Yngwie MALMSTEEN: Blue lightning

Hard rock, Suède (Mascot, 2019)

Comme beaucoup d’autres personnes de ma génération, j’ai admiré le prodige qu’était ce guitariste suédois au nom alors imprononçable. Yngwie Malmsteen se sait doué, et a su imposer un style. Ce qui ne l’a pas empêché de succomber à la pression des nouveaux venus, souvent plus modestes verbalement que lui. Mais Malmsteen, s’il a connu des périodes de vache maigres, n’a jamais lâché et même si ses deux dernières productions ne sont sorties qu’au Japon, il reste dans le paysage musical. La signature avec Mascot lui permettra-elle de revenir sur le devant de la scène? En partie peut-être, car ce Blue lightning surprend à plus d’un titre: tout d’abord, exception faite de 4 morceaux originaux, il s’agit d’un album de reprises. On peut se demander pour quelle raison Yngwie reprend des classiques intemporels tels que FoxEy lady, Smoke on the water, Demon’s eye ou pourquoi il décide de s’attaquer à While my guitar gently weeps en rajoutant sa touche perso: du shred et une avalanche de notes, son dada, qui n’apportent rien de plus qu’une déformation du propos originel… On le sait qu’il est rapide, on connait sa vélocité et sa précision… Pire encore: pourquoi faire de Paint it black, ce classique des Stones, un morceau presque insipide? Sur ce coup, le gaillard a mal joué. Les nouveau titres (le morceau titre, mid tempo loin du blues contrairement à 15, la ballade instrumentale Peace please, et le plus énergique 1911 strut). La bonne surprise, cependant, reste de découvrir que le guitar hero légendaire est aussi capable de plutôt bien chanter. Au final, Blue lightning est un album sympa qui se laisse écouter. Un de plus…

DRAGON’S DAUGHTER: Tits on fire

France, rock (Ep, Autoproduction, 2019)

La fille du dragon, forcément, pour les amateurs, ça évoque la série Game of thones. Sauf que dans sa version française, on dit « mère des dragons ». Mais, non, il s’agit d’un trio féminin dont Tits on fire, le premier Ep, a été produit par un certain Yarol Poupaud, découvert au cours des 90’s grâce à sa particpation au sein de FFF. Dragon’s Daughter nous propose ici Tits on fire, un ep 6 titres d’un rock simple et direct, quelque peu impertinent, flirtant souvent avec le punk, tant dans le ton généralement narquois que dans la franchise directe des paroles « dans ta gueule » (Rocket pussy – clin d’œil aux Pussy Riot? – Who the fuck). Dénuées d’effets, les guitares sont efficaces et sensibles ( la ballade Learn it). On notera que le chant anglais est parfaitement compréhensible, même si, dans sa globalité, il manque de hargne et d’irrévérence. Pour finir,Dragon’s Daughter s’offre même une reprise de Gainsbourg avec La chanson de Prévert. Un ensemble plus que sympa, joyeux, sensible et prometteur d’un avenir certain. A suivre.

ROYAL TUSK: Tusk II

Canada, Metal (eOne, 2018)

Certains albums arrivent en décallage et profitent d’une opportunité pour se dévoiler au grand jour. C’est le cas de ce Tusk II, second album des Canadiens de Royal Tusk qui vont bientôt tourner en Europe en première partie de leurs compatriotes de Monster Truck. Car Tusk II est déjà sorti en Amérique du Nord il y a quelque temps, et eOne se décide enfin à nous le proposer. « Enfin », car le groupe présente de nombreux atouts pour séduire un large public: des rythmes explosifs, une approche du metal très actuelle, une voix forgée à coup de clopes et papier de verre… Les First time, Aftermath, Reflection et autres Freedom ou Long shot évoquent tout autant Soundgarden ou Mudhoney que les plus récents Avenged Sevenfold, par exemple, et reflètent aussi l’esprit d’une certaine vague punk US des années 90. C’est à la fois rugueux et entraînant, très musical – la recherche du beat efficace et du refrain qui fait mouche – et authentique. Alors pour ceux qui le pourront, rendez-vous les 10 et 11 mai à l’Empreinte de Savigny le Temple et au Forum de Vauréal, ça risque d’être une jolie fête ! Pour les autres, vous voulez un bain d’une chaleureuse fraîcheur? Foncez découvrir Royal Tusk!

PARAD1GM

France, Metal (Autoproduction, 2019) – Sortie le8 mars 2019

Parlez d’un « super-groupe » à la française! Parad1gm, formé en 2015, réuni sous le commandement de Farès (chant), AlukardX (guitares) et Julien (batterie), tous 3 ex-membres de Spirited, Matthieu, ex-Conscience aus claviers et un certain Betov, roi de la 6 cordes (ou7) au sein du fleuron incontournable ADX qui prend ici la charge de la basse. Et le résultat est à la hauteur des promesses: du metal progressif teinté d’électro et d’indus. L’esprit de Rammstein plane au dessus de l’ovni Qalbik, celui de Pink Floyd au dessus de From the other side. La presque noirceur de Burried, augmentée par les touches électro  évoque également le côté sombre d’un Paradise Lost des grands jours. Les envolées de guitares , les rythmiques déterminées, les ambiances à la fois aériennes et mélancoliques, le chant rageur et profond fond de ce disque une découverte plus qu’agréable. Un groupe à découvrir, suivre et soutenir.

DIRTY SHIRT: Letchology

Roumanie, Metal (Apathia, 2019) – sortie le 8 mars

Si la scène rock roumaine reste assez méconnue en nos contrée, la donne risque bien de changer avec cette déflagration, cette folie douce ou furieuse, que nous apporte Dirty Shirt qui signe, avec Letchology, son dixième album. Et ça va dans tous les sens, une fête généralisée qui vire au joyeux bordel très organisé. La formation qualifie elle même sa musique de folk metal, sur fond de hardcore et d’une touche de punk. Mais si Dirty Shirt vient de Transylvanie, ne vous attendez pas à du folklore horrifique qui évoquerait Dracula. Bien au contraire, le groupe sait être à la fois sérieux lorsqu’il aborde des thèmes politiques – les morceaux les plus hardcore sont les plus engagés (Fake, Nem loptam…) – mais conserve surtout l’esprit slave, festif et coloré du folklore local (Latcho drown, Palinca, et les dingueries que sont Killing spree et Starea najiei). Les guitares se battent avec les accordéons, flûtes à bec et traversière. Les gars se sont mis à plus de 20 pour réaliser ce disque de… dingues qui part et fuse en tous sens. Une folie douce s’empare de la Roumanie et risque fort de déferler sur l’Europe. A ne pas rater!

PORN: The darkest of human desires – Act II

France, Metal industriel (Les disques rubicon, 2019)

Si Porn a toujours voulu interpeler, cette fois, le groupe lyonnais risque de trouver sa voix. The darkest of human desires est l’acte 2 d’une trilogie contant l’histoire de Mr Strangler qui, enfant (acte 1) se découvre des pulsions assassines et passe aujourd’hui à l’acte, faisant resurgir ses pensées les plus sombres et meurtrières, celles qu’il a jadis refoulées et laisse aujourd’hui exploser. Un acte 3 est déjà prévu qui le verra incarcéré et subir un traitement psychiatrique. Un programme aussi sombre que la pochette illustré par 10 chansons d’un metal industriel qui n’a rien à envier à Ministry et consorts. Porn pioche également dans le metal gothique des années 90, celui de Paradise Lost ou des Sisters of Mercy. C’est lourd et oppressant, avec ci et là quelques touches de cette mélancolie que doit ressentir après coups Mr Strangler. The darkest of human desires est une oeuvre à la fois riche et inquiétante, qui s’écoute comme on peut lire un bon thriller ou un roman d’angoisse. S’il s’adresse à un public averti, cet album n’en reste pas moins intrigant et fascinant, tout à la fois. Maintenant, ça va donner quoi, ce concept sur scène???

WITHIN TEMPTATION: Resist

Metal symphonique, Pays-Bas (Vertigo, 2019) – sorti le 1er février 2019

Le voici donc, « enfin! » pourrait-on dire, ce nouvel album de Within Temptation. Originellement prévu en décembre, Resist a vu sa sortie repoussée au 1er février pour des raisons techniques. L’attente en valait la peine, d’autant plus après un Hydra moyennement reçu lors de sa sortie. Un album certainement mal compris d’une certaine frange de fans qui risque de revenir dans le giron familial. Ou pas. Car Within Temptation déroute encore avec des titres certes bien faits et entrainants, mais des aspects pop très, voire trop présent. Reste que… Sombre comme l’illustration de couverture, Resist aborde des thèmes d’une actualité inquiétante (Mad world, Endless war), tout en conservant un esprit particulièrement positif. C’est particulièrement remarquable dans certains arrangement « popisants » (Endless war), voire des touches electro (Supernova) parfois au détriment du metal symphonique et enjoué qui a fait la réputation des Bataves. Il est là, sans toutefois être omni présent. Les aspirations amérindiennes que l’on trouve sur Firelight développent encore cette palette de couleurs. Après avoir dérouté ses fans, Within Temptation repart à leur reconquête avec un album varié, puissant et populaire, au sens noble du terme. Sharon den Adel est en voix, ses compères d’une remarquable efficacité, chacun se partageant une jolie part musicale. Alors même si l’on peut reprocher à WT de beaucoup explorer, on ne peut que les féliciter de ne pas se répéter et de prendre des risques. A retrouver au Hellfest.

REVOLVE : Sin cara

France, Metal (Ep, Music Records, 2018)

Sombre et inquiétant comme la pochette de ce Ep, Artemisia, qui ouvre Sin Cara, travaille les ambiances oppressantes. Le chant me rappelle l’esprit gothique du début des années 90, sentiment bien vite oublié dès les premiers hurlements de Checkpoint 19, heavy et déterminé. Il ne s’agit pourtant pas que de bourriner, la mélodie s’invite aussi! Sur Tokkotai, Pierre Cozien prend une voix plus profonde et grave (un léger travail sur l’anglais sera à envisager…) et nous plonge dans l’univers de No Man’s Land, période Conteste – pour ceux qui se souviennent de ce groupe – s’éloignant ainsi du metal pour se faire rock. Et puis… Cette intro digne d’un film d’épouvante du morceau éponyme qui vient lourdement et tout en variations de thèmes, conclure ces courtes 20′. Revolve, avec ce premier essai, nous offre une jolie carte de visite qui ne mérite que confirmation. A suivre.

JOHN DIVA AND THE ROCKETS OF LOVE: Mama said rock is dead

Hard rock, Allemagne  (Steamhammer, 2019)

Allez, franchement, si vous foncez sur le livret de Mama said rock is dead, ou sur les photos promos présentées sur le web, la première idée susceptible de surgir de votre esprit pourrait bien être du style: « Y a déjà Steel Panther, alors…un autre groupe de glam… » Voui, et c’est vrai que le message visuel est clair: glam still lives! John Diva and the Rockets of Love ont baigné dans le son des années 80, c’est évident. L’influence des Van Halen, Bon Jovi (des années 80, on est bien d’accord!), Ratt, Mötley Crüe, Poison et autres Great White est omni-présente, tant dans la recherche de la mélodie qui fait se dandiner les popotins, et, au passage, incite les filles à se découvrir, que dans l’esprit général: le chant limpide et les guitares franches, les mains qui battent la cadence, le message positif (« there ain’t no place for rock n roll in hell » sur Rock n roll heaven), le groove imparable et les histoires racontées. Les jalons sont nombreux: écoutez le phrasé de Wild wild life; s’il ne vous rappelle le Whitesnake de 1987… Ou encore le chant sur Fire eyes à la Bon Jovi. Bien sûr, on n’échappera pas, avec ces références, à la ballade au piano à mi-parcours (Just a night away)… Home sweet home n’est pas loin! Mama said rock is dead a tout de l’album de potes, un disque festif pas sérieux et cependant rudement bien fichu. A des années lumières du quatuor de potaches mentionné plus haut.

BRING ME THE HORIZON: Amo

Rock electro, Royaume-uni (Sony music, 2019)

Totalement planant, I apologize if you feel something  (« Ce n’est rien, Pierre… Je n’ai rien senti », une référence du groupe?) introduit ce nouvel album des Anglais de Bring Me The Horizon. Si le groupe a toujours évolué, le son proposé aujourd’hui sur Amo est à des années lumières de ses débuts, brutaux et deathcore. Certains fans vont être surpris. C’est chantant, entraînant et très mélodique. Heureusement, les racines ne disparaissent pas entièrement, et BMTH nous réserve quelques surprises, comme ce Heavy metal auquel participe Rahze pour une jolie séance de beatbox sur un titre à l’opposé du metal. Surprises, étonnement, BMTH assume totalement ce virage electro, voire dance, ce qui pourrait  rebuter certains de ses admirateurs. Ça va même jusqu’à cette pochette de CD pleine de cœurs et au livret tronqué. Mais les plus ouverts d’esprits sauront reconnaître la prise de risques des Anglais, ce qui, en soi, marque une réelle volonté de ne jamais se répéter.