EKO: Déficit d’humanité

France, Metal (M&O, 2024)

La rage en français, ça a du bon… EKO, qui existe depuis 2015 et a connu moult changements avant de nous proposer ce Déficit d’humanité, un album révolté qui dit ce qu’il a à dire. Musicalement, les 11 titres évoquent – naturellement pourrait-on penser – Rage Against The Machine, mais le groupe puise également du côté de Living Colour, Fishbone, Bad Brains et autre groupes de ce que l’on désignait comme fusion, ce metal qui inclut hip hop, phrasé rap et irrévérence punk. Textuellement, on pense à nos groupes revendicatifs, Trust ou No One Is Innocent ou Mass Hysteria en tête. Des comparaisons certes faciles mais Eko apporte sa propre personnalité. Le groove omni présent ne laisse jamais indifférent et qu’on soit d’accord ou non avec les paroles, on ne peut qu’admirer la détermination directe d’Eko à faire passer son message. Un constat de la situation actuelle d’un monde en perdition et empli d’inhumanité. Sur scène, ça doit dépoter sévère!

Interview: NIGHTMARE

Interview NIGHTMARE. Entretien avec Yves CAMPION (basse) le 25 avril 2004

Yves, pour rappel, parce qu’on ne va pas revenir sur l’histoire de Nightmare : le groupe s’est formé en 1979 à Grenoble, a connu plusieurs line-ups et publie aujourd’hui son 12ème album studio, Encrypted. Cependant, revenons un peu en arrière : votre précédent album, Aeternam, est sorti en 2020. Une année qui évoque certains souvenirs pas toujours très agréables. Vous avez subi la crise sanitaire de plein fouet avec ce disque…

Tout à fait… On l’a même enregistré, pour tout te dire, en plein confinement. On se débrouillait pour rejoindre le studio. On sortait avec des autorisations…

En plus, vous n’habitez pas tous au même endroit, ça ne devait pas être facile de vous retrouver.

Avec Magie, ça pouvait se faire, mais… il fallait magouiller pour sortir de chez nous !

I’m just a rock’n’roll rebel ! (Il rit). Est-ce que cette période de crise sanitaire vous a permis, comme ce fut le cas pour de très nombreux autres musiciens et autres professionnels, de vous réinventer dans le cadre des enregistrements, avez-vous développé l’utilisation des outils que l’informatique moderne nous offre pour travailler à distance ?

On en a discuté un moment… Certains ont fait du stream, ont fait des concerts à distance… Nous, on n’était pas trop partants pour faire ça, on était vraiment sur l’album. On avait moins de stress en ce qui concerne la sortie, même si la maison de disques avait une date prévue… Il y avait une tournée prévue, elle était actée, mais il a fallu reporter les dates plusieurs fois. C’est une période où on n’avait pas trop de visibilité, mais d’un autre côté, on avait peut-être plus de temps pour travailler sur l’album, et être moins dans le stress de la deadline avec une date précise où il faut rendre les masters. On avait des deadlines, mais c’était plus souple.

Maintenant, 4 ans après, Encrypted sort. Il y a encore eu un changement de vocaliste. Vous avez quelques difficultés à vous stabiliser avec un ou une vocaliste. Maggie, un album, Madie, un album, et là, c’est le premier album de Barbara…

Tout à fait… Malheureusement…

C’est quoi, Yves Campion dictateur en chef ?

(Rires) Si c’était Yves Campion dictateur en chef, il n’y en a pas 4 autres qui m’auraient suivi ! Il faut être honnêtes, quand une personne s’en va, ou qui est virée, si ça se passe bien, en général, les autres ne sont pas d’accord… Ce n’est pas ce qu’on souhaite. On ne recrute pas quelqu’un pour se dire que ce n’est pas le bon… Maintenant, les choses se sont passées comme ça, on a toujours eu la chance de… « rebondir » de rester dans l’ascendant. Barbara, elle a été dans le bain dès le départ. On a joué au Full metal week end, à Majorque, au départ, on devait jouer 30’ et au final, on a joué 75’ ! On apprend ça 15 jours avant, elle a foncé dans le tas, elle a bossé comme une dingue et elle y est allée…

Elle n’avait pas vraiment le choix, non plus !

Oh, si, elle aurait pu nous dire que c’était trop tôt, aussi…

Oui, mais elle est jeune, il y a le côté « défi » de la prestation…

Oui, c’est exactement ça, elle l’a pris comme un défi.

Comment avez-vous sélectionné Barbara ? Combien de personnes avez-vous auditionnées et qu’est-ce qui a fait la différence ?

Comme on avait des dates, ça a été très compliqué. Matt connaissait quelqu’un, et sur les réseaux sociaux, ça va assez vite… On l’a contactée, on a discuté et… On n’avait pas 36 choix, on a joué, et ça s’est super bien passé, naturellement. Avec un peu de stress, quand même, parce qu’on n’avait qu’une personne. Il y a aussi une question d’implication, Barbara s’est tout de suite entièrement impliquée…

C’est votre troisième chanteuse. Est-ce qu’à un moment vous vous êtes dit que vous pouviez aussi revenir à un chanteur ?

C’est un challenge. On avait tenté à l’époque quand Joe et David sont partis en 2015. On a fait un pari, notre maison de disques nous a soutenus – « allez-y, faites un coup avec une chanteuse » – et avec Magalie, le public a suivi. Quand elle est partie, le label nous a dit de rester avec une chanteuse ; Forcément, deux chanteuses c’est deux identités différentes mais on a choisi de relever le défi et de garder ce cap.

Qu’apporte Barbara de plus que Maddie ? Dans votre bio, il est écrit qu’elle « transcende Nightmare amenant le groupe dans une autre dimension ».

Sans changer totalement d’identité, elle a un truc en plus : elle growle. Même dans les anciennes versions de Nightmare il y en a un peu, sur Genetic disorder on était parti sur des territoires extrêmes, des terrains qui n’étaient pas tout à fait les nôtres. Il y avait aussi Frank qui faisait des riffs beaucoup plus thrash… Alors, avoir une chanteuse qui growle vraiment bien nous a poussé à explorer ce panel. Sans vouloir dénaturer le groupe, non plus. Je pense qu’on a voulu réaliser un album très ambitieux d’un point de vue technique, et c’est pour ça qu’on a voulu explorer le chant…

Justement, tu parles de ce côté exploratoire. Comment, en dehors de l’arrivée de Barbara, analyses-tu l’évolution de Nightmare entre Aeternam et Encrypted ?

Beaucoup plus riche… Aeternam est un super album, mais là, je pense qu’on est dans un album beaucoup plus riche en termes de compositions. Là on est allé beaucoup plus loin. Sur le morceau Encrypted, par exemple, il y a un passage qui touche à Ihshan, dans les orchestrations, avec de la double, du blast. On a ouvert encore un peu plus le champ des possibles. On a utilisé le chant de Barbara sur des titres rapides, un peu à la Arch Enemy… Il y a des choses qu’on n’avait pas forcément testées avant… On explore sans dénaturer le groupe. Il y a d’ailleurs des morceaux très heavy metal old school, comme Wake the night, un peu à la Black Sabbath, mais ça reste du Nightmare. On a simplement poussé la direction artistique dans des zones un peu plus…vastes. Il y a des longues parties musicales, aussi… Matt, qui a composé une bonne partie de l’labum, est partie dans cette direction.

Tu parles de ces musiciens qui, aujourd’hui, forment depuis des années le noyau dur de Nightmare (il approuve). Quelle a été l’apport de Barbara ? Elle a eu son mot à dire ?

Même plus que ça, elle à même travaillé sur la direction artistique… C’est elle qui a lancé l’idée Encrypted, elle a écrit beaucoup de textes… Je travaille toujours beaucoup le chant, et on a essayé des choses, on a cherché à voir où ça brillait le plus, et, franchement, ça a été une étroite collaboration, un vrai travail d’équipe. Quand elle a écrit des textes, elle les a faits, et les a interprétés. Elle s’est vraiment appropriée ce qu’elle a écrit.

Elle a pris les choses à bras-le-corps… Quels sont les thèmes abordés sur Encrypted ?

Alors… Le thème général, parce qu’il n’y a pas de concept avec des morceaux liés… Chaque morceau est connecté à ce concept, lié au mot « Encrypted » : on a tous des vestiges du passé qui peuvent écrire l’histoire du futur. Tout est écrit. La fin de l’espèce humaine, le passage dans l’au-delà… Ce que le monde vit aujourd’hui, quoi !

Et il y a des thèmes qui, selon, vous, n’ont pas leur place dans Nightmare ?

On a toujours été, sauf un peu au début… On n’est pas Mass Hysteria ou No One, on n’est pas du tout un groupe politique. On est plus dans le mystique, la transcendance, dans l’ésotérisme. Il y a un groupe que je vénère depuis des années et qui continue de m’inspirer, c’est Crimson Glory. Ils ont sorti un chef-d’œuvre en 1987 et c’est toujours d’actualité. Transcendence est toujours un de mes albums de chevet…

Si tu devais ne retenir qu’un titre de Encrypted pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Nightmare aujourd’hui, ce serait lequel ?

Je dirais qu’on a fait un bon choix avec le premier single, Saviours of the damned, c’est un titre rapide, au niveau de la ligne de chant, il est top, il monte crescendo. C’est un titre ultra catchy, du début à la fin. Je ne sais pas comment les gens le perçoivent et je suis curieux de le savoir…

Vous avez déjà annoncé quelques concerts sur votre site, et il y en a un qui me surprend : l’album sort au mois de juin et vous faites votre release party le… 17 octobre…

Alors, merci d’aborder le sujet ! Je voulais en parler, tu as bien fait de lancer le sujet ! C’est un concert qu’on veut historique et qui me tient vraiment à cœur : c’est le concert des 40 ans de l’album Waiting for the twilight qui était sortit en octobre 84. Tu vois la relation ? Et comme on s’est rabibochés avec Jo et David, on veut célébrer ça. On va présenter le nouvel album mais il y aura aussi le line up originel, avec les anciens, tous ceux qui ont participé à cet album. On va faire un double set, un best of, avec l’ancien et le nouveau Nightmare. On invite tout le monde à venir parce que ça va être ultra culte. Ça se passera chez nous, à Grenoble, à L’Illiade, une salle qu’on aime bien, qui a un super son. Tout ce que je peux dire aux gens qui n’ont pas encore leur billet, c’est : faites vite, les places partent très vite !

Un tel évènement sous-entend de garder des traces, donc il y aura un album live à suivre ?

On y travaille, c’est en discussion. Il y a bien sûr, toujours, le label dans la boucle. On y tient vraiment, tous, parce que ce n’est pas quelque chose qu’on pourra faire deux fois…

Et puis, il y a aussi le fait que réunir autant de personnes, ça ne se fait pas comme ça, il faut tenir compte des agendas de chacun…

Exactement. Et puis, avec Jo et david, on s’est retrouvés, que ça fait partie de notre vie… Avec Jo, on s’est simplement dit qu’il nous reste peut-être moins de temps à vivre que le temps qu’on a passé ensemble (rires). Ce serait quand même stupide de ne pas laisser une trace de ce type de moment. Dans une relation, il y a toujours des beaux moments et des choses moins belles… Alors rappelons nous des choses belles, on ne sait pas si on sera encore là demain. Dans 10 ans, on ne sait pas où on sera. Le fait qu’on se soit retrouvés avec David et Jo, c’est quelque chose qui me rend zen. Chacun a ses groupes, j’ai joué avec eux, c’est des super mecs. Il n’y a plus d’animosité, on est vraiment heureux de le faire.

Il y a aussi le retour de la Firemaster convention les 25 et 26 octobre à Châteauroux…

Oui, on y sera le 26 octobre, le jour de mon anniversaire !

Alors je viendrai le fêter avec toi ! il y a une belle affiche ce week end là, avec Tagada Jones, vous…

Oui, ça va être une belle date, aussi !

Quelle pourrait être la devise de Nightmare aujourd’hui ?

Pourquoi pas Encrypted ? Parce que tout est écrit… Et il y a aussi le karma. Après, on est croyant ou pas, mais souvent, quand on est négatif, on provoque le négatif et inversement.

Pour conclure, on le sait : dans le rock et dans le metal, très rares sont ceux qui vivent de leur musique. Quelles sont vos activités respectives dans vos autres vies, hors Nightmare ?

J’ai toujours été dans la musique puisque j’ai un magazine – Metallian – et une boite de prod. Frank travaille dans une usine qui fait des impressions de je sais pas quoi, Barbara est intermittente, Matt fait des petits boulots et Niels travaille chez un agent… Oui, on a tous un travail alimentaire à côté, bien sûr.

As-tu quelque chose à ajouter avant que nous ne terminions ?

Je pousse vraiment les gens à venir à ce concert d’octobre, même s’il y a des bornes à faire. Il y a toutes les infos sur le site et les réseaux, c’est assez facile à trouver et ça va être un concert ultra historique, il faut venir !

AS A NEW REVOLT: Acid

France, Rap metal (Autoproduction, 2024)

Rappelez-vous, nous avions pu découvrir le metal rapé de As A New Revolt (AANR) en 2021 et pu témoigner du résultat en live lors de la prestation du duo au Hellfest. AANR revient aujourd’hui avec Acid, un album plus abouti, tant dans le son que dans les compositions, au nombre de 9. Impossible de ne pas penser à toute la vague neo metal, Korn en tête, certes, mais ce serait un peu trop réducteur. Il y a ici de la recherche de son, ce son techno/hip hop auquel se mêle la rage et la fureur d’un metal des cités. Alors, OK, on ne peut guère foncièrement parler ici de metal, mais les amateurs de puissance rapée, de sons électro et de rage vocale seront ici servis. Pas forcément mon truc, mais je me dis que quand j’arrive à la fin de ce genre d’album c’est que, au fond, il y a quelque chose…

WATERTANK: Liminal status

France, Rock (Atypeek music, 2024)

Voici bientôt 20 ans que Watertank a vu le jour du côté de Nantes… De la formation d’origine, il ne reste que Thomas Boutet, guitariste au chant torturé qui a vu son groupe plusieurs fois remodelé. Aujourd’hui entouré de Romain Donet (guitare), Willie Etié (basse) et Matthieu Bellemere (batterie), le groupe nous offre son quatrième album, un disque forgé dans un rock que certains définissent comme indépendant ou alternatif. Les guitares saturées et déterminées enrobent un chant étouffé et mélancolique sur des rythmes variés. Avec Liminal status, Watertank évoque en musique une forme de souffrance intérieure, explore des univers rock et grungy, parfois sombres, à d’autres moments rassurants. On se laisse entrainer dans cet univers sonore sans pour autant sombrer dans la déprime. Watertank nous offre un album épuré, dépouillé, au propos musical direct.

SOUFFRE: Dévotion/connexion

France, gothique (Ep autoproduit, 2024)

Voici un groupe dont la musique ne me parle guère et qui, pourtant, présente un univers sonore qui répond totalement au patronyme qu’il a choisi… Avec son premier Ep de 5 titres, Dévotion/connexion, Souffre développe un univers aussi sombre et étrange que violent. Après une intro purement gothique, Esclave heureux plonge dans un délire noisy avec un chant torturé et un break lourd et quelques influences Paradise Lost période Icon/Draconian times. Souffre aime la vitesse, et le démontre également avec Derrière le masque, avec ses impressionnantes descentes de manche et son chant sans finesse. Le morceau titre est quant à lui hyper speedé, teinté de touches électro, violent et hypnotique, un titre plein de conviction mais dépourvu de séduction… On retrouve ces aspects électro avec La mémoire de la peau qui clôt ce disque. Seul Combustion animale, au milieu de l’ouvrage semble plus raisonnablement heavy mais se met rapidement à foncer vers une forme de rage folle. Si je ne suis pas sensible à la musique du groupe, la thématique abordée, et la manière dont elle est mise en mots, interpelle. L’homme et sa souffrance, sa condition mortelle et le traitement qu’il réserve depuis toujours à sa propre espèce qui se traduisent par une forme de résilience… Souffre nous propose donc un disque loin de s’adresser à tous les publics – est-ce là seulement son intention? – un disque pour public averti et qui s’apprivoise au gré des écoutes mais un disque à la thématique actuelle et universelle.

THE HELLECTRIC DEVILZ: The devilz playground

France, Hard rock (Brennus music, 2024)

Comment prendre cet album qui, visiblement, cherche à tromper l’auditeur? Ok, la pochette donne quelques indications sur le genre de musique que pratique The Hellectric Devilz, groupe basque formé en 2017 et déjà auteur d’un premier album paru en 2020 : du hard rock burné qui lorgne vers le metal et le glam. Maintenant, la lecure des titres de ce nouveau disque, The devilz playground interpelle: dans un premier temps, ils sont logiquement numérotés de 1 à 10 mais on se rend compte que les sous-titres sont en ordre inversé… Double sens d’écoute? A tester, certainement! En tout cas, les basques nous proposent un hard rock burné théâtralisé de bout en bout. « Ladies and gentlemen, welcome… » Si l’anglais est perfectible, le groupe se fait plaisir avec ces 10 chansons qui lorgnent autant du côté du heavy rock de Motörhead période Overkill que du glam/punk irrévérencieux, du metal anglais renaissant de la période NWOBHM ou encore le thrash de la Bay area qui commence à faire son trou. Que ce soit la double grosse caisse qui bastonne, les riffs tranchants, une basse à la Steve Harris, le chant qui s’offre des envolées dignes d’un John Gallagher (Raven) ou des textes gentiment sataniques, tout est réuni pour offrir un bon moment à l’auditeur amateur de décibels et de rythmes endiablés. Sous ses airs parfois effrayants, on découvre souvent un diable séducteur. Laissez-vous tenter…

VESPERINE: Perpétuel

France, Metal quelque peu expérimental et brutal (Autoproduction, 2024)

« Y a pas à dire, c’est une musique d’hommes »… « J’ai connu une Polonaise qui écoutait ça, le matin au réveil »... Des paroles de Monsieur Audiard détournées, certes, mais qui s’appliquent particulièrement à ce nouvel album des Français de Vesprine. Oh, il est loin le premier Ep de 2015… depuis, le groupe a publié trois albums et revient aujourd’hui avec ce Perpétuel qui, tout au long des 6 titres dégueule de haine, de rage et de colère. C’est sombre et brutal, et Vesperine ne laisse guère de place à l’espoir, malgré l’intitulé de son premier morceau. Mais plutôt que de foncer dans le tas comme une brute, le groupe te chope par les couilles et relâche rapidement la pression, apportant ainsi un peu de lumière et de douceur (le démarrage d’Universelle liesse – titre qui m’évoque par instants l’univers sonore de La Maison Tellier – laisse entrevoir un moment de répit). En développant des ambiances ouvertement paradoxales, en démarrant comme une brute pour se calmer par la suite, Vesperine parvient à créer un univers particulier, naviguant entre post hardcore, black metal, doom, sur fond de rythmes enlevés et martiaux comme une marche d’esclaves (Mouvement III – Tant qu’il y a de l’espoir), moments beaucoup plus légers et intimistes (Mouvement II, le poids du silence) malgré un chant plein de colère. Bref, un moment de bonheur à réserver à un public averti. Et curieux. Et pas dépressif.

W!ZARD: Not good enough

France, Punk/Electro (Autoproduction, 2024)

W!zard, kézako? W!izard est un trio formé en 2018 par le bassiste chanteur Romain Arnault, le guitariste Manuel Cayla et le batteur Finn Sally, remplacé en 2021 par julien Bordenave et qui propose un mélange de punk rock et d’électro. Des rythmes de boites de nuit, hypnotiques et entrainants à mille lieux du metal hormis l’esprit enragé qui s’en détache. Le premier album, Not good enough étonne par ses aspects décalés de chansons démembrées qui évoquent autant le punk originel que la new wave british des 80’s et qui s’écoutent volontiers un coup dans le nez. W!zard nous propose un album surprenant qui s’adresse à un public varié, amateur de rythmes pop et/ou syncopés, de sons psychés et d’énergie communicative.

Interview: DEAD TREE SEEDS

Interview DEAD TREE SEEDS. Entretien avec Sidi (basse) le 17 avril 2024

Metal Eyes : La dernière fois que j’ai pu échanger avec Alex et Aurélien, c’était en 2021 pour la sortie de l’album Push the button en 2021. Depuis, vous avez sorti un Ep, Back to the seeds en 2022. Que s’est-il passé depuis ? Il y a eu d’autres sorties ou je n’ai rien raté ?

Sidi : Non, tu n’as rien raté du tout ! On a fait pas mal de concert, on a eu un nouveau chanteur, Franck Le Hard qui a remplacé Fanck Vortex et…

Il faut s’appeler Franck pour être chanteur chez vous ?

Apparemment, oui (rires) ! C’est le grand hasard qui a fait que… Après le départ de Franck Vortex, qui est parti revivre en Italie, et ne pouvait plus continuer, on a trouvé son remplaçant, Franck Le Hard, assez rapidement…

Il vient d’où, tu peux nous le présenter ?

Il a un gros passif dans le metal, il travaille avec plusieurs groupes. Il vient du Nord, d’Amiens, et on s’est rencontrés par le biais de Geoffroy Lebon, le guitariste de No Return qui est aussi du coin. On est proches, et quand il a su qu’on cherchait un chanteur, il est allé voir Franck pour lui dire qu’il connaissait un groupe qui cherchait quelqu’un… Il nous a fait la même chose : « il correspond exactement à vos attentes, il faut le rencontrer… » Alexandre, le batteur, l’a appelé, la communication entre eux s’est super bien passée et on l’a rencontré. Il a auditionné et… Geoffroy avait parfaitement raison, il correspondait parfaitement à nos attentes !

Puisqu’on parle de ce gros changement de line-up, qu’apporte-t-il de plus, de différent ? Quelles sont les différences entre Franck et Franck ?

J’irai même plus loin que ça : Franck Le Hard est à mi-chemin entre notre premier chanteur, Alban, qui avait un timbre de voix spécifique, et Franck Vortex. Lui, il fait le lien entre ces deux chanteurs. Son timbre se rapproche de chacun sur certaines parties spécifiques.

Il rentre donc parfaitement dans l’esprit thrash de Dead Tree Seeds. Il y a un nouvel album qui sort, quand on regarde l’évolution du groupe, le premier album est sorti en 2013, le second en 2020 et le nouveau en 2024. Le temps se resserre entre deux albums quand même…

(Rires) oui ! C’est le line-up qui est beaucoup plus stable. On a eu le temps, les guitaristes, le batteur et moi de composer, on a donné des concerts, et l’arrivée de Franck a aussi accéléré les choses. On avait prévu de sortir l’album à cette période.

On en avait en effet parlé avec Alex et Aurélien en 2021, ils m’avaient dit que l’album était prêt mais qu’il manquait quelques petites choses. J’imagine que Franck est arrivé après…

Oui, les morceaux étaient composés dans leur totalité, il restait quelques arrangements et quand Franck est arrivé, il avait pas mal de choses à apprendre – on avait des concerts à assurer – et il fallait aussi qu’il écrive des textes pour l’album qu’on devait finaliser au mois d’août pour une sortie maintenant. Donc il avait un temps très réduit pour écrire et enregistrer.

Sur les albums précédents, vous abordiez certains thèmes historiques. Quels sont les thèmes abordés sur Toxic thoughts ? On peut s’en faire une idée avec la pochette…

On est surtout axés sur les pensées toxiques que les hommes peuvent apporter par leur esprit malsain, dans tous les sens du terme. Toxic thoughts, pensées toxiques, peut même faire référence à une personne dont les pensées sont tellement négatives qu’il peut avoir un effet destructeur sur lui-même… C’est plus un aspect psychologique. Ça s’est fait de façon assez naturelle en voyant ce qu’il se passe autour de nous.

C’est un album qui ne tourne qu’autour de ces pensées toxiques ou vous abordez d’autres thèmes ?

C’est principalement au sujet de ces pensées humaines.

On peut parler de concept album ou pas ?

Ben, euh… Les retours qu’on a vont plus dans ce sens, en effet. Je ne peux pas le nier, mais ça n’a pas été un moteur de composition, c’est venu naturellement. On a procédé de la même manière que pour Push the button : on a composé, on a écouté le morceau, et au fil de l’eau, le morceau se finalise, le chanteur pose sa patte…

« Le chanteur a posé sa patte ». Il y a bien sûr le changement de chanteur, mais comment décrirais-tu l’évolution de Dead Tree Seeds entre Push the button et Toxic thoughts ?

Je pense que cet album est beaucoup plus abouti. Déjà, pour Push the button, on a voulu progresser au niveau du son, des compositions, on a essayé de faire les choses de manière un peu plus professionnelle. Le travail de composition était important, ainsi que le son. C’est pour ça qu’on est passés par un studio qui puisse nous offrir un gros son. Le changement de label également est important, parce qu’on voulait une meilleure visibilité. On était vraiment content de Music-records qui correspondait bien à ce qu’on cherchait à l’époque, maintenant, pour cet album, on voulait quelque chose de plus gros, avoir accès à plus de choses.

Pour défendre ce nouvel album, il y a des concerts prévus dont tu peux parler ?

Alors, on va le présenter (NdMP : la date étant passée, 19 avril, il faut lire « on l’a présenté ») le jour de la sortie au DemonFest à Outarville, on a fait Nantes, et, ça vient d’être annoncé, on sera au Off du Hellfest, et on a quelques dates qui vont arriver en septembre/octobre avec No Return.

Parlons un peu de musique : comment peux-tu me convaincre de filer acheter l’album à sa sortie ?

Alors… Si tu kiffes Megadeth, Testament, Kreator, Warbringer et toute cette grosse vague de thrash, ancienne ou nouvelle, alors tu vas adorer notre album ! On est vraiment dans cette optique thrash, on a accentué les morceaux et on joue beaucoup plus vite qu’avant.

Et si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album qui permettrait à quelqu’un de comprendre ce qu’est aujourd’hui Dead Tree Seeds ?

Je ne vais pas te donner un titre, je vais t’en donner deux…

Non, un seul me suffit, c’est bien ma question !

(Rires) Alors Pure hate. C’est un titre direct, intense, plutôt bien construit avec une super rythmique, un solo qui est plutôt pas mal et la voix de Franck met tout le monde d’accord. Et c’est le premier titre de l’album qui fait aussi l’objet d’un clip, sorti le même jour que l’album.

On le sait pertinemment : un groupe de rock français, qui plus est de metal, vit très rarement de sa musique. Quelles sont vos activités dans vos autres vies, en dehors du groupe ?

Moi, je suis co-gérant d’une boite de nettoyage et de sécurité, ça me prend pas mal de temps… François est professeur des écoles, Aurélien est maitre-nageur, Alexandre travaille pour la mairie de Mantes la Jolie et Franck travaille au Carter studios du côté d’Amiens, lui est vraiment dans la musique. Donc des univers professionnels complètement différents.

Pour conclure, quelle pourrait être la devise de Dead Tree Seeds ?

Là comme ça ? Je ne sais pas, tu me poses une colle… « faire de la musique et partager en live »… C’est ce qui me motive, donner des concerts et aller voir le public, présenter nos morceaux et partager du bon temps avec les gens.

Souhaites-tu ajouter quelque chose avant que nous nous quittions ?

Oui : sur cet album, il y a une petite partie inédite, sur le morceau Compondium. C’est un morceau instrumental qu’on a axé sur des solos, et sur ce titre, on a des potes qui sont venus faire un solo. Tu retrouveras vraiment l’ambiance et une diversité de solos sur ce titre.

BLESS HER EVIL: We are mystery…

Canada, Metal (M&O, 2024)

Parfois il faut simplement oser. Oser mélanger des styles musicaux a priori sans rapport ou point commun, oser explorer ses envies et y intégrer ses influences, aussi variées soient elles. C’est ce que nous proposent les Canadiens de Bless Her Evil, groupe québécois formé en 2019. Lorsqu’ils se lancent dans l’aventure, Frank, Matt et Bert (respectivement à la guitare, à la basse et à la batterie) sont aussi fans du rock sudiste de Blackberry Smoke que du metal barré de Mudvayne ou celui plus mélodique d’Evanescence, mais sont également inspirés par le rock des 70’s ou le Neo du début de notre siècle. Pour mélanger tout ça, ils sont rejoints par la chanteuse D’Emman et nous proposent ensemble aujourd’hui un recueil de leurs délires exploratoires. Composé de 11 titres, We are mystery… porte bien son nom tant la variété des influences est présente. Passant d’une intro tribale à un riff digne de Metallica, cet album lorgne partout: on y trouve des traces aussi bien d’AC/DC que, plus discrètement, d’un jeune Motörhead, du punk (Dark cluster) ou un esprit électro (Robot bug). Bless Her Evil passe avec une remarquable facilité de morceaux énergiques et énervés (Brother the crow, The Moon upside down) à des moments plus calmes et tendres (Life, Ectoplasm, le 60’s/70’s Father reading) ou d’autres simplement groovy (Missy oide). Pour ratisser large, le groupe propose également un titre en français, La discorde, sombre et martial à souhaits. Avec We are mystery… Bless Her Evil s’adresse à un très large public grâce à une palette musicale riche et variée. Reste à aller le conquérir, ce public, sur scène.