STAMP: Posthuman

Fusion, France (Ginger sounds, 2018)

Ce disque est l’ovni musical de cette première moitié d’année. La virtuosité dont font preuve les Parisiens de Stamp n’a sans doute d’égal que l’audace dont ils font preuve à proposer une musique hybride faite de rock, de musique orientale, de jazz… Bref, un savant mélange qui fait mouche. Pas de chant, seulement quelques paroles, et un univers sonore unique et, de fait, à part. Si l’on ose tout aujourd’hui, ce n’est pas souvent avec autant de bonheur. Car Stamp, tout au long de ce Posthuman, fait le lien entre saz, une sorte de luth turc, saxophone et des instruments plus traditionnellement rock que sont le trio guitare basse batterie. En choisissant de proposer des morceaux originaux et quelques extraits d’œuvres d’époques diverses comme Bienvenue à Gattaca, Ghost in the shell, Videodrome ou La mouche, Stamp nous offre un voyage sonore en terrains attirants et novateurs. Sans nul doute le groupe à suivre dans les années qui viennent.

ZEAL & ARDOR: Stranger fruit

Fusion negro spiritual/Black metal, USA (Radicalis music, 2018)

Vous l’avez sans doute découvert avec Devil is fine ou plus récemment au travers de l’interview que nous a consacrée l’âme du groupe: Zeal & Ardor c’est le projet de Manuel Gagneux, américano- helvétique qui, joueur, a lancé un défi: celui de créer une chanson à partir de deux styles musicaux a priori incompatibles. Et bim, quand quelqu’un lui propose « Negro spiritual et Black metal », le gaillard s’exécute. Le résultat se fait remarquer au delà de ce que Manuel aurait pu imaginer, relayé, entres autres, par Rolling Stone. Et le voici qui propose aujourd’hui un troisième album, Stranger fruit. Composé de 16 titres, ce nouveau disque voit Zeal & Ardor faire un pas de plus dans la direction du succès. Car même un « insensible » comme moi à la folie vocale du black metal y trouve son compte. Manuel nous plonge en pleins bayous de Louisiane, au milieu des champs de coton ou de tabac de Géorgie ou de Caroline du Nord ou du Sud, en plein cœur de ces lieux où les noirs, esclaves, chantaient leur peine dans ce qui est devenu le negro spiritual, puis le blues. L’album démarre « tranquillement » avant de monter en puissance, en rage et en colère. Les hurlements black, alliés à la folie rythmique du genre traduisent cette souffrance avec brio. La mise en son, minimaliste, facilite également ce voyage géographique et temporel. Maintenant que Manuel Gagneux s’est entouré d’un groupe, on va pouvoir voir son oeuvre prendre forme sur scène. A commencer par celle du Hellfest puisque Zeal & Ardor est plus que bien placé sur l’affiche de la Temple. Rendez-vous est pris!

Dernier concert de WILD DAWN: St Jean de Braye, le 31 mars 2018 (avec Irya et No One Is Innocent)

Il y a quelques semaines, Wild Dawn avait annoncé cesser ses activités et mettre un terme à sa carrière après un quatrième album et un ultime concert. C’est la salle des fêtes de Saint Jean de Braye, à côté d’Orléans, qui accueille la troupe, censée jouer entre Irya et la tête d’affiche annoncée No One Is Innocent. Pourtant, c’est bien Wild Dawn qui se retrouvera en tête d’affiche. La raison? Vous la découvrirez bientôt, au cours de l’interview que les gars aux chemises à carreaux ont accordée à Metal Eyes. Et elle est pour le moins surprenante…

C’est donc Irya qui ouvre les hostilités. Les Orléannais proposent un metalcore rugueux et leur concert est visuellement surprenant: le bassiste Djow a les pieds illuminés de bleu et le batteur, Cebrou, est vêtu d’un peignoir de boxeur. Les trois autres musiciens sont comme à la ville. Etonnant choix, selon moi, alors que les deux autres groupes de la soirée ont, à l’instar de nombreuses autres formations,  développé une identité visuelle. Lire la suite

LOFOFORA: Simple appareil

Rock, France (At(h)ome, 2018)

Simple appareil… Un titre qui évoque une mise à nu, et cette promesse venant de Lofofora, ça sonne plutôt bien. Une voix, une guitare, une rythmique simple… Lofofora a choisi de se livrer corps et âmes au travers de 11 morceaux dépouillés de tout artifice. Comme le dit Reuno dès l’introductif Les boites, le groupe a enlevé les doigts de la prise. Ce dépouillement n’ôte en rien la puissance des paroles et des rythmiques concoctées par le groupe qui prouve, une fois de plus, que peu importe l’interprétation, si une chanson est bonne, elle reste bonne! Reuno, dans ce fatras dépouillé de décibels explosifs, se met ici plus qu’à nu, il se met en danger, et c’est appréciables. Alors, bien sûr, ce simple appareil ne saurait être l’objet d’une tournée à lui seul, mais proposera à n’en pas douter des moments de répit au cœur de la fureur des shows de Lofo. Un interlude posé que propose un groupe qui n’a jamais renié son parcours. Un pari relevé même si certains fans seront déstabilisés par ces 11 morceaux envoûtants, au final.

THE WIGGAR OVERDOSE: Merci pour le hip-hop

Fusion, France (Auto production, 2018)

On prend les mêmes et on recommence! Après le We got que nous a présenté Emaginarock (http://www.emaginarock.fr/nouveau-titre-en-preview-pour-the-wiggar-overdose/), les banlieus(h)ards de New York sous Bois – plus besoin de les présenter, maintenant…Si? Ah bon: on parle de The Wiggar Overdose, bien sûr! – remettent le couvert avec le flingant, pardon, fringant Merci pour le hip-hop. On est toujours dans l’esprit fusionnel rap core déjanté, un savant et efficace mix entre Beasty Boys, Run DMC, Rage Against The Machine, Ice-T et Body Count à la française. ça cartonne, sans jamais se prendre trop au sérieux. La musique transpire le Bronx, le verbe est percutant et direct. Pour vous en convaincre, il suffit de vous pencher sur le lien ci-dessous, c’est aussi simple que ça!

La suite, ce sera dès lundi 12 avec les amis de Music Waves pour un morceau un peu plus rock. Euh, attends… y a pas un blème, là? Moi, je m’appelle Metal Eyes, y a bien le mot Metal dedans, non? Et je vous parle de hip hop? Je jalouse Music Waves, j’enrage même! Merci pour quoi, hein? Pour le hip hop qu’ils disent!  beuh, non, j’enrage pas. Parce que The Wiggar Overdose, c’est fun à écouter !

 

THE WIGGAR OVERDOSE: Bwesh

Fusion, France (Autoproduction)

Les gars viennent de New York sous Bois. Autant dire la banlieue parisienne qui a grandi au son du rap enragé US et des grosses guitares. Et, malins, The Wiggar Overdose risquent fort de profiter de l’effet Prophets of Rage pour se faire un nom. Le chant en français et en anglais est hargneux et agressif, limite punk, les rythmes concoctés rapent et frappent. On appréciera les textes à la fois directs et réfléchis, ainsi que les références à l’univers du funk de James Brown, par exemple. Plein d’arguments qui, sans surprise, ont su séduire Francis Caste, qui a joyeusement mis en son ce Bwesh, Ep 5 titres franchement réussis. Une curiosité qui sonne comme une jolie promesse. Vivement la suite et la scène!

RUFUS BELLEFLEUR: Electricity for the Coliseum

Crossover, France (Dooweet, 2017)

Que voilà une jolie surprise! Rufus Bellefleur fait partie de ces groupes qui osent braver les interdits et parviennent, chemin faisant, à se distinguer d’une scène aujourd’hui trop sclérosée par des étiquettes malvenues. Avec Electricity for the Coliseum, RB nous plonge dans les USA des années d’entre deux guerres avant de se lâcher et de nous offrir des escapades dans divers univers musicaux. Tout y passe, musicalement, rythmiquement et visuellement. Car le groupe parvient, à partir de ses chansons, à nous plonger dans un certain cinéma noir. Musicalement, on trouve des traces de rock, de heavy, de blues des bayous, de hip hop, et RB ne se prive pas pour utiliser des instruments inhabituels. J’ai même l’impression d’entendre du kazoo par instants! Une petite merveille d’originalité qui se déguste sans modération.

HELLTERVIEW: SKINDRED

Entretien Skindred. Rencontre avec Benji Weeb (chant) et  Dan (basse). Propos recueillis au Hellfest le 18 juin 2017

Skindred

Quelques heures avant que Skindred ne mette le feu au Hellfest, c’est un chanteur et un bassiste déjà au taquet qui répondent à Metal Eyes. Une petite idée de ce qui va se passer en live !

 

Metal-Eyes : Je vous ai découvert l’an dernier au Download, et c’est, je crois, votre seconde venue au Hellfest ?

Dan : On a joué en 2013 ou 2014, oui. On a ouvert sur une des mainstages

Metal-Eyes : Aujourd’hui, vous jouez un peu plus tard. Ça vous fait quoi de revenir au Hellfest ?

Benji Weeb : C’est un honneur! Ce festival est extraordinaire ! Tu sais, on joue dans des festivals à travers le monde et celui-ci est un des meilleurs.

Dan : C’est fabuleux de constater que la France propose aujourd’hui ce festival qui est une vitrine pour le monde. Un outil qui prouve que la France a une scène, une scène rock explosive !

Metal-Eyes : Quelles sont les nouvelles de Skindred ?  

Dan : On fait les festivals cet été, et ensuite on enregistrera un nouvel album qui devrait paraitre en 2018. Tu auras bientôt de nouveaux morceaux à écouter. D’abord, on va jouer au Japon, en Australie, ensuite, on enregistre.

Metal-Eyes : Donc il y aura une nouvelle tournée?

Dan : Nous sommes comme dans une roue de souris: on court et on s’arrête où on veut !

Metal-Eyes : Qu’attendez-vous de ce festival, aujourd’hui?

Benji Weeb : De l’argent!

Metal-Eyes : Et à part l’argent? Non, attends, ne me parle pas de sexe ou autres trucs du genre ?

Benji Weeb : Non, sérieusement: on espère séduire les Français et pouvoir donner des concerts dans des clubs. Et que ces concerts soit complets, à Paris, Nice, Bordeaux ou ailleurs. Nous avons toujours eu un retour extra du public, mais nous espérons pouvoir effectuer une tuornée à guichets fermés ici ! On se fout de savoir qu’il y  ait 300 personnes ou 2000, tant que c’est complet. Donc, ce qu’on attend, c’est que le public se souvienne de Skindred, du concert, qu’ils en parlent à leurs amis et qu’ils viennent aux concerts !

Metal-Eyes : Comment définiriez-vous la musique de Skindred pour ceux qui ne vous connaissent pas?

Benji Weeb : Un peu de rock et un peu de reggae.

Dan : Et du groove. Une sorte de reggae agressif et de rock grovy.

Metal-Eyes : Quelques questions spéciales Hellfest: lequel des 7 péchés capitaux vous définirait le mieux, individuellement?

Benji Weeb : Tu es prêt? Incorruptible.

Metal-Eyes : Ce n’est pas un des sept péchés capitaix…

Benji Weeb : J’en ai rien à foutre, c’est mes 7 péchés! (rires)

Metal-Eyes : Donc je revois la liste, alors…

Benji Weeb : Oui, tu en fais une nouvelle!

Dan : Euh, l’apathie, c’en est un?

Metal-Eyes : La paresse, oui.

Dan : Non, pas la paresse, mais l’apathie oui!

Benji Weeb : On s’en tape des 7 péchés capitaux, on crée les nôtres !

Metal-Eyes : Pourriez-vous créer de nouvelles vertus cardinales, alors?

Benji Weeb : Tue s très religieux, dis! On n’est pas religieux, nous, on s’en fout ! (rires)

Metal-Eyes : Nous sommes au festival de l’enfer, je te rappelle!

Dan : La mauvaise attitude!

Benji Weeb : Exactement, on botte les culs! On est des vikings !

Metal-Eyes : Tu ressembles à un Viking, en effet!

Benji Weeb : Exactement! Je suis le premier Viking black que tu n’aies jamais rencontré!

Metal-Eyes : Y a-t-il quelque chose que vous regrettez l’un et l’autre d’avoir fait avec Skindred?

Dan : Tu as un papier et un crayon? La liste va être longue ! (rires) Être dans un groupe et jouer de la musique n’est pas traditionnel. Il faut que tu crées ton propre voyage. Ce faisant, tu vas faire des erreurs et en tirer des leçons…

Metal-Eyes : Comme quoi ?

Benji Weeb : Comme enregistrer des putains de morceaux electro ! ça c’était une erreur! (rires)

Dan : Dès que tu laisses quelqu’un s’occuper de tes affaires, comme les affaires créatives, ça se complique. Il s’agit de savoir ce que tu peux lâcher, ou pas. On ne fait pas partie de la scène traditionnelle : on n’est pas un groupe de rock cool, un groupe de metal dans le vent, ou de reggae… Emo, grunge… On ne fait partie de rien, et on a dû tracer notre propre route, sur laquelle il y a eu des détours. Et nous avons dû revenir sur le bon chemin.

Metal-Eyes : C’est ce que tu disais : pas de compromis…

Benji Weeb : Aucun. C’est comme quand nous avons fait ce truc, dub step, on l’a fait à notre manière. Et on excelle dans ce que l’on fait si on le fait à notre manière et ensemble.

Dan : Ton idée des 7 péchés capitaux, c’est un peu ça : si tu relâches ton attention un instant, eh bien, c’est là que les choses arrivent. On vieilli, et on a une meilleure vision des choses. Parfois, c’est douloureux, d’autres fois, c’est compliqué, mais au final, ça nous aide à retrouver le bon chemin.

Metal-Eyes : Merci beaucoup, je vous vois tout à l’heure sur scène !

Benji Weeb : Merci à toi. C’était bien ! Tu sais quoi : tes questions sont bonnes ! Tu poses de bonnes questions, tu provoques de bonnes réponses, j’ai adoré. Maintenant, fous le camp, bordel ! (rires)

Merci à Elodie Jouault et Pauline (Him Media)

 

SEEK IRONY – Tech n’roll

SEEK IRONY 2016Fusion, Israël/USA (UDR, 2016)

Fondé en Israël par les frères Gov – le chanteur Kfir et son frère batteur Rom – Seek Irony s’oriente rapidement vers une fusion musicale alliant la dureté du hard rock à l’énergie de la musique de  boite de nuit, techno, house, electro. Les frangins décident de quitter leur trop petit pays natal et s’installent aux USA, à Austin, Texas, afin de donner corps à leur ambition, qui se traduit par ce premier album au titre explicite. En effet, Tech n’roll propose un mix de sons rugueux et d’ambiances plus dancefloor. Le chant doux et entraînant, accompagné de riffs puissants et de guitares saturées, est doublé de sonorités et rythmes hypnotiques propres à la house music. Et ça marche, on se laisse séduire par cet esprit qui, tout au long des She, Devil in me, Running towards the end of the world… offrent le meilleur des deux mondes et prouvent, simplement – comme le fait Sidilarsen chez nous – qu’on peut aussi faire danser sur du metal. Si, si, pas que headbanguer! Une jolie découverte proposée par UDR qui, décidément, sort des sentiers battus et cherche la perle rare.

MUDDY ESCAPE: Bad drip

muddy escape 2016Metal expérimental, France (Penos records, 2016)

Ouh là! Des allumés qui se sont échappés! D’où, je ne sais pas… C’est quoi cet ovni? Muddy Escape nous propose un Ep 5 titres complètement barré – en tous les cas, c’est ce que laisse croire ce melting pot auditif inclassable qu’est Big brother qui introduit ce disque, seconde offrande des Lyonnais. La suite ne fait que confirmer de sentiment. Lire la suite