SEETHER: Si vis pacem para bellum

Metal, Afrique du Sud (Spinefarm, 2020)

« Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Ainsi va cette locution latine – Si vis pacem para bellum –  qui nomme le nouvel album des Sud Africains de Seether. Le message est non seulement clair, mais il est d’actualité. Et dès Dead and done, le morceau introductif, le ton est donné: des guitares furieuses, un rythme enlevé, un chant qui évoque toujours un certain Cobain cette fois doublée de colère non retenue. Le groupe franchit ici une nouvelle étape en proposant un hard rock grungy et sacrément burné qui, au cours des 13 morceaux ne se répète jamais. C’est puissant et direct, tout en restant mélodique. La pochette, version négative de Poison the parish (illustration blanche ensanglantée sur fond noir vs. illustration sombre sur fond clair). Le chant de Shaun Morgan – qui s’est également chargé de produire l’abum – est varié, hargneux, doux et enragé, autant que les guitares, qu’il tient avec Corey Lowery sont variées, aériennes et entraînantes. Seether n’a aujourd’hui pas le succès qu’il mériterait pourtant. Cet album, qui se laisse écouter d’une traite, est pourtant la preuve du gage de qualité et de variété qu’est Seether.

BULLRUN: Wilderness

France, Hard rock (Autoproduction, 2020)

Découverts en 2017 avec un premier Ep – Dark amber – efficace et varié, les Français de Bullrun reviennent enfin avec un nouveau méfait, Wilderness, un autre EP au propos plus heavy. Au travers de ces 6 nouveaux titres, le trio confirme son potentiel tout en affirmant son identité sonore et son orientation musicale. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons dû patienter trois ans, le groupe explorant les sonorités et se cherchant, mais semblant désormais s’être trouvé. Le résultat est un Ep plus compact et cohérent, plus foncièrement heavy, rugueux et rentre dedans. Downtown met les choses au clair dès le départ: on n’est pas loin des relents de bières et de clopes qui pouvaient définir un Motörhead des 80’s. Wilderness, saccadé et furieux évoque plus Maiden ou Metallica tandis que Fire and hate – objet d’un premier clip chiadé et superbement mis en scène – achève de rompre des nuques. Redemption day se démarque quelque peu avec une intro un peu southern rock, le heavy se réimposant avec Roll your dice et Dust and sand. Avec Wilderness, non seulement Bullrun fait preuve de maturité mais donne l’impression de vouloir explorer le monde. Et le potentiel est là: une voix profonde, puissante et rageuse, un anglais parfaitement maîtrisé, véritable atout, une mise en son exemplaire, une envie de partage, des ambiances très US assumées. A quand la scène et un album complet???

UNITED GUITARS vol. 2

France, metal et plus (Mistiroux, 2020)

En 2019, Ludovic Egraz, journaliste et guitariste de son état, décide de réunir au cœur d’un même projet tous les guitaristes qu’il peut. Son activité journalistique au sein de Guitare extreme l’a amené « depuis quelques années à rencontrer plein de guitaristes pour des interviews ou des rubriques pédagogiques » ce qui lui a permis de développer « un gros réseau dans le monde de la guitare depuis quelques années » . Il a ainsi réuni divers musiciens dans le cadre de vidéos pour You Tube ce qui a fait naître l’idée d’en réunir plus encore pour enregistrer un double CD. L’idée était de réunir le plus de monde possible en studio pour enregistrer ce premier volume pour faire quelque chose le plus vrai possible. Le résultat, c’est ce United guitars, double album instrumental. Forcément, un an plus tard, les règles ont changé. Covid étant passé par là, « les règles sanitaires font qu’on ne pouvait être que 5 en studio. Les gens se croisaient, rentraient après chez eux, on ne se voyait jamais longtemps« . Ceci mis à part, la différence principale de ce Vol. 2 réside en la variété des 17 compositions, toutes originales, un critère pour figurer sur cette série musicale – auquel certains guitaristes étrangers, pourtant intéressés, voudraient pouvoir déroger mais « ce n’est pas l’idée du projet, on veut vraiment de la musique écrite spécialement pour« . Car tout au long de ces deux galettes, on trouve du rock, du hard, du jazz rock, des influences indiennes et orientales qui font de ce disque un album riche de couleurs. Ludovic confirme, précisant que « c’est une des exigences qu’on avait, le premier était un peu plus monochrome, il tournait plus autour du rock à grosses guitares saturées« . Ludovic précise même que cette variété rend l’ensemble plus « digeste« , et il est vrai que l’ensemble passe très vite, malgré un Sweet thing de plus de 9′. Cette variété est due au panel de guitaristes invités, ou ré-invités pour certains, « le noyau dur. Mais j’ai d’abord besoin de les connaitre, pour savoir si ce ne sont pas des gens… « problématiques » qui risquent de compromettre la bonne ambiance du projet« . S’il figure une majorité de guitaristes français, Ludovic fait également appel à la générosité de certains étrangers. S’il n’a pu convaincre Reb Beech ou Nita Strauss, il a su séduire Doug Aldrich qui plaque 3 soli. Steve Lukather « aurait été partant, mais avec le confinement, il s’est barré au Texas, dans un ranch, il n’avait pas de matos avec lui… » OK pour les guitaristes de métier, mais un inconnu, un amateur qui souhaite participer au projet peut-il faire connaitre sa candidature?  » C’est pas possible! » répond un Ludovic en riant. « Même si on ne ferme pas la porte. Peut-être qu’un jour on prendra une claque… On écoute tout ce qu’on reçoit. Après, on a une ouverture dans nos campagne Kiss kiss bank, dans des tranches assez élevées d’acheter leur espace de solo sur l’album. On a Xavier qui est revenu sur cet album parce qu’on s’est super bien entendus. Il est pharmacien à Toulouse, et cette année, on a Jean Michel, qui est un entrepreneur de la région de Mâcon qui est fanatique de musique, semi professionnel à une époque et qui profite de sa pré-retraite pour se remettre à la musique. Il est venu enregistrer un solo sur le morceau de Fred Chapelier – Thick as thieves – et ça vaut le détour! » Avec toute cette bonne humeur, comment ne pas conclure sur une touche joyeuse et quelques portraits privés?

Alors qui est le plus Bluesy des guitaristes du projet? Fred Chapelier.  Le plus heavy? Matt Asselberghs.  Le plus barré? Yohann Kempst. Facile! Le plus féminin? « Oui, bon, forcément… Quoique… Il y a des guitaristes, comme les hommes en général, qui ont des traits féminins dans leur caractère… » Alors reformulons: la plus féminine? Nina Attal, forcément! Et le plus féminin? Je dirai Swan Vaude. Le plus speed?  Probablement Thomas Fratti. Même si son morceau est tout l’inverse… Le plus aérien? Yvan Guillevic. Le plus technique? Sur cet album, je ne sais pas qui… Peut-être Manu Livertout. Le plus sage? Mmh… Youri de Groot. Le plus joyeux? Nym Rhosilir. Mais c’est à la fois le plus joyeux et le plus sombre. Le plus chapeauté? Le plus beau chapeau, c’est Manu Livertout!

Vous pouvez vous procurer la version double CD, triple vinyle (dans un super pressage aux couleurs du projet, rouge, noir et blanc) ou les deux directement sur le site www.united-guitars.fr, mais également dans les magasins habituels. Une chose est certaine, et Ludovic Egraz, par l’intermédiaire de United Guitars, le démonter haut la main: aujourd’hui, la France n’a plus à rougir de ses musiciens, qu’ils soient guitaristes ou autre. Ils sont doués, créatifs, inventifs et peuvent facilement challenger certaines « stars » d’outre-frontières. Bravo!

TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN: Pressure

Hard rock, USA (SPinefarm, 2020)

Tyler Bryant & The Shakedown a un rythme de publication discographique quasi unique en son genre. Moins de 18 mois après la sortie de Truth and lies, qui m’avait déjà sacrément marqué, les Américains reviennent avec un Pressure tout aussi réussi, varié et efficace en diable. Concocté à domicile en pleine période de lutte contre la pandémie, ce disque voit le groupe confirmer son potentiel et faire un pas de plus vers l’excellence. Les Shakedown s’amusent avec tout ce qui leur plait, du hard rock rageur (Pressure) à la ballade sensible, épurée et émouvante (Like the old me) en passant par le hard rock pur jus (Crazy days), le rock sudiste issus des bayous (Hitchhicker et sa bottleneck). Le combo sait aussi se faire simplement crade et direct (Automatic) ou amoureux de la country (Wildside) ou du blues (Misery). Jamais à court d’idées, le groupe ne laisse pas l’auditeur se lasser. Pressure pourrait-il être le déclencheur – enfin – d’un succès à grande échelle pour TBSD? Voici en tout cas un album, dont on ne jettera rien, qui séduira tous les amateurs de hard rock simple et efficace.

JIRFIYA: Still waiting

France, Metal (autoproduction, 2020)

Il y a à peine un an, Jirfiya m’avait agréablement surpris avec son premier Ep. Il y a un an à peine… Rares sont ceux qui s’activent autant pour proposer de nouveaux albums – mini, ou Ep… -alors commençons par saluer l’effort que représente ce Still waiting mal nommé (ben ouais, on n’aura pas attendu longtemps…) 6 titres plus 2 bonus composent ce nouveau méfait qui puise confirme les orientations musicales du combo: un mix de metal extrême rageur et enlevé (Silently) qui introduit les différents éléments de l’identité musicale du groupe (un chant masculin rageur doublé d’une douceur vocale féminine, des sonorités variées et inspirées, des constructions efficaces), de prog (The right side of the border), de hard core proche metal core (The farewell), de rock pur jus (This is my life) ou de moments plus sensibles, proches de la ballade (The hill of shame), voire même pop (House of poison et son entrée a capella). Le mix de chant rugueux et doux – masculin et féminin – fait toujours sont effet et les apports orientaux des guitares font mouche à tous les coups. Les textes semblent aborder des thèmes d’actualité aussi brulants que les migrants et l’injustice sociale. Incontestablement, en tout cas, c’est le mal qu’on lui souhaite, Jirfiya, avec son metal varié, puissant et aérien, une production et un artwork soignés, se positionne dans les challengers de la scène française à suivre.

MIKE LEPOND’S SILENT ASSASSINS: Whore of Babylon

USA, Heavy metal (Silver lining, 2020)

Le bassiste de Symphony X nous revient une nouvelle fois avec sont projet Silent Assassins et propose un troisième album plus que rageur. Largement inspiré par des faits et légendes criminels et horrifiques, Mike Lepond écrit avec Whore of Babylon la bande son de ce qui pourrait être un jeu video basé sur le folklore sanglant. La vélocité du propos, la basse rageuse, le chant puissant, la batterie galopante, tout est réuni pour emmener l’auditeur dans un univers musicalement visuel. Mais Silent Assassins ne se veut pas que speed: les influences orientales (le break de Tell tale heart) ou irlandaises (Night of the long knives), la douceur de la flûte et du chant féminin (Sarah Teets, chanteuse de Mind Maze, sur Champion) font de cet album une oeuvre qui interpelle. Seulement, à force de fuser dans tous les sens, de speeder quasi non stop, certains moments peuvent devenir lassant (Ironborn). Difficile au final de rester attentif sur la durée, une pause peut être nécessaire pour mieux digérer cet ensemble toutefois réussi. Si un peu plus de variété rythmique aurait été bienvenue, l’ensemble tient la route, intrigue et donne envie de se plonger dans ces récits qui ont fait l’histoire. Un bel album, en somme.

OVTENOIR: Fields of fire

 France, Metal (Consouling sounds, 2020)

Voici un album qui ne laissera pas indifférent… Ovtenoir, formé en 2013 dans le cadre d’un projet post rock acoustique, propose aujourd’hui Fields of fire, son premier album qui fait suite à un Ep datant de 2016. Les 42′ pour 7 titres que dure cet album proposent des ambiances lourdes, lentes et rageuses, évoquant souvent l’univers du doom (Phantom pain), sombres aussi comme peuvent l’être Candlemass ou Paradise Lost. On peut aussi voir en filigrane Metallica, voire même Wormfood (Kept afloat et son intro inquiétante comme chuchotée à l’oreille). Les guitares rapides et ultra saturées (Wires) se démarquent positivement et bien que le chant manque parfois de variété, le propos d’Ovtenoir est sans concessions. On n’est guère surpris de retrouver Francis Caste derrière les manettes de ce disque lourd et puissant. A découvrir hors confinement en appartement…

FOREST IN BLOOD: Haut et court

France, Hardcore (1054 records, 2020)

L’accueil reçu par Pirates, le précédent album des Français de Forest In Blood, semble avoir été suffisamment chaleureux pour que les gaillards se décident à ne pas nous faire patienter 20 ans avant de pouvoir découvrir du nouveau matériel, comme ce fut le cas entre leurs deux précédents albums…  Alors c’est en forme qu’ils entrent en studio et déboulent avec ce Haut et court de très belle facture. Après une intro aux sonorités d’usine de chaudronnerie, FIB entre dans le vif du sujet avec un Stay on course à la rythmique tribale version Sepultura des vieux jours. La rage du chant ne cède que sous le poids de ces guitares incisives qui empruntent également à Slayer (il y a du Dead skin mask et du Raining blood dans ce Real game of gallons) et de ces rythmes purement hardcore. Impossible de résister à la furie d’un Never surrender ou à la variété d’un Liquor of tears qui précède un lourd et oppressant Resistance, instrumental de belle facture. Bien sûr, on sourit avec ce Reign in rum, judicieusement placé en clôture de ce nouveau méfait, clin d’oeil évident ou hommage à Slayer. La vraie surprise vient cependant du morceau éponyme, premier titre chanté en français par Forest In Blood (second si l’on considère l’interlude Echafaud comme un morceau). Les paroles peuvent laisser croire à un appel « Ces fils de chiens, ces lâches, pendez les haut et court ») mais se recentrent vite sur la piraterie tant appréciée des Franciliens. Un gros morceau, bien produit, efficace qui aurait dû sortir il y a quelque mois déjà mais que chacun peut se procurer directement sur le site du groupe (www.forestinblood.com)

Concerts from home: WHITESNAKE

Faire le tour du monde sans bouger de chez soi, sans passeport ni frontières, c’est l’invitation de Metal Eyes à travers la (re)découverte de ces albums live, mythiques ou moins connus, décortiqués en cette période sans concerts. Cette semaine, Concerts from home vous emmène au pays de sa Gracieuse Majesté, outre-manche. On est partis? Lire la suite