REKT: Tunnel vision

France, Metal (Ep, M&O, 2025)

Après une intro assez spatiale, des guitares saturées et mélodiques transforment Midnight fire en un titre heavy au rythme martial et déterminé. Tunnel vision est le premier Ep des Parisiens de Rekt, groupe influencé autant par la lourdeur de Mastodon que par le sens de la mélodie de Tool. On déplore cependant, d’autant plus avec la technologie actuelle, une production très – trop – étouffée qui relègue le chant à l’arrière plan. L’a suite’ensemble, cependant, alterne avec un certain bonheur mélodies aériennes et metal oppressant, explorant par instants des univers gothiques proches, parfois du doom. S’il y a de la matière tout au long des 5 titres qui le composent, ce premier « Ep » (avec ses plus de 45′ on peut même parler d’album) souffre malheureusement de la faiblesse de sa production. Dommage, vraiment, car Struggle, S.O.S (et ses ambiances ritualistes), Howl ou le morceau titre savent ne pas se répéter et se faire séduisants par leur variété.

OLD BLACK: D.T.R.R.T.D

France, Metal (Music records, 2025)

Ca commence par un appel à tous ceux qui aime la chatte… Le racolage d’un directeur de bordel à la voix rauque qui cherche à faire entrer sa clientèle d’un soir. Puis Old Black lance les hostilités avec un riff heavy à souhait et une rage vocale déterminée comme jamais. En un petit titre, les Français explorent l’ensemble de leurs influences qui s’étalent du heavy old school au black/death est ses blast beats explosifs. On ne comprend naturellement pas un mot de ce « chant » guttural, mais on apprécie la variété des tempi, les cassures de rythmes et les riffs efficaces. Il y a de quoi se démettre quelques cervicales tout au long de ce D.T.R.R.T.D., un intitulé certes mystérieux mais qui renferme 7 titres d’un rock n roll furieux teinté de black. Si le trio composé de Old (chant et guitares), Randy (batterie) et Malfaisant (basse) réussit à créer des ambiances diverses, ile ne cherche pas à réinventer le genre. Ancré dans le old school – de la prod crade et presque minimaliste en passant par l’illustration de couverture crayonnée (on ne parle pas des pseudo des musiciens) – Old Black se fait simplement plaisir, s’adresse à un public aussi bien amateur de heavy speed 80’s qu’a celui plus « soft » black metal. Et nous laisse imaginer des concerts lourds et sombres, à voir de nuit et en salle. Un bon moment.

SYR DARIA: Dark carousel

France, Heavy/Thrash (M&o, 2025)

Il y a en France des groupes qui se font, souvent bien involontairement, bien trop rares. Syr Daria fait partie de ces formations qu’on voudrait bien voir et entendre plus fréquemment. J’avais découvert le groupe en 2016 avec son album Voices. Le groupe est plus tard revenu avec Tears of a clown (paru à la pire période, fin 2019, à peine quelques mois avant la crise sanitaire ayant certainement empêché le groupe d’en assurer une promotion correcte), trait d’union entre Voices et ce Dark carousel qui nous est aujourd’hui offert. Un trait d’union tant visuel – la jeune femme de l’album précédent, qui tenait la tête décapitée du clown de Voices, a grandi (même si je trouve la pochette vraiment moche et ratée, il me semble bien qu’il s’agit de la même personne) et semble aujourd’hui quelque peu désemparée. Trait d’union musical aussi, Syr Daria nous proposant 10 titres puissants, qui piochent autant dans le thrash naissant de la Bay Area (d’évidentes influences Metallica ou Slayer – le chant proche de celui de Hetfield sur Pogo, les riffs saignants de The beast is back, Fate) ou de la NWOBHM, le jeune Iron Maiden en tête enrobent des compos toujours efficaces. Syr Daria réussit cependant à s’éloigner de ses influences pour apporter sa touche et sa personnalité à ces morceaux qui donnent vraiment envie de secouer la tête Pour ne pas gâter l’affaire, le chant anglais est ici très agréable car la langiue est maitrisée et compréhensible. Il reste maintenant à nos amis de l’Est (le groupe est originaire de Mulhouse) à tourner pour soutenir ce disque qui mérite de vivre pleinement.

CRAZY JESSE: Somewhere

France, Rock rugueux (M&O, 2025)

Fondé en 2017, Crazy Jesse est un trio de rock furieux. Composé de la chanteuse Jesse (tiens donc…) et des frères Nico et Cédric, le groupe publie un premier album en 2022 – Le fil de l’histoire – lui permettant de se présenter au public via le Off du Hellfest ou des premières parties (dont Aston Villa ou Manau). Avec Somewhere, le groupe nous offre 11 titres d’un rock furieux et bigrement efficace. La voix de Jesse est à a fois hargneuse et rugueuse, du genre de celles forgées dans les clubs enfumés des bas fonds londoniens ou new-yorkais, puissante et, surtout, pleine de cette chaleur bluesy et soul qui fait mouche. Il y a tout au long de cet album une vraie personnalité, une vraie chaleur et aucun morceau ne se répète. Ok, on remarquera un certain amour pour Motörhead (l’intro de Don’t push me down, par exemple) mais il y a bien plus. Du groove, du feeling, de la détermination, cet album se laisse écouter d’une traite. Si sur scène le groupe est aussi efficace, on vous attend avec impatience!

CHASING LANA: State of mind

Australie, Heavy rock (Ep, M&O, 2025)

Inconnu de nos service, ce State of mind, nouvel Ep de Chasing Lana, est une très agréable surprise. Formé à Melbourne, en Australie, le groupe qui se présente comme une formation de hard rock navigue plutôt sur les eaux plus modernes de Alter Bridge, The Offspring ou Nickelback que sur le terrain des Rose Tattoo, Angel City et consorts. Les cinq titres sont à la fois déterminés et pop, entrainants et chantants. Bref, on se surprend à se dandiner sur les riffs puissants de Sick like me ou de Sever, on se laisse entrainer dans le monde plus brutal de Crash and burn et de Queen of the night ou des bons sentiments de Light in the dark, une ballade acidulée qui monte comme il se doit en puissance. Du bon stadium rock, joyeux et populaire, celui qui uni les foules et les fait bouger en cadence, le genre qui fait mouche.

LETHERNAL UTOPIA: Illusion of time

France, Metal symphonique (M&O, 2025)

Un riff heavy qui fait secouer les cheveux introduit Illusion of time, le premier album des Français de Lethernal Utopia. Puis une voix cristalline vient faire des vocalises. Pas de paroles mais un esprit metal puissant et symphonique. Ce chant féminin se confronte rapidement à la rugosité sombre d’une seconde voix, masculine. L’album explore ensuite des univers qui vont du metal des années 90 à du metal presque core plus contemporain, avec des riffs heavy à la Maiden d’autres plus thrashisants. Les 9 titres plus un bonus sont malheureusement chanté dans un anglais difficilement compréhensible. Dommage car le groupe instille une variété de genres qui enrichit son propos. Malgré cette faiblesse si commune aux groupes hexagonaux (et ces vocalises qui peuvent parfois devenir irritantes – non, tout le monde n’apprécie pas l’exercice), Lethernal Utopia signe un premier album puissant, rugueux et varié, une carte de visite assez prometteuse.

MÜ: Le vertige

France, Rock progressif (M&O, 2025)

Si le morceau titre débute avec beaucoup de douceur et de bienveillance, il sombre rapidement dans un univers de nuances qui transforment Le vertige en un espace protéiforme. passe en effet de la tendresse à la rugosité avec une facilité – et une forme d’évidence – déconcertante. La poésie recherchée par les Français se retrouve tout au long des 6 morceaux de cet Ep qui nous replonge avec bonheur dans un esprit rock indépendant des 90’s tout autant que dans la rage plus récente du metalcore. Le mariage des ambiances est ici très efficace, interpelle, intrigue et attire. Aussi à l’aise en français qu’en anglais (Fate and ashes), la formation explore avec bonheur tous les univers sonores qui l’inspirent. Clairement, Mü se détache d’une scène trop lisse et répétitive. C’est ce qui fait sa force et son intérêt.

COYOTE CRUNCH: Major arcana

France, Hard rock (M&O, 2025)

Sorti pile au début de la période estivale, Major arcana, le nouvel album de Coyote Crunch, a pu passer sous les radars. Il est donc temps de revenir sur cette petite pépite de rock vintage, simple, direct, efficace et bigrement chaleureux. La formation parisienne avait publié son premier album en 2021 – pas forcément le meilleur moment là non plus… va falloir revoir le calendrier, Messieurs ! – et revient aujourd’hui avec Guillaume Lhonoré, un nouveau chanteur à la voix éraillée, à fleur de peau et forgée dans les bouges enfumés des bas-fonds parisiens (si, si, il doit en rester!) et souvent, dans le bon sens du terme, très théâtrale. Ce dernier, qui remplace depuis 2023 Véronique Georges, vient rejoindre le guitariste et organiste Carlos Lara, le bassiste Maxime Eschene et le batteur Sylvain Navarro. Ils se disent inspirés par Rival Sons? La comparaison est certes flatteuse mais on ressent surtout beaucoup d’amour pour le rock et le hard rock des 70’s, les guitares saturées, directes et efficaces. Une touche de psychédélisme apporte ces tonalités vintage qu’on apprécie tant. Le Coyote a du mordant, et de l’envie aussi.

DEBATONIC: Slow fuse

France/Suisse, Metal (M&O, 2025)

A mi chemin entre le metal pur jus et le metalcore, les Franco-suisses de Debatonic débarquent avec Slow fuse, un premier Ep de 6 titres. Dès le morceau titre, massif et organique, le groupe puise dans le metal direct autant que dans un rock groovy empreint de hip-hop. Le chant alterne entre clarté et rugosité, l’ensemble ne perdant jamais de vue l’essentiel de son objectif : l’efficacité directe. Dynamite évoque avec son intro quelque peu tribale un Iron Maiden qui se serait égaré sur les chemins d’un metal/punk moderne, impression que l’on retrouve avec Jibe in a storm, qui, lui, lorgne du côté de Linkin’ Park. Si Debatonic ne réinvente rien – et si on peut une nouvelle fois reprocher un chant dans un anglais difficilement compréhensible – le groupe a le mérite de proposer un patchwork de styles intelligemment mélangés offrant un résultat varié et intriguant. Out of my mind en est un parfait exemple et Snowy sunday, qui suit, confirme cet attrait pour la diversité, puisant dans le rock alternatif des 90’s. Revolution vient clore cet Ep sur une touche à la fois enragée et groovy. Une découverte qui interpelle et un Ep qui appelle une suite.

DOORSHAN: +side

France, Metal indus/électro (M&O, 2025)

Un peu de folie electro metal made in chez nous, on y est désormais habitués. Les groupes ne manquent en effet pas, de Herrschaft à Shaârghot et d’autres encore. Doorshan tape pile dans cette catégorie, un discours féministe en plus, un visuel décalé car plus sobre en moins. Bien que défenseur du Girl power, le groupe est composé de trois gars et une fille. Mais c’est elle qu’on entend le plus! Les 7 morceaux de ce +Side (un titre qui aurait besoin de quelques explications, tout comme la pochette, d’ailleurs!) taillent dans le gras sur fond de metal puissant grandement teinté d’électro. Si on ne comprend pas toujours les paroles en anglais de Burnie (également aux keys), le mix avec la langue de Molière proposé par le chant de Sebb est efficace. Doorshan joue sur le terrain des 6:33, Wargasm ou autre Nova Twins, c’est évident. Et il est impossible de ne pas se dandiner, au bas mot, sur les Dans mes ears, Crack, Lights in the dark ou, titre que ne peut qu’approuver Steel Panther (ok, humour scabreux, je sors…) More women on stage. Doorshan signe, avec ce +side, une très encourageante carte de visite qui donne envie d’en entendre plus. A suivre.