Interview: LODZ

Interview LODZ – Entretien avec Julien (basse) – Propos recueillis par téléphone le 23 février 2023

Photo promo LODZ 2023

Deux mois après la sortie de leur dernier opus, Moons & hideaways, Lodz s’attaque à la promo. Julien, le bassiste du groupe nous dit tout de ce nouvel opus mais… la communication très brouillée nous empêche de bien comprendre les premières minutes de nos échanges. Le temps que Julien récupère un autre téléphone, et c’est reparti !

Moons and hideaways est le troisième album de Lodz. Il y a eu de nombreux changements dans le groupe puisque toi-même, et le batteur êtes arrivés en 2018. C’est votre premier album avec Lodz ?

Oui, c’est notre premier album.

Tu connaissais déjà le groupe avant ?

Complètement. C’est un groupe que je suivais depuis longtemps et j’ai vu passer l’annonce disant qu’ils cherchaient un nouveau bassiste. Je me suis lancé et ça a tout de suite matché, que ce soit sur le plan humain ou musical.

Avec 2 nouveaux membres dans une formation, il y a forcément une approche différente. Toi qui connaissais déjà le groupe, comment analyserais-tu l’évolution de Lodz entre ses deux derniers albums ?

Je pense que je suis arrivé au bon moment parce qu’ils pensaient déjà changer musicalement. Dans leur fonctionnement, il y a vraiment eu un avant et un après, même pour la composition. Pour cet album, le processus a été complètement différent. On s’est posé la question de savoir ce que nous pouvions faire pour proposer vraiment la musique qu’on veut. Ça passait par un changement de méthode de composition qui consistait à s’isoler. On partait 3 ou 4 jours dans une maison à la campagne, on mettait les téléphones et ordis de côté et on ne faisait que composer et tester, jour et nuit. C’est nouveau, tester, prendre des risques, des riffs, les mettre dans tous les sens, chercher le son… C’est quelque chose qu’on n’avait jamais pu faire avant et qui est vraiment nouveau. Cet album, sonne un peu différemment, c’est un peu l’album de la maturité.

Tu me dis donc que chacun a son mot à dire dans la composition…

C’est ça, il y a une vraie cohésion. Olivier, notre guitariste, est très à l’aise avec tout ce qui est home studio, ce qui fait qu’on peut vraiment essayer beaucoup de choses en quelques clics. « Je voudrais bien voir ce que ça donne en deux fois plus long… » On peut tester et tout de suite mettre tout le monde d’accord.

Quel est ton cursus musical ?

Je suis bassiste depuis une quinzaine d’années. Je suis plutôt de l’école de la musique des années 90, Pearl jam, Alice In Chains, toute la mouvance grunge. Après, avec mon éducation musicale, je me suis rapproché des styles un peu plus extrêmes – je suis un grand fan de punk, hardcore – et le tronc commun dans tout ce que j’ai toujours aimé jouer c’est l’émotion, la sensation. Je n’étais pas forcément le plus grand fan de Katatonia avant d’entrer dans Lodz, mais dans un groupe comme Alice In Chains, une influence aussi, il y a beaucoup d’émotion, et c’est ce qui m’a plu dans Lodz. Ce sont des choses qu’on peut trouver dans différents genres de musique, même si l’émotion est intense de différentes manières.

Sur Ghost of confusion, j’ai noté des ambiances très atmosphériques (il confirme), et il y a un instrumental, Pyramids, qui ouvre cet album. C’est assez osé de débuter un disque avec un instru, qu’on trouve habituellement à mi-parcours…

Oui, c’est vrai que c’est osé, et c’est quelque chose qu’on n’aurait peut-être pas fait avant. Ca rentre dans la démarche dont je te parlais. Pas de tabous. Ça ne rentre pas dans les codes ? tant pis. Si ça nous plait, allons-y. Et je pense aussi à Fast rewind qui est presque indus, presque une ballade un peu amère, c’est un titre qu’on adore et qu’on a voulu placer dans l’album même s’il est différent de ce qu’on a fait jusqu’à maintenant.

Trois morceaux complètement différents… J’ai même trouvé des influences à la Pink Floyd, dans la légèreté des guitares, par exemple.

C’est clair, même si, aujourd’hui, on n’entend moins de groupe se dire influencés par les années 70. Pourtant, oui. C’est un bon rapprochement… J’en suis très friand et ça se retrouve dans nos compos.

Ca ne signifie pas, bien sûr, que tout soit influencé par le rock des 70’s. Il y a des choses beaucoup plus modernes, notamment dans les mélanges de chant – clair et très agressif. Il y a un parti pris, là aussi ?

Clairement. Pour autant, si on devait faire un titre uniquement en chant clair ou uniquement en scream, on le ferait. Ce mélange, c’est en effet un parti pris dans la mesure où on joue sur plusieurs émotions. Parfois c’est triste, parfois, plutôt déprimant, nostalgique. Là, le chant clair est parfait, tandis que les moments de colère, les moments plus intenses, le scream tient parfaitement son rôle.

Si tu devais décrire la musique de Lodz pour inciter quelqu’un qui ne vous connait pas à aller vous découvrir, que lui dirais-tu ?

Déjà, il ne faut pas qu’il ait peur d’aller remuer des émotions. Notre musique est très intense, volontairement. Il faut être prêt à faire un voyage, une sorte d’introspection, aller explorer tout ce qu’on peut ressentir. Tous… on parle de dépression, de nostalgie, de tristesse, des choses que tout le monde peut ressentir. Il faut aussi écouter le disque entièrement. On a eu beaucoup de chroniques qui disaient que c’est un disque à écouter d’une traite pour tout saisir.

Tu me parle de variété, d’introspection mais je n’ai pas le temps là… Alors, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Moons and hideaways pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Lodz, ce serait lequel ?

Je dirais qu’il faut écouter You’ll become a memory, le second morceau. Le premier, c’est une introduction, mais celui-là, c’est un peu une carte de visite. On y trouve un peu tout ce qu’il y a dans l’album. On a aussi sorti un clip pour ce morceau, d’ailleurs. Je conseille donc à quelqu’un qui veut nous découvrir d’aller écouter ce morceau sur YouTube, et si ça lui plait, le reste lui plaira aussi, ce n’est que le développement de ce que l’on commence à aborder dans ce morceau.

J’avais en effet noté que c’est un titre plus heavy, puis il devient soft, il y a du chant clair, un refrain enragé, un mix vocal entre clair et guttural. J’ai même parfois l’impression qu’il y a plusieurs chanteurs, dont une femme. C’est le cas ?

Non… En fait, Éric, notre chanteur, a doublé énormément de voix pour avoir ce résultat. Sur scène, le guitariste se charge des chœurs, mais là, c’est 100% la voix d’Éric qui est parti dans plein de directions… Il s’est peu mis en danger, il a vraiment pris des risques par rapport à ce qu’il faisait maintenant.

La pochette de l’album, c’est l’œuvre de qui ?

Déjà, il y a cette présence féminine sur la pochette. C’est un peu le fil rouge, dans Lodz, il y a toujours eu une présence féminine. (Note de MP : là, je me dis qu’il n’a pas compris ou pas bien entendu ma question. Mais laissons, il apporte d’autres éléments) Je pense que c’est une forme de personnification de tout ce dont on parle en termes d’émotions. C’est un peu l’image du groupe, des paroles, de notre univers. Et cette porte, une seconde dimension qui symbolise cette invitation à nous rejoindre. Quand on ouvre le CD, on se retrouve à l’intérieur de cette dimension.

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Avez-vous des projets en ce sens ?

Absolument, ça commence à arriver et on est en pleine préparation. On a seulement annoncé notre participation à des festivale, dont un à Lyon, en juin, avec des noms comme Rotting Christ, Belphegor… Une autre date organisée par festirock, et là, on attend des confirmations mais d’autres dates seront annoncées dans les jours à venir. Nous, ce qu’on veut, c’est jouer… Notre groupe est encore indépendant, on a un super label, mais tout ce qui est booking, les contacts, les mails, c’est nous ! Si vous voulez nous voir jouer chez vous, envoyez-nous un mail, ce sera avec grand plaisir. L’idée, c’est de défendre cet album dont on est très fier. On est sur tous les réseaux – on n’a pas de site à proprement parler. On est assez facile à trouver même si on a un nom de ville polonaise…

Peux-tu imaginer une devise pour Lodz ?

Une devise ? Oh, la ! Tu me poses une colle là ! j’ai envie de dire « n’ayez pas peur »… de venir faire ce voyage avec nous, de vous ouvrir aux émotions. Oui, « n’ayez pas peur ».

Moons and hideaways est un titre assez mystérieux…

Oui… L’explication derrière tout ça ? La lune représente un peu ces humeurs que nous pouvons tous avoir, envers soi ou envers les autres. Les cachettes (« hideaways »), ce sont tous ces endroits où l’on peut se réfugier pour, au final, affronter tout ça.

C’est donc aussi en lien avec cette introspection dont tu parlais plus tôt…

Exactement…

Souhaites-tu ajouter quelque chose pour conclure ?

Je pense qu’on a fait le tour, je voulais juste saluer le travail qu’on a fait avec Nikita Kamprad, c’est le guitariste d’un groupe de Black metal qui s’appelle der Weg Einer Freiheit. Ils font un style complètement différent de ce qu’on fait mais, si nos styles sont complètement différents, il a une façon de travailler qui apporte une dynamique à notre musique. C’est quelque chose qui se perd un peu en ce moment. On lui a donc proposé, ça lui a plu, et il a accepté de produire notre album. Ca fait plaisir de travailler avec des gens qui travaillent « à l’ancienne »…

Ça veut dire que vous avez enregistré sur bandes ?

(il rit) Non, non, quand même pas ! c’st plus dans l’approche du mix, de faire le choix de privilégier ceci ou cela, le son naturel… Je trouve que le travail qu’on a fait avec lui est vraiment super. Alors, si des groupes cherchent un producteur, écoutez ce qu’il fait et contactez-le !

 

JIRFIYA: W

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Après 2 Ep, Wait for dawn (2019) et Still waiting (2020) – plus proche de l’album que du Ep avec ses « 6 titres + 2 bonus » – Jirfiya nous propose aujourd’hui son premier album éponyme. Le groupe aura pris quelques temps avant de nous offrir ce premier véritable album. Covid oblige, soit, mais n’y a-t-il que ça? Le groupe a pris son temps pour peaufiner des compos alambiquées, taillées dans un metal protéiforme, puisant autant dans le thrash que dans le prog. Ce dernier est omni présent dans les risques pris – débuter avec un Asylum alambiqué de plus de 9′, fallait oser – que dans ses explorations hors metal. Les inspirations orientales (Sister in blood, The factory, voire aussi cette illustration qui évoque l’entrée d’une pyramide ou d’un temple autant qu’un univers de SF) sont en effet toujours présentes, certes, la mélancolie aussi, mais on retrouve aussi d’autres choses, comme ces cuivres (toujours sur Asylum, pardon… mais, oui, j’ai aussi écouté la suite!) ou la mélancolie de qui évoquent l’univers radicalement différent de La Maison Tellier (rien à voir ici avec le fondateur guitariste, chanteur et compositeur Jérôme Thellier). Le chant d’Ingrid Denis est toujours torturé et ses envollées accompagnent à merveille les instrumentations exploratoires d’univers souvent improbables. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne (ou le mérierait sans doute plus…), le combo a une nouvelle fois eu recours aux services d’Andrew W aux Hybreed studios. Si ce premier véritable album ne souffre aucune critique, une question demeure: qu’est-ce qui peut aujourd’hui distinguer Jirfiya d’une scène très encombrée? Sans doute, justement, la scène. A suivre.

METAL INSEINE FESTIVAL 2023

Metal Eyes est fier d’être partenaire de la seconde édition du Metal Inseine Festival qui se tiendra les 22 et 23 avril prochains

A l’affiche, rien moins que Chabtain, Orkhys, DemonTool , Elfika , Rankken , Kingcrown , Cécile Delpoïo , Adaryn , 22 Acacia Avenue et Erocis, certains de ces groupes ayant déjà fait l’objet de chroniques et/ou d’interviews au sein de ce webzine.

La billetterie est désormais ouverte, alors foncez soutenir le metal hexagonal dans des conditions optimales! Ca se passe au Seguin Sound de Boulogne Billancourt

Toutes les infos avec ces liens:

Billetterie du METAL INSEINE FESTIVAL 2023 : https://shotgun.live/fr/festivals/metal-inseine-festival-ii
Preview du samedi : https://fb.watch/j2S5w1xra8/
Preview du dimanche : https://fb.watch/j2S3NubvkU/

CYADO: Horizon

France, Metal (Ep, M&O music, 2023)

Démarrant sur des sonorités SF – on se croirait dans un vaisseau spatial en perdition – Dawn of decline sombre rapidement dans un metal ultra speedé au hurlement puisé dans un black metal en souffrance. Le « chant » se fait par la suite plus guttural avant que Cyado (difficile de trouver ce nom de groupe sur la pochette… je croyais qu’il s’agissait de Horizon…) ne calme quelque peu son propos avec un Empty path plus… « consensuel ». Les touches indus et électro, la voix off qui revient régulièrement continuent d’évoquer cet univers SF tout au long de ce disque qui recèle finalement quelques petites trouvailles sonores sympathiques (dont un Exode qui parle de lui même). Une fois passés le cap du « chant » et de la speederie souvent difficile à suivre pour le néophyte ou non amateur du genre. Bref, un Ep pour public averti ou en quête de sensations fortes. Pas mon truc, mais je garde cependant le coté SF qui reste très cinématique.

 

ELYOSE: Déviante

France, Metal (Autoproduction, 2023)

J’ai dû rater leur précédent album, mais garde de bons souvenirs de leur troisième, un Reconnexion varié et truffé d’invités (chro ici). Voici qu’Elyose revient sous forme de duo avec Déviante, titre qui évoque pour le moins un monde SF post apocalyptique. Le chant français de Justine Daaé, à la fois doux, déterminé, pop et envoutant, est impeccablement soutenu par une instrumentation mêlant nu metal, indus/electro, et heavy moderne. On retrouve – sans surprise, serai-je tenté d’écrire (d’ailleurs, je l’écris) l’esprit d’Evanescence, groupe évident sans pour autant être omni présent. Si les compositions se révèlent complexes sans être trop alambiquées, il manque un petit quelque chose, un supplément d’âme: le groupe n’est aujourd’hui que duo, et cela se ressent dans le rendu final, principalement dans la batterie qui semble programmée et manque de toucher humain. On reste cependant dans cet esprit électro rentre dedans et efficace et ce « détail » mis à part, le propos musical est très réussi. Elyose est sans doute à voir sur scène, lieu partagé dans un récent passé avec rien moins que Therion ou Tarja. A quand la route?

 

THE KASH FLOWZ: Would it be impossible?

Belgique, Hard rock (M&O, 2023)

Si tu es amateur de punk rock US, alors jette une oreille à The Kash Flowz qui, avec Could it be impossible? nous propose un album 100% fun et inspiré du hard pop et punky à la The Offspring ou Blink 182. Bien que chanté dans un anglais pas toujours facile à comprendre, les Belges se montrent ici souvent irrévérencieux dans leurs textes, sexy et provocateurs à souhaits, souvent décalés ( ce « she’s got more mustach than me »!) L’ensemble des 10 titres taillés sur mesure pour une jeunesse ado – sans que cela ne soit péjoratif, nous sommes tous passé par ce stade de découverte – est fun et rythmé, doté d’une production irréprochable et l’esprit très US rend l’ensemble très attractif. Bref, si The Kash Flowz ne réinvente nullement la machine à courber les bananes, il nous propose un album plein d’humour (de l’humour belge, évidemment!), entrainant et qui se laisse plus que facilement écouter.

NOTHING BUT ECHOES: The sixth extinction

France, Metal (Autoproduction, 2022)

Un message apocalyptique… Only waste démarre calmement, dans un esprit très progressif et mélancolique. Il démarre plutôt bien, cet album de Nothing But Echoes. The sixth extinction, c’est son titre, nous offre, en plus d’une superbe illustration de couverture, 8 morceaux qui alternent entre passages aériens et tempi plus relevés. Le chant est à l’avenant, ici rassurant, là rageur et explosif. Bon, on passera sur l’anglais, de nouveau mal maitrisé – faudrait que je m’y habitue avec les groupes français, mais je ne peux pas… Le mix des voix s’avère assez efficace bien qu’aujourd’hui peu original. Alors penchons nous plus sur le contenu musical qui puise autant dans le rock progressif (plus de la moitié des titres dépasse les 6’30, allant même jusqu’à presque 11′!) que dans le metal rugueux sinon core. Les constructions souvent alambiquées interpellent et étonnent pour un résultat dans l’ensemble réussi. Certains moments sont tribaux, martiaux même, d’autres évoquent la SF de 2001, l’Odyssée de l’espace, c’est dire la palette de couleurs de ce disque qui pourrait séduire un public assez large. A découvrir et à suivre.

DO(e): Serial killer

France, Metal (M&o music, 2022)

Voilà un album d’approche peu évidente. Do(e), groupe originaire de Créteil, nous propose avec son second album, Serial killer, un disque protéiforme aux inspirations musicales variées. Les 9 titres de ce disque racontent l’histoire, je vous laisse deviner?, d’un tueur en série. Démarrant sur le narratif Just another night, Do(e) se lance dans son propos avec le très hard rock et syncopé The first time. puis arrive une variété de styles et d’influences qui vont du prog avec le long Dream at dusk (plus de 9’15) qui propose diverses ambiances et permet une mise en scène vocale intéressante entre voie masculine et féminine. Seulement, je ne trouve pas de point qui accroche particulièrement mon attention. Sans doute est-ce lié à la construction même des morceaux, peut-être trop « jazz » et pas assez directs pour moi. Les guitares se font cependant plus agressives sur The chase, incisives même, et accompagnent une section rythmique enlevée. Cet instrumental est un pont entre deux parties, la seconde démarrant avec Fame, titre heavy et mélodique. Si Do(e) pêche parfois – ou pour certaines sensibilités comme la mienne – par une forme de approche musicale quelque peu intellectualisée, il propose cependant une musique variée qui fait que chacun des 9 titres peut être pris séparément. En cela, il s’adresse à et peut toucher positivement divers publics.

Interview: MAGOYOND

Entretien avec Bruno (MAGOYOND) – entretien réalisé le 9 novembre 2022

Photo promo

Metal-Eyes.com: Kryptshow est sorti en 2019, c’est un double album et celui avec lequel j’ai découvert votre univers. Justement, comment le décrire, cet univers de Magoyond ?

Bruno: C’est une bonne question parce qu’on n’arrive pas nous-mêmes à nous mettre dans une case… On est très fans de tout ce qui est « horreur » ou horrifique, que ce soient des choses qui font peur ou d’autres plus légères comme l’univers de Tim Burton…

Un peu « Contes de la crypte »…

Complètement, et le nom du précédent album vient entièrement de là, entièrement inspiré de cette série qu’on regardait à la télé étant gamin, avec sa mascotte en plastique qui veniat et présentait les épisodes. Magoyond, je le classerais dans le metal, le cinéma d’horreur et fantastique. C’est plusieurs choses qui font que ce groupe est aujourd’hui.

Si tu devais décrire la musique de Magoyond à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, tu en dirais quoi ? Il y a ce côté légèrement horrifique, mais la musique ?

On s’efforce maintenant d’envisager chaque chanson comme une histoire différente. Une histoire dans laquelle on cherche à faire rentrer l’auditeur ; On reste dans la thématique metal, avec des grosses guitares, un gros chant, mais avec un petit plus. Il va y avoir de l’orchestration, une petite chorale… On inclut plusieurs styles et quelqu’un qui, à la base, n’écoute pas de metal va pouvoir être transporté. On pense un peu notre musique comme une BO de film, on essaie de transporter l’auditeur vers ce que lui va pouvoir imaginer.

Il y a effectivement ce que lui peut imaginer, mais Necropolis est surtout une histoire qui lui est racontée, il y a de la narration. Julien met en place tout l’univers un peu inquiétant et accessible à tous les publics.

Exactement, et tu fais bien de le préciser parce qu’on s’en rend vraiment compte avec les concerts, on a aussi bien des enfants que des parents… Il y a toutes les tranches d’âge possible. On n’a pas encore eu de morts-vivants… l’album est sorti le 28 octobre, et il nous a semblé évident de faire une double date pour halloween pour la release party. Ça s’est fait au Zèbre de Belleville à Paris, les 31 octobre et 1er novembre dans une thématique qui correspond à 100% à ce qu’on veut faire.

Justement, un concert de Magoyond, il faut s’attendre à quoi ? C’est tellement imagé comme musique qu’on peut imaginer que vous développez un univers particulier sur scène…

Oui, on est un peu obligés… Il y a plus que de la batterie/basse/guitare et chant, et sur scène, malheureusement, on ne peut pas faire entrer tout le monde, sinon il faudrait le Stade De France, et on n’en est pas encore là. Magoyond sur scène ? En gros, on reproduit ce qu’on a sur album, avec un show lumières et des ambiances pour accompagner notre musique. Aussi, tout ce qu’on entend sur l’album, on va le retrouver sur scène : ce qu’on ne peut pas faire directement en live – les chœurs, l’orchestre – on le fait sur bandes, que tout soit vraiment callé à la perfection. On veut coller au maximum à ce qu’on a enregistré.

Puisque nous avons abordé le sujet, Necropolis est sorti il y a quelques jours. Trois mots : vends-le-moi.

Alors… Folie, émotion, allez un troisième…

Non, « en trois mots » : Vends. Le. Moi. Toi, tu peux utiliser des phrases si tu veux ! Je me suis mal exprimé !

Oui, c’est toi qui as dit 3 mots ! Alors, pour faire simple, avec Kryptshow, on avait placé la barre assez haute, on est aussi passé par le financement participatif pour l’album. On avait pensé avoir atteint un palier musicalement, et en fait, le guide de Necropolis c’était de faire mieux et plus aboutit, et faire ce dont on rêvait depuis des années : travailler avec l’orchestre. Là, c’est du Magoyond puissance 1000 parce qu’il y a eu un travail de fignolage tel… Quelqu’un qui découvrirait, je dirais « venez écouter et découvrir le travail de gens passionnés ». On s’efforce de faire mieux à chaque album.

Alors « mieux » et « plus abouti », « du Magoyond puissance 1000 » ; vous voulez faire mieux à chaque album… C’est le troisième, vous avez de l’ambition et c’est très bien. Mais si on a là du Magoyond puissance 1000, le prochain, ça va donner quoi ?

Ben, Magoyond puissance 10.000 ! On fera tout pour, en tous cas. Là, on est déjà super contents du résultat et on réfléchit déjà à la suite, mais pour le moment, l’heure est à défendre Necropolis sur scène. Ce sera déjà une belle chose.

Tu viens de nous parler de l’esprit de Magoyond. Si tu devais ne retenir qu’un titre de Necropolis pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Magoyond, lequel serait-ce ? Pas to préféré, le plus représentatif.

Avec un seul titre ? Je t’en aurais bien donné deux…

C’est pour ça que je ne t’en demande qu’un.

Oui, bien sûr. Je pense que ce serait la chanson éponyme, Necropolis, qui reprend des thèmes de nos anciens albums autant que de celui-ci, tant musicalement que dans la narration. Ce n’est pas le morceau le plus complexe mais je pense que c’est celui qui vient le plus s’inscrire dans la ligné de ce qu’on a fait depuis nos débuts et ce vers quoi on se dirige. Il y a le côté narration, le côté metal…. Necropolis serait le plus représentatif de ce qu’on fait aujourd’hui.

Une chose m’intrigue, vous l’avez depuis longtemps, c’est ce Z. Il représente quoi ?

Ça remonte à Pandemia, notre premier album et c’est lié à l’histoire avec notre mascotte Hector Zam. C’est en fait le virus Z, qu’on pourrait décrire comme un virus zombie, mais aussi, on retrouve le Z de Zam. C’est le fameux virus qui a commencé a décimé la population dans tout l’ordre Magoyond décrit dans nos trois albums.

Et il y a un autre « virus » qui veut décimer la population ukrainienne et qui s’identifie aussi avec un Z…

Ça, malheureusement… Nous, on était là avant… C’est le fruit malheureux du hasard, les Russes se sont approprié cette lettre, mais que les gens soient rassurés, nous n’avons aucune affiliation, nous ne faisons que de la musique, pas de la politique (rires) !

Vous avez travaillé avec un orchestre sur plusieurs morceaux. Comment avez-vous travaillé ensemble et comment les avez-vous convaincus de travailler avec vous ?

Dans le groupe, on a Aspic, le bassiste actuel, qui, en dehors de Magoyond, est un vrai musicien professionnel. Ce qui implique qu’il sait aussi bien diriger un ensemble, un orchestre que, et c’est lui qui s’en occupe, de se charger de la prod, des enregistrements aux arrangements. Aspic, c’est vraiment l’homme à tout faire. Pour cet album, on est passé d’un orchestre numérique à du « full » orchestration. Il a tout simplement écrit les partitions. On a démarché des centres où on peut enregistrer des orchestres. Là, c’était à la Seine Musicale qui a des orchestres à disposition avec qui on se met d’accord sur le nombre de musiciens nécessaires, la durée de jeu… Ça s’est fait comme ça. Le jour de l’enregistrement, Aspic arrive avec les partitions, les musiciens sont briefés, il enregistre le tout depuis sa cabine, il écoute, est-ce bien joué comme ce qu’il imaginait, il va voir les musiciens pour quelques directives… C’est vraiment lui qui a dirigé toute cette partie symphonique et sans lui, on n’aurait pas ce résultat.

Contrairement à ce que tu disais, là, c’est plus qu’une « petite chorale »…

Non, en effet, mais je ne sais pas exactement combien de musiciens il y avait. Tu peux les compter, si tu veux, ils sont sur le livret…

On peut imaginer que vous souhaitiez, à terme, pouvoir présenter un concert avec tout ce monde sur scène. Y a-t-il quelque chose de prévu en ce sens ?

De prévu, malheureusement, avec les moyens que sont les nôtres aujourd’hui, on est un peu limités. Et d’un point de vue logistique, c’est une organisation qui est très gourmande, autant financièrement que pour réunir tout le monde. Mais, oui, c’est un rêve qu’on a de pouvoir réunir tout ce monde, tout comme c’était un rêve d’enregistrer avec un vrai orchestre, qui date de notre premier album… Il a fallu 10 ans pour le faire. Monter sur scène avec un vrai orchestre, c’est un rêve, mais pas possible aujourd’hui. Magoyond, c’est nous 4, on fait tout nous-mêmes, de A à Z…

Le voilà ce fameux Z !

Oui, bien vu, très bon rebond ! Si un jour on devait faire un concert comme ça, il faudrait la garantie d’une structure et des moyens pour gérer ça. Peut-être une date unique pour un énorme concert…

Comment décrirais-tu l’évolution de Magoyond entre Kryptshow en 2019 et Necropolis en 2022 ?

Eh bien, c’est une suite logique. On a tous un peu grandi avec ce qu’on a vécu et le temps passé chez soi avec cette pandémie… On n’était pas précurseurs, mais le thème s’y prêtait bien ! Petit à petit, autant dans nos attentes musicales que visuelles, on s’est vraiment posés pour faire évoluer le projet dans le bon sens et surtout offrir une œuvre à la hauteur de la contribution des gens qui nous ont fait confiance et de ce que nous nous avions en tête depuis un bon moment, l’orchestre, la chorale, toutes ces choses qui ont permis à notre son d’évoluer et proposer des choses de meilleure qualité que ce qu’on a fait jusque-là.

Kryptshow était déjà de grande qualité…

Oui, oui, on ne le renie pas du tout mais on a voulu faire mieux. Et on en est satisfaits, on espère que le public le sera aussi…

Si tu devais penser à une devise pour Magoyond, ce serait quoi ?

Ouh là là ! C’est les petites questions piège…

Non, non, il n’y a pas de piège…

Non, c’est vrai, c’est bien ces questions un peu inopinées… Une devise pour Magoyond ? « Mangez sain, mangez des humains » ? En rapport avec les zombies, on va rester sur une petite note d’humour…

 

WISEWOLF: In void

France, Metal (M&O, 2022)

Wisewolf a été formé à Lyon et a publié un premier Ep en 2019. Les 5 reviennent avec In void, un voyage au cœur du metal moderne composé de 7 titres. Wisewolf est ici accompagné d’un nouveau chanteur. Mais… oh, rage, oh, désespoir! Une voix claire, puissante et déterminée qui, malheureusement, chante dans un anglais ‘patate dans la bouche’. C’est simplement incompréhensible et c’en devient rapidement difficilement écoutable pour tout auditeur un tant soit peu anglophone. Ce… « détail » linguistique mis à part, on ne peut nier les qualités évidentes de la musique, énergique, puissante, menée par des guitares et une rythmiques entrainantes et originales qui lorgnent du côté du metal moderne. Mais bon… je ne parviens simplement pas à passer le cap de ce chant qui ferait plus qu’entièrement le job s’il était dans la langue de Molière, Corneille, Hugo, Zola, Werber ou même Djian…