JOE BONAMASSA: British blues explosion live

Blues Rock, USA (Provogue, 2018)

Mais il ne s’arrête jamais, le gaillard! Studio, live, collaborations diverses… Joe Bonamassa passe le plus clair de son temps à jouer au point qu’on peut se demander s’il a d’autres centres d’intérêts. Il joue. Pour son plaisir, et celui de partager. Et pour le nôtre, aussi. Car loin de Joe l’idée de se répéter, de se reposer sur son répertoire, pourtant déjà très riche. Ici, avec British blues explosion live, Joe nous propose non pas un double album live, mais un double album live hommage aux grands du genre. Il se fait plaisir en reprenant du Jeff Beck, Eric Clapton, Jimmy Page… Ce disque a été capté lors de son concert donné le 7 juillet 2016 à Londres. Pas de lézard, le son est irréprochable, tout autant que l’interprétation de ces 14 titres qu’on souhaiterait entendre s’étirer encore et encore… Est-il utile de se plonger dans le détail de ce disque, d’extraire un morceau plutôt qu’un autre? Non, car les amateurs du guitariste savent qu’ils peuvent, les yeux fermés, se procurer l’un, l’autre ou la totalité des formats de ce British blues explosion live: double CD, DVD, Blu-ray ou même triple vinyle bleu-blanc-rouge. Pas de cocorico ici, non, non… il s’agit bien des couleurs du drapeau britannique, pour honorer l’héritage rock et blues que laisse ce pays. Un must, à consommer sans modération.

FIVE FINGER DEATH PUNCH: And justice for none

Metal, USA (Eleven seven, 2018) – Sortie mai 2018Aau regard des événements de l’an passé – le départ brutal d’Ivan Moody en cure de désintox et son remplacement sur le pouce par Tommy Vext, chanteur de Bad Wolves – on peut se demander où Five Finger Death Punch (5FDP pour les intimes) a trouvé le temps d’enregistrer ce septième album, paru juste avant l’été. Mais il est bien là, et Moody en forme. Le groupe va droit au but, proposant 13 chansons qui, pour la plupart, durent moins de 4′. Recherche d’efficacité oblige. Fake et Top of the world sont une introduction brutale et agressive – quelqu’un peut s’amuser à compter le nombre de « fuck »  et dérivés crachés par Moody sur le premier morceau, svp? avant que 5FDP ne varie ses plaisirs. Blue on black, une ballade qui monte en puissance, sonne comme une confession du chanteur. Puis les affaires sérieuses reprennent avec des tonalités qui évoquent les albums qui ont permis au groupe de vraiment commencer à percer en Europe, les deux volets de Wrong side of heaven. Un peu de piano sur I refuse introduit la seconde power ballad un peu sirupeuse bien que dotée d’une jolie mélodie (tout comme la troisième, When the seasons change). La paire de guitaristes – Zoltan Bathory et Jason Hook – tricotent des riffs puissants qui tranchent dans le vif. On regrettera simplement un peu trop de morceaux « doux », même si Will the sun ever rise qui clôt ce disque propose différents tempi, du lent au rageur. Si 5FDP tient ce rythme, et espérons que la cure d’Ivan ait été, malgré sa rapidité, efficace et sera durable, il ne fait guère de doute que le groupe franchisse un nouveau palier grâce à cet album varié et plus que réussi.

BAD WOLVES: Disobey

Metal, USA (Eleven seven, 2018) – Sorti le 11 mai 2018

Tommy Vext s’est fait remarquer l’an dernier en remplaçant, au pied levé, Ivan Moody, démissionnaire temporaire (filant en cure de désintox) et depuis revenus au sein d’un 5FDP sous les feux de la rampe. C’est en cette même année 2017 que se forme Bad Wolves avec le même Vext au chant, accompagné des guitaristes Chris Cain et Doc Coyle, du bassiste Kyle Konkiel et du batteur John Boecklin, tous ayant déjà un solide passé musical au sein de, en vrac, Devil Driver, Vext, God Forbid, In This Moment et j’en passe. Bad Wolves est donc une sorte de super groupe dont on peut attendre le meilleur avec Disobey, son premier album paru en mai (tient, comme le dernier 5FDP!) chez Eleven seven (tiens, comme le dernier 5FDP, quelle coïncidence étonnante!). Alors, oui, la puissance est là – l’ensemble est bien plus rugueux que 5FDP, par exemple – et les surprises au rendez-vous. Bien sûr, on ne peut que s’attarder sur cette reprise savamment retravaillée du Zombie des Cranberries, véritable hommage à sa chanteuse brutalement disparue, Dolores O’Riordan. C’est le morceau le plus calme de cet album qui se rapproche souvent du metalcore. Sauf que le chant est ici plus mélodique que ce que nous propose habituellement ce genre explosif. Ici, après les deux premiers titre rentre dedans (Officer down, Learn to live), les mélodies se veulent imparables (No masters, Remember when, ou la ballade Hear me now), les airs facilement mémorisables ou les riffs épileptiques (Better the devil, Jesus slaves) mais… Mais tout semble tellement travaillé pour faire mouche que je me demande combien de temps ils peuvent tenir ces gars de L.A. Et puis, quand tu vas sur le site et qu’en guise de page d’accueil tu tombes sur le merch avec un maillot de basketball à plus de 100 USD, pour un jeune groupe, il y a de quoi se poser des questions, non? Au final, Bad Wolves nous offre un premier album puissant, varié, qui s’écoute d’une traite avec plaisir. C’est un bon début.

SUICIDAL TENDENCIES: STill cyco punk after all these years

Crossover, USA (The Orchard, 2018) – Sortie le 7 septembre 2018

Pratiquement deux ans jour pour jour après la sortie de l’excellent World gone mad, Suicidal Tendencies revient avec STill cyco punk after all these years. ST en majuscule, détail qui a son importance. Pourquoi? Parce que si, à l’évidence, il s’agit d’un clin d’oeil aux initiales du groupe de Mike Muir, et que le mot en entier – « still » signifie « toujours » ou « encore » – le reste, en minuscules – « ill » donc – signifie « malade ». Alors le groupe est-il toujours cyco punk après toutes ces années ou au contraire ST est il malade, découragé de ce genre? Faut dire qu’avec les nombreux changements de line-up – Muir reste le seul membre originel du combo californien de Venice – ce ne serait guère étonnant. Une seule solution, cependant, pour trouver la réponse: écouter cet album. Et dès l’introductif I love destruction, le message est clair: le skate punk, ou plus simplement crossover des Américains fait mouche. On sent même une certaine joie et un vrai plaisir à se retrouver. Chacun des musiciens à son espace d’expression, à l’instar de Dave Lombardo qui se lâche littéralement sur All kinda crazy dès que son tour est annoncé. Lost my brain… once again fait évidemment référence à l’album que Mike Muir a enregistré sous le patronyme de Cyco Miko en 1996. Et là, je me dis (les fans de longue date, que je ne suis pas, auront vite fait le lien): « oui mais… attends, y a un truc ». Et en effet, ce STill cyco punk ressemble à s’y méprendre à un réenregistrement dudit Lost my brain, l’ordonnancement des titres variant quelque peu. Seul Sippin’ from the insanitea ne figure pas sur l’album de 1996. Alors si ST est en forme, j’en reviens à ma question: doit-on traduire le titre de cet album par « toujours en forme » ou « ST malade »?

TURBOWOLF: The free life

Hard rock psyché et déjanté, Royaume-Uni (So recordings, 2018)

Il y a quelques mois, nous sommes allés à la rencontre de Chris, le chanteur de Turbowolf, afin de discuter de ce nouvel album, paru juste avant l’été (cf. interview). Le titre de ce disque, The free life, résume parfaitement l’esprit des Anglais qui ne s’imposent ici aucune limite. Ils explorent d’improbables sonorités, puisent dans le psyché des années 70, le heavy de la même période, s’inspirent des Hawkwind, Black Sabbath et imposent leur propre style à ce mélange original. No no no, Capital X, Cheap magic proposent d’hallucinantes guitares saturées, une énergie rythmique explosive que l’on retrouve tout au long des 11 titres du disque. Bien sûr, on a l’impression de faire un voyage dans le temps, trois ou quatre décennies en arrière, mais comment résister à l’efficacité de ces Half secret, un peu disco, Domino (rien à voir avec le morceau de Kiss) ou Blackhole? Le morceau titre, avant dernier du disque, est proche du doom tant il est lent et lourd, mais évolue vers un speed quasi incontrôlable et hypnotique. Alors pour peu qu’on aime les guitares toujours saturées, les ambiances à la fois oldies et modernes, les inspirations bruitistes, on se penchera sur ce disue hors du temps et intriguant.

MONSTER TRUCK: True rocker

Hard Rock, Canada (Mascot records, 2018) – Sortie le 14 septembre 2018

Sittin’ heavy, le précédent album des Canadiens de Monster Truck paru en 2016, avait démontré que le hard rock vintage a encore de beaux jours devant lui. Une tournée plus tard – dont un passage remarqué à la Maroquinerie de Paris – et voilà que le quatuor remet le couvert et nous offre True rockers, un cocktail musical rock’n’rollesque de 11 chansons. Cocktail parce que Monster Truck ne se contente pas de ne jouer que du rock à 3 accords irrésistibles mais varie ses plaisirs (True rocker, Thunderstruck, Being cool is over…). Bien sûr, le morceau titre, puissant, direct et simple met les pendules à l’heure et surprend avec ce speech digne d’un télé évangéliste qui semble éructé par un clone de Dee Snider. Ben, non, par Dee Snider himself qui semble ainsi adouber Monster Truck. La suite évoque des univers sonores aussi variés que le rock sudiste, un peu de psyché 70’s, du heavy actuel digne de remplir des stades  (Evolution), le blues (Devil don’t care) et fait même quelques clins d’oeil au punk US des 90’s de The Offspring (Young city hearts). La ballade Undone apporte un peu de calme au milieu de cette tempête qu’on s’empresse pourtant d’accueillir les oreilles grande ouvertes. L’énergie et la mélodie sont ici toujours mises au service de l’efficacité d’un rock direct et pas forcément aussi simple qu’il le laisse paraître. C’est donc avec impatience et plaisir qu’on retrouvera Monster Truck en première partie de Black Stone Cherry à l’Elysée Montmartre le 3 décembre prochain qui nous présentera, en live, un de mes albums de cette rentrée.

VOLA: Applause of a distant crowd

Danemark, Prog (Mascot, 2018) – sortie le 12 octobre 2018

Il y a bientôt deux ans, Vola surprenait son petit monde avec la sortie de Inmazes, une réussite qui devait permettre aux Danois de se faire remarquer dans le select univers du rock progressif. Depuis, le groupe est resté assez discret – je ne crois pas que nous l’ayons vu en France – et c’est donc avec plaisir que je découvre ce Applause of a distant crowd, nouvelle galette pleine de jolies pépites. L’approche musicale n’a pas changé: on retrouve ce rock planant, cette voix claire, et ces mélodies aériennes à la fois sobres et d’une technicité de prime abord aisée. Car c’est la grande force de Vola, ne pas offrir un prog trop réfléchi qui ne s’adresse qu’à une élite. Non, les gars veulent séduire le plus grand nombre, et dès We are thin air (marrant de débuter avec ce titre alors que la pochette nous montre une nageuse sous l’eau…) il est clair que ça fonctionne. Ghosts, Alien shivers, Whaler font tout autant mouche grâce à des mélodies envoûtantes. Vertigo, plus « sombre » ou le morceau titre entraînent l’auditeur dans des contrées tout aussi attirantes. Maintenant, il est nécessaire de défendre cet album sur scène devant le plus large public possible si Vola souhaite franchir un nouveau cap.

GHOST: Prequelle

Hard rock, Suède (Spinefarm, 2018)

Bon, maintenant que la guerre est finie, revenons sur ce dernier opus de Ghost, ce Prequelle qui a fait tant couler d’encre. Pro, anti? Peu importe, après-tout, car depuis quelques années, Ghost se fait plus populaire que jamais. Son hard rock teinté de pop est, reconnaissons le, efficace, enjoué en entraînant en diable. Papa Emeritus a cédé le pas au Cardinal Copia, se dévoilant désormais quasiment sous son vrai visage, celui de Tobias Forge. Musicalement, Ghost continue de suivre le chemin creusé sur les deux derniers albums, et les Rats, Faith, Dance macabre et autres Life etrernal font mouche à tous les coups. On peut être surpris par la douceur de See the light, forgé dans une pop délicate sinon mielleuse. Ou s’interroger sur la nécessité de ce Miasma instrumental – qui par instants évoque Rush. Pile le genre de morceaux qui ont fait jaser il y a encore peu. Les nouvelles goules font le job, c’est le moins que l’on pouvait attendre après la violente séparation d’il y a quelques mois. Bref, si l’image a changé, la musique progresse et continue de se faire séduisante. On attend maintenant de voir le résultat sur scène. Un spectacle qu’on imagine grandiose.

THE MAGPIE SALUTE: High water 1

Rock, USA (Provogue, 2018) – sorti le 10 août 2018

C’est en 2016 que se forme The Magpie Salute sous l’impulsion de Rich Robinson. Oui, celui là même qui fit les beaux jours des Black Crowes et qui revient aujourd’hui avec High water 1. On ne s’étonnera guère dès lors des influences du groupe, qui puise inlassablement dans le rock – qu’il soit hard ou pas – des années 70. Si Mary the gypsy démarre avec de faux airs « d’entrez dans l’arène », High water qui suit lorgne du côté de Led Zeppelin, tout comme ce superbe blues lancinant et légèrement psyché sur For the wind, la gouaille de Plant en moins. Mais le chant reste tout au long prenant, sensuel et s’accorde parfaitement aux guitares décalées, blues et envoûtantes. Parfois, comme sur Send me an omen, la rage évoque les Stones. The Magpie Salute surprend aussi lorsque, sur Sister moon, les guitares cèdent quasiment la place au piano. Le rock pur jus est également de la partie (Take it all). Cet album, vintage sans être nostalgique, respire entièrement la musique populaire américaine, du rock à la country et s’adresse à tous les amoureux de choses simples.

UNDEROATH: Erase me

Metal, USA (Fearless records/Spinefarm, 2018)

Formé en Floride en 1997, Underoath  développe rapidement une réputation le définissant comme un groupe de Metal chrétien. Aucun lien autre que la religion avec la vague white metal version Stryper ne vient interférer, car Underoath se distingue musicalement, par une brutalité et un modernisme typiquement américains. Erase me, son seulement sixième album, dans son ensemble, donne l’impression que le groupe, et c’est tout à son honneur, vise les stades. Le chant est à la fois hurlé, enragé et entraînant, aidé en cela par une rythmique hypnotique et des riffs très mélodiques. Mais Underoath ne perd pas de vue ses racines hardcore pour autant. Bien que doté de titres actuels, Erase me ne se démarque que difficilement des albums du même genre – post hard core, neo metal –  et peine à me convaincre. Même s’il s’écoute facilement, grâce à une variété musicale incontestable, rien ne se démarque vraiment. Un album à écouter sur la route, sur le chemin de retour des vacances.