TWO TRAINS LEFT: Probably for nothing

France, Post punk (Autoproduction, 2024)

Elle est toujours bien présente, l’influence du punk US festif des années 90/2000! Normal, me direz-vous, les musiciens actuels ayant souvent été nourris par les Blink-182 ou autres Foo Fighters, sans doute bien plus que The Offspring. Quoique… Two Trains Left fait partie de ceux-là et se réapproprie le genre. Formé à Paris en 2016 par Dimitri Benhamou (chant et guitare) et Tom Bessah (basse), Two Trains Left (2TL pour les intimes) est complété par le guitariste Julien Debruyne et le batteur J-B Paon et publie en 2018 Sorry & pathetic, un premier Ep qui leur permet de tourner avec rien moins que Anti-Flag. Mais la crise sanitaire arrive avec son lot de freins et de frustration. Pourtant, 2TL parvient à maintenir la tête hors de l’eau en publiant quelques singles avant de revenir aujourd’hui avec ce premier album, Probably for nothing (bonjour l’optimisme du titre!) qui nous replonge dans ce rock festif des années 90. Retour direct sur nos canapés à écouter le générique de Beverly Hills ou de Friends! Les titres rock côtoient des morceaux plus tendres dans un ensemble entrainant et réussi. Le chant anglais est parfaitement maitrisé ouvrant ainsi des possibilités à l’international – ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Huey Lewis himself a posté sur ses réseaux leur version de Stuck with you, titre de HL and The News paru sur Fore! en 1986. S’il manque encore un peu de maturité, et d’identité sonore propre à 2TL, Probably for nothing porte sans aucun doute mal son nom tant il y a d’envie et de soleil tout au long de ces 12 titres (dont une reprise de Chunk! No Captain Chunk) alors n’hésitez pas à les découvrir.

SEX SHOP MUSHROOMS: God doesnt exist

France, Grunge (Autoproduction, 2024)

Grunge’s not dead! Nirvana non plus! Enfin, pas dans l’esprit des Français de Sex Shop Mushrooms qui, avec leur premier album, God doesnt exist, cherchent sans jamais s’en cacher, à faire revivre cet esprit de révolte rock’n’roll que les trois de Seattle avaient insufflé. Oui, c’est toute une génération, et plus, qui fut marquée à vie par Cobain et consorts. Même la photo du livret évoque un concert de Nirvana! Mais non, c’est bien un quatuor de trublions parigots qui nous sert cet album sans fioriture, direct et dans ta face. C’est en 2022 que Timothée Leporini (chant / guitare), Giulia Vinciguerra (batterie), Victor Cresseaux (Guitare) et Cyprien Ortuno (basse) décident de former Sex Shop Mushrooms et rendent ainsi un véritable hommage à Nirvana. Car, oui, il s’agit clairement plus d’hommage que de plagiat même si le chant torturé, les titres titres simples et directs, les guitares saturées sont toujours plus qu’inspirés des grand frères. Aucun des onze titres de ce premier album ne peut laisser indifférent, et l’on se surprend à replonger dans ces années irrévérencieuses à souhaits. On imagine aisément que peu de scènes puissent résister à ces quatre là tant ça déboite sévère!

LOCO MUERTE: Parano booster

France, Hardcore (M&O, 2024)

Los Locos, Los Chicanos du 91, ou un truc comme ça…, reviennent avec Parano booster qui… booste et ravage tout sur son passage. Démarrant sous de faux airs de douce chanson latino, B91 dévie rapidement vers du hardcore sans concession. Si l’énergie est de mise chez Loco Muerte – un peu d’irrévérence et beaucoup de 36ème degré aussi, tant mieux – les Franciliens savent parfaitement varier les plaisirs. Ainsi, si le hardcore enragé et direct est de mise, le morceau titre s’approche du thrash old school tandis que Demonios se fait plus foncièrement heavy. Trois mamelles que le groupe exploite avec bonheur et envie sur cet album qui transpire de sincérité, d’envie et de fun latino (tout est chanté en espagnol). L’album tout entier speed et charcute (Pura violencia est explicite) et si les Loco changent de tempo, ils semblent ne jamais vouloir mettre le pied sur le frein. On transpire et on gueule de plaisir tout au long de cet album d’une remarquable et brutale festivité. Ils sont de retour et c’est pour mieux nous démonter les cervicales!

Séance de rattrapage: EXA: Left in shards

Allemagne, Thrash (Autoproduction, 2024)

Ils ne sont pas là pour rigoler, nos amis allemands de Exa! Dès les premières mesures de Return to madness, les Berlinois nous font entrer dans leur boucherie sanglante. Le riff est tranchant autant que rapide et précis, le chant rugueux et la rythmique martèle sans relâche. On pense immédiatement à une rencontre entre Slayer, Exodus et Testament pour les (une partie des) influences d’outre-Atlantique, et à Sodom ou Kreator, grands pourvoyeurs et défenseurs du thrash teuton. Exa sait cependant varier ses plaisirs – et le notre – en proposant des titres aux tempi variés, et cette alternance permet de ne pas fatiguer l’auditeur trop rapidement. Formé au lycée en 2016, le groupe sort Ignite en 2018, Ep leur valant d’être élu meilleur espoir par les lecteurs de Metal Hammer et lui donnant par la suite l’opportunité d’enregistrer un premier album, Cut the past. Aujourd’hui composé du guitariste chanteur Tom Tschering du guitariste rythmique Johannes Lortz, du bassiste Tamino Bosse et du batteur Leon Pester (aucun lien familial connu avec notre Lorie nationale !) Exa démontre, et avec quel brio, sa maitrise et son amour du thrash old school. La production sans faille est moderne tout en rendant hommage à l’esprit conquérant 80’s, Exa apportant sa personnalité (une basse slappée dans le thrash, pas si fréquent, hein?) Le sérieux du groupe lui a permis de signer avec un tourneur en 2023. Espérons que ce dernier permette au quatuor de franchir les frontières afin de nous rendre visite. Un espoir à prendre très au sérieux. EN tous cas, la relève est assurée!

DEATH DECLINE: Patterns of an imminent collapse

France, Death metal (Autoproduction, 2024)

Pourquoi changer une formule qui marche, hein? La brutalité des Français de Death Decline est toujours de mise sur leur quatrième album, Patterns of an imminent collapse – tout un programme… Alors, OK, ce n’est pas du tout mon style de prédilection mais il nous faut bien reconnaitre une chose: c’est que, tout aussi brutal et direct puisse-t-il être, Death Decline (permettez que nous les nommions affectueusement DD) sait aussi proposer une variété sonore qui donne à sa musique plus de couleurs que la simple violence recherchée. Au contraire, le groupe a bien compris l’importance d’explorer divers horizons, tant dans sa musique qui sait se faire plus… mélodieuse et se rapproche même parfois d’un esprit progressif, notamment sur Towards void and oblivion, sans doute la pièce maitresse de cet album qui, avec ses plus de 8’30, peint plusieurs tableaux dans un seul cadre. Même le « chant » se diversifie et, s’il est majoritairement rageur, puissant et hurlé, on trouve ci et là des passages plus tendres et clairs, parfois aussi graves et profonds. Patterns of an imminent collapse est un album direct et dans ta face, sans concession qui sait interpeller quand il faut. Pas mon genre, certes, mais bigrement efficace!

VYSION: Master of laws

Belgique, Power metal (Ep, M&O, 2024)

Fondé en Belgique en 2019, son line-up modifié et complété en 2022, Vysion s’attelle à l’enregistrement de son premier Ep, Master of laws, un Ep 5 titres aux textes basés sur la culture sumérienne. Le groupe propose une musique très inspirée par le power metal épique de Powerwolf (les « ooh, ha!…ooh, ha! » typiques des Allemands sont là pour le prouver) et par le metal symphonique nappé de claviers « religieux ». Puissant et épique, le chant partagé entre douceur déterminée féminine et rugosité malsaine masculine donne une dimension particulière sinon originale à l’ensemble. Clairement, sans rien réinventer, on sent que Vysion a envie de proposer un concept fort et entrainant. Pour se démarquer, cependant, il sera nécessaire que les Belges s’éloignent de ce son trop évocateur du loup mentionné plus haut pour trouver leur identité sonore et musicale. L’envie est pourtant là, bien présente et il reste à transformer l’essai.

HEADCHARGER: Sway

France, Metal (At(h)ome, 2024)

Trois ans après un Rise from the ashes remarqué, les Caennais de Headcharger reviennent avec Sway, un nouvel album de 10 titres forgés dans ce metal qui leur est typique. Car, oui, c’est la grande force du groupe mené par Sébastien Pierre que d’être parvenu à trouver ce son qui mélange metal, groove, rock, calme et tempête. Une recette que Headcharger reprend aujourd’hui tout en l’agrémentant de sonorités nouvelles pour le groupe et de retours vers les racines. A ce titres, Sébastien, le chanteur, retrouve le chemin du chant hurlé et contrôlé à la fois qu’il avait commencé à délaisser sur Slow motion disease (2012). Lui qui avait par la suite complètement opté pour le chant clair revient à ses premières amours et « hurle » souvent, brièvement, sur des passages plus calmes, apportant à l’ensemble de l’album une sorte de dualité contradictoire sonore. Cependant, si Sway transpire de cette identité musicale unique, on a parfois l’impression, sur la seconde partie de l’album, que Headcharger se répète sans parvenir à trouver ce petit truc qui transformera sa musique en incontournable du metal. On reconnait le son Headcharger, certes, mais rien ne me reste durablement en tête comme ce fut le cas avec des albums comme Black diamond snake (2014) ou Hexagram (2017). Un album cependant riche qui nécessite sans doute plusieurs écoute pour se l’approprier entièrement. Reste que Sway est un album qui s’écoute facilement et marque le retour d’un groupe malheureusement trop rare sur scène, un lieu pourtant vital pour un groupe de rock.

LAST TEMPTATION: Heart starter

France, Hard rock (Golden robot rec, 2024)

Last Temptation en a connu, des remous, ces derniers mois. Peter Scheithauer, son fondateur de guitariste – qui, me disait-il il y a quelques semaines, a récemment subi une opération à cœur ouvert – a en effet décidé de remanier tout le groupe et s’est adjoint les services de fines gâchettes, connues ou en devenir, du hard rock classieux: Fabio Alessandrini à la batterie (qui a notamment fait un passage dans Annihilator) et Franz OA Wise à la basse accompagnent désormais le chanteur Loup Maleville. C’est cette équipe qui nous propose aujourd’hui de découvrir le nouveau visage de Last Temptation avec son troisième album, Heart starter. Peter l’a bien compris: inutile de faire de l’esbrouffe. Le propos musical est parfait pour une évasion estivale le long des interminables highways américains. Un riff et trois syllabes simples et immédiatement mémorisables – Get on me – et le morceau titre (deux mots et un riff direct) lancent cet album de la meilleure des manières. Le son, généreux et gourmand, évoque immédiatement le hard US des grand jours, celui qui mélange énergie et mélodie, pioche autant du côté du heavy ensoleillé et permanenté de Los Angeles que de celui du rock sudiste entrainant. Les riffs sont directs et sans chichis soutenus par une rythmique des plus efficaces. La vrai surprise, cependant, c’est la voix de Loup, rauque et profonde à la fois, forgée dans les clubs des bas fonds d’on ne sait où, ces lieux qui puent la bière renversée et la cendre froide. Avec ce type de formule, on n’est guère étonné que de glorieux invités aient répondu « présents » à l’invitation de Peter Scheithauer. Quelques noms? Billy Sheehan, Kenny Aronoff, Vinny Appice, Rudy Sarzo et Don Airey sont venus apporter leur touche sur un petit tiers des morceaux (All in all out, I won’t love you et Wildfire). Et on se délecte aussi de cette reprise inattendue et très entrainante de ce tube mondial qu’est encore aujourd’hui Born to be alive. Patrick Hernandez a-t-il écouté cette version très rock’n’roll et fidèle à la fois? Cet album est une parfaite bande son pour tailler la route en été, certes… mais au moment où l’on reprend le chemin du travail et de l’école, on se contentera de ce disque pour nous donner la pêche matinale! Classe. Tout simplement.

A suivre: interview fleuve de Peter Scheithauer

MURDER AT THE PONY CLUB: A human story

France, Rock alternatif (Ep, M&O, 2024)

Formé à Montpellier au milieu des années 2010, Murder At The Pony Club (l’oubli du « e » de poney est ici volontaire) publie un premier album, A true story. Inspiré par des formations telles que Queens Of The Stone Age, Foo Fighters ou encore Royal Blood, le groupe se taille une assez solide réputation scénique avec des concerts plus que dynamiques. Avec A human Story, MATPC évolue quelque peu au travers de ces 6 nouveaux titres, qui semblent offrir une continuité à l’histoire entamée plus tôt. Si on retrouve les principales influences, le groupe lorgne également cette fois du côté du punk US à la The Offspring ou Sum 41. MATPC cherche à proposer un rock festif et parvient à créer des ambiances de continuité de vacances. Seulement, voilà… Aussi bien faits soient ces 6 titres, on reste dans du déjà entendu. Si je tape volontiers du pied, rien ne me scotche vraiment ni ne me surprend. Bien fait, dynamique, jovial, entrainant… Tous les ingrédients sont là mais il manque ce quelque chose qui permet à un groupe de se démarquer de la concurrence…

SATURE: Secrets

France, Rock (Ep, M&O music, 2024)

Au travers des 4 titres de Secrets, les Français de Sature nous proposent une jolie palette de leurs influences et de leur savoir faire musical au travers d’un rock alternatif direct et sans fioriture. Quatre titres, c’est rapide. Il n’empêche, Secrets est varié et va à l’essentiel: le morceau titre nous plonge dans un rock/punk festif et entrainant. Il est suivi de Shattered dreams, plus pop rock, morceaux doté d’un riff épuré qui monte en puissance. Home alterne les plaisirs, alternant rock doux, enragé et allant aux limite du neo metal. Enfin, Dear diary vient clore cet Ep. Avec ses deux facettes opposées, le morceau se distingue et sort du lot. Démarrant comme une chanson rap US – qui m’évoque le film Ecrire pour exister (superbe film réalisé en 2007 par Richard LaGravanese avec, notamment, Hillary Swank et docteur Mamour – Patrick Dempsey) ainsi qu’une chanson que je n’arrive plus à nommer… Si ça merevient, je vous le signale – le morceau devient sur sa seconde moitié carrément rock et enragé. Un morceau envoutant, clairement mon préféré de cette carte de visite plus que prometteuse. A suivre de près !