ASYLUM PYRE: Call me inhuman – The sun – The fight – part 5

France, Heavy/power metal (Autoproduction, 2023)

La princesse couronnée a tombé le masque à gaz pour devenir une carnassière ensanglantée. Call me inhuman est le nouvel album d’un Asylum Pyre dont le précédent opus, N°4,  avait tout pour faire exploser le groupe mené par le guitariste Johann Cadot et la chanteuse Ombeline « Oxy heart » Duprat. Seulement… l’album sort en 2019 et la formation ne dispose que de quelques mois pour le défendre. Moins d’un an après sa sortie, la France et le monde sont mis sous cloche, arrêtant net des efforts pourtant prometteurs. Mais cette période ne semble pas avoir pour autant freiné les envies et les ardeurs de nos Frenchies qui, avec cette 5ème partie, continuent et renforcent leur œuvre au discours écologique très actuel, encore plus, d’ailleurs, quand on voit l’état de notre monde et la nature qui, jour après jour, reprend naturellement le dessus sur notre inhumanité. Asylum Pyre nous revient dans une forme éblouissante et nous propose 12 nouveaux morceaux forgés dans un metal qui puise autant au cœur (pas celui de la pochette!) du heavy traditionnel que dans le power classieux. Dès Virtual guns, le groupe nous prend à la gorge avec son intro tribale hypnotique qui précède l’arrivée d’une guitare tout en puissance. Tout ici nous entraine dans une nature cinématographique meurtrie, celle de La forêt d’émeraude (John Boorman, 1985) ou d’Avatar (James Cameron, 2009), une nature meurtrie qui appelle au secours sans être écoutée. Les mélodies font mouche et rentrent dans la tête comme de trop rares morceaux savent le faire. Asylum Pyre travaille chaque détail de cet album avec une précision exemplaire, sans s’imposer de limites. Il y a ici de la cornemuse, là, de l’électro, par ici des influences pop, d’autres instants, nombreux, sont foncièrement metal, parfois growlées… Chaque morceau est prétexte à trouvaille et étonnement, l’ensemble se dégustant avec bonheur et, malgré le sérieux du propos, délicatesse. la nouvelle vie d’Ombeline, son séjour en, si je me souviens bien, Bosnie, a-t-elle eu une influence sur la composition et l’écriture (There I could die peut être interprété de différentes manières…)? On pourrait le penser à l’écoute de ces instants joviaux et heureux qui apportent une lumière salvatrice à cet ensemble pourtant grave et parfaitement produit. Car là aussi, le son est généreux. Un son qui illumine, ou serait-ce l’inverse, le chant d’une Ombeline qu’on dirait touchée par la grâce, un chant puissant, mélodique, rageur, déterminé et envoûtant. Avec Call me inhuman, Asylum Pyre signe la suite d’un doublé magnifique digne des plus grands. Foncez et… Tree your life !

 

SWARM: Mad in France

France, Metalcore (Autoproduction, 2023)

Mad in France est la nouvelle déflagration des Frenchies de Swarm. Un Ep de 6 titres qui foncent dans le tas, mélangeant metalcore et hardcore. Dès Another Choice, il est clair que ces gars sont dignes d’enflammer une Warzone de vouçavékelfestival tant la puissance du propos musical a tout pour faire craquer les nuques. Ca bastonne à tous les étages tout en lorgnant vers un thrash à la Slayer des débuts, du punk anglais ou un heavy d’antan. Malgré son titre qui sonne japonais, Sanbiki no saru est une explosion chantée en français. La rage vocale, d’ailleurs, ou plutôt la colère déterminée est en parfaite adéquation avec des compositions parfaitement maitrisées. Swarm nous avait épatés avec son précédent opus, les gars confirment ici leur potentiel. Si la puissance d’exécution est toujours là, le groupe sait varier ses interprétations en allant chercher des moments plus… heu… »calmes » pour mieux repartir. Et diantre que ça joue! Imparable de bout en bout, ce nouveau CD, bien que court, pourrait bien faire franchir à Swarm un pas décisif.

RED CLOUD

France, Hard rock (Autoproduction, 2023)

Formé en 2018 à la suite de la rencontre entre la chanteuse Roxane Sigre et le guitariste Rémi Bottriaux, Red Cloud ne stabilise son line-up qu’en 2021 avec l’arrivée, dans le désordre, du bassiste Maxime Mestre, du batteur Mano Cornet Maltet et de l’organiste Laura Luiz. Ce qui est une évidence dès The battlefield, le premier morceau – même avant, il suffit de se pencher sur le livret pour avoir quelques indicateurs – le groupe puise son influence au cœur du rock quelque peu psyché des années 70. Bien sûr, l’orgue évoque immanquablement Jon Lord et Deep Purple (qui a dit « redondance »?), les guitares cherchent du côté bluesy de Led zep ou plus heavy chez le Sab’, mais il y a bien plus. On ne s’encombrait guère d’étiquettes restrictives en ces temps immémoriaux où tout était prétexte à explorer de nouvelles sonorités. Il y a ici des clins d’œil à Janis Joplin ou, plus encore, Patti Smith dans le phrasé vocal, la gentille folie allumée du Greatful Dead, la marque pure rock d’AC/DC. Et on a de quoi rire en lisant le dossier de presse qui évoque des « influences plus modernes (DeWolff, Monster Truck ou Rival Sons) ». Si eux ne sont pas typés 70’s… Rien de surprenant, donc, et Red Cloud perpétue ce revival 70’s avec plus que brio. Le chant anglais est parfaitement maitrisé, la production est au top permettant à chacun des membres du groupe de s’exprimer librement. Les fulgurances guitaristiques sont mise en concurrence par des claviers hypnotiques et une voix chaleureuse. Avec ce premier album éponyme, Red Cloud a tout pour frapper un grand coup et séduire bien plus que les fans de 70’s. Quand la musique est bonne… C’est une de mes premières grosses claques de ce début d’année.

CARCARIASS: Afterworld

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Personne ne l’avait vue venir, Carcariass pas plus que les autres. Lorsque le groupe a publié Planet chaos en décembre 2019, et en avait assuré la promotion un mois plus tard, qui pouvait se douter que notre monde allait justement sombrer dans le chaos d’une crise sanitaire mettant un coup d’arrêt brutal à tous les espoirs du groupe de revenir en force sur le devant de la scène? Trois ans plus tard, Carcariass nous propose un Afterworld bien nommé même si, contrairement à sa pochette, notre monde n’est pas à feu et à sang. Quoique… Mais c’est un autre débat. Ce nouveau disque nous propose 10 titres aussi mélodiques qu’entraînants, rythmés par une batterie hypnotique et un chant guttural engagé et doucement enragé. On appréciera rapidement le soin apporté au mélodies et aux arrangements qui sont partout finement travaillés. On est souvent proche du progressif – je détecte même quelques touches à la Pink Floyd et Rush – et les claviers, omniprésents mais discrets, apportent une forme de mélancolie à cet ensemble très réussi, qui parfois invoque le côté martial de Rammstein (Angst, ben tiens, un titre en allemand, comme par hasard! Mais chanté en anglais). Pour se convaincre du potentiel musical de Carcariass, de la diversités de ses influences, on peut aisément se plonger dans cet instrumental à tiroirs qu’est Fall of an empire qui démontre bien que le groupe est bien plus varié et fin que le death de ses origines. Afterworld est un album brillant et efficace qui confirme que l’on peut aujourd’hui plus que miser sur le retour de Carcariass, plus en forme que jamais. Bravo!

MONOLYTH: We’ve caught the sun

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Il y a une quinzaine d’années, les Parisiens de Monolyth proposaient leur premier album de thrash/death, Catch the sun. Après , moulte aventures – dont un autre album, A bitter end – A brave new world (2018) – le combo revient avec We’ve caught the sun. L’observateur averti remarquera rapidement quelques similitudes avec le premier effort du groupe puisque le tracklisting est identique. Eh oui, Monolyth a décidé de revisiter son propre répertoire et réenregistré l’ensemble des 10 morceaux en y incorporant de nouveaux éléments musicaux, un son plus actuel et une interprétation qui, sans doute, suit les humeurs de ses interprètes, humeurs qui ont évolué en plus d’une décennie. Si la brutalité et la rage sont « toujours » d’actualité – on retrouve ces guitares incisives, ce chant à la fois doux et enragé, ces rythmiques puissantes et variées – cette initiative permet à chacun de découvrir ce groupe plus finement pachydermique que simplement monolithique. Il y a naturellement du thrash à foison mais également des influences hardcore US et metalcore. S’il est difficile pour ceux d’entre nous qui sont passé à coté de son grand frère et se trouvent donc dans l’incapacité de comparer les deux œuvres, We’ve caught the sun se révèle rapidement un album redoutablement efficace, aiguisé et tranchant à loisirs.

JIRFIYA: W

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Après 2 Ep, Wait for dawn (2019) et Still waiting (2020) – plus proche de l’album que du Ep avec ses « 6 titres + 2 bonus » – Jirfiya nous propose aujourd’hui son premier album éponyme. Le groupe aura pris quelques temps avant de nous offrir ce premier véritable album. Covid oblige, soit, mais n’y a-t-il que ça? Le groupe a pris son temps pour peaufiner des compos alambiquées, taillées dans un metal protéiforme, puisant autant dans le thrash que dans le prog. Ce dernier est omni présent dans les risques pris – débuter avec un Asylum alambiqué de plus de 9′, fallait oser – que dans ses explorations hors metal. Les inspirations orientales (Sister in blood, The factory, voire aussi cette illustration qui évoque l’entrée d’une pyramide ou d’un temple autant qu’un univers de SF) sont en effet toujours présentes, certes, la mélancolie aussi, mais on retrouve aussi d’autres choses, comme ces cuivres (toujours sur Asylum, pardon… mais, oui, j’ai aussi écouté la suite!) ou la mélancolie de qui évoquent l’univers radicalement différent de La Maison Tellier (rien à voir ici avec le fondateur guitariste, chanteur et compositeur Jérôme Thellier). Le chant d’Ingrid Denis est toujours torturé et ses envollées accompagnent à merveille les instrumentations exploratoires d’univers souvent improbables. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne (ou le mérierait sans doute plus…), le combo a une nouvelle fois eu recours aux services d’Andrew W aux Hybreed studios. Si ce premier véritable album ne souffre aucune critique, une question demeure: qu’est-ce qui peut aujourd’hui distinguer Jirfiya d’une scène très encombrée? Sans doute, justement, la scène. A suivre.

WORSELDER: Redshift

Metal, France (Autoproduction, 2023)

Cette gueule à la Jack Nicholson qui illustre Redshift, le nouvel album des thrashers (et plus encore) de Worselder! La folie d’un nid de coucou? celle d’un homme à la dérive dans Shining? Tout ça à la fois réuni dans ce nouvel album des Frenchies qui nous avaient déjà plus qu’épatés avec Paradigm Lost, paru en 2017. Punaise, les gars, pourquoi a-t-il fallu 6 longues années pour revenir nous caresser les esgourdes? Qu’on ne prétexte pas Covid et compagnie… Quoiqu’il en soit, la réalité est là: Worselder n’a rien perdu de sa rage et de sa fureur et se lâche tout au long de ces 9 titres qui mixent thrash moderne et death mélodique. La détermination des guitares rivalisent avec des rythmes cassés et brutaux, ensemble auquel se mêlent des chants toujours en adéquation avec le propos. Il y a de la puissance claire – qui monte et qui vibre, impressionnant – et de la rage gutturale qui lorgnent autant vers le death que le black pour un ensemble toujours efficace. J’avais déjà craqué sur le premier album, je n’espérais plus rien du groupe jusqu’à cette surprise de me voir remettre un Ep promo lors du dernier Hellfest… Un Ep plein de promesses brillamment confirmées avec cet album superbe de bout en bout. Worselder doit maintenant enfoncer le clou en allant trouver son public là où il se trouve et lui proposer des nouveautés avant que six nouvelles années ne s’écoulent. En toute simplicité, Redshift est sans aucun doute un des albums incontournables de ce premier semestre 2023 – toutes nationalités confondues, s’il vous plaît!

NORTHERN LIGHTS: Oracle

France, Metalcore (Autoproduction, 2023)

Oracle, c’est un Ep de 5 titres que Northern Lights a sorti en début d’année. Débutant avec une mélodie orientalisante, House of god vire rapidement vers un metal moderne hurlé, heureusement contrebalancé par un chant (féminin et/ou masculin) clair et plus doux. Musicalement, le combo troyen taille dans le gras, proposant des descentes de manche chirurgicales, des break downs bien sentis et des passages légèrement plus calmes tout au long des Judgement – ce pont presque salvateur – Temperance, son intro qui monte en puissance et sa variété de tempi, The moon, speedé et rageur, ou The game (rien à voir avec le film…) tout aussi empli de colère. En à peine trois années (le groupe fut formé en 2020 et a déjà eu l’opportunité de tourner avec rien moins que Killswitch Engaged, par exemple) Northern Lights semble avoir trouvé son identité musicale dans un style explosif.

NOT SCIENTISTS: Staring at the sun

France, Rock (Autoproduction, 2023)

Nous avions découvert Not scientists en 2018, lors de la sortie de son précédent album, Golden staples (chroniqué ici même). Un groupe de rock aux larges influences New wave des années 80, le groupe proposant des compos légères et entrainantes tout à la fois, assez éloignées (très éloignées) du metal mais chez Metal Eyes, on n’est pas fermé aux belles choses! Voici donc Not Scientists qui redébarque après une tournée, le départ de Thibault fin 2019, l’arrivée de son remplaçant Julien venant du même groupe que lui, No Guts No Glory), sans parler d’une pandémie qui, au final, aura permis au quatuor de mieux se concentrer sur la réalisation de ce nouvel album, Staring at the sun. 11 titres composent ce nouvel album, aussi dansant que parfois enragé. L’ensemble bénéficie d’un son clair et puissant à la fois apportant une vraie identité à chaque titre, allant de la douceur à la folie pure (Rattlesnake, plus que speedé!). Alors, oui, malgré la crise sanitaire et l’arrivée massive de nouveautés ces derniers mois, 4 ans entre deux albums c’est long et le public peut se montrer particulièrement volatile, alors espérons pouvoir profiter du groupe sur scène et ne pas avoir à attendre encore 4 ans avant la suite. Profitons cependant de cet album chaleureux et volontaire.

LUCIE SUE: To sing in French

Sticker made in USA: « Parental advisory »: Si vous avez assisté à la dernière prestation hellfestive des dingos de Steel Panther, vous l’avez vue les accompagner. Et vous avez compris que Lucie Sue n’a pas sa langue dans sa bouche… mais plutôt dans celle des autres, voire ailleurs. Qu’est ce qu’elle en avait à dire comme cochonneries! Mais elle nous a bien fait marrer. Alors l’écoute de son album To sing in French débute avec cette question: aussi chaude que l’été dernier? Avec un premier morceau intitulé Lick your teeth, c’est clair. Sa langue, elle la veut ailleurs. Et Lucie Sue l’enrobe d’un groove entrainant, funky et rock, tout au long des 9 titres de ce premier album. Très bien produit, chanté dans un anglais plus que maitrisé, ce disque mélange de nombreuses influences, alliant l’esprit pop de Ghost à des BO de westerns modernes, du blues et du funk, agrémentant l’ensemble de rythmes dansants et sexy. Une variété qui va jusqu’à ce plus que séduisant Freedom, reprise moderne de George Michael ou un esprit hispano orientalo poppy sur Shine on Avalon. Ok, ce n’est pas metal, mais c’est bigrement bien fait et l’ensemble se révèle très efficace. Au point de se demander comment diable Lucie Sue a-t-elle pu se retrouver sur cette mainstage 2 en juin dernier à tenir des propos interdits aux moins de 18 ans! To sing in French (chanté en anglais, évidemment, on n’en est pas à un oxymore près)  est une belle et langoureuse réussite qui donne envie d’en écouter plus encore et voir en live.