RUNNING WILD: Rééditions

Heavy metal, Allemagne (BMG, 2017)

Souvenez-vous: en 2016, BMG publiait une série de doubles compilations de groupes qui figuraient, au cours des années 80, sur le mythique label allemand indépendant Noise. Intitulées Nosie lebt! ces compilations résumaient la carrière de groupes aussi variés que Helloween, Kreator, Grave Digger, Tankard, ou encore Running Wild. Eh, bien, les inventeurs du metal pirate sont aujourd’hui à l’honneur puisque BMG a décidé de rééditer pas moins de 5 albums aussi légendaires que le label qui mit au jour le groupe de Rock n Wolfe. 5 albums dans des versions expanded – rallongées, donc – bénéficiant chacun de titres supplémentaires et d’un lifting du livret, dont les notes retracent en profondeur la genèse de l’album et l’histoire du groupe. Under Jolly Roger, sans doute l’album le plus marquant puisque inventeur du genre, est le seul présenté sous la forme d’un double CD – et dispose sans doute du livret le moins attractif du lot . On se délecte à l’écoute – la redécouverte pourrait-on dire – du metal fortement influencé par Maiden, Priest ou Motörhead, légèrement diabolique aux débuts jusqu’à ce coup de génie qui vit le groupe devenir les pirates du metal. les versions réenregistrées de certains morceaux valent au moins autant que leurs versions originales, et sont au goût du jour. Aucun fan ne passera à côté de ces documents dont on regrette seulement le manque d’enregistrements live inédit ou d’un bonus vidéo/DVD. N’empêche, vous savez ce qu’il vous reste à faire, moussaillons!

HOGJAW: Way down yonder

Rock sudiste, USA (Snakefarm, 2018)

Amoureux de rock sudiste, offrez donc une oreille à ce Way down yonder, septième album des Américains de Hogjaw, littéralement traduit par « mâchoire de porc ». Rien que ça, ça a du mordant, version le supplice que promet Mason Verger à Hannibal Lecter. Revoyez vos classiques. La guitare est sautillante, trépidante, évoque parfois sans complexe le ZZ  Top des 70’s/80’s, le Blackfoot première période, et pioche volontiers du côté des Allman Brothers, Lynyrd Skynyrd et autres Molly Hatchet. On ne la fait pas aux gars de Peoria, en Arizona. Leur rock sent le soleil, le mauvais whiskey, le crottin de cheval, bref, ça sent le vécu, le vrai, les tripes. Si Dark horse se démarque avec un tempo ralenti comme un cheval essoufflé et un chant à la Michael Poulsen (Volbeat, oui, la comparaison est osée!), si l’on se demande ce qu’est ce North Carolina way (vu par des gens de l’Arizona, ça intrigue), si l’on se plait à parler pêche (Talk about fishin’) ou de Redemption et donc de religion, Hogjaw nous offre simplement un album « nature », varié et dépouillé. Pas de gros effets, pas de frime, du direct, de la gratte, une basse et une batterie et c’est tout. Efficace, sobre, Way down yonder est une réussite qui enchante ce début d’année.

SAXON: Thunderbolt

Heavy  metal, Royaume-Uni (Silver lining, 2018)

Saxon reste sans aucun doute le dernier grand représentant de la NWOBHM. Je vous vois déjà vous offusquer et hurler: « Et Maiden, alors? » Si ces derniers sont le symbole même de cette vague qui fit renaître le genre, ils ont aujourd’hui une image et un style qui n’a plus grand chose de commun avec cet esprit prolo qui caractérise toujours Saxon. Donc, je reprends: Saxon reste sans doute le dernier grand représentant de la NWOBHM. L’attitude scénique et/ou musicale continue de rattacher Biff, Paul et la bande à cette époque. A quelques innovations près, Thunderbolt ne déroge pas à la règle qui fait le succès de Saxon. Un peu plus de deux ans après la publication du plus que remarqué Battering ram, les Anglais reviennent avec un nouveau méfait. Soyons clairs, si Thunderbolt ne surprend pas, il apporte toute satisfaction au fan. La marque de fabrique des 5 est reconnaissable – une intro idéale pour les concerts, une déflagration, une explosion, un peu de nostalgie… tous les éléments que  Saxon maîtrise à merveille. En revanche, ce sont les thèmes abordés qui surprennent: rarement Saxon avait exploré le champs du fantastique ou du mythologique. Ici, le pas est brillamment franchi avec Nosferatu, Sons of Odin ou encore A wizard’s tale. Les hommages sont également de la partie: bien sûr, Lemmy, disparu juste après la publication de Battering ram, est au centre de They played rock and roll, mais pas dans le sens premier, puisque ce morceau raconte l’histoire de la première tournée que firent ensemble, en 1979, ces deux groupes devenus légendaires depuis. Predator est une grosse surprise avec le doublage vocal: Biff est accompagné d’un growleur à l’esprit death metal. Et ça marche! On note également ce clin d’oeil à We are the road crew – sans être aussi marquant – qu’est Roadie’s song. Saxon est en grande forme et Thunderbolt en est la preuve. Ce n’est pas demain la veille que nos guerriers de la route préférés diront leur dernier mot!

THE WIGGAR OVERDOSE: 4’22 with Faye Reagan

Fusion, France (2018, Autoproduction)

Rappelez-vous: début décembre, je vous disais tout le bien que je pensais de The Wiggar Overdose, groupe de rap metal évadé de New York sous Bois qui nous présentait son premier Ep, Bwesh (cf. http://metal-eyes.com/the-wiggar-overdose-bwesh). Et maintenant, qu’est-ce-que-voici-qui déboule? Tout simplement un premier album qui risque de faire du bruit. 17 titres, dont ce 4’22 with Faye Reagan dont on se demande (à peine) de quoi il traite… Bon, ils sont rapides, les gars, pas de temps à perdre! 4’22, une affaire expédiée version banlieue pas rose et morose… L’extrait ci-dessous, de l’album NYSB rapcore club, vous donnera une belle idée du feu rap metal qui anime ce groupe dont vous pourrez découvrir la suite avec le fun Captain Caste dès lundi 29 janvier prochain grâce aux amis du Rock à Kiki et Ultrarock. Ben ouais, on a décidé de se mettre à plusieurs sur ce coup là (oh, je vous arrête: ce « coup-là », c’est pas Faye Reagan, c’est le groupe, hein… On est d’accord? Même si forcément on imagine que « le » Kiki aurait bien dit 2 ou 3 mots à Faye… Perso, j’aurai préféré l’autre Faye. Dunaway, version Bonnie. Chacun son truc, et c’est le leur…).

Je vous invite donc à prendre rendez-vous régulièrement sur nos différents médias pour tout connaître de The Wiggar Overdose en commençant par ce trailer au son explicite.

SATAN JOKERS: Symphönïk kömmandöh

Heavy metal, France (Brennus, 2018)

Je ne suis pas étonné… Que Renaud Hantson veuille revisiter les grands morceaux de son Satan Jokers pour en proposer des versions symphoniques semble d’ailleurs naturel. Pourquoi les grands de ce monde l’auraient-ils fait et pas les légendes hexagonales? Ce Symphönïk kömmandöh (faudra m’expliquer les trémas, un hommage à Motörhead, peut-être?) revisite ainsi 16 morceaux de la carrière de SJ, toutes époques confondues. Accompagné de son groupe actuel (Michael Zurita à la guitare, Pascal Mulot à la basse et Aurélien Ouzoulas à la batterie), Hantson fait appel à l’orchestre symphonique Phocéen (Marseille, donc) pour réinterpréter sa vie d’avant (les glorieuses années 80 avec 4 chansons) et son monde actuel, celui du dévoilement de ses addictions et de son travail psychiatrique avec le Dr Metal, Laurent Karila. Je me jette sur les deux derniers titres, les classiques parmi les classiques que sont Pas fréquentables et Les fils du metal. Verdict: la voix de Hantson est toujours puissante, et le résultat est globalement intéressant. Mais il n’est pas évident, même pour un guitariste aussi talentueux que Zurita de reproduire le travail de Stéphane Bonneau, guitariste originel du combo. Si l’apport d’arrangements classiques offre une autre couleur à l’ensemble de ces morceaux, il n’en révolutionne pas totalement l’esprit originel. La sélection des chansons de sa période « je me confie en musique » (Ma vie sans, Substance récompense, Appétit pour l’autodestruction, Club 6 sex 6, Milfs, Phobies) résume bien cette psychothérapie musicale. Même si on aurait préféré être plus surpris, cet album est un plaisir que s’est fait Satan Jokers et qui séduira sans aucun doutes les fans.

LOUDNESS: Rise to glory

Heavy metal, Japon (Ear Music, 2018)

Il y a deux ans, j’ai redécouvert Loudness lors de leur passage au Hellfest. Le groupe avait alors marqué quelques esprits et c’est avec un réel plaisir que je découvre Rise to glory, le premier album que j’ai l’occasion d’écouter depuis… Non, pas Thunder in the east, mais depuis le moyen Engine paru en 1999. Cette fois, les Japs’ ressortent l’artillerie lourde et lorgnent autant du côté shRedder d’un Eddie Van Halen que du thrash et du speed metal. En variant les sonorités et les genres, Loudness parvient à maintenir l’attention au top. Malgré l’accent anglais presque comique de Minoru Niihara, on appréciera sa puissance vocale, son chant rauque et rageur tout autant que le jeu toujours exceptionnel du guitariste Akira Tagasaki, un des meilleurs du genre dans son pays et peut-être dans le monde. La preuve? Ecoutez l’instrumental Kama sutra, et on en reparlera. Ce Rise to glory est une véritable bouffée de puissance et de chaleur, qui nous fait remonter le temps, au milieu des années 80, lorsque Loudness ouvrait pour Saxon dans un Zénith de Paris rempli de curieux. Ça rock, ça booste et ça fait du bien!

INSOLVENCY: Antagonism of the soul

Metal, France (Send the wood, 2018)

C’est un album puissant que nous proposent les Parisiens de Insolvency. Antagonism of the soul, leur premier essai, s’inscrit dans la droite lignée d’un metal moderne, aux facettes multiples. Si le groupe se dit inspiré par le metalcore (cf l’interview de Bruno Blackstard), le projet est en réalité un peu plus complexe et fouillé. Le mélange de voix (3 par instants) donne des résultats intéressants, d’autant plus lorsque celles-ci sont agrémentée d’un duel entre des guitares claires et aériennes et une rythmique genre tir de barrage de la seconde guerre. Jour et nuit, puissance et mélodie, cet album joue en effet sur les antagonismes sonores ainsi que littéraires. De ce point de vue, les chansons abordent différents aspects de la psychologie humaine, des côtés optimistes aux aspects les plus pessimistes et auto destructeurs.  La production fait ressortir les différentes couleurs de ce projet ambitieux. La naissance d’un gros espoir?

MAGNUM: Lost on the road to eternity

Hard rock, Royaume-Uni (SPV, 2017)

Si le titre de ce nouvel album de Magnum se veut prémonitoire, son contenu pourrait bien transformer ce rêve en réalité. De bout en bout, en effet, ce Lost on the road to eternity, enthousiasme, entraine ou/et émerveille l’auditeur. Les mélodies sont simplement toutes d’une simplicité et d’une efficacité à nulle autre pareille, avec des airs immédiats, des mélodies et des refrains qu’on s’amuse à siffloter en choeur sans prendre le temps de se demander ce qu’il se passe. La légèreté de l’ensemble confirme tout le talent de ce groupe qui, tout en restant fidèle à ses origines, taille de véritables hits en puissance. C’est que depuis sa création en 1972, Magnum en a vu et vécu des choses… De Preachers and cream – très réaliste – à King of the wold – très optimiste et positif – chacune des 11 chansons de ce disque fait mouche. A une époque où la violence est à chaque coin de rue, Lost on the road to eternity choisit le chemin de la bienveillance, tant dans ses constructions musicales que dans ses propos. Une totale réussite qui s’adresse à tous les amateurs de belles mélodies.
A noter : SPV propose une version de l’album agrémentée d’un CD bonus contenant 4 titres live enregistrés en 2017. Certes, c’est court mais en attendant un nouveau live intégral, on s’en contentera!

AVATAR: Avatar country

Heavy metal, Suède (Sony music, 2018)

Depuis quelques albums, Avatar réussit à se diversifier, ne pas se répéter ou tomber dans le piège de la formule. Et si le groupe sait se faire remarquer pour ses prestations scéniques hautes en couleurs, prestations fédératrices s’il en est, il lui reste à franchir le cap de la réalisation de l’album qui fera craquer le grand public. Avatar country pourrait bien être celui-là, plus joyeux qu’un Feathers and flesh sombre. Construit autour de l’histoire d’un roi – chaque chanson et instrumental contient le mot « king » – l’album explore divers horizons, très mélodiques ou plus brutaux. Le chant de Johannes Eckerstöm est plus varié que jamais et le gaillard excelle dans les vocaux  clairs autant que cette rage qui anime sa folie. Les guitares de Jonas « Kungen » – qui tient ici le rôle du roi (cf interview) – et de Tim Öhrström illuminent l’ensemble des chansons, également très variées. Du très heavy metal Legend of the king – véritable introduction après le chant glorificateur Glory to our king – au final instrumental  (les deux parties de Silent songs of the king), en passant par le folklorique The king welcomes you ou le délirant The kings speaks, tout est éblouissant, entraînant, voire fascinant. Même s’il est très « culte de la personnalité », c’est avant tout un disque d’autodérision et de critique acerbe du pouvoir en place. Avatar frappe fort et Avatar country me donne ma première grosse claque de l’année.

ANVIL: Pounding the pavement

Heavy metal, Canada (SPV, 2018)

Si Anvil a connu, au cours des années 80, un joli début de gloire pour mieux sombrer dans un injuste oubli, il fait aujourd’hui, depuis le film qui lui a été consacré, partie des éternels challengers. Sans aucun doute le capricieux succès restant à la porte a-t-il inspiré le titre de ce nouvel album. Car Anvil ne lâche rien et continue de battre le pavé (Pounding the pavement, en anglais, et accessoirement le titre de son nouvel album) en rongeant son frein. L’envie est toujours présente, et cela s’entend dès Bitch in the box, un heavy carré et entraînant à la mélodie mémorisable. La voix de Lips est puissante et rugueuse et sied parfaitement. Anvil s’amuse par la suite avec les rythmes proposant ici du speed (Ego), de la lente oppression (Smash your face, pas totalement convainquant), un instrumental efficace (Pounding the pavement, qui m’évoque Accept), du rock n roll débridé à la Motörhead (Rock that shit, le bien nommé), du heavy pur jus, mais toujours teinté de mélodies variées et puissantes. Pounding the pavement est un album qui sent le plaisir de jouer, et parfaitement adapté pour les concerts. Espérons seulement qu’Anvil puisse, sans morceau immédiat, trouver un public plus large, ce qu’il mérite vraiment.