FAT BASTARD: Barely dressed

Belgique, Very Hard Rock (Autoproduction, 2025)

De la pochette au contenu, tout ici évoque le rock crade et direct qu’on écoute dans les bouges enfumés qui puent les relents de cendres froides et de bière tiède. Fat Bastard coche toutes ces cases, et ça tombe bien en ce qui concerne la bière, ils sont Belges! Formé en 2007, nos voisins ont déjà publié deux Ep – Feel the pain en 2013 et Junk yard fest en 2018, plus proche d’un album d’ailleurs avec ses 7 titres… Pas pressés les gars, mais le résultat est là: Barely dressed est un premier album explosif de bout en bout. Après un Never told me her name qui évoque plus les grands espaces des westerns chers à Morricone doublé d’ambiances à la Tarantino, You know you are gone dévoile le jeu du quatuor. Si le groupe n’est pas fan de Motörhead, on se pose des questions! Mais Fat Bastard ne copie pas, il pose sa propre pate sur des riffs et des rythmes puissants, simples et directs qui nous replongent parfois dans une forme de rockabilly (très) énervé. On y retrouve certes l’esprit de la bande à Lemmy toutes époques confondues avec un chant rocailleux Jorn Mazet) et, souvent, une touche punk ainsi que, parfois, un riffing (Jan Sommeryns) à la Fast Eddie (Hammer), mais aussi beaucoup de rage irrévérencieuse (à qui en veut-il avec ce Piece of shit explicite?). On ne sera guère surpris de découvrir un officiel hommage à Maitre Lemmy avec Mister Rock. Barely dressed est sans doute l’album de heavy rock qu’on attendait depuis longtemps, le genre qui ne cherche pas à faire de l’esbrouffe, qui va droit au but avec une monstrueuse efficacité, une rythmique de tous les diables (Geller Van Reeth à la basse et Kurt Pals à la batterie) et qui me donne une furieuse envie de découvrir les précédentes productions. Fat Bastard pourrait-il être à Motörhead ce qu’Airbourne est à AC/DC? En tout cas, la relève est assurée. A découvrir d’urgence et à consommer sans modération. On se fera également plaisir en allant visiter le site du groupe et lire son « personal rider » hilarant (quoique… certains adeptes de la bien-pensance et du politiquement correct vont encore trouver des conneries à en dire, c’est évident)! On vous voit quand en France, hein, dites?

CUTTING CORNERS: Trampoline park

France, Punk (Cutting Corner records, 2025)

Ils sont deux – Ricardo à la guitare et Tommy à la batterie, les deux se partageant le chant – et ils ont envie de foutre un joyeux bordel. Guitare, batterie et un chant énergique et entrainant, la recette est simple et bigrement efficace. Avec Trampoline Park, Cutting Corner scande sa joie de vivre et sa liberté. Les douze titres sont directs et d’apparente simplicité. Quoi de plus complexe que de reproduire à deux ce que des groupes complets font? Alors les deux ne se prennent pas la tête, vont à l’essentiel avec des mélodies chantantes et percutante. On trouve des traces de The Offspring ou de QOTSA et, plus proche de nous, certains passages évoquent Sticky Boys. Simple, sobre et efficace. Et si l’énergie est retranscrite de cette manière sur scène, on nous promet de bons, d’excellents moments.

BLACK RABBIT: Chronolysis

Pays-bas, Thrash (Ep Autoproduit, 2025)

Située dans la province de Gueldre, Apeldoorn est une commune néerlandaise qu’on ira volontiers visiter pour ses… Ouais, on s’en fout, en fait. En tout cas, c’est là que Black Rabbit, groupe de thrash/death a vu le jour à la veille des années 2020. Les cinq musiciens – Nino Thomas au chant, Jelle Brekelmans et Hidde Hofland aux guitares, Thijs Mulder à la basse et Koen van der Voet à la batterie – crée le concept du lapin noir qui donne son nom au groupe, sorte de bestiole maléfique qui vient hanter nos nuits. Un premier Ep en 2020 est suivi d’un album, Hypnosomnia en 2023 avant l’arrivée de ce Chronolysis explosif. En cinq titres, les Néerlandais nous démontre leur savoir faire et leur détermination. Ca thrashe dans tous les sens et ce disque m’évoque la folie contagieuse de Crisix. Oui, Black Rabbit emporte tout sur son passage, surtout son auditeur pris au piège dans un déluge de riffs et de rythmes assassins et « cauchemardesques ». On se déboite la nuque avec bonheur. Live, ça doit démonter sévère! Fun, rentre dedans et explosif, bravo!

THE LIGHT

Allemagne, Hard rock (Fastball music, 2025)

The Light, c’est la réunion en 2024 de trois musiciens diversement expérimentés – Nick Antonelli au chant, Holger Terhorst à la guitare et Alex Scherz à la basse. Né dans le sud de l’Allemagne, le trio a une idée précise d’où il veut mener sa musique et son auditoire: du rock musclé et mélodique tout en posant un regard quelque peu critique sur la folie de l’humanité. Le résultat, c’est ce premier album éponyme qui, s’il souffre parfois d’un manque de liant, parvient à mélanger d’évidentes influences à une identité propre. Ainsi, si Metallica est souvent évoqué tant par certains riffs que par le chant qui rappelle plus qu’à son tour James Hetfield, on trouve également des traces de Paradise Lost (période Draconian times et One second) – étonnant pour un groupe qui s’appelle La lumière! The Light ne s’enfonce cependant jamais dans la virulence du thrash et sait toujours rester mélodique. Ce premier album est au final un moment de fraicheur, agréable et mature – d’autant plus après une petite année d’existence.

REDEMPTION: The hard way

France, Heavy rock (Autoproduction, 2025)

Redemption, c’est une histoire de famille. Un père et ses deux fils unis par la passion du rock qui tâche, qui se lancent le défi de monter un groupe et qui se retrouvent sélectionnés pour jouer au Hellfest en 2018 avant de proposer un premier album, Three of a kind, en 2020. Le trio revient aujourd’hui avec The hard way, un nouvel album au titre explicite. La formation a muri son propos et propose des styles plus variés qui font toujours autant taper du pied. Malgré un anglais encore perfectible, Redemption développe et démontre tout son amour du gros rock, direct et franc. Si le trio nous replonge dans le heavy pur jus des 80’s, il le fait avec un son résolument moderne. Partout, on sent un inconditionnel amour pour les guitares grasses et les gros sons, les rythmes imparables, ainsi qu’un profond respect pour les anciens, d’AC/DC à Motörhead, le groupe rendant même une forme d’hommage à ces derniers en reprenant, accompagné d’une invitée de marque (Ruyter Suys de Nashville Pussy), un certain Overkill. The hard way est un album efficace de bout en bout. On les entend volontiers monter sur scène en scandant un graveleux: « Good evening! We are Redemption, and we are a familly. We also play rock’n’roll!« 

YOJIMBO: Cycles

France, Stoner (Autoproduction, 2025)

Si Cycles est le premier album des Strasbourgeois, Yojimbo – un rapport avec le film de Kurosawa? – a toutefois une petite histoire derrière lui. Formé en 2019, le quartet se lance dans un rock stoner teinté de touches progressives et publie un premier Ep éponyme en 2019. Et enchaine les concerts. Aujourd’hui, ce premier album nous montre un groupe qui maitrise son sujet et tout au long des 7 titres explore des univers variés. Si certaines influences sont évidentes – des riffs à la Black Sabbath early days, Queens Of The Stone Age – Yojimbo développe sa propre identité sonore et se lance dans des passages qu’on pourrait croire improvisés et qui nous renvoie aux plus belles heures du genre, celui d’un Blue Öyster Cult affiré ou d’un Pentagram. Un très jolie découverte à conseiller.

SPEAK IN WHISPERS Crystalline structures

Chypre, Metalcore (M&O, 2025)

Un groupe de metal qui se nomme Speak In Whispers, on imagine bien qu’il ne chuchote guère… Avec Crystalline structures, son premier album, le groupe chypriote nous propose un metal quelque protéiforme. On pourrait presque qualifier l’ensemble de metalcore progressif avec ses touches d’électro, ses structures à tirroirs, ses cassures de rythmes. Alors, OK, le « chant » pourrait être quelque peu plus adapté au prog, mais le metalcore n’est guère connu pour sa finesse vocale. Ca gueule sa rage de bout en bout – avec quelques instants plus chantés mais ce n’est que pour mieux revenir au hurlement – malgré une introduction quelque peu groovy. Mais au fur et à mesure que défilent les titres, rien ne me parle vraiment. Bien produit, certes, bien exécuté et plein de volonté, mais rien ne me fait particulièrement vibrer. Si ce n’est pas mon style, les amateurs du genre seront quant à eux séduits par l’énergie groovy développée par Speak In Whispers.

SILVER DUST: Symphony of chaos

Suisse, Metal (M&O, 2025)

Il y a trois ans, nous avions pu découvrir Silver Dust avec Lullabies, un album que je qualifiais alors de « grandiloquent ». Autant dire que mes attentes avec Symphonies of chaos, le nouveau méfait des Suisses sont assez élevées. Commençons par le visuel puisque les Helvètes ont décidé de prendre le contrepied en choisissant une pochette noire et rouge, en opposition avec la sobriété d’avant. Musicalement, le groupe de Lord Campbell, âme pensante du combo, nous offre 12 titres tout aussi exubérants qu’innovants. La grandiloquence est naturellement toujours de mise – un état d’esprit chez Silver Dust, semble-t-il – et l’ensemble est parfaitement produit. Le groupe touche à tout et explore tous les styles, alliant metal parfois brutal à des ballade revigorante, un esprit théâtral – le groupe développe aussi un véritable identité visuelle – à une rigueur presque militaire. « Touche à tout », certes, mais sans jamais se perdre en démonstrations inutiles, et ça, c’est une vrai force. Silver Dust mérite vraiment qu’on se penche sur son cas d’urgence.

GHOST: Skeleta

Suède, Rock hard (Loma vista recordings, 2025)

A sa sortie, il y a trois ans, nous avions, chez Metal Eyes, qualifié Imperia d’album « en demi-teinte ». Alors, forcément, c’est avec un mélange de crainte et d’une certaine forme d’excitation que j’appréhende Skeleta, le nouvel album de Ghost. Force est de reconnaitre que le second sentiment l’emporte sur le premier tant Tobias Forge a cette capacité à composer des hymnes qui, sous de faux airs pop, s’affichent résolument entrainants et (gentiment) subversifs. Peacefield introduit ce nouvel album sur fond de chœurs religieux féminins avant de se transformer en un rock quelque plus dur. Tout au long des dix titres de cet opus, il faut tendre l’oreille pour découvrir un fond de noirceur, ces détails qui font que, oui, Ghost, au delà du visuel ouvertement provocateur et de ses textes volontairement subversifs et « scandaleux », fait bien partie de la grande famille hard rock. Un hard léché, souvent proche du FM des années 80, avec des mélodies et des refrains immédiatement mémorisables, ceux du genre à être instantanément repris en chœur par le public en concert. Trois ans après une certaine déception, Ghost revient dans une forme éblouissante. La messe (noire) en est-elle pour autant dite? Rien n’est moins sûr. Ghost est de retour, en pleine forme et en peine possession de ses moyens. Superbe.

ASH TWIN PROJET: Tales of a dying sun

France, Metal progressif (Season Of Mist/Klonosphère, 2025)

Tales of a dying sun est le premier album des Français de Ash Twin Project. Le quintette originaire d’Agen évolue dans un metal progressif qui évoque aussi bien Opeth que Tool tout en explorant d’autres horizons. L’intérêt du projet réside en ses oppositions, des contrastes réguliers d’influences diverses. L’élégance qui évoque Soen se confronte à la virulence et la brutalité du metal extrême et du hardcore. Si on est aujourd’hui plus qu’habitués à la dualité vocale « la belle et la bête »(Eglantine Dugrand et son invité Nicolas Lougnon), Ash Twin Project surprend par la brutalité de certains passages comme si on venait à s’écraser contre un mur de son qu’on n’a pas vu arriver. Les guitares de Robin Claude et Romain Larregain, aériennes et rugueuses à la fois, se frottent à ce mur rythmique concocté par la basse de Stéphane Cocuron et la batterie de Thibault Claude. Malgré ses seulement 5 morceaux, Tales of a dying sun est à considérer comme un véritable album: seuls deux titres durent moins de 7′ (The wilds et Isolation – 5’58 et 6’50), Sunless city culminant même à 9’16. Un premier album (doté d’une production à la hauteur des exigences du genre) comme une belle promesse, à découvrir.