MONNEKYN: Ape home

France, metal (M&O, 2022)

Peu d’infos circulent sur Monnekÿn, visiblement une jeune formation française qui propose un metal varié, puisant autant dans le metalcore que dans des ambiances plus aériennes et légères. Avec un titre d’album comme Ape home, « la demeure des singes », on imagine volontiers des clins d’œil à l’œuvre de Pierre Boule, l’incontournable Planète des singes. Et il semble bien que Monnekÿn s’en soit bien inspiré tant les références textuelles et sonores sont nombreuses. La plupart des titres mêlent passages aériens à d’autres plus virulents et agressifs et, malin, le chant clair d’un côté est agréable tandis que celui rageur, plus inquiétant, évoque immanquablement des grognements de nos cousins grands singes. On ne peut que remarquer le travail sur les diverses ambiances, parfois processionnaires, à d’autres moments plus sauvages ou encore spatiales. Les influences du groupe semblent à chercher du coté de ce metalcore d’actualité ou du rap metal (Samian nation), et l’ombre de Korn ou RATM planent par instants (Ego trip, Release the tribe). L’émotion est vive sur cette répétition de « Get away from my home » sur Harambe avant que la batterie ne claque telle des coup de fusil exécutant nos cousins… Même si ce n’est pas mon style de prédilection, cet album saura satisfaire les amateurs du genre sans aucun doute possible.

COLOSSE: Origin

France, Metal (M&O, 2022)

Fondé en 2018, Colosse nous offre aujourd’hui son premier album, Origin, composé de 9 chanson pour un total de 41 minutes. Puisant son inspiration du côté de ce rock direct et sans fioriture, un peu grunge, un peu punk, souvent festif, le quatuor va à l’essentiel sauf dans ses passages plus progressifs qui rappelle Hypno5e par exemple – certains évoquent parmi les influences un certain Metallica, mais je ne les retrouve pas… Alternant les tempi et les ambiances, le groupe cherche à installer diverses ambiances et évite ainsi de se répéter et de lasser. Mais voilà, rapidement s’impose le fait que le groupe est français et que ça s’entend au chant anglais, difficilement compréhensible. C’est la grande faiblesse de cet album qui, par ailleurs, même si dans son ensemble  j’y reste peu sensible et réceptif, cherche à interpeller musicalement et qui saura séduire un public amateur du genre.

Interview: RED MOURNING

Interview RED MOURNING – Entretien téléphonique avec JC (chant) le 11 octobre 2022

En regardant votre discographie, on se rend compte que vos 3 derniers albums sont séparés de 4 ans. Tu ne peux pas utiliser l’excuse Covid pour les précédents, alors c’est dû à quoi ? De la flemme, manque de créativité, autre chose ?

Non, non (il rit)… Ce n’est pas de la flemme… On est plutôt des bosseurs, des compositeurs acharnés. Nous, ce qui nous intéresse, c’est de sortir de beaux albums. On passe beaucoup de temps à fignoler, on est extrêmement exigeants avec nous-mêmes, on bosse avec Francis Caste qui est lui-même exigeant… On ne se permet pas de dire tous les ans ou tous les deux ans on va sortir des morceaux au kilomètre, on en peaufine un ou deux et le reste c’est du « filler ». On préfère prendre plus de temps et faire les choses bien.

Peux-tu nous raconter la genèse de ce nouvel album, Flowers and feathers ?

C’est le 5ème album du groupe, et c’est un peu la continuité du reste. Comme je te le disais, on compose beaucoup, on a continué à avancer, à sélectionner nos morceaux – on compose pas mal, mais on en jette pas mal aussi. Et puis, on a bien réfléchi aux différents arrangements – pendant la période de confinement, on s’est bien concentrés là-dessus. A un moment, comme on a fait sur les précédents, on s’est arrêtés, regardés et on s’est dit « ok, là on a vraiment de quoi faire un bel album ». Il fa fallu ensuite booker le studio, voire quand Francis était disponible et mettre tout ça en boite avec les changements qu’il peut y avoir en enregistrant aussi.

Tu dis que vous prenez le temps nécessaire pour fignoler et donc être totalement satisfaits de votre album (il confirme). Le précédent, Under punishment’s tree, est sorti il y a 4 ans – devrais-je le rappeler ? Comment analyserais-tu l’évolution de Red Mourning entre ces deux albums, Punishment et Flowers and feathers ?

Chacun d’entre nous a évolué, dans sa pratique et dans sa vie perso, naturellement. Mais au-delà, il y a eu un changement de line up il y a maintenant 5 ans. Ce nouvel album est le premier qu’on a composé et enregistré avec le nouveau guitariste, Alex. Forcément, ça change les choses… Aurélien aussi, notre batteur, s’est beaucoup plus impliqué dans la phase de composition, donc avec des compositeurs un peu différents on retrouve des structures de morceaux qui sont aussi différentes avec notamment des structures rythmiques un peu plus complexes, des structures de morceaux un peu plus progressives, plus compliquées… Et on a aussi continué d’expérimenter avec différents instruments comme l’harmonica, l’orgue, le piano, le banjo, etc. On a aussi ajouté de nouveaux instruments. Ce sont des « petites » choses qui font qu’on a un album qui marque une vraie évolution par rapport au précédent. En tout cas, c’est notre ressenti.

Je ressens une plus grande liberté d’expression dans des tonalités bluesy. Sur les albums précédents, c’était plus « doom des bayous ». Il y a ici des morceaux plus blues tout comme ton chant, tu te permets plus de variété et d’exploration vocale.

Oui… avec la maturité, personnelle et de groupe, on se laisse plus de libertés, les barrières, souvent psychologiques, tombent les unes après les autres. On se rend compte que, parfois, on s’obligeait à faire comme ça parce que c’est les codes du metal. Mais en fait, il n’y a aucune raison de se restreindre et il faut se libérer de ces carcans et expérimenter, faire avancer le schmilblick…

Pour ces nouvelles expérimentations, vous avez changé votre manière de composer au cours de ces 4 dernières années ?

Oui, ça a un peu évolué. Aurélien et Alex on beaucoup plus composé sur cet album et leur manière de faire c’est de composer un morceau en entier chez eux. Après, il y a des phases d’adaptation, de retravail, mais ils ont plus l’habitude d’arriver avec des choses toutes faites. Dans le passé, on composait beaucoup en répètes, on jamait et il en ressortait des choses qu’on modifiait sur place. Là il y a peut-être une approche plus réfléchie, un peu moins…

Bourrine…

(Rires) oui, moins bourrine, moins « on fait les choses au hasard et on verra ce qu’il en ressort ». Je caricature, mais il y a un peu de ça, c’est une approche différente.

J’ai écouté l’album plusieurs fois et, pour moi, il y a10 titres et 10 ambiances différentes. C’est très varié, d’où une question pas évidente : si tu devais ne retenir qu’un titre de Flowers and feathers à faire écouter à quelqu’un qui ne vous connais pas, lui dire « écoute ce morceau, c’est ce que nous sommes », lequel serait-ce ?

Ah, ah, ah ! Bon, dans ta question, il y a une partie de la réponse…  C’est forcément impossible. Il y a des questions de préférence, d’ambiance…

Au-delà de tes préférences… Tu as 5 minutes pour me convaincre d’écouter le reste…

Elle est très difficile ta question… Je vais essayer de te répondre quand même : un titre comme Six pointed star, je le trouve très original : il est entièrement joué au lap-steel, y compris les parties metal. Il y a des harmonies vocales, de la violence aussi, donc je mettrais sans doute celui-là… Mais, comme tu le disais, l’album est très varié, donc la réponse est difficile.

Je suis assez d’accord avec toi, il vous représente bien. En revanche, un morceau qui n’est pas représentatif de l’esprit Red Mourning mais qui peut indiquer ce vers quoi vous tendez, c’est Blue times…

C’est marrant, parce que ce morceau-là est le seul qu’Aurélien a composé de A à Z, y compris les paroles. C’est moi qui le chante, mais oui, il change un peu. On s’autorise l’acoustique, et on aime intégrer ce genre de choses de plus en plus. Il est beau, ce titre…

Et ton chant est beaucoup plus « passe partout », ta voix est plus douce…

Oui, je me suis aventuré un peu sur d’autres façons de chanter. D’ailleurs, on sort un clip pour ce morceau en novembre.

La pochette également est assez sobre. Il y a une volonté de votre part de montrer une Red Mourning plus sobre ?

Oui, tout à fait. On avait envie aussi de montrer qu’on explore autre chose dans notre identité visuelle, que là aussi on veut s’affranchir des codes. On a voulu quelque chose de plus clair tout en restant organique, quelque chose de simple et agréable, qui soit chaud, on en sent la matière. On a travaillé avec Morgane qui est graphiste et qui avait déjà fait des designs pour nous, des T-Shirts… Oui, il y a une volonté d’aller vers quelque chose de plus clair et différent.

Au niveau des textes, il y avait un thème assez clair sur l’album précédent, y a-t-il ici aussi un thème, y a-t-il des choses qui ressortent plus particulièrement ?

Oui, il y a des thèmes qui ressortent. Ça reste principalement des sujets de préoccupations personnelles qu’on retrouve sur tous les albums. Les textes sont écrits par rapport à des expériences personnelles à différents moments de ma vie, qui tournent autour de choses qui changent, qui disparaissent, qui n’ont plus de sens… Avec l’expérience du Covid, il y a plein de gens qui se sont posés des questions sur leur vie, sur ce qui avait du sens pour eux… et c’est un questionnement qui peut toucher tout le monde : qui on est, pourquoi on accorde de l’importance à certaines choses.

Et y a t-il, au contraire, des thèmes que vous n’aborderiez pas, qui n’ont pas leur place dans le groupe ?

(Il réfléchit) En fait, on ne s’est jamais vraiment posé la question… C’est moi qui arrive avec mes textes et, systématiquement, quand j’écris, c’est toujours sur des ressentis personnels. On n’est pas un groupe politique, donc on ne va pas aborder de thématiques politique contemporaine, même si on a naturellement nos convictions – là, j’ai mon T-shirt Ukraine, je le porte sur scène mais ce ne sont pas des sujets que j’aborde.

Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Red Mourning ?

Euh… « Soyons fidèles à nous-mêmes ». Cette musique qu’on fait, on s’exprime et on laisse s’exprimer qui nous sommes. Il faut se regarder en face et pas essayer d’aller reproduire autre chose que ce qui nous correspond.

 

BAD KINGZ: Take me into your kingdom

France/UK, Hard rock (M&O music, 2022)

Accrochez-vous les amis! Bad Kingz – avec un Z en guise de pluriel – déboule avec son premier album, Take me into your kingdom qui sort le 21 octobre. Si la pochette évoque le rock psyché, le contenu est une déclaration d’amour au hard rock vintage, varié, entrainant, généreux et foutrement efficace. Formé en 2021, Bad Kingz est un trio composé du guitariste Chris Savourey et du bassiste Alex qui se sont adjoint les services du chanteur Tomas, un anglais pure souche, et ça s’entend! L’introductif They came here to stay, sans doute le plus psyché/stoner du lot – sonne comme une déclaration d’intentions. Le « They » aurait très bien pu être un « We » tant le message est clair, message qui se confirme au gré de titres qui varient entre 3 et 4 minutes. Le groupe va droit au but sans fioriture et clame son amour pour le hard rock de Led Zeppelin – ces guitares graveleuse et ce chant (un effort sera cependant apprécié sur l’anglais, mais quelle voix!) – le rock groovy de Thin Lizzy ou encore celui devenu blues de Gary Moore -celui-là même qui a composé un certain Led clones… Bad Kingz sait varier ses plaisirs, proposant des titres rock (le morceau éponyme, Fire all I need, It’s a long way down),  aussi bien que proposant des moments plus intimistes (I’m seing blue, très… bluesy!, Friend, superbe), modernes (The mirror à l’intro très satrianesque et au reste très rentre dedans). L’album se termine avec Horizon de hoce, un instrumental qui m’a immédiatement projeté en concert, un titre que j’imagine volontiers joué en premier avant l’arrivée du chanteur. Avec ce premier album, Bad Kingz pourrait bien voir son royaume commencer à exister. Ce n’est pas à nous de vous conduire au notre, Messieurs, mais bien à vous de nous y accueillir. Reste à transformer ce premier essai

RED MOURNING: Flowers and feathers

France, Metal (Bad reputation, 2022)

Ils ne sont pas pressés les gars de Red Mourning. Un album tous les 4 ans, c’est peu. Mais on ne leur en veut pas car 1/la crise sanitaire est passée par là (mais on va commencer à arrêter d’utiliser ça comme excuse, non?) et 2/ le groupe parvient à se réinventer et ça, c’est bien! Rappelez-vous, leur précédent album était brutal et taillait directement dans le gras. Ici, avec Flowers and feathers, Red Mourning nous propose une dizaine de titres qui savent explorer diverses ambiances, du brutal –  on ne se refait pas – au plus calme, du heavy aux ambiances plus rassurantes et intimistes. Leur nouvel opus, Flowers and feathers, est tout aussi barré qu’intrigant. OK, les deux vont souvent de pair, simplement, cette fois -ci, les gars ont délaissé, en partie tout du moins, ce hardcore aux tonalités parfois sudistes qui les caractérisait au profit d’un doom des bayous dans lequel il fait bon s’enfoncer. 10 titres, 10 ambiances avec un chant ( JC Hoogendoorn) souvent graveleux voire guttural mais souvent, aussi, chaleureux et doux comme sur Blue times. Alors que l’on pouvait avoir l’impression de se sentir dans les bayous de Louisiane, Red Mourning nous entraine aujourd’hui sur des sentiers stoners et bluesy. Les constructions, parfois alambiquées, intriguent et entraînent l’auditeur dans le sillage un peu dingo, parfois criard, souvent lourd mais toujours – à quelques hurlements près – efficaces. Je n’ai pas le souvenir d’avoir trouvé Red Mourning aussi ouvert musicalement qu’il l’est aujourd’hui. La variété des morceaux fait toute la richesse de ce nouvel album, à la fois brutal et doux, enragé et mélancolique. Avec Flowers and feathers, et sans jamais se renier, Red Mourning semble avoir vraiment trouvé sa voie, celle d’un heavy brutal et bluesy doublé d’accents sudistes enjoués. Un cap est franchi, brillamment. Bravo!

DUSK OF DELUSION: COrollarian RObotic SYStem

France, Metal (Metal East, 2022)

Mine de rien, les Français de Dusk Of Delusion poursuivent leur route et nous proposent aujourd’hui leur troisième album en 4 ans. Ils semblent avoir compris, nos amis lorrains, que le temps doit être mis à profit même si on se doute qu’ils ont dû, comme tant d’autres, que la crise sanitaire les a certainement frustrés, eux qui ont publié Watch your 6, le précédent opus  au mois de mars 2020… Ce COrollarian RObotic SYStem – plus simplement Corosys, svp – continue d’explorer divers univers du metal, puissant et racé. Les guitares sont aussi précises qu’incisives et rapides, accompagnées d’une rythmique en béton armé et d’un chant puissant et rugueux. Une des forces de Dusk Of Delusion est cette capacité à se réinventer dans les thèmes abordés, et, par conséquent, musicalement. Après la fête foraine et la grande guerre, le groupe s’attaque aujourd’hui à la SF, celle de Metropolis, évidente au vu de la pochette, à Blade Runner en passant par Total recall et Matrix (le site du groupe est assez explicite à ce sujet!) parmi d’autres en racontant l’histoire de ce robot de travail fabriqué par l’entreprise Corosys. Et qui naturellement va connaitre des dysfonctionnements, prétextes à diverses humeurs musicales que l’on retrouve tout au long de ces 11 titres. Franchement, laissez-vous tenter par ce Corosys tout sauf corrosif, un album à découvrir en plusieurs fois tant il fourmille de détails et trouvailles tout en restant aisément accessible.

OCTANE: Back in the game

France, Heavy rock (Autoproduction, 2022)

Les années de crise sanitaire ont de nouveau transformé Octane qui revient avec Back in the game sous forme de trio. une configuration qu’on définit souvent sous le terme de power trio et qui prend ici tout son sens. Le heavy rock d’Octane est à l’image de la pochette de son album: déjanté et fun. Le groupe nous propose un rock crade et généreux, gras et entrainant et les 8 ttres font directement mouche. impossible de résister à cette voix rauque ni à cette guitare aussi simple que ravageuse soutenue comme il le faut par une rythmique solide comme un mur. Octane ne s’encombre pas de fioritures, va droit au but et… ça marche du fe de dieu. Il est simplement impossible, pour un amateur de rock, de rester de marbre. Avec Back in the game, Octane se montre d’une efficacité redoutable de bout en bout, c’est aussi simple que ça!

THE T.A.W.S: From ashes

France, Metal (2022, autoproduction)

En 2017 paraissait le premier album de The T.A.W.S qui nous montrait un groupe dynamique, carré, proposant un metal moderne et mélodique. From ashes, la nouvelle offrande de la formation menée par la chanteuse Elodie Jouault, se veut-elle une résurrection comme le titre et l’illustration (un phénix) semblent le suggérer? Ou plus simplement l’affirmation de la puissance de la vie et des flammes? En tout cas, les 10 titres proposés ici savent se faire à la fois rugueux et directs, menés par une voix puissante et mélodique. L’ensemble est varié, avec des guitares ici quelque peu épileptiques, là plus fonceuses et une rythmique qui apporte une solidité à l’ensemble. S’il fallait résumer ce nouvel album, on pourrait le qualifier de gras et généreux. La production, limpide et puissante fini d’imposer un ensemble qui se révèle rapidement très efficace. avec From ashes, The T.A.W.S démontre fièrement qu’en France, aussi, on peut avoir un groupe original et efficace mené par une chanteuse. Reste la scène qu’on espère voir le groupe affronter autant que possible.

BUKOWSKI

France, Metal (At(h)ome, 2022)

Il aura fallu 4 ans à Bukowski pour donner un successeur à Strangers, son précédent album paru en 2018. certes, la pandémie est passée par là mais elle a su offrir plus de temps de réflexion et de composition à nombre de musiciens. Cette période de « pause forcée » aura surtout permis au groupe consolider son line-up avec l’intégration, en 2019, de Romain Sauvageon à la batterie. Mais le 16 octobre 2021, le petit monde du rock apprend la disparition brutale de Julien Dottel, bassiste et co-fondateur du groupe – avec son frère Matthieu (chant et guitare). Forcément, la sortie un an plus tard, le 23 septembre 2022 de ce nouvel album prend une autre tournure. Une pochette noire avec un crayonné représentant Julien les bras croisés (le tatouage « Buko » sur son cou ne laisse aucune place au doute), une couronne sur la tête, un album portant le seul nom du groupe lui donnant ainsi une tonalité tant d’hommage que de nouveau départ, ce qu’il est. Car Bukowski ne réinvente pas la musique du groupe, comme Crossroads, le premier extrait offert, le démontre. Ce titre est un hommage à Julien mais l’album ne sombre jamais dans la déprime. Au contraire, le rock de Bukowski est vivant et énergique, les 11 titres alternant entre rage et férocité, explorant parfois des horizons moins familiers, presque progressifs dans certaines constructions, et surprend même avec ce Arcus chanté dans la langue de Molière. Bukowski c’est l’album d’un nouveau départ tout en restant dans la continuité, et ça marche du tonnerre!

Interview : MALEMORT

Interview Malemort, entretien avec Xavier Malemort (chant). Propos recueillis au téléphone le 9 septembre 2022

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée de promo, le jour de la sortie du troisième album de Malemort ?

Xavier Malemort : Ça se passe très bien, c’est en effet aujourd’hui que sort Château-Chimères, et c’est le jour de la promo, comme quoi, les choses sont plutôt bien faites ! C’est un peu comme une libération, on arrive à ce moment où le disque arrive au stade pour lequel il a été fait, c’est-à-dire être écouté. En plus, ces dernières années ont été compliquées pour tout le monde et pouvoir faire parler la musique, oui, c’est assez libératoire.

Nous nous étions rencontrés la première fois au Glazart, à Paris, puis lors de votre passage remarqué au Hellfest en 2018. Il y a eu beaucoup de changements au sein du groupe depuis. Que s’est-il passé pour qu’il y ait une telle implosion ? L’impact du Hellfest ?

Je ne pense pas que ce soit le Hellfest, non. C’est surtout des histoires de groupe… Un groupe, c’est des musiciens, des caractères et quand on est mis à l’épreuve des difficultés, il y a des choses qui se font et se défont. Là, ça s’est plutôt défait, donc pour la santé du groupe et surtout pour pouvoir un jour créer un troisième album, il n’y avait pas d’autre solution que de se séparer d’un certain nombre de personnes du groupe. Il reste avec moi les deux Sébastien avec qui j’avais déjà écrit Ball Trap. La base des musiciens qui ont créé l’album précédent est là. Après, c’est comme dans les couples : un groupe, c’est parfois des moments difficiles à passer et là c’était devenu indispensable. Mais pour nous tous.

Peux-tu justement présenter tes nouveaux partenaires de jeu ?

Alors… C’est très particulier… Sur cet album-là, on a décidé de ne pas avoir à nous limiter en termes d’écriture du fait du choix de tel ou tel musicien. Donc on a travaillé avec des gens qu’on connait et dont on connait le talent depuis longtemps. On a donc travaillé avec des gens qui ont une histoire avec Malemort et qui étaient très bon sur ce qu’on voulait. Aurélien Ouzoulias, par exemple, était très intéressé par la tournure que prenait cet album et Shob à la basse nous avait été chaudement recommandé, notamment par Aurélien. On avait là des partenaires de jeu hyper solides, ce qui nous a laissé carte blanche pour penser l’écriture du disque et ne pas se limiter.

Est-ce eux qu’on aperçoit sur la vidéo de Je m’en irai ?

Non, pas du tout (rires) ! Ceux que tu aperçois, ce sont deux personnes qu’on aime beaucoup et qui pourraient… On verra bien, mais en tout cas, c’est une incarnation possible live de Malemort. Il y a Romain qui est le batteur de Bukowski et Joe qui joue aussi avec Romain dans un autre groupe. On est tous du Val d’Oise, c’est toute une bande de musiciens, on se connait, on se croise depuis des années. On savait qu’ils feraient super bien l’affaire, au-delà du côté humain.

Puisqu’on parle de clip, il y a aussi le premier, Quelle sorte d’homme, où on te voit marcher seul – ou presque puisqu’il y a des accessoiristes qui sont là pour t’aider. L’idée de ce clip c’était quoi ?

L’idée était d’illustrer la vie de Michel Magne, qui est celui qui a créé le studio dans ce château d’Hérouville assez mythique et qui est un immense compositeur de musique de films, notamment. J’ai illustré ça par des allusions à des titres de films dont il avait écrit la musique. C’est beaucoup de films des années 50, 60 et début des années 70. Il y a aussi beaucoup de musique de polar, et c’est un esprit que j’ai voulu illustrer, mais avec un côté second degré. Il y a ce type qui se voit en héros de polar et que tu retrouves à la fin en train de lire un OSS 117, à moitié à poil.

Tu l’as dit, Château-Chimères est un album concept qui traite de la vie de Michel Magne qui a donc transformé ce château en studio. Qu’est-ce qui a inspiré ce concept ? Le château d’Hérouville est dans le même département que vous…

Tu ne crois pas si bien dire ! Il est à 3 km de chez moi. Quand je suis arrivé dans la région il y a une dizaine d’années, j’ai découvert l’histoire du château, ça m’a passionné et j’ai toujours senti qu’il y avait quelque chose à faire avec cette histoire. Mais en même temps, j’avais peur d’abimer les choses par une annotation maladroite, par exemple. A l’époque de Ball Trap je me posais la question de savoir si je tentais le coup, mais je ne le sentais pas. Je me suis donc laissé tenter par mon autre passion que sont les années folles.

Et là, tu t’es senti suffisamment adulte et mûr pour aborder l’histoire du château d’Hérouville…

Adulte et mûr, je ne sais pas (rires), en tout cas, artistiquement, j’ai trouvé quel angle prendre. Le problème c’est que c’est un studio dans lequel on a enregistré de la musique des années 70, qui n’est pas celle que joue Malemort. Il n’était pas questions qu’on fasse de la pale copie de la musique des années 70. J’ai donc trouvé l’idée de ces vignettes, 12 épisodes qui racontent en filigrane l’histoire du château à travers les personnalités fortes qui ont marqué son histoire, mais en fantasmant un peu tout ça, tout en faisant en sorte que l’auditeur qui n’aurait pas forcément envie de se plonger dans cette histoire – il aurait bien tort, même si ça peut se comprendre – ne soit pas obligé de le faire non plus. Tu peux très bien écouter le disque en interprétant les paroles différemment. Pour bien comprendre les paroles, il faut avoir le grimoire qui va avec.

Comment le décrirais-tu ce nouvel album ? On reconnait ta marque vocale, ton écriture. Mais comment vendrais-tu cet album à quelqu’un qui ne connait pas Malemort ?

Je lui dirais qu’on navigue entre le metal, le rock et la chanson. Pour quelqu’un qui connait déjà un peu Malemort, je lui dirais qu’on a voulu mettre dans ce disque plus de profondeur que dans le précédent. On en était très contents, mais on avait le sentiment de ne pas être totalement au bout. Là, je pense que c’est un album qui pourra résister à beaucoup d’écoutes et qui pourra distiller des saveurs pendant longtemps.

Il y a quand même de grosses différences entre Ball Trap et Château-Chimères. Comment décrirais-tu, en dehors des changements de musiciens, l’évolution de votre musique entre ces deux disques ?

Elles se lisent à plusieurs niveaux, et des choses assez paradoxales : il y a une place qui est faite à la guitare et aux soli qui est plus grande, mais on a veillé à ce que cela serve le propos. On a beaucoup plus arrangé l’ensemble, et on s’est interdit moins d’influences… Je crois qu’il y a plus d’influences variées que sur Ball Trap, on n’a pas le sentiment de se limiter. Même lorsqu’on va au-delà de ce que les gens peuvent imaginer, la production permet d’éviter un côté hétérogène. Du côté du chant, j’ai beaucoup travaillé le phrasé, des textes un peu plus concis et légers… Ça a l’air d’être une somme de détails, mais c’est un peu ça… Toi, comment tu l’as vu, comment tu l’as perçu ?

Vu… Je le vois en noir et blanc (il rit). Comment je l’ai perçu ? Comme un album très varié – encore une fois, on reconnait ton chant qui reste assez unique, et il y a une variété de morceaux comme Pyromane blues qui sont assez explosifs là où d’autres, Magnitude pop ou La garçonne, ont des airs plus funs et pop. Il y a une belle variété de styles tout en restant dans l’esprit de Malemort et cohérent.

Tu viens de le dire mieux que moi, en fait (rires) ! Tu sais, j’aime bien ces groupes qui sont capables d’avoir des propos variés sur un même disque, ça te permet de les écouter dans un état d’humeur différent. On peut parler des Beatles, de Queen. Dans les années 70, c’est fou ce qu’ils ont fait ! Les medias mainstream ont détesté Queen pendant sa carrière, mais les fans adoraient. Ils adoraient le fait que Queen puisse passer par tous ces styles, du hard rock au funk, et c’était Queen.

Revenons-en à Malemort. Pour quelle raison le château d’Hérouville est il nommé Château-Chimères sur cet album ?

Parce que je pense que « Château d’Hérouville » c’est un peu trop ciblé, ça nous éloigne du rêve…

Mais une chimère, c’est illusoire…

Oui, mais, même si les albums on les a toujours, le Château d’Hérouville, pour moi, représente cette décennie durnat laquelle on a cru que la musique allait révolutionner le monde, allait tout changer. Les musiciens étaient les premiers à le croire et les fans pensaient aussi que la musique allait changer leurs vies et la société. C’est une croyance fabuleuse qui a généré d’immenses albums et qui s’est écroulée avec l’arrivée des années 80 où finalement la réalité a repris le pas sur les illusions. Tu sais, c’est souvent les utopies qui finissent par foirer qui fascinent. Le château d’Hérouville, c’est ça. C’est un parc en pleine cambrousse où vont venir Pink Floyd, David Bowie, qui vont passer un temps à enregistrer des albums énormes et qui ont aussi eu une vie complètement folle là-dedans.

Si tu devais ne retenir qu’un titre de Château-Chimères pour dire à quelqu’un qui ne vous connait pas : « voilà ce qu’on fait. Malemort, c’est ça », ce serait lequel ?

Mmmhhh… C’est difficile, chacun des morceaux a été pensé et composé comme une entité différente… Non, franchement, je ne peux pas répondre à ça, c’est trop compliqué…Je suis désolé, je voulais faire l’effort mais finalement on induirait la personne sur une piste qui sera fausse. C’est pour ça aussi qu’on a sorti deux singles différents, pour représenter la variété de ce qu’on fait. Le troisième clip, si on arrive à trouver un peu de blé pour le faire, représentera une autre facette du disque.

« Un peu de blé »… Vous êtes passés par le financement participatif, est-ce que ça a répondu à vos attentes ?

On a eu beaucoup de chance, en plus c’était une période difficile pour tout le monde, mais il y a beaucoup de personnes qui nous ont fait confiance, qui nous ont soutenus. De notre côté, tout était prêt, je ne me voyais pas demander aux gens de participer si on n’avait rien, comme c’est parfois le cas dans ces trucs-là… Je savais qu’on avait un album de valeur, il était prêt, on avait tout enregistré, tout masterisé, on avait simplement ce problème de blé, qui est toujours un problème, d’ailleurs, parce que même si on peut dire que le crowdfunding a très bien marché, on est très loin des sommes qu’il aurait fallu récolter pour compenser ce qui a été dépensé. Mais je trouve ça magnifique ce qui s’est passé, ce rapport direct entre les artistes et leur public. On avait promis à ceux qui nous ont donné un coup de main de pouvoir découvrir le disque quelques jours avant sa sortie, et c’est le cas. On reçoit plein de messages, de témoignages de la façon dont les gens vivent leur découverte de ce nouveau disque. C’est ça qui est beau, là, tu te dis que c’est pour ça que tu fais ça, tu vois que tout ce que tu as créé contribue à apporter du plaisir à d’autres.

Et toi, quelle sorte d’homme voudrais-tu célébrer ?

Je dirai un homme qui croit encore un peu aux idéaux, qui pense encore que l’altruisme peut être une voie, qui pense qu’on peut encore faire des choses ensemble. Et puis, en tant qu’homme, un homme qui ont de l’allure, qui peuvent encore t’emporter quelque part, des Gabin, Ventura, Blier, quoi… Ca fait pas du tout 2022, mais personnellement, ce sont ces gens-là qui me font rêver.

J’ai le dernier Rock Hard en mains, je suis à la page 107, je vois Album du mois Megadeth avec 8,5/10. Je tourne 3 pages avant, page 104, je vois Malemort Album du mois avec 9/10. Deux choses : « album du mois », ça fait quoi ? Et avoir une note plus élevée que Megadeth, ça fait quoi ?

(Il rit) Alors là, tu vas toucher le point sensible… Tout le monde ne le lit pas forcément comme tu viens de le faire, mais… Depuis l’adolescence, j’ai toujours été un grand lecteur de la presse metal. C’est quel =que chose qui m’a forgé, qui a forgé ma culture, et les noms des journalistes, ceux qui écrivent ces articles, ça m’a toujours touché. J’ai un rapport très fort avec ça. Donc, pour moi, la presse papier – et Rock Hard a pris la suite de magazines qui ont disparu – je le lis tous les mois depuis le départ et pour moi, c’est une sorte d’accomplissement. Tu parlais « d’album du mois » … Je crois en la parole de ces gens-là, pour d’autres groupes que le mien, donc il n’y a pas de raison que je n’y crois pas lorsqu’il s’agt de Malemort. En plus, ce qui me fait plaisir, la chronique est co-signée par Phil Lageat et Arno Strobl alors qu’ils peuvent avoir des goûts très différents, à l’opposé l’un de l’autre… ce binôme là me parle beaucoup. Quant au 9/10, je suis suffisamment électeur de Rock Hard pour savoir que ce n’est pas une note attribuée en permanence. Donc, oui, j’en suis immensément fier, c’est le moment où je me suis dit « Allez, Xavier, savoure ce moment, pose toi 2 minutes et savoure l’instant … »

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Quels sont vos projets à venir ?

Les projets ? D’abord attendre que tout ce bordel se calme… On a un album qui, je le pense, est solide, qui va infuser et que les gens vont découvrir en profondeur. Je veux le défendre dans de bonnes conditions. Je n’exclus pas quelque chose d’un peu évènementiel, mais pour le reste, ce sera plutôt en 2023 avec quelque chose de solide sur printemps-été-automne. Il y a des choses envisagées, mais, aussi, la réception du disque aura un impact, ce ne sera pas anodin dans ce qui va se passer ensuite.

Une toute dernière chose : quelle pourrait être la devise de Malemort en 2022 ?

Euh… « Toujours plus libre ».

En 2018, tu disais « Liberté égalité fraternité et va te faire… » (rires) Tu concluais en disant « Metal libre ». Donc on rejoint aussi cette idée de liberté cette année encore.

Voilà, on y revient toujours !