GOOD CHARLOTTE: Generation Rx

Hard rock, USA (BMG, 2018)

J’aime bien les punks américains. Un peu d’insolence par-ci, d’irrévérence par-là, et hop! Mais surtout, avant tout, devrais-je dire, parce que ces gars, dont Good Charlotte est l’un des dignes représentants, savent écrire et composer de jolies mélodies qui font mouche. Good Charlotte, puisque c’est bien d’eux dont il s’agit ici, le démontre une nouvelle fois avec ce Generation Rx qui s’intéresse, une nouvelle fois, aux plus jeunes d’entre nous. Avec un regard pas forcément toujours complaisant mais sur fond de sonorités modernes et aériennes, parfois assez froides et sombres. Si le sujet est grave, l’intro éponyme surprend avant que les Self help, Prayers ou autres Cold song restent toutes soft, souvent plus pop que punk, d’ailleurs. Seul Actual pain s’en approche quelque peu. Pourtant, chaque morceau accueille ces parties « sing along » à faire reprendre par des foules entières. Si Muse est évoqué en fond, en façade GC ne cache pas son attirance pour les grands du genre The Offspring ou Green Day, tout en apportant sa propre touche, comme il a toujours su faire. Pas sûr, pour autant, après un Youth authority en demi teinte, que Joel Madden et sa troupe du Maryland parviennent à se refaire une vraie santé, malgré un album sympathique et enjoué. On les attends malgré tout au Zénith de Paris, cadeau qu’ils se et nous feront le 8 février 2019!

THE BROWNING: Geist

Thrash electro, USA (Spinefarm, 2018) – sortie 26 octobre 2018

Comme avec son précédent album, Isolation paru fin 2016, The Browning revient avec un nouvel album de ce que j’avais décrit comme de « l’electhrash ». Les 12 nouveaux morceaux de Geist sont d’une brutalité organique, un résultat rendu possible par le mélange de rage gutturale et d’apports electro. La rythmique plus que soutenue est sujette à crise cardiaque, et le « chant » est aussi furieux que déterminé. Seulement, voilà: la recette semble stagner, malgré une pause bienvenue et un coucou du côté du metalcore en milieu d’album. On prend les mêmes et on recommence? Le côté ultra speed et electro, s’il a encore toute sa place, n’offre pas beaucoup d’espace à des explorations sonores plus variées. Certes, c’est bien foutu, ça speede et ça cartonne grave, il y a une recherche d’ambiances, mais j’ai l’impression que le propos se répète. Toujours pas mon truc mais les amateurs sauront apprécier. Ceci dit, j’aime beaucoup la pochette!

 

DIAMANTE: Coming in hot

Pop rock, USA (Better noise, 2018)

Dès Coming in hot, le morceau titre qui ouvre l’album, il semble clair qu’une des influences principales – au niveau du chant – soit une certaine Joan Jett. Le côté narquois et insolent de cette voix! Mais il n’y a pas que ça, Diamante (je ne vous parle pas des cheveux bleu façon Alissa White-Gulz) puise dans la pop rock n rollesque qui fait mouche te fait se dandiner le popotin. Ça, c’est le côté Madonna et Brintney, flagrant sur le mielleux I’m sorry. De grosses influences assumées au service de chansons entraînantes. Pas franchement hard rock, mais bougrement sympathique, cet album ne souffre que d’une mise en image pénible: mais qui a eu cette idée de coller des crédits en rouge sur fond noir? C’est pénible à lire. Musicalement, cependant, c’est bien mis en son grâce à la production de Howard Benson. Les chansons et les rythmes sont variés, les morceaux toujours très formatés pour des passages en radio. Bref, un ensemble fait pour séduire le plus large public possible. Si ce Coming in hot composé de 14 chansons aux relents tubesques est plus que fortement sympathique, se distinguera-t-il de la masse de musique pop aux sonorités rock? En tout cas, il y a de la matière.

ACE FREHLEY: Spaceman

Hard rock, USA (SPV, 2018)

C’est avec une régularité exemplaire que Ace Frehley nous propose une nouvelle galette: 2016 Origins vol.1, 2017 et la réédition de Anomaly… et le voici de retour avec Spaceman, son surnom de scène alors qu’il était au sein du mythique Kiss. Un passé qui, décidément ne le quittera jamais. Comment pourrait-ce être le cas, d’ailleurs, lui qui a participé pendant presque une décennie à forger cette légende? En démarrant avec Without you I’m nothing, comme un hommage à ce public qui ne l’a jamais vraiment quitté, et une introspection rock simple et directe qui marque le reste de l’album. Un premier titre au groove étonnant et une basse qui rappelle… Ben oui, les crédits le mentionnent bien: Gene Simmons tient ici la basse, tout comme il le fait sur Your wish is my command. Un signe? D’autant plus au moment où Kiss annonce une dernière tournée, on peut vite délirer et imaginer une nouvelle réunion. Mais, revenons à ce nouvel album de (seulement) 9 titres. Le rock est omni présent, les riffs saillants qu’a toujours aimé composer Ace également. Pas de prise de tête, pas de fioriture, on se dandine sur les Rockin’with the boys, ou l’autre hommage à son quartier avec Bronx Boy. Pursuit of rock’n’roll parle de lui même, suivi d’un I wanna go back très 70’s et quelque peu nostalgique (ben oui, on vieillit tous!). Bien sûr, ne pas faire allusion à la SF serait plus qu’étonnant. C’est donc chose faite avec Mission to mars, titre explosif et déterminé, et le long Quantum flux (presque 6’30) qui clôt ce nouvel album. Alors on ne cherche pas le grand chanteur qu’Ace n’a jamais été, mais il y a tant de conviction, d’envie et de joie de vivre dans cet album qu’on espère, au minimum, une tournée et un nouveau passage au Hellfest. En solo ou/et avec Kiss. On peut rêver, non?

ALICE IN CHAINS: Rainier fog

Hard rock, USA (BMG, 2018) – Sortie le 24 août 2018

Après un passage remarqué au Hellfest 2017, juste avant Iron Maiden, les fans attendaient avec impatience le nouvel album d’un des derniers représentants de la vague grunge de Seattle, Alice In Chains. Rainier fog, paru à la fin de l’été vient donc satisfaire ce public toujours présent. Le groupe prend régulièrement son temps, et ce troisième album avec Warren DuVall au chant nous est proposé 5 années après The devil put dinausaurs here (2013).  Toujours aussi affûtée, la guitare de Jerry Cantrell va droit au but, franche, directe et incisive. Les 10 titres de ce disque sont à la fois lourds, oppressants (Red giant, Drone) et entraînants (The one you know, Rainier fog, Deaf ears, blind eyes) ou plus légers (Fly, Maybe). Sans jamais en faire trop, la production fait ressortir les ambiances recherchées faisant de cet album une nouvelle franche réussite. Bon, faut pas être à la limite de la dépression, bien au contraire. Amis du lourd, Rainier fog vous apportera sans aucun doute son lot de belles sensations! Et puis, les amateurs se laisseront également séduire par cette pochette  aux mille facettes. Le plaisir de l’objet…

ATREYU: In our wake

Metalcore, USA (Razor & Tie, 2018) – Sortie le 12 octobre 2018

Atreyu revient avec In our wake, un nouvel album pas piqué des vers. Les vers de la poésie, s’entend! Le metalcore sans concession des Américains a depuis longtemps fait ses preuves et, que l’on soit sensible ou non au genre, une chose est sure: les gaillards cartonnent! Produit par John Feldman, déjà aux manettes de Lead sails and paper anchor en 2007, les amateurs retrouveront des traces de cette époque. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, car en faisant de nouveau appel à ce producteur, Atreyu  replonge dans son passé. Un passé qui, semble-t-il a été réclamé par les fans sur la route et qui a rallumé une flamme pas encore éteinte. Bien sûr, cet album n’est en rien passéiste, il reste moderne tant dans ses compositions, brutes et directes, que dans sa production, puissante et claire à la fois. Bien que n’étant pas sensible au genre, je dois reconnaître l’efficacité de morceaux comme Terrified, Into the open ou le morceau titre. La violence d’un Nothing will ever change ne déplairait sans doute pas à un Slayer des premiers jours… Metalcoreux, vous savez ce qu’il vous reste à faire!

ANTI FLAG: American reckoning

Punk acoustique, USA (Spinefarm, 2018)

Anti Flag a décidé de prendre son public un peu de court… Les punks anarchistes américains sont de retour avec un nouveau volet de la série « American »: après American spring et American fall, ils nous offrent aujourd’hui American reckoning. Il s’agit en réalité de versions acoustiques des deux albums précités, et le résultat est plus qu’intéressant. Si le chant garde ce côté narquois qui sied tant au punk, le reste est dépouillé et sobre. 7 chansons sont ainsi revisitées, Anti flag leur apportant une autre couleur. Puis, le groupe décide d’un contre pied total avec 3 reprises retravaillées à leur sauce. Autant dire que s’il est surprenant d’entendre Gimme some truth de Lennon aussi électrifiée, la chanson en devient rageusement séduisante, au même titre que For what it’s worth (Buffalo Springfield) et Surender (Cheap Trick). Judicieux et efficace, comme choix qui permet à ce disque de se démarquer de la concurrence. American reckoning, s’il doit être la conclusion d’une trilogie, vient superbent la clôre.

JOE BONAMASSA: British blues explosion live

Blues Rock, USA (Provogue, 2018)

Mais il ne s’arrête jamais, le gaillard! Studio, live, collaborations diverses… Joe Bonamassa passe le plus clair de son temps à jouer au point qu’on peut se demander s’il a d’autres centres d’intérêts. Il joue. Pour son plaisir, et celui de partager. Et pour le nôtre, aussi. Car loin de Joe l’idée de se répéter, de se reposer sur son répertoire, pourtant déjà très riche. Ici, avec British blues explosion live, Joe nous propose non pas un double album live, mais un double album live hommage aux grands du genre. Il se fait plaisir en reprenant du Jeff Beck, Eric Clapton, Jimmy Page… Ce disque a été capté lors de son concert donné le 7 juillet 2016 à Londres. Pas de lézard, le son est irréprochable, tout autant que l’interprétation de ces 14 titres qu’on souhaiterait entendre s’étirer encore et encore… Est-il utile de se plonger dans le détail de ce disque, d’extraire un morceau plutôt qu’un autre? Non, car les amateurs du guitariste savent qu’ils peuvent, les yeux fermés, se procurer l’un, l’autre ou la totalité des formats de ce British blues explosion live: double CD, DVD, Blu-ray ou même triple vinyle bleu-blanc-rouge. Pas de cocorico ici, non, non… il s’agit bien des couleurs du drapeau britannique, pour honorer l’héritage rock et blues que laisse ce pays. Un must, à consommer sans modération.

FIVE FINGER DEATH PUNCH: And justice for none

Metal, USA (Eleven seven, 2018) – Sortie mai 2018Aau regard des événements de l’an passé – le départ brutal d’Ivan Moody en cure de désintox et son remplacement sur le pouce par Tommy Vext, chanteur de Bad Wolves – on peut se demander où Five Finger Death Punch (5FDP pour les intimes) a trouvé le temps d’enregistrer ce septième album, paru juste avant l’été. Mais il est bien là, et Moody en forme. Le groupe va droit au but, proposant 13 chansons qui, pour la plupart, durent moins de 4′. Recherche d’efficacité oblige. Fake et Top of the world sont une introduction brutale et agressive – quelqu’un peut s’amuser à compter le nombre de « fuck »  et dérivés crachés par Moody sur le premier morceau, svp? avant que 5FDP ne varie ses plaisirs. Blue on black, une ballade qui monte en puissance, sonne comme une confession du chanteur. Puis les affaires sérieuses reprennent avec des tonalités qui évoquent les albums qui ont permis au groupe de vraiment commencer à percer en Europe, les deux volets de Wrong side of heaven. Un peu de piano sur I refuse introduit la seconde power ballad un peu sirupeuse bien que dotée d’une jolie mélodie (tout comme la troisième, When the seasons change). La paire de guitaristes – Zoltan Bathory et Jason Hook – tricotent des riffs puissants qui tranchent dans le vif. On regrettera simplement un peu trop de morceaux « doux », même si Will the sun ever rise qui clôt ce disque propose différents tempi, du lent au rageur. Si 5FDP tient ce rythme, et espérons que la cure d’Ivan ait été, malgré sa rapidité, efficace et sera durable, il ne fait guère de doute que le groupe franchisse un nouveau palier grâce à cet album varié et plus que réussi.

BAD WOLVES: Disobey

Metal, USA (Eleven seven, 2018) – Sorti le 11 mai 2018

Tommy Vext s’est fait remarquer l’an dernier en remplaçant, au pied levé, Ivan Moody, démissionnaire temporaire (filant en cure de désintox) et depuis revenus au sein d’un 5FDP sous les feux de la rampe. C’est en cette même année 2017 que se forme Bad Wolves avec le même Vext au chant, accompagné des guitaristes Chris Cain et Doc Coyle, du bassiste Kyle Konkiel et du batteur John Boecklin, tous ayant déjà un solide passé musical au sein de, en vrac, Devil Driver, Vext, God Forbid, In This Moment et j’en passe. Bad Wolves est donc une sorte de super groupe dont on peut attendre le meilleur avec Disobey, son premier album paru en mai (tient, comme le dernier 5FDP!) chez Eleven seven (tiens, comme le dernier 5FDP, quelle coïncidence étonnante!). Alors, oui, la puissance est là – l’ensemble est bien plus rugueux que 5FDP, par exemple – et les surprises au rendez-vous. Bien sûr, on ne peut que s’attarder sur cette reprise savamment retravaillée du Zombie des Cranberries, véritable hommage à sa chanteuse brutalement disparue, Dolores O’Riordan. C’est le morceau le plus calme de cet album qui se rapproche souvent du metalcore. Sauf que le chant est ici plus mélodique que ce que nous propose habituellement ce genre explosif. Ici, après les deux premiers titre rentre dedans (Officer down, Learn to live), les mélodies se veulent imparables (No masters, Remember when, ou la ballade Hear me now), les airs facilement mémorisables ou les riffs épileptiques (Better the devil, Jesus slaves) mais… Mais tout semble tellement travaillé pour faire mouche que je me demande combien de temps ils peuvent tenir ces gars de L.A. Et puis, quand tu vas sur le site et qu’en guise de page d’accueil tu tombes sur le merch avec un maillot de basketball à plus de 100 USD, pour un jeune groupe, il y a de quoi se poser des questions, non? Au final, Bad Wolves nous offre un premier album puissant, varié, qui s’écoute d’une traite avec plaisir. C’est un bon début.