Interview: STONE BROKEN

Interview STONE BROKEN. Entretien avec Rich Moss ( chant). Propos recueillis à Gibson France, à Paris le 8 février 2018

Metal-Eyes : Rich, parlons un peu de Stone Broken :w Ain’t always easy est votre second album, mais c’est la première fois que nous nous rencontrons. Peux-tu me raconter brièvement l’histoire de Stone Broken ?

Rich : Nous avons débuté en 2013. Il s’agissait en fait de la réunion de deux groupes, Robyn, notre batteuse et moi venions d’un groupe, Kera, le bassiste et Chris dans un autre. Robyn et moi avions un studio, un peu d’espace de répétitions, et nous avons intégré les deux autres. Nous avons passé environ un an à définir notre son, à composer et écrire des chansons et nous avons enregistré un Ep qui s’est plutôt bien vendu. Nous sommes retournés en studio, avons enregistré ce qui devait être un autre Ep, mais au final, nous avons réunis ces deux disques qui sont devenus notre premier album, qui est sorti en 2016 et a très bien marché. Ça nous a permis d’obtenir des diffusions radio au niveau national, ce qui nous a fait passer du statut de « groupe local » à celui de « groupe national ». Ensuite, nous avons eu l’opportunité de tourner en support de Glenn Hugues, l’an dernier, ce qui nous a fait passer au  statut « international » (il rit). Nous avons pu donner des concerts un peu partout, au Forum de Vauréal qui est un super lieu. On s’est beaucoup amusés, nous avons participé à pas mal de festivals, et… nous voici prêt pour ce second album.

Metal-Eyes : D’après ce que j’en ai entendu, l’album a de forts accents pop, il y a du rock, du heavy, aussi, des chansons « sing along »…  Comment décrirais-u le groupe à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Rich : Mmh… Je dirais que nous sommes  un groupe de rock avec un tranchant moderne. Il y a des riffs, mais aussi des refrains accrocheurs, comme tu le dit, des parties à chanter ensemble, beaucoup p de groove. On veut que les gens aient envie d’écouter notre disque ou de venir nous voir en concert et qu’ils aient les idées changées en partant.

Metal-Eyes : J’entends des traces de Nickelback, de The Police, également parmi d’autres choses. Quelles sont vos influences principales ? Ne me dis pas « Pas Nickelback », c’est pas possible !

Rich (il rit): Non on ne peut pas supporter Nickelback ! Beaucoup de gens font cette comparaison, et je pense que c’est lié au timbre de voix.

Metal-Eyes : Ca aide, mais ce n’est pas tout…

Rich : Beaucoup de choses que nous écoutons dans le groupe viennent des USA, des groupes comme Alter Bridege, Shinedown, Alestorm… Ils ne sont pas Américains, ces derniers, mais on aime. On ne cherche pas à cacher nos influences, on préfère les laisser s’exprimer. On écrit les chansons qu’on aimerait écouter nous-mêmes.

Metal-Eyes : Dans son ensemble, l’album transpire de joie. Où puisez-vous cette énergie et cet optimisme ?

Rich : Je pense que tout réside dans le fait de rester positif. L’album s’appelle « Ain’t always easy », ce qui, en soit, npeut ne pas paraitre positif, puisqu’au fond on dit que tout n’est pas toujours facile. Mais tu dois te relever et persévérer, c’est ça le message, on peut s’en sortir. Il y a des gens qui traversent des moments difficiles, et ne peuvent sans doute voir d’issue, mais à un moment, la solution, la sortie arrivera. Aidons les gens à s’en sortir. Il y a des personnes qui, dans le passé, sont venues nous voir pour nous dire qu’une chanson les a aidés. Le fait de traverser des moments difficiles n’est pas bon, mais d’avoir pu de cette manière aider des personnes nous affectent. Il y a cette connexion avec nos fans et nous souhaitons que cela dure, nous assurer que chaque chanson a un message.

Metal-Eyes :  Je voudrais que tu m’expliques le nom du groupe, Stone Broken. La première image qui me soit venue en tête est celle de Moïse tenant les tables de la loi, brisées. Y a-t-il un rapport, ou est-ce complètement différent ?

Rich : Le nom du groupe vient en fait d’un mot anglais qui dit que si tu es « broke » tu n’as pas d’argent. Stone Broken, signifie ruiné de chez ruiné ! En fait, avant d’enregistrer notre Ep, nous avons fait une liste de nos besoins : ce que nous devions acheter, le temps de studio, le matos, et nous avons tout additionné. J’ai dit « We’re gonna be broke » (On va être sur la paille), et Robyn a ajouté « stone broke » (complètement ruiné ». On a rajouté le N et ça fait !

Metal-Eyes : Mais vous avez pu trouver comment enregistrer deux albums et tourner ! Y at-il des thèmes que vous souhaitez aborder dans le groupe ?

Rich : Oui… Il y a une chanson sur l’labum qui traite des violences familiales, un chanson qui m’est personnelle. Je n’en ai pas été victime, mais je suis proche de personnes qui ont été victimes de violences familiales. J’ai eu le  sentiment qu’il fallait que j’en parle, parce que c’est un sujet qui reste tabou. Les gens n’osent pas en parler, et pourtant le devraient. Ça peur devenir dramatique si on n’alerte pas. Je voulais que ce soit sur l’album, et les autres étaient d’accord. C’est une chanson assez agressive, avec des paroles explicites. Il fallait qu’elle soit sur l’album. Comme je l’ai dit, on souhaite véhiculer des messages. Comme Worth fighting for, qui dit, en substance, qu’il faut te battre pour ce en quoi tu crois. Les gens peuvent l’interpréter comme un message politique, soit, mais s’il y a une cause pour laquelle tu crois valable de te battre, fais le ! On essaye de faire en sorte que chaque chanson ait un sens.

Metal-Eyes : Y a-t-il, au contraire, des sujets que vous ne voulez pas aborder ?

Rich : Pas vraiment. On ne parle pas trop de politique, simplement parce que ça peut être un peu… Risqué. Je crois que nous sommes assez ouverts à tout, il n’y a rien que nous voulions éviter. Et s’il y a un sujet que nous n’avons pas aborder, ça signifie que nous n’avons pas assez de chansons ! (rires)

Metal-Eyes : Ce qui laisse entendre qu’il y aura un troisième album ! Quel a été ton premier choc musical, le groupe ou l’artiste qui t’a fait dire « voilà ce que je veux faire » ? Quel âge as-tu ?

Rich : J’ai 29 ans. Je pense que c’est arrivé par étapes. Un des ex de ma mère jouaitb de la guitare acoustique. Il y a toujours eu de la musique autour de moi. Nous avions un piano droit, aussi, bien que je ne savais jouer d’aucun instrument. Ensuite, j’ai écouté beaucoup de rock au lycée, des choses comme Linkin Park. J’ai commencé à jouer de la batterie – me parents ne voulaient pas que j’ai une batterie à la maison…

Metal-Eyes : On se demande pourquoi !

Rich : Oui ! (rires) Je suis ensuite passé à la guitare, dont je suis tombé amoureux. C’est sans doute lié au fait qu’il y en avait à la maison quand j’étais gamin. Donc c’est une sorte de mélange de cet environnement.

Metal-Eyes : Tu as appris la guitare, et le piano ?

Rich : Un peu, pas énormément, en fait. Tu vois, j’ai tendance  à apprendre seul les instruments dont je souhaite jouer… Je joue un peu de guitare, un peu de piano, un peu de saxophone…

Metal-Eyes : Comment écrivez-vous les chansons ? Est-ce un travail de groupe, en commun, chacun vient-il avec ses idées, l’un d’entre vous propose –t-il plus que les autres ?

Rich : C’est principalement moi qui écris et compose. Ça me vient à divers moments, je peux être entrain de conduire ma voiture, de faire autre chose… Toutes les lignes instrumentales viennent ensemble. J’aurai un riff ainsi qu’un rythme basse et la batterie… Les autres ajoutent le reste. En règle générale, je propose 90% des morceaux, les autres ajoutent ou proposent des modifications. Chris compose la guitare lead. Le principe est que nous devons tous apprécier la chanson, si 3 d’entre nous l’aimons et le dernier non, alors soit on la retire ou on la retravaille. C’est important, surtout avec 4 personnes qui portent le même intérêt au groupe. Nous devons être sur la même longueur d’ondes pour tout ce que nous faisons, sinon, ça peut coincer.

Metal-Eyes : Surtout en montant sur scène, où là, ça se ressentirait tout de suite. Donc, c’est dans l’intérêt de tous.

Rich : Absolument.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Ain’t always easy pour décrire  à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Stone Broken, la quelle serait-ce, et pourquoi ?

Rich : Je dirais sans doute Worth fighting for, le morceau d’ouverture. Sur chacun de nos albums, nous mettons en premier la chanson qui, musicalement, nous représente le mieux. Lorsque les gens insèrent le CD, ils savent c e à quoi s’attendre.Il y a un message positif, le riff, le rythme et un refrain accrocheur.

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Stone Broken ?

Rich : Ouh, ça c’est une bonne question… attends… « Une seule vie, vis la ! »

Metal-Eyes :  Tu as passé ta journée en promo,  alors maintenant, quelle a été la meilleur question du jour, la plus étonnante, surprenante ?

Rich : La dernière, la devise ! (rires) Je ne m’y attendais pas du tout !

Metal-Eyes : Ce qui signifie que tu t’attendais aux autres…

Rich : (il rit) Non, m  is celle-là ne m’a jamais été posée, vraiment !

Metal-Eyes : C’est mon copyright, ma propriété !

Rich : Oui, c’est sûr ! Il y a eu beaucoup de bonnes questions, intéressantes, aujourd’hui, mais celle-là m’a fait plus réfléchir. C’est bien de sortir de son confort aussi.

BLACK MOTH: Anatomical Venus

Stoner, Royaume-uni (Candlelight, 2018)

Formé à Leeds en 2010, les Anglais de Black Moth nous proposent un troisième album lourd, envoûtant et sombre. Puisant son inspiration autant chez Black Sabbath dans ses aspects heavy que dans Mastodon pour la puissance de feu de sa section rythmique, Black Moth n’hésite jamais, sur Anatomical Venus, à varier les tempi et les plaisirs en s’offrant même quelques divagations psychédéliques. Ca sent légèrement la fumette… Le chant de Harriet Bevan peut être aussi sec que séduisant, les guitares de Nico Carew et Jim Swainston sont saturées en diable et la section rythmique tenue par Dave Vachon (basse) et Dom McReady (batterie) rappellent les plus furieuses heures d’un Black Sabbath ou, plus récemment, Red Fang. Sisters of the stone, hypnotique, fait mouche dès la première écoute et m’impressionne. M’ensemble, d’ailleurs… Rien n’a ici été laissé au hasard, et chaque morceau fait son petit effet. Inconnu jusqu’àlors à mes oreilles, Black Moth est une des grosses surprises de ce début d’année.

STONE BROKEN: Ain’t always easy

Rock, Royaume-Uni (Spinefarm records, 2018)

Personne ne pourra nier l’influence de Nickelback sur ce second album des Anglais de Stone Broken (le premier est paru en 2016 ). La puissance, l’efficacité des compos, la production léchée tout est réuni sur Ain’t always easy pour séduire tant les radios que le grand public. Il y a juste ce qu’il faut de séduction dans le chant de Rich Moss – puissant et mélodieux, sans jamais trop en faire –  et un énorme sens du morceau accrocheur pour que succombent rapidement pucelles et tourtereaux… et nombre de médias en recherche d’audience. Worth fighting for, qui ouvre le propos promet de vivre de grands moments rock et Let me see it all, coquin en diable, confirme la bonne tenue de l’ensemble. En tout cas, sur la première partie de l’album. Car la seconde est plus téléphonée, classique et entendue. Comme me le confiait Rich, le chanteur, lors d’une récente interview, Stone Broken a placé, sur chacun de ses album, le titre le plus représentatif de la musique du groupe en premier. Doit-on alors s’attendre à moins d’inspiration par la suite? Ne parlons pas de la ballade racoleuse Anyone – déjà faite un million de fois, souvent en mieux. Si la recette est gourmande, on n’est guère plus surpris jusqu’au final The only thing I need qui relance la machine. En résumé, cet album s’écoute avec plaisir, malgré une baisse de régime qui pourrait presque faire penser à du remplissage. Il y a toutefois un incontestable savoir faire qui rappelle d’autres grands du genre : Alter Bridge, Volbeat ou même Black Stone Cherry font sans doute partie des influences alors ne boudez pas votre plaisir.

Interview: SAXON

Entretien avec Biff Byford (chant). Propos recueillis à Paris le 11 janvier 2018

Interviewer un personnage comme Biff Byford est toujours un plaisir. L’homme est bien plus que l’incarnation de Saxon, il est l’image, l’une des dernières qui soient, d’un rocker dans l’âme. Il est, vit et respire le metal, tant son attitude et son verbe son ceux de la passion. Et aujourd’hui l’homme est plus que de bonne humeur: il est joyeux et jovial.

Biff Byford, Paris, 11 janvier 2018

Metal-Eyes : Biff, pour commencer, nous sommes en début d’année, que je te souhaite très bonne !

Biff : Merci, bonne année aussi, ou comme on dit en français ? Bon anniversaire ou peu importe…

Metal-Eyes : Non, anniversaire, c’est Birthday, ça viendra plus tard…

Biff : Oh, d’accord, le mien est bientôt…

Metal-Eyes : La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était rapidement au Download Paris…

Biff :  Ah oui ! Le Download ! Il a encore lieu ?

Metal-Eyes : Il y a eu la seconde édition l’an dernier, et une troisième arrive cette année, en juin, encore une semaine avant le Hellfest.

Biff : Tu veux parler de…Baby Metal ? Ils ont eu des problèmes… C’était assez marrant, en fait, que tout « plante » comme ça… A l’époque du digital, passe encore. Mais, non, ça n’a pas été vraiment frustrant. On n’a plus rien à prouver… Je pense que le concert du Hellfest, l’été dernier, nous a donné une place correcte, même si j’aurai préféré jouer plus tard. Mais c’était un bon concert, au Download, les gens ont aimé, et c’était un bon concert pour Saxon. Pas autant pour Baby Metal, mais c’est ça, le Rock n Roll. Ils doivent apprendre aussi…

Metal-Eyes : Et quels sont, justement, tes souvenirs de votre dernier Hellfest, l’été dernier ?

Biff : C’était super ! J’ai adoré. Il y a des vidéos de ce concert, il y avait une bonne ambiance, le public était en forme. Certains disent que nous étions le meilleur groupe du festival, et je en vais pas les contredire… (rires)

Metal-Eyes : Au moins dans mon Top 3. Je me souviens de ton étonnement quand tu as vu cette personne en chaise roulante portée par le public : tu t’es exclamé « those are wheels of steel ! » C’était la première fois que tu voyais ça ?

Biff : Oui ! Tu ne vois pas souvent de chaises roulantes voler au-dessus du public, faire du crowdsurfing !

Metal-Eyes : Tu devrais rester tout le Hellfest alors. Rien que la journée du samedi, j’en ai compté, devant les mains stages, pas moins de 9 ou 10. C’est impressionnant, surtout quand elles arrivent au niveau du pit…

Biff : Oui, impressionnant. On a donné un très bon concert, il y avait de belles lumières…

Metal-Eyes : Revenons à la musique. Battering ram est sorti il y a un peu plus de deux ans, vous avez beaucoup tourné depuis. Quels sont les moments les plus marquants de ces deux années ?

Biff : Tourner avec Motörhead, sans aucun doute. Ça a été douloureux, lorsque Lemmy est mort… J’ai eu la chance de passer du temps avec lui avant son départ. On a beaucoup tourné pour Battering ram, on a  tourné avec Fastway – Fast Eddie est mort la nuit dernière…

Metal-Eyes : Pardon ? Il est mort la nuit dernière ?

Biff : Oui… On a pu passer du temps avec lui, également…

Metal-Eyes : Attends… ça signifie qu’il n’y a plus un seul membre du Motörhead des grands jours encore en vie…

Biff : Oui, c’est triste… Dans l’ensemble ces deux ans ont été super pour nous. Saxon est très en vue en ce moment. Je crois que notre position à l’affiche du Hellfest était parfaite pour Saxon, nous avons joué à une heure parfaite…

Metal-Eyes : Et le bon jour, samedi était très orienté Heavy metal et Hard rock…

Biff : Oui, aussi.

Metal-Eyes : Puisque nous parlons de concerts, j’ai vu que vous allez bientôt ouvrir aux USA pour Judas Priest, ce qui est une autre belle affiche. Y a-t-il des chances pour que ce package vienne aussi en Europe ?

Biff : Euh… Je ne crois pas. Nous voudrions le faire, oui. Nous en avons parlé avec Judas Priest… Ce serait fantastique, pour les fans. Pas forcément pour l’équilibre financier (rires), mais pour les fans, oui ! Nous verrons bien ce que nous réserve l’avenir !

Metal-Eyes : J’ai également vu un coffret publié par BMG, centré sur les années 80. Saxon a-t-il eu son mot à dire dans ce projet ?

Biff : Un peu. Pas trop : BMG a voulu récupérer le vieux catalogue de EMI. J’ai supervisé la couverture, et un peu la sortie du produit. Ils vont sortir une bonne partie de notre back catalogue, repenser le packaging et d’autres choses. Je pense que c’est une bonne chose de ressortir ce matériel des années 80.

Metal-Eyes : Qui reste très puissant, aujourd’hui encore.

Biff : Absolument.

Metal-Eyes : Parlons un peu de votre nouvel album. Thunderbolt va paraitre dans quelques jours. Comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre Battering ram et Thunderbolt. C’est toujours très heavy mais il y a, selon moi, plus de mélodie et de passages chantants, c’est moins foncièrement brut.

Biff : Tu as sans doute raison… On a voulu… En fait, on n’a pas cherché quoi que ce soit, tout s’est mis en place assez facilement pour Nibbs et moi, qui avons, une nouvelle fois, travaillé ensemble. Je cherche toujours à écrire des textes « intéressants » et des mélodies que les gens peuvent chanter, « anthémiques » si je puis dire. Je crois que c’est un des éléments qui crédibilisent Saxon. Je crois que, dans le ressenti, Thunderbolt est plus « British heavy metal » que Battering ram. Je ne peux pas vraiment te parler de l’évolution, tu le pourrais mieux que moi. On n’écoute pas nos anciens albums, on se concentre sur le nouvel album, ce que j’ai fait ces deux dernières années : écrire les textes, tester différentes idées. J’attends que l’inspiration vienne, je ne cherche pas à la forcer, à me forcer à écrire. Tout sonne, selon moi, naturel, rien ne sonne forcé. Ces textes, et ces mélodies, sont ce qui pouvait se faire de mieux pour cet album. Nous n’avons pas fait les choses à la va-vite, j’ai pris le temps d’écrire, Andy a pris le temps de le produire… J’ai travaillé de mon côté, chez moi, pour enregistrer les voix, le groupe s’est réuni pour taper le bœuf et répéter, Andy et moi avons passé du temps à tester les lignes de chant. Dès que nous avions un peu de temps libre, on travaillait. Entre 2016 et 2017, on a travaillé à l’album.

Metal-Eyes : Tu viens de mentionner le fait que tu cherches à écrire des paroles intéressantes. Tu abordes des thèemes différents, pas forcément habituels pour Saxon : la mythoilogie, voler, le fantastique… Qu’est-ce qui t’a inspiré dans cette écriture ?

Biff : Ce sont simplement, à mes yeux, des histoires intéressantes… Juste ce qui sort de mon esprit. Parfois la mélodie dicte ce que je dois écrire, parfois c’est l’inverse. Et ça devient une chanson. Ce qui me vient à l’esprit… Ca déconne là-dedans ! (rires) Je veux seulement que ce soit intéressant. J’ai passé du temps sur Nosferatu : cette chanson doit évoquer le roman de Bram Stocker, le film de la Hammer. Il mort toujours des femmes, jamais des hommes. En gros, ça traite de tous ces aspects sexuels entre Dracula et les femmes… Je voulais utiliser le concept de Dracula et je crois, je n’en suis pas sûr, que Nosferatu est le nom romain de Dracula, mais ça sonne mieux. Je voulais que ce titre soit très gothique, s’inspirant de ce film des années 20.

Metal-Eyes : L’horreur, le fantastique, ce ne sont pas des thèmes habituels pour toi.

Biff : Non, C’est assez nouveau, en effet. Les choses de la nuit, les créatures de la nuit…

Metal-Eyes : Non, les créatures de la nuit (Creatures of the night, en anglais), c’était Kiss.

Biff : Oui… Oui (rires)! Mais ce titre se devait d’être gothique !

Metal-Eyes : Une chose qui n’a pas changé depuis quelques albums, c’est que vous débutez par une introduction, ce qui est parfait pour débuter les concerts, avant de lancer la machine metal.

Biff : Oui… cependant, l’intro est toujours un morceau à part. Il y a une raison à cela : les gens peuvent la zapper et passer directement aux chansons (rires) !

Metal-Eyes : Donc, aujourd’hui, Saxon enregistre des choses qui pourraient ne pas figurer du tout sur un album? Vous passez du temps à composer des choses en pensant que les auditeurs ne vont pas écouter…

Biff : Non (il sourit)… sérieusement, je pense que ça participe à l’atmosphère générale. Ça évite de commencer très fort… Thunderbolt est un gros sujet, un thème massif. Ce qui est inhabituel avec l’intro, c’est qu’elle est entièrement jouée à la guitare.

Metal-Eyes : Tu as aussi decide de traiter de mythologie. Quelle était ton idée avec Sons of Odin ?

Biff : En fait, l’histoire des Vikings est liée à la nôtre. Ils ont envahi la Bretagne et y ont régné longtemps. Les hommes du nord et nous avons toujuors été en guerre… Je crois que depuis une trentaine d’années, les gens découvrent plus de choses au sujet des vikings que le simple fait de piller et ravager. Les vikings ont les mêmes origines que les saxons, et j’ai trouvé que le parallèle était intéressant. Les échanges, la navigation autour du monde… Il y a quelques connotations religieuses, païennes. Tu sais, les mythologies nordiques et grecques sont assez proches. C’est du bon matériel à traiter et à chanter. On la voulait dans l’esprit de Crusader, un peu plus lente et lourde.

Metal-Eyes : Qu’en est-il de The secret of flight ?

Biff : Là encore: si tu penses au fait de voler, ça ne fait pas si longtemps que l’on a découvert comment voler. C’est à peine croyable de se dire qu’il y a à peine 100 ans des gens volaient dans une caisse de bois alors que maintenant on envoie des choses sur Mars, et au-delà. J’ai tenté de relater tout cela, en 4 strophes (rires).

Metal-Eyes : Pas évident, depuis les frères Wright

Biff : De Vinci, les frères Wright, Einstein…

Metal-Eyes : Ce n‘est d’ailleurs pas la première fois que tu abordes ce thème. Le titre de cette chanson en appelle d’autres : 747, Flying on the edge, Eyes of the storm, notamment qui traitent des dangers d’un vol en avion. As-tu peur de voler ou, au contraire, voudrais-tu, comme d’autres, devenir pilote ?

Biff : Je n’aime pas voler, je l’avoue. Non, je n’ai pas envie de devenir pilote ! Je pourrais être le chauffeur de mon groupe, mais pas son pilote, jamais ! Je n’ai pas peur voler, simplement, je n’aime pas le fait de voler.

Metal-Eyes : Pourtant, il le faut, lorsque tu vas partout dans le monde…

Biff : Oui, je dois prendre l’avion, mais je ne trouve pas ça intéressant.

Metal-Eyes : Qui est à l’origine de la pochette de Thunderbolt ?

Biff : Paul Gregory… C’est son interprétation de la mythologie, avec Zeus qui domine et l’aigle qui transporte cet éclair. C’est une pochette très old school, qui aurait très bien pu illustrer Power and the glory en 84. J’aime cette relation avec l’ancienne école.

Metal-Eyes : Il y a aussi un lien avec l’aigle qui apparaissait souvent à vos débuts…

Biff : L’aigle représente la puissance et la liberté, n’est-ce pas?

Metal-Eyes : Bien sûr. Ma question cependant est de savoir si on aura de nouveau l’occasion de voir votre « Fuckin’ pigeon » sur scène en France?

Biff (rires) : On l’utilise encore… On voulait l’utiliser au Hellfest. On l’avait partout ailleurs, mais je ne sais pas pourquoi ça ne s’est pas fait… Je crois que les équipes de production scénique ne voulaient pas de l’aigle, « trop de boulot »… C’est ce que je pense… Je crois que l’orga le voulait, mais les techniciens ont dit « non… ». Ils ont eu tort, car il était là, dans le camion. On aurait pu le mettre. Tu sais, les gens en ont peur, ils croient qu’il est plus grand qu’il n’est en réalité, plus lourd… Pourtant, il est auto suffisant : il a ses propres lumières, son propre générateur. Tout ce qu’il faut faire, c’est l’accrocher, il n’a même pas besoin de voler, on peut simplement le laisser pendre en fond de scène. Ce n’est pas comme le Bomber, qui doit bouger, voler, l’aigle non… Donc pas de pigeon au dernier Hellfest (rires)

Metal-Eyes : Quelles sont vos prévision de tournée ?

Biff : On commence avec 8 concerts en février, avant d’aller tourner aux USA avec Judas Priest. Ensuite, on fera quelques festivals, pas trop, avant de sillonner l’Europe en octobre. La France sera visitée en octobre, ce sera bientôt annoncé.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Thunderbolt pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Saxon aujourd’hui, laquelle serait-ce ?

Biff : Euh… c’est difficile comme question… Il faut que ce soit une chanson à la fois 8O’s et moderne. Probablement Sniper, une chanson avec différents mix. « Old school but new school » en somme.

Metal-Eyes : Saxon est sur les routes depuis 4 décennies. Je sais qu’il y a des chansons que vous ne pouvez pas ne pas jouer, mais y en a-t-il que tu souhaiterais pouvoir ne plus jouer parce que tu t’en lasses ?

Biff : Non… Les chansons ont un impact différent selon les pays : Strong arm est très puissante en France, mais pas vraiment aux USA. Différentes personnes réagissent différement et font de nous ce que nous sommes.

Metal-Eyes : Y a-t-il, au contraire, des chansons que vous ne jouez pas et que tu voudrais pouvoir interpréter ?

Biff : Oui, il y a toujours quelques chansons qu’on voudrait jouer, mais on n’a pas le temps. Parfois, en festival on le fait, parce qu’on n’est pas en  train de promouvoir un album. On tente de les inclure, puis on les retire… La setlist de Saxon évolue toujours. Il n’y a pas deux concerts de Saxon identiques, on change toujours deux ou trois titres.

Metal-Eyes : Et comment vous occupez-vous sur la route ?

Biff : Comment on s’occupe ? Putain, on est toujours occupés sur la route : on fait des VIP, on donne des interviews, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le seul moment de tranquillité, c’est quand on va se coucher. Après le concert, on boit un peu et on va dormir.

Metal-Eyes : Je sais que tu apprécies le vin rouge, quel est ton vin préféré ?

Biff : Hum… Un Saint Emilion. Mais c’est cher…

Metal-Eyes : Remontons dans le temps: quel fut ton premier choc musical?

Biff : Je suis allé voir les Small Faces et Canned Heat, ce fut mon premier concert et ce fut un vrai choc. C’est probablement Canned Heat qui m’a donné envie de faire ce métier. Quand j’étais ado, dans les années 60, il y avait les Kinks, aussi.

Metal-Eyes : Même si j’ai déjà mon idée, quelel pourrait être la devise Saxon ?

Biff : La devise? “Never surrender”, bien sûr !

Metal-Eyes : C’est ce que je pensais, je l’avais noté en français si jamais tu avais voulu regarder mes notes! Quelle a été la meilleure question qu’on t’ai posée aujourd’hui, ou la plus surprenante ?

Biff : Euh… « Quel est le dernier message que tu as enregistré sur ton téléphone ? » Et j’annonçais la triste nouvelle de la mort de Fast eddie.

Metal-Eyes : Je te verrais en fn d’année sur scène, en attendant, Biff, merci beaucoup.

Biff : oh, tu pourrais nous voir en festival avant, aussi, on continue d’en booker, alors, on verra. Nous ne sommes qu’en janvier !

 

 

MAGNUM: Lost on the road to eternity

Hard rock, Royaume-Uni (SPV, 2017)

Si le titre de ce nouvel album de Magnum se veut prémonitoire, son contenu pourrait bien transformer ce rêve en réalité. De bout en bout, en effet, ce Lost on the road to eternity, enthousiasme, entraine ou/et émerveille l’auditeur. Les mélodies sont simplement toutes d’une simplicité et d’une efficacité à nulle autre pareille, avec des airs immédiats, des mélodies et des refrains qu’on s’amuse à siffloter en choeur sans prendre le temps de se demander ce qu’il se passe. La légèreté de l’ensemble confirme tout le talent de ce groupe qui, tout en restant fidèle à ses origines, taille de véritables hits en puissance. C’est que depuis sa création en 1972, Magnum en a vu et vécu des choses… De Preachers and cream – très réaliste – à King of the wold – très optimiste et positif – chacune des 11 chansons de ce disque fait mouche. A une époque où la violence est à chaque coin de rue, Lost on the road to eternity choisit le chemin de la bienveillance, tant dans ses constructions musicales que dans ses propos. Une totale réussite qui s’adresse à tous les amateurs de belles mélodies.
A noter : SPV propose une version de l’album agrémentée d’un CD bonus contenant 4 titres live enregistrés en 2017. Certes, c’est court mais en attendant un nouveau live intégral, on s’en contentera!

Hommage à Fast Eddie CLARKE

Fast Eddie, le guitariste avec lequel Motörhead est devenu une légende est décédé dans la nuit du 10 janvier 2018 des suites d’une pneumonie. Après Philthy Animal Taylor (décédé le 11 novembre 2015) et Lemmy (le 28 décembre 2015), c’est le dernier membre du Motörhead légendaire qui disparaît. Cet article est mon hommage à ce guitariste d’exception, ainsi qu’au groupe que fut ce Motörhead, bviereux et dangereux au possible. 

Source: internet

Motörhead est à la musique ce que son fondateur était à la médecine : une énigme. En quatre décennies d’existence, Motörhead a connu tant de revers, de trahisons, de coups bas, d’incompréhension, de changements de line-up, s’est retrouvé à la rue on ne sait combien de fois… que le groupe aurait dû, s’il y avait une réelle logique aux choses, disparaître depuis bien longtemps. La vie en a décidé autrement.

1975. Ian Fraser Kilminster, alias Lemmy, retrouve sa terre natale anglaise après s’être fait éjecter de Hawkwind pour possession de drogues (« des mauvaises drogues », dira-t-il plus tard) lors d’un contrôle douanier à la frontière canadienne. Il en faut plus pour démotiver l’ancien roadie de Jimi Hendrix qui décide de monter son propre groupe, qu’il souhaite d’abord appeler Bastards. Mais un management avisé le persuade qu’avec un tel patronyme, Lemmy ne passera jamais à Top Of The Pops. Le bassiste/chanteur choisi alors le nom de la dernière chanson qu’il a écrite pour Hawkwind Motörhead. Le groupe est alors composé, outre son fondateur, du guitariste Larry Wallis et du batteur Lucas Fox, le trio étant managé Dave Edmunds.

Ce dernier s’attèle à la promotion de son nouveau poulain et parvient à faire entrer Motörhead dans l’écurie de United Artists. Le trio entre alors en studio pour enregistrer son premier album qui ne satisfait pas le label, United décidant de ne pas commercialiser On Parole. La carrière de Motörhead commence mal, d’autant plus que Lucas Fox se fait virer pendant les sessions d’enregistrement et se voit remplacé par Phil Taylor, bientôt surnommé « Philthy Animal » Taylor.

Le groupe répète intensément et Lemmy pense qu’un second guitariste est nécessaire. Eddie Clarke – ou Fast Eddie, né 5 octobre 1950 à Twickenham – entre en scène en 1976 au grand dam de Larry Wallis qui décide de retrouver sa liberté. L’efficacité du dernier arrivé est telle que Motörhead demeurera un trio.

En 1977, les choses n’avancent pas. Alors que le trio est au bord de l’implosion à cause du manque évident de succès de leur entreprise, les musiciens profitent de deux journées dans un studio pour jeter les bases de onze morceaux qui tous se trouveront sur le premier album officiel de Motörhead que le label Chiswick commercialise au mois de septembre. Illustré par un certain Joe Pentagno qui crée War-Pig, le célèbre monstre qui suivra à jamais Motörhead, ce premier album démontre simplement que la rage est là, teintée de ce Blues dont jamais Lemmy ne se départira. Le public est sous le choc de la puissance de l’ensemble. Comment un trio peut-il atteindre ce niveau de violence ? Sous le choc aussi de cette voix née de la rencontre d’une râpe à fromage et de papier de verre. Le résultat, c’est la vigueur de Motörhead, le blues de la reprise Train kept a rollin, le prémonitoire White line fever ou Iron horse/Born to lose. L’album atteint bientôt la 43ème place des charts, pourtant Motörhead décide de mettre un terme à sa collaboration avec Chiswick .

L’arrivée de Douglas Smith comme manager de Motörhead en 1978 marque un véritable tournant dans la carrière du groupe qui se professionnalise vraiment. La première tâche à laquelle s’attelle Smith est simple : trouver un foyer pour son groupe. Motörhead signe alors avec le label Bronze, entame une tournée anglaise de 18 dates, et savoure un premier passage à Top Of The Pops. Puis il est temps de proposer du concret aux fans. Le trio retourne en studio alors que le monde vit sous le joug du punk depuis bientôt deux ans. Mais la brutalité et la spontanéité de Motörhead parvient, comme l’a démontré la tournée, à réunir tout type de public, du simple hardos qui commence à ressortir au skinhead en passant par le punk ou le mod’s. Des jeunes à la recherche de virilité et de décibels.

Overkill parait en mars 1979. Le choc est réel. Dès l’introduction à la double grosse caisse du morceau éponyme, le public et les médias savent que le Rock est en train de vivre un grand moment. Sale, violent, puant la transpiration, la bière tiède et les cendres froides, Overkill , grâce à une collection d’hymnes intemporels (Stay cleanI’ll be your sisterNo classTear ya downMetropolisCapricorn…) permet à Motörhead d’élargir son public à travers l’Europe. Soutenu par deux singles, l’album monte à la 24ème place des charts. Bronze se frotte les mains. A peine Motörhead a-t-il le temps de souffler que le label renvoie les musiciens en studio au mois de juillet. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud…

Dès le mois d’octobre, le public retrouve le nouveau groupe le plus dangereux du monde grâce à Bomber qui grimpe à la 12ème place. Oui, trois petits mois auront suffit pour concevoir cet album, qui malgré son succès et malgré la puissance de morceaux comme Dead man tell no tales ou l’éponyme Bomber semble très légèrement moins inspiré que son prédécesseur. Si l’esprit rock direct est partout présent, si Motörhead cherche un peu à se renouveler, une certaine lassitude semble s’installer. Cela transparait avec Lawman ou l’inquiétant Sweet revenge, titres lents et lourds mais joués sans réelle conviction. Pourtant, le succès commence à attiser les convoitises… Rappelez-vous : United Artists avait refusé de sortir On parole en 1976. Trois ans plus tard, le label n’hésite pas à le faire.

Motörhead n’a pas le temps de s’inquiéter de l’accueil reçu par Bomber ; déjà le trio part en tournée pour conquérir le continent en compagnie de Saxon (onze dates en Hollande, Allemagne et France) tandis que le Royaume-Uni commence à céder aux coups de boutoirs de ce phénomène que l’on nommera bientôt la New Wave Of British Heavy Metal. Nous sommes en 1980 et le monde du Rock connait une nouvelle mutation. Motörhead en tirera largement profit, comme le démontre l’énorme succès rencontré par Ace Of Spades qui parait en novembre. Cette fois, point de faiblesse. Motörhead signe l’album parfait de Rock sur lequel rien n’est à jeter… Produit par Vic Maile, rendant hommage aux hommes de l’ombre (We Are The Road Crew), parlant des plaisirs de la vie (Ace Of SpadesThe Chase Is Better Than The CatchLove Me Like A Reptile…) Ace Of Spades est bientôt certifié disque d’or, et entre dans le cercle fermé des indispensables classiques du genre.

Motörhead repart sur les routes. Sillonnant sa terre natale, le trio enregistre ici et là ce qui deviendra son premier album live. Mais avant, Lemmy and Co. s’offrent un petit plaisir et enregistrent un maxi single de trois titres avec les nouvelles copines de GirlschoolSt Valentine’s day massacre est propulsé n°5, confirmant le capital sympathie acquis par le trio. Tout va pour le mieux, et avant de s’envoler pour le nouveau continent (vaste territoire qui reste encore à conquérir, les disques de Motörhead n’y étant pas distribués) afin d’ouvrir pour Ozzy Osbourne, Motörhead savoure le plaisir des sommets du podium. No sleep ‘til hammersmith est le parfait témoignage de l’efficacité dévastatrice de Motörhead face à son public au début des années 80. Enregistrés sur plusieurs dates au cours de sa dernière tournée en date, les 11 morceaux figurant sur cet album démontrent que Motörhead n’a pas usurpé son titre de groupe le plus dangereux du monde. Et ce groupe se hisse à la première place des charts ! Plutôt bien pour une formation qui était au bord de l’implosion quatre petites années auparavant, non ?

Un tel succès ne se mérite qu’à force de travail et d’implication. La tournée ne s’est pas passée sans heurts, Eddie et Phithy se battant régulièrement. Lorsque sonne de nouveau l’heure d’enregistrer, il y a de réelles tensions au sein du groupe qui décide de produire lui-même son futur album. Fast Eddie est donc en charge de donner forme au son de Iron fist. Le guitariste verra plus tard dans ce choix l’existence d’un piège destiné à trouver une raison pour le remplacer. Car, oui, Iron fist ne satisfait pas autant les fans lors de sa sortie en avril 1982. Sans être désastreux, les retours sont mitigés. Certes, des morceaux comme Iron fistLoser ou (Don’t need) Religion sont du pur Motörhead . Mais l’ensemble pêche par manque de dynamisme sonore sans doute. Le 14 mai, Fast Eddie quitte Lemmyet Philthy, et part fonder, en compagnie de Pete Way (bassiste de UFOFastway.

Rapidement, les gaillards sont en désaccord, et le bassiste fonde son propre groupe, Waysted. Fast Eddie s’entoure d’une fine équipe et enregistre un premier album, un Fastway remarquable et remarqué et à l’opposé de Motörhead. L’album lorgne plus du côté des Led Zeppelin que de la brutalité lemmyesque. Malgré toutes ses qualités, et malgré le fait que Fastway vende plus que Motörhead ne l’a jamais fait jsuqu’alors aux USA, le disque ne parvient pas à devenir disque d’or: « seulement » 400.000 exemplaires sont vendus. Chiffre qui encourage le groupe à continuer.

C’est confiant que Fastway réintègre les studio afin d’y accoucher de l’excellent Waiting for the roar. Le groupe est en forme et cela se ressent sur chacun des morceaux de l’album qui peine cependant à séduire les acheteurs. Pas grave, c’est aussi ça le rock. Mais mal conseillé ou mal inspiré, Fastway va voir le public déserter par la suite à cause de choix aventureux et pas forcément judicieux.

IRON MAIDEN: L’antre de la bête

Biographie, Chris Welch  (Editions Hunning et Munning, 2017)

Chris Welch écrit comme il respire… Ce journaliste anglais est un enfant du rock comme il en reste peu. Né en 1941, il était ado au moment de la naissance de ce courant musical et en a suivi les évolutions à travers le temps. Devenu journaliste, il travaille pour l’incontournable Melody maker et collabore à divers magazines, à différents postes dont celui d’éditeur du Metal Hammer anglais, tout en collaborant à d’autres magazines de référence, du jazz au metal.

Il se distingue également par se capacité à  raconter l’histoires de nombreux groupes. Il rédige ainsi les biographies de David Bowie, Led Zeppelin, Peter Grant (manager des dits Led Zep), Black Sabbath, Cream, Genesis, Pink Floyd, Hendrix, The Who, Def Leppard… Ce n’est là que le sommet de l’iceberg tant la liste de ses ouvrages est longue.

L’antre de la bête se penche sur le cas Iron Maiden d’une manière qui se veut originale. En allant droit à l’essentiel, Welch réussit à résumer la carrière de la bande à Steve Harris en à peine 62 pages! C’est dire s’il résume une carrière quarantenaire et des exploits devenus légendaires. Mais commencer – il s’agit là sans doute de la responsabilité de l’éditeur qui eut mieux fait de vérifier avant de publier – par confondre Bruce Dickinson (en photo) et Dennis Wilcock ou Dennis Stratton et son remplaçant Adrian Smith (p 8 et 9), il faut le faire. Est-ce un signe pour la suite? Pas forcément même si une formation aussi légendaire mérite un traitement plus fouillé et profond.

Heureusement, l’ouvrage est richement illustré de photos moins connues du grand public. Et ça, c’est bien. Surtout, ce livre renferme des enveloppes comportant des reproductions qui attireront nombre de fans: le tour program de Judas Priest résumant l’histoire des deux formations, des affiches, flyers, pass de différentes tournées. Une vingtaine de documents qui, malheureusement, ne s’avèrent pas forcément aussi passionnants qu’ils auraient pu l’être. Y en a t-il assez? Non, loin de là, même si l’on a – cocorico – plaisir à retrouver cette affiche de la tournée allemande de The beast on the road à laquelle participait Trust… Mais, en général, sont-ce là des objets qui peuvent vraiment faire rêver le fan? D’autres, plus « légendaires », auraient sans doute plus facilement atteint ce résultat.

Alors, naturellement, les fans ultimes fonceront compléter leur collection (si ce n’est déjà fait) et les plus jeunes, ceux découvrant Iron Maiden, auront largement de quoi satisfaire leur curiosité avec ce livre gentiment initiatique. Les autres, qu’ils soient fan de la première heure ou amateur éclairé, rongeront un peu leur frein. Un sympathique livre « gadget », mais pas forcément un ouvrage indispensable.

BROKEN WITT REBELS

Rock sudiste, Royaume-Uni (Snakefarm, 2017)

Allez, on va faire un joli package de rock sudiste moderne… Au regard du nombre de sorties récemment proposées, on pourrait monter un festival « Spinefarm/Snakefarm »! Attention à ne pas faire une overdose. Heureusement, Broken Witt Rebels, nouveau venu sur la scène southern rock, varie les plaisirs, piochant autant chez les indispensables Lynyrd Skynyrd, Blackfoot ou Molly Hatchet que dans le rock énervé des 60’s époque Woodstock, que dans le blues ou la soul pur jus. On pourrait même croire à un clin d’œil à Joe Satriani sur les premières notes de Guns, qui devient pourtant rapidement plus rock pop. Cette variété assumée – qui provient sans doute des origines britanniques du groupe – enrichi ce premier album au chant embué (ah cette voix ravagée par la clope et le mauvais whisky!), aux guitares enlevées, simples et sans fioritures, aux rythmes d’une redoutable efficacité. Si la ballade Getaway man est plus traditionnelle, on admire le groove des Loose change, Georgia pine, Breathless… La surprise nous attend aussi avec ce Wait for you inspiré que ne renierait sans doute pas Coldplay, en énervé… Snakefarm se fait décidément, semble-t-il, un devoir de nous trouver des groupes qui jouent avec leur tripes, à l’ancienne et sans prise de tête…

MOTÖRHEAD: Under cöver

Hard Rock, Royaume-Uni (Motörhead music, 2017)

Bien, sûr, naturellement… Après la disparition de Lemmy, on pouvait s’attendre à ce que le nom de Motörhead ne soit pas oublié. Après un bien bel album live paru l’an dernier, le trio est de retour avec Under cöver, déjà en bacs. Mais, plutôt que de ressortir de vieilles bandes, démos, lives et raretés (auxquelles nous auront droit, évidemment), les survivants Mikkey Dee et Phil Campbell ont choisi l’option « on publie nos covers ». Celles que cette formation a enregistrées au cours des ans. Si l’on avait déjà pu écouter la reprise de Sympathy for the devil (The Rolling Stones) sur Bad magic, on a ici droit à 11 classiques, du rock au metal. Twisted sister, Stones, Judas Priest, Sex Pistols, Metallica, le panel est vaste, allant du rock au thrash. Et quelle plaisir – surprise, aussi – d’entendre Lemmy en lieu et place de Rob Halford, chanter Breaking the law… Ca apporte une autre rugosité à ce titre. Que penser de Whiplash, ultra speedé? Deux grosses surprises sont également à noter: la première, dont on parle beaucoup dans les milieux pas seulement autorisés, c’est cette version enlevée du Heroes de David Bowie. La seconde, c’est le chant sur Starstruck (Rainbow): un duo? Non… Malade, Lemmy n’a pu enregistrer le chant et c’est le fidèle ami Biff Byford (Saxon) qui s’en charge. Vous l’aurez compris, ce Under cöver est une belle et agréable surprise, un objet qu’on attendait pas forcément mais qui fait vraiment du bien. Motörhead not dead!

SHRAPNEL: Raised on decay

Thrash – Death melodique, Royaume Uni (Candlelight/Spinefarm records, 2017)

Je m’adresse ici, avec la plus grande bienveillance qui soit, aux amateurs de hard FM, fans de hair metal, de Bon Jovi à Ratt, en passant par Poison ou Warrant: FOUTEZ-MOI LE CAMP!!! Quand un groupe s’appelle Shrapnel, il y a guère d’espoirs de l’écouter conter fleurette… C’est tranchant, explosif et dans ta face de bout en bout. Demandez donc à Tony Stark ce qu’il en pense… Sur les 11 titres ici proposés, pas un ne cherche à lever le pied ni ralentir la cadence. On reconnait volontiers les influences des Anglais, certaines évidentes telle Slayer, Exodus, Testament, mais aussi Nuclear Assault, The Haunted, sans parler du death dans sa globalité…. Si ça ne vous évoque rien, ben, tant pis. Mais si ça vous parle, vous aurez compris qu’on évoque ici du thrash pur jus, agressif et sans concession. Le chant presque black est inquiétant, les guitares aussi explosive qu’en recherche de riff mélodique et la rythmique… Sans doute est-ce le point faible tant la double est omni présente. Les amateurs de sensations fortes apprécieront sans aucun doute, les autres prendront soit une bonne décharge d’adrénaline soit la porte. Reste qu’on ne ressort pas l’expérience indemne!