PRAETOR: The spiral of addiction

France/Luxembourg, Thrash (Metal East, 2025)

En 2023, Praetor avait frappé très fort avec son premier album auto nommé. Un thrash furieux du genre qui fait mouche. Alors la sortie de The spiral of addiction est forcément source d’impatience. Dès le morceau titre, après une intro douce et rassurante, le quatuor rentre dans le vif du sujet. Le ton rageur de Hugo Centeno (chant et guitare) est parfaitement soutenu par la furie, déjà remarquée, de sa co-six cordiste Noémie Bourgois qui sait ce que lier vélocité et précision signifie. Ca speede avec une remarquable efficacité. Et quand Praetor décide – enfin? – d’appuyer sur l’accélérateur, ça donne Carefully selected, aussi épuisant de vitesse et de brutalité qu’apaisant dans ses breaks lourds au tempo ralenti – cette rythmique déterminée concoctée par le batteur Alex Guignard et le bassiste Sébastien Gouttes, simplement impeccable! Les grands anciens ne sont certes jamais loin (cette intro à la Slayer sur People pleaser qui s’enfonce dans l’univers de Testament et de Death Angel) et, pour autant, les franco-luxembourgeois posent leur propre identité sonore. Titre après titre, Praetor donne cette furieuse envie de headbanger et de pogoter, même sur le plus « lent » Wicked tongue, un semblant de respiration judicieusement placé à mi-parcours. Explosif de bout en bout, brutal et sans concession, The spiral of addiction pourrait sans doute concourir pour la claque thrash de cette première moitié de 2025. En tout cas, se faire une jolie place sur le podium. A suivre de très près.

DOORSHAN: +side

France, Metal indus/électro (M&O, 2025)

Un peu de folie electro metal made in chez nous, on y est désormais habitués. Les groupes ne manquent en effet pas, de Herrschaft à Shaârghot et d’autres encore. Doorshan tape pile dans cette catégorie, un discours féministe en plus, un visuel décalé car plus sobre en moins. Bien que défenseur du Girl power, le groupe est composé de trois gars et une fille. Mais c’est elle qu’on entend le plus! Les 7 morceaux de ce +Side (un titre qui aurait besoin de quelques explications, tout comme la pochette, d’ailleurs!) taillent dans le gras sur fond de metal puissant grandement teinté d’électro. Si on ne comprend pas toujours les paroles en anglais de Burnie (également aux keys), le mix avec la langue de Molière proposé par le chant de Sebb est efficace. Doorshan joue sur le terrain des 6:33, Wargasm ou autre Nova Twins, c’est évident. Et il est impossible de ne pas se dandiner, au bas mot, sur les Dans mes ears, Crack, Lights in the dark ou, titre que ne peut qu’approuver Steel Panther (ok, humour scabreux, je sors…) More women on stage. Doorshan signe, avec ce +side, une très encourageante carte de visite qui donne envie d’en entendre plus. A suivre.

MAINKIND: Fool’s game

Hard rock, France (Autoproduction, 2025)

Ca fait un petit bout de temps qu’ils trainent, Mainkind. Amoureux du bon gros son hard rock vintage, celui toujours mélodique des 80’s avec ces riffs entêtants et ses airs à chanter en voiture, celui simple et, parfois, quelque peu maladroit, le groupe formé par le batteur Tony Treynel et le chanteur Terry Grumiaux est en effet loin d’être néophyte en matière de rock. « Titi » s’était fait remarquer notamment avec Factor Hate et son show digne d’un Alice Cooper débutant, tandis que Tony a donné la mesure à différents projets dont, si je ne me trompe pas, une des dernières incarnations de Dygitals. Pas étonnant, Hervé, le chanteur de ces derniers n’étant autre que le frangin du batteur. On n’est donc pas non plus surpris d’entendre Hervé donner de la voix sur un bon nombre de titres – il est même chanteur lead sur Paradise. Musicalement, on repart quelques décennies en arrière, avec un certain bonheur. Après une intro de casino, on entre dans le vif du sujet avec un Feelin’ free enjoué. On retrouve le son et l’envie des guitares d’alors (ici tenues par Vince Lawry et Bucky Tannen – un clin d’œil à la famille de roublards et molosses de Retour vers le futur?) et de la partie rythmique (la basse de Nicko Kalifornia, bonjour aussi les pseudos !) qui parfois explorent les univers de l’ouest américain (la ballade I am a man) ainsi que l’esprit du rock US qui fait mouche (cette intro à la batterie sur Right here, right now est digne d’un Alex Van Halen). Toujours rock, parfois heavy (Hang on suzy), ou simplement speedé (Take down easy, Hot girl, bad boy). Les thèmes abordés sont classiques – l’amour, la vie, le rock – et sans surprise. Loin d’être nostalgique, Fool’s game nous replonge sans équivoque dans un lointain passé, avec une envie réelle doublé de ces charmantes maladresses (dont un chant joliment éraillé mais parfois un peu poussif, et certainement sous produit). Mainkind ne réinvente rien, bien au contraire, mais, et c’est là le principal, se fait plaisir de bout en bout et, surtout, a tous les atouts pour faire s’agiter les foules en concert, véritable lieu d’expression de ce genre musical.

PADDANG: Lost in Lizardland

France, Stoner (Le Cèpe Records, 2025)

Voilà une intrigante étrangeté… Paddang, trio formé à Toulouse en 2020, déboule avec un second album, Lost in Lizardland, barré de bout en bout (le premier, Chasing ghosts date de 2023). Clairement, il faut les suivre les gars! Ils nous entrainent sur les trace de Moros, sorte d’involontaire héroïne qui se réveille dans un monde radicalement différent de celui que l’on connait et qui se met en quête de quoi exactement? Les 8 titres puisent autant dans le psychédélisme des années « acide et amphèts » chères à Hawkwind ou King Crimson que dans les plus récentes périodes aujourd’hui nommées stoner. Les sonorités spatiales – et spéciales – côtoient quelques fulgurances audacieuses. Le résultat est un ensemble varié qui étonne toujours. Lost in Lizardland nécessite plusieurs écoutes pour être totalement digéré, mais s’écoute en une traite avec plaisir. une jolie découverte.

BURNING THE OPPRESSOR: Waking nightmare

Canada, Thrash death (M&O, 2025)

Waking nightmare est le cinquième album des Canadiens de Burning The Oppressor. Autant dire que les gaillard ne sont pas là pour enfiler des perles. Après une intro plutôt calme – Eternal rest, un joli clin d’oeil à la tempête qui s’annonce. Et là, ça tabasse sévère et sans compromission tout au long des 11 titres qui suivent. Si j’ai toujours du mal avec ces vocaux hurlés, le groupe propose un thrash moderne et old school à la fois qui (me) facilite l’écoute. Impossible ici de rester de marbre, les cervicales sont amenées à craquer un bon coup! On ne cherchera pas la finesse, mais on évite aussi la brutalité gratuite. Il y a dans ce Waking nightmare, au delà du death et du thrash, du groove, du hardcore et ce genre de mélodie brutale et directe qui ne laisse pas de marbre. Un petit tour en France, les gars?

SUN: Krystal metal

France, Brutal pop (Autoproduction, 2025)

En 2022, nous avions été assez séduits par Brutal pop 2, l’Ep/démo de Sun qui nous permettait de découvrir une artiste versatile et quelque peu touche à tout. Sun revient aujourd’hui avec Krystal metal, un album complet d’une originalité et d’une efficacité remarquables. La jeune femme a parfaitement intégré l’ensemble de ses influences qui vont d’une pop énergique et mélodique à du metal bien burné. Dès Free your soul, on sait où on met les pieds. En tout cas, on croit le savoir tant la virulence de ses growls est puissante. Cependant, c’est pour mieux revenir à un chant doux et à des mélodies immédiatement mémorisables. Car c’est là la grande force de Sun: proposer des titres enjoués et entrainants sur fond de guitares rageuses et de mélodies efficaces, l’ensemble allant rencontrer aveuglément une brutalité soudaine. Il y a tout au long de cet album un mélange de pop et de metal enragé, virevoltant et saccadé. Les guitares sont déterminées et colériques, et les lignes vocales joyeuses, accompagnant avec bonheur des « Ohohoh » que le public chantera en concert balançant ses bras levés de gauche à droite (faisant, parions le, cette connerie de « coeur-avec-doigts » sur Warrior riot grrrl). Le morceau titre se fait martial et hypnotique, puisant autant dans l’esprit de Metallica que dans la folie d’Avatar tandis que Sirius love figurerait parfaitement au générique d’un film pour ados. Sun est douée, très douée même, son ouverture et ses inspirations musicales ont tout pour séduire un public varié. Alors, oui, plongez-vous dans ce Krystal metal, lumineux, attirant et séduisant comme le plus pur des cristaux et dur comme l’acier. Bravo.

LISATYD: Still

France, Stoner (Ep autproduit, 2025)

Après une intro planante, Loop, le morceau d’ouverture de Still, le nouvel album des Français de Lisatyd (acronyme de Life Is Shit And Then You Die, titre du premier Ep) s’enfonce dans les méandres éthérés d’un heavy stoner et psychédélique avec des sonorités extra terrestres. D’impros contrôlées en délires noisy, les six titres de ce nouvel Ep entraine l’auditeur dans un univers hors du temps. Grungy et crunchy, certes, souvent hypnotique et jamais dépourvu de mélodies, le quatuor sait lier efficacité, rugosité et densité. On remarquera l’évolution naturelle du groupe qu’on avait pu découvrir avec un première production en 2023. Si Lisatyd pouvait alors dérouter, il interpelait, aussi. On appréciait déjà, en effet, le côté décalé et planant de ses créations, deux paramètres à prendre une nouvelle fois en compte, la maturité du travail en commun en plus. Simon Garette (chant et guitare), John Babkine (guitare), Clément Verhaeghe (basse) et Angela Dufin (batterie) mettent chacun en commun leurs expériences acquises au sein d’autres formations d’univers variés. Etonnant et réussi.

SPLEENBREAKER: Human comedy

France, Rock (M&O, 2025)

Quatre chiens tout de cuir vêtus autour d’une table, une bière à la main, les « shades » rivées sur le nez… Pas de doute, Spleenbreaker est un groupe de rock sans doute énervé. Clairement, leur album Human comedy ne cherche pas à réinventer la machine à courber les bananes tant le groupe semle vouloir se faire plaisir en nous replongeant dans un passé rock et allumé. Pas psyché, simplement allumé. Nombre d’entre vous me connait suffisamment bien aujourd’hui pour comprendre pourquoi je passe sur le chant en anglais… y a du boulot, mais bon… Si les deux premiers titres me laissent froid, le chant à la Jim Morrisson et les ambiances à la The Doors de Mainstream m’interpellent avant que le groupe n’appuie sur l’accélérateur avec un Lust lover pas piqué des hannetons (plus tard, c’est un ton horrifique à la Alice Cooper sur Purge your brain qui me rappellera à l’ordre). Seulement, rapidement s’installe l’impression d’un manque. Si l’envie est là, si la guitare est saccadée et entrainante, si le groupe puise dans le blues et le hard vintage, il me semble manquer ce truc en plus qui ferait passer Human comedy d’album gentiment plaisant à bon disque de rock. Un album à écouter entre potes autour d’un apéro pour passer une bonne soirée.

LADY AHNABEL: La bionique

France, Power metal (M&O, 2025)

Le power speed metal a encore de beaux jours devant lui! Made in France ou pas… Ne serait-ce le chant souvent trop haut perché et qui reste ici incompréhensible (ce grand mal que nombre de groupes français cherchent à combler…) – je ne sais même pas quelle langue est utilisée jusqu’à Jeux d’enfants, moment de pause qui arrive assez tôt dans ce disque. On pourra porter un attention particulière à La bionique, nouvel album de Lady Ahnabel qui démarre avec des ambiances de fête foraine pour foncer ensuite dans le tas avec une impressionnante maitrise instrumentale. Musicalement, La bionique se pose là et fait sans doute aucun le job. Une ambition musicale comme on en voudrait plus en France, certes, mais je ne parviens cependant pas à franchir le cap de ce chant trop haut et agressif pour moi. Chacun pourra cependant apprécier en fonction de ses goûts.

BASIC PARTNER: New decade

France, Rock (Daydream music, 2025)

Intrigant et attirant album que ce New decade des Français de Basic Partner. Après un premier Ep paru en 2023 (Insomnia’s road), le groupe nous plonge dans des univers sonores qui évoquent autant la postwave des années 90 que le bordel organisé d’un certain punk ou encore l’esprit cinématographique cher à feu David Lynch. Hormi un chant anglais à retravailler, les 9 morceaux de cet album nous entrainent dans un passé pas si lointain. Pas metal pour un rond mais totalement rock avec des (grosses) touches electro et synthétiques, Basic Partner se pose comme un sérieux challenger du genre – qui a déjà à son actif d’avoir marqué les esprits des Transmusicales en 2024. Plutôt encourageant, non?