LES HOMMES CRABES: Galak 51

France, Rock (Autoproduction, 2025)

Avec un patronyme pareil – Les Hommes Crabes – on peut s’attendre à un délire musical invitant à la relâche totale. Formé en 2020 en région nantaise alors que le monde était à l’arrêt, Bat (chant et basse), Alx (guitare) et Flo, tous trois ex-membres de Bigsure, chacun ayant flirté avec d’autres formations, décident de s’unir au sein de ce trio rock qui brasse diverses influences, allant du fuzz au metal, passant par la fusion, le disco même, avec un esprit de liberté sans pareil. Galak 51, leur premier album au nom doux comme une tablette de chocolat trempé dans une légendaire boisson anisée, le tout embarqué à bord d’un vaisseau spatial mythologique (références pour les plus expérimentés d’entre nous?), propose sept titres qui font ici remuer le popotin, là agiter les crinières. Une variété d’univers sonores chère à des formations comme Red Hot Chili Peppers, Primus, voire Foo Fighters. Pas les moindres des références, même si on peut reprocher un chant anglais version Mr Patatdanlabouch. Ceci mis à part, Galak 51 est empli de groove, de feeling, de ces moments qui ne laissent pas indifférent. Garage dans l’esprit, rock dans l’âme, foncièrement libre, Les Hommes Crabes pourraient bien marcher droit rapidement.

Séance de rattrapage: FURY ROAD

France, Rock (M&O, 2025)

Tu aimes les grosses bagnoles qui volent, les séries B des années 80 type Starsky et Hutch ou Sherif, fais moi peur? Tu aimes aussi les guitares simples aux riffs efficaces, la bottleneck, un peu de country? Alors le premier album de Fury Road est fait pour toi! Pas la peine de se prendre la tête ici, les mélodies sont accrocheuses et le paroles souvent assez limitées (« Welcome to Fury road » répété à l’envi sur le morceau titre, tout comme « Jimmy, what can I do?« , sur Jimmy, « Charly’s gone to heaven » sur Charly… pas forcément besoin de prompteur pour s’en souvenir…) On parle ici de bagnoles, d’amitié, de musique. Les 9 titres présentent chacun des inspirations différentes qui vont des Stones aux Grateful Dead et toute la période post hippy américaine, passant par des influences plus modernes, Jack White n’étant jamais loin. L’ensemble est fun et se laisse écouter sans prise de tête. Sans jamais chercher à se démarquer, Fury Road nous propose un premier album des plus sympathiques qui nous entraine sur les highways d’outre-Atlantique.

ICELAND: Legacy

France, Thrash (Autoproduction, 2025)

Il y un peu plus de deux ans, nous avions pu (re) découvrir Iceland, groupe de thrash parisien qui avait eu la bonne idée de réenregistrer son unique album dont la sortie originelle remontait à… 1995. L’accueil reçu par chacune de ces version fut tel que Iceland remet aujourd’hui le couvert avec Legacy. Les membres originaux, Phil (chant et guitare), Ziak (guitare) et Bernard (basse), s’adjoignent les services d’Antoine (batterie) et de Stoblaz (claviers) et nous proposent un trop court Ep de 6 titres. Court, certes, mais ça dépote sévèrement! Tout, du morceau titre au bien nommé Psychotic mind est une invitation brutale (obligation forcée?) à headbanguer et taper du pied. Impossible de ne pas se laisser prendre par la rugosité old school de Soul eater ou Escape – tiens, ca me rappelle un certain Metallica. Pas étonnant qu’on retrouve partout des riffs gras à la Mets, des rythmiques explosives et des ambiances franches du collier qui évoquent cet incontournable esprit né dans la Bay area au début des années 80 avec un son très moderne, généreux en diable. Il n’y a ici pas un instant de répit, mais un regard sur notre société, tant d’un point de vue écologique (en passant par la pochette) qu’humain (God’s world) ou politique (Bad power). Vous l’aurez compris, les amateurs de thrash et d’énergie peuvent sauter les yeux fermer sur Legacy, un, je l’espère, futur classique du genre – en tout cas, français.

FALLEN LILLIES: Cran

France, Grunge (Autoproduction, 2025)

Tout comme Crucified Barbara, L7 ou, plus anciennement, Girlschool, elles sont quatre. Et elles viennent de Montbélliard. Une ville certes sans doute plus connue pour ses rillettes ou sa cancoillotte que pour ses formations rock, et pourtant… Depuis 2013, le quatuor féminin Fallen Lillies sévit pourtant aux côtés de nombreux autres musiciens et propose, en 2021, un premier album, No master for Lilly. Aujourd’hui composé d’Hélène Schmitt (chant et guitare), Laura Barbier (guitare), Ludivine Guignot (basse) et Marine Granjon (batterie), ce line up réalise Cran, le nouvel album de Fallen Lillies. Composé de 10 titres aussi affûtés qu’engagés, voire enragés, Cran est un album sans concession. Elles l’écrivent elles-mêmes, « écrire un premier album est une chose plutôt facile, en écrire un deuxième est un challenge« . Intituler ce nouvel album Cran prend ainsi tout son sens : monter d’un cran le niveau de composition et d’écriture, avoir du cran pour s’imposer dans ce milieu complexe et dominé par les mecs, avoir, aussi, celui de dénoncer certains travers de notre société, ou d’être simplement soi. Il y a dans cet album l’irrévérence du punk liée à l’énergie du metal, la puissance du rock tendance grunge. Le chant d’Hélène évoque l’irrévérence de Joan Jett, la détermination est puisée tant chez L7 que Crucified Barbara. Il reste maintenant aux quatre à confirmer leur potentiel sur scène, et aller chercher leur public en explorant jusqu’aux six angles de notre Hexagone (ce qu’elles commenceront par faire en première partie de Manu Lanvin le 21 novembre au Bataclan). Fallen Lillies est une très belle promesse made in chez nous. A suivre d’urgence!

HIGH ON WHEELS: The monkey

France, Metal psyché (Klonosphere, 2025)

Je sais pas pour vous, mais moi, quand je vois un CD avec au dos écrit « Side A » et « Side B », je me dis que j’ai affaire à un groupe vintage et quelque peu nostalgique. Eh bien, c’est ce que nous proposent les Parisiens de High On Wheels avec leur nouvel opus, The monkey. Formé en 2014, le trio se dit influencé par – pour ce que ça peut bien vouloir représenter – la Palm desert scene. Je reconnais ici mon ignorance, mais une chose est sure: le groupe nous offre 7 titres façonnés avec la rugosité de ce sable du désert. Dès Get down, les guitares crunchy et la voix plus que rocailleuse évoquent les univers de Motörhead et de Kyuss, la férocité des premiers alliée au côté allumé de toute la vague psyché/stoner. On suit les aventures quelque peu directes et brutales de ce (grand) singe visiblement élevé sans les codes de bienséance . Bien que l’anglais soit difficilement compréhensible, on se prend à taper du pied dans ce bouge enfumé de la pochette (qui m’évoque aussi l’univers de Volbeat). Une jolie claque totalement rock, à la fois moderne et vintage, qui en appelle une autre!

OMA JALI: Challenge

France, Rock (M&O, 2025)

Les amateurs de rock furieux connaissent déjà Oma Jali, ex-front woman de la formation lilloise The NoFace. La chanteuse est donc loin d’être une novice, d’autant qu’elle a également accompagné Zucchero à l’international. Le public, elle connait, et aujourd’hui, elle se lance le défi de se faire un nom en solo avec Challenge, un Ep 6 titres qui puise dans nombre de ses influences. La voix puissante et chaleureuse d’Oma distille un mélange de rock énergique, de punk attitude et de soul incandescente. On pourrait aisément comparer l’esprit d’Oma à une union entre Baby Jean (Mother’s Finest) et Skunk Anasie, tant pour l’énergie que l’attitude. En démarrant avec Someone special, le message semble évident: cette voix veut toucher le public au cœur. Tout au long de ces 6 morceaux, Oma navigue dans ces univers qui ont en commun la musique noire américaine, blues et soul qui ont donné naissance à ce rock imparable. On se laisse aisément entrainer dans le monde chaleureux d’Oma tout au long des Q.C, Say it, What is life ou autres Save me et Chains, sortes de témoignages personnels, d’introspection et point de départ d’une nouvelle vie musicale se faisant accompagner des guitaristes Cédric Goosens et Guillaume Laprade, du bassiste Eric Rakotoarivony et du batteur Roch Deroubaix. Avec un tel caractère et un tel backing band, Oma Jali pourrait bien se faire un nom qui dépassera nos frontières.

INKY TERRA: Precipice

France, Metal (M&O, 2025)

Ca commence assez soft, avec des guitares « américaines », avant de monter en puissance vers un metalcore/metal moderne à la Parkway Drive. Versus, qui introduit Précipice, le premier album des Français de Inky Terra présente de nombreuses facettes du groupe. On y trouve à la fois un chant gracieux comme peut l’être celui de Joel Ekelöf (Soen) et des aspects beaucoup plus rugueux qui peuvent parfois évoquer System Of A Down. Musicalement aussi, et la tendance au mix se confirme tout au long des 9 titres de cet album. On passe ainsi, au cours d’un même morceau, du calme à la tempête, de la douceur à la brutalité. Les breakdowns côtoient sans difficulté de bien plus douces mélodies. Précipice met ainsi face à face, dos à dos, jour et nuit, ombre et lumière, tendresse et robustesse. Pour une fois, le terme de metal alternatif est parfaitement justifié tant le groupe passe d’un registre à un autre avec entrain et aisance. Inky Terra n’est certes pas le premier groupe à tenter ces mariages – et ne sera pas le dernier – mais on sent tout au long de l’album une rage de convaincre doublée d’une maturité musicale certaine. Le groupe ne vient pas de nulle part puisqu’il s’est formé en 2019 en Ardèche, seul département où personne ne peut prendre le train puisque dépourvu de gare voyageurs. dans de telles conditions, on se laisse porter par son environnement et on se perfectionne dans ses choix, ce qu’Inky Terra n’a pas manqué de faire. Un album à découvrir.

HUNTDOWN: This is war

France, Hardcore (M&O, 2025)

Formé au début des années 2020, Huntdown publie Chasing demons, un premier Ep de 6 titres en 2023. Brut de décoffrage, les parisiens s’adressent clairement aux amateurs de hardcore brutal américain, aux fans de Hatebreed ou Madball, pour ne citer qu’eux. This is war, leur premier album aux influences thrashisantes, propose 6 nouveautés accompagnées de 4 morceau dudit Ep. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les mecs sont sérieux. Le titre de l’album résume à lui seul parfaitement le propos: une guerre de décibels et d’énergies explosive est ouverte dès Dump. Et jamais Huntdown ne met le pied sur le frein. Le chant rageur est parfaitement soutenu par un ensemble rugueux et direct. Une rugosité qui, si elle domine, est, par instants, contrebalancée par des des « respirations », passages plus lents mais bigrement lourds. Une bonne grosse claque qui n’est autre qu’une invitation à pogoter tout son soul! Ex-plo-sif!

Séance de rattrapage: YDHESSÄ: Genesis

Pagan/Folk, France (M&O, 2025)

Etonnant album que ce Genesis signé des Français de Ydhessä. Le groupe est composé de cinq musiciens d’horizons si variés que le résultat ne peut être qu’un mélange des origines de chacun. Gaetan Courouble (chant et bouzouki irlandais) vient du folk rock, Luna Limage (chant, harpe et flûte), de la world music, Djaffar Lebdiri (bouzouki aussi, flûte itou et cornemuse) est issu de la musique celtique irlandaise. A ceux-là viennent s’ajouter Maxime Baltor et ses percussions tribales orientales (djembé, congas et darbouka auxquels on ajoute un autre bouzouki irlandais) tandis qu’Arthur Maione apporte sa touche plus metal à la batterie. On connait tous ces instruments? Certes non, alors une petite recherche indique que ledit bouzouki est une sorte de luth à long manche. Un instrument à cordes cousin de la guitare, donc. Le résultat est souvent surprenant, et les 12 titres mélangent avec un certain bonheur ces univers a priori incompatibles et le chant mixte, presque lyrique de Luna (également harpiste de la formation, instrument de plus en plus en vue!) – à l’anglais peu compréhensible – et plus incantatoire de Gaetan. Si l’ensemble est plein de belles intentions, il manque toutefois quelque peu de corps. On apprécie cependant cette douceur bienveillante qui rencontre une forme de rudesse de mère nature, ainsi que le mélange de ces influences qui apportent une teinte particulière à l’ensemble. Une jolie carte de visite.

BIRDS OF NAZCA: Pangaea

France, Stoner/Doom (Autoproduction, 2025)

C’est à Nantes que se sont retrouvés le guitariste Guillaume Kerdrandvat et le batteur Romuald Chalumeau pour fonder en 2019 un duo doom nommé Birds Of Nazca. Ensemble, ils publient un premier album éponyme en 2020, suivi, après la crise sanitaire, d’un Ep, Héliolite, paru en 2023. Pangaea, leur nouvel album propose 7 titres variés, aussi lourds et oppressants qu’éthérés et aériens. On retrouve évidement l’empreinte de Black Sabbath, Candlemass ou encore Orange Goblin, mais le duo s’en distingue par cette particularité de proposer une musique totalement instrumentale, dans un esprit doom/stoner, lorgnant parfois vers le tribalisme, sans basse qui alourdirait sans doute encore plus ce mur de son qu’offre Birds Of Nazca. Les deux parviennent aussi à créer des ambiances si variées qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Impressionnnant d’efficacité, ce Pangaea est une merveille du genre à découvrir d’urgence. En un mot: j’adore!