TERAMAZE: Are we soldiers

Progressif, Australie (Music theories, 2019) – sortie le 21 juin 2019

Malgré 5 albums au compteur depuis la formation du groupe à Melbourne en 1994, je ne découvre Teramaze qu’avec ce Are we soldiers au son résolument moderne. L’album de 10 titres explore au travers de morceaux peu radiophoniques par leur durée (de 5’10 à 11’58!) divers horizons progressifs, certes, mais cependant très orientés modern US metal: un son propre, des mélodies entraînantes et des refrains très faciles à faire chanter au public. Les amateurs trouveront des guitares travaillées à la Satriani, avec les quelques démonstrations que cela implique, de forts accents heavy pop (Are we soldiers) ainsi qu’un peu de rage bienvenue (Control conquer collide, From saviour to assassin). Le chant est souvent très, trop, sage et mériterait par instants un peu plus d’agressivité. L’ensemble propose toutefois un beau relief musical, qui, selon moi, reste trop pop. Ce qui sans aucun doute séduira les amateurs du genre.

BOKASSA: Crimson riders

Norvège, Metal (2019, Queens of stonepunk records)

Après un prologue heavy et instrumental, Crimson riders, le second album des Norvégiens de Bokassa, démarre avec un riff hypnotique et un chant rageur et rugueux. Charmed & extrermely tracherous est-il à l’image du reste de l’album? En tout cas, Bokassa parvient à surprendre tant avec sa détermination musicale qu’avec les chœurs très mélodique du refrain. Puis avec ce Vultures, beaucoup plus rock, dotés de quelques cuivres, qui évoque sans complexe The Offspring à sa meilleure période ou Sum 41. Les Norvégiens ont parfaitement intégré et assimilé l’exemple des Américains, tant dans la recherche du riff simple et efficace, de l’énergie salvatrice, de l’impertinence contrôlée (le côté politiquement correct gentiment rebelle de tous les neo punks…) et de la mélodie entraînante ou du refrain imparable à reprendre en cœur. Si certains pouvaient légitimement se demander comment Bokassa a pu se retrouver à l’affiche de la dernière tournée  de Metallica, la réponse se trouve déjà en partie dans ces premiers titres, variés et déterminés. Le morceau titre tape fort avec son alternance entre passages calmes et très speedé évoque (tout comme Immortal space pirate 2: the last shredi) aussi un certain… Metallica – tiens donc! Captain cold one (cf. le clip ci dessous) vire de bord et explore une lourdeur lente et joyeuse (toujours ces « Oh Oohh »). Bokassa est une découverte rafraîchissante dont on n’attend plus que de les retrouver sur scène pour confirmer qu’une vraie carrière est possible.

TUNGS10: The lost manuscript

France, Metal indus (Autoproduction, 2019)

Un look post apocalyptique à la Mad Max, un titre aussi mystérieux qu’un roman de Dan Brown… Il ne fait guère de doute, dans mon esprit, que Tungs10 évolue dans un domaine indus, sans doute influencé par Ministry, Marily Manson et consorts. The lost manuscript, l’album des Français qui vient de paraître, confirme rapidement cette impression. Les machines sont judicieusement utilisées, les guitares et la section rythmique sont hypnotique et saccadées. Et le chant surprend. De prime abord, tu n’irais pas lui chercher des noises à Madeleine Kowalczyk… Cependant, sa voix douce et enfantine donnerait parfois l’impression d’une échappée de Barbie girl… Cette douceur est contrebalancée par la rage vocale du compositeur et guitariste Cédric Andreolli, qui vient quand même rappeler qu’il s’agit de metal. Si l’ensemble est bien fait, si le son est pile comme il faut pour le genre, je n’arrive cependant pas à accrocher sur la durée. Sans doute parce qu’il ne s’agit pas de mon genre de prédilection… Mais les amateurs d’indus sauront trouver dans ce The lost manuscript ce qu’il faut pour les satisfaire. Et confirmer qu’il existe, en France, des groupes dignes d’intérêt tant visuellement (une affiche avec Tungs10, Punish Yourself et Shaârghot, ça pourrait le faire, non?) que musicalement.

TIGERLEECH: The edge of the end

France, Stoner (Autoproduction, 2019)

Formé à Paris en 2013, Tigerleech évolue dans un rock stoner, lourd et pas fin – dans le bon sens du terme, s’entend. Avec The edge of the end, son premier album, Tigerleech travaille des ambiances pesante sinon oppressantes. Seul le chant, pourtant puissant, manque de précision. Pour le reste, les guitares saturées laissent une large place aux power chords et la section rythmique bourine sévère. Les gars (Sheby au chant, Fabien à la guitare, Gabor à la basse et Oliv à la batterie) parviennent à diversifier leur propos comme sur ce An experience called life qui mêle guitares claires et hurlantes. Et comment passer à côté d’un titre aussi évocateur que Sexe dur sans s’interroger? Pourquoi ce titre alors que l’ensemble de l’album est chanté en anglais, hein? Tigerleech s’affranchit cependant des codes du genres en incluant diverses influences à ses compos, principalement piochées dans la musique extrême, et le punk n’est pas en reste. Ce qui l’en différencie toutefois, c’est la durée des chansons: sur 10 titres, seul Jungle punk s’affiche crânement, avec 3’30, sous la barre des 5’45. Il semble que le seul objectif des Parisiens soit de proposer un défouloir hypnotique à son auditoire. En l’occurrence, c’est réussi et l’ensemble me rappelle quelque peu Already Salted (d’autres irrévérencieux franciliens légèrement déjantés). Un groupe direct, sans concession, certainement à découvrir sur scène.

LOADED GUN: First round

France, Heavy metal (Autoproduction, 2019)

Euh…. comment dire? Comment aborder cet album qui veut nous replonger au coeur du hair metal insolent et déjanté des années 80? Comment dire que les Français de Loaded Gun nous font part de leur nostalgie des frasques des Mötley Crüe, Gun’s n Roses, Cinderella, Ratt et autres Poison? Le riff assuré, les guitares volontaires, les thèmes purement sexuels, tout, de Stay on me à Last bullet, en passant par Bitch (pas celui des Stones repris récemment par The Dead Daisies, non..) à Dirty night pourrait séduire l’auditeur si ce n’est ce chant dont je ne comprends pas un traître mot. Le chant yaourt ne passe pas le cap de mes oreilles… Et là, oui, on est bien de retour dans la France des 80’s qui faisait écrire à Martin Popoff  dans son Collector’s guide to heavy metal volune 2: « Que quelqu’un frappe ces gars avec leurs bérets » (chronique de l’album Never too late de de Stators, p. 337)…  Encore une fois, groupes français: si vous décidez de chanter en anglais, respectez vos auditeurs anglophones. Perso… Je passe.

IRON BASTARDS: Cobra cadabra

France, Heavy metal (Autoproduction, 2019)

Dès les premières mesures de Inside the nest, le nom du groupe prend tout sons sens: un mélange de Iron fist et Bastards, deux références à Motörhead… Et le chant biéreux et rugueux, les guitares et la batterie ainsi que la formule trio infernal évoquent immanquablement le groupe de Lemmy, version 80’s. Avec Cobra cadabra, son second album, les Français de Iron Bastards visent à se poser comme les dignes successeurs de leurs incontestable mentors. D’ailleurs, ils ont partagé la scène avec Motörhead et plein d’autres au travers de 250 concerts qui les ont aidés à se forger un sale caractère, sans parler de l’image: Rickenbaker pour le bassiste chanteur obligatoire semble-il! La prod de l’album est sale comme il faut, et on se laisse emporter dans cet univers si familier. On pourrait même se demander, avec une chanson comme Days of rage, quel est cet inédit de la bande à Lemmy tant l’esprit est là, présent. Presque pareil avec With the world on your side (clin d’oeil presque trop évident à The wörld is yours...) qui se termine avec une partie digne des premières heures de la NWOBHM, notamment avec quelques guitares à la Maiden/Priest… Alors ensuite vient la question: plagiat ou hommage? Mais se pose-t-on encore cette question avec un groupe comme Airbourne? Non, alors laissons donc Iron Bastards se distinguer et trouver sa voie comme digne successeur, fils illégitime… D’autant que le trio joue aussi l’autodérision avec l’amusant You only live twice. Puissance, énergie, speed, tout est réuni, alors, fans de Motörhead, voire de Nashville Pussy et consorts, laissez vous tenter

WARFAITH: Pint of pils

Thrash, France (Autoproduction, 2019)

C’est toujours agréable de recevoir un album avec un message personnalisé écrit à la main. Une invitation à découvrir l’objet. Et dans le cas de Warfaith, avec son Ep Pint of pills (le groupe a déjà publié un album en 2015, Wise man is dead), je n’ai pas eu beaucoup d’efforts à fournir pour adhérer au thrash  des Français. Après une intro instrumentale, carte de visite sur laquelle est écrit « Metallica, Slayer, Exodus, Testament, Death Angel, Anthrax…. » ainsi que « Thrash, Hardcore, Punk » on passe dans le vif du sujet: le son est propre, le chant hargneux, très punk, à la fois hargneux et haineux. Les guitares jouent sur les rythmes, le riff ici subtil cède le pas à du speed sans concession. La section rythmique est tout le temps explosive. Les 8 titres ne cherchent nullement à réinventer le thrash, vont droit au but (5 morceaux durent moins de 3’… Amis photographes, faudra pas les voir au Hellfest ^_^) et immanquablement font s’agiter les crinières… Les Lorrains se font plaisir, et cela s’entend de bout en bout, ce qui peut s’avérer une vraie force. A suivre, et à voir en live. Ça doit être un joyeux bordel!

ROBIN TROWER: Coming closer to the day

Royaume-Uni, Blues (Provogue, 2019)

Avec un CV long comme le bras, une carrière quasi exemplaire, que ce soit en solo, avec Procol Harum, Bryan Ferry ou Jack Bruce, Robin Trower n’a rien à prouver à qui que ce soit. Du haut de ses presque 75 ans, le bluesman anglais se fait simplement plaisir avec un album tendre et personnel. Bien sûr, la patte d’un certain Jimi Hendrix est presque omni présente (à commencer par l’introductif Diving bell), mais on retrouve aussi les Beatles (le morceau titre évoque ouvertement Come together). Mais c’est surtout le blues qui transpire, celui des bayous, celui avec lequel Trower, né en 1945, a grandit. On y trouve aussi quelques touches empruntées au jazz (Ghosts). Sensible et à fleur de peau, il n’est guère étonnant que ce soit Provogue qui héberge Monsieur Trower…  Alors si pour moi ce Coming closer to the day se révèle trop calme, il saura séduire tout amateur de blues, de jazz blues plus que ceux de rock, malgré quelques passages légèrement plus dynamiques.

DIAMOND HEAD: The coffin train

Heavy metal, Royaume-Uni (2019, Silver lining) – Sortie le 24 mai 2019

Chantre de la NWOBHM, groupe de chevet toujours soutenu par Metallica, Lars et James en tête, Diamond Head a connu plus de moments de galère que d’heures de gloire mais Brian Tatler, son fondateur, n’a jamais entièrement lâché l’affaire. C’est la passion chevillée au corps qu’il mène sa barque et revient aujourd’hui avec ce The coffin train, un album qui démarre de la plus explosive des manières avec Belly of the beast, un titre puissant, rapide, au chant rageur. On remarque immédiatement la puissance vocale de Rasmus Bom Andersen, vocaliste du groupe depuis 2014 et qui se révèle encore une fois d’une remarquable efficacité. Il montre la variété de ses capacités tout au long de l’album, se faisant mélodique, enragé ou plus sensible.  En tout cas, le groupe de Tatler ne se contente pas de foncer pour foncer. Diamond Head varie les ambiances et diversifie les tempi à l’instar du morceau titre ou de Shades of black et leurs influences orientales ou des plus progressifs Sepparated love ou Until we burn, superbe conclusion d’un album exemplaire. Brian Tatler concocte des riffs aux petits oignons aussi bien empreints de modernité qu’évoquant les débuts du groupes (Death by design et son tricotage exemplaire). Une mention spéciale est à porter au crédit de ce superbe et très bien nommé The phoenix. Avec The coffin train, Diamond Head nous offre sans doute son album le plus abouti depuis deux décennies,. Superbe re-révélation, superbe renaissance aussi, Diamond Head est surtout définitivement immanquable au Hellfest où le groupe se produira, pour la première fois sous Temple le vendredi 21 juin à 16h45. La tente risque fort de n’être pas assez grande pour l’occasion…

MÖTLEY CRÜE: The dirt soundtrack

USA, Hard rock (Eleven 7Music, 2019) – sorti le 22 mars 2019

Bien sûr, malgré un contrat signé devant la presse international stipulant que Vince Neil, Nikki Sixx, Tommy Lee et Mick Mars ne rejoueront plus ensemble, la source Mötley Crüe est loin d’être tarie. La sortie de The Dirt, biopic Netflix relatant l’histoire du Crüe, ne pouvait qu’être un prétexte à sortir la BO du film. Heureusement, d’ailleurs, car la bande son sonne comme un véritable best of de la carrière explosive des 4 terreurs de LA. Si les fans possèdent déjà tout ou presque, on a un réel plaisir à retrouver les Red hot, Live wire, Take me to the top et autre Girls, gilrs, girls parmi 14 autres titres originaux. Bien sûr, le groupe a déjà fait l’objet de plusieurs compilations de « son vivant » et de live explosifs (je pense notamment au double Live: entertainement or death). L’intérêt de cette BO réside donc en ces quatre inédits sur lesquels chacun portera une attention particulière. A commencer par le morceau titre, The dirt (est. 1981), taillé dans un hard rock très moderne et efficace, même si on peut déplorer la facilité du refrain. Entrainant et chantant, le groupe se fait accompagner l’espace de quelques lignes de chant par Machine Gun Kelly qui insiste bien sur la notion d’excès qui fut le leit motiv du groupe tout au long de son parcours. Mötley Crüe conclue ce disque avec les 3 autres inédits: Ride with the devil, un mid tempo quelque peu heavy et groovy, teinté d’un peu de pop mielleuse, et Crash and burn, un peu heavy et presque plus pop aussi, qui m’évoque la plus récente carrière de Sixx A.M. Mais aucun de ces deux morceaux ne représente un hit potentiel comme le Crüe a su nous en offrir par le passé. Enfin, on s’amusera de cette reprise, sorte de clin d’oeil irrévérencieux qui vient conclure ce disque mais sonne comme un message de nouveau départ, du Like a virgin de Madonna. Intriguant et sans réelle nécessité, mais marrante. Au final, une BO compilatoire de bonne qualité pour les non initiés. Les amateurs passeront sans doute leur chemin pour se rabattre sur d’autres versions plus complètes. D’autant plus qu’on ne peut que déplorer l’absence totale de titres de l’album éponyme de 1994 avec John Corabi (un Power to the music, ‘Til death do us part ou Uncle Jack aurait été une agréable surprise, mais rien…) Les gars se sont retrouvés en studio pour ces inédits, maintenant, de là à croire qu’ils vont reprendre la route…