HAMASAARI: Pictures

France, Progressif (Klonosphere, 2026)

Avec Pictures, les Français de HamaSaari nous invitent à un voyage en huit étapes sonores. Clairement inspiré par le rock progressif doux et planant autant que par le metal tranchant et direct, la formation transforme Ineffable, un premier essai paru en 2023, avec ce nouvel album riche d’univers sonores. Passant avec une remarquable aisance de tempi légers et aériens à des fulgurances tempétueuses, le groupe composé des frères Jupin (Jordan, chant et guitare et Jonathan, basse), Axel Vaumoron (guitares) et Élie Chéron (batterie) démontre une maturité exemplaire dans ses compositions qui, contrairement à certains progueux trop intellectuels, semblent tout droit venues du cœur et des tripes. En n’étant jamais démonstratifs, HamaSaari parvient à interpeler et attirer dans son sillage l’amateur de belels et puissantes mélodies. Bien fait et bien produit, cet album démontre simplement que la France a de vrais talents musicaux dans tous les domaines et que, en matière de prog, HamaSaari n’a rien à envier à nos Klone et autre Hypno5e nationaux. Pictures est un de ces albums envoûtants qu’on aimerait voir rencontrer un très large public.

PERFECTO: Do it!

France, Rock (Klonosphère, 2026)

Prenez un peu de Bukowski (le guitariste chanteur Matthieu Dottel et le batteur Romain Sauvageon), un peu de Enhancer (le claviériste chanteur Toni Rizzotti), liez le tout avec le guitariste Miguel Novais et le bassiste Jiu Gebenholtz, ajoutez un peu d’amour du cinéma et de la passion pour le rock et vous obtenez Perfecto, groupe fondé en région parisienne déjà auteur d’un premier album, Quasar of love. Les gaillards reviennent en force avec Do it! un long Ep – 6 titres pour un peu moins de 30′ – qui démarre sur les chapeaux de roues avec le très rock morceau titre. Si on peut penser que Perfecto va continuer dans cette veine, on se fourre le doigt dans l’œil car dès Kiss ’em all, le groupe se lance dans l’exploration de diverses tonalités qui vont du blues à la soul des vieux jours (entendez « période Motown »). La grande force de ce disque est une variété rafraichissante et entrainante, l’ensemble des titres étant renforcé par une production résolument moderne. Et si les ambiances ciné ne sont jamais loin – l’intro type film d’épouvante de The knife thrower – Perfecto nous emporte dans ses univers sonores avec un réel bonheur. Une belle bulle de fraicheur vitaminée pour démarrer l’année en somme.

HEADKEYZ: The cage and the crown, chapter II

France, Rock (NB records, 2026)

J’avais découvert Headkeyz lors de l’édition 2023 du Rock In Rebrech. Le groupe ne m’avait alors pas particulièrement marqué, mais le temps d’un concert est-il vraiment suffisant pour découvrir une formation ? En recevant ce nouvel album, j’ai une première bonne impression : en dehors du CD lui même, tout le packaging – livret inclus – est en papier cartonné et, semble-t-il, recyclé. Un détail? Pas tant que cela de nos jours, et c’est sans doute un indice de l’engagement pour l’écologie de nos Montpellierains (pourquoi d’ailleurs existe-t-il encore des boitiers plastique, hein, dites???) Ok, mais quid du contenu musical de ce second chapitre de The cage & the crown ? Headkeyz propose un metal alternatif, à la fois riche, subtil et direct. Après un The crown assez calme, Intoxicated attrape l’auditeur avec un irrésistible groove qui ne peut que faire danser. Clairement, le groupe fondé fondé en 2021 et aujourd’hui composé d’Adrien Girard (« Edge » au chant), Thimothée Bertram et Stella Cristi (guitares – Stella ayant rejoint le groupe en 2025 ne joue pas sur l’album où l’on retrouve Baptiste Willaume), Samuel Marechal (basse) et Sylvain Molina (batterie), puise son inspiration dans le metal alternatif et le neo metal des années 90. On retrouve tout au long des 8 titres de l’album les codes du genres sans que Headkeyz ne s’y enferme. Du chant rappé (Rotten party), des complaintes d’esclaves du sud des USA (Vikings), Headkeyz ne semble se poser aucune limite. Il y a une vraie personnalité, et sans aucun doute une ambition marquée de se distinguer. Si le groupe a lui-même produit cet album, il a fait appel à des pros pour la finalisation. Mixé par Thibault Akrich et masterisé par Emerson Mancini (connu pour ses travaux avec Paramore ou Linkin Park), ce Chapter II est une réussite de bout en bout, un album sombre et lumineux à la fois, grave et jovial, un de ces albums qui a tout pour séduire un public varié et pour pouvoir fièrement s’exporter hors des simples frontières européennes.

HOLY FALLOUT: 404

France, Metal (Autoproduction, 2025)

404, comme une bien trop fameuse erreur informatique… Et pourtant, non… 404 n’est que le titre du nouvel album du groupe de metal alternatif Holy Fallout. Ce qui (me) marque dès la première écoute de Crippled, le morceau d’ouverture, c’est un esprit à la Headcharger. Le chanteur, Paul Girardot (également guitariste) pourrait bien être confondu avec Sébastien Pierre, mais rapidement Holy Fallout se détache de cette étiquette. Dès Unsatisfied, le groupe nous invite dans un univers où le heavy rock rencontre le rap avec un groove qui tape dans le mille. Quelques growls bien sentis viennent secouer les tympans. On pense naturellement à des références comme Nothing More mais aussi à la puissance de feu d’un Lamb Of God. Tout au long des 10 titres (plus un bonus), les Bisontins invitent leur auditoire à explorer diverses palettes sonores, parfois doublées d’un nappage de claviers apportant une touche de légèreté aérienne et de refrains à faire chanter le public (Stuck in the blue). En variant les tempi et en diversifiant son propos, Holy Fallout interpelle et séduit sans jamais lasser. Solide comme un rock, 404 est une très belle promesse qui pourrait porter la formation rapidement parmi les gros espoirs du rock énervé made in chez nous. A suivre de très près.

BLACK RABBIT: Warren of necrosis

Thrash/death, Pays-Bas (Autoproduction, 2025)

Nous avions pu découvrir les néerlandais de Black Rabbit en début d’année 2025 avec leur Ep Chronolysis, un disque brutal qui marquait quelques points. Les voici qui reviennent avec, en guise de cadeau de Noël un nouvel Ep (paru le 10 décembre dernier), Warren of necrosis. Les gaillards, toujours la même équipe – Nino Thomas (chant), Jelle Brekelmans et Hidde Hofland (guitares), Thijs Mulder (basse) et Koen van der Voet (batterie), on ne change pas une équipe qui gagne – nous balance « seulement » 4 claques dans la gueule. Le thrash/death aux relents de black metal (dans certains vocaux bien comme il faut) attrape l’auditeur par les burnes pour ne jamais le relacher. Plutôt que de foncer tête baissée, Black Rabbit choisi de varier les plaisirs en incluant diverses sonorités latino ou médiévales. En offrant de saines respirations, en relâchant, malgré tout la pression, le propos se fait plus solide et l’histoire se vit en une écoute. Il y a du Death Angel, du Exodus des vieux jours, ainsi que quelques lignes d’un jeune et fougueux Metallica tout au long des Initium finis, Apprehension, Null and void et Insurrection… liberation, tous aussi brutaux que déterminés et efficace. Le format Ep colle parfaitement au genre, jamais trop long mais presque trop court. Voilà le genre de groupe qui mériterait un passage sous une certaine Altar…

MANTAH: Antidote

Belgique, Metal (PolderRecords, 2025)

Ca, c’est la claque de cette fin d’année… « Ca »? Je veux parler de Mantah, une formation belge fondée en 2022 qui, avec son second album, Antidote, sorti fin octobre 2025, risque fort de faire parler d’elle. Ne nous fions pas à cette illustration aux couleurs flashy et acidulées et plongeons nous directement dans le contenu de ce CD explosif de bout en bout. Les dix titres puisent autant chez Korn que Linkin Park, c’est une évidence, mais Mantah développe sa propre personnalité, brutale et vindicative. L’énergie du propos musical est communicative, et la franchise des cinq – Sven Herssens au chant, Dennis Wyffels et Bart Vandeportaele aux guitares, Bert Nauwynck à la basse et Lothar Ryheul à la batterie – est communicative. Si au travers des Start, Phenomenal ou autres Going down on peut également penser à Five Finger Death Punch, il semble clair que Mantah cherche à développer sa propre identité musicale et a déjà une vraie personnalité, fraiche, brute et sincère. Enfant du neo metal 90’s, Mantah reste totalement ancré dans notre époque. Un groupe à suivre de très, très près!

Publié dans CD.

GUT-SCRAPERS: Twelve rays

France, Heavy rock (Brennus, 2025)

Gut-Scrapers, les amateurs de heavy bluesy made in France connaissent déjà. Avec deux albums au compteur (Gimme your soul en 2012 et Getting through en 2017), le groupe a vu son line-up radicalement changer et évoluer en 2022. Désormais composé de Tracey Ors (chant), Olivier Salazar (basse) et Dawoud Bounabi (batterie) et de son dernier membre fondateur, Fred Fages (guitare), le quatuor revient en force avec Twelve rays, un Ep de 4 titres qui tous puisent dans ce hard/heavy bluesy à souhaits. Quand bien même le jeu de mots soit plus que facile et convenu, la chanteuse porte bien son nom tant sa voix brille de mille feux, d’ors brillants et chaleureux. Bien plus qu’un incontestable atout, la voix de Tracey, rugueuse, chaude et vibrante, est une véritable arme pour Gut-Scrapers sans pour autant jamais effacer le rôle de ces guitares incisives et de cette rythmiques pleine de feeling. Quatre petits titres qui donnent envie d’en entendre beaucoup plus… Le blues de Rise above cède la place à un Days will come bien plus heavy, le groupe s’offrant une échappée belle sur les highways américains avec When the roots are deep avant de terminer avec un Sincere rapide, direct et déterminé. Gut-Scraper nous propose un Ep (aux inhabituelles illustrations signées Stan W. Decker, illustrations plus proches des gravures de J-D. Férat ou L. Benett) plus que solide et prometteur, et on attend maintenant des Nîmois qu’ils envahissent les scène de France et d’ailleurs pour trouver leur public. Très prometteur!

RVH PROJECT: Land of the damned

Heavy rock, Pays-Bas (Snakebite, 2025)

Comme souvent, quand on voit des initiales avant le mot « project », on sait avoir à faire au projet solo d’un musicien. Ici, il s’agit du projet de Rick Van Heuzen (RVH, donc), chanteur et bassiste, qui, avec RVH Project s’est adjoint les services du guitariste Orion Roos et du batteur Gerry de Graaf. L’alchimie entre les trois prend et le projet devient « groupe », la formation, créée en 2021, proposant un premier album, Enter the machine, l’année suivante. Il faudra trois ans au trio pour revenir avec Land of the damned, un album totalement ancré dans les 80’s. La difficulté avec les project bands réside souvent en ce que leur fondateur cherche à mettre en avant son talent. Ici, on a clairement droit à un chanteur aux aspirations et au timbre variés. Mais j’ai trop souvent l’impression d’écouter et d’entendre une répétition de ce que les 80’s ont proposé de mieux tant dans le hard rock que l’AOR, de Toto à Bon Jovi en passant par Night Ranger et plein d’autres. Il y a quelques incursions dans la musique de films, le funk et le jazz sont également très présents tout au long de l’album, mais l’ensemble reste, malgré une production totalement moderne, très daté. Indépendamment, chaque musicien fait des merveilles, et RVH démontre à plus d’une reprise sa puissance vocale. L’ensemble est varié, enjoué aussi, mais, malgré l’envie réelle, ne parvient pas à déterminer une personnalité propre au groupe, une identité sonore. Plaisant et bien fait, Land of the damned se fond dans la masse de productions indépendantes sans parvenir à vraiment faire mouche. Dommage, car il y a du fond.

Séance de rattrapage: SPIRIT WAR: Beyond frontiers

Power metal, France (Autoproduction, 2025)

Presque « nouveau venu » sur la scène française du metal mélodique, Spirit War revient avec Beyond frontiers, un second album composé de 10 titres qui puisent dans ce heavy power qui vise à faire sauter les foules en cadence et lever les bras. Les amateurs de heavy français connaissent sans doute déjà son fondateur, Markus Fortunato, le bassiste ayant en effet une longue carrière derrière lui et s’étant fait quelque peu remarquer avec son premier projet, M.Z, avec qui il a enregistré 7 albums. Malheureusement, sans un label qui lui reste fidèle (le groupe est passé chez Wagram, Brennus, Pervade…), le travail de fond est compliqué. Il fonde par la suite Öblivïon et Fury Age avant de se lancer sous son propre nom et de ressortir aujourd’hui avec Spirit War. Ce nouveau projet saura-t-il enfin sourire au bassiste chanteur, désormais entouré du guitariste Nicolas Lebrat et du batteur Valentin Leroy? Dès la première écoute, le message est clair: une grande place est accordée aux mélodies qui font mouche. Les sources d’inspiration sont variées, allant du heavy traditionnel à la Maiden au néo classique de Malmsteen. Malheureusement, aidée par une production un peu trop étouffée et un anglais correct mais typé frenchy, l’étiquette 80’s est trop présente. Même les excursions dans des envies « sabatonnesques » sont rattrapées par un esprit Manowar dans certains textes. Les rythmiques, certes, donnent envie de taper du pied mais Spirit War ne parvient pas à m’imposer un air qui me reste en tête. Bien fait, sans aucun doute, cet album est bourré de mélodies sympa mais par trop datées et manque de cette touche de modernisme qui pourrait vraiment le faire sortir du carcan des années 80. On passe cependant un bon moment festif, et c’est toujours ça de pris!

PVRS: Let the silence begin

Belgique, Metal (Autoproduction, 2025)

Il y a moins d’un an, début 2025, nous pouvions découvrir le metal doom et mélancolique de nos voisins belges de PVRS. Le du revient aujourd’hui avec son second album, Let the silence begin, un disque composé de dix titres. La force de Pvrs réside sans aucun doute en cette capacité à s’offrir des explorations sur divers terrains de jeu. On passe ainsi d’univers lourds et presque oppressants à des ambiances plus mélancoliques sans jamais être tristes. Pvrs navigue aussi entre ambiance doom et l’innocence gothique d’une certaine forme de new wave. Pvrs ne se laisse pas arrêter par de quelconques barrières critériées et restrictives, et ne plonge jamais dans l’obscurité, chacun de ses morceaux laissant entrevoir une lumière. Aussi brumeuse puisse-t-elle être (les thèmes abordés sont loin, très loin, d’être joyeux), elle perce avec une envie de toucher le cœur de l’auditeur.