accord… Je choisirais… Seven pillars of wisdom, la seconde chanson de l’album. Elle traite de Laurence d’Arabie. Ce n’est pas une des plus étonante chansons que nous ayons, c’est clair qu’il s’agit d’une chanson de Sabaton. Nous l’avons écrite, Chris Rohr et moi, et je suis très fier du résultat, d’un point de vue “composition”: il n’y a pas 2000 instruments, c’est le groupe, et uniquement le groupe et je crois qu’on y trouve le meilleur travail de guitar et de batterie qu’on ait jamais entendu sur une chanson de Sabaton.

Metal-Eyes : Vous allez bientôt repartir en tournée pour cet album. En dehors du Knotfest sur lequel je vais revenir dans un instant, quells sont vos plans actuels?

Joakim: Je voudrais pouvoir te le dire…

Metal-Eyes : Ok, question suivante, s’il te plait!

Joakim: Exactement (rires). Le truc c’est que les promoteurs de festivals préfèrent généralement que l’on ne parlent pas des autres plans pour leur pays avant le festival.

Metal-Eyes :Alors, revenons en France, donc, puisque vous allez jouer au Knotfest qui aura lieu sur les terres du Hellfest la veille de ce festival. Ca :te fait quoi d’être un amuse-gueule du Hellfest?

Joakim (il explose de rire): Amuse-gueule! Excellent! Je ne l’avais encore jamais entendue celle-là! Ca me convient, j’aime les lieux, la foule, les décors. Cette fois, nous allons pouvoir venir avec notre tout nouveau décor de scène, rien à voir avec ce que nous avons pu proposer dans le passé. Et il déchire. Il y aura plusieurs surprises que nous ne proposerons que sur quelques concerts.

Metal-Eyes : Don’t le Knotfest?

Joakim: Oui.

Metal-Eyes : Alors nous devrons y être, quoiqu’il en soit! Quels sont tes souvenirs du dernier Hellfest? Je n’ai pas vu Sabaton très souvent, mais à chaque fois, le show était different. En dehors du fait que Laurent Fabisz, le chanteur de Kryzees soit venu te remplacer sur scène, ce qu’il a très bien fait…

Joakim: Oui, il a été très bon… (il rit) On se demandait comment ça allait fonctionner, il était si nerveux, et il est monté et ça l’a fait!

Metal-Eyes :Alors quells sont tes souvenirs de ce dernier Hellfest?

Joakim: Il n’y a que de bons souvenirs de chaque show du Hellfest, principalement les deux derniers, où nous étions sur les main stages. Nous ne sommes pas un si gros groupe que ça en France, et j’ai remarqué, sur ces deux derniers shows, que nous rallions de plus en plus de fans. C’ets aussi un festival international, qui attire plein de gens du monde entire, et son profil musical n’est pas vraiment dans notre style musical, il est beaucoup plus dur. La plupart des visiteurs ne viennent pas pour nous voir, certains ont entendu parler de nous comme d’un groupe de power metal et ils s’attendent à Donjons et dragons… Ensuite, s’ils assistant au concert, ils se rendent compte que nous sommes un vrai groupe de metal.

Metal-Eyes :Avec un super show, même si je connais des gens qui n’aiment pas et vous trouvent ridicules…

Joakim: Ce qui me va tout autant…

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Sabaton en 2019? Quelque chose que vous mettriez sur votre prochain album…

Joakim: Ouh… Je ne sais pas. Je ne peux pas dire “plus vite, plus fort”… Je dirais plutôt “Plus grand et meilleur”

Metal-Eyes : Je garde. On se revoit au Knotfest, alors.

 

Interview: SHAÂRGHOT

Interview SHAÂRGHOT. Entretien avec Bruno (guitares). Propos recueillis hard Rock Café de  Paris, le 13 mai 2019

Metal-Eyes : Comme il s’agit de notre première rencontre, peux-tu me raconter l’histoire de Shaârghot ?

Bruno: En fait, Shaârghot est un personnage qui est né d’une expérience qui a mal tourné, en s’injectant un produit. Ce produit révèle les faces les plus sombres du personnage, qui deviennent principales, et qui, en plus, développe un parasite qui rend sa peau noire et luisante.

Metal-Eyes : Le groupe est né quand ?

Bruno: Il est né il y a 5 ans, et on est sur scène depuis 4 ans. Sinon, l’histoire est née il y a 7 ans. Ça fait 7 ans qu’Étienne a l’histoire du groupe en tête. C’est Etienne qui a eut l’idée du concept et qui détient toutes les clés de l’histoire. Aujourd’hui, je n’en connais pas la suite…

Metal-Eyes : Visuellement, c’est très marquant, mais quelle est l’idée générale que vous souhaitez développer ?

Bruno: C’est d’offrir aux gens, au public, de a musique et plus que ça. Le projet est né en se demandant ce qu’on aime quand on va voir un concert. On aime la musique, certes, mais aujourd’hui il y a une grande part de show. Il faut offrir, à mon sens plus que de la musique, sans tomber dans le cirque rock’n’roll, mais offrir une histoire, une  atmosphère. Que le public puisse s’évader, s’immerger dans un autre monde. Comme quand on va au cinéma. Là on cherche à poser une ambiance.

Metal-Eyes : Votre musique est très metal, très indus et électro. Elle est assez violente, à l’image du visuel des disques. Comment la décrirais-tu pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Bruno: Quelqu’un qui a des références musicales, d’éclectique ? Je mettrais en avant le coté électro avec des renforts guitares, le chant en anglais, mais je reviendrai sur le côté visuel, qui, en fin de compte, est la base du groupe. Le spectateur, s’il vient en concert, verra différents tableaux, en fonction des titres. S’il a envie d’écouter une musique très énergique, qu’il vienne tenter.

Metal-Eyes : The advent of shadows… que peux-tu m’en dire pour me convaincre d’aller l’acheter en sortant d’ici ? En dehors de me menacer avec la batte de base-ball…

Bruno: Ah, c’est ce que je voulais faire… Non, elle n’est pas là, c’est relâche aujourd’hui. C’est encore assez délicat parce que pour aller courir l’acheter, il faut venir nous voir. On a beaucoup d’exemples de gens qui sont allés voir un groupe dont on faisait la première partie et après… leur vie n’a plus du tout été comme avant. Ils sont vraiment devenus fans.

Metal-Eyes : Donc c’est l’expérience scénique qui va convaincre le fan…

Bruno: Exactement, le convaincre d’aller acheter le disque.

Metal-Eyes : Scéniquement, je peux imaginer ce à quoi on peut s’attendre, beaucoup d’énergie, un show très visuel… Quels sont vos projets de tournée ? Il y a déjà le Hellfest…

Bruno: On a déjà une date par mois, le Hellfest en juin, la Guerre du son en juillet, et ensuite, le festival 666, un festival metal à côté de Bordeaux, où joue Dagoba, et en octobre, on a une date parisienne. Il y en a d’autres qui suivent. C’est sur scène qu’on s’exprime le mieux. Et aussi par l’intermédiaire des clips qui nous permet de communiquer notre visuel.

Metal-Eyes : Le Hellfest est un gros événement. Comment vous y préparez-vous ?

Bruno: Comme on se prépare pour les autres concerts. Pour nous, c’est une belle étape de faire le Hellfest, ce n’est pas neutre… Là on a 30’ pour convaincre, sous une tente et en plein jour. Alors nous qui privilégions le côté sombre… On l’a déjà fait, et ça met encore plus en valeur nos personnages.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de The advent of shadows pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Bruno: Je dirais Kill your god. Parce qu’il mélange les côtés metal, indus, électro et énergique.

Metal-Eyes : Pour le message ?

Bruno: Non, pour le message, ce serait plus Shadows. Un titre rassembleur. Notre force, c’est qu’on commence à avoir une fan base, et on implique nos fans. C’est une chanson qu’on a fait pour eux…

Metal-Eyes : Au niveau de la composition, vous avez une méthode particulière de travail ?

Bruno: Oui. Il y a toute une histoire, et c’est Etienne seul qui en détient les clés. C’est lui qui sait quoi raconter sur quel album. Ensuite, la méthodologie de travail est simple : il a les idées, ensuite, quand il a commencé à les travailler, j’interviens pour voir si la voie est la bonne, et chacun ajoute sa patte. Parfois il y a des choses à changer, à rajouter, certaines choses peuvent être gênantes, donc je l’exprime. C’est un travail qui est très collectif parce qu’on intervient tous.

Metal-Eyes : On fait souvent le lien avec des groupes comme Punish Yourself, avec qui vous avez tourné. Ça fait quoi de voir les deux groupes sur une même scène ? Ca doit être un joyeux bordel…

Bruno: C’est un joyeux bordel, et on se dit… Au début, on avait quelques craintes, nous en noir, eux en couleurs… Quand on a commencé avec eux, ils ont fait leur tournée noir et blanc. Et en fait, on s’est aperçu qu’on était dans deux univers complètement différents malgré quelques point communs, comme le coté cyber punk, un peu fluo. Mais on sent qu’on n’est pas pareils. On est plutôt complémentaires, en fait. Et c’est deux groupes français. Ce qui montre qu’en France, on peut avoir des groupes atypiques, créatifs, avec un show, un visuel. Donc oui, c’est un joyeux bordel ! (rires)

Metal-Eyes : En 2019, quelle pourrait être la devise de Shaârghot ?

Bruno: Tu as des questions… Ma devise serait « ne rien lâcher. Et toujours continuer avec passion »

Interview: SIDILARSEN

Interview SIDILARSEN. Entretien avec Benjamin « Vyber » (guitare, chant) et David  « Didou » (chant) Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra à Paris, le 10 avril 2019

Metal-Eyes : Commençons par un saut en arrière puisque vous avez rencontré un franc succès avec votre précédent album, Dancefloor bastards, cycle qui s’est conclu par un album/DVD live qui a été enregistré chez vous, au Bikini de Toulouse. Quel regard portez-vous sur ces trois dernières années ?

Didou: Des années très riches…

Metal-Eyes : Elles vous ont vus voyager, aller en Russie, notamment.

Vyber: Elles nous ont permis de franchir des étapes importantes : le Hellfest, le DVD, comme tu disais qui célèbre nos 20 ans de carrière, et aussi la Russie, avec la découverte de la portée musicale… Une émotion particulière…

Metal-Eyes : Tu parles de « portée musicale » ; vous l’avez vécu comment ce voyage ?

Vyber: Il y avait vraiment un accueil chaleureux, extrêmement franc et direct, alors qu’on se demandait comment on allait être perçus parce qu’on chante en français… Et en fait ça a largement dépassé les barrières, c’était très fraternel avec le public.

Metal-Eyes : Comme quoi, un groupe français qui chante en français peut rencontrer le public à l’étranger… Je crois qu’il y a des Allemands qui l’ont prouvé dans leur langue mais je ne sais plus trop qui…

Didou: On se base beaucoup sur cet exemple…

Metal-Eyes : C’est aussi, je pense, une question de se donner les moyens, de prendre des risques (ils acquiescent tous les deux) plutôt que de se cantonner à jouer le week end, avec des boulots à côté parce qu’il faut aussi se nourrir. Vous allez y retourner ?

Didou: On espère, c’est même probable… C’est une belle histoire.

Metal-Eyes : Venons en au présent : On va tous crever – enfin, ça c’est l’avenir, c’est une évidence… Que s’est-il passé ? Vous êtes passés d’une certaine joie de vivre avec Dancefloor bastards à un côté beaucoup plus sombre et brutal sur ce nouvel album…

Vyber: En fait, il y avait déjà du sombre sur Dancefloor, et on avait envie d’exploiter cet aspect là. L’époque nous y a amenés, et c’est aussi ce qu’on sent autour de nous, la réflexion mondiale tourne autour de ça et on a été influencés par tout ça, c’est ce qu’on ressent. Et on avait aussi envie d’une couleur plus metal. Je pense, je suis sûr même que ça correspond à ce que dégageait notre live dans la sélection des morceaux. Il se dégage une vraie couleur metal et on avait envie d’enfoncer le clou là-dessus. Rebondir, donner de l’excitation dans un nouveau Sidi… On a bientôt 22 ans… Par le jeu, aussi, il y a plus de guitare basse batterie, un son plus massif te sombre. C’est aussi parce que le reste, on l’a déjà fait. Ca n’efface rien.

Didou: Et ça ne renie rien du tout, non plus. C’est un besoin actuel pour nous. Il y avait déjà cette face sombre dans un titre comme Guerres à vendre. Là, on avait envie d’aller dans une seule direction, un concept – enfin, concept… C’est un bien grand mot… Et une production homogène, droit au but. On voulait moins s’éparpiller. Une envie qu’on avait depuis un moment de faire un album compact… Après, c’est aussi nos vies personnelles, la confrontation avec la mort… On revient aux fondamentaux : on fait du metal et on se confronte à la mort.

Metal-Eyes : Ca répond en partie à ma question suivante qui est de savoir comment vous analysez l’évolution du groupe entre ces deux derniers albums. Vous retournez vers le metal avec des sujets sombres, même si vous avez toujours été engagés dans vos textes (ils approuvent) et que la situation du monde fait que ça entretien votre colère…

Vyber (il rit) : c’est ça…

Didou: On n’y est pour rien

Vyber: Ca ne l’a pas calmée… On voudrait bien être très apaisés, mais pour le coup, ça nous arrange, ça colle avec nos volontés musicales. Il y a de quoi être enragés, mettre de grosses guitares acvec de la colère véritable et sincère…

Metal-Eyes : Vous chantez tous les deux ; comment vous répartissez-vous le chant ?

Vyber: Complètement à l’arrache ! (rires)

Didou: C’est vrai, on le fait à l’arrache mais en fait, c’est une science, c’est notre propre science…

Vyber: C’est vraiment une alchimie particulière qui est devenue instinctive au fil du temps…

Didou: On se connait bien tous les deux, c’est assez naturel. Ca peut paraitre étonnant pour certaines personnes parce qu’on est deux à écrire. Mais il n’y a pas d’importance réelle de savoir qui a écrit quoi, parce qu’on s’aime, on s’apprécie suffisamment pour se donner ce beau cadeau qu’est la création, l’écriture. Qu’elle soit chantée par l’un où l’autre ne nous pose aucun problème. C’est même très intéressant d’interpréter un texte qui n’est pas le sien. Il n’y a pas de logique…

Vyber: A de rares exceptions près… Il y a un morceau qui s’appelle Dans tes bras qui a été écrit par David et qui est tellement personnel que ça n’aurait pas de sens que je chante.

Didou: J’en ai parlé avec Benjamin qui a entendu ma requête. C’est arrivé dans le passé qu’il y ait des choses un peu plus personnelles. Il y a eu un titre où je suis venu saupoudrer parce que je n’ai pas d’instrument, autre que vocal. J’étais juste là en appoint, et c’était une chanson très forte de Sidi. Ca pourra arriver dans un sens comme dans l’autre à l’avenir, mais ce n’est pas la priorité. La priorité , c’est un collectif, un ensemble, mais c’est important aussi d’avoir cette liberté, cet espace de liberté pour mettre un peu de piment et varier les plaisirs. Parce que si nous prenons du plaisir, a priori l’auditeur en aura aussi.Après c’est aussi l’insiration, on ne se force pas, il n’y a pas de règle. Ca s’est fait comme ça pour Dans tes bras, mais le reste de l’album est clairement marqué par cette entité Vyber/Didou qui est notre empreinte. Moi, j’adore ça, ça me rend plus fort d’avoir quelqu’un à qui donner le change. Tu peux soulever des montagnes comme ça.

Metal-Eyes : D’un autre côté, ça vous ôte la problématique de la question : « avec qui je vais chanter en duo ce soir » ! (Rires général)

Didou: Voilà ! Il y a un filtre permanent et ça donne beaucoup de force d’être deux. C’est puissant. C’est peut être parfois plus compliqué dans la compo parce qu’il faut créer des espaces, trouver une cohérence pour que ce soit agréable à l’écoute et pas « il a fallu caser le passage Didou, le passage Vyber »…

Metal-Eyes : Tu parles de compo ; vous avez eu deux années très occupées après Dancefloor bastards, ce qui signifie que ce nouvel album a été enregistré et composé assez vite. Est-ce que vous avez changé votre méthodologie de travail ?

Vyber: C’est pas vraiment la méthode entière, c’est surtout pour l’enregistrement où on avait une idée précise en tête. C’était vraiment un son de guitare, un son de batterie, on ne voulait pas partir dans tous les sens. Comme le disait David, on voulait quelque chose de compact. On a profité aussi du fait que Sylvain soit arrivé pour s’écouter jouer, jouer ensemble, mettre en perspective nos manières de faire. Trouver la juste place de chaque instrument, même des machines. La basse est beaucoup moins saturée que ce qu’on a pu faire dans le passé, ça s’approche plus d’un son naturel pour du metal, la batterie aussi prend plus de place… Faire un mixage complet pour créer de la largeur et de la puissance.

Didou: On voulait que Sylvain puisse s’exprimer dans la compo, qu’il puisse mettre sa patte dans le cadre Sidilarsen avec tout le passif qui est lourd, puissant mais ça faisait aussi écho à nos envies. Sa façon d’écrire, ajoutée à la notre, a amené un petit vent frais qui correspondait à nos envies.

Vyber: Et pour la première fois, avec la sortir du DVD qui nous permet de nous arrêter et de regarder où on en est, on a pu se dire collectivement « voilà ce qu’on a fait : tel style, telles ambiances… On a déjà fait, faisons autre chose »

Metal-Eyes : « On n’est pas AC/DC »

Vyber: C’est ça.

Metal-Eyes : Que me diriez vous, l’un et l’autre, pour me convaincre d’aller acheter l’album dès sa sortie ?

Didou: Le problème, c’est que le 26 avril, on va tous crever… Donc il vaut mieux l’écouter très vite…

Vyber: (il rit) c’est ça… Après, je pense que ça va en surprendre quelques uns et ceux qui se sont endormis sur Sidi pensant que ça ne bougerait jamais, ben… Vous allez prendre une gifle ! Positive, la gifle. Ceux qui aiment ne seront pas choqués.

Metal-Eyes : Non, parce que depuis quelques albums il y a eut une évolution et, comme vous le disiez, vous retournez vers le metal, vers vos racines. Maintenant, si vous ne deviez, l’un et l’autre, ne retenir qu’un seul titre de On va tous crever pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Sidilarsen, ce serait lequel, et pour quelle raison ?

Didou: Ah c’est chaud… Pour moi c’est chaud parce que j’ai toujours du mal à choisir un titre… Elle est vache comme question…

Vyber: J’aurais dit On va tous crever parce que c’est le titre éponyme, mais… Oui, il y a ces grosses rythmique très binaires dans le couplet mais ce n’est pas très dépaysant pour du Sidi, mais du gros refrain avec de la voix…

Didou: Assez frontal le refrain, et il est 100% français celui-là, il nous ressemble bien.

Vyber: Du bon gros metal français…

Metal-Eyes : Alors puisque vous parlez de metal français : vous n’êtes pas sans savoir que la Main 2 du Hellfest, le vendredi, sera 100% française

Les deux: Ouais, c’est chouette !

Metal-Eyes : Vous aviez posé votre candidature ?

Didou: Non, parce qu’on n’a pas cherché à arriver tout de suite sur un Hellfest alors qu’on l’a fait il y a deux ans

Metal-Eyes : Pourtant, il est marquant, ce Hellfest…

Didou: Oui, pourtout, il y a eut un avant et un après Hellfest 2017 pour Sidi. Avec ce public, ça a été énorme, fabuleux. Maintenant, deux ans après, en pleine sortie d’album, c’était un peu trop tôt pour revenir. On a tellement tourné sur Danceflor bastards qu’on a besoin de laisser vivre cet album et le premier clip, sachant qu’il va y en avoir un second, on laisse infusé. L’idée, c’est de revenir sur un Hellfest en 2020, on aura déjà bien commencé à écumer les clubs, les salles et les festivals, on sera bien en forme, et là, on voudra mettre une bonne rouste, ou comme on dit à Toulouse, « une bonne roustade »…

Metal-Eyes : En plus, ce serait pour le 15ème anniversaire, ce qui est un autre symbole…

Vyber: Ben voilà ! en plus !

Metal-Eyes : Tu dis qu’il y a un avant et un après Hellfest… Quel est votre souvenir le plus prégnant de ce Hellfest justement ?

Didou: Pour moi, le fait de jouer en plein jour. Peu de groupes le disent, mais le monde, ces visages… J’aime bien l’exercice du plein jour parce qu’on a un show très visuel et on est habitués à jouer la nuit, dans des salles fermées, ou dans des festivals la nuit…Il est très rare qu’on joue en journée et c’est un exercice différent, très intéressant parce qu’il n’y a plus aucun filtre. Là, en plus, c’est complètement démesuré, tu pourrais te dire qu’on est loin du public, que c’est impalpable, mais au contraire : c’est une confrontation directe, en plein jour, et c’est… énorme !

Metal-Eyes : Vous étiez passés assez tôt, avec un temps de jeu limité…

Vyber: Oui, ça permet de te lâcher dès le départ

Didou: T’as pas le temps de passer par 4 chemins, il faut y aller tout de suite… Mais le public nous y  a particulièrement aidés, les gars étaient chauds, directs…

Vyber: Le public nous a transportés… Incroyable…

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Sidilasrsen en 2019 ?

Didou: Elle est évidente : On va tous crever… (rire général)

Metal-Eyes : Donc on va pouvoir la placer sans cesse… Ca veut dire qu’il n’y aura pas d’autre album de Sidilarsen…

Didou: « L’ardeur du vivant »… On en a traversé des tempêtes, ensemble. Et à chaque fois, l’humain l’a emporté.

Vyber: On profite du présent. On se dit que maintenant, le temps passe, il serait temps de profiter de tout, pas seulement des aboutissements des projets, mais aussi profiter de la route, tout le temps

Metal-Eyes : Profiter de tout, ça veut dire aussi pouvoir profiter d’une journée promo à Paris pour aller visiter, mais non… Ça fait deux jours que vous êtes coincés ici … (ils explosent de rire)

Vyber: On profite des gens…

Didou: On profite de cet instant avec toi, et c’est bien. On est bien là et pas à moitié sur des smartphones…

Metal-Eyes : Vous avez encore une interview après, mais jusqu’à présent, quelle est la meilleure question qu’on vous ait posée, la plus étonnante, ou la plus surprenante, décalée ?

Vyber: Waow…

Didou: Il y en a eut quelques unes d’intéressantes… C’est peut-être celle que tu viens de poser…

Metal-Eyes : Ça c’est facile…

Didou: Oui, c’est facile… Alors… Il y a eu des débats intéressants, plus que des questions. Des débats où on est même sortis du cadre musical, on est partis assez loin…

Vyber: Les questions étaient « assez classiques », les gens ont cherché à vraiment parler de l’album…

Didou: On a trouvé qu’il y avait une belle qualité d’interviews par rapport à ce dont on se souvient pour les albums précédents. Il y a eu une constance, parfois il y a, sans jugements, sans se poser en juges, des interviews qualitatives, d’autres un peu moins, mais c’était aassez profond tout au long de ces deux journées. On ne s’attendait ps à ce que les médias prennent autant au sérieux cet album et son titre. On savait qu’il y aurait un peu de ricanement avec ce titre, et on provoque un peu. Mais chaque intervenant a bien saisi le sens et ne la pas pris comme si on était juste un groupe de punks anars. Peut-êttre que la pochette y est aussi pour beaucoup…

Vyber: Ca reste un objet artistique, ce n’est pas un manifeste politique. Il y a effectivement cette dimension d’entertainment, et quand tu achète un album de metal, c’est pour du gros son avant tout.

Didou: Il ya effectivement cette dimension de plaisir, et dans un second temps, chacun va creuser…

Metal-Eyes : Creuser, avec un « s » (rires général)

Vyber: Oui, en effet, dans un second temps on va tous crever… euh creuser !

Metal-Eyes : Merci à tout les deux, j’espère qu’on vous verra bientôt sur scène, et bonne route avec ce nouvel album !

Didou: Alors, déjà: une date, le 23 novembre, à la Maroquinerie. Il y en aura plein d’autre bientôt annoncées. Merci à toi !