BIRDS OF NAZCA: Pangaea

France, Stoner/Doom (Autoproduction, 2025)

C’est à Nantes que se sont retrouvés le guitariste Guillaume Kerdrandvat et le batteur Romuald Chalumeau pour fonder en 2019 un duo doom nommé Birds Of Nazca. Ensemble, ils publient un premier album éponyme en 2020, suivi, après la crise sanitaire, d’un Ep, Héliolite, paru en 2023. Pangaea, leur nouvel album propose 7 titres variés, aussi lourds et oppressants qu’éthérés et aériens. On retrouve évidement l’empreinte de Black Sabbath, Candlemass ou encore Orange Goblin, mais le duo s’en distingue par cette particularité de proposer une musique totalement instrumentale, dans un esprit doom/stoner, lorgnant parfois vers le tribalisme, sans basse qui alourdirait sans doute encore plus ce mur de son qu’offre Birds Of Nazca. Les deux parviennent aussi à créer des ambiances si variées qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Impressionnnant d’efficacité, ce Pangaea est une merveille du genre à découvrir d’urgence. En un mot: j’adore!

REBEL ANGELS: Hot live

France, hard rock (Ep autoproduit, 2025)

On n’en a pas si souvent que ça des live enregistrés lors d’une convention rock et metal… Les Français de Rebel Angels ont su profiter de leur passage à la convention de Fismes le 2 mars 2025 pour y enregistrer les 4 titres de ce Hot live. Un rock simple, franc et direct émaillé tout au long des Rip it off et Rock’n’roll outlaws – deux extraits de leur précédent Ep. Le groupe se permet même le luxe de reprendre le mythique Hair of the dog de Nazareth. Que des morceaux connus, certes mais ce n’est pas tout puisque Rebel Angels nous offre en conclusion She talks too much, une nouveauté quelque peu influencée par AC/DC qui figurera sur son premier album, prévu en 2026. Avec un titre aussi prometteur, on attend cette sortie avec impatience. Pour le moment, on se contente de ce Hot live au son brut comme un live et suffisamment bien produit pour que chaque instrument soit en place. Il ne manque sans doute, reconnaissons-le, qu’un peu de cette niaque scénique, de cette électricité rageuse qui ferait passer cet Ep d’une simple carte de visite à une grosse promesse. La communication avec le public, sans doute peu nombreux mais en forme, se limite aussi à quelques mots mais on n’a guère de temps à perdre en palabres quand on ne dispose que d’aussi peu de titres pour convaincre. Hot live n’en reste pas moins une déclaration d’intention 100% rock’n’roll pur jus.

Séance de rattrapage: INNER CABALA: We are solitude

Metal, Pays-Bas (Autoproduction, 2025)

Si Inner Cabala a vu le jour aux Pays-Bas en 2021, ses membres viennent également de Roumanie et d’Italie. Un mélange d’origines et de cultures qui se reflète dans a musique de la formation tout au long de ce We are solititude, un premier album composé de 10 morceaux variés, puisant autant dans le metal moderne, puissant et rageur que dans des influences plus prog, voire orientales. Le chant de Pim Limburg est à la fois doux et enragé, par instants torturé et mélancolique, à l’image des guitares d’Alexandru-Daniel Taun et Alessandro Zanchetta aussi rugueuses que joviales (Mediocrity devides I, Of time rejoiced). Au delà du metal pur, on note des influences new wave (Crippled reality). Si Inner Cabala veut poser sa marque de fabrique, il manque ce petit quelque chose qui le démarquerait d’une scène déjà encombrée. Il y a de la volonté et du savoir faire, des rythmes variés (la basse de Razvan « Sid » Poinaru et la batterie féroce de Carlo Belloni), un ensemble qui ne se complait jamais dans la facilité. Est-ce pour autant suffisant. Sans doute une production plus gourmande apporterait-elle ce plus qui manque. Une jolie carte de visite qui reste à confirmer.

REKT: Tunnel vision

France, Metal (Ep, M&O, 2025)

Après une intro assez spatiale, des guitares saturées et mélodiques transforment Midnight fire en un titre heavy au rythme martial et déterminé. Tunnel vision est le premier Ep des Parisiens de Rekt, groupe influencé autant par la lourdeur de Mastodon que par le sens de la mélodie de Tool. On déplore cependant, d’autant plus avec la technologie actuelle, une production très – trop – étouffée qui relègue le chant à l’arrière plan. L’a suite’ensemble, cependant, alterne avec un certain bonheur mélodies aériennes et metal oppressant, explorant par instants des univers gothiques proches, parfois du doom. S’il y a de la matière tout au long des 5 titres qui le composent, ce premier « Ep » (avec ses plus de 45′ on peut même parler d’album) souffre malheureusement de la faiblesse de sa production. Dommage, vraiment, car Struggle, S.O.S (et ses ambiances ritualistes), Howl ou le morceau titre savent ne pas se répéter et se faire séduisants par leur variété.

OLD BLACK: D.T.R.R.T.D

France, Metal (Music records, 2025)

Ca commence par un appel à tous ceux qui aime la chatte… Le racolage d’un directeur de bordel à la voix rauque qui cherche à faire entrer sa clientèle d’un soir. Puis Old Black lance les hostilités avec un riff heavy à souhait et une rage vocale déterminée comme jamais. En un petit titre, les Français explorent l’ensemble de leurs influences qui s’étalent du heavy old school au black/death est ses blast beats explosifs. On ne comprend naturellement pas un mot de ce « chant » guttural, mais on apprécie la variété des tempi, les cassures de rythmes et les riffs efficaces. Il y a de quoi se démettre quelques cervicales tout au long de ce D.T.R.R.T.D., un intitulé certes mystérieux mais qui renferme 7 titres d’un rock n roll furieux teinté de black. Si le trio composé de Old (chant et guitares), Randy (batterie) et Malfaisant (basse) réussit à créer des ambiances diverses, ile ne cherche pas à réinventer le genre. Ancré dans le old school – de la prod crade et presque minimaliste en passant par l’illustration de couverture crayonnée (on ne parle pas des pseudo des musiciens) – Old Black se fait simplement plaisir, s’adresse à un public aussi bien amateur de heavy speed 80’s qu’a celui plus « soft » black metal. Et nous laisse imaginer des concerts lourds et sombres, à voir de nuit et en salle. Un bon moment.

SYR DARIA: Dark carousel

France, Heavy/Thrash (M&o, 2025)

Il y a en France des groupes qui se font, souvent bien involontairement, bien trop rares. Syr Daria fait partie de ces formations qu’on voudrait bien voir et entendre plus fréquemment. J’avais découvert le groupe en 2016 avec son album Voices. Le groupe est plus tard revenu avec Tears of a clown (paru à la pire période, fin 2019, à peine quelques mois avant la crise sanitaire ayant certainement empêché le groupe d’en assurer une promotion correcte), trait d’union entre Voices et ce Dark carousel qui nous est aujourd’hui offert. Un trait d’union tant visuel – la jeune femme de l’album précédent, qui tenait la tête décapitée du clown de Voices, a grandi (même si je trouve la pochette vraiment moche et ratée, il me semble bien qu’il s’agit de la même personne) et semble aujourd’hui quelque peu désemparée. Trait d’union musical aussi, Syr Daria nous proposant 10 titres puissants, qui piochent autant dans le thrash naissant de la Bay Area (d’évidentes influences Metallica ou Slayer – le chant proche de celui de Hetfield sur Pogo, les riffs saignants de The beast is back, Fate) ou de la NWOBHM, le jeune Iron Maiden en tête enrobent des compos toujours efficaces. Syr Daria réussit cependant à s’éloigner de ses influences pour apporter sa touche et sa personnalité à ces morceaux qui donnent vraiment envie de secouer la tête Pour ne pas gâter l’affaire, le chant anglais est ici très agréable car la langiue est maitrisée et compréhensible. Il reste maintenant à nos amis de l’Est (le groupe est originaire de Mulhouse) à tourner pour soutenir ce disque qui mérite de vivre pleinement.

Monolyth: Seeds of perseverance

France, Death mélodique (Autoproduction, 2025)

Il y a deux ans, les Français de Monolyth nous proposaient une version revisitée de leur premier album. Cet année, ils reviennent avec Seeds of perseverance, un troisième album brutal et varié. Tout au long des 15 titres de cet album, les Parisiens nous rappellent leur amour pour le death direct mais explorent surtout des univers qui vont du thrash à la douceur. Il y a plus que des simples vocaux hurlées et enragés, le chant se fait doux quand il le faut. Tout autant que les guitares d’ailleurs. Débutant avec The harvest, doux comme on aime, le groupe se tourne rapidement vers une rage contrôlée. Dans chaque titre se cachent des ambiances variées, très variées même – les constructions surprennent par instant tant elles savent passer avec simplicité et efficacité du jour à la nuit. La force de Monolyth réside en cette capacité à proposer une musique explosive et tendre sans jamais perdre de vue la cohésion de l’ensemble. Seeds of perseverance fait partie de ces albums nécessitant plus d’une écoute pour se l’approprier totalement tant il est riche de détails souvent cachés.

Publié dans CD.

CRAZY JESSE: Somewhere

France, Rock rugueux (M&O, 2025)

Fondé en 2017, Crazy Jesse est un trio de rock furieux. Composé de la chanteuse Jesse (tiens donc…) et des frères Nico et Cédric, le groupe publie un premier album en 2022 – Le fil de l’histoire – lui permettant de se présenter au public via le Off du Hellfest ou des premières parties (dont Aston Villa ou Manau). Avec Somewhere, le groupe nous offre 11 titres d’un rock furieux et bigrement efficace. La voix de Jesse est à a fois hargneuse et rugueuse, du genre de celles forgées dans les clubs enfumés des bas fonds londoniens ou new-yorkais, puissante et, surtout, pleine de cette chaleur bluesy et soul qui fait mouche. Il y a tout au long de cet album une vraie personnalité, une vraie chaleur et aucun morceau ne se répète. Ok, on remarquera un certain amour pour Motörhead (l’intro de Don’t push me down, par exemple) mais il y a bien plus. Du groove, du feeling, de la détermination, cet album se laisse écouter d’une traite. Si sur scène le groupe est aussi efficace, on vous attend avec impatience!

KETY FUSCO: Bohème

Suisse, indé(« pendant », « finissable », mettez le suffixe souhaité) (Daydream music, 2025)

C’est une étrangeté qui est arrivée dans ma boite aux lettres. Une étrangeté nommée Bohème et signée Kety Fusco. Cette dernière est une harpiste suisse reconnue qui s’impose depuis quelques temps dans la musique contemporaine. Avec Bohème, la jeune femme explore des horizons étranges, à la fois pop et rock, éthérés ou oppressants et crée des ambiances intrigantes, sombres ou joyeuses, dignes de BO de films divers. Tout au long des 9 titres de cet album, on se plait à visualiser des images, des lieux, des collaborations variées avec divers artistes et musiciens, comme Jean-Michel Jarre, Mike Oldfield ou encore Iggy Pop qui ne s’y est pas trompé, lui qui ressasse d’une voix grave et horrifique « the harp is not heard… so much » (sur She) tel qu’il le faisait déjà, plus légèrement, sur la BO de Arizona Dream (en parlant d’un poisson…) Hormis par ses aspects gothiques , on est loin, très loin du rock, certes. Le travail d’ambiances n’en est pas moins remarquable. La harpe est, en effet, un instrument rare et les amateurs (n’est-ce pas Laurène Telennaria/Orkhys?) sauront se plonger dans ces univers brillamment concoctés (excepté Für Therese plus que largement inspiré par une certaine Lettre à Elise) par Kety Fusco. Bohème est un album à part, aussi fascinant qu’hypnotique et envoutant. Une évasion reposante et bucolique dans notre monde de metal.

CHASING LANA: State of mind

Australie, Heavy rock (Ep, M&O, 2025)

Inconnu de nos service, ce State of mind, nouvel Ep de Chasing Lana, est une très agréable surprise. Formé à Melbourne, en Australie, le groupe qui se présente comme une formation de hard rock navigue plutôt sur les eaux plus modernes de Alter Bridge, The Offspring ou Nickelback que sur le terrain des Rose Tattoo, Angel City et consorts. Les cinq titres sont à la fois déterminés et pop, entrainants et chantants. Bref, on se surprend à se dandiner sur les riffs puissants de Sick like me ou de Sever, on se laisse entrainer dans le monde plus brutal de Crash and burn et de Queen of the night ou des bons sentiments de Light in the dark, une ballade acidulée qui monte comme il se doit en puissance. Du bon stadium rock, joyeux et populaire, celui qui uni les foules et les fait bouger en cadence, le genre qui fait mouche.