SORTILEGE tête d’affiche du Crick fest 3: interview avec l’orga

Interview Chris Dannacker (Association Crick for zik). Propos recueillis le 14 décembre 2023

Dans tout juste deux petits mois (au moment de la publication de cette interview), le 13 avril prochain, la petite commune de Cléry Saint André, dans le Loiret, recevra la visite en tête d’affiche la légende Sortilège. Metal Eyes s’est entretenu avec Chris, le président de l’association Crick for zik et instigateur de ce petit évènement qui nous explique tout, de la genèse à l’organisation de ce concert qui s’annonce dores et déjà exceptionnel. Amateurs, attention: il n’y aura pas de places pour tout le monde, et les préventes affichent déjà un joli 50% des quelques 350 billets disponibles.

Avant de parler de la prochaine édition du festival Crick for zik qui se tiendra le 13 avril à Cléry Saint André (45), commençons par un peu d’histoire. J’ai découvert ce festival par hasard, mais c’est votre troisième édition qui accueillera Sortilège. Quelle est la genèse de ce mini festival ?

J’ai créé cette association fin 2019 – j’ai eu une bonne idée, juste avant le covid (rires) ! Pour quelle raison ? Je suis musicien depuis pas mal de temps maintenant, et je n’imaginais pas à quel point c’était compliqué de pouvoir se produire avec le groupe que j’avais à l’époque. Les salles normalement accessibles aux groupes locaux, d’Orléans, malgré énormément d’échanges, de mails…, il n’y a jamais eu de retours. Pareil avec d’autres endroits où on pensait que ce serait plus facile de se produire… De mon côté, j’ai du matériel son, un domaine que j’adore et dans lequel j’ai beaucoup investit, alors je me suis simplement dit « pourquoi ne pas monter une asso et mettre ce matériel et des locaux à disposition des groupes du coin ? » Le matériel, mes compétences techniques, et j’ai eu la bonne idée de créer mon propre studio d’enregistrement. L’idée étant aussi de pouvoir monter des évènements dans le coin pour les groupes de hard et de metal. A l’époque, il n’y avait pas encore le Dropkick à Orléans…

Oui, mais il y avait ses prédécesseurs, le Blue Devil’s et, avant, l’Infrared.

Oui, mais l’Infra a fermé quand ? En 2015. Mais à cette époque, aucun n’était actif comme le Dropkick qui organise des concerts à taille humaine. 200, 300 personnes. Quand la musique est bonne, ça ramène du monde…

« Ça ramène du monde » : Cléry Saint André, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est où ?

Cléry se trouve entre Orléans et Blois, c’est à 20 km d’Orléans, le long de la Loire. On a une belle basilique à Cléry… Voilà donc la genèse de l’association. Je me suis entouré de potes, qui sont également des musiciens, au sein de Prism A, et des bénévoles qui se chargent de l’organisation, de la logistique… La première chose qu’on a faite avec l’asso, c’est l’enregistrement du premier Ep de Prism A, mon groupe actuel, dans le studio, ce qui est gage d’un certain confort puisqu’on enregistre quand on veut, il n’y a pas de pression financière. Ensuite, on a imaginé ce festival dont la première édition a eu lieu le 1er février 2022. Prism A y a participé, évidemment, ainsi que deux autres groupes de potes : Broken Arms qui a disparu, et nos amis de Dark Revenges. C’est une édition qui a moyennement marché en termes d’affluence – on n’avait pas non plus beaucoup communiqué. Le son était cependant excellent, les gens ont bu de la bonne bière et ont mangé de bons sandwiches ! On est à peine rentrés dans nos frais, mais on savait qu’il y aurait une seconde édition. Un jour, j’ai découvert le groupe Heartline qui correspond à mes amours de jeunesse, du hard fm/AOR, et je les ai contactés. On les a reçus sur la seconde édition que nous avons décalée. Au départ, elle était prévue en février, mais il faisait un peu trop froid. On l’a donc décalée au mois d’avril, ce qui nous semblait être une bonne idée, les festivals n’ont pas encore démarrés. Hors de question de se faire de l’ombre les uns les autres. La première chose que je regarde, c’est si d’autres déjà présents, ont prévu une date à ce moment. On ne va pas se tirer la bourre entre potes de festivals…

Tu penserais par hasard au Rock In Rebrech ?

Par exemple, mais pas dans ce cas précis. A l’époque des Iron Troopers, il nous était arrivé un truc avec Arno (Arno T. Walden, chanteur et guitariste de divers projets) : le Troopers fest a généralement lieu au mois d’avril. A l’époque, on avait bloqué une date très en amont et on s’est aperçu qu’une autre association faisait venir, de mémoire, Vulcain, aussi dans une salle des fêtes. On s’est dit que ce n’était pas malin d’avoir un tribute Maiden face à Vulcain. Ce qui était bête, c’est qu’aucune des deux asso n’a voulu modifier la date, et on a chacun fait moitié de salle. Si on avait décalé d’une semaine, les deux structures auraient pu faire salle pleine… Je me mets aussi à la place du fan qui peut avoir envie de voir Vulcain et assister au Troopers Fest…

Revenons maintenant au Crick fest, puisque tu as fait venir l’an dernier Heartline…

Oui, en 2023, on a en effet fait venir Heartline, il y avait aussi Prism A, évidemment, et on a fait jouer des copains, Warm Up qui a des compos originales et fait des reprises. Là, on a fait un peu mieux. Ce n’était pas blindé, mais on a rempli aux deux tiers. Tout le monde était ravi, déjà par la découverte de Heartline qui a assuré un show de qualité. Je suis carrément fan de ce groupe, depuis le mois d’avril, je les ai vus 5 fois en concert !

Avant que nous ne parlions de la prochaine édition qui se tiendra le 13 avril, peux-tu nous présenter cette salle Espace Loire ? Quelle est sa capacité ?

C’est une salle polyvalente, une salle des fêtes, assez grande puisqu’elle peut accueillir jusqu’à 400 personnes. Elle dispose d’une scène, l’acoustique est plutôt bonne. Et on a l’avantage en tant que résidents de Cléry Saint André de bénéficier de tarifs de location plus intéressants. Il n’y a pas que la salle, il y a aussi l’équipe composée principalement des Cléricois. Il y a une sorte de deal avec la mairie et les habitants qui aident à distribuer des flyers dans les boites aux lettres. Même la Police municipale donne un coup de main…

Pourquoi ça s’appelle « Crick fest » ?

Ah, ah ! Très bonne question ! L’asso s’appelle Crick for zik. Le but de l’asso, c’est d’aider les groupes locaux à s’élever, avec tous les moyens possibles. Je me souviens très bien de ma jeunesse avec ma R5 et le cric dans le coffre… Et ce cric, tu vois sa forme, servait à lever la voiture. Je savais déjà que tous les ans j’allais refaire une édition, d’où le fait de l’appeler directement Crick fest.

Vous faites venir un groupe de Heavy mélodique qui se nomme Hell X Hear, un nom assez courant dans le metal. Prism A à nouveau, et, surtout, vous avez décroché Sortilège. Comment une petite structure – je vais être un peu provocateur – totalement insignifiante et peu connue comme la tienne peut décrocher un groupe aussi légendaire que Sortilège, Rappelons pour les lecteurs qui ne les connaissent pas que Sortilège a marqué les metal français dans les années 80 avec un mini album et 2 albums avant de disparaitre, que le groupe s’est reformé avec pas mal de mouvements de personnels avant de trouver sa forme « définitive » avec laquelle il a enregistré deux albums remarqués et un live qui vient de sortir.

En octobre, j’ai regardé Facebook, j’ai vu que Sortilège commençait à vraiment revenir en force. Je me suis simplement dit que j’allais tenter le coup. J’ai d’abord échangé avec Zouille qui a très bien compris la politique de l’asso, je lui ai expliqué qui on est, notre vision et il m’a dit qu’il nous suivait à 100%. Alors, oui : ce sont des professionnels, ça a un coût, mais il y a eu un accord avec des personnes qui comprennent la démarche. Et aussi, je lui ai avoué que j’étais amoureux de ce groupe que j’avais vu en 83 à Orléans. A l’époque, j’avais même prêté au groupe de première partie du matériel de guitare parce qu’ils étaient en rade… En fait, je me suis simplement dit que Sortilège avait peut-être envie de revenir jouer à Orléans. Et quelle joie de partager la même scène !

Quelles sont les conditions d’accueil des groupes ? Que leur proposez-vous et que mettez-vous à leur disposition ?

Comme pour tout artiste, un côté tranquille en arrière-scène qu’on appelle une loge. Au niveau technique, il y a des minimums, au niveau son, on a du lourd, et, enfin, tout le monde apprécie au niveau culinaire notre spécialité locale (il se marre) : j’adore le chili con carne, mais maison. Pourquoi ça me fait rire ? Heartline, à chaque fois que je les vois, il me demande pourquoi je ne leur ai pas rapporté un chili ! Maintenant, il y a du personnel de sécurité, des bénévoles qui sont aux petits soins pour tout le monde. Et on évolue d’année en année. La première année, je ne comptais pas le nombre de spectateurs, maintenant on a mis en place ce qu’il faut. Il y a des obligations vis-à-vis de la municipalité pour la sécurité. C’est pour ça que les préventes sont très importantes ; d’une part, ça nous permet de savoir à l’avance à quelle affluence s’attendre, ça nous permet aussi d’avoir un peu d’argent pour financer certains frais, et enfin, ça garantit d’avoir sa place. Si je vends en avance les 350 places, je ne pourrais pas faire entrer plus de monde.

Justement : où peut-on se procurer son billet et à quel tarif ?

En allant sur la page Facebook de Crick for zik, tout simplement. Ou en scannant le QR Code qu’il y a sur nos flyers et qui envoie directement vers le site de l’asso, ou en tapant directement crick-for-zik.s2.yapla.com. Pour les préventes, les tarifs sont de 15€ pour les adultes et 12€ pour les enfants de moins de 16 ans. Sur place, s’il reste des places, ce sera 18€ pour les adultes et 15€ pour les enfants.

Ce n’est pas une destination accessible en bus ou en tram, on est obligés de venir en voiture. Quelles sont les conditions de parking ?

Il y a un grand parking avec possibilité de se garer sur d’autre parkings juste à côté. Tous ces lieux seront surveillés notamment par des maitres-chiens. On est à côté de la salle, à peine à 5’ de marche. La nouveauté, c’est une de mes volontés mais pas encore certain : il devrait y avoir une petite exposition de véhicules d’exception. Également, je ne l’ai pas encore mis en place, mais je voudrais bien que ce soit fait pour la prochaine édition : s’il y a une preuve de covoiturage, il pourrait y avoir une boisson gratuite, par exemple. Mais il faut développer une application pour le prouver. En plus ça m’arrange : ça ferait moins de véhicules sur le parking, donc moins de surveillance, et c’est bon pour la planète. Mais ce sera pour la quatrième édition, je n’ai pour le moment absolument pas communiqué là-dessus. On a besoin de faire un partenariat avec des organismes et ce ne sera pas possible pour cette année…

Un concert, c’est aussi des consommations. Tu prévois aussi des contenants écolos ?

Bien sûr ! Tout est en mode écocup, avec consigne. Cette année, il y aura des formats en 30 cl et 50cl avec notre sponsor, le V and B. Je tiens absolument à faire bosser les entreprises locales : il y a donc le V and B de Baule qui nous aide beaucoup. Après si les gens viennent avec leur propre gobelet, on les servira aussi !

Un festival en général, c’est un peu plus que trois groupes. Là, on est plus sur le format concert… As-tu pour ambition de faire grandir sur la journée le Crick fest et mobiliser du public sur une journée complète ?

C’est une possibilité. Ça a déjà été évoqué, et dès la première, on aurait dû avoir un quatrième groupe sur une autre scène, un format « podium » avec un groupe acoustique reprenant des morceaux hard/metal en inter-plateaux. Malheureusement, au dernier moment, ça n’a pas pu se faire. Maintenant, en faisant venir des groupes pros, c’est un autre budget et donc, j’ai préféré rester sur le format 3 groupes. En revanche, il y a un autre projet, plus sur un format extérieur, à un endroit différent, avec plus de groupes sur une journée, voire deux journées. Mais ce n’est pour le moment qu’un projet…

Que souhaites-tu ajouter pour conclure, Chris ?

On est une association loi de 1901, on n’est pas une grosse structure qui vend toutes ses places sans annoncer personne… Même si certains ont démarré petits et ont grandi. Je pense à d’autres structures à100 km de chez nous… nous, on est entourés de bénévoles, on ne peut pas fonctionner sans eux. Franchement, ils me rendent très fier et heureux en tant que président de l’asso. Ils sont toujours la banane, la motivation, et très souvent, les gens sont surpris que les bénévoles ne soient pas adhérents de l’asso… Non seulement ils donnent de leur temps pour l’asso, mais il faudrait, en plus, que je leur demande de l’argent pour l’asso ? Ça va pas, non ? Nous, notre leitmotiv, c’est de se faire plaisir, et si le public peut avoir du plaisir, alors c’est une mission réussie.

Aujourd’hui, Crick Fest c’est environ 200 personnes, alors espérons que cette année, ce soit 400 et que le festival grandisse pour aller vers l’extérieur !

Je tiens aussi à rappeler que nous avons des partenaires. Il y a la boite dans laquelle je travaille, Equens Inéo, dans les énergies renouvelables, il y a aussi V and B qui nous file une tireuse de compétition à un super tarif, la Mareuse de Mareau, avec Pascal Aubry qui nous prépare toute la boulangerie, le pain pour les sandwiches… on a un fournisseur de matière électrique, HMV. Ils sont de lyon, mais ils sont tombés amoureux de la première édition avec Prism A et ils nous ont dit qu’à chaque fois que le groupe serait sur un festival, ils viendraient. Il y a aussi une boite de peinture tenue par un Monsieur Phil San Filippo, aussi chanteur de Prisma, et des magasins locaux, Intermarché, Bricomarché, des gens qui nous aident tous les ans. On les remercie parce que, au final, ce sont les petites sommes qui permettent d’éponger pas mal ! Par contre, je ne suis pas certain que les gens puissent imaginer le montant de la redevance que nous réclame, à nous et aux autres orga de concerts/festivals, la SACEM… Pour l’organisation, c’est un budget qui représente à peu près le cachet d’un groupe… Si encore ils rétribuaient à leur juste valeur les artistes présents… Mais non, la répartition se fait en fonction des diffusions radio. Et qui sont les 10 premiers artistes diffusés en radio ? C’est pas du metal… Maintenant, venir voir Sortilège pour le tarif que nous proposons, ce n’est vraiment pas cher ni donné à tout le monde ! (Note: à ce jour, près de 50% des places ont trouvé preneur, il en reste donc un peu moins de 200)

Et pour les avoir vus récemment, je peux dire qu’ils sont en forme, grande forme. Sans doute le public aura-t-il même droit à des surprises sur cette date, qui sait ?

Euh… oui. Il y a quelque chose qui se prépare, mais je ne peux rien dire à ce sujet. Il y a des choses en cours…

Interview: MASS HYSTERIA

MASS HYSTERIA @L’astrolabe, Orléans, 1er fév 2024

Interview MASS HYSTERIA. Entretien avec Mouss (chant) et Fred Duquesne (guitare). Propos recueillis le 1er février 2024 à l’Astrolabe d’Orléans

Après avoir reçu un appel de l’attachée de presse du groupe m’annonçant que Mouss et Yann sont tous deux HS et préfèrent se reposer et me proposant de faire l’interview avec un autre membre du groupe, c’est finalement le chanteur de Mass Hysteria qui insiste pour cet échange. Il est finalement en forme, même s’il veut préserver sa voix pour cette date de reprise. Il n’en est pas moins bavard qu’à son habitude, et c’est tant mieux ! Et quand tu discutes avec Mouss, tu es certain qu’on va aborder des sujets variés, de la musique, à la politique. Engagé ? Non, si peu… Le recadrer, parfois ? Pour quoi faire ?

Mouss, vous donnez ce soir le premier concert de la seconde partie de la tournée Tenace. Tout d’abord, comment s’est déroulée cette première partie ?

Wouah ! C’était intense… En fait, avec cette tournée, on vit quelque chose qu’on n’a jamais vécu avant : des salles complètes tous les soirs… Il n’y a peut-être que 3 ou 4 dates qui ne le sont pas encore. C’est honteux de dire ça, presque : avant c’était le contraire, il y avait 3 date complètes sur 30 et on disait « waow ! C’est cool ! » (rires).  En 2023, toutes les dates étaient complètes. Première partie, excellente, complètement folle. Au-delà de ça, il y a l’énergie qui s’en dégage. Quand une date affiche complet, il y a les gens, le public qui dégage cette énergie, il y a une dimension supplémentaire, tu ajoutes une étincelle et tout peut s’embraser…

Justement, y a-t-il ce soir, parce que c’est la première date de l’année, un peu de pression ?

Non, en tout cas, pas moi. Je n’angoisse jamais avant un concert, que ce soit l’Astrolabe ou le Hellfest, je n’ai jamais de crampe d’estomac avant de monter sur scène. Jacques Brel, il vomissait de trac avant chaque concert… dans Mass Hysteria, il y en a quelques un qui ont le trac, pas jusqu’à vomir…

Mais j’imagine que c’est un trac sain…

Exactement. Moi, j’arrive à ne pas y penser, je n’anticipe rien, je rentre dans l’arène. Une fois que je suis sur le plongeoir, ben… je vais plonger !

Avez-vous apporté quelques modifications par rapport à la première partie de la tournée, dans la setlist, le jeu de lumières, de scène… ?

Oui, notre lighteux a apporté quelques modifications, il a changé le… comme on dit maintenant, le light design. Un tableau, comme ils appellent-ça. Il y a des créations pures pour certains morceaux. Et on a intégré deux nouveaux morceaux, qu’on a encore répétés là, il n’y a pas un quart d’heure. Deux morceaux de Tenace 2 : Le triomphe du réel et L’émotif impérieux. On les a rajoutés à notre setlist, c’est la première fois qu’on va les jouer ce soir.

Parmi les nouveaux titres de Tenace 1, y en a-t-il que vous avez décidé d’écarter parce que vous vous êtes rendu compte qu’ils ne fonctionnent pas aussi bien que ce que vous souhaitiez ?

J’ai une très mauvaise mémoire… Si Rapha était là, il te le dirait immédiatement, c’est lui qui se charge de la setlist. Mais oui, c’est arrivé qu’on se rende compte que sur ce titre ça prend moins, alors on l’écarte. Souvent, c’est un vieux morceau qu’on n’a pas joué depuis longtemps.

Je pensais plus aux nouveaux titres…

Sur les nouveaux titres ? Non. On a eu une appréhension pour Le grand réveil, parce que c’est très chanson française, un peu guinguette, accordéon. On avait un peu peur de la réaction du public, et en fait, non, c’est passé. Mais ça n’a pas pris tout de suite, cet esprit guinguette/metal/guinguette…

Mais ça apporte une variété qui permet de casser le rythme, aussi.

Exactement, c’est le plaisir dans la diversité. Mais ce morceau ne s’est pas imposé tout de suite. Il a mis un peu de temps avant de vraiment prendre.

On ne va pas revenir sur le choix de faire Tenace en deux parties, n sait que la première est plus sombre, la seconde plus lumineuse. Mais il y a un fait : cinq ans séparent Tenace de Maniac. Cinq années pendant lesquelles on a aussi eu deux années de crise sanitaire. Cette crise sanitaire, cette pause forcée, a-t-elle influencée la composition et l’écriture de Tenace ? Est-ce que ce temps qui nous a été « accordé » vous a permis d’améliorer vos compos ?

Les deux à la fois ! Ça m’a influencé, même galvanisé. Ça m’a influencé comme jamais depuis… je vais te dire : depuis 2005. J’avais voté « non » pour l’Europe, pour le traité de Maastricht. 2005 : 58% des Français disent « non ». Sarkozy, lui, dit « ben oui, en fait ». Mais… Ça va pas ou quoi ? On fait un référendum, c’est un vote, souverain… Il a craché dessus. Là, je n’ai plus cru à la politique. On appelle ça une apostasie, tu ne crois plus en la religion ou autre… J’étais un apostat, je ne crois plus du tout à la politique. Même les journaux que je lisais étaient « oui, bon d’accord… » Mais vous rigolez ou quoi ? J’avais 30 ans… La crise sanitaire a révélé encore plus que je n’imaginais à quel point les politiciens de cette Europe là – je parle de l’Europe parce que je m’en fous de Donald Trump, Poutine, Ping et les autres dictateurs. On nous dit de faire gaffe à ces dictateurs mais, avant, on peut parler de ton bilan avant de faire celui des autres ? il faut avoir le cul propre avant de vouloir torcher celui des autres, tu vois ce que je veux dire ? J’ai l’impression que cette Europe… Le bloc de l’Est s’est effondré avec le mur de Berlin, maintenant, j’ai l’impression qu’on a créé le bloc de l’Ouest, avec une Kommandantur – Bruxelles, c’est le parti… On ne peut même plus décider qui rentre en France, ou pas…

Pas que, on le voit aujourd’hui avec les agriculteurs…

Exactement, ils sont en train de tuer les agriculteurs comme ils ont tué le système hospitalier. Macron, depuis 10 ans, avec Hollande… faut pas oublier que Macron il bossait pour Rothchild avant… Il a fait des allers retours entre le privé et le public. Quand il était à Bercy, il a vendu la France en pièces détachées, Thalès aux Américains, Alsthom…

Maintenant, en quoi tout cela t’a-t-il influencé pendant les années de crise sanitaire ?

Je fais un petit flash-back : 2005, on s’est assis sur notre droit souverain de vote et de référendum. 2010, je fais L’armée des ombres. C’est toute l’époque 11 septembre, guerre en Irak – une guerre illégitime, il n’y a jamais eu d’armes de destruction massive. Il y a plus d’un million d’Irakien qui ont été tués… Toute cette clique qui est allée en Irak méritait d’être jugés par la Cour pénale internationale. On tue des hommes, des femmes et des enfants… C’est pas un match de foot avec des hooligans débiles qui se tapent dessus, là on parle de guerre et de mort. Il n’y a pas de mort légitime, quoi…

Sauf la mort naturelle…

Sauf… oui, exactement, merci de me reprendre ! Donc 2010, je dresse un constat assez noir avec L’armée des ombres. Je demande ce qu’ils veulent, nous mettre des puces sous la peau, des QR Code ? Jusqu’où vont-ils aller ? Après le 11 septembre, il y avait le Patriot act, on pouvait venir chez toi si on te soupçonnait de terrorisme… Pas besoin de mandat, tu peux te faire balancer par un connard et être emmerdé… C’était mortifère et stressant. Moi qui ne croyais plus à la politique, j’y croyais encore moins, encore moins les Américains. Je me disais qu’il fallait être en mode résistance, dissidence. Je suis contre la violence, contre le vandalisme, contre cramer des magasins, des banques, des poubelles, des voitures… Ça, pour moi c’est des débiles qui font ça. Vraiment, ces gens-là, je les déteste, c’est de la racaille, des sans cerveau. J’ai eu des problèmes avec ça, il y a des mecs qui sont venus me voir à la sortie d’un concert. Des « antifas »… Je les avais insultés au Hellfest – je crois que c’est dans le DVD – et les mecs il viennent m’emmerder : « ouais, t’as quoi contre les antifas ? » Quoi, les antifas ? Déjà, montre moi où est le fascisme, il est où Mussolini ? « Oui, Le Pen… » Mais arrête, Le Pen, c’est pas un fachiste, c’est une tête de mort, si tu veux, une tête de con, c’est un mec que t’aimes pas, d’accord, mais il n’est pas pour les chemises brunes, il n’a jamais dit vouloir pendre les gens sur la voie publique, place de la Concorde… Il ne pourrait pas faire ça ! Et s’il était fasciste, il n’aurait pas de parti, il n’aurait jamais eu le droit de se présenter, tu vois ce que je veux dire ?

On pourrait en parler pendant des heures…

Des heures ! bon, depuis 2010, ça boue dans ma tête, et là… arrive le covid. Tout le monde flippe, moi le premier. Mais d’où ça vient ? On ne sait pas, d’un laboratoire… On n’en sait rien. D’ailleurs, ils ne cherchent même plus… Normalement, tu cherches la souche, mais là, non… Après il y a eu toute ces mesures. Alors est-ce que le covid a eu une influence ? Oui, il a même rajouté une dimension supplémentaire à ce que je pensais depuis 2010. Et tout s’est articulé. Même si je ne sais pas si tout ça était voulu ou pas, il y a un putain de virus qui nous a fait chier et il y a eu des conséquences. On était tous en danger. Il y a eu des lois liberticides, mais en même temps, on ne savait rien… Ça a été fait dans l’urgence, d’accord. On ne pouvait pas faire des études pendant 6 mois ? Il y a toujours des volontaires pour faire ce genre de choses. Il y a toujours des gens prêts à subir des tests pour la science. Pas moi ! Ah, non, à moins qu’il y ait un groupe placebo et qu’on me dise que j’en fais partie. Mais ça ne marche pas si tu le sais ! Aujourd’hui, il y a des études qui ont été faites qui ont prouvé que la distanciation sociale ne servait à rien. Les Japonais ont fait une étude sur le port du masque : au bout de 4 heures, je ne te dis pas ce qu’ils ont trouvé dedans. Le masque, c’est pour les malades. Celui qui est en bonne santé, il veut porter un masque ? Pas de soucis !

Comme les Japonais, ils portent un masque pour protéger les autres…

Exactement. Maintenant, je comprends qu’on l’ai demandé dans l’urgence, mais il y a des décisions aberrantes… rappelle-toi, à un moment, tu pouvais aller boire un verre au bar. Mais « si vous buvez debout, c’est bon, mais pas assis ». Donc, si tu es un nain, tu ne peux pas aller dans les bars… Je ne connais pas les solutions, mais je demande juste qu’on nous donne des faits.

En tous cas, cette période a impacté ton état d’esprit, ta façon d’écrire, et le résultat c’est en partie Tenace.

Ça m’a rendu fou, oui ! Tenace, ça signifie « toujours là, toujours debout », et encore plus résigné à résister. Le covid m’a amené à cette réflexion : on était à l’apogée de ce qu’on peut appeler « l’état profond », cette espèce de main invisible qui gouverne et qui place ses pions. C’est pas un mal d’avoir de l’argent et de vouloir placer les gens qu’on apprécie à certains postes. Macron, Schiappa et tous ceux-là font partie d’un club qui s’appelle Young Global Leaders, les jeunes leaders du monde. En Angleterre, partout dans le monde il y en a. C’est une élite choisie par qui ? Par le forum économique mondial.

Stop ! Pause, sinon on est là jusqu’à la fin du concert ! Et j’ai d’autres questions…

Oui, tu as raison ! Mais allez faire des recherches sur ce forum et ce « club ». Ils ont dit, écoute-moi bien « en 2030, vous ne posséderez plus rien et vous serez heureux ». En fait, ce qu’ils veulent, c’est que tu sois locataire à vie de tout ce que tu as. Voiture, maison…

Revenons à Mass Hysteria. Le groupe est assez stable depuis quelques années, depuis l’arrivée de Jamie. Comment analyserais-tu l’évolution du groupe entre vos deux derniers albums, Maniac et Tenace ?

Alors… Avec l’arrivée de Jamie à la basse il y a plus de 5 ans et celle de Fred il y a bientôt dix ans… Là, c’est notre dixième album. Au huitième, Matière noire, je pensais arrêter. Je venais de perdre mes parents, c’était le huitième album, pour moi le 8 c’est le signe de l’infini. Je me disais que, symboliquement, il pouvait se passer quelque chose, on a un disque d’or – on est les seuls à en avoir reçu un dans ce style de musique en France avec Trust et No One, je crois. Donc, Matière noire, c’était en… 2012 ? 2014 ?

Non, c’était en 2015… Il y a L’enfer des dieux, titre tristement prémonitoire…

Oui, merci… C’est vrai, il y a des repères mnémotechniques en plus ! Sur cet album, Jamie venait d’arriver, et je dis à Yann, avant le début de la tournée, que je pense que c’est ma dernière. Je sortais d’une période pas facile, j’avais plus mes parents, et je lui dis que c’était peut-être la fin de quelque chose, que je devais peut-être passer à autre chose… C’est une aventure de 20 ans, quand même, ça se réfléchit… Yann me dit « OK, je respecte, pas de soucis… » et tous les week ends, il me pose la question : « alors, tu es sûr, tu arrêtes ? » Oui, oui. Et puis, ça s’est emballé, il y a eu une espèce de truc avec cet album, les salles ont commencé à plus se remplir, c’était le début de ce qu’on connait aujourd’hui… Là, je me suis dit qu’il y avait peut-être un signe… Je suis dans un esprit un peu dissidence, tu sais.

Non, c’est vrai ?

(Rires) oui ! Et donc je me suis dit que ma place était peut-être toujours là. Yann vient me voir au bout de trois ou quatre mois et me demande « alors, tu en es où ? Tu arrêtes toujours ? » Ah, ta gueule, me fais pas chier ! (Rires) Ben non, j’arrête pas ! Là, je planais, j’étais sur un tapis volant, à 30 cm du sol ! J’avais besoin de ça, j’avais perdu mes parents – je n’en parle jamais, ça fait bizarre…

Tu en parles parce que ça explique un état d’esprit, tu vivais quelque chose de difficile, tu avais besoin de remettre les compteurs à zéro, ce qu’il s’est passé…

Grâce au public, et grâce à mon groupe, oui. J’étais porté par le public et mes gars. Dans ma tête, j’avais trouvé mon envie. Je ne veux pas faire de psychologie de bazar, mais quelque part j’avais perdu mes parents et je les ai retrouvés : le public, c’est mon père, le groupe ma mère. Je me suis demandé pourquoi j’avais pensé un jour arrêter. Qu’est-ce qui m’est passé par la tête ?

En fait, la plus grande évolution, c’est plus entre Matière noire et Maniac qu’entre Maniac et Tenace ?

Ouais, absolument !

Entre ces deux derniers, il y a plus une sorte de stabilité, de continuum qu’il n’avait pas sur les albums précédents.

Voilà, c’est ça !

Si tu devais aujourd’hui ne retenir qu’un seul titre des deux volets de Tenace pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce qu’est Mass Hysteria aujourd’hui, lequel serait-ce ?

De Tenace ? un seul titre ? C’est dur, parce qu’il y a un titre qui nous représente au niveau de l’état d’esprit mais pas forcément au niveau musical : L’art des tranchées. J’explique ce qu’on est, ce que le public metal est. « On ne connait pas l’art, l’art ne nous connait pas ». Le metal n’a pas besoin de télé, de radio, ça n’empêche qu’en France, il y a un des plus gros festivals de metal. Dans les années 90, il y avait encore du metal à la télé, plus maintenant. Pour moi, L’art des tranchées, c’est un des morceaux qui nous représente le plus. Et en plus le titre, c’est aussi l’histoire du metal, qui a avancé pas à pas et creusé son sillon… Metallica a fait beaucoup, c’est un peu les Beatles du metal…

Les Beatles avaient leur album blanc, Metallica (il termine avec moi)…

Leur album noir ! Absolument, merci !

Mass Hysteria est aujourd’hui l’un des plus importants groupes en France. L’industrie musicale est en crise depuis quelques années. Est-ce que ça a eu un impact sur le financement de Tenace ? Est-ce que, comme ce fut le cas il y a encore peu, vous avez un label, Verycords, qui a financé l’enregistrement ou avez-vous dû mettre vos deniers pour cet enregistrement ?

Non. On aurait aimé s’autoproduire, financièrement, on ne l’a jamais fait. Mais on a la chance d’avoir un label qui nous finance. Pas avec des budgets pharaoniques, mais assez confortables. On est entré chez Verycords en 2010 pour L’armée des ombres, album qui a rencontré un certain succès. Ils étaient contents, on a resigné pour un autre album, Matière noire qui a très bien marché, et on a continué. On a un rapport de confiance avec eux depuis cinq albums, même si on n’a pas un budget illimité non plus, il y a une vraie symbiose. Je reviens à ta question de savoir en quoi le covid a influencé Tenace: on a eu plus de temps pour réaliser cet album, d’où les 14 titres. Si on n’avait eu moins de temps, on n’aurait pu enregistrer que 10 morceaux. On a eu plus de temps, et grâce à notre label, on n’a pas eu à s’autofinancer. On gagnerait plus d’argent, en s’autofinançant. Soyons clairs : moins il y a d’intermédiaires, plus il y a de bénéfice. Mais on n’est pas assez bons pour épargner (je ris). C’est vrai, c’est un cauchemar ! Par exemple, le cachet du Hellfest, la dernière fois – en 2019 – on a tout mis dans le show du Hellfest : la vidéo, la pyrotechnie, on avait une équipe de 24 personnes alors qu’en tournée, on est 12. On jouait une heure, on avait 24 techniciens, ça nous a coûté un bras, des dizaines de milliers d’euros. Au lieu de faire un peu moins, de garder un peu de bénéfice, on a tout claqué !

Aujourd’hui, Mass Hysteria a une position enviable, voire enviée, alors est-ce que vous vivez de votre musique ou avez-vous des activités complémentaires annexes. Je sais que Yann a une activité sportive, mais les autres ?

Oui, Yann est coach sportif. Il n’y a que Rapha, le batteur, et moi, qui n’avons pas d’activité annexe. Je suis avec ma femme depuis 30 ans et je pense que si j’étais seul, je serai obligé d’avoir un taf à côté. Grace à elle, je n’en ai pas besoin. On vit raisonnablement. On vit bien avec Mass Hysteria, mais pas assez bien pour vivre à Paris. Si on n’avait pas 2 salaires, on ne pourrait pas vivre à Paris. En plus, la qualité de vie… Je suis Breton, et j’ai envie de rentrer en Bretagne. On est en train de faire les démarches, ça va nous prendre deux, trois ans… Mais oui, on vit de notre musique mais certains ont des activités annexes parce qu’on ne gagne pas assez pour vivre à Paris.

Fred est aussi producteur, très actif dans son domaine. Que fait Jamie ?

Je ne sais pas si j’ai le droit de le dire mais il est technicien à la télé. Pour la Star Ac’, The Voice, par exemple. C’est lui qui se charge d’installer le matos, batterie, guitare…

Le chanteur de Disconnected a aussi d’autres activités de chant hors metal, il est prof et interviens, je crois, dans des comédies musicales plus pop…

Ah ouais ? C’est cool !

Est-ce qu’on parle du 29 juin ?

(longue pause)…Le 29 juin ?

Oui, le 29 juin 2024, Mass Hysteria sera de retour au Hellfest et va jouer avant Metallica. Je dis bien avant, vous serez sur la même scène, Main 1, et pas intermédiaire sur la Main 2… Comment se prépare-t-on à jouer en « ouverture » de Metallica ?

Alors, déjà qu’on s’était mis une pile sur le Hellfest 2019, là on a un cachet confortable donc on va faire pareil. On ne peut pas faire moins, en plus, on va jouer plus longtemps. On est en train de réfléchir à la scénographie.

A ce moment Fred arrive dans la pièce. Je l’invite à nous rejoindre

La question que je posais à Mouss est : comment on se prépare pour une date comme celle du 29 juin qui arrive ? J’imagine que ça met une certaine forme de pression…

Fred : On se prépare déjà un peu mentalement ! On le sait depuis un moment, mais, oui, il y a une pression. On n’a pas encore entamé la partie technique, mais c’est dans 6 mois…

Moins de 5…

Ah, oui, moins de 5 ! Le temps passe vite (rires). On l’a déjà fait, donc on n’est pas perdus, mais oui, tu as raison, il y a une certaine pression. Ça augmentera sur le mois précédent le concert. Mais on a une équipe technique qui est super, à fond sur les lights, la scénographie. La technologie fait qu’on peut préparer un show en avance. Thomas, notre lighteux, bosse beaucoup sur ce genre de choses. On peut voir la gueule du show avant de l’avoir fait. Et avant le concert, on va faire une résidence dans une sorte de hangar assez grand. Je ne sais pas s’il y aura des particularités, des featurings. On va faire le show de Mass Hysteria, point.

Il y a un autre concert qui est important, c’est celui que vous donnerez le 25 janvier 2025 au Zénith de Paris. C’est quand même assez exceptionnel pour un groupe français, dans ce style de musique, d’annoncer un tel concert plus d’un an à l’avance. Ce sera la fin de la tournée, est-ce que pour l’occasion, vous prévoyez quelque chose de particulier ?

On l’avait déjà fait sur la tournée d’avant, mais malheureusement, ce jour-là, il y a eu la grève des transports… On a fait un score malgré tout correct. Les gens sont venus à pieds, se sont débrouillés… On avait fait quelque chose de particulier. Tu sais, ce n’est pas des plateaux qu’on fait tous les jours, mais quand c’est notre show sur une grosse scène, pas un festival, il faut qu’on intègre des choses spéciales. Techniquement, ça nécessite un peu plus de mise en place, mais nous, on déroule le show comme d’habitude. On reste nous-mêmes ? Est-ce que c’est pour ça qu’on arrive à des plateaux aussi gros, je ne sais pas… Je me méfie clairement de la technologie.

C’est bien, c’est le producteur qui dit qu’il se méfie de la technologie !

Je vais voir des groupes modernes, Architects et d’autres il y a peu, et je me suis emmerdé… Le son est parfait, ça part dans tous les sens, il y a 50 voix en même temps, c’est du play-back, c’est froid, il n’y a pas de contact avec les gens. C’est notre maitre mot, le contact humain, ce que ces groupes-là ont un peu oublié. C’est bien beau la technique, d’avoir de belles lumières et tout, mais sans le côté humain, ben… Tu t’emmerdes… C’est quelque chose qui ne se travaille pas, tu l’as ou pas.

Mass Hysteria est suffisamment important aujourd’hui pour s’offrir une tournée des Zéniths. Pourquoi ce choix de tourner intensivement dans des petites salles ?

Mouss : Je ne crois pas qu’on puisse autant remplir les Zéniths que ça. On va faire celui de Paris, l’Arena de Brest, aussi, peut-être celui de Lille. Mais, pour nous, les petites salles ça reste notre format maximum. Tu es proche du public. Si on ne faisait que des Zéniths, ça m’embêterait. Ce n’est pas pareil de faire que des Zéniths ou que des SMAC. On a fait les deux… Par exemple, avec Le gros 4, on n’a fait que des Zéniths, c’était mortel parce qu’il y avait 4 groupes.

Et ce n’était pas tous les soirs la même tête d’affiche…

Voilà, et il y avait une ambiance, on s’est éclatés !

Fred : Et les gens venaient participer à une grosse fête.

Mouss : C’était après le covid, c’était un peu compliqué. On faisait 3.000 personnes par soir il y avait quatre groupes. Je ne sais pas si Mass Hysteria, tout seul, pourrait le faire.

Fred : C’est pas sûr, non… Là, on passe dans les salles locales, avec une moyenne de 1.000 places. Si c’est complet, on est déjà contents. Passer à 6.000, de temps en temps, OK…

Mouss : Comme on fait pour la date à Paris. C’est presque un Zénith pour nos 30 ans. Plus qu’un Zénith pour la tournée Tenace, celui-là va clore la tournée mais il célèbrera aussi nos 30 ans.

Je reviens à une question que j’ai déjà posée à Mouss : Fred, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Tenace 1 et 2 pour expliquer ce qu’est Mass Hysteria aujourd’hui, ce serait lequel ?

Fred : Un seul sur les 14 ? C’est compliqué… Il s’est passé tellement de choses dans le studio que c’est difficile… Tenace, quand on l’a fait (Mouss réagit avec un « aah ! Pas mal, pas mal » approbateur), on sentait qu’il se passait quelque chose de particulier il est accordé comme on ne l’a jamais, fait, il a une texture particulière… Il y a des morceaux, comme L’enfer des dieux, tu les fais et dans l’après-midi, tu sais que tu tiens quelque chose. Oui, Tenace

Mouss : Oui, Tenace, dans le fond et dans la forme, ça peut le faire. Moi, j’ai dit L’art des tranchées, mais je pensais plus au fond, au texte…

Si vous deviez maintenant penser à une devise pour Mass Hysteria, ce serait quoi ?

Mouss (sans hésiter) Positif à bloc…

Fred : Oui, très bien !

Sans surprise… une dernière chose : si aujourd’hui Mass Hysteria devait – pas pouvait, « devait » – réenregistrer avec le line-up actuel un des albums de Mass, ce serait lequel ?

Fred (il rit) : Alors, je sais ce que Yann voudrait…

Mouss : Oui, moi aussi !

Mais vous ? Yann n’est pas là…

Mouss : Ça tombe un peu sous le sens… l’album noir (2005), le quatrième album, celui qui a suivi De cercle en cercle (2001)

Fred : Effectivement, c’est la vision de Yann. Moi, je l’aime bien tel qu’il est. Il aurait voulu que ce soit un son plus moderne, machin truc…

Mouss : Moi aussi, je l’aime bien. Entre nous, je suis sûr que, si on le refaisait, il ne serait pas aussi bien que l’original… (Fred confirme) Rappelle-toi : Suicidal Tendencies, leur premier album avait un son naze. Ils l’ont refait quinze ans après, avec des zicos de ouf… mais… Il n’y a plus le même son, c’est moins bien. Il n’y a plus l’authenticité d’avant.

Mais si tu devais…

Ah, je ferai celui-là !

Fred : Moi, je referais Une somme de détails (2007), parce que c’était ma première fois avec eux en production et que j’entends ce que je pourrais faire sonner mieux. Mais je pense qu’il faut aussi laisser les choses là où elles sont. C’est un peu le syndrome de la démo : tu t’y habitues pendant un an, après tu l’enregistres avec un super son… Oui, mais c’était mieux à tel endroit… Tu l’as écouté plus que l’album, en fait. Il n’y a pas le même charme, tu t’es habitué aux défauts de l’album. L’album noir, pour moi, il n’a pas de défauts, il a une couleur. C’est aussi une partie de l’histoire du groupe, ça monte et ça descend. C’est bien, dans la vie d’un groupe qu’il y ait des hauts et des bas…

Mouss : Au moment d’enregistrer un morceau, tu es en pleine création, dans la psychologie de l’enregistrement de l’album. Si tu le refais 10 ans après, tu ne pourras pas être dans cet état d’esprit, l’intention ne sera pas pareille, ton humeur non plus, tu feras peut-être ça avec un peu de distance… Après, il faudrait qu’on essaye quelques titres pour voir. Après, se lancer sur un album entier ? Ou alors, faire un best-of, mais tu réenregistres tous les morceaux du best-of.

Fred : Ce que vient de faire Tagada Jones…

Mouss : Mais non ?

Fred : Si, je viens de faire 15 titres avec eux, il n’y en a qu’un de nouveau et ils ont réenregistré les 14 autres. Il y en a qui rendent super bien… Certains, ça marche mieux, même !

Avez-vous quelque chose à rajouter, tous les deux ?

Mouss : simplement merci Metal-Eyes, merci aux lecteurs du webzine. Merci de suivre la scène française et les actus musicales. Et, surtout : restez positifs à bloc !

Fred : Très bonne fin…

Interview: SHAÂRGHOT

Interview SHAÂRGHOT : Entretien le 13 décembre 2023 avec Brun’O Klose (guitares)

Quatre années séparent les deux derniers albums de Shaârghot, The advent of shadows étant sorti en 2019 et Let me out ce 1er décembre 2023. Est-ce que sans la crise sanitaire ce dernier serait sorti plus tôt ?

Euh… Oui, sans doute, mais il ne serait pas sorti de la même façon. Donc, quelque part, ce n’est pas un drame ni un coup dur pour nous. La cassure nous a aussi permis de nous recentrer sur certains axes du groupe et de savoir ce qu’on voulait et ce qu’on ne voulait plus. Avoir la tête dans le guidon tout le temps… C’est difficile de prendre du recul sur ce qu’on a fait, de faire un bilan. Donc, oui, ça nous a permis de savoir ce qu’on voulait faire.

Vous avez pu tirer profit de cette période…

Oui, tout à fait. On en a tiré profit, déjà, en réalisant un court métrage. « Puisqu’on ne peut pas faire de concerts, on va faire un clip ». Un clip qui, au départ devait durer 7 minutes et finalement ont fini à une vingtaine de minutes… C’est une belle aventure !

Un clip à la Michael Jackson…

Oui, on peut dire ça. Après, on a pu se poser et réfléchir à ce qu’on voulait pour le troisième album.

De quoi ne vouliez-vous plus ?

Il fallait qu’on se pose la question de savoir si on voulait refaire un album comme on avait fait avant ou est-ce qu’on voulait travailler de manière différente et tous ensemble. Paradoxalement, on s’est dit que pour cet album, ce serait bien de faire quelque chose qui soit plus à l’image d’un groupe. La fabrication des deux premiers albums, c’était, comme tout le monde a un home studio, « ah, tiens, je t’envoie ça, tu peux me faire telle partie de guitare ? » Comme beaucoup de groupe, en fait, mais là, on s’est dit qu’on n’allait pas faire comme ça. On a travaillé les nouveaux morceaux tous ensemble. Même si ce sont des ébauches et que ça prend plus de temps… Il y aura un groove, de la spontanéité et des idées de tout le monde. On a travaillé comme ça pendant 7 mois, deux week end par mois pendant lesquels on ‘enfermait. Chacun apportait ses idées sur les compos qu’apportaient Etienne. On a aussi choisi avec qui on voulait travailler : on avait une prod différente sur les deux premiers albums et il y a eu une cassure. On n’était plus vraiment en phase avec notre ancienne prod. On en a parlé comme des adultes et il s’est avéré qu’on devait arrêter de travailler ensemble. On a eu un choix à faire : soit on cherchait une autre prod – on a été sollicités, d’ailleurs – soit on prenait ce nouvel album à notre compte, on le produisait nous-mêmes, avec des gens avec qui on voulait travailler. On a choisi l’option de le produire nous-mêmes. On l’a donc travaillé ensemble, enregistré ensemble, on s’est focalisé sur tel instrument, et ensuite, on a pris quelqu’un pour mettre cet album en son et pour l’arranger… et on arrive à Let me out.

Il y a donc pas mal de changements dans votre façon de travailler… Quand on s’était rencontrés il y a 4 ans tu me disais « Etienne détient les clés de l’histoire ». J’imagine qu’il les détient toujours, mais c’est votre façon de composer qui est différente…

Absolument. L’histoire est toujours entre les mains d’Etienne, mais la façon de travailler les morceaux et de les amener au bout est complètement différente.

Et elle vous apporte satisfaction, j’imagine ?

Oui, tout à fait (rires) ! Ça apporte une dynamique, beaucoup de positivité et l’énergie est vraiment très bonne. On le sent vraiment sur l’album, dans le sens qu’il y a du groove et que tout est cohérent. A mes yeux, en tout cas, tout est cohérent.

A mes oreilles aussi, et c’est intéressant que tu dises « à mes yeux » parce que en écoutant l’album, j’ai plein d’images qui me viennent en tête. Pour moi, c’est un album qui est plus que cinématique. A chaque chanson, on est dans une musique qui transmet des images. Avant que je n’entre plus dans mes impressions, comment décrirais-tu la musique de Shaârghot à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Woaw… A quelqu’un qui ne nous connait pas ? Alors, je dirais que c’est une musique qui, parfois, peut être immersive parce que certaines intro font penser à des BO de films ou des passages de jeux vidéo, et en musique on peut très facilement faire passer de l’émotion. Après, évidemment, il y a le rythme, alors quelqu’un qui aime bien la musique énergique, avec des passages immersifs, sera comblé. Après, il y a des codes électro metal, mais on gravite dans plusieurs univers musicaux. On voulait vraiment aller sur ce terrain : autant certains titres peuvent être durs, d’autres plus légers ou immersifs, il y a des instrumentaux intéressant dans notre approche. On est vraiment allés là où on voulait aller avec Let me out. Ce n’est pas par hasard qu’on a cet album et qu’il sonne comme ça. On cherche à retranscrire ce qu’on ressent et ce qu’on voudrait entendre, c’est peut être un peu paradoxal…

Pas forcément, après tout, vous êtes votre premier public, si vous n’aimez pas ce que vous jouez…

Tout à fait.

Il y a une trame d’histoire dans Shaârghot puisque, au départ, le Shaârghot est le résultat d’une expérience qui a mal tourné, transformant les âmes et les peaux en noir. Il n’y a pas les paroles dans le livret, peux-tu me résumer l’histoire ?

Alors, l’histoire générale, c’est en effet celle du Shaârghot qui est un être issu d’une expérience qui a mal tourné et qui a eu des dégénérescences et a mis en avant le côté sombre de ce qu’il vit mentalement. La pigmentation de la peau change, devenant très sombre. C’est l’image de ce coté sombre qu’il y a en chacun de nous… Naturellement, le Shaârgot s’entoure de personnes de confiance qui sont elles-mêmes contaminées. Il y a également les Shadows qui sont également contaminés et vont former une armée. Cette armée qui, dans les deux premiers albums était dans les sous-sols, commence à sortir, même sort sur le troisième album. Aujourd’hui, on en est au stade de l’histoire où Shaârghot est sorti des bas-fonds pour être vu au grand jour.

D’où les images de la ville et le titre Let me out…

Oui, mais il y a deux significations à Let me out : c’est psychologique, à un moment il faut que les choses sortent comme une libération, et le côté physique, il sort avec son armée et commence même à prendre possession de certains districts.

Là on est donc sur l’invasion extérieure du Shaârghot et de son armée de zombies…

De Shadows, en fait…

Tu fais bien de le préciser car sur Chaos area, j’ai noté avoir l’impression d’une armée de zombies en marche, mais je vais changer le terme, c’est une armée de Shadows…

Tout à fait !

Il y a un esprit très post apocalyptique dans votre musique mais aussi sado-maso…

Post apocalyptique, oui… Sado maso je ne vois pas trop…

C’est dans les images que j’ai pu ressentir, ce besoin de faire et de se faire mal..

Alors tu serais un bon Shadow (rires) !

Il y a aussi beaucoup de Orange mécanique dans votre musique…

Oui, comme Mad Max, Blade Runner, tout ça, c’est des références à notre univers.

C’est peut-être un détail pour vous, mais j’ai l’impression que le virus n’a pas infecté que les êtres vivants mais aussi les objets…

… Les objets ?

Le CD, c’est une horloge de 13 heures, et le XIII apparait en vert… Au premier abord, cette horloge m’évoque les Watchmen, mais en regardant de près on voit bien ces 13 heures du cadran. Pourquoi ces 13 heures ?

Tout à fait, bien vu. Mais je ne peux pas le dire… C’est une autre facette de l’histoire. A découvrir. Après, peut être qu’au cours des interviews précédentes Etienne a distillé des petits indices…

Quel genre d’indices ?

Oh, il dit toujours des choses et après il s’arrête… « Non, je ne peux pas aller plus loin »… Je te rassure, il fait ça aussi avec nous !

C’est lui qui détient les clés… Il faut bien que, même pour vous, il garde une part de mystère. Le côté visuel, c’est la base du groupe. J’imagine que vous travaillez autant ce côté visuel pour la scène que l’impact sonore de la musique…

Ah, oui ! Le côté visuel fait aussi partie du travail qu’on doit faire pendant nos mois disons de repos puisque maintenant on s’entoure d’un ingénieur lights qui travaille activement sur notre visuel lumières, et on va apporter des modifications sur notre scénographie actuelle pour la faire encore évoluer. On a tout le temps des idées, alors il faut qu’on expérimente et qu’on valide entre nous des choix.

Vos costumes de scène évoluent aussi ?

Absolument. Il est en projet, effectivement, que certains personnages aient de nouveaux costumes. On a commencé avec Clem-X, à la basse, qui a une évolution sur sn costume, et je pense que le prochain c’est moi (rires) ! j’en suis à la V2 au niveau costume, donc là, je pense sérieusement à la V3 et à faire évoluer mon personnage sur scène.

« Je pense à le faire évoluer », dis-tu. C’est une décision personnelle ou de groupe ?

Là, c’est une décision personnelle. Je créer mes personnages, mes vêtements. Etienne et moi, nous sommes assez connectés coté vêtements, et quand je lui propose quelque chose, généralement c’est lui qui valide. Mais on a exactement les mêmes attentes, je ne suis pas inquiet là-dessus.

Quelle pourrait aujourd’hui être la devise de Shaârghot aujourd’hui ?

La devise c’est de continuer à faire la musique spontanément, sans calcul, et la faire avec le cœur. Je fais de la musique depuis longtemps et je n’ai jamais calculé les choses, j’ai toujours composé avec mon feeling…

C’est souvent ce qui donne les meilleurs résultats. Comme dans n’importe quel art, si on commence à trop réfléchir, intellectualiser, ça perd de son âme…

Tout à fait.

Pour terminer avec Shaârghot, as-tu une idée du nombre d’épisodes restant à l’histoire, en nombre d’albums ?

Aujourd’hui, si on écoute Etienne, il a bien l’équivalent de 4 à 5 albums en tête…

Donc c’est loin d’être terminé, cette aventure.

Ah, non (rires) ! Loin de là ! Après, est-ce que c’est utilisable ou pas, c’est à voir, mais il y a de quoi faire. Au niveau des compos, c’est ouvert à tous les membres du groupe maintenant, parce qu’on se connait très bien. Donc là aussi, ça peut évoluer, prendre des directions qu’on ne soupçonne pas encore.

Une belle aventure là encore… Je terminerai avec cette question vous concernant : quels sont vos métiers respectifs dans vos autres vies ?

Je travaille dans le domaine des réseaux de chaleur urbains. Je travaille pour une société qui chauffe des villes de manière centralisée. Je suis responsable travaux Ile de France pour cette société.

Ce sont des travaux qui se passent hors et sous-sol ?

C’est en sous-sol, oui.

C’est un univers que tu connais bien, finalement…

Finalement, oui, c’est un univers que je connais très, très bien ! Le côté industriel et tranchées, je connais (rires) !

Et les autres ?

Clem est ingénieur du son, Paul, « B-28 », est régisseur lumières, Olivier « O.Hurt—U », le batteur, ben… il est batteur ! et Etienne est monteur vidéo et… beaucoup de Shaârghot.              

Donc, il n’y a que toi qui ne travaille pas dans un métier artistique, tu es, là encore, l’anomalie du groupe !

Ouais, tout à fait (rires) !

Interview: ABDUCTION

Interview ABDUCTION. Entretien avec François Blanc (chant, le 1er décembre 2023)

L’arroseur arrosé… Ou plutôt, le questionneur questionné. S’il est avant tout (re)connu pour sa plume au sein du mensuel Rock Hard, François Blanc est, à ses heures perdues (genre « on n’a pas beaucoup de travail à la rédac’, alors je trouve de quoi occuper mon temps ») chanteur au sein du groupe de black metal progressif Abduction. S’il prend le temps d’appeler Metal Eyes aujourd’hui (vraiment très peu d’activité chez RH…) c’est pour nous présenter et parler du quatrième album de la formation, Toutes blessent, la dernière tue. On inverse donc les rôles aujourd’hui, c’est François qui répond aux questions.

François : Tu as pu écouter l’album ? Tu en penses quoi ?

Metal-Eyes : Comme il est impatient ! Aujourd’hui, c’est moi qui pose les questions, François !

Absolument, tu as raisons (rires) !

Votre dernier album, Jehanne, est sorti pas vraiment à la meilleure période, puisque juste après, il y a eu la crise sanitaire et le confinement… Comment avez-vous vécu cette période et comment la crise sanitaire a-t-elle affectée Jehanne ?

On a eu la chance de finir l’album à 100% avant que la crise sanitaire n’arrive – il était terminé fin 2019. Cet album m’a largement aidé à supporter le confinement : on était très désireux de le sortir, le confinement n’a, heureusement pas changé les dates de sortie. L’album nous tenait vraiment à cœur et a été très bien reçu. Voir qu’il y avait une attention autour de l’album est quelque chose qui, personnellement, m’a beaucoup aidé et distrait d’une période assez morose. Paradoxalement, les gens ont eu beaucoup de temps pour écouter des disques…

Toutes blessent, la dernière tue est votre quatrième album. Vends le moi…

Alors… Je pense que c’est notre album le plus direct, si tant est que ça signifie quelque chose pour la musique qu’on joue qui est assez progressive par essence. On avait pour habitude de composer des morceaux un peu à tiroirs et là, on a essayé de moins le faire, d’avoir moins de guitare superposées, Abduction a l’habitude de le faire. Là, on a voulu que ce soit un peu plus dépouillé, on a varié l’approche du chant également, il y a plus de voix claires que par le passé, donc on sort un peu du carcan black metal pour proposer quelque chose qui n’appartient qu’à nous. Dans la mesure où c’est Mathieu, le bassiste, qui, pour la première fois, s’est chargé de l’écriture d’une bonne partie des lignes de chant clair, on y retrouve sa sensibilité dans la pop ancienne populaire. « Populaire » dans le sens où il est très sensible à la vieille chanson française des années 20 à 40 et ça imprègne un peu ces lignes de chant qui ont ce côté « ritournelle » qui, superposé au black metal donne quelque chose qui est, pour nous en tous cas, assez personnel et unique, en tous cas, quelque chose qu’on n’entend pas partout. Ça donne un caractère vraiment particulier à l’album. Je dirai que c’est un album un peu plus accrocheur et varié, aussi. Il y a des gens qui ne s’attendent pas vraiment à ça quand ils pensent « black metal », donc il peu y avoir une surprise qu’on espère agréable. On a aussi voulu faire des morceaux plus courts et plus digestes. Un titre comme Carnets sur récifs a moins de variations, monte en intensité et, par conséquent, est plus digeste malgré une ambiance que, nous, on trouve très forte. Et aussi, c’est le meilleur son qu’on n’ait jamais eu, c’est important à signaler. Ça fait quatre albums qu’on travaille avec Déha, on se connait vraiment très bien, et on maitrise davantage le vocabulaire technique qui nous permet d’obtenir le résultat escompté. On a eu une meilleure maitrise du processus de mixage. Pour le son de batterie, on est allé plus loin pour avoir quelque chose de plus organique, moins mécanique. Donc, je dirai que cet album est le résultat du fruit de pas mal d’années d’expériences et de la démarche pour ce disque qui fait que, selon moi, c’est un bon album qui peut plaire à pas mal de gens qui ne sont pas forcément ouverts au black metal à la base.

Moi qui ne suis pas fondu de black et qui apprécie plus le chant que les cris – même si les hurlements peuvent avoir du sens, ça dépend de comment c’est utilisé – je trouve que dans votre album, la variété des styles et des chants me permet d’aller au bout de ce CD…

Mmh… Ça, c’est super !

Je voudrais revenir sur ce que tu disais il y a un instant : qu’entends-tu par « musique progressive par essence » ?

Les groupes qui nous ont influencés au départ ne sont pas forcément des groupes d’obédience progressive, à part Opeth qui est un fleuron du genre et une de nos références. Guillaume (Fleury, guitare) a toujours écrit des morceaux avec des signatures rythmiques relativement complexes et des changements d’ambiances et d’atmosphères. C’était déjà le cas sur le tout premier Ep, avant que je n’arrive dans le groupe, mais aussi sur le tout premier album. On aime les compositions à tiroirs, les compositions variées avec le chant qui alterne entre clair et extrême. Quand on écoute un morceau d’Abduction, on sait d’où on part mais pas du tout où on va arriver et ce qu’il va se passer pendant le voyage. Ça rejoint une démarche « progressive » à défaut d’un autre adjectif…

C’est ce que j’ai noté au sujet de Carnets sur Récifs : il y a une étonnante association entre les guitares qui sont très speedées et un chant profond, grave et lent. Tu as parlé du style qui, je trouve, reste assez sombre (il confirme), qui sort du black metal pur et dur, même si on en retrouve des codes. Tu parlais de « ritournelle », et c’est sans doute le mot qui me manquait, parce que dès le départ, il y a des airs qui donnent envie d’être chantonnés.

Oui, tout à fait, et c’est une des choses particulières chez Abduction. En fait, Guillaume compose très peu de rythmique. Sur cet album, à part les secondes parties de Carnets sur Récifs et de Dans la galerie des glaces, il y a très peu de rythmique. Il y a beaucoup de guitares chantantes qui s’entremêlent. Il ya beaucoup de lead et la superposition des guitares donne ce côté très « plein » et riche au son. Dès qu’il y a un passage de guitare clean, ou même dans les moments le plus intenses, on sent qu’il y a une guitare au premier plan et on sent que ce sont des mélodies qu’on peut retenir.

Il y a en effet plein de petits passages qui donnent envie d’être chantonnés…

Eh, eh ! C’est plutôt bon signe !

Tu viens de décrire votre musique. Maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait ce qu’est l’esprit d’Abduction aujourd’hui, ce serait lequel ?

Ah, c’est une bonne question et ce n’est pas quelque chose de facile…

Venant de toi, je le prends comme un compliment !

Bien sûr ! Je pense que j’opterai pour Disparus de leur vivant. Déjà parce que c’est l’un des deux qui me tient le plus à cœur sur cet album…

Pour quelle raison ?

La seconde partie me bouleverse… A partir du moment où le chant clair revient, la lumière se fait vespérale, à peu près vers 4’, je trouve les mélodies de guitares poignantes, le jeu de batterie de Morgan (Delly) complétement dingue, les breaks là où il faut et comme il faut, cette espèce d’intensité dans le blast beat avec du chant clair ce qui n’est pas forcément habituel… Et le thème des paroles me touche énormément. J’ai le sentiment d’avoir réussi à mettre l’émotion qu’il faut sur ce passage-là. Et je trouve la deuxième partie de ce morceau vraiment poignante. Je l’écoute comme j’écouterai l’œuvre d’un artiste qui n’est pas nous sur le bord de mon siège avec des frissons sur les bras… Ca me parait être le bon morceau pour dire ce qu’est Abduction 2023, avec des voix claires, des moments assez énervés et cette espèce de mélancolie qui imprègne un peu tout ce qu’on fait.

Tu évoquais les paroles, il y a beaucoup de références historiques, et cela dès la pochette de l’album, une peinture du 18ème siècle. Pourquoi avoir choisi cette illustration, d’ailleurs ?

Il faut savoir que chez Abduction, la pochette est quelque chose d’extrêmement important, dans la mesure où Guillaume ne peut pas écrire sa musique s’il n’a pas un visuel sous les yeux. Il avait commencé à écrire cet album et, à un moment donné, il s’est retrouvé coincé. Il a fallu qu’il attende de trouver l’image qui l’inspire pour pouvoir se remettre à travailler. Quand on est en studio, on a en permanence la pochette de l’album sous les yeux parce que Guillaume veut s’assurer, de manière presque mystique, que la musique qu’on fait colle bien à la pochette qu’on a choisie. Dans la mesure où on voulait quelque chose de plus forestier dans l’esprit et de plus organique dans le son, avoir quelque chose avec de la nature dedans paraissait un choix assez évident. Guillaume a cherché longtemps pour trouver le tableau qui l’inspirerait – on savait qu’on prendrait un tableau classique parce que c’est ce qu’on a toujours fait et qu’on adore ça – et celui là va bien avec la thématique du temps qui passe qui est le fil rouge de la thématique d’Abduction. Quand on est tombé sur ce tableau, on a trouvé que ça collait parfaitement. Il avait déjà le titre de l’album, Toutes blessent, la dernière tue, qui fait référence au temps qui passe, aux minutes, aux heures. Là, on voit cette femme qui arrive devant ce mausolée qui est si vieux qu’on ne sait plus de quand il date, et elle à l’air de s’interroger peut-être sur la signification de cette pierre, sur ce que ça signifie pour elle, sur sa propre vie, sur ce qu’elle laissera derrière elle… Bref, c’est un condensé parfait de ce qu’on voulait mettre dans l’album. L’image est très belle et ce n’est pas un des tableaux les plus connus du peintre, Hubert Robert. Tout était réuni pour en faire notre pochette !

On parle de références, vous évoquez la Madelon dans Disparus de leur vivant, et dans Dans la galerie des glaces, tu dis « Le droit c’est moi ». C’est une référence monarchique ou républicaine contemporaine ?

(Rires) Les deux mon général ! En fait, c’est un morceau qui parle du développement personnel et des dérives de cette société parfois bienveillante à l’excès, qui conseille aux gens en permanence de n’écouter qu’eux-mêmes, de ne pas tenir compte des gens qui leur font des critiques… Il y a cette tendance qu’on aperçoit aujourd’hui qui fait qu’on te dit « tu es parfait, c’est toi qui as raison, si on te dit le contraire, n’écoute pas ». Certes, il faut se débarrasser des personnes toxiques, ou en tout cas les tenir à distance. Toute critique n’est pas forcément mauvaise à prendre, au contraire. Ça peut être source d’épanouissement, c’est comme ça qu’on grandit aussi. Ce morceau parle d’un personnage imbu de lui-même, qui sait très bien que ce n’est pas bon pour lui mais qui ne peut s’empêcher d’être amoureux de son propre reflet… C’est un texte plus direct que ce qu’on fait d’habitude, moins métaphorique mais qui est ponctué, en effet de références historiques. « Le droit, c’est moi » en est une. Rien que le titre fonctionne à deux niveaux puisqu’il fait référence aux halls des miroirs qui ne lui font voir que lui et, bien sûr, à la galerie des glaces de Versailles.

L’autre référence est plus contemporaine et j’imagine que tu vois à quoi, ou plutôt à qui je fais allusion…

Oui, oui, bien sûr (rires) ! Même si ce n’est pas à lui qu’on pensait en écrivant ça, mais du coup, c’est assez amusant !

Une chose que tout le monde ne sait pas forcément, c’est que Abduction est composé à moitié de journalistes de Rock Hard, Guillaume et toi. Vous entendez utiliser Rock hard comme plateforme de communication, d’envol pour le groupe ? Si oui, on pourrait penser qu’il y a conflit d’intérêts…

C’est une question à laquelle on a souvent pensé… On a conscience d’avoir une chance que beaucoup de musiciens n’ont pas, à commencer par avoir accès, pour un groupe comme le nôtre, à un média comme celui-ci. Nous devons faire très attention à ce qu’on fait parce qu’il pourrait en effet y avoir conflit d’intérêts. L’idée n’est pas de dire que parce que Abduction est composé de membres de la rédaction c’est le meilleur groupe de metal français. En fait, jusqu’ici, on a obtenu ce que beaucoup de petits groupes méritants ont réussi à avoir : un morceau sur un sampler, une interview de deux pages, une chronique. Mais pour le reste, par pure déontologie, on n’ira pas plus loin. Dans la mesure où ce magazine est le nôtre, ce serait bizarre de ne pas parler de ce que nous faisons – encore une fois, c’est une chance d’avoir accès à cette plateforme pour présenter notre travail – mais il est hors de question que ça prenne plus de place pour une groupe de notre stature. Ca n’aurait pas de sens et ce serait injustifié. On tient même à dire lors des interviews que nous faisons partie de Rock Hard pour ne pas prendre les lecteurs pour des idiots ou les flouer.

Donc si Rock Hard apprécie votre album, c’est normal d’en parler…

Oui, et de toute façon, on n’a pas de prétention particulière. C’est la première fois qu’on fait une journée promo comme celle-ci parce que l’album Jehanne a été très bien reçu et on s’est dit qu’on allait peut-être essayer de passer un cap supplémentaire avec celui-là, mais on n’a jamais aspiré à vivre de la musique ou ne faire que ça. La musique nous tient énormément à cœur, mais en dehors de nos vies professionnelles.

De toutes façons, en France, à part certains, on ne vit pas de sa musique…

Et vu la musique qu’on fait, en plus… Il faut rester réalistes !

Revenons à l’album. Vous parlez beaucoup de thèmes historiques. Je connais ta passion pour un groupe qui se nomme Sabaton (il rit et confirme) qui traite aussi beaucoup d’histoire. Toi qui connais très bien le groupe et Joakim Broden, son chanteur, est-ce que vous échangez au sujet des évènements historiques dont vous traitez ?

Il m’est arrivé d’en parler avec lui dans la sphère privée, de discuter pas tant d’événements que de notre perception de certaines choses… Une fois, on avait discuté du sens quelque peu galvaudé du mot « patriotisme » que certains associent immédiatement à « nationalisme », alors que ça n’a rien à voir… On a le droit d’aimer son pays, sa culture et son patrimoine sans pour autant dire que son pays est meilleur que tous les autres et qu’il faut « bouter les étrangers hors de France » !

Patriote mais pas nationaliste, en somme…

Je trouve ça sain… On n’a pas de raison d’avoir honte de notre culture et je trouve ça très beau que certains se battent pour la préserver. A notre niveau, on exalte des figures de l’histoire de France comme Jeanne et de nos jours, ça peut très vite être mal perçu ou mal connoté, et je trouve ça triste. C’est au contraire la diversité du monde qui fait sa beauté et on devrait s’en enorgueillir, de cette diversité.

C’était la minute philosophique de François…

(Rires) Je pense que l’approche historique de Sabaton est différente de la notre à bien des égards, mais on se retrouve très bien avec Joakim. Je pense qu’il y a une dimension un peu plus sociale dans ce qu’on fait. Joakim qit toujours que ce qui compte pour lui c’est d’exalter le courage et les émotions qu’on mis les gens qui se sont lancés dans ces batailles. Nous, nous parlons très souvent de l’après. Typiquement, Disparus de leur vivant – je trouve le titre très évocateur et fort – parle des soldats qui sont revenus du front après la première guerre mondiale, ets que trouvent-ils ? Là où on pense qu’ils vont être accueillis en héros, il y a tout un pays à reconstruire. A peine rentrés, ils sont renvoyés à l’usine parce qu’il faut bien œuvrer à la reconstruction d’un pays en ruines. Et là, ils découvrent ce qui a été mis derrière « l’idéale patrie » : ils ont mis toute leur âme en espérant sauver leur pays pendant que d’autres se sont enrichi et se moquent bien des pauvres poilus qui reviennent du front. Il y a cette dimension sociale empreinte de mélancolie. Le social est au cœur de nos préoccupations, notamment cet album-ci, tandis que Sabaton, c’est souvent plus le cœur du conflit et l’aspect factuels qui sont mis en avant.

Parlons aussi du dernier titre, Allan, qui est une reprise de l’icône française Mylène Farmer. Ce titre apparait en 1989 sur son album …Ainsi soit je, à une époque où le travail musical et visuel réalisé avec Laurent Boutonnat était – et est toujours – impressionnant. Pourquoi avez-vous décidé de cette reprise en particulier et pourquoi avez-vous également décidé d’utiliser ce titre qui n’est pas d’Abduction comme premier clip ?

Déjà, on a choisi ce morceau parce que Guillaume adore Mylène Farmer – c’est certainement son artiste francophone préférée, toutes catégories confondues. L’idée lui est venue au cours d’une balade en forêt avec sa famille. Il s’est dit que si un jour il devait faire une reprise avec Abduction, Mylène Farmer s’imposerait. Guillaume n’aime pas trop l’exercice de la reprise dans des styles similaires. On comprend bien qu’on veuille rendre hommage à des groupes qu’on admire, mais reprendre un groupe de metal pour en faire du metal, c’est plus difficile d’être créatif. Tandis que prendre une chanson pop et la métalliser, la « Abductionaliser », c’est plus intéressant. Allan est non seulement une de ses deux ou trois chansons préférées de Mylène Farmer, mais en plus un morceau dont la thématique colle très bien à notre univers. Il parle d’Edgar Allan Poe, qu’on apprécie aussi beaucoup. Le morceau est né très vite, c’est surprenant même à quel point il est né rapidement… Deux semaines plus tard, il était enregistré, c’était un vrai plaisir à faire. Et on s’est dit que ce morceau avait un potentiel que les autres n’avaient pas. On l’a revisité en gardant des structures un peu pop et dansantes, te il y a un vrai potentiel. Pour Guillaume, en faire un clip, c’était aussi réaliser un rêve. Il a toujours voulu réaliser un clip, sa passion c’est le cinéma. Avant ce clip, il n’avait jamais tenu une caméra !

Il s’est non seulement occupé de la réalisation, mais aussi du montage et d’autres choses…

Le montage s’est fait aussi avec Pauline Royo, qui est aussi notre photographe depuis le deuxième album. Elle est monteuse professionnelle, c’est son métier. Autant faire un clip, le réaliser, capturer les images, elle ne l’a jamais fait, autant elle maitrise le montage dont elle s’est occupée sous la supervision de Guillaume. Les paroles et la structure de ce morceau ont en plus un aspect très narratif, et ça nous paraissait un bon choix. Et l’idée est aussi de séduire un public un peu plus large qui ne connait pas forcément Abduction. Rien qu’un titre de Mylène Farmer adapté version black metal, normalement, ça titille la curiosité et ça devrait donner envie d’aller voir.

Le clip est réalisé en noir et blanc, dans un château. C’est un lieu que vous avez fait privatiser pour l’occasion ?

Oui… enfin… C’est un château qui est privé et qui est ouvert au public sauf le lundi. On a pu réserver deux lundis consécutifs, donc on a pu profiter de ce château pour y faire le tournage. On connaissait déjà les lieux, Guillaume avait déjà visité ce château il y a des années et on l’avait déjà utilisé pour les photos promo de A l’heure du crépuscule, notre deuxième album. On avait eu un bon contact avec les personnes qui travaillaient sur place et, même si l’équipe a changé entre temps, on a gardé contact. On les a contactés et on a pu louer. On nous a pu y accéder assez facilement et librement, on a eu accès à l’essentiel des salles du château et pu faire ce qu’on voulait. Rien que le fait qu’on puisse allumer un feu de cheminée, c’était inespéré. Et entrer à cheval dans la cour du château… Ils ont été très cools, et c’était très bien parce qu’on voulait faire le moins de compromis possible avec la vision artistique de Guillaume. Il avait un scénario très écrit, et c’est une chance d’avoir pu le mettre en œuvre.

A quand remontent tes derniers cours d’escrime ?

Ah, ah ! ben, il n’y a pas très longtemps, je n’en avais jamais fait avant ! Le combat est volontairement lent, il y a un coté métaphorique puisque le personnage féminin représente la mort qu’on ne peut pas battre. D’ailleurs, quand le protagoniste arrive à la blesser au visage, elle, la mort, efface la cicatrice d’un simple coup de main. L’ami qui nous a prêtés une partie des costumes et les épées est un escrimeur confirmé, il nous a donnés quelques petits cours à ma femme – qui joue donc la mort dans le clip – et moi pour que nos passes, même si elles ne sont pas forcément bien exécutées, soient des passes qui existent vraiment. Le désarmement, notamment, que fait le personnage féminin, c’est une botte d’escrime. C’était complètement nouveau pour nous deux, on a eu assez peu de temps pour s’entrainer, mais au moins, on a pu atteindre un niveau pour chorégraphier un combat.

Quelle pourrait être la devise d’Abduction ?

Devise, je ne sais pas… Un chroniqueur à une époque avait parlé de « black metal automnal » et ça nous avait plu. Ce qui est sûr pour Abduction, c’est que la réflexion sur le temps qui passe est au cœur de notre réflexion. Formuler ça en devise, là, tout de suite, ça va être compliqué, mais il y a un côté « Souviens-toi que tu es mortel ». De l’importance d’utiliser son temps de la meilleure façon possible…

Et bien, ça peut être ça votre devise! Une dernière chose : si je me souviens bien, vous portiez, fut une époque, des masques anti-peste. Vous avez décidé de les laisser tomber ? C’était une époque, un effet Ghost et Tobias Forge qui se montre à découvert ?

Ah, ah ! Ce n’est pas forcément lié à Ghost mais tu marques un point. Il y a eu une sorte de lassitude de voir tant de groupes masqués, ça devient un gimmick, beaucoup de groupes le font. Pas que dans le black, mais principalement dans le metal extrême. Le but n’a jamais vraiment été de nous cacher mais plutôt d’emmener les auditeurs dans un monde un peu étrange, sombre, mystérieux, empreint d’histoires… Et si tu regardes bien les photos promo, les masque sont à notre ceinture. Ils n’ont pas disparu, simplement nous ne les arborons plus sur nos visages. Ça nous paraissait le bon moment pour nous démasquer…

Sur la photo intérieure du CD, il y a une ombre qui ressemble à ce masque aussi…

Oui, c’est vrai, bien vu !

As-tu quelque chose à rajouter pour terminer, François ?

Merci de ton intérêt pour Abduction, j’espère que cet album touchera la curiosité des gens même au-delà du cercle du black metal.

Interview: TEMPT FATE

Interview TEMPT FATE. Entretien avec Pierre-Louis le 29 novembre 2023.

Le dernier album de Tempt Fate est sorti il y a déjà quelques temps… Pourquoi n’en assurer la promo que maintenant ?

Oui, il est sorti en septembre sur le label Almost Famous. La promo a un peu commencé avant, mais surtout, on a un peu trainé et pris du retard sur l’enregistrement, et le mix et la suite ont été décalé, comme le reste du planning qu’on avait prévu. On a reçu les CD tardivement, fin aout. On avait prévu la release lors du festival Metal on the beach qu’on organise. Ensuite, il a fallu qu’on s’organise avec Roger (Wessier, WTPI) qui a pu distribuer les CD et organiser les interviews. On a quand même eu pas mal de chroniques entre septembre et octobre, et ça continue. Là je suis à Paris pour la promo, où on joue demain, donc on a profité de faire d’une pierre deux coups.

De mon côté, je découvre Tempt Fate avec ce nouvel album, Holy deformity. Je crois savoir qu’un premier album était sorti en 2018, Human trap. Cependant, peux-tu nous raconter l’histoire du groupe ?

Ça va faire 10 ans en 2024 que le groupe existe. On a sorti un Ep en 2014/2015, quelques morceaux, mais entre temps, on a pris d’autres chemins. Ce n’était pas tout à fait la même musique qu’on proposait, c’était du blast mais pas vraiment ce qu’on voulait faire. Il y a eu l’album, puis un autre Ep, Hold on, en 2021. On a sorti quelques singles aussi et Holy deformity en 2023. Le line up a aussi un peu bougé entre 2018 et 2023. Il reste trois membres d’origine : j’ai monté le groupe avec le batteur, Quentin, et Simon, le chanteur.  Le line up actuel existe depuis environ 4 ou 5 ans. Avant le Covid.

Comment décrirais-tu la musique de Tempt Fate pour inciter quelqu’un qui ne vous connait pas à vous écouter ?

Alors… ça dépend : si cette personne est déjà branchée un peu metal, il y a quelques codes qui vont lui parler. Si c’est quelqu’un qui ne connait rien au metal, il y aura un peu plus de travail (rires). Pour quelqu’un d’un peu initié, c’est du death metal avec différentes teintes par morceaux. Ça navigue entre le brutal – dans le sens où il y a des tempos très élevés, ça blaste beaucoup – et les côtés plus mélodiques. On essaie de proposer une recette qui est la nôtre, piochée dans nos influences…

Comment tu la décrirais cette recette, justement ? Mets moi en appétit !

Ah, ah ! Comment je la décrirais ? Que je te mette en appétit ? Alors, je vais venir sur les basiques primordiaux de la vie : tu vois un beau feu de cheminée, un bon verre de rouge – mais, tu n’en bois pas trop quand même parce qu’après tu vas devoir boire de l’eau ! – et à la fin tu ajoutes un peu de sucré pour faire glisser le tout…

Alors, le sucré, je ne l’entends pas trop dans votre musique… Je ne suis pas le plus grand amateur de metal extrême et de death, et c’est vrai que quand j’ai écouté l’album, c’est… « c’est du brutal », comme diraient les Tontons flingueurs…

Ah oui ? Pour moi, le sucré, c’est peut-être mon côté nostalgique, un peu ténébreux qui me fait dire ça… On n’est pas des méchants. Et comme je sais ce qu’on a écrit, je me dis « oui, bon quand même, c’est pas si violent ! » Pour me rassurer, quoi (rires) !

Quelles sont selon toi, en dehors des changements de line-up, les évolutions principales de Tempt Fate entre vos deux albums ?

Tout (rires) ! Tout dans le sens où le premier album, je l’ai majoritairement écrit seul. Il y a des parties qui ont été réarrangées et réécrites, mais à 80/90%, je l’ai écrit seul. Ça entraine pas mal de faiblesses dans la composition, et j’ai appris plein de choses depuis. Cet album, au-delà de la qualité du son, était assez à mon goût. Il y avait un manque de cohérence entre les morceaux, des breaks pas forcément bien amenés…. Ce sont des éléments dont on a tenu compte, même si on aime les choses déstructurées, mais il faut savoir les amener musicalement. On a voulu mettre plus de liant dans le nouvel album qui, selon moi, est beaucoup plus mélodieux, avec plus de riffing et un travail beaucoup plus aboutit en termes d’harmonies. Ça, on le doit clairement à Jean-Philippe qui est arrivé dans le groupe avec un niveau de guitare qui dépasse très largement le mien. Il est arrivé avec beaucoup d’idées, on a appris à travailler ensemble et le résultat est là. Comment structurer tout ça pour aller à l’essentiel. Après, il y a eu tout le travail sur le son pour avoir un album qui se tienne. Qu’on aime ou pas, le son est bon, le produit est fini, on ne se pose pas de questions : ça sonne ! on a enregistré les cordes à la maison – c’est moi qui m’en suis occupé – la batterie a été enregistrée chez Nicolas Constant qui a un studio ici dans le Tarn, et le tout a été mixé et masterisé chez Thibault Bernard qui a fait un super boulot. Il connait bien ce genre de musique et je savais qu’il serait en mesure de nous proposer quelque chose qui marche bien. C’est assez conventionnel, peut-être, il n’y a pas beaucoup de prises de risques sur le son, mais on ne voulait pas se rater sur certains niveaux pour proposer un produit fini, carré et qui soit cohérent, avec un côté un peu plus sérieux.

Il y a donc 2 évolutions principales, l’une dans le travail plus collaboratif, l’autre dans une professionnalisation notamment au niveau du son…

Absolument !

Maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Holy deformity pour expliquer ce qu’est Tempt Fate aujourd’hui, lequel serait-ce ? Celui qui est le plus représentatif de ce que vous êtes aujourd’hui.

Oh là, c’est chaud ! Pas forcément celui que j’aime le plus, donc… Déjà ça c’est difficile… Le plus représentatif ?

Un titre que tu ferais écouter à quelqu’un pour l’inciter à écouter le reste de l’album, en lui disant : « voilà, ça, c’est notre identité musicale ».

OK… Donne-moi deux secondes… Alors, celui-là est un peu différend des autres mais il nous représente bien : je dirais Filth of life. Il y a une espèce de mosh part, il casse des dents, il est bien structuré et il est assez brutal. Pour autant, je ne pense pas que tout l’album soit à cette image, alors je dirais peut-être plus le morceau du clip, God ends here. Il y a peut-être un peu plus de mélodie, c’est entre le death et ça tire un peu vers le black. Oui, c’est celui-là qui représente plus l’album, c’est pour ça que c’est celui qu’on a choisi pour le clip…

Il y a une forme de logique, en effet… Si tu devais penser à une devise pour Tempt Fate, ce serait quoi ?

Une devise ? « Il faut toujours suivre le plan » ! S’il y a un plan, ce n’est pas pour rien, ça évite de s’embrouiller. Que ce soit pour le rangement du camion ou pour le reste… C’est devenu une devise entre nous, si on a un plan, c’est pas pour faire n’importe quoi ! Je peux être obsessionnel, mais j’ai mes limites ! Quand on est 5, avec 5 caractères très différents, au bout d’un moment, il faut qu’on soit raccord sur des trucs, sinon on ne s’en sort pas (rires) !

Vous êtes 5 personnalités complètement différentes… C’est une question que je pose systématiquement maintenant : quels sont vos métiers dans vos autres vies ?

Alors, le batteur est prof de batterie, donc lui vit de la musique. Le bassiste est forgeron, ferronnier d’art. Le chanteur est – il ne faut pas que je me trompe sur son métier… – il est designer d’intérieur d’avions pour des sous-traitants d’Airbus. Jean-Philippe est en train de changer d’orientation, il va voir ce qu’il veut faire, et moi, je suis psychologue.

Quand le psychologue écoute votre musique, il ne se dit pas « il y a de la brutalité dans l’air » ?

Ben, c’est moi qui l’écris la brutalité, c’est moi qui compose et écrit les textes !

Je ne me suis pas plongé dans les textes, quels sont les sujets que vous abordez ?

Human trap parlait déjà de l’humain, on a continué sur Holy deformity mais en abordant plus les thèmes des angoisses. Ça parle de ce qui peut être en lien avec le corps quand ça ne tient plus, qu’est-ce qu’il se passe avec le corps quand ça s’effondre à l’intérieur. On essaie de mettre en lumière ces douleurs, une tranche de vie, pour expliquer ces traversées émotionnelles qui explique ce qu’il se passe, pourquoi ça se barre et comment vivre avec ça et s’en sortir.

C’est directement et intimement lié à ton travail. J’imagine que les patients que tu reçois ont été directement source d’inspiration, de réflexion autour de ces sujets ?

Complètement, oui. Et pour moi, c’était hyper important parce que c’est quelque chose qui me passionne et c’est un moyen d’y loger ma sensibilité, mes émotions, mon empathie. Après, pour l’album, on a pris un personnage en trame de fond, quelqu’un qui serait un peu féminin, qui traverse des choses… Des tranches de vies de personnes que je rencontre au quotidien, qui viennent me parler, et j’essaie de mettre tout ça un peu en forme. Donc, oui, ça peut être brutal.

Y a-t-il des thèmes que tu ne souhaites pas aborder avec Tempt Fate parce que tu penses que ça n’a pas sa place ?

Tu as une idée en tête ?

Il y a des gens qui ne vont pas parler de dragons, d’autres qui ne veulent pas aborder la politique parce qu’ils ne veulent pas s’engager dans cette voie, d’autres qui ne traitent pas de religion…

Ok, je comprends ta question. Je pense que tout peut avoir sa place, tout dépend de comment on aborde les choses. Le projet est avant tout musical. On veut se faire du bien, faire des rencontres, partager et découvrir des techniques musicales… Si les sujets nous parlent, on peut tout faire. Mais nous ne sommes pas un groupe qui a une visée d’engagement politique. Même la religion : le titre y fait référence, mais pour autant, on ne parle pas de religion. Ça convoque simplement la question du « sacré ». La question de l’homme, est-ce une unité ? on essaie d’aborder les sujets différemment même si ça échoue un peu à chaque fois. C’est comme quand tu veux expliquer un rêve, c’est un peu le bordel parce que la personne en face de toi, elle ne l’a pas rêvé…

As-tu quelque chose que tu souhaites ajouter pour terminer ?

Non, on a abordé pas mal de choses, et comme on a dit qu’on suivait le plan, on suit le plan (rires !)

Et le plan c’est de ne pas prendre de retard sur les autres interviews !

Exactement ! en tout cas, merci beaucoup !

Interview: EIGHT SINS

Interview EIGHT SINS. Entretien avec Loïc (chant), propos recueillis le 14 novembre 2023 – A voir au Hellfest 2024, le vendredi matin pour réveiller la Warzone.

C’est la première fois que nous discutons, Loïc, alors, pour commencer, peux-tu me dire comment se passe cette journée ?

C’est formidable !  Un peu fatigué… Je vais t’expliquer notre road trip : on est partis à 4 heures du mat’ de Grenoble. On a fait quelques heures de TGV pour arriver à Paris ce matin, on est au Hard Rock Café et ça se passe super bien ! Les gens qu’on rencontre sont intéressés, intéressants, ont écouté ce qu’on a fait, donc ça fait très plaisir.

Parlons un peu de Eight Sins, que je découvre avec Straight to Namek… Quelle est l’histoire du groupe ?

Eight Sins est un groupe qui a été fondé en 2006/2007, par Arnaud, le guitariste et moi-même. La formation définitive date de 2010, je crois… Non, 2008… Non, 2010… 2012 peut-être… Ah, j’ai du mal avec les dates (rires), mais on a consolidé la formation à ce moment-là avec Julien à la batterie et Mike à la basse. C’est nous quatre qui sommes représentés sur la pochette…

Et toi, tu es qui ?

Moi, je suis Boubou, le bubble gum rose (rires).

Ok, tu appelles ça un bubble gum, moi, je pensais à un génie…

En fait, c’est un personnage de Dragonball Z, un méchant et gentil, ce qui me représente bien. Et comme il est enrobé comme je peux l’être un peu, ça me colle à la peau, je trouve.

Pour les gens comme moi qui ne vous connaissent pas forcément, comment décrirais-tu la musique de Eight Sins ? Vous êtes clairement très influencés par le hard FM, l’AOR…

Ouais ! (Rires) Alors, je te dirais que si tu aimes le thrash quand ça va vite, si tu aimes la bagarre dans le moshpit dans un concert de hardcore, alors… bienvenu à un concert de Eight Sins où tu passeras un moment incroyable ! Tu pourras courir en rond avec tes copains, te taper dessus et boire plein de délicates bières bien fraiches. Voilà !

L’album sort aujourd’hui, quels sont les premiers retours que vous avez eus de la part des médias ?

Eh bien avec les rencontres d’aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens l’ont apprécié, en tout cas, les chroniqueurs. Tout le monde a noté que le son est costaud, que les compos sont efficaces. Certes, 23’ pour un album, c’est rapide, mais c’est un classique du hardcore/thrash, mais ça va vite et ça tape fort. Il n’y a pas forcément besoin de plus pour être conquis. Je crois que les gens ont envie de le réécouter une fois qu’il est terminé, donc je trouve ça plutôt cool.

Le fait que ce soit un album court, « à l’ancienne », fait qu’il n’y a pas de sentiment de lassitude (il approuve).

C’est ça, c’est tout à fait le format qui nous correspond et qui correspond au genre. Un live de Eight Sins, c’est un peu plus long, mais c’est un peu « patate dans la courge », et il faut tenir la distance. Autant pour nous que pour le public, qui se fait un petit marathon pendant le concert !

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Quels sont vos projets de concerts, s’il y a des choses que tu peux nous dire ?

On a quelques dates calées jusqu’à la fin de l’année, à Paris, Dijon, Romans sur Isère…

La capitale de la chaussure…

Oh, waow, Exactement ! La capitale du godiot, oui, môssieur ! Et on a des choses qui se dessinent pour 2024. Comme d’autres, je ne peux pas encore en parler tant que ça n’a pas été officialisé, mais je peux déjà te dire qu’on a été approchés par certains festivals dès le printemps. On va beaucoup bouger en 2024. Toutes les dates sont sur notre site, de toutes façons.

Peux-tu me dire ce que c’est, Namek ?

Namek ? Est-ce que tu connais Dragonball ?

Pas du tout…

Alors, normal… C’est une référence, comme il y en a d’autres sur la pochette, les titres de films qu’on cite… Namek, c’est une planète sur laquelle les habitants, les Nameks, sont des petits bonshommes verts à cornes, super puissants. C’est un délire qu’on a, quand on s’est un peu éclatés en soirée, on dit qu’on est sur Namek. En apesanteur, u peu stratosphérisés, quoi… Ce qui peut arriver…

C’est quoi le huitième pêché ?

Je pourrais te dire que c’est nous, mais ce serait un peu prétentieux… D’aucuns disent que c’est la porte arrière… C’est à chacun de se faire son opinion. En tout cas, il est certain qu’un huitième pêché existait à la base, qui s’appelait la Vaine gloire et qui a été supprimé au profit des sept autres parce qu’il est connexe aux autres. Mais pour nous, on trouvait que le nom sonnait bien et ça nous faisait rire d’être le huitième.

Surtout que vous êtes 4.

Ce qui nous en fait deux chacun, exactement !

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Straight to Namek pour expliquer ce qu’est l’esprit de Eight Sins aujourd’hui, ce serait lequel ?

Alors… Très bonne question.

Merci !

Je trouve que celui qui représente le mieux l’esprit du groupe en ce moment c’est Street trash. Pour moi, c’est une chanson classique dans sa construction, avec un gros break final, et c’est ce qu’on aime faire en live. Maintenant, ma préférée c’est Straight to Namek, elle est un peu différente, un peu groovy, elle va chercher d’autres influences, du côté d’Anthrax…

Il y a un flagrant « manque de sérieux » dans votre approche musicale, aussi bien dans les illustrations que dans les titres des chansons, on sent bien que vous êtes là pour le fun.

On est là pour le plaisir, c’est clair. Comme dirait Herbert Léonard !

Oui, une référence thrash aussi (rires) ! Maintenant, y at-til des thèmes que vous abordez avec plus de facilité que d’autres, qui rentre pile dans l’esprit de Eight Sins ?

Fut un temps, on était un peu plus véhéments, un peu plus hardcore. On voulait appartenir à une scène et, du coup, on avait des textes plus fédérateurs, engagés. Et avec le temps, en s’assumant – et je crois que ce qui a changé dans le groupe c’est qu’on a tous connu les joies de la parentalité, ce qui nous a fait réaliser à quel point avoir un groupe, pouvoir tourner, ben, on avait une chance folle. Du coup, on a réalisé qu’on s’amusait vraiment à le faire. Que la musique tabasse, c’est une chose, mais pour autant, on peut ne pas se prendre au sérieux. Tu nous vois sur scène, tu comprends que ça ne tricote pas ! Maintenant, j’aime bien parler des films que j’aimais bien. On est des enfants des années 80/90, Club Dorothée, les gros block busters, les films d’action avec Schwarzy, Jurassic Parc…

Schwarzy… Il n’y aurait pas un clin d’œil avec Last action zero, par hasard ?

Si… On a même un sample de lui. Des films qui nous ont marqués, et je trouve que si tu les montres à quelqu’un aujourd’hui, tu passes un bon moment. C’est du divertissement, j’ai grandi avec, les autres aussi et on est fans de tout ça ! Les héros un peu pourris, les loosers magnifiques, les mutants, le vomi, l’abus d’alcool… Tous ces trucs là, j’adore. Je suis un enfant des jouets « mutants », tortues ninja… Tout ça, c’est des trucs qui me vont bien.

J’imagine que si on parle de vomi, on peut évoquer une certaine scène de Stand by me…

Ah, ah ! Oui, en effet ! Très bonne réf !

Y a-t-il, au contraire, des thèmes que vous refusez d’aborder aujourd’hui ?

Non, on ne se refuse pas grand-chose. Tu vois, dans notre album, il y a Cops panic qui est un peu plus engagée – en tout cas, c’est mon avis sur la répression policière. Je me permets d’en parler en le tournant d’une certaine manière. Je ne me refuse pas grand-chose, en fait… Comme j’écris les textes, je me permets ce que je veux, tant que c’est bien écrit. Après, dans les textes, on est plus dans le fun, les pizza mutantes…

Comment décrirais-tu l’évolution de Eight Sins entre Straight to Namek et It’s a trap ?

Alors… It’s a trap est l’album qui nous a permis de plus assumer notre côté cross-over/thrash. Ce disque nous a permis d’entamer un virage et là, on a tourné à 180°, on est allés à fond dans ce style avec Straight to Namek, même au niveau des chants, je me permets des envolées plus Heavy metal. En fait, on s’est beaucoup plus amusés à faire ce disque, on en est ultra fiers et je trouve qu’il sent le fun et la bagarre. Et ça, c’est chouette !

Donc il y a un virage qui a été amorcé…

Amorcé en 2019, confirmé en 2023. Entre temps, il y a eu un petit Covid qui nous a mis un coup de frein, mais ça nous a permis de bien cibler ce qu’on avait envie de faire.

Justement, le Covid a remis beaucoup de choses en question, à permis à tout le monde de réfléchir à sa manière de travailler. Pour l’enregistrement de cet album, comment avez-vous procédé ? Vous vous êtes retrouvés en studio, vous avez enregistré à distance avec les moyens modernes ou ça a été un mix des deux ?

On s’est retrouvé en studio, le Homeless studio, le studio de Florent Salfati, le chanteur de Landmvrks. C’est un choix délibéré de notre part : on avait écouté certaines de ses prods qui nous ont plus, et on voulait quelqu’un qui s’y connaissent en metal. Et surtout, on le connait bien, c’est un pote, et nous, on fonctionne beaucoup avec les gens qu’on connait. Même pour les clips, on est entourés de gens qui veulent nous aider. Flo, on appréciait déjà son travail et encore plus depuis qu’on a enregistré avec lui. Ça a été un enregistrement un peu différent des autres parce qu’il nous a permis de travailler différemment. Son studio, il y a plusieurs locaux et on peut tous travailler en même temps, plutôt que d’attendre chacun son tour, c’est la plaie… Là, on a pu tous travailler en même temps, j’ai pu travailler avec Flo pour le chant. Il est chanteur, donc on se comprenait, les batteurs ont travaillé ensemble, ils se comprenaient aussi – quand l’un disait « poum-poum », l’autre répondait « tchak tchak », ils étaient complètement en connexion… Bref, à chaque fois, on avait un interlocuteur qui sait de quoi il parle avec qui on se comprend. On a été en totale confiance. Flo s’est ensuite occupé du mix et du master et ça sonne ! C’est assez organique, et c’est un gros son, et c’est cool.

Et le tout concentré en moins d’une demi-heure, ça permet de ne pas s’essouffler…

Non, d’ailleurs, on vous le conseille pour un footing : tu cours, tu fais une petite pause à l’interlude et tu reprends ta course. Normalement, tu as fait 20 circle-pits et tu es bien !

Que souhaites-tu ajouter avant que nous ne terminions ?

J’ai envie de dire que nous sommes tous très fiers de cet album, que si vous ne nous connaissez pas, préparez vous à nous connaitre, on n’est pas près de ne pas nous voir ! On est là depuis un moment, on est un vieux groupe et les bonnes choses, comme le vin, prennent du temps. Si vous aimez le fun, la bière et le mosh pit, alors… bienvenus dans le monde de Eight Sins !

Quelle pourrait être la devise de Eight Sins aujourd’hui ?

Oh, c’est simple, c’est toujours la même : Biers and mosh pit ! ce qui signifie la fête et le fun, en gros. La fosse animée et festive, donc venez aux concerts et amusez vous !

Une toute dernière question que je pose traditionnellement maintenant : on sait qu’on ne vit que difficilement de sa musique en France, alors, vos métiers, dans vos autres vies, c’est quoi ?

Dans notre autre vie ? Jambon, notre batteur, donc Julien, est agent EDF, donc il travaille très peu (rires). Il est à côté de moi, c’est pour ça que je le dis… Notre bassiste, Nighht, est charpentier, couvreur. Du coup, lui, il a un vrai travail, c’est le seul qui bosse. Notre guitariste est programmeur, et moi, je suis tatoueur à Grenoble.

Et qu’est-ce qui vous a pris de faire une photo comme ça, dans un supermarché, coincés dans un caddie ?

Je sais pas, on en avait envie, et j’ai trouvé ça drôle. On a eu l’occasion de faire privatiser un supermarché, une superette, on s’est baladés seuls dans les rayons pendant deux heures, on pouvait toucher à tout… C’était un délire, de toutes façons, on est tous des produits de consommation…

Interview: KONTRUST

Interview KONTRUST. Entretien avec Julia (chant) et Manuel (percussions). Propos recueillis le 13 novembre 2023.

Metal-Eyes : Avant de commencer, comment se porte la famille Lederhosen (ndMP : nom du pantalon typique du folklore autrichien)

M : Ah, ah ! on est encore en mode festif… Nous venons de sortir l’album, il y a une dizaine de jours, et c’est génial. On a de super retours tant de la part des fans qui se sont montrés vraiment patients que de la part des médias. Pour nous, c’est très encourageant. Presque émotionnel…

« Patients » est le mot approprié puisque votre précédent album, Explositive, date de 2014, bientôt 10 ans. Entre temps, la fille aux cheveux rouge a rejoint le groupe. Que s’est-il passé avec Agata, votre ancienne chanteuse ? Et nous parlerons de ton arrivée juste après, Julia…

M : Simplement, elle a fondé une famille, donc elle a priorisé ça et a préféré quitter le groupe. Je suis certain qu’elle a une super vie avec ses deux enfants. Elle a pris du recul ?

Julia, comment as-tu rejoint Kontrust ? Connaissais-tu le groupe avant ou l’as-tu découvert à cette occasion ?

J : je ne connaissais pas le groupe avant. Je l’ai découvert par le biais d’amis communs et j’ai décidé de tenter une audition pour devenir la nouvelle chanteuse. Il y avait d’autres candidatures, j’ai enregistré certains extraits des chansons les plus connues de Kontrust, les ai envoyées au groupe. Quelques temps plus tard, j’ai reçu une invitation me disant « ok, on souhaite te rencontrer, on aime vraiment ce que nous avons entendu ». On s’est rencontré, le courant est passé et il me semblait évident que ça fonctionnait bien entre nous. Ça sentait bon dès le départ et ça continue dans ce sens.

Tu as intégré le groupe quand, précisément ?

J : Je dirais il y a environ deux ans et demi…

Donc avant la pandémie…

J : oui, un peu avant mais pendant la pandémie, nous ne pouvions pas travailler ensemble. Ce n’est qu’après que nous nous sommes mis au travail.

M : C’était en effet avant la pandémie, donc, oui, on a vraiment commencé à travailler ensemble fin 2020, début 2021…

Manuel, il y aussi eu un autre changement important puisque vous avez recruté un nouveau batteur, exact ?

M : Absolument. Nous avons beaucoup de chance d’avoir Johannas avec nous. Il est vraiment au point, il fait un super boulot et il est très précis. Pour moi, particulièrement, c’est très important : je suis percussionniste et nous devons vraiment coller l’un à l’autre. Tout fonctionne presque parfaitement, aussi bien d’un point de vue musical que personnel.

Etait-ce un critère de sélection important que ces deux nouveaux membres aient un prénom débutant par un J ?

Les deux : Ah, ah !

M : C’est comme ça qu’on les a choisis, en effet !

J : C’était le plan !

Kontrust n’a jamais beaucoup tourné en France. Cependant, vous avez enfin pu jouer au Hellfest en 2022. Quels souvenirs en gardez-vous ?

M : Il faisait chaud et c’était un jour très spécial pour nous : le Hellfest est un des festivals les plus importants en Europe et c’était le second concert que nous donnions avec Julia et Johey (Johannas). Nous avions joué au Grasspop la veille. Ces deux shows leur ont permis de montrer ce dont ils sont capables et ils ont visiblement su nous démontrer que nous avions fait le bon choix.

J : C’était vraiment cool !

Dans quel sens ? Parce qu’il faisait chaud, ce jour-là !

J : Alors imagine, jouer en portant des Lederhosen quand il fait 45° !

J’étais présent, j’ai non seulement vu le groupe jouer dans les tenues traditionnelles mais je t’ai aussi vue dans cette épaisse robe…

J : Imagine la chaleur en plus !

Venons-en à votre nouvel album, Madworld. On ne va pas s’étendre sur le titre du disque parce que nous vivons dans un monde de plus en plus dingue, mais qu’avez-vous mis dans ce disque pour qu’il soit différent du précédent ? j’imagine, Julia, que tu as pu apporter ta personnalité à l’ensemble…

J : Oui, j’y ai mis tout de moi ! Travailler avec un nouveau groupe… Il fallait que je montre ce dont je suis capable, alors il y a ma voix, bien sûr, mais aussi… ma folie et mes cheveux rouge (rires). J’y ai mis mon expérience pour avoir un cocktail un peu dingue…

Et toi, Manuel, comment décrirais-tu l’évolution musicale de Kontrust entre Explositive et Madworld, en dehors du fait d’avoir intégré deux nouveaux membres ?

M : La différence principale est que Madworld est, pour nous tous, le premier album que nous avons entièrement autoproduit, sauf pour le mastering que nous avons fait en France. Tout le reste a été fait par nous. Personnellement, j’ai commencé à composer du nouveau matériel pendant la crise sanitaire, à peu près au moment où nous avons accueilli Julia et Johey. A ce moment-là, j’écoutais beaucoup de musique électronique, du hip-hop, aussi. Je pense que sur Madworld, tu peux vraiment entendre les influences électro, surtout quand tu le compares à nos anciens albums… Selon moi, Madworld est un pont vers notre style futur, nous nous sommes réinventés. Nous continuons de placer des percussions et instruments plus rock mais on a inclus plus de programmation, ce que nous ne faisions pas autant dans le passé. C’est vraiment l’évolution la plus remarquable, et le plus important contraste.

Il y a beaucoup de différences entre ces deux albums. Avez-vous, comme tant d’autres, utilisé les moyens technologiques modernes pour l’enregistrement ou vous êtes-vous retrouvés en studio pour enregistrer ensemble ?

M : Les deux en réalité. Pour nous, il était important que tout soit fait manuellement par nous, en partant de rien. C’était un défi parce que là où se trouvait le studio, il y avait des constructions qui devaient débuter pendant que nous enregistrions. Il a fallu qu’on se dépêche, qu’on trouve un autre studio… C’était désordonné mais au final, on a vraiment tout fait nous-mêmes. En même temps, nous avons pu utiliser la technologie moderne pour obtenir des choses que nous ne pourrions pas faire autrement…

Julia, en tant que membre la plus récente du groupe, comment décrirais-tu la musique de Kontrust à quelqu’un qui ne vous connais pas ?

J : Ouf… Je dirais que c’est une… combinaisons de genres et de sons qui ne sont habituellement pas associés. Un mélange un peu dingue entre des sons électroniques et des percussions, deux chanteurs un peu dingues… Plein de contrastes, en fait. Tu entends ça une fois, tu ne confondras jamais Kontrust avec autre chose (rires).

Et toi, Manuel, que dirais-tu à ces gens qui ne vous connaissent pas ?

M : Que nous proposons une musique très colorée, avec plein d’influences et d’éléments de différents genres musicaux. Parfois même des influences extérieures à la musique et le résultat est un… oui, un contraste permanent. Ce n’est pas une voie à sens unique, c’est plein de couleurs, de styles…

Comment des artistes comme vous parviennent-ils à imaginer des paroles aussi profondes que « Riggiriggiding » ou « Jo didl jo, didl didl jo »… ? (Rires des deux) Vous cherchez avant tout la tonalité pour que ça colle à la musique de Kontrust ?

M : Clairement, sinon ça ne collerait pas à l’esprit…

Si chacun de vous devait ne retenir qu’un titre de Madworld pour expliquer ce qu’est l’esprit de Kontrust aujourd’hui, lequel serait-ce et pour quelle raison ? (Silence de quelques secondes) Euh, il y a quelqu’un, vous êtes encore là ?

M : Julia ?

J : Je pensais que tu commencerais…

M : Non, non… Honneur aux dames, Julia…

J : Ah, d’accord, mais ne dis pas la même chose que moi (rires)… Je dirais I physically like you, la première chanson. A cause de ses « Riggiriggiding », justement ! C’est assez dingue pour définir l’esprit de Kontrust. C’est aussi un titre heavy, dansant, groovy… Il y a tout dans cette chanson.

M : Pour moi… J’ai eu beaucoup de mal à choisir lorsque notre label nous a demandé quelle chanson devrait faire office de single. Il devait y avoir 3 singles avant la sortie de l’album et sur les 11 titres, il y en a 7 qui sont mes préférés. Alors si tu me forces à me limiter à un seul titre, c’est compliqué…

Dans ton état d’esprit d’aujourd’hui, laquelle est représentative de l’esprit du groupe ?

M : Ouais… Si tu veux une réponse vraiment concrète à cette question, je… dois… dire… Black soul. C’était le premier titre que nous avons enregistré, environ 6 mois avant d’enregistrer les autres titres, et c’est une des premières chansons que j’ai composées et elle s’est avérée très efficace, dès le départ. Tout semblait si évident… j’aime son groove, elle est plus heavy que les autres chansons et contient les nouvelles influences. Il y a des percussions très sympas aussi… Oui, ce serait Black soul.

Est-ce que Kontrust parvient à vivre de sa musique désormais ?

M : Partiellement.

Je pose la question depuis la crise sanitaire car beaucoup de musiciens ne vivent pas de leur musique. Quels sont vos métiers respectifs dans votre autre vie ?

M : On est nombreux à avoir un job régulier, mais également lié à la musique. Julia, par exemple, est une chanteuse professionnelle, donc, elle fait du chant à temps plein. Je m’occupe de tout le travail de back office et du management de Kontrust, donc j’en tire un peu d’argent aussi, Stefan et Johey ont d’autres métiers : Stefan travaille pour une boite de marketing, Johey travaille dans l’industrie automobile, Mike est technicien de studio – il a son propre studio où nous avons pu enregistrer et mixer l’album – et Gregor est prof de musique.

Y a-t-il des thèmes que vous ne souhaitez pas aborder dans vos chansons parce que vous estimez que ça n’a rien à faire dans la musique de Kontrust ? Ou pensez-vous que Kontrust peut parler de n’importe quel sujet ?

M : Désolé Julia, je vais commencer… En général, les musiciens et les artistes devraient pousser les limites. A mon sens, ils devraient être autorisés à dire ce qu’ils veulent. Ce n’est pas spécifique à Kontrust. Donc si la question est de savoir si les artistes devraient pouvoir tout dire, ma réponse est clairement « oui ».

J : Je ne peux répondre que de mon point de vue… Mais si les autres me demandent ce que je ne voudrais pas chanter, ce serait au sujet de la politique ou de la religion. Je préfère en rester éloigner autant que possible, il y a tant d’autres sujets à traiter…

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure ? Julia ?

J : Ah, « les femmes d’abord » (rires) ! Peu importe ce qu’il se passe dans ce monde de dingues, soyez vous-mêmes, aimez et vivez votre vie, écoutez de la bonne musique, écoutez Kontrust, et profitez de chaque jour de la vie. Restez Rock n roll.

M : Je suis impatient de revenir en France, on y a toujours passé de super moments… Jusque-là, écoutez l’album, streamez le, regardez les vidéos, achetez-le si vous le pouvez, et on se retrouve sur scène.

Interview: BLACK RIVER SONS

Interview BLACK RIVER SONS. Entretien avec Vincent (batterie) le 26 octobre 2023

Pour commencer, peux-tu me dire quelle est la question qu’on vous a le plus posée aujourd’hui ?

Ha, ha ! Cette question-là, justement (rires) !

OK, on a dû se mettre d’accord ! J’imagine alors que celle qu’on vous a le moins posée, c’est la plus originale qui soit pour moi qui découvre Black River Sons avec cet album, Skins : quelle est l’histoire du groupe ?

Black River Sons est un groupe qui existe depuis 2016, qui est basé sur la région lilloise. C’est un projet qui est à l’initiative d’Emeric, le chanteur, qui pendant une dizaine d’années a joué dans des tributes et des cover bands – Thin Lizzy, Led Zep, Lynyrd Skynyrd. En 2016, il en a eu marre de jouer les chansons des autres, il a eu envie d’écrire ses propres chansons, de les jouer en concert et de proposer, lui, ce qu’il avait à dire. Comme dans toutes les villes moyennes, dans le milieu de la musique, tout le monde se connait. Emeric, je le connais depuis une vingtaine d’années, on n’a jamais joué ensemble mais on s’est souvent croisés dans des concerts communs… On a joué un peu dans le cover de Lynyrd Skynyrd et quand il a voulu monter Black River Sons, il m’a contacté en premier, se doutant que ce serait le style de musique qui me conviendrait bien. On a monté l’équipe à deux, on a trouvé un bassiste, un guitariste. On a tout de suite voulu exister alors on s’est très vite mis en tête d’enregistrer un premier Ep histoire de pouvoir démarcher, gagner un peu de notoriété et se lancer dans la course aux concerts. Naturellement est venu l’enregistrement de notre premier album, Poison stuff en 2018.

Skins est votre second album, et votre chemin suit un chemin logique pour un jeune groupe composé de vieux briscards…

C’est ça, exactement, « un jeune groupe composé de vieux briscards » !

On ne pourra pas dire le contraire quand on voit vos… comment dire ? Quand on voit vos gueules de taulards chopés à la place de Trump avec vos mug shot (il se marre) … Comment décrirais-tu la musique de Black River Sons à quelqu’un qui ne vous connait pas ? Tu as parlé de Lynyrd Skynyrd, donc on a un indice, il y a du hard rock et du rock sudiste…

On peut effectivement dire que le socle commun à tous les musiciens du groupe c’est effectivement le rock sudiste, c’est ce qui nous a réuni, mais les influences sont bien plus vastes, avec des teintes de blues, du metal, du vieux hard rock, mais aussi du stoner, du grunge même dans certains morceaux. Mais, oui, le socle commun, c’est le southern rock avec les twin guitars, le questions-réponses. Ça va bien au-delà de ça dans la composition. Sur Skins, chaque morceau est différent. On peut passer comme Spit me out qui est très hendrixien, très « Kenny Wayne Sheppardien », à des morceaux beaucoup plus lourds et stoner…

On sent en effet une grosse influence des années 70 et 80, mais pas que ça.

Pas que ça, exactement. Il y a aussi des groupes comme Black Stone Cherry, beaucoup plus modernes, avec des sonorités plus actuelles, et, je trouve qu’ils sont beaucoup moins sudistes qu’à leurs débuts… Sur l’album précédent, on sonnait un peu comme Blackberry Smoke, pour Skins, on a modernisé le son, réactualisé l’écriture.

C’était justement ma question suivante : savoir comment tu analyses l’évolution de BLACK RIVER SONS entre ces deux albums…

Poison stuff, on était un peu dans le cliché rock sudiste, avec des chapeaux et des santiags. La pochette, c’est un tonneau… On a voulu sortir de ce carcan aussi bien au niveau de l’écriture que de la production et du son, tout en gardant notre identité, cette couleur rock sudiste mais on la voulait moins ostentatoire. Après Poison stuff, on a voulu durcir un peu notre musique en gardant le coté sudiste. C’était un choix artistique dès le départ.

Poison stuff est sorti mi 2019, ce qui signifie que vous avez eu 9 mois pour le faire vivre avant la crise sanitaire en mars 2020…

Exactement… Ça a été compliqué, très compliqué, mais comme ça l’a été pour tous les musiciens, tous les artistes… On a eu la chance d’avoir une bonne pub pour cet album qui marchait bien, on avait plein de dates programmées et, du jour au lendemain, on s’est retrouvés coincés chez nous. Là, le second album est là, on se dit qu’on va reprendre où on en était et même aller un peu plus loin.

Justement, pour aller un peu plus loin… Un groupe de rock doit défendre sa musique sur scène. Quels sont vos projets de concerts en dehors de votre région ?

On finit la saison tranquillement, mais cette année, on a vraiment donné beaucoup de concerts. Il nous reste 2/3 dates chez nous, et pour l’instant, il y quelques plans en pourparlers, notamment quelques festivals, et ça nous sortir de la région, ce qui est notre but : sortir du circuit habituel. Les concerts, on en donne beaucoup, mais toujours dans le même circuit. Maintenant, on a aussi pu jouer en Allemagne, dans différentes régions mais pas assez souvent à notre goût. Nous, ce qu’on veut, c’est pouvoir défendre notre album dans un rayon plus grand, aller plus loin et conquérir un autre public.

Vous n’avez pas encore la possibilité de vivre de votre musique, alors, quels sont vos métiers respectifs dans vos autres vies ?

(Il rit) Alors, Emeric vend des vêtements, Fred est prof de guitare – notre bassiste, mais initialement il est guitariste – Guillaume est musicien professionnel, il est intermittent du spectacle. Moi, je suis infirmier anesthésiste.

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Skins pour expliquer ce qu’est l’esprit de Black River Sons, ce serait lequel ?

Oh… C’est une question tellement difficile parce que je pense que sur cet album il y a tellement de chemins, d’influences, de sonorités différentes… je dirai, s’il faut n’en retenir qu’un, ce serait Birds and beasts. C’est celui qu’on a choisi comme premier single, premier clip parce que c’est un morceau rentre dedans, qui groove, qui est dynamique mais qui a aussi ce côté un peu grand public. Sans se fourvoyer, sans dénaturer l’essence du groupe. Il y a toujours ce côté sudiste mais en plus moderne.

Je n’ai reçu que la version promo du CD, et je n’ai pas vu les paroles. De quoi traitent vos textes ?

C’est Fred qui est l’auteur de tous les textes. Il y a un fil rouge qu’on trouve sur tous les morceaux et qu’on peut expliquer avec les paroles de la chanson Skins : c’est un concept sur les apparences, les différents visages, les différents costumes qu’on peut porter pour se faire accepter de la société, arriver à ses fins… Entre celui que tu es vraiment et comment les autres te perçoivent, il y a une différence, une armure… A partir de quel moment tu dois changer de peau pour être en adéquation avec ton environnement… On parlait de nos métiers tout à l’heure : quand je suis le batteur de Black River Sons sur scène je ne suis pas le même que quand tu me vois dans un bloc opératoire, je n’ai pas le même costume… C’est un peu l’histoire de la dualité entre ce que tu veux être, ce que tu représentes et ce que tu es prêt à faire pour obtenir l’acceptation des autres.

Savoir se montrer sous son vrai jour… C’est un album qu’il faut présenter aux femmes en fait !

E fait, le titre Birds and beasts traite du néo féminisme, le féminisme à outrance, qui endevient peut-être même presque caricatural. Ce n’est peut être pas politiquement correct, mais on est dans une société où il n’y a plus de frontières, plus de limites, c’en devient ridicule, et c’est aussi le constat qui est fait dans cet album.

Et y a-t-il des thèmes que vous ne souhaitez pas aborder, qui n’ont pas lieu d’être dans BLACK RIVER SONS ?

On n’est pas un contest band, on n’écrit pas de protest songs… Le tout, c’est la façon dont tu vas dire, écrire les choses. Fred écrit toujours des paroles à double ou triple sens… On ne s’interdit rien mais on veut avoir une approche assez intelligente sur la forme pour que ce soit entendable. Ça peut être sujet à débat, ça laisse la porte ouverte au débat, à l’échange. Même nous, dans le groupe, on n’est pas toujours d’accord sur tout…

Comment procédez-vous pour la composition, le choix des morceaux ?

En fait, comme dans tout bon groupe, quand quelqu’un prend les clés du camion, s’il sait conduire, il faut lui faire confiance. Emeric avait tout écrit à 100%, là, le processus a été un peu plus démocratique : Fred, en plus d’écrire les paroles et de jouer de la basse, il compose, et chaque compositeur propose des morceaux quasi finis qui ne seront presque pas retravailler ensuite, après approbation collective. Les morceaux sont déjà bouclés quasi à 100%, maquettés quand ils sont proposés. Ensuite, charge à nous, avec nos instruments, d’apporter notre couleur qui fait que ce sera mieux avec un vrai musicien qu’avec une machine…

Comment avez-vous procédé pour l’enregistrement ? Vous avez tout fait en studio, utilisé les moyens technologiques modernes ?

On est allé dans un studio, le CNP studio à côté de chez nous. C’est le cinquième disque que j’enregistre chez lui. Les parties batterie, guitare acoustique et le chant ont été faits en studio pour des raisons logistiques et pratique, tout ce qui est guitares et basses, ça a été fait à la maison, envoyé au studio pour mixage. Pour des raisons de coûts et de charges financières… une journée en studio, ça coûte cher, donc ce qu’on pouvait ne pas faire en studio, on l’a fait nous même en donnant les clés du projet à notre ingénieur du son, qui nous connait bien maintenant puisque c’est le troisième disque qu’on enregistre avec lui. C’est quelqu’un qui est très à l’écoute, qui nous suit dans la direction qu’on a choisie. Si tu écoute les deux albums, ce n’est pas du tout la même production : Poison stuff est très roots, très naturel, Skins est plus rentre dedans, plus méchant. Il n’y a pas de triche sur la batterie, c’est le vrai son. On n’a pas voulu tomber dans le piège de tout trigger, éditer à la double croche près… on a gardé ce côté un peu roots, pas parfait… Enfin, quand je dis ça, il faut vraiment écouter de près pour se rendre compte des erreurs. Il y a un côté un peu organique dans cet album, et c’est ce qui est intéressant.

C’est aussi ce qui permet de garder encore le côté humain…  Tu parlais du contenu textuel de vos chansons, et il y a un lien direct avec la pochette. Qui l’a réalisée ?

Elle a été réalisée par François Parmentier, un infographiste de métier qui a travaillé sur de gros projets, avec des artistes de jazz américains, avec Manu di Bango et j’ai la chance de l’avoir dans mon entourage. Naturellement, je l’ai sollicité, je connaissais la qualité de son travail… Je lui ai fait écouter l’album, lui ai parlé du concept de dualité, d’opposition, de peaux… Je lui ai donné des mots clés et carte blanche. On voulait une pochette qui claque et qui, quand on la regarde de près, fasse dire qu’il y a des détails intéressants.

Quand j’écoute l’album, j’entends en effet du Black Stone Cherry, du Black Sabbath, tu parlais de Blackberry Smoke…  Vous vous appelez Black River Sons. Etait-il important que le mot Black fasse partie du nom du groupe ?

Quand on cherchait un nom, on s’était donné un cahier des charges : le nom devait comporter trois parties, comme Blackstone Cherry, Black Country Communion, Blackberry Smoke… On voulait un nom en trois parties qui commence par « black ». River, c’est en fait un affluent du Mississppi, la Black River, qui le rencontre dans l’Arkansas. Comme on joue du rock sudiste, ben, c’était logique : Mississippi, le sud, la Black river, c’est venu tout naturellement en rajoutant Sons. C’est moi qui ai trouvé le nom et on a trouvé que ça sonnait bien.

Si tu devais penser à une devise pour Black River Sons, ce serait quoi ?

(Il réfléchit) Nous, ce qu’on veut, c’est jouer sur scène, donc je dirais : Play or die ! joues ou meurs. Défendre notre album en concert, élargir notre champ d’action, faire découvrir Black River Sons au plus grand nombre.

Interview: Ayron JONES

Interview Ayron JONES (chant, guitare). Propose recueillis à l’Elysée Montmartre le 19 octobre 2023.

Ça fait plaisir de te voir de nouveau de retour en France. Comment vas-tu ?

Bien, je vais bien. On est arrivés il y a deux jours et j’ai pu me balader un peu, pas trop. Mais je profiterai de Paris demain.

Avant de parler de ce nouvel album, Chronicles of the kid, une remarque : le titre de ce nouvel album est similaire à celui du précédent, Child of the state (il acquiesce). Tu prévois une trilogie autour de l’enfance ?

Ah… C’est une surprise, mec ! Mais c’est une très bonne remarque. Child of the state, c’est le passé, Chronicles of the kid, c’est le présent.

Mais le gamin a grandi…

Absolument, il a grandi. C’est un peu un premier pas. Si je décide de créer quelque chose, ça doit être lié.

En tout cas, ces albums sont en lien avec ton enfance, l’environnement dans lequel tu as grandi…

Oui, et je pense que le prochain album traitera plus de là où nous nous situons aujourd’hui, un regard sur l’avenir…

« Là où nous nous situons » … La première fois que nous avions échangé tous les deux, c’était en 2019 par Skype pour parler de Child of the state. Tout comme sur ce disque, Chronicles of the kid démarre avec un titre heavy, nerveux, pour ensuite explorer toutes tes influences, funk, plus dansantes, rock, grungy… Tu as trouvé une forme de recette ?

Je crois que la recette, c’est ce que j’ai découvert, créé avant : un son qui uni tous ces genres. Pop, blues, rock… Je crois que cet album est encore plus abouti en ce sens que le précédent. Toutes ces chansons sont nouvelles. Sur les albums précédents, il y avait d’anciennes compositions, mais ici, c’est tout ce que j’ai pu écrire au cours de l’année passée. Oui, je pense qu’avoir pros du temps pour composer à l’instant présent m’a permis d’exprimer là où je me situe autour de ce son. J’ai travaillé avec des artistes grunges, avec des gens avec qui j’adore jouer et que j’adore écouter, et ça m’a permis d’avancer.

Child of the state était ton troisième album mais pour les Français…

Pour les Français c’est mon premier album, oui.

Sur Child of the state, il y avait une chanson, Supercharged, qui évoquait Lenny Kravitz (il confirme). Sur Chronicles of the kid, je trouve que Strawman évoque carrément Living Colour.

Carrément… Ce n’est pas une influence directe, mais j’ai grandi avec eux. J’ai grandi avec Cult of personality

C’est exactement le titre que j’ai en tête !

Vraiment (rires) ? Cult of personality passait toujours à la radio. Je l’écoutais mais je ne savais pas qui jouait… C’est le son de ma génération, c’est avec cette musique que j’ai grandi et je l’exprime aujourd’hui. Je ne cherche pas à sonner comme Living Colour ou d’autres, c’est simplement le son que j’ai en tête et que je veux exprimer…

Ça sort tout seul, et ensuite des gens te disent « ça, ça me rappelle…. »

Et je leur dis «t’as raison, mec, exactement ! » (rires)

Comment analyses-tu l’évolution d’Ayron Jones entre Child of the state et Chronicles of the kid? Tu viens de donner une partie de la réponse en disant que ce sont de nouveaux titres, mais à part ça ?

Je dirais que l’album m’a forcé à évoluer. Le précédent sonnait si bien ! Je savais que je ne pouvais pas faire moins… Ça m’a poussé à chercher d’autres choses, d’autres textures. Sur Child of the state, il y avait plus de guitares, alors on a pensé recruter un autre guitariste. Quand on a tourné avec Guns and Roses, on était deux guitaristes. Peut-être que l’étape suivante sera de travailler avec un guitariste qui sache jouer des claviers… J’évolue tout le temps. Vocalement aussi. Je demande beaucoup à ma voix et je dois apprendre à la préserver.

Si tu devais décrire Chronicles of the kid à quelqu’un qui ne connait pas Ayron Jones, que lui dirais-tu pour le convaincre d’aller acheter ton disque ?

Mmmh… Je pense que ça dépend de tes goûts musicaux (rires)… je dirai que c’est un album de rock pour des gens qui ne sont pas forcément amateurs de rock.

Que veux-tu dire ?

Pour moi, cet album est un pas de plus vers le mélange de genres. Il y a des chansons sur cet album qui pourraient figurer sur l’album d’un autre artiste. J’ai voulu enregistrer un album qui soit un disque de rock mais qui contienne aussi des éléments pop. Le genre de choses que les gens écoutent facilement, qui sont contagieux.

Et si tu devais ne retenir qu’un seul titre de ce disque pour dire ce qu’est Ayron Jones aujourd’hui, ce serait lequel ? Étant donnée la variété des genres, je sais que ce n’est pas facile, mais un seul titre…

(Il réfléchit) Je pense à Otherside, parce qu’est c’est là où je me situe aujourd’hui. J’ai appris à être aussi présent que possible et rester terre à terre. C’est facile de se perdre de vue avec ce que je fais, mais je garde la tête froide, je pense à ma famille et à mes gosses.

Les enfants, ce sont qui sont mentionnés dans le livret ?

Fais voir ? Oui, c’est bien eux. J’en ai un cinquième depuis, mais il n’était pas encore né quand l’album est sorti. Oui, c’est facile de se dire que tu pourrais faire-ci, ou ça, de choper la grosse tête. C’est compliqué de rester dans le réel, dans le présent, de savoir où tu te situes maintenant. Otherside parle de ça, du fait d’aimer et d’appréhender l’instant présent. Prendre conscience que la vie est trop courte pour se morfondre sur le passé ou stresser au sujet de l’avenir… De choses qui t’empêches d’agir ou de réagir maintenant. Cette chanson, pour moi, dit qu’il faut être présent, maintenant, et profiter du moment présent.

Lors de notre première entrevue, tu me disais que tu n’avais pas encore joué à l’étranger en dehors du frisbee.

Ouais, c’est vrai !

Depuis, tu as donné je ne sais combien de concerts en France, ta situation a vraiment changé et rapidement. La situation évolue-telle de la même manière dans d’autres pays ?

Euh, non… Pas vraiment. En Europe, il y a un public qui sort, on a donné de très bons concerts, mais en France, il y a quelque chose de spécial…

Peut-être que le « quelque chose de spécial » s’appelle Olivier Garnier ?

Oui, oui, c’est vrai (rires) !

Tu as donné en France de nombreux concerts, tu as ouvert pour les Stones, tu as joué dans de nombreux festivals, dont le Hellfest. Quels souvenirs en gardes-tu ?

Ah, ah ! J’adore ce genre de trucs, cette culture un peu dark, démoniaque, ce qui fait peur aux gens d’habitude. C’était très cool de pouvoir voir tout ça, ces décors… Et il faisait beau…

Comment pouvais-tu garder ton bonnet sur la tête ?

(Rires) Je ne sais pas ! En fait, il ne faisait pas si chaud que ça…

La première fois que nous avons échangé, Biden venait d’accéder à la présidence des USA 5 mois plus tôt. Il était alors trop tôt pour que tu puisses analyser des changements dans la vie américaine. Depuis, il a fait plus de la moitié de son mandat. Comment anaalyses tu l’évolution américaine depuis l’élection de Biden ?

Rien n’a vraiment changé, tu sais… On s’approche un peu du centre, la ferveur des gens depuis Trumps n’a pas vraiment changée… Il y a encore beaucoup de gens qui ne se sentent ni vus ni écoutés. Je crois qu’on avance dans le bon sens, mais on n’avance pas vite. La situation est plus ou moins identique… Biden essaie de nous réunir, d’aider tout le monde, mais politiquement, il n’a pas gagné le cœur de tout le monde, moins en tout cas que Barak Obama.

Ne crains-tu pas que Trump puisse revenir, ou de voir quelqu’un comme Kennedy être élu, malgré le nom qu’il porte ?

Nann, je ne suis pas inquiet. Trump revient ? Ben il revient, que veux-tu y faire ? On ne va pas s’inquiéter pour ce genre de choses. Je garde en tête ce que j’ai à faire, et la chose à faire, c’est d’aller voter. C’est tout ce que je peux faire…

J’imagine que tu es l’auteur de la pochette de Chronicles of the kid ? Je vois tes initiales partout sur ce cahier…

C’est exact… J’avais un paquet de chansons écrites dans un cahier comme celui-là, et le concept est sorti. Tout a commencé avec des histoires griffonnées dans un cahier…

Si tu devais penser à une devise, quelle serait-elle ?

Mmmhhh… « Sors et gagne »… « sois la meilleure personne possible », oui, c’est ça. Sois bon en tant qu’humain, en tant qu’époux, que père, qu’artiste…

La première fois que je t’ai posé cette question tu m’as répondu : « ne sois pas un trou du cul ».

Ah ouais ! Et ça se rejoint ! Ça ne sert à rien d’être un trou du cul, sois bon, c’est tout !

As-tu quelque chose à ajouter avant d’aller te préparer ?

Je voudrais seulement dire à quel point j’aime le public français, je suis très flatté qu’il m’ait adopté et intégré dans leur culture. C’est très particulier de pouvoir découvrir les Français de l’intérieur, d’habitude on ne voit que l’extérieur.

Justement, tu as donné différents concerts à Paris. Jusqu’à présent quel est la salle qui t’a le plus marqué ?

La salle ? Je dirais que ce théâtre antique, à Nîmes, était fabuleux…

Mais ce n’est pas à Paris…

Ah, tu parlais de Paris (rires) ? Désolé… Je ne sais pas… Sans doute, ici, on verra ce soir, c’est une nouvelle salle pour moi. Mais jusqu’à présent… le New Morning a été particulier comme endroit, la Cigale aussi, mais le New Morning garde une belle place dans mon cœur. On verra ce soir, cette salle est très belle. Je suis impatient !

Interview: SOEN

Interview SOEN. Entretien avec Lars Ahlund (guitare, claviers) le 15 octobre 2023.

C’est quelques heures avant de monter sur scène que Metal Eyes a pu s’entretenir avec un Lars Ahlund, guitariste et claviériste au sein de Soen, particulièrement détendu et heureux d’être de retour à Paris, même s’il n’a pu prendre le temps de faire un tour, ce qu’il fera par la suite. Pour le moment, retour en arrière et en actualité avec un musicien heureux.

Metal Eyes : Commençons par un retour en 2022 puisque Soen a joué pour la première fois au Hellfest lors d’une journée particulièrement chaude (il rit). Quels sont tes souvenirs de cette date ?

Lars : Mon vrai souvenir est lié à notre technicien guitare, Gildas. C’est là que nous l’avons rencontré. Il travaillait derrière la scène… C’était une soirée très sympa…

Après-midi…

Oui, une après midi très sympa. Mais la soirée était très sympa, on pouvait regarder tous les groupes des main stages depuis la terrasse artistes… C’était top mais il faisait tellement chaud qu’on se concentrait pour ne pas nous évanouir (rires). Mais c’était fantastique pour nous de pouvoir jouer au Hellfest, c’était une des choses que nous souhaitions faire. En tant que groupe, avoir cette exposition, jouer sur la main stage, même à 2 heures, c’est très important.

Toujours au sujet de 2022, Soen a sorti Atlantis qui est un album particulier : Soen revisite 13 de ses propres titres, les réarrange… Quelle était l’idée de Soen avec cet album ?

C’était pendant la pandémie… Comme tous les autres, nous ne pouvions tourner et nous cherchions une occasion de pouvoir jouer à distance. Mais comme on est Soen, on ne rend pas les choses faciles. On voulait faire venir un orchestre, des chœurs, des musiciens supplémentaires et enregistrer dans les meilleurs studios qu’on pouvait trouver pour jouer en live dans ces conditions. Nous avons réservé les studios Atlantis en juin de cette année-là, mais notre guitariste canadien, Cody, et notre bassiste ukrainien, Oleksii, ne pouvaient pas quitter leurs pays. Nous avons donc dû retarder et, heureusement, on a pu enregistrer en décembre. Le monde commençait à s’ouvrir de nouveau, mais nous voulions finir ce projet, donc on l’a fait. Je pense qu’Atlantis est vraiment réussi…

Vous avez utilisé des instruments spéciaux, en tout cas inhabituels dans le metal…

Oui, les cordes, habituellement, tu les joues au clavier, mais on voulait avoir le vrai son. C’était intéressant aussi de faire venir des musiciens en vrai, de les entendre interpréter tes partitions dans un environnement live comme celui-là. C’est très gratifiant, vraiment. Et nous avions ces deux femmes choristes, de superbes voix qui soutenaient Joel. Et de mon côté, il y avait deux autres claviers, ce qui m’a permis de mieux me concentrer sur les partitions et la réalisation de ce disque.

Memorial, votre dernier album, est sorti il y a quelques semaines. Quels sont les premiers retours que vous en avez eus de la part des médias ?

Des médias ? Je m’attendais à ce que tu me demande « de la part des fans » (rires) ! Il semble que les premiers retours soient assez positifs. Nous nous attendions à moins bien parce que nos chansons sont plus courtes, plus directes, plus metal… plus facilement assimilables, aussi. Nous pensions avoir d’abord des commentaires plus négatifs, on en a eus, mais il semble que, depuis 5 ou 6 semaines, les nouveaux titres sont ceux qui fonctionnent le mieux. Ce sont ces chansons que les gens partagent le plus et demandent le plus. Nous voyons un public différent venir à nos concerts. Plus jeune, différent.

Justement… Soen n’est pas un groupe « qui a été » mais n’est pas encore un groupe « qui est ». Vous êtes encore dans la catégorie des groupes « qui seront » (il rit). Que faut-il, que manque-t-il pour faire passer Soen du statut de groupe en devenir à groupe incontournable ?

Oh, question intéressante… Je ne sais pas… Nous devons écrire les meilleures chansons possibles. Dans notre genre musical, nous ne pouvons pas espérer avoir un hit, sauf auprès de radio orientées metal. Il nous faut vraiment composer les meilleures chansons possibles, tourner beaucoup et nous exposer autant que possible…

« Beaucoup tourner » … Lorsque j’en parlais avec Joel (Ekelöf, chant) et Martin (Lopez, batterie) en 2019, ils me disaient vouloir que Soen ne tourne pas trop pour conserver une certaine fraicheur…

Bien sûr… Mais ça a changé (rires) ! Nous tournons beaucoup ! Je crois que la pandémie nous a beaucoup fait réfléchir à ce sujet. Elle nous a permis de comprendre à quel point il est important pour nous de tourner, et ce que ça nous apporte de positif. Voyager, rencontrer les fans… Quand nous avons pu retourner sur les routes, nous en avons vraiment pris conscience. C’est une des bonnes choses qu’on en retire, de cette crise sanitaire. Quand tu penses à ta vie, pourquoi fais-tu les choses ? Parce que tu le peux, que tu le veux ? ou que tu le dois ? Il faut savoir choisir…

Comment analyserais-tu l’évolution musicale de Soen entre Imperial et Memorial ?

Une des choses que nous avons apprises avec Imperial a été d’être plus efficaces en matière de composition. Je crois que nous avons voulu aller encore plus loin avec Memorial. Nous avons un son plus punchy et moderne, des chansons qui sont plus directes aussi. C’est, je crois, la chose principale. Ce n’est pas forcément conscient, c’est un chemin naturel. Il nous faut du temps pour écrire une chanson. On n’attrape pas une guitare et cinq minutes après on a une chanson… C’est un processus beaucoup plus long. Martin arrive avec 50 idées, on les étudie, on change des parties, on essaie et réessaie certaines choses, on jette à la poubelle, on récupère de la poubelle (rires).

Ça ne fonctionne pas là mais ça pourrait marcher ailleurs…

Exactement (rires).

Comment décrirais-tu la musique de Soen à quelqu’un qui ne vous connais pas ? C’est du metal, mais…

Oui, c’est du metal, absolument, mais pas que. Il y a de belles ballades, des parties plus calmes dans les chansons, des élodies et de refrains puissants, des riffs cools, une voix fantastique, sans hurlements…

C’est sans doute une des choses qui rend la musique de Soen si particulière. Des riffs heavy et ce que je ressens comme une voix très apaisante, bienveillante, contrairement à beaucoup de groupes qui cherche la violence avant tout…

Et c’est de là que nous venons… Lorsque Joel et Martin se sont réunis, ce fut une superbe combinaison. La batterie de Martin, l’univers d’où il vient, et la provenance pop de Joel… C’est une des clés de notre groupe.

Depuis Lykaia, les pochettes de vos albums sont uniquement bicolores, sauf si on prend en compte le cœur rougeoyant de Memorial – un cœur enflammé… Noir et jaune, noir et rouge, noir et blanc/gris… Quelle est la volonté de Soen derrière ce choix, rendre les choses simples ?

Oui, la simplicité, définitivement. Il n’est pas nécessaire qu’il n’y ait que 2 couleurs… On veut avat tout avoir un artwork immédiate reconnaissable. Il faut que ça fonctionne aussi bien sur un écran d’ordinateur, sur es réseaux sociaux mais aussi comme poster, sur un vinyle… Si tu trouves un artwork efficace, simple, avec un style direct et clair, ça fonctionne. Martin est toujours à la recherche d’artistes, d’œuvres d’art, il collectionne beaucoup de choses et parfois se dit que tel truc pourrait donner une pochette intéressante.

La pochette de Memorial est particulièrement d’actualité. Entre la guerre en Ukraine, les événements récents au Moyen Orient, elle est très parlante… Ce couple avec ces masques à gaz reliés par ce cœur qui brûle, c’est très actuel…

Bien sûr. La guerre en Ukraine a commencé avant l’enregistrement de l’album et notre bassiste est Ukrainien, alors, évidemment, cette pochette a un rapport. Ce n’est pas accidentel, et nous écrivons sur des sujets d’actualité. Oleskii étant Ukrainien, nous sommes tous affectés par cette guerre…

Autre chose que l’on constate depuis Lykaia : les titres des chansons ne comportent qu’un mot – exception faite des bonus. Quel est le souhait de ce choix ?

C’est une volonté, bien sûr, et ce qui est intéressant en ne nommant une chanson que d’un mot, c’est que tu peux donner un indice quant au contenu de la chanson, et chacun peut en imaginer le contenu. Certains titres sont directs, on comprend vite de quoi la chanson parle… D’autres sont un peu plus vague, laissant libre court à l’imagination de chacun…

Ou, au contraire, c’est l’opposé… Je pense à Violence qui n’est pas si violente…

Non (rires) ! Violence, c’est assez facile, on retrouve un peu de violence dans le refrain.

Si tu devais ne retenir qu’un titre de Memorial pour expliquer au public ce qu’est Soen aujourd’hui, laquelle retiendrais-tu ?

Probablement Memorial… C’est une chanson qui a des riffs heavy, un refrain mémorable, il y a un orchestre au milieu… Elle contient tous les éléments qui font de Soen ce que nous sommes aujourd’hui. Mais je citerai sans doute un autre titre demain !

Quel pourrait être la devise de Soen en 2023 ?

Oh (rires)… En avons-nous une ? « Grandit ». Un mot…

As-tu quelque chose à rajouter pour terminer ?

Je pourrais dire « venez nous voir », mais il ne nous reste qu’un concert à Strasbourg la semaine prochaine. Et je ne pense pas que tu publies cette interview avant (rires) ! Que puis-je dire ? On adore jouer en France, c’est un très beau pays, on y est toujours bien accueillis.

Alors on vous reverra en 2024 ?

Je crois bien que oui. Et j’espère qu’il y aura des festivals, je ne sais pas lesquels, mais on aime revenir en France. On a toujours aimé jouer ici.

Merci à Olivier Garnier pour l’organisation de cette interview