HOWARD: Oscillations

France, Rock (Autoproduction, 2025)

Howard fait partie de ces groupes nés à la fin des années 2010 et qui ont vus leurs espoirs stoppés nets par la crise sanitaire. Après avoir sorti un premier Ep en 2018 – Howard I – le trio a publié en mars 2020 son premier album, Obstacle – quel ironie sarcastique que ce titre quand on y repense! – impossible à défendre correctement pour les raisons que l’on sait. Sans se décourager pour autant, Howard publie en 2022 son second essai, Event Horizon. Le public découvre un trio plus qu’influencé par les géants du rock des années 70 et confirme cet état d’esprit tout au long de Oscillations, son nouvel album paru fin mars. Loin de ne ses contenter que de reprendre des formules ayant fait leurs preuves, les musiciens (Jimbo Canoville au chant et à la guitare, Raphaël Jeandenand à la basse, orgue Hammond… et Tom Karren à la batterie et aux percussions) intègrent avec bonheur de nombreux éléments modernes qui offrent des touches électro à l’ensemble. En modernisant son propos, le trio offre à l’auditeur une plongée dans diverses émotions qui vont du calme à la tempête, de la rage à l’apaisement. Le groupe sera à découvrir lors du prochain Hellfest le samedi en ouverture de la Valley.

MEDICIS: Where we dive

France, Rock (Day Dream Music, 2025)

La jolie surprise que voici! Where we dive est le premier album des Nantais de Medicis, groupe formé au début des années 2020 et qui a publié un premier Ep éponyme en 2022. Au travers de 8 titres proposés à l’ancienne sur les faces A et B (d’un… CD!), Medicis développe un univers éthéré, bienveillant et entrainant. La voix de Julien (également bassiste), douce et suave, est soutenue par Victor, co-chanteur, guitariste et claviériste de la formation. Dès Boxes, on est séduit par les ambiances rock quelque peu énervé et pop sans être acidulé qui se mettent à crisser ou s’adoucissent au gré des envies de Medicis. Le groupe, également composé d’un second guitariste, Nicolas, et du batteur, Thomas, a décidé de raconter l’histoire d’une œuvre de musée qui peu à peu, prend conscience d’exister et de son envie de s’échapper de son cadre pour vivre au delà des simples regards des visiteurs. Un concept quelque peu original qui permet à la formation de divaguer et se laisser porter par ses envies d’explorations sonores. Les Nantais utilisent cette envie d’évasion de l’œuvre comme prétexte à explorer divers sentiments. Le résultat, enregistré en conditions live en à peine plus de… 2 jours!, est plus que séduisant et réussi, et Where we dive fait partie de ces albums à découvrir d’urgence.

KRYPTOPORTIKUS: Dark rainbow

Allemagne, Heavy prog (Fastball, 2025)

Issu de leur rencontre en 2015, Kryptoportikus est le projet commun du producteur/guitariste Chris Techritz et du vocaliste Franz Herde, ex-membre de Sieges Seven. Si tous deux ont un passé certain, je suis ici quelque peu gêné car si, musicalement, le duo nous replonge sans hésiter dans le metal des années 80 et le prog plus proche des années 90/2000, avec des airs qui rentrent dans la tête, je trouve le chant souvent exagérément poussé, maladroitement haut perché, pas toujours en phase avec le propos musical. Résultat: un chant qui m’agresse bien plus qu’il ne me séduit. Ce n’est que mon ressenti et chacun se fera sa propre opinion. Musicalement, toutefois, Dark rainbow, l’album de cette collaboration, tient vraiment la route, les plans de guitares évoquant aussi bien le progressif susmentionné que certains aspects thrash old school. C’est précis, aussi véloce que souvent raffiné et toujours précis. La production, elle aussi, est au niveau exigé par le genre. Mais voilà: je ne parviens vraiment pas à adhérer à cette voix qui vient gâcher mon plaisir tout au long des 12 morceaux (exception faite de l’intermède Medusa’s speech narré par une femme) que renferme l’album. Dommage. Ou tant pis…

DERHEROLD – Arcanum 1 – Rage

Suisse, Metal barré (Fastball music, 2025)

Derherold est le projet du multi-instrumentiste suisse Olav Däumling qui offre un triptyque nommé Arcanum. Le concept est basé sur l’histoire du Herold – le hérault – personnage fictif défini comme un « noble paria » dont le voyage vise à lier la musique à son public au travers de différents éléments artistiques. Les 14 chansons du premier volet, Arcanum 1 – the rage, puisent dans un metal/rock très varié. La puissance est toujours de mise, le chant d’Olav (parfois presque faux) imprégné de sombre colère, et l’ensemble navigue sur une variété de sonorités toutes aussi théâtrales les unes que les autres. Du shock rock au progressif, en passant par une forme d’irrévérence verbale, Derherold interpelle autant qu’il surprend tant par sa personnalité propre que par ses influences, parmi lesquelles on retrouve ZZ Top, Dream Theater, Alice Cooper ou Pink Floyd. La musique ici ne se suffit pas et le concept Arcanum est accompagné d’une BD explicative illustrant, sur la base d’un jeu de tarot, chacune des chansons, actuelles et à venir. Une édition limitée avec le premier volet de la saga mais consultable sur les réseaux sociaux. Une découverte intrigante dont on attend maintenant la suite avec impatience.

DEATHTURA: Faith?

Belgique, Thrash (Autoproduction, 2025)

Même les amateurs les plus patients seront surpris du retour des Belges de Deathtura. Le groupe formé en 2013 a livré en 2015 son premier album (Psychotic disaster) avant un second essai en 2018 (Division). Depuis… Silence radio. Pendant 7 années. Jusqu’à l’arrivée de Faith?, le nouvel album paru fin février. Le groupe dit avoir voulu prendre « le temps d’explorer et questionner (son) univers musical pour en extraire le réel sens de (ses) idées« . Le résultat est là, brutal et direct. Teinté de touches industrielles, les 10 titres taillent dans le gras sur fond de chant enragé (Bastian Flames) soutenu par la rugosité des guitares tenues par Arnaud Bomans et Jeffrey Limage. Malin, Deathtura ne se contente pas que de foncer dans le tas, proposant des rythmes toujours puissants et variés (Guillaume Jacques à la basse et Niko Mike D. à la batterie) et des choeurs à faire chanter les foules. Si les Belges ne cherchent pas la finesse, leur propos s’avère rapidement bigrement efficace et explosif. Un retour qu’il faut désormais confirmer sur scène sans doute.

DAMAGE DONE: Stranger skies

France, Progressif (acoustique) (Klonosphère, 2025)

Un peu de douceur dans ce monde de brutes ne pourra pas faire de mal. Malgré son nom, Damage Done nous conduit vers des cieux plus doux et étranges au travers des 7 titres de son album Stranger skies. Il y a du prog dans sa musique (Abyss, Stranger skies), de la country aussi (The fire), du rock (un peu partout), de la légèreté aérienne (A place to call my own qui clôt l’album du haut de ses presque 10′) et toujours ce feeling bienveillant malgré un chant aussi grave et profond que bienveillant. Le groupe formé en 2016 à Nantes par Romaric Lamare (chant et guitares) et Florent Saulnier (guitare, chant) a commencé par proposer des reprises acoustiques de titres grunge, rock et metal et a rencontré un certain succès. Après avoir proposé un Ep, The fire, en 2020, Damage Done connait des changements de line-up et intègre en 2022 le batteur Antoine avant que le bassiste Victor Pierard vienne compléter le combo en 2024, juste avant l’enregistrement de cet album. A gré des écoutes, on se plonge avec délectation dans ces espaces bien plus lumineux que la pochette ne le laisse supposer. Une superbe découverte et l’on ne peut que souhaiter voir Damage grandir et trouver son public dans et hors nos frontières.

https://youtu.be/tqmehpPB8EA

AREIS: The calling

France, Metal (M&O, 2025)

Un coup de vent, une bourrasque qui se transforme en tempête. Avec The calling, les Occitans de Areis présentent leur face la plus enragée, un hardcore rageur et brutal aux rythmes saccadés et au propos direct. Au travers de ces 10 titres, le groupe évite de passer par quatre chemins. Problème: on ne comprend pas un mots du chant dégueulé dans un anglais baragouiné avec une patate dans la bouche. Heureusement, musicalement, Areis nous entraine dans un maelström sonore, aux breaks et cassures de rythmes réguliers, l’ensemble par instants agrémenté de discrets claviers. Ces changements apportent des espaces d’aération bienvenus, mais sera-ce suffisant pour convaincre? Ceux qui recherchent de l’énergie pure seront sans doute servis malgré une sorte de répétitivité des plans. Areis se fond malheureusement dans la masse de ces groupes qui ne réinventent en rien un genre déjà exploré à l’envi mais qui doit, sans aucun doute son point fort, plutôt bien démonter les cervicales sur scène. Parce que l’énergie et l’envie sont bien là.

CHTULUMINATI: Tentacula

Pays- Bas, Stoner/Psyché (Autoproduction, 2025)

Des morceaux à rallonge, des guitares lourdes, des riffs hypnotiques, une voix au bord de la rupture quand elle ne flirte pas, rarement, avec la rage du black metal ou, plus souvent, la profondeur du folk/pagan… Pas de doute, Chtuluminati joue sur les terres d’un heavy rock psychédélique qu’on nomme aujourd’hui stoner. Sur les six titres que comporte Tentacula, son second album, quatre dépassent allègrement les 9′ – et un seul, Transformation, sorte d’intermède incantatoire, ne dure qu’1’12. Chtuluminati nous entraine dans des contrées aussi attirantes qu’inquiétantes sur fond de guitares obsessionnelles, lascives et rugueuses, de rythmes lourds et parfois décousus. Cependant, l’ensemble se tient parfaitement, interpelle et intrigue. Il y a dans cet album des influences variées, allant sans surprise de Black Sabbath à Hawkwind, en passant par le côté aérien de Pink Floyd ou celui plus sombre de Pentagram ainsi que de petites escapades en terres black. Si l’ensemble se veut volontairement oppressant, Tentacula tient parfaitement ses promesses, l’auditeur se trouvant piégé dans les tentacules de la bête. Une bête qui, sans surprise, évoque l’univers Lovecraftien, aussi horrifique (cette déconstruction sonore sur Mantra vient clore les débats) qu’attirant (Cthrl qui pose le décor, sorte de sables mouvants, dans lesquels on s’enfonce au fil des titres sans parvenir à s’en extraire). Tentacula est un album qui mélange les codes, et parvient à mêler des ambiances a priori contre nature. Mais ça fonctionne plus que bien. Pour un second album, la bande montée par le chanteur Devi Hisgen, fondateur et unique membre du projet Marquis, ancêtre de Chtumuminati – Rami Wohl (guitare), Stefan Strausz (basse) et, dernier arrivé, Seth van de Loo (batterie) – parvient à repousser les limites du genre avec des titres aussi longs qu’ambitieux.

//LESS: Crawl in the blur

France, Rock bruitiste (A tant rêver du roi records, 2025)

Comment ils sont énervés ceux-là! Entre rock barré, punk déjanté et irrévérencieux, rage, colère et bordel volontaire, les Français de //Less ne… laissent guère de place à la tranquillité. Ca speede, ça gueule et ça tabasse sec, mais il y a plus. On retrouve certains gimmicks des 90’s avec des guitares qui couinent et crissent, des rythmiques martelées – aussi bien la basse (deux, en fait, l’une tenue par le chanteur Romain Frelier Borda, l’autre par Adrien Moreau) que la batterie de Matthieu Couffrant – un chant qui vient de loin et un ensemble qui ne vise que la déflagration d’énergie. La surprise vient du fait qu’en réalité il n’y a pas de guitares, les deux basses créant un mur solide et puissant. Au travers de ses 10 titres (ce que contient la version que j’ai reçue dont le livret indique pourtant 12 chansons…), Crawl in the blur se révèle un véritable défouloir, sauvage, brutal et quelque peu hypnotique à la fois.

NEPHYLIM: Circuition

Death mélodique, Pays-Bas (Autoproduction, 2025)

Après avoir publié en 2020 leur premier album, Severance of serenity, les Hollandais de Nephylim reviennent aujourd’hui, 5 ans plus tard, avec Circuition, un album conceptuel qui traite des cycles de la vie et de la fatalité. S’il se définit comme un groupe de death mélodique, il y a bien plus dans la musique de Nephylim que de la simple brutalité. Après une intro très orchestrale, le groupe nous plonge dans des univers sonores qui alternent entre pagan et folk metal, le tout agrémenté d’un chant – Tim Bosters – guttural propre au death annoncé. Circuition, au travers de ses 7 morceaux, se plait également à naviguer sur les contrées du metal symphonique ou du heavy pur jus. Les guitares de Kevin Van Geffen (également responsable du chant clair) et Ralph Lentkin, ici aériennes et à d’autres moment plus rentre-dedans, sont soutenue par une rythmique (Rens van de Ven à la basse et Martjin Paauwe à la batterie) efficace et puissante. Si musicalement comme visuellement Nephylim ne réinvente pas le genre, on sent que le groupe veut exister au travers de compositions et d’orchestrations très bien mise en place et exécutées et parfaitement produites. Un plus qu’intéressante découverte à suivre sans doute de près – si tant est qu’une suite voit le jour avant 5 ans!