NEUROBLADE: Desert claw

Belgique, Heavy/Thrash (Autoproduction, 2025)

Tout dans ce Desert claw, premier Ep des Belges de Neuroblade, absolument tout respire le heavy old school. Issu de la réunion de membres de Enchantress (Jochen Mouton au chant) et Shocker (David Vandewalle aux guitares et autres instruments), Neuroblade voit le jour en 2023. Riff après riff, le duo ajoute du chant, une rythmique plombée et la nce véritablement son projet avec ce qui devient Desert claw. La naïveté de la pochette – très 80’s et évocatrice, hormis la tenue du lutin, d’une certaine forme d’intérêt pour Dune – peut donner une première impression mitigée. Le duo taille dans le gras dès Endless slaughter, titre aux allures quelque peu slayeriennes mais avec un chant plus haut perché « à l’ancienne ». La suite ne fait guère de place à la concession et l’oppressant In the darkness of my mind, qui porte parfaitement son nom, est le moment plus calme bien que d’une lourdeur proche du doom. Neuroblade fait partie de cette vague « old school revival » qui se fait plaisir en se foutant, espérons-le, de ce que le marché pourra lui offrir. Du plaisir brut est amplement suffisant.

INHERITED: No regrets

Pays-Bas, Hardcore (Autoproduction, 2025)

Vaut mieux pas les mettre en colère, nos voisins hollandais… Inherited est un jeune groupe formé en 2022 et dès son premier album, No regrets, le ton est donné. Le hardcore sans concession mélange vocaux gutturaux sans être hurlés (il va chercher au fond de ses poumons le vocaliste Jamie Versprille) et thrash sans concession à la Nuclear Blast meets Exodus. Les guitares de Midas Giele et Marvin Wesdorp charcutent et cisaillent tandis que la section rythmique pilonne sévèrement – la batterie parfois tribale (l’intro de GFY) de Neill Ray et la basse de Lucas Camonier sont d’une brutalité et d’une efficacité exemplaires. Du morceau titre No regrets à l’explosif Denial qui clôt l’album, Inherited ne laisse pas un moment de répit – hormi quelques vocaux plus proches du chant de temps à autres. Pas étonnant que le grope se soit retrouvé en finale de la Wacken metal battle. Ca castagne sévère!

GABRIEL PALMIERI: A portrait of existence

France, Metal instrumental (Autoproduction, 2025)

C’est, semble-t-il, la saison des albums instrumentaux qui est déclarée ouverte! Gabriel Palmieri est bien connu des métalleux puisqu’il joue au sein de Deficiency, mais c’est bien mal le connaitre si l’on s’en arrête à ça. Car le guitariste a bien plus que le thrash metal en réserve. Heureusement, d ‘ailleurs pour quelqu’un qui est passé par la MAI (Music Academy International) de Nancy. Avec ce premier album solo, A portrait of existence, il a, naturellement, pour intention de démontrer tout son savoir faire en matière de 6 cordes et plus. Débutant avec une Introduction très cinématique, le guitariste se lance dans plus de démonstration avec Beyond heaven. Ok, jusque là, rien de bien neuf, me direz-vous, « encore un clone de Satriani qui veut nous donner des leçons ». Oui, mais en fait, non… Car, sans jamais quitter des yeux le metal, Gabriel Palmieri sait se montrer versatile, alliant dextérité, vitesse, précision et, surtout, feeling. Il y a de la rage par instants, mais d’autres se font plus foncièrement jazzy et groovy. Loin de n’être qu’un album de guitare, A portrait of existence, l’album en cause, sait aller tailler le bout de gras avec les autres instruments, à commencer par les claviers (Groovin’ through waves) ou la basse/batterie sur le joyeux et aérien Crystal skies rappeler le bon gros hard rock bien gras (Timeless universe). On a même droit à un voyage dans le temps médiéval avec le très bien nommé Bard on the green. Avec A portrait of existence, Gabriel Palmieri nous présente diverses facettes de sa personnalité et de ses influences/amours musicales. Un album très riche à découvrir et à soutenir. Oui, on a des grands instrumentistes en France!

HEAVYLUTION: The cycle

France, Heavy metal (Brennus music, 2025)

Voilà le genre de groupe dont la France peut s’enorgueillir mais qui n’a pas (encore) eu la chance qu’il mérite. Heavylution a été formé en 2006 à Saint-Etienne et s’est toujours positionné en défenseur du heavy traditionnel teinté de thrash. Plusieurs évolutions du line-up se font avant que le quintette ne publie, en 2015, Children of hate, un premier album très mature. La formation ne se stabilise cependant que tardivement autour des membres fondateurs Paul Eyssette (chant) et Laurent Descours (batterie) aujourd’hui accompagnés des guitaristes Loïc Chalindar et Olivier Dupont ainsi que du bassiste Benjamin Vidal. C’est ce line-up qui publie aujourd’hui The cycle, un album de 10 titres qui montent en puissance et en efficacité. Une première partie sous forme de concept SF démarre tout doucement et quelque peu poussivement avant que Heavylution n’appuie sérieusement sur l’accélérateur pour entrer dans le vif du sujet. Si Exile – foundation I semble décoller aussi lourdement qu’une fusée chargée à bloc, l’engin Heavylution trouve rapidement sa vitesse de croisière, explorant de multiples univers du metal. Les influences sont évidentes, de Maiden à Metallica dans le phrasé rythmique et dans l’approche de certaines parties de guitares, en passant par les grands classiques du heavy speedé, du thrash sans oublier une touche de brutalité death. Avec The cycle, Heavylution se positionne dans la catégorie des « groupes à suivre très sérieusement ». Seulement, pour pouvoir véritablement trouver ses passagers et sa vitesse de croisière, le groupe devra impérativement éviter de nous faire attendre une décennie entière avant de nous proposer une suite. Et sillonner les routes afin de toucher le plus large public possible. The cycle est un must à découvrir d’urgence.

DUGARO: Play

France, instrumental (Autoproduction, 2025)

Les plus agés des amateurs de hard rock made in chez nous se souviennent (peut-être) encore de Dygitals, groupe parisien formé dans les années 80 qui a marqué les esprits avec des titres aussi puissants (aux débuts du groupe) que soignés et léchés. Un projet de premier album avorté en 1987, le groupe disparait, David Dugaro, le guitariste, et Hervé Traisnel, le chanteur se lançant dans un projet annexe – NDB – refondant Dygitals à l’occasion du PMFF de 2012, permettant enfin de réaliser une production discographique. Si le groupe existe encore, David a décidé de suivre son chemin et est allé fouiller dans ses archives sonores pour sélectionner 10 morceaux qui donnent aujourd’hui, sous son patronyme, Dugaro, ce premier album solo, Play. L’exercice de l’album instrumental est toujours délicat, car comment ne pas être tenté par la comparaison avec les géants du genre que sont, au hasard, Joe Satriani, Jason Becker ou Steve Vai? En France, nous avons eu – l’avons encore puisque lui aussi vient de sortir un nouvel album – Patrick Rondat qui a démontré qu’il est possible d’échapper à cette comparaison. Au travers de ces dix morceaux, David Dugaro démontre lui aussi que la guitare demeure un instrument avec d’innombrables possibilités. Tout au long de Play, il explore divers univers, allant du blues au metal furieux, en passant par le rock US, ajoutant ci-et-là une touche de folk pour un résultat frais et varié. Si la guitare prédomine naturellement, la présence de cuivres apporte une touche complémentaire à un ensemble qui, souvent, ressemble à la bande son d’un film de cinéma. Le guitariste explore avec bonheur de nombreux champs musicaux aussi étonnants, parfois, que la pochette de l’album (une œuvre signée Johanne Goll). Ne nous fions pas à une première impression, car il y a dans cette illustration une variété d’indices, qu’ils soient temporels (le titre pixélisé qui rappelle l’informatique naissante et les premiers jeux vidéos qu’on trouvait dans les bars des 80’s ou son propre nom avec une police bien plus moderne et lissée) ou géographiques avec cette toile qui le représente au milieu d’une route traversant le Grand Canyon et qui rappelle son amour pour le rock américain. Play est un disque qui s’écoute d’une traite et qui donne vraiment envie d’y revenir. Une tournée est prévue pour présenter ce premier album au public, alors, un conseil: déplacez-vous!

PRAETOR: The spiral of addiction

France/Luxembourg, Thrash (Metal East, 2025)

En 2023, Praetor avait frappé très fort avec son premier album auto nommé. Un thrash furieux du genre qui fait mouche. Alors la sortie de The spiral of addiction est forcément source d’impatience. Dès le morceau titre, après une intro douce et rassurante, le quatuor rentre dans le vif du sujet. Le ton rageur de Hugo Centeno (chant et guitare) est parfaitement soutenu par la furie, déjà remarquée, de sa co-six cordiste Noémie Bourgois qui sait ce que lier vélocité et précision signifie. Ca speede avec une remarquable efficacité. Et quand Praetor décide – enfin? – d’appuyer sur l’accélérateur, ça donne Carefully selected, aussi épuisant de vitesse et de brutalité qu’apaisant dans ses breaks lourds au tempo ralenti – cette rythmique déterminée concoctée par le batteur Alex Guignard et le bassiste Sébastien Gouttes, simplement impeccable! Les grands anciens ne sont certes jamais loin (cette intro à la Slayer sur People pleaser qui s’enfonce dans l’univers de Testament et de Death Angel) et, pour autant, les franco-luxembourgeois posent leur propre identité sonore. Titre après titre, Praetor donne cette furieuse envie de headbanger et de pogoter, même sur le plus « lent » Wicked tongue, un semblant de respiration judicieusement placé à mi-parcours. Explosif de bout en bout, brutal et sans concession, The spiral of addiction pourrait sans doute concourir pour la claque thrash de cette première moitié de 2025. En tout cas, se faire une jolie place sur le podium. A suivre de très près.

DOORSHAN: +side

France, Metal indus/électro (M&O, 2025)

Un peu de folie electro metal made in chez nous, on y est désormais habitués. Les groupes ne manquent en effet pas, de Herrschaft à Shaârghot et d’autres encore. Doorshan tape pile dans cette catégorie, un discours féministe en plus, un visuel décalé car plus sobre en moins. Bien que défenseur du Girl power, le groupe est composé de trois gars et une fille. Mais c’est elle qu’on entend le plus! Les 7 morceaux de ce +Side (un titre qui aurait besoin de quelques explications, tout comme la pochette, d’ailleurs!) taillent dans le gras sur fond de metal puissant grandement teinté d’électro. Si on ne comprend pas toujours les paroles en anglais de Burnie (également aux keys), le mix avec la langue de Molière proposé par le chant de Sebb est efficace. Doorshan joue sur le terrain des 6:33, Wargasm ou autre Nova Twins, c’est évident. Et il est impossible de ne pas se dandiner, au bas mot, sur les Dans mes ears, Crack, Lights in the dark ou, titre que ne peut qu’approuver Steel Panther (ok, humour scabreux, je sors…) More women on stage. Doorshan signe, avec ce +side, une très encourageante carte de visite qui donne envie d’en entendre plus. A suivre.

MAINKIND: Fool’s game

Hard rock, France (Autoproduction, 2025)

Ca fait un petit bout de temps qu’ils trainent, Mainkind. Amoureux du bon gros son hard rock vintage, celui toujours mélodique des 80’s avec ces riffs entêtants et ses airs à chanter en voiture, celui simple et, parfois, quelque peu maladroit, le groupe formé par le batteur Tony Treynel et le chanteur Terry Grumiaux est en effet loin d’être néophyte en matière de rock. « Titi » s’était fait remarquer notamment avec Factor Hate et son show digne d’un Alice Cooper débutant, tandis que Tony a donné la mesure à différents projets dont, si je ne me trompe pas, une des dernières incarnations de Dygitals. Pas étonnant, Hervé, le chanteur de ces derniers n’étant autre que le frangin du batteur. On n’est donc pas non plus surpris d’entendre Hervé donner de la voix sur un bon nombre de titres – il est même chanteur lead sur Paradise. Musicalement, on repart quelques décennies en arrière, avec un certain bonheur. Après une intro de casino, on entre dans le vif du sujet avec un Feelin’ free enjoué. On retrouve le son et l’envie des guitares d’alors (ici tenues par Vince Lawry et Bucky Tannen – un clin d’œil à la famille de roublards et molosses de Retour vers le futur?) et de la partie rythmique (la basse de Nicko Kalifornia, bonjour aussi les pseudos !) qui parfois explorent les univers de l’ouest américain (la ballade I am a man) ainsi que l’esprit du rock US qui fait mouche (cette intro à la batterie sur Right here, right now est digne d’un Alex Van Halen). Toujours rock, parfois heavy (Hang on suzy), ou simplement speedé (Take down easy, Hot girl, bad boy). Les thèmes abordés sont classiques – l’amour, la vie, le rock – et sans surprise. Loin d’être nostalgique, Fool’s game nous replonge sans équivoque dans un lointain passé, avec une envie réelle doublé de ces charmantes maladresses (dont un chant joliment éraillé mais parfois un peu poussif, et certainement sous produit). Mainkind ne réinvente rien, bien au contraire, mais, et c’est là le principal, se fait plaisir de bout en bout et, surtout, a tous les atouts pour faire s’agiter les foules en concert, véritable lieu d’expression de ce genre musical.

PADDANG: Lost in Lizardland

France, Stoner (Le Cèpe Records, 2025)

Voilà une intrigante étrangeté… Paddang, trio formé à Toulouse en 2020, déboule avec un second album, Lost in Lizardland, barré de bout en bout (le premier, Chasing ghosts date de 2023). Clairement, il faut les suivre les gars! Ils nous entrainent sur les trace de Moros, sorte d’involontaire héroïne qui se réveille dans un monde radicalement différent de celui que l’on connait et qui se met en quête de quoi exactement? Les 8 titres puisent autant dans le psychédélisme des années « acide et amphèts » chères à Hawkwind ou King Crimson que dans les plus récentes périodes aujourd’hui nommées stoner. Les sonorités spatiales – et spéciales – côtoient quelques fulgurances audacieuses. Le résultat est un ensemble varié qui étonne toujours. Lost in Lizardland nécessite plusieurs écoutes pour être totalement digéré, mais s’écoute en une traite avec plaisir. une jolie découverte.

BURNING THE OPPRESSOR: Waking nightmare

Canada, Thrash death (M&O, 2025)

Waking nightmare est le cinquième album des Canadiens de Burning The Oppressor. Autant dire que les gaillard ne sont pas là pour enfiler des perles. Après une intro plutôt calme – Eternal rest, un joli clin d’oeil à la tempête qui s’annonce. Et là, ça tabasse sévère et sans compromission tout au long des 11 titres qui suivent. Si j’ai toujours du mal avec ces vocaux hurlés, le groupe propose un thrash moderne et old school à la fois qui (me) facilite l’écoute. Impossible ici de rester de marbre, les cervicales sont amenées à craquer un bon coup! On ne cherchera pas la finesse, mais on évite aussi la brutalité gratuite. Il y a dans ce Waking nightmare, au delà du death et du thrash, du groove, du hardcore et ce genre de mélodie brutale et directe qui ne laisse pas de marbre. Un petit tour en France, les gars?