EVE’S BITE: Blessed in hell

France, Heavy metal (M&O music, 2024)

Formé à Saint Etienne en 2014 par le guitariste chanteur Olivier Jourget, Eve’s Bite publie 2 Ep (Dive into the vice en 2015 et Holy waters en 2017) avant de voir sa section rythmique jeter l’éponge en 2018. Il faudra à Olivier de la patience, deux années de patience, avant de compléter sa formation aujourd’hui composée de Anthony Coniglio à la seconde guitare, Nicolas Matillon à la basse et Laurent Descours à la batterie. Deux années puis un covid… mais rien ne semble vouloir entamer la volonté du leader dont le groupe revient aujourd’hui avec un album complet, Blessed in hell. Amoureux du heavy 80’s, foncez! Car si les influences sont évidentes – au hasard, Iron Maiden, Judas Priest, Metallica, Megadeth, Motley Crue, Ratt, sans parler de Skid Row (ce chant à la Sebastian Bach qui manque cependant parfois d’un peu de précision mais quand même…), voire même l’influence d’un Existance de plus en plus en vue – elles sont parfaitement intégrées à un ensemble entrainant. Ce Blessed in hell monte en puissance, fait taper du pied et secouer la tête. Alors s’il y a quelques défauts (une ballade pas forcément nécessaire, un chant parfois mal maitrisé, des arrangements qui pourraient être mieux arrangés), si les Stéphanois ne réinventent rien, on se laisse facilement prendre au jeu de Eve’s Bite. C’est frais, ça déménage et on n’en demande pas plus. De l’envie et du plaisir.

DEEP WITHIN

USA, Metal (M&O music, 2024)

Fondé à Los Angeles en 2020, Deep Within développe son concept visuel et musical avant de s’engager sur les routes et d’entrer en studio pour nous proposer aujourd’hui ce premier album auto-nommé. Dès le morceau d’ouverture, Fractured, le ton est donné: les Américains proposent un heavy metal burné, doté de riffs efficaces qui fait s’agiter les crinières jusqu’à… jusqu’à ce qu’intervienne ce qui fait office de chant. Une voix rageuse, hurlée proche du black metal parfois qui rentre dans le tas et dans le lard. Mais bientôt, Deep Within interpelle et surprend en variant ses plaisirs: dès On coming storm, le groupe propose une variété de chants, débutant ici avec ces voix typique du heavy US mélodique moderne avant de s’orienter vers du black que rencontre une voix féminine claire et bienveillante, transformant sa musique en un metal hybride, pêchu et riffu à souhaits. On retrouve ci et là des traces d’Evanscence, d’Iron Maiden ou encore d’Amon Amarth, des montées en puissances efficaces et de purs moments de headbanging et neckbreaking (Ground, Time machine, Valhalla, Strong arm ou encore le morceau éponyme) ou d’autres plus simplements joyeux et festifs (Devil’s den). Ce premier essai, réussi, est une invitation à taper du pied et se révèle efficace de bout en bout. Belle découverte!

HEADS UP: The way of the cure

France, Punk rock (M&O music, 2024)

Avec sa illustration d’un maxi burger géant à la poursuite de 4 énergumènes, on se dit d’emblée que Heads Up n’a rien de très sérieux. Et, une fois l’intro de The way of the cure passée, on replonge dans ce punk rock US festif et enjoué. L’esprit de The Offspring et de Sum 41, voire de la série Friends, plane en effet tout au long de ces 10 chansons qui font taper du pied. Ok, on est en terrain connu, celui d’une musique calibrée pour faire s’agiter les pieds lors d’un spring break, celui d’un rock déconneur et pas prise de tête. Alors on pardonnera volontiers cet accent franchouillard (quoique… pas sûr que ça n’irrite que moi). On identifie en effet immédiatement l’origine du groupe. Car, oui, Heads Up est une formation française, un combo qui a grandi avec les références précitées, et qui, bien que ne réinventant rien, s’en donne à cœur joie. On tape du pied mais est-ce suffisant pour vraiment percer? Il ne fait cependant aucun doute que Heads Up entraine son public dans son délire une fois sur scène, car sa musique est taillée pour.

SIGNS OF DECLINE

France, Metal extrême (Ep, M&O music, 2023)

Quatre titres. Quatre petits morceaux se trouvent sur ce premier Ep et le diable sait que l’auditeur en sort exsangue tellement ça tabasse sec! Signs Of Decline nous offre un condensé de brutalité et de mélodie au travers de ce premier Ep qui propose des duels vocaux mêlant rage hardcore et hurlement black, parfois teintés, adoucis, d’un chant clair. Oui, il y a de la brutalité tout au long de ce disque mais au delà du hardcore ou du black/death, on trouve également des relents de heavy metal pur jus. L’ensemble est bigrement bien foutu, se laisse écouter d’une traite et on sort de l’expérience rincé, lessivé. Si Signs Of Decline s’adresse à un public averti, le curieux amateur de sensations fortes trouvera aussi de quoi se repaitre. Un groupe à suivre!

DEAD EARTH: From the ruins

Thrash/Hardcore, USA (M&O, 2023)

Comment ça envoie! Formé en 2018 à Cleveland, Dead Earth a publié un premier album, Truth hammer, en 2019. Crise sanitaire oblige, il a fallu aux Américains patienter avant de revenir armé de ce From the ruins qui thrashe de bout en bout. Dès Fear no one, le message est clair: un chant enragé, des guitares qui cisaillent et charcutent, une rythmique en béton armé et des mélodies qui vont du heavy metal traditionnel au thrash des vieux jours, l’ensemble mené par un esprit résolument hardcore. On trouve tout au long des 11 titres des influences évidentes – Slayer, Exodus, Suicidal Tendencies, Sick Of It All… – et d’autres qui le sont moins mais bien présentes – Iron Maiden, Motörhead, le punk anglais de la fin des 70’s. Dead Earth parvient à proposer des morceaux qui alternent les tempi, frappent aussi sévèrement qu’ils entrainent l’auditeur dans des recoins plus calmes (ce break quasi acoustique sur Monster est une bouffée d’air frais!) La grande force de Dead Earth est de proposer un album dont la variété des titres – et dans les titres eux-mêmes – n’essouffle pas et même interpelle. Ok, ça bourrine sévère, mais certains passages se révèlent si fédérateurs qu’on ne peut résister à cette explosion d’énergie positive. Un défouloir d’une superbe efficacité!

ABOUTMEEMO: Zugzwang

Irlande, Rock (M&O, 2023)

Étonnant album que celui-ci… Déjà le titre – Zugzwang – peut se traduire de deux manières (somme toute similaires) : le mot allemand signifie être au pied du mur, mais le terme est également utilisé aux échecs pour désigner un coup contraint. Et l’artiste se nomme About Meemo. La lecture des crédits du CD indique que l’album a été « enregistré pendant la difficile période de 2022/2023 (…) La pire période de ma vie. Mais je suis encore debout ». Disque défouloir, exutoire? Le gaillard nous offre une introspection tout en douceur. Malgré l’avertissement qui pourrait laisser supposer un album sombre, ce Zugzwang s’avère en réalité plein de vie, et de chaque titre émane une lumière. Cet album est simplement rock et évoque parfois U2 ou Pink Floyd, mais l’ensemble reste très personnel. Sans être forcément joyeux, ce disque ne sombre jamais dans la plainte facile et gratuite et cherche bien plus l’optimisme et la résilience que le vide et l’oubli.

SUICIDE PUPPETS: Beyond the veil

USA, Metal (Ep, M&O, 2023)

S’il y a quelques points communs avec le black metal – le maquillage et le chant enragé et aigu – musicalement, les Américains de Suicide Puppets sont plus proches d’un metal bien heavy qui flirte avec le symphonique (Death note, Prey, Sinner) ou l’électro (1000 ways to die). Rythmiquement, ce Beyond the veil, Ep de 5 titres, tabasse sec, c’est sûr, mais est-ce suffisant? Car la batterie est assez répétitive et les riffs, s’ils sont efficaces, ne présentent que peu d’originalité. Alors, oui, il y a de l’envie et de la volonté, mais au final, je retiens quoi? Des influences Cradle of Filth, d’autres Amaon Amarth, d’autres, encore, plus proches de Nightwish. On passe un bon moment, certes, mais rien ne m’emporte vraiment… Il manque le quelque chose qui distinguerait Suicide Puppets de la masse. Dommage.

STUBORA: Écorché vif

France, Heavy metal (M&O, 2023)

C’est ça, la passion. Vaille que vaille, coûte que coûte, avec ténacité et persévérance, le labeur continue… Les trois compères de Stubora sont de cette trempe, celle de ceux qui œuvrent avec et par passion sans se laisser abattre par le manque de reconnaissance. Pourtant, les qualités musicales sont au rendez-vous, mais il manque sans doute, encore et toujours, ce petit quelque chose qui fera passer un cap aux Alsaciens. Depuis que je les ai découverts en 2015 avec l’album Résurrection, celui qui, de mémoire, accueillait le batteur Niala, Stubora propose des compos solides et actuelles. Alors, OK, on pourra prétexter que la doublette Horizon noir / Vision obscure (2019 et 2020) a dû traverser la période de crise sanitaire et que le groupe doit reprendre à zéro. Ce nouvel album propose dix titres solides, dix chansons qui donnent envie de taper du pied. Le chant partagé entre Cyril Beaudaux (guitare) et Mick Velasquez (basse, guitare) apporte une couleur particulière à l’ensemble. Les deux ont fait le choix, toujours depuis Résurrection, de s’adresser à l’auditeur dans la langue de Molière et traitent, au travers de Venin, Enfants de la haine, Ta Voie, Nouvelle génération, voire même Exode, de thèmes d’une cruelle actualité. Alors, maintenant signé par M&O et Season Of Mist, se pourrait-il que le groupe reçoive enfin l’attention qu’il mérite et que le grand public puisse enfin découvrir Stubora? Arrivé à son septième album, il serait temps, non?

HELL IS NOTHING : The circle

France, Metal euh… indéfinissable (Ep, M&O, 2023)

Hell Is Nothing… Autrement dit, « L’enfer n’est rien ». Ce nom va très rapidement prendre tout son sens à mes oreilles. Formé par le guitariste Thomas Michel, HIN trouve son line up « définitif » en 2022 et s’attèle à la réalisation de The Circle, un Ep de 5 titres aussi éprouvants que déroutants. Il ne faut pas être dépressif pour écouter ce disque dont le titre rappelle un film d’épouvante auquel on colle volontiers les deux adjectif mentionnés. Rising fear introduit ce disque avec une batterie épileptique et une rythmique syncopée. Le chant torturé d’un cochon qu’on égorge ajoute au sentiment de malaise qui s’installe. Ca va dans tous les sens et je ne comprends pas grand chose… La suite confirme ce sentiment même si le morceau titre débute plus calmement avec une ambiance plus aérienne qui rapidement est plombée par le tonnerre. C’est sombre, lourd, inquiétant et pas du tout mon style. Bien que présenté comme un groupe de metal progressif, on est plus proche d’un black metal bordélique, nihiliste et déconstruit. Ouais, l’enfer, à côté, ça doit être une bagatelle… Ceux qui comme moi préfèrent le metal vivifiant, avec du chant et des harmonies passeront leur tour. Les autres, public averti, y trouveront sans doute leur compte. Je leur laisse avec plaisir.

OCTAVUS LUPUS

France, Metal lyrique (M&O, 2023)

Groupe français de metal progressif et lyrique, Octavus Lupus déboule avec un premier album puissant et bourré de bonnes intentions. Dès Genèse, qui introduit le disque, le décor est planté avec quelques ambiances lourde et intrigantes. Puis dès Fireball, on entre de plain pied dans l’univers du groupe. Un unvers impregné de heavy metal traditionnel, de power metal allemand et de metal symphonique. Tout au long des 11 titres, on trouve des traces d’influences aussi variées que Iron Maiden, Blind Guardian, Epica, Nightwish ou même du thrash old school américain ou brésilien. Même si l’ensemble manque d’originalité et d’identité sonore, cet album est carré, bien produit et le chant de Karen Hau est puissant. Mais… car il y en a un: dès que Karen sort de ce registre purement metal pour se lancer dans des parties plus lyriques haut perchées, ça ne passe plus du tout. Certains compareront avec une Tarja Turunen mais n’est pas Tarja qui veut, et le mélange des genres – metal, pop et lyrique – me perd. Ce premier album souffre d’un manque de cohésion et d’identité pour que Octavus Lupus se détache réellement. Il y a cependant de belles promesses dans ce disque.