DRUIDS OF THE GUE CHARETTE: Talking to the moon

Doom/Stoner, France (Beast records, 2020)

Attention, ami! Si tu n’es pas du genre curieux et ouvert d’esprit, alors passe ton chemin. Car Druids Of The Gué Charette, groupe breton biberoné à l’extrait de dolmen et élevé à la fumée de menhir, nous invite à une expérience sonore qui se situe entre voyage initiatique et rituel spatio-temporel. Ou l’inverse. Le style de ce nouvel album, Talking to the moon, est difficile à décrire, perdu entre Hakwind et Black Sabbath, Candlemass et The Bottle Doom Lazy Band. La lourdeur du propos se mêle à des sonorités spatiales telles qu’imaginées au début de la SF – réverbération et écho à l’envi des notes synthétiques et métalliques. Si l’on omet le plus gros défaut de cet effort – le chant anglais de Reverend Drope est à revoir – les druides nous proposent une oeuvre intrigante voire fascinante qui nous emmène sur les pas de Merlin voyageant autant en forêt de Brocéliande qu’à travers les âges et le temps. Pour peu que l’on se laisse emporter, on se retrouve dans une forme de transe méditationnelle. Peut-être pourrions nous, nous aussi, commencer à parler à la lune, si notre initiation peut aboutir.

THERAPHOSA: Transcendance

France, Metal (Autoproduction, 2020)

Après un Ep remarquable, le trio francilien Theraphosa revient avec un album complet. Transcendence, produit par l’incontournable Francis Caste, un gage de qualité, démarre avec Stigmata of the purest pain, un titre lent doom, au chant torturé qui alterne entre gouffre profond et sombre et clarté sérieuse. La suite explore divers univers, parfois rock, à d’autres moments proches du prog. Lire la suite

TOYBLOÏD: Modern love

France, Rock (Toybloid/KMS, 2020)

Ils sont trois. Trois à se répartir les rôles au sein de Toybloïd, deux filles et un gars. Si toutes deux chantent, Lou tient également la guitare tandis que Madeleine se charge de la basse. Après le départ de Pierre, leur premier batteur, les filles recrutent Grégoire. Initialement prévue le 24 avril, la sortie de Modern love, leur nouvel album, se fait finalement le 26 juin 2020. Inutile de vous en expliquer les raisons, n’est-ce pas? Lire la suite

NEW FAVORITE

France, Hardcore (Ep – Autoproduction, 2020)

La rage que dégage ce trio! Composé d’Alex Diaz (The Prestige, chant et guitare), Aurélien Bignon (chant et batterie) et Pierre Thureau (chant et basse), New Favorite déboule avec un premier Ep furieux de 5 titres chaotiques à souhaits! Les amoureux de guitares saturée, de rage et d’énergie vont être servis! En à peine plus de 18′, les gaillards parviennent à tout retourner, à foutre un joyeux bordel. Tape worms lance avec fougue la machine. Rugueux, agressif et intense, les guitares saturées au delà du raisonnable, ce premier titre pose le cadre. Et si Holy eyes qui suit est un peu plus lent, il reste tout aussi intense, tandis que Lust friend se fait plus lourd, sombre et légèrement vicieux. (Yeah these ain’t no) love killers refonce dans le tas et le joyeux bordel se conclue avec Neons explosif. Les lignes vocales, qui alternent entre rage et un forme de mélancolie, proposent des refrains entraînants et chantant. Avec cette carte de visite, New Favorite se glisse dans la lignée des Franck Carter et ses Rattlesnakes avec un rock direct, énergique et simple qui dynamite tout sur son passage. A suivre de près!

DUST LOVERS: Fangs

France, Rock (Besta records, 2020)

Les amateurs de heavy français seront sans doute interpellés par le nom du groupe. Oui, Texas Chainsaw Dust Lovers a décidé de rétrécir son nom et devient donc simplement Dust Lovers. Les Nantais, en amputant ainsi leur patronyme, dénaturent-ils aussi leur propos musical? Fangs, leur nouvel album – et premier sous ce nom – apporte la preuve du contraire. Joyeux, rock n roll, varié, l’ensemble des 11 titres continuent de puiser dans cet esprit cinématographique et populaire. Impossible de rester immobile sur Born to lose, de ne pas se laisser interpeller par les deux parties de Higher desire, de ne pas voyager dans le temps avec le groovy Night cruising, de ne pas tomber sous le charme du son coquin et séducteur de l’ensemble. Les êtres de la nuit envahissent les rues avec des sons étonnants, des textures improbables et, par conséquent, surprenantes. Fangs est un disque inventif, qui repousse les limites et se  laisse écouter avec autant de plaisir que de curiosité. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour s’approprier cet ensemble improbable, imaginatif et réussi.

NEEDLE SHARP: Dark lies effects

France, Rock (Ep – M&O music, 2020)

La pochette – une poupée de chiffon destroy, une araignée squelettique qui l’observe – évoque l’univers visuel de Tim Burton, gothique, étrange et sombre. Les premières notes de Feel it, qui introduit Dark lies effects, nouvel Ep de Needle Sharp, avec sa guitare lente et son chant tremblotant, va dans ce même sens. Mais c’est un trompe l’oreille, car les 5 titres de ce disque, paradoxalement, s’ils gardent cet esprit goth sombre, sont souvent joyeux, puisant dans des sonorités orientales et dans un esprit plus lumineux qu’il n’y parait. Les guitares se font trépidantes, le ton enjoué plus qu’à son tour. Needle Sharp parvient ainsi à se distinguer d’une scène souvent répétitive. C’est son originalité et, par conséquent, sa force.

DEF LEPPARD: The early years 1979-1981

Hard rock, Angleterre (2020) – Sorti le 20 mars 2020

« Enfin! » dirons certains dont je fais partie. Enfin Def Leppard se souvient d’avoir eu une vie avant Pyromania! Et le prouve avec la sortie de ce sublime coffret The Early years 1979-1981. Sublime tant par son contenu que par son contenant. Jugez plutôt: d’un format de 24 cm – à mi chemin entre le CD et le vinyle, ça va pas être facile de lui trouver une place dans la discothèque – ce coffret propose 5 CD présentés dans un fourreau sobre et joliment illustré ainsi qu’un livre de 42 pages richement agrémenté de photos et documents d’époque. Les fans et amateurs se délecteront aussi – surtout – de ces documents sonores que nous offrent Joe Eliott, Rick Savage et Rick Allen, les 3 membres du groupe d’alors (OK, il y avait Frank Noon au tout début…). Si l’on redécouvre avec plaisir les deux premiers albums originaux remasterisés en 2019 (On through the night, 1980, et High ‘n’ dry, 1981) et la puissance qui s’en dégageait alors, on découvre avec un bonheur réel ces raretés, voire ces inédits présents sur les 3 autres disques. Tout d’abord, When the walls came tumbling down, un live explosif enregistré à Oxford en 1980. 16 titres – dont certains qui figureront sur le second album mais ne sont pas encore finalisés – interprétés par de jeunes affamés, menés par une paire de guitaristes incisifs et agressifs. Un groupe qui a envie d’en découdre sur scène…Ensuite, Too many jitterburgs, un album de raretés. On y retrouve les titres du Def Leppard Ep de 1979 ainsi que des versions de travail de certains morceaux qui atterriront sur le premier album et autres pépites. Si certains de ces morceaux ont déjà fait l’objet d’une réédition (The Def Leppard Ep figurait déjà dans le premier volume du coffret de l’intégrale du groupe (consacré aux années 80 et paru en 2018) et d’autres furent des bonus, la plupart restent méconnus du grand public. Une belle occasion de se rattraper. Enfin, Raw nous propose 3 documents enregistrés par l’incontournable BBC (deux sessions de 79 et le Reading festival de 80).  Alors bien sûr, on pourra se plaindre des doublons que représentent les 3 premières productions avec le coffret mentionné, mais c’est bien là le seul reproche à faire.  Car, dans l’ensemble, ce coffret et les 64 morceaux proposés se déguste de bout en bout et rappelle à quel point Def Leppard avait de quoi figurer en haut du podium aux côtés de vous savez qui. Un must incontournable pour tout fan digne de ce nom qui ne se lassera pas de découvrir et redécouvrir ces classiques du genre.

PEARL JAM: Gigaton

Rock, USA (Monkeyrench, 2020) – sorti le 27 mars.

Sept ans après son dernier album, Pearl Jam revient faire un petit coucou. Sorti alors que la France est en plein confinement, ce Gigaton aura, comme nous, dû patienter. Pas le meilleur moment pour une résurrection mais il n’est jamais trop tard pour se rattraper. Eddie Vedder et sa bande s’éloignent encore et toujours de cette vague grunge à laquelle ils ont si souvent été affiliés. Pearl Jam est plus que ça. Groovy et rythmé à souhait, les 12 nouvelles chansons lorgnent du côté des 70’s et d’une partie des 80’s new wave, du The Police, du Springsteen,du U2 aussi mais pas que. Si les dernières productions pouvaient – et ont – laissé certains fans perplexe, Pearl Jam rassurent quant à ses capacités créatives. Le feeling des guitares de Mike McCready et Stone Gossard, la voix envoûtante d’Eddie Vedder, la basse entraînante de Jeff Ament (la base inamovible du groupe qui n’a jamais que changé de batteur) et la sensibilité des baguettes de Matt Cameron font de cet album une exploration de sons et d’ambiances. L’ensemble est varié, doux, engagé, puissant et entrainant. Toujours inspirés par l’humain et la planète, le groupe nous offre sans doute un de ses meilleurs albums. Paix intérieure retrouvée? Une seule déception, pourtant: rares sur scène, on attendait Pearl Jam au festival Lollapalooza… Annulé, comme tant d’autres événements. Délectons nous alors de ces tableaux que nous peignent les Américains en espérant un retour scénique. Gigaton est simplement une grande réussite.

CONSCIENCE: In the solace of harm’s way

France, Progressif (Different gravuty, 2020)

Musicalement, il n’y a rien à reprocher à Conscience. Son metal/rock progressif a toujours, sur chacun de ses albums précédents, Half sick of shadows en 2006 suivi de Aftermath of a summer snow en 2014. Des titres mystérieux qui posent le décor un peu prog réfléchi, jazz intellectualisé. Mais Conscience évolue bel et bien dans l’univers du metal. Seulement voilà: que penser d’un groupe formé en 2001 qui publie aujourd’hui son seulement troisième album? Et, perso, un truc me fait tiquer: Conscience, sur sa communication, met toujours en avant – et presque en préambule – son passage au Zénith de Paris en ouverture de Nightwish. Certes, c’est flatteur, mais c’était en 2007. Nightwish a depuis investi d’autres salles, tourné partout dans le monde, publié plusieurs albums et DVD, rechangé de chanteuse, accueilli plusieurs autres groupes en première partie… Bref, les Finlandais, comme nombre d’autres, ont continué d’avancer et de grandir. Conscience? Un PMFF, quelques dates ci et là, guère plus… Est-il alors vraiment utile de systématiquement regarder dans le rétro, s’accrocher à un exploit du passé et en faire un argument? Ne vaudrait-il pas simplement mieux regarder devant et parler de son présent, planifier demain ? Et ce présent, c ‘est un nouveau groupe qui propose 16 titres avec In the solace of harm’s way. Enfin, 11 titres plus 4 interludes instrumentaux qui composent, en 4 parties, le titre de l’album et que l’on retrouve réunis en une pièce unique en conclusion du disque, offrant ainsi une autre perspective sonore. Si le morceau titre est épique et digne de faire une belle BO, Conscience se révèle vraiment avec ses chansons. Soft et mélodique (At night), introspectif (Inreach, Life takes a turn), plus rock (Ascending rain), plus léger (See outside) ou doté de grandes orchestrations (The uncertainties of may, les cordes sur Inreach), Conscience explore plusieurs univers. Le groupe pêche cependant, comme tant de ses confrère, avec le chant anglais, souvent difficilement compréhensible. La mélancolie que veut faire transparaître At the hands of clock me parait faussée par un chant plus forcé que naturel, et les chœurs sur There aren’t many nightmares m’agressent. Mais encore une fois, musicalement, Conscience ne peut être pris en défaut, et la variété des ambiances apporte un vrai caractère à la formation française. De l’avant, il faut aller de l’avant pour simplement avancer.

TYLER AND THE CREW: #1

France, Blues (Autoproduction, 2020)

On n’aura de cesse de le dire: en matière de rock et de blues, de musique qui vient simplement des tripes, on sait vraiment y faire en France. Tyler and the crew vient de nouveau en apporter la preuve avec ce premier Ep, sobrement et simplement intitulé #1. Cinq titres originaux de ce blues rock direct et sans fioriture, cinq chansons qu’on écoute en se dandinant, sans se poser de questions. Plus une reprise de All along the watchtower de Bob Dylan (reprise un nombre incalculable de fois) dans une version toute personnelle autant que respectueuse de l’originale. Démarrant avec Hell of a woman, la guitare de Tyler crie son blues avant que n’intervienne le chant rauque du bouffeur de papier de verre. Chaleureux et entraînant, comme le blues aérien qui suit (Leaving this all behind) qui évoque par instant Aerosmith. That’s all right est plus foncièrement rock et me fait penser aux Australiens de Shadow Queen, tandis que le chant de la reprise ressemble par instant au Bon Jovi séducteur des premiers albums. Dead est plus mélancolique, normal pour un titre qui parle d’amour décue, tandis que Aaron’s song est une ballade, véritable déclaration d’amour à son enfant (Aaron, sans doute?) Un titre émouvant en diable dont une sobre guitare vient apporter une conclusion pendant deux bien trop courtes minutes. Tyler And The crew a tout pour séduire un large public. C’est maintenant à vous de jouer!