REBEL ANGELS: Hot live

France, hard rock (Ep autoproduit, 2025)

On n’en a pas si souvent que ça des live enregistrés lors d’une convention rock et metal… Les Français de Rebel Angels ont su profiter de leur passage à la convention de Fismes le 2 mars 2025 pour y enregistrer les 4 titres de ce Hot live. Un rock simple, franc et direct émaillé tout au long des Rip it off et Rock’n’roll outlaws – deux extraits de leur précédent Ep. Le groupe se permet même le luxe de reprendre le mythique Hair of the dog de Nazareth. Que des morceaux connus, certes mais ce n’est pas tout puisque Rebel Angels nous offre en conclusion She talks too much, une nouveauté quelque peu influencée par AC/DC qui figurera sur son premier album, prévu en 2026. Avec un titre aussi prometteur, on attend cette sortie avec impatience. Pour le moment, on se contente de ce Hot live au son brut comme un live et suffisamment bien produit pour que chaque instrument soit en place. Il ne manque sans doute, reconnaissons-le, qu’un peu de cette niaque scénique, de cette électricité rageuse qui ferait passer cet Ep d’une simple carte de visite à une grosse promesse. La communication avec le public, sans doute peu nombreux mais en forme, se limite aussi à quelques mots mais on n’a guère de temps à perdre en palabres quand on ne dispose que d’aussi peu de titres pour convaincre. Hot live n’en reste pas moins une déclaration d’intention 100% rock’n’roll pur jus.

REKT: Tunnel vision

France, Metal (Ep, M&O, 2025)

Après une intro assez spatiale, des guitares saturées et mélodiques transforment Midnight fire en un titre heavy au rythme martial et déterminé. Tunnel vision est le premier Ep des Parisiens de Rekt, groupe influencé autant par la lourdeur de Mastodon que par le sens de la mélodie de Tool. On déplore cependant, d’autant plus avec la technologie actuelle, une production très – trop – étouffée qui relègue le chant à l’arrière plan. L’a suite’ensemble, cependant, alterne avec un certain bonheur mélodies aériennes et metal oppressant, explorant par instants des univers gothiques proches, parfois du doom. S’il y a de la matière tout au long des 5 titres qui le composent, ce premier « Ep » (avec ses plus de 45′ on peut même parler d’album) souffre malheureusement de la faiblesse de sa production. Dommage, vraiment, car Struggle, S.O.S (et ses ambiances ritualistes), Howl ou le morceau titre savent ne pas se répéter et se faire séduisants par leur variété.

OLD BLACK: D.T.R.R.T.D

France, Metal (Music records, 2025)

Ca commence par un appel à tous ceux qui aime la chatte… Le racolage d’un directeur de bordel à la voix rauque qui cherche à faire entrer sa clientèle d’un soir. Puis Old Black lance les hostilités avec un riff heavy à souhait et une rage vocale déterminée comme jamais. En un petit titre, les Français explorent l’ensemble de leurs influences qui s’étalent du heavy old school au black/death est ses blast beats explosifs. On ne comprend naturellement pas un mot de ce « chant » guttural, mais on apprécie la variété des tempi, les cassures de rythmes et les riffs efficaces. Il y a de quoi se démettre quelques cervicales tout au long de ce D.T.R.R.T.D., un intitulé certes mystérieux mais qui renferme 7 titres d’un rock n roll furieux teinté de black. Si le trio composé de Old (chant et guitares), Randy (batterie) et Malfaisant (basse) réussit à créer des ambiances diverses, ile ne cherche pas à réinventer le genre. Ancré dans le old school – de la prod crade et presque minimaliste en passant par l’illustration de couverture crayonnée (on ne parle pas des pseudo des musiciens) – Old Black se fait simplement plaisir, s’adresse à un public aussi bien amateur de heavy speed 80’s qu’a celui plus « soft » black metal. Et nous laisse imaginer des concerts lourds et sombres, à voir de nuit et en salle. Un bon moment.

SYR DARIA: Dark carousel

France, Heavy/Thrash (M&o, 2025)

Il y a en France des groupes qui se font, souvent bien involontairement, bien trop rares. Syr Daria fait partie de ces formations qu’on voudrait bien voir et entendre plus fréquemment. J’avais découvert le groupe en 2016 avec son album Voices. Le groupe est plus tard revenu avec Tears of a clown (paru à la pire période, fin 2019, à peine quelques mois avant la crise sanitaire ayant certainement empêché le groupe d’en assurer une promotion correcte), trait d’union entre Voices et ce Dark carousel qui nous est aujourd’hui offert. Un trait d’union tant visuel – la jeune femme de l’album précédent, qui tenait la tête décapitée du clown de Voices, a grandi (même si je trouve la pochette vraiment moche et ratée, il me semble bien qu’il s’agit de la même personne) et semble aujourd’hui quelque peu désemparée. Trait d’union musical aussi, Syr Daria nous proposant 10 titres puissants, qui piochent autant dans le thrash naissant de la Bay Area (d’évidentes influences Metallica ou Slayer – le chant proche de celui de Hetfield sur Pogo, les riffs saignants de The beast is back, Fate) ou de la NWOBHM, le jeune Iron Maiden en tête enrobent des compos toujours efficaces. Syr Daria réussit cependant à s’éloigner de ses influences pour apporter sa touche et sa personnalité à ces morceaux qui donnent vraiment envie de secouer la tête Pour ne pas gâter l’affaire, le chant anglais est ici très agréable car la langiue est maitrisée et compréhensible. Il reste maintenant à nos amis de l’Est (le groupe est originaire de Mulhouse) à tourner pour soutenir ce disque qui mérite de vivre pleinement.

CRAZY JESSE: Somewhere

France, Rock rugueux (M&O, 2025)

Fondé en 2017, Crazy Jesse est un trio de rock furieux. Composé de la chanteuse Jesse (tiens donc…) et des frères Nico et Cédric, le groupe publie un premier album en 2022 – Le fil de l’histoire – lui permettant de se présenter au public via le Off du Hellfest ou des premières parties (dont Aston Villa ou Manau). Avec Somewhere, le groupe nous offre 11 titres d’un rock furieux et bigrement efficace. La voix de Jesse est à a fois hargneuse et rugueuse, du genre de celles forgées dans les clubs enfumés des bas fonds londoniens ou new-yorkais, puissante et, surtout, pleine de cette chaleur bluesy et soul qui fait mouche. Il y a tout au long de cet album une vraie personnalité, une vraie chaleur et aucun morceau ne se répète. Ok, on remarquera un certain amour pour Motörhead (l’intro de Don’t push me down, par exemple) mais il y a bien plus. Du groove, du feeling, de la détermination, cet album se laisse écouter d’une traite. Si sur scène le groupe est aussi efficace, on vous attend avec impatience!

LETHERNAL UTOPIA: Illusion of time

France, Metal symphonique (M&O, 2025)

Un riff heavy qui fait secouer les cheveux introduit Illusion of time, le premier album des Français de Lethernal Utopia. Puis une voix cristalline vient faire des vocalises. Pas de paroles mais un esprit metal puissant et symphonique. Ce chant féminin se confronte rapidement à la rugosité sombre d’une seconde voix, masculine. L’album explore ensuite des univers qui vont du metal des années 90 à du metal presque core plus contemporain, avec des riffs heavy à la Maiden d’autres plus thrashisants. Les 9 titres plus un bonus sont malheureusement chanté dans un anglais difficilement compréhensible. Dommage car le groupe instille une variété de genres qui enrichit son propos. Malgré cette faiblesse si commune aux groupes hexagonaux (et ces vocalises qui peuvent parfois devenir irritantes – non, tout le monde n’apprécie pas l’exercice), Lethernal Utopia signe un premier album puissant, rugueux et varié, une carte de visite assez prometteuse.

MÜ: Le vertige

France, Rock progressif (M&O, 2025)

Si le morceau titre débute avec beaucoup de douceur et de bienveillance, il sombre rapidement dans un univers de nuances qui transforment Le vertige en un espace protéiforme. passe en effet de la tendresse à la rugosité avec une facilité – et une forme d’évidence – déconcertante. La poésie recherchée par les Français se retrouve tout au long des 6 morceaux de cet Ep qui nous replonge avec bonheur dans un esprit rock indépendant des 90’s tout autant que dans la rage plus récente du metalcore. Le mariage des ambiances est ici très efficace, interpelle, intrigue et attire. Aussi à l’aise en français qu’en anglais (Fate and ashes), la formation explore avec bonheur tous les univers sonores qui l’inspirent. Clairement, Mü se détache d’une scène trop lisse et répétitive. C’est ce qui fait sa force et son intérêt.

ELECTRIC JAGUAR BABY: Clair obscur

Stoner, France (Autoproduction, 2025)

Loin d’en être à leur coup d’essai, les Français d’Electric Jaguar Baby reviennent avec Clair obscur, un troisième album composé de onze titre plus un bonus. en effet, le duo formé par le batteur franck et le guitariste Antoine – tous deux se partageant le chant – a vu le jour en 2015, a proposé plusieurs Ep avant un premier album en 2019 suivi de Psychic death safari en 2022. Le troisième album est souvent celui d’un tournant, celui qui force les artistes à composer de nouveaux titres et à se réinventer. Taillé dans le stoner psychédélique flirtant avec le fuzz et le garage rock, ce nouveau disque semble enregistré dans des conditions minimalistes tant il craque à merveille en tous sens. On est dans le jus du DIY total. Ce qui est un bien pour la musique, certes, vintage, saturée et joliment efficace, mais pas pour l’anglais, incompréhensible et baragouiné avec une patate dans la bouche… Musicalement, cependant, le groupe nous fait planer et voyager dans ces contrées où les champignons font rigoler. Dommage pour la langue qui, à mes oreilles, vient gâcher le plaisir de l’écoute.

LUCIE SUE: Battlestation

Rock énervé, France (Autoproduction, 2025)

Après To sing in French qui nous avait déjà bien plu, Lucie Sue revient avec son nouvel album, Battlestation. On peut se demander quand elle a trouvé le temps de l’enregistrer, ce CD, elle qui d’une part a donné un joli coup de main à un Furies en pleine reconstruction mais a également dû se préparer pour remonter sur une scène du Hellfest, cette fois, contrairement à la précédente, pour donner un concert en son nom propre. On pourrait alors imaginer un album bâclé, mais il n’en est rien. Ceux qui ont pu rencontrer Lucie Sue, ne serait-ce que l’espace de cinq petites minutes, savent qu’elle est aussi haute en couleurs que débordante d’énergie. Là, elle a simplement décidé de battre le fer tant qu’il est chaud et Battle Station est un brûlot explosif et varié. Les 13 titres alternent entre énergie et mélodie dans un esprit grunge qui flirte avec le thrash et même parfois, souvent, une forme de mélancolie sans jamais se répéter. Pas un morceau ne ressemble à un autre, et les influences sont tout aussi variées, du punk au rock 90’s en passant par la musique orientale, et si d’aucuns seraient tentés de dire qu’on manque de repères, l’ensemble est d’une remarquable cohésion, d’une authenticité exemplaire. On a même – sans réelle surprise – droit à la participation de Satchel (guitariste de Steel Panther) qui signe le solo de Ride the wired wild tiger. On imagine volontiers la débauche d’énergie sur scène… Il est plus que temps de se pencher sérieusement sur le cas Lucie Sue.

RAVENS CREW: Demain c’est loin

France, Rock hard/Hardcore (Ep autoproduit, 2025)

Formé dans la région des Hauts de France que le groupe a sillonnée depuis ses débuts en 2017, Ravens Crew, déjà auteur d’un Ep, Memoria en 2022, revient aux affaires avec Demain c’est loin, un nouvel Ep de 6 titres qui alternent entre rock et heavy. Navigant sur les terres de Motörhead et de Lofofora souvent, le club des cinq (Arnaud Douay au chant, Paul Belleville et Christophe Cogez aux guitares, Sébastien Lecul à la basse et aux choeurs et Frédéric Samadet à la batterie) propose un rock engagé et agréablement enragé. Il y a, tout au long des Dictocratie, Futur intérieur ou autre Génération pardon une colère qui me rappelle par instants No Man’s Land qui aurait fricoté avec le hip hop de RATM (God bless America) ou Silmarils. Entrainant et efficace, ce Demain c’est loin pourrait ouvrir une jolie 4 voies à Ravens Crew, formation plus que prometteuse. A suivre et à retrouver sur des scènes autres que celles déjà des HDF?