Interview SLEEPING ROMANCE

Interview SLEEPING ROMANCE : entretien avec Lina (chant) Propos recueillis par téléphone le 23 janvier 2023.

Metal Eyes : C’est la première fois que nous échangeons, et comme je découvre Sleeping Romance avec ce nouvel album, peux-tu me raconter l’histoire du groupe ?

LinaSleeping Romance est un groupe qui a été fondé en 2013 par Frederico. C’est un groupe italien à la base de metal symphonique, avec une touche de power metal. Deux albums sont sortis et en octobre nous avons publiés le troisième, We are all shadows qui cherche une autre identité musicale, un peu plus new metal. On est un groupe de 5 personnes, deux guitaristes, un bassiste, un batteur, et moi-même au chant depuis 2020.

Ton parcours avant de les rejoindre, c’était quoi ?

J’ai toujours chanté, mais avant j’étais avec un groupe parisien, en 2016. C’était plus un groupe de heavy mélodique, on n’avait pas de grandes ambitions, on jouait avant tout pour nous. Et un moment est arrivé où je me suis posée des questions, je me suis demandé si je n’allais pas approfondir tout ça, et c’est à ce moment que j’ai vu l’annonce qu’ils ont postée, après la séparation avec l’ancienne chanteuse. Jusque-là, tout se passe super bien. Je suis en contact avec eux depuis le premier confinement, on a annoncé que j’avais rejoint le groupe en novembre 2020, mais ça faisait déjà 6 mois qu’on travaillait ensemble. Et tout se passe vraiment bien, tout le monde participe, chacun a son rôle…

We are all shadows est sorti en octobre. Pourquoi n’en faire la promo que maintenant ?

On s’est dit qu’avec toutes les sorties qu’il y a en ce moment, on risquait d’être noyés sous la masse. On n’est pas un gros groupe. Donc on a préféré garder la promo pour le moment où on jouerait en France. Et comme on a des dates les 25, 27 et 28 février, à Nice, Lille et Paris, on a préféré axer la promo maintenant. A Nice, ce sera à l’Alterax, à Lille, la BratCave et à Paris, on sera à l’International. Des petites salles, mais comme ce sont nos premiers concerts en France, on préfère ne pas être trop ambitieux, on fait ça de manière conviviale. On a aussi un concert prévu aux Pays Bas, au Female Metal fest, le 30 avril. On a joué aux Pays bas en 2022, j’ai beaucoup aimé et j’ai hâte d’y retourner. On jouera aussi au festival 666 à Cercoux cet été. Là aussi un festival qui prend de l’ampleur. Et puis il y a un autre festival prévu, mais je n’ai pas encore le droit d’en parler…

Tu n’as pas le droit d’en parler, ok. C’est un festival en France ou ailleurs ?

En France.

Bon, ça nous donne déjà une indication même si on ne va pas tout miser sur un seul nom… Un concert de Sleeping Romance, ça donne quoi ?

Ouf ! On bouge tout le temps, c’est très explosif, il y a beaucoup de headbang. Les nouveaux morceaux prennent une tout autre ampleur en live et je pense vraiment que ça vaut le coup de venir voir ce que ça donne. Ce n’est pas un moment qui vient illustrer l’album, c’est plutôt un moment qui ajoute quelque chose aux morceaux.

Si tu devais décrire la musique de Sleeping Romance à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, que dirais-tu ?

Je dirais que c’est un Evanescence en plus moderne puisqu’il y a aussi, à certains endroits, du chant saturé, avec un peu moins de touches électro qu’Evanescence n’en a. C’est une sorte de mix entre le Evanescence d’avant et d’aujourd’hui en un peu plus saturé.

Il y a aussi des touches de Rammstein selon moi. Qu’en penses-tu ?

Alors… Rammstein n’est pas une influence que m’a citée Frederico, mais les groupes qui l’ont influencé ont, eux, une influence Rammstein. C’est probable qu’il y ait un lien, oui ! Architects, Katatonia, Leprous… Tout se rejoint.

Il y a aussi un peu d’Apocalyptica dans les constructions mélodiques…

Oui, c’est vrai. Maintenant, on a aussi du violoncelle, on a travaillé avec un quatuor à cordes, donc, oui, le lien est normal. Mais il y a tellement de choses dans notre musique. Quand on n’a que quelques minutes pour parler de nous, on préfère mettre l’accent sur ce qui nous réunit.

Vous faites des économies de temps, ok, mais aussi d’encre puisque vous avez décidé d’intituler vos chansons par l’acronyme de chacune d’elle (elle rit). En dehors de l’esprit prog, il y a une raison particulière à ce choix ?

C’est complètement l’esprit prog ! C’est parti d’une réflexion : à chaque fois qu’on parlait des titres entre nous, on ne les appelait jamais par leur nom complet, on n’utilisait que les initiales. Smoke and mirrors, on disait SAM… On a gardé cette habitude et on s’est dit que ce serait marrant de le mettre aussi sur la pochette de l’album. En plus, c’est vrai, ça fait un peu prog !

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour présenter votre musique, lequel choisirais-tu ? Pas ton préféré, seulement le plus représentatif de l’esprit de Sleeping Romance.

Sans hésiter Smoke and mirrors. Parce que je pense que c’est le plus efficace et le plus complet de ce que l’on fait, il y a du prog, des passages un peu plus… vulnérables, d’autres plus agressifs, et il montre qu’on ne veut pas rester dans une structure figée. Pour moi, c’est le plus complet tout en restant efficace. Je trouve qu’il y a beaucoup de groupes de prog qui peuvent être difficiles à appréhender pour quelqu’un qui ne s’y connait pas, et ce titre permet cette accessibilité.

SI tu devais maintenant penser à une devise pour le groupe, pas un acronyme, s’il te plait, ce serait quoi ?

Je dirais simplement « surprise ! » Parce que, clairement, depuis que Federico a décidé d’aller dans cette nouvelle direction, il cherche à surprendre, à aller là où on ne l’attend pas. On a dit pendant longtemps sur les réseaux sociaux qu’on allait changer de direction, et les gens ont quand même été surpris quand on a sorti l’album ! Je pense même que les gens ne sont pas au bout de leurs surprises.

 

SLEEPING ROMANCE: We all are shadows

Italie, Metal progressif (Autoproduction, 2022)

Formé en 2013, les progueux italiens de Sleeping Romance nous ont proposé en fin d’année 2022 (octobre, je crois) We all are shadows, leur troisième album dont chaque titre est l’acronyme du nom de la chanson. Une intro narrée par la chanteuse Lina Victoria donne envie de se plonger dans le propos musical qui suit. L’influence d’Evanescence se fait sentir  dès SAM – Smoke And Mirrors – mais le groupe ne se contente pas que d’évidences. La suite mêle puissance et douceur, légèreté vocale et dynamisme musical. Un contrepied vocal est présent en arrière plan avec un chant guttural parfois discret et qui remonte en surface le temps d’une courte colère. Sleeping Romance lorgne ensuite vers les horizons tracés tant par Apocalyptica (la présence de cordes est souvent mise en avant) ou encore l’indus version Rammstein. La production est riche et généreuse mettant en avant chacun des instruments comme il se doit et si l’ensemble est bien foutu et très agréable à écouter, la personnalité de Sleeping Romance mériterait d’être plus encore explorée pour que le groupe se démarque vraiment de ses influences. Voilà toutefois un album que les amoureux de belles mélodies auront plaisir à découvrir.

EVENFLOW: Mediterraneo

Metal progressif, Italie (Autoproduction, 2022)

Les Italiens d’Evenflow n’en sont pas à leur coup d’essai puisque le groupe, formé à la fin des années 90 a déjà publié… 2 albums seulement, ainsi que quelques Ep. Est-ce suffisant pour parler d’une carrière? Certes non. Ils reviennent cette année avec un nouvel Ep au superbe artwork – on admire la pochette d’un certain Mickey avant de se plonger dans le contenu musical de ce Mediterraneo nous proposant 5 titres. Démarrant sur les chapeaux de roues avec un Ocean lies épique et symphonique, violent comme une tempête qui retouren bientôt au calme, le groupe étonne par le chant, mix masculin et féminin semble-t-il. Mais les crédits ne mentionne qu’un chanteur, ce qui, malgré un anglais difficilement compréhensible, force ici le respect. les titres sont variés, allant même jusqu’à des ambiances jazzy et cinématographiques (Leaves et ses cavalcades de piano) Cependant, si la prod est léchée et soignée, si les titres alternent entre douceur et fermeté, si les influences couvrent un panel allant des Who à Dream Theater en passant par Maiden, Evenflow proposent des structure souvent complexes, voire trop complexes. Et à trop vouloir épater, le quatuor noie son propos, et cela au risque de perdre son auditeur en chemin. Aller à l’essentiel et travailler l’anglais sont deux axes à explorer sérieusement avant de proposer un futur album.

Daniele MAZZA: Immortals

Italie, instrumental (Limb music, 2021)

Les amoureux de grandes épopées et d’heroic fantasy vont craquer avec ce « filmscore », cette œuvre épique de Daniele Mazza. Immortals, c’est le type de BOF qui n’en est pourtant pas une qui s’écoute comme une grande œuvre, avec plaisir et entrain. Tous les ingrédients sont réunis pour entrainer l’auditeur dans de grandes chevauchées et cavalcades terrestres, dans des fuites et batailles navales, le perdre au milieu des forges d’un village… Les aspects symphoniques rappellent à la fois Nightwish et (ses inspirations…) l’opéra. A ce titre, In the heart of the battle réunit tout ce qui fait une grande oeuvre: des tempi et ambiances variés, un partage judicieux du rôle de chaque instrument – ces soli et envolées de guitares ! – et la visualisation de décors qui vont de ma mythologie grecque à l’univers des supers heros de Marvel. Les 11 titres de cet album (plus deux bonus pour la version CD) qui constituent Immortals sont une totale réussite pour un album qui accompagnera nos jeux de plateaux lors de ces belles et longues soirées de fin d’année.

WONDERS: The fragments of wonder

Italie, Power metal (Limb music, 2021)

Wonders, c’est le nouveau projet des frangins Giorgio et Pietro Paolo Lunesu (ex EvenFlow), respectivement batteur et guitare,  et de l’ex-Firewind Bob Katsionis aux claviers, également producteur à ses heures. Le trio se lance en 2020 dans l’aventure du power metal, inspiré de ce que pouvait proposer Stratovarius dans ses anciens jours. Le résultat de leur premier album, The fragments of wonder (remarquez le singulier qui ne peut se confondre avec le nom pluriel de la formation), est un condensé de puissance et de mélodie au travers de 10 titres hauts en couleurs, aux tempi variés et accrocheurs. Pour atteindre ce résultat de haute volé, Wonders s’est adjoint les services du bassiste Luca Negro et du chanteur Marco Pastorani, tous deux issus de Temperance. Les envolées lyriques côtoient allègrement les rythmes martelés à coup de double grosse caisse sans que Wonders ne se perde dans de futiles démonstrations techniques. The fragments of wonder  est un album puissant qui entraîne son auditeur dans une variété mélodique irréprochable. Puissance et mélodie font de ce premier album une pépite d’efficacité.

DRAGONFORCE live à Paris (La Machine, le 11 février 2020)

DragonForce semble attendu en cette froide et pluvieuse soirée… La file qui s’étend devant l’entrée de la Machine du Moulin Rouge indique que les Anglais sont, malgré le départ du jovial et frenchie bassiste Fred Leclerc, parti chez Kreator (mais ça, qui ne le sait pas?), sur une pente ascendante. Le mystère reste cependant de savoir qui ouvre ce soir. Il y a en fait deux groupes, les Américains de Athanasia ainsi que les Italiens de Frozen Crown.

La difficulté de cette salle, pour les photographes mais aussi pour une grande partie du public, réside en sa configuration. C’est simple, si tu n’arrives pas suffisamment tôt, tu te retrouve en haut des marches et tu ne voies rien. Donc, on fonce pour s’installer sur les entresols d’où 1/ nous pouvons voir le show et 2/ nous pouvons obtenir quelques clichés*.

A 19h, l’hymne américain retentit totalement désaccordé mais reconnaissable entre mille. Puis Athanasia, dont le nom s’inscrit sur l’énorme écran de fond de scène, investit les lieux. Le trio de Los Angeles prend place de chaque côté de l’estrade . La formation pourrait évoquer une sorte de Venom avec ses tenues de cuir (souple) clouté. Pendant trente minute, le trio délivre un heavy classique au chant parfois presque black, à d’autres moments plus traditionnel, avec beaucoup d’envie mais pas toujours convainquant. Sans doute est-ce le résultat de trop peu d’espace, bien que le bassiste, Brandon Miller décide à plusieurs reprises de grimper sur l’estrade afin de taquiner le public, parfois rejoint par Caleb Bingham, le chanteur guitariste. Athanasia nous offre un set sympatique sans être extraordinaire d’un heavy grandement inspiré des 80’s.

*Dommage que ma carte mémoire m’ait joué des tours et rendu impossible de shooter ce groupe au look travaillé… Les techniciens s’affairent sur scène afin de, semble-t-il réparer la batterie. Temps pendant lequel Virginie devient ma nouvelle best friend forever lorsque, alors que je lui montre ma carte mémoire, plonge la main dans son sac afin de me tendre une carte SD vide qui va sauver le reste de ma soirée. Mille merci pour ce coup de main quelque peu inespéré.

Reste que Frozen Crown prend du retard et monte sur scène avec un bon quart d’heure de retard. Bien que disposant d’un double atout charme (la chanteuse Giada Etro et la guitariste Talia Bellazecca qui la détrône rapidement au niveau de la prestance), le groupe est serré sur cetet scène, mais saura utiliser tout l’espace autant que possible. Son Heavy très mélodique séduit rapidement une grande partie du public et, au regard du nombre de mains levées et de signes d’approbation divers, ce second groupe séduit bien plus que le trio qui a précédé. Formé en 2017, Frozen Crown, qui a déjà deux albums à son actif, est encore parfois mal à l’aise sur scène (Giada gagnerait à être plus détendue et naturelle) mais laisse entrevoir un bel avenir.

Un groupe à suivre, incontestablement. On saluera également la bienveillante attention de DragonForce qui permet à Frozen Crown de jouer, malgré son retard, l’intégralité de son set, grignotant ainsi sur l’horaire de la tête d’affiche.

Le changement de plateau se fait par conséquent bien plus rapidement que prévu. Coté jardin trône une immense tête de… ben oui, on ne va pas se la jouer « mystère et compagnie », une tête de dragon, tandis que la scène est entourée de chaque côté de gigantesques consoles de jeu vidéo, celles qu’on trouvait dans les bars à la fin des années 80 pour jouer à Donkey Kong, Pac Man et autres sources d’inspiration pour les maîtres de cérémonies, DragonForce.

Le fond de scène est doté d’un écran géant qui va diffuser tout au long du concert des images d’époques, des extraits de jeux et des pubs de consoles. Tron n’a qu’à bien se tenir, d’autant que ce soir, les Anglais, accompagnés de la bassiste Alicia Vigil (son intégration n’est pas encore officialisée, elle n’est là que le temps de la tournée, pour le moment) sont très en forme. Herman Li nous en parlera plus tard.

Dès Highway to Oblivion, premier des 5 extraits de Extreme power metal, le dernier album en date, il est clair que la bande est en joyeuse forme. Postés en haut des consoles géantes qui servent de plateformes, Sam Totman, toujours caché derrière ses lunettes et Herman Li dominent un public déjà en transe. D’ailleurs, pour mettre les choses au clair, ce premier titre est accompagné de jets de confettis et de fumées, artifices que l’on retrouvera tout au long du concert – ainsi que quelques feux de Bengale – comme pour dire « pas la peine d’attendre la fin pour faire la fête ».  La suite ne sera, comme toujours, que démonstration de facilité et d’agilité instrumentale, toujours au service d’une bonne humeur simplement contagieuse.

Les écrans diffusent nombre de jeux vidéo que les moins de 40 ans ne peuvent pas avoir physiquement connu, le groupe s’offre quelques pauses, intermèdes pendant lesquels sont projetées de vieilles pub Sega (« c’est plus fort que toi », vous vous souvenez? ») et autre propositions commerciales prônant telle console. Souvenirs souvenirs…

Alors que les musiciens s’offrent une nouvelle courte pause, Herman prend la parole, s’adressant au public dans un français impeccable. Il évoque le souvenir de Fred (« c’était plus marrant quand il était là, non? ») et rappelant que lui aussi a passé quelques années en région parisienne, à Clamart. Quelques minutes de détente avant que le gaillard demande si le public se souvient de tel et tel jeu. Et c’est au tour de Marc Hudson, le chanteur, de s’emparer d’une guitare le temps d’interpréter quelques airs tirés de jeux video.

Puis le moment délire… L’arrivée d’un joueur de banjo en bottes vertes, suivi des deux guitaristes de Frozen Crown après que Herman rappelle quel est le jeu n°1 en Allemagne… Et les voilà tous partis pour cette interprétation de Farming simulator… Bonne ambiance garantie! Un autre moment fun et mémorable.

Mémorable comme ce premier rappel, toujours dans l’esprit « trop sérieux s’abstenir ». Une reprise toute personnelle de My heart will go on, popularisé par Céline Dion, et suivi du classique Through the fire and flames. DragonForce a ce soir mis les petits plats dans les grands et clairement mérite de jouer dans des environnements plus vastes devant une foule plus importante. Quand on se proclame amuseur public et apporteur de joyeuse humeur, c’est mérité. Merci pour cette belle soirée!

Merci à Sabrina, Anne-Lyse et l’équipe de Veryshow 

 

 

 

Michael ROMEO: War of the worlds PT.1

Metal symphonique, USA (Mascot, 2018)

Le guitariste de Symphony X, quand il n’enregistre ou ne tourne pas avec son groupe – absent depuis quelques temps déjà – se fait des petits plaisirs. Généreusement, il les partage avec nous, et c’est fort bien ainsi! Car ce War of the worlds – pt.1 est une opetite merveille de mélodie et d’efficacité. Bien sûr, on retrouve les clichés cher au metal symphonique, et Michael Romeo ne se renie en rien. Au contraire, il explore des univers très cinématographiques au travers de ces 10 morceaux, rendant un hommage à peine voilé aux géants de l’illustration sonore du cinéma tels John Williams. Rien de surprenant ici, le titre de l’album étant piqué à La guerre des mondes, roman de SF de HG Wells, qui est un terrain parfaitement adapté aux délires musicaux de Romeo. Fear the unknown, F*cking robots, War machine, Oblivion, s’ils évoquent aussi la dextérité d’un Malmsteen ou rappelle le… Symphony X du début du siècle, se révèlent d’une puissance et d’un envoûtement imparables. Jamais trop brutal malgré la rapidité d’exécution, ce disque est la perle de ce début d’été. Reste que ce disque s’intitule « pt. 1 », et cela laisse sous entendre une suite prochaine. Pourvu que ce soit plus rapidement!

BLACK MAMBA: Heritage

Rock, Italie (Autoproduction, 2017)

Paru fin 2017, Heritage, premier album de Black Mamba aurait pu passer inaperçu ne serait-ce cette pochette qui, forcément, retient l’attention, et les origines du combo. La pochette, tout d’abord… On pourrait croire avoir à faire à un groupe de midinettes japonaises accros à l’univers manga. Ben, non, même si tout l’artwork évoque cet univers… On est au contraire confronté à un trio italien, originaire de Viterbo pour ceux qui connaissent (pour les autres, c’est au centre de l’Italie). Forcément, on pense à Klogr, mais la réalité est ailleurs: composé de Irma Mirtilla à la guitare et au chant, Cecilia Nappo à la basse et Frederico Maragoni à la batterie, Black Mamba a du mordant, si ce n’est celui, mortel, du serpent à qui le groupe s’identifie. L’univers du trio s’inspire autant de la pop et du funk – les rythmes dansants, la basse groovy et slappée y sont pour beaucoup – que du rock progressif et/ou enervé. Les guitares évoquent souvent celles d’Alex Lifeson (Rush), et lorgnent aussi du côté des Foo Fighters et, mix de cet ensemble, des Red Hot Chilli Peppers. Le chant d’Irma est puissant, varié, son timbre au trémolo unique emporte l’auditeur dans ses errances et douceurs, et les guitares de Cecilia sont tranchantes, à la fois aériennes et déterminées. Impossible de rester de marbre, chacun, amateur de prog, de groove ou de metal, y trouvera son compte. Une jolie découverte à suivre.

ELVENKING: Secrets of the magick grimoire

Folk metal, Italie (AFM, 2017)

Malgré d’incessants, ou presque incessants, changements de line-up, les Italiens d’Elvenking continuent de suivre leur chemin sur les voies d’un folk metal enjoué. Paru fin 2017, ce Secrets of the magick grimoire nous offre 12 nouvelles compositions qui fleurent bon la joie de vivre. Un peu pagan, très happy metal, cette nouvelle collection est sans aucun doute l’une des plus belles réussites artistiques du combo, toujours mené par un Aydan (guitares) inspiré. Alors, bien sûr, cette instabilité chronique pourra faire penser à un Ayreon ou un Royal Hunt, mais les inspirations diffèrent. Ici, Elvenking puise dans un folk metal traditionnel, chantant, proche du metal joyeux d’un Helloween ou d’un Freedom Call, et s’offre une variété, une exploration de paysages et d’horizons musicaux très variée. Mieux, c’est une invitation conquéranteet optimiste qui nous est ici proposée. Pourquoi, alors, devrions-nous, amateurs de métal  épique et mélodique, refuser d’emboiter le pas d’un Elvenking inspiré?

Interview: KLOGR

Interview KLOGR : rencontre avec Rusty. Entretien effectué le 20 septembre 2017 au Hard Rock Cafe de Paris

 

Klogr

metal-eyes: A l’origine, Klogr était présenté comme un groupe de neo metal. Cependant, l’écoute de Keystone me fait plus penser à du prog. Quel est ton point de vue?

Rusty: C’est très difficile de définir la musique que tu joues… C’est comme si quelqu’un devait dire si tu es un bel homme ou pas. J’aime la musique du grunge au prog, du metal au classic rock. Je pense que toutes ces influences se retrouvent dans notre musique. Peut-être y a-t-il des aspects plus progressifs, d’autre plus alternatifs. Le terme de neo metal n’est sans doute pas assez… large. Si, par “neo metal” tu entends Korn, Limp Bizkit et ce genre de groupes, alors, oui, mais je n’entends pas plus de neo metal que ça dans notre musique.

metal-eyes: Alors comment décrirais-tu l’évolution de votre musique entre les deux derniers albums?

Rusty: Nous avons grandi! Parce que nous avons changé de line-up il y a trois ans. Pietro, notre guitariste, nous a rejoints et tout notre équilibre s’en est trouvé modifié. J’ai, enfin, trouvé un vrai partenaire, nous partageons beaucoup. Avant, je voulais partager certaines choses avec les autres, mais, parfois, il n’y avait pas de réelle connexion. Il y avait un guide, moi, et les autres membres suivaient mes idées. Dans le cas présent, Pietro et moi nous battons pour une idée. Nous avons deux caractères forts et nous voulons créer une troisième idée qui est un mélange de nos idées.

metal-eyes: Une combinaison de visions, donc.

Rusty: Oui, et c’est ce que j’aime. La musique est un partage, de la création à la scène. Aujourd’hui, j’ai un vrai partenaire.

metal-eyes: Que me dirais-tu afin de me convaincre de filer acheter Keystone en sortant d’ici?

Rusty (avec un sourire): C’est le meilleur album de 2017… (rires) Non, je pense que c’est un disque que tu dois écouter de bout en bout. Ce n’est pas juste un disque avec 5 singles et 5 morceaux de remplissage. Nous avons cherché à mettre toute notre vision dans ce disque. A chaque fois que je réécoute un titre, je peux ressentir de nouveau ce qu’il se passait en studio… Pendant l’enregistrement et l’écriture du disque. Et quand je les interprète sur scène, je ressens également tout. Je crois que c’est un disque dans lequel il faut se plonger pour ressentir cela.

metal-eyes: Vous n’avez pas beaucoup tourné en France. Quels sont vos plans de tournée pour soutenir ce CD?

Rusty: Laisse-moi de raconter une histoire : un de nos premiers managers était Français. Il s’appelle Marc Fazio…

metal-eyes: Je crois que tu vas le voir dans quelques instants… Il gère United Rock Nations aujourd’hui.

Rusty: Oui, c’est Marc ! Nous avons fait deux petites tournées dans des clubs en France. Le plus gros show que nous ayons donné en France a eu lieu il y a 3 ans à Paris, avec Prong. Nous avons donné 23 concerts en Europe avec eux. Maintenant, nous serons en tournée en novembre avec The Rasmus, avec qui il y aura 10 concerts en Europe, dont 1 à Paris, le 18 novembre.

metal-eyes: Klogr est un groupe italien. Comment vous situez-vous sur la scène italienne et quels autres groupes me conseillerais-tu d’écouter ?

Rusty: Sans aucun doute, le groupe italien le plus connu : Lacuna Coil, dont la réputation est internationale. Je connais beaucoup d’autres groupes en Italie, mais c’est difficile de parler de la « scène italienne ». Nous sommes assez individualistes, chacun fait son boulot… Guizmet est un de ceux que je préfère, un petit groupe avec deux albums – je ne sais pas s’ils les ont sortis en Europe – mais je les aime, musicalement et humainement. Extrema, un groupe extrême qui joue un peu partout en Europe… Il y en a beaucoup, et c’est difficile de choisir. Je ne connais pas beaucoup de groupes italiens qui cherchent à sortir d’Italie.

metal-eyes: Comment occupes-tu ton temps entre deux albums ou tournées ?

Rusty: J’ai de la chance, parce que j’ai mon propre studio, Zeta Factory. Il y a un studio, une salle de répétition, une école de musique, et je vis juste au dessus. C’est très facile pour moi.

metal-eyes: Donc, la musique est ta vie. Quel a été ton premier choc musical ?

Rusty: 1991, les Monsters of Rock avec Metallica et AC/DC. J’y étais, j’avais 14 ans et à ce moment je me suis dit « voilà ce que je veux faire de ma vie ! » C’est Metallica surtout, car je n’ai pas vu tout le show d’AC/DC. J’étais avec mon frère qui avait un rendez-vous avec une nana, donc il m’a dit « on y va… Tu auras tout le temps d’écouter AC/DC plus tard ! »

metal-eyes: Si tu devais ne retenir qu’un titre de Keystone pour définir ce qu’est Klogr aujourd’hui, lequel serait-ce ?

Rusty:  Ce n’est sans doute pas la chanson la plus facile d’accès, mais je pense à Pride before the fall, qui est la connexion entre l’ancienne vision de notre musique et l’actuelle. Ce n’est pas une chanson catchy, il y a plusieurs ambiances, et les paroles sont, pour moi, la description parfaite de ce que nous voulons offrir au public avec ce disque. Nous ne vivons pas une période facile, la planète est en danger, et ça n’a rien d’une blague. Ça se passe maintenant, alors levez-vous et agissez, maintenant. J’ai vraiment peur de ce que nous réserve l’avenir…

metal-eyes: Quel serait la devise du groupe, selon toi ?

Rusty: (il réfléchit longuement) Euh… question suivante ? C’est difficile… Je ne sais pas…

metal-eyes: On y reviendra alors. Je pense que tu vas apprécier la suivante qui sera la dernière : quelle est la meilleure question qu’on t’a posée aujourd’hui ? Ou la plus surprenante.

Rusty: (il réfléchit encore) Je ne sais pas ! La plus étrange ? « Pourquoi as-tu choisi Keystone comme titre de l’album ? » Hey ! C’est clairement décrit dans le livret ! Parfois tu rencontres des gens qui ont simplement jeté un œil à l’album, et qui doivent faire cette interview parce qu’elle a été planifiée… Mais ils ne cherchent pas à comprendre pourquoi nous sommes là, ce que nous voulons partager avec autrui. C’est comme si j’allais au ciné sans savoir quel type de film je vais voir !

metal-eyes: Justement, quel genre de cinéma aimes-tu ?

Rusty: Je suis un peu divisé… J’aime beaucoup l’heroic fantasy et j’aime aussi beaucoup, vraiment, les documentaires, quand la réalité rejoint la scène et l’écran. J’aime aussi les films d’action, mais c’est souvent un cirque identique. J’aime sortir de la vraie vie.

metal-eyes: Tu lis, aussi ? Et si oui, que lis-tu en ce moment ?

Rusty: Oui, je lis. Je viens de terminer. C’est une sorte de biographie de Paul Watson qui est le capitaine de Sea Shepard. C’est très réaliste : il explique nombre d’actions menées par son organisation. Tu as l’impression de voir un film d’espionnage, mais c’est la réalité. Ce n’est pas 007, c’est la réalité. Je le sais parce que je connais beaucoup de membres de son équipage et j’ai vu des photos de ces actions. C’est simplement extraordinaire !

metal-eyes: Ce qui signifie que tu te préoccupes vraiment de l’avenir de notre planète et que tu en es très proche.

Rusty: Absolument !

metal-eyes: Revenons à ma question de tout à l’heure, tu as dû avoir le temps d’y réfléchir : quelle pourrait être la devise de Klogr ?

Rusty: La devise… la raison pour laquelle on fait ça… Bon : ce n’est pas une « mission », ce serait trop. Il me faut plus de mots pour l’expliquer : pour moi, peut-être pas pour les autres membres du groupe, la musique est une promesse. J’ai fait cette promesse il y a 20 quand j’ai perdu mon frère, je lui ai promis que je serais un bon musicien, pas célèbre, simplement bon. Je veux faire mon boulot aussi bien que possible et je veux partager un message avec les gens : faire quelque chose aussi bien que l’on peut.

metal-eyes: La devise serait donc « la musique est une promesse »

Rusty:  Oui, ou si tu préfères : « la musique est MA promesse »

metal-eyes: Merci beaucoup, profite de ton séjour à Paris même si je sais que tu ne pourras pas voir grand-chose…

Rusty: Tu sais, j’ai passé du temps à Paris il y a quelques années… J’adore conduire la nuit, sans trafic. Je loue une voiture et je peux aller de la Tour Eiffel au Louvres en 10’ à peine. J’adore cette ville. Bon, les embouteillages des grandes villes ce n’est pas mon truc, mais la nuit, c’est sympa. Merci à toi, et viens nous voir le 18 novembre !