THANATEROS: Tranceforming

Allemagne, Folk rock (Echozone, 2024)

Certes, Thanateros a une longue histoire derrière lui puisque le groupe s’est formé à Berlin au tournant du siècle, publiant son premier album, The first rite, en 2001. Depuis, le groupe a radicalement changé puisque du sextet d’origine il ne reste que le chanteur flûtiste Ben Richter. C’est désormais accompagné du guitariste Chris Lang, du violoniste Christophe Uhlmann (tous deux également présents sur le précédent opus, On fragile wings paru en 2022 et chroniqué ici même) et du bassiste Martin « MarT Moller » Müller que Thanateros publie aujourd’hui Tranceforming (sur lequel la batterie est assurée par Simon Rippin, également de nouveau producteur avec Richter de l’album). Ben Richter a toujours été intéressé par la magie, le shamanisme et la relation à la nature et ne déroge pas à la règle. Ses sources d’inspirations sont claires dès l’introduction de l’album, une sorte d’incantation démoniaque avant que le groupe ne se lance dans une pop folk aux intonations plus rock que metal. L’ensemble est à la fois chantant et dansant, une invitation à se laisser envoûter par mère Nature. Si l’on a envie de communier avec les éléments qui nous entourent, il manque cependant une réelle identité, que le groupe avait joliment ébauchée sur son précédent opus, pour que Thanateros se démarque de cette scène encombrée. Il y a pourtant de l’entrain tout au long de cet album de folk pagan villageois (l’effet du violon et de la flûte, sans doute) qui semble parfois lorgner du côté de la cold wave au chant clair qui se veut parfois parfois « evil ». Les sonorités varient, passant des rythmes tribaux à de l’électro hypnotique, une variété qui permet à Tranceforming de s’écouter aisément.

PAINTED SCARS: Kintsugi

Belgique, Heavy rock (Autoproduction, 2024)

Rock’n’roll! Formé en Belgique en avril 2023, Painted Scars déboule avec Kintsugi, un premier mini album de 6 titres qui rentrent dans le tas. Mené par la chanteuse Jassy « Hyacen » Blue, le combo propose un hard rock varié et puissant bien qu’encore marqué du sceau de la jeunesse. Au démarrage de Glow in the dark, on à l’impression de retrouver un Girlschool au top de sa forme doublé d’une hargne digne des sœurs Turner (Rock Goddess). Ne serait-ce l’anglais moyennement maitrisé, on s’y croirait. Won’t give up se fait plus moderne et langoureux tandis que Knock knock (ces deux titres sont mal indiqués sur le tracklisting du CD, respectivement en quatrième et seconde position…) revient à un propos direct et enlevé. Le guitariste Kevin de Brauwer, secondé par Yannick Rottiers, ajoute quelques grognements discrets. La rythmique assurée par Jens Van Geel (basse) et Bram Vermeir (batterie) est plutôt efficace. Il y a ci-et-là quelques indicateurs musicaux des sources d’inspirations du groupe, comme ces premières mesures de Liquid gold qui (me) rappellent un jeune Metallica. Freedom se veut franc et direct avant que ce premier essai ne se termine avec Life and alive, titre qui fut le premier single de la carrière du groupe. Kintsugi, est une jolie carte de visite d’un groupe qui, s’il manque encore de maturité et n’a pas encore trouvé son identité musicale, pourrait voir son nom prendre de l’ampleur. On attend donc la suite.

Séance de rattrapage: DIESEL DUST: Just another day…

France, Rock sudiste (Brennus, 2024)

Après avoir mis le pied sur le frein pendant de nombreuses années – le groupe formé à Lyon en 2008 a publié deux albums en 2009 et 2011 – Diesel Dust est revenu aux affaires en 2021 avec Just before… et plus récemment (en mai de cette année) Just another day… un album de 11 titres aux évidentes influences sudistes. On y retrouve tous les éléments qui font la chaleur de cette musique et Diesel Dust ne cache jamais ses influences. Celles-ci vont, oh, surprise!, de Lynyrd Skynyrd aux Allman Brothers en passant par Blackfoot et autres Molly Hatchet. Just another day… voit les musiciens se faire simplement plaisir. Après tout, de vieux briscards comme eux n’ont sans doute pas envie de perdre du temps à prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, alors ils vont à l’essentiel. Ou presque, car les morceaux durent rarement moins de 5′ (seul Women est « expédié » en 4 petites minutes et 53 secondes) pour un total avoisinant les 70′ (le groupe conclue avec le morceau titre, véritable montée en puissance et en groove qui frôle les 10′), ce qui rend l’ensemble long, peut-être un peu trop. Si l’accent de Maxime Guichardant est correct, le chanteur est à mes oreilles souvent difficile à comprendre, mais la chaleur de l’ensemble, qu’on à plaisir à écouter en une ou plusieurs fois, est présente partout, des titres plus rock aux plus tendres moments. L’ajout de choristes ne surprend pas – elles sont 4. Si l’harmonica est un instrument (soufflé par Nicolas Ciolfi) partout présent, le groupe (les guitaristes David Benon et Raphaël Porcherot, également aux claviers), le bassiste Mickaël Duvernay et le batteur Denis Josserand), les titres sont naturellement orienté vers ces guitares qui remuent la poussière des routes américaines et ces rythmes qui donnent envie de jouer des poings. Sans révolutionner le genre, Just another day… remet le southern rock au goût du jour.

ODA: Bloodstained

France, Stoner/doom (Autoproduction, 2024)

La pochette de Bloodstained dit tout, ou presque: une nature morte qui évoque l’univers des frères Le Nain, décor éclairé à la bougie, on va invoquer je ne sais quoi. Lorsque résonnent les premières mesures de Children of the night, on se retrouve plongé dans un univers lent, sombre et froid. Le son, crissant et craquant, sonne et résonne comme si l’on se trouvait dans une crypte. Les guitares saturées et le chant trainant presque mélancolique de Thomas Féraud, la basse ronflante tenue par Emmanuel Brège, la batterie lourde frappée par Cyril Thommeret, tout évoque une sorte de rituel. Les participants ont consommé on ne sait quoi et parviennent à proposer des morceaux lourds proches du stoner et du doom. Une fois ce morceau d’ouverture passé – moins de 4′ – Oda nous entraine dans des décors plus étranges qu’oppressants. Avec ses 11′, Zombi suivi de Inquisitor (même lié à) dépeignent plusieurs tableaux, proposent diverses ambiances que ne renieraient pas les grands du genre. Rabid hole et sa basse ronflante, Succubus, hypnotique ou la (légère) montée en puissance de Mourning star parviennent à séduire même si Oda ne réinvente pas le genre. En revanche, le groupe nous offre un premier album prometteur qui mérite qu’on se penche sur son cas.

THE SILENT ERA: Wide and deep and cold

Angleterre, Metal (M&o, 2024)

Après une introduction évoquant l’aventure d’Ulysse et des sirènes, une mer à la fois inquiétante et attirante, The Silent Era nous invite à plonger dans son univers qui s’étend tout au long de Wide and deep and cold de l’océan à l’espace. Le groupe anglais nous propose un album certes sombre et froid, mais aussi un disque aux ambiances variées, parfois proche du gothique, à d’autres moments plus foncièrement pop. Avec des envolées vocales qui évoquent Kate Bush ou le ton narquois de Robbie Zana (Shadow Queen), des rythmiques qui parfois me rappellent Dio, le groupe explore divers horizons par des sonorités qui alternent entre spatial (la fin allumée et hypnotique de On the run), invocation indienne de mère nature, des rythmes à la à la fois bruts et martiaux, des influences doom et new wave… Le groupe interpelle et se faufile même du côté du cinéma avec cet interlude horrifique très bien nommé Peur. Mais… Si les idées sont là, la prod est quelque peu absente… Le son, trop étouffé à mon goût, ne rend pas justice à l’originalité recherchée par The Silent Era qui a pourtant de nombreux atouts à mettre en avant.

MUHURTA: Tamas

France, Prog indien (M&O, 2024)

Etrange album que ce Tamas, œuvre signée des Parisiens de Muhurta. L’originalité du projet réside dans l’utilisation d’un instrument peu commun dans l’univers du metal. Le groupe parie en effet sur l’omniprésence du sitar indien pour apporter une tonalité nouvelle au genre. Alors, soyons clairs: je n’ai jamais été amateur de cet instrument ni de musique indienne… Les ambiances nous font cependant voyager. Partout, de la pochette à l’utilisation de cet instrument typique en passant par les ambiances musicales dépaysantes, le groupe cherche à entrainer l’auditeur en d’autres terres. Et là, clairement, sur Les chemins de Katmandou*, on s’arrête, on est accueilli et on s’installe ensemble dans des pièces où ce ne sont pas que des bâtons d’encens qu’on allume… Les ambiances folks proposées par Muhurta, qui évoquent parfois Pink Floyd, à d’autres moments Gojira, sont cependant cassées par des riffs de guitare puissants, un chant torturé et des rythmiques explosives. Quelques blast, quelques hurlements – on peut regretter le manque de finesse du chant – évoque le death ou le thrash le plus rugueux. Mais voilà, tout comme le roman (*) de Barjavel mentionné plus haut (celui qui m’a le moins plu de son œuvre que j’ai pourtant dévorée), je ne parviens pas à plonger dans cet univers sonore qui ne me parle pas. D’autres y trouveront toutefois de quoi se réjouir car, oui, avec Tamas, Muhurta fait incontestablement preuve d’originalité et se démarque du reste de la scène nationale.

TARAH WHO?: The last chase

France/USA, Heavy rock (M&O, 2024)

Après nous avoir présenté son nouveau groupe et, ensemble, parlé de son nouvel album lors du dernier Hellfest (cf. interview avec ce lien), penchons nous sur ce nouvel album de Tarah Who?, The last chase. Au travers de 10 titres (plus une intro nommée… Intro), la jeune femme livre sans détours ses aspirations Rock au sens le plus large. Tarah Carpenter nous avait montré une large palette musicale avec The collaboration project, et réitère aujourd’hui son propos tout en évoluant. Avec un nouveau logo à la Kiss, le message peut sembler évident: on va écouter du rock, heavy et entrainant. Certes, mais Tarah Who? va au-delà et, sans jamais tourner le dos à ses sources d’inspirations, sait varier ses plaisir en piochant tant du côté du rock groovy que du grunge plus énervé. Avec toutefois une ligne directrice: celle de mélodies entrainantes, presque dansantes, sans jamais tomber dans une sorte d’outrance gratuite et sans relief. Si, comme le dit la majeure partie des musiciens, Safe zone est une parfaite introduction à l’univers musical du groupe, les autres titres montrent l’ensemble des facettes d’un groupe au potentiel certain. Une formation qui mérite aujourd’hui plus que de simples premières parties. A ce titre, The last chase est un nom bien mal choisi tant on a envie de croire au départ d’une course de fond…

LOFOFORA: Coeur de cible

France, Rock énervé (At(o)me, 2024)

En ces temps troublés, l’arrivée d’un nouvel album de Lofofora est tout sauf une surprise. Notre monde offre un terrain idéal de thèmes d’inspirations autant littéraires pour le toujours très engagé chanteur Reuno et musicales pour Daniel Descieux (qui nous tricote des riffs bien plus fins que la brutalité du propos ne pourrait le laisser penser) ainsi que Phil Curty et Vincent Hernault qui, à la basse et à la batterie, nous concoctent des rythmiques aussi rentre-dedans et directes qu’entrainantes. Avec sa pochette rouge sang (frais, le sang… une pochette dont on avait eu un aperçu lors du dernier Hellfest) et son cœur percé de ces inventions de violence humaines, Coeur de cible nous entraine, au travers de 11 nouveautés en ces terres de fusion lofoforiennes énergiques et engagées, voire enragées. Si on a naturellement l’impression de naviguer en terrain bien connu, Lofo nous laisse parfois croire à des reprises retravailler de ses propres titres. Les paroles de Konstat 2024 (avec un K comme Kalash?), par exemple, m’évoquent par instants Les choses qui nous dérangent. Logique, me direz-vous, car comme évoqué plus haut, les temps se prêtent à ce type de réflexion depuis tellement longtemps que l’on ne peut que faire un constat qui se répète, à l’envi. Comme à son habitude, le groupe puise dans différents styles qu’il mélange et malaxe pour en faire sa propre mixture sur laquelle Reuno vient cracher sa colère. Avec le temps on aurait pu penser que Lofo perde en colère, mais non, bien au contraire. Engagé un jour, engagé toujours, c’est ce qui colle le mieux au Lofofora 2024. Coeur de cible est une réussite de bout en bout, rien moins.

KAMI NO IKARI: See you in hell

France, Deathcore (Dark Tunes, 2024)

Brutal de chez brutal, ce See you in hell, premier méfait des Français bien nommés de Kami No Ikari. « Bien nommés » parce que le nom du groupe signifie La colère des dieux. Et ils la traduisent avec force rage, cri et hargne. Clairement, le deathcore, qu’il soit mélodique ou direct, n’est pas du tout mon style de metal… Si je ne trouve aucun intérêt à cette brutalité malsaine et gratuite (ce que je préfère reste la pochette et son pendant intérieur que je trouve superbes), en tendant un peu l’oreille, on découvre une forme de volonté mélodique dans certains arrangements. Si le groupe formé à Paris en 2021 et déjà auteur l’année suivante d’un premier Ep (Hakai) se dit influencé par des formations comme Shadow Of Intent ou Fit For An Autopsy, le look et l’inspiration nippones ne peuvent qu’évoquer leurs compatriotes de Rise Of The Northstar mais, musicalement, dans un style beaucoup plus brutal. Pour cet album, le hurleur Amarino Barros et ses comparses (les guitaristes Rodolphe Brouat et Silvère Escandre, le bassiste Brice Baillache et le batteur Yohan Dieu) font appel aux conseil de Francesco Ferrini de Fleshgod Apocalypse, autre influence évoquée ainsi qu’à HK Krauss qui tient les manettes du studio. Si la rage est de mise tout au long de ces dix titres, on trouve ci-et-là une certaine forme d’apaisement, quelques moments d’accalmie au milieu de ce typhon sonore. On nous demande quel côté de la porte nous choisirions? Personnellement, ce sera la sortie, mais, encore une fois, je ne suis pas amateur de deathcore. Les connaisseurs et amateurs, eux, entreront sans nul doute par la grande porte.

INADREAM: Strange words

Allemagne, Rock alternatif/Post new wave (Echozone, 2024

Avec une pochette qui évoque – « pompée sur » serait plus proche – un certain London calling de The Clash, on pourrait penser que les Allemands de Inadream propose un punk direct et engagé inspiré du groupe de Mick Jones et Joe Strummer. Formé en 2016, Inadream publie No songs for lovers, son premier album, en 2019 avant de revenir aujourd’hui avec Strange words. Bien que les guitares soient présentes, on est clairement loin du metal. Inadream nous offre 10 titres plus généralement inspirés par la new wave de Joy Division (dont le groupe reprend d’ailleurs Dead souls) ou The Cure tout en apportant sa touche personnelle. Composé du chanteur et guitariste Frank Bottke, des frères Wülner (Thorsten à la guitare et Dennis à la basse) et du batteur Achim Bockermann, Inadream nous replonge dans une époque sonore qu’on aurait pensée révolue, mais non… Les clins d’œil – et vocaux – à la mélancolie de Robert Smith (chanteur de The Cure) ou à l’optimisme réaliste de The Eurythmics sont partout présent faisant de cet album un moment hors du temps et, somme toute, attrayant. Alors, non, les amateurs de metal pur passeront leur chemin, mais ceux plus ouverts et nostalgiques trouveront du plaisir à écouter ces mots étranges sortis d’un rêve.