ZUBZERO: Perverseverance

Pays-Bas,Thrash/Hardcore (Ep, BigBadWolf/Headbangers records, 2025)

Ils ont la rage, ces Hollandais! Formé en 1999, Zubzero propose un metal hardcore aux relents thrash qui tabasse sévère. Avec Perverseverance, son nouvel Ep, le quatuor explore l’humanité approchant de sa fin (Aftermath) et son avidité financière sans limites (Biopiracy). Le chant hargneux de Ferdinand Wanders dégueule sa rage et sa haine entrainé par les guitares aiguisées rapides, brutales et heavy de Dirk Draaisma. Rythmiquement, Herman Mulder (basse) et Lars Draaisma (batterie) parviennent à proposer des structures speedées et plus foncièrement heavy, parfois presque « doomesques ». Quatre morceaux, quatre ambiancesqui font taper du pied et remuer les cheveux. Produit par WD Glasshouwer (producteur que nous connaissons déjà puisqu’il est vocaliste de Bone Ripper), Perverserance s’écoute de bout en bout sans peine aucune. A (re)découvrir d’urgence par tout amateur de saine brutalité.

CORPORAL PUNISHEMENT: Inverted demise

France, Death metal (M&O, 2025)

Depuis sa formation à Toulouse en 2019, Corporal Punishement propose un death metal speedé, direct et, cependant, empli de nuances. Rien ne sert de tabasser sauvagement, le groupe l’a bien compris. La période de crise sanitaire lui permet de peaufiner son sujet, de stabiliser son line up en 2021 et, après un Ep, The new plague, le groupe revient aujourd’hui armé de ce Inverted demise explosif. Les 11 titres évoquent tour à tour Death ou Morbid Angel, et, si la rythmique (Fabien Wheeler, membre fondateur, et François Bresson, respectivement à la basse et à la batterie) pilonne sévèrement, si le chant d’Alexandre Fischer, également fondateur, est rugueux comme l’impose le genre, Corporal Punishement sais mettre le pied sur le frein pour offrir quelques instants de respiration bienvenus. Ce n’est que pour mieux repartir avec des guitares qui charcutent (toutes deux tenues par Kevin Carrière et Félix Desfrances) . Brutal de bout en bout, ce premier album nous présente un groupe plein de promesses. A suivre, donc.

OBSYDIAN: Xplorating fate

France, Rock alternatif (M&O, 2025)

Ils sont trois. Trois qui veulent simplement se faire plaisir en proposant un rock énervé aux frontières du metal, du grunge et du punk. Au travers des 9 titres de Xplorating fate, son premier album, ObsYdian développe un univers énergique mais assez classique. Les guitares enragées accompagnent un chant (dans un anglais malheureusement difficilement compréhensible) mélancolique et quelque peu torturé. Si Nirvana n’est jamais très loin, ObsYdian dit s’adresser « aux esseulés, aux angoissés, aux écorchés vifs (…) qui cherchent réconfort et combativité« … Ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans ces catégories passeront sans doute un bon moment mais au final risquent de ne pas retenir grand chose… La musique d’ObsYdian, si elle n’est ni sombre ni angoissante, déploie cependant une réelle énergie qui mérite de prendre toute son ampleur sur scène.

AFTER US ALL: Rebirthed

France, Metal (M&O, 2025)

Impossible, dès les premières mesures de 6 feet under de ne pas penser à Evanescence. Entre le rock entrainant, le chant féminin plein de douceur, tout évoque, à un autre niveau, le groupe d’Amy Lee. Pourtant, tout au long de Rebirthed, son premier album, After Us All s’en détache par ses approches différemment pop. Si les guitares sont toujours aussi rageuses qu’enjouées, si le chant est entraînant, si les mélodies lorgnent du côté suave et soft pop, les Français parviennent à créer un univers acidulé et amer à la fois. Cette amertume, c’est un phrasé anglais agréable mais une difficulté à comprendre les paroles, une voix douce et haut perchée sur fond de guitares et de rythmes enjoués. Seulement, voilà: l’éternelle question: si je passe un très agréable moment, à la fin, je retiens quoi? De jolies mélodies, certes, un ensemble pas désagréable, mais que me reste-t-il en tête? De l’envie, du savoir faire, oui, il y en a. Oui, mais… Comme l’ont si souvent écrit mes enseignants: « peut mieux faire, doit persévérer ».

MARCH OF SCYLLA: Andromeda

France, Metal (Klonosphère/Season Of Mist, 2025)

La lecture des titres laisse aisément croire que Andromeda, le nouvel album des Français de March Of Scylla, est un concept centré autour de la mythologie grecque. Les dix titres développent des ambiances lourdes, sombres et martiales. Le chant quelque peu torturé, parfois enragé, de Florian Vasseur, s’il souffre d’un trop moyen accent anglais, est mis en scène au gré des besoin de chaque titres. De l’incompréhension à la colère sur Ulysse’s lies à la douceur de Blaast en passant par les abymes de Cosmogony, tout y passe. Musicalement, les guitares de Christopher Fraisier – parfois étonnamment étouffées – sont soutenues par une section rythmique (la basse de Robert Desbiendras et la batterie de Gilles Masson) aussi puissante que martiale. Tant mieux, car illustrer les aventures d’Achille ne saurait passer par trop de bienveillance. L’ensemble est nappé de claviers, enveloppant la brutalité générale d’une forme de douceur et de fragilité. Avec une production signée Francis Caste – Andromeda a été enregistré, oh, surprise!, au studio Sainte Marthe- on a la promesse d’un bon moment à venir. Et que penser de cette sublime illustration, œuvre de Pierre Gacquer? Un superbe album, aussi bien visuellement que musicallement.

KARVANE: Thousand yard stare

France, Rap metal (M&O, 2025)

Après avoir publié un premier album en 2020 (Trahison), traversé, comme nous tous, une période de crise sanitaire, vécu quelques difficultés internes, Karvane revient avec un Thousand yard stare qui permet à Diego de quitter la batterie (il y est remplacé par Didier) pour prendre le rôle de chanteur, la basse étant quant à elle tenue par l’autre fondateur, Cristobal. Si ce nouvel album débute sous des airs de rap énervé et metallique, le trio propose une musique plus vaste au fil des titres. Bon, ok, le chant est retouché mais au delà de ce flow rap que je n’ai jamais su apprécier (Dans ta gueule, No man’s land, N°1…) et de cette boite à rythme trop évidente (partout), il y a de l’énergie brute. Les riffs saturés et la basse groovy font mouche. Seulement, ben… il faut apprécier le rap pour vraiment apprécier Karvane. Bien fait mais pas mon truc.

BÏUR: Plus vite et plus fort

France, Rock (M&O, 2025)

Entre pop et punk, metal et rock alternatif, les Lillois de Bïur ne semblent nullement avoir d’autre prétention que de se faire plaisir en mélangeant les genres. Il y a autant d’irrévérence dans ce Plus vite et plus fort (qui démarre tranquillou pour mieux monter en puissance) que d’esprit rebelle. Sans jamais chercher à révolutionner le genre, Bïur parvient (presque) à faire passer la langue de bois pour de la poésie. Un chant mélancolique (on a parfois l’impression d’entendre Polnareff dans son Lettre à France) ou torturé à la Kemar (No One Is Innocent) accompagne des guitares simples, souvent volubiles et parfois aériennes. S’il est difficile de mettre une étiquette de genre musical, on passe un bon moment. Plus vite et plus fort mélange avec un certain bonheur des genres à priori opposés, et pourtant, ça fonctionne plutôt bien. Fun et irrévérencieux comme il faut.

FANALO

France, Hard rock classieux (Klonosphere, 2025)

Attention, futur géant en vue! Loin d’être un novice, le guitariste Fanalo, après de multiples et variées collaborations, nous offre aujourd’hui son premier album qui pourrait rapidement devenir une pierre angulaire de son œuvre. Le gaillard se pose là dès le morceau introductif, un Tribes instrumental de plus de 7′ qui présente un virtuose doublé d’un créatif. Car si l’on reconnait l’influence des incontournables Steve Vai et Joe Satriani, Fanalo (à la ville Stéphane Alaux, on zappe le « Sté » pour garder le reste, malin…) joue sur la diversité de ses influences, puisant autant dans un hard rock festif que dans un metal aux consonnances progressives, ajoutant ci et là quelques touches plus FM voire électro (Moon, Rebirth). Puis arrive Hate for sale, premier morceau chanté, aussi enjoué que dansant et la machine est lancée. Fanalo s’est entouré d’une pléiade d’invités aussi prestigieux que Jeff Scott Soto, Ron Thal ou encore notre Butcho national et nous offre 10 titres que ne renierait aucun groupe américain. Doté d’une production parfaite, le résultat est bluffant de bout en bout. Un vrai must!

KWOON: Odyssey

France, Prog/Atmosphérique (Klonosphère, 2025)

Nostalgie, nostalgie… Les amateurs du genre seront aux anges de retrouver Kwoon, formation hexagonale fondée en 2005 et quelque peu disparue en 2011 mais ressuscitée en 2022… Le sort de tant d’autres prétendants de la scène musicale, en somme. Avec Odyssey, son nouvel album, Kwoon pourrait bien enfin trouver une place de choix dans le paysage rock. Au delà d’une illustration qui évoque tout autant Jules Verne que Georges Méliès, le groupe propose un rock léger et aérien, voire atmosphérique. L’influence de Pink floyd est indéniable et omni présente mais Kwoon, sans la renier, pose sa marque de fabrique. Un peu de nostalgie, autant visuelle que musicale, un peu de mélancolie, aussi, le tout agrémenté d’un soupçon de plaisir et de chaleur, et Kwoon nous emporte dans son univers. Les 12 morceaux de cet album entrainent l’auditeur dans un voyage quelque peu initiatique et surtout apaisant. Une très belle découverte.

AMON SETHIS: Part III – Dawn of an apocalyptic world

France, Metal progressif (Autoproduction, 2025)

Epique, progressif, agressif et lourd. Après nous avoir proposé un flashback historique avec Part 0 – The queen with golden hair en 2020, nos égyptologues préférés d’Amon Sethis reviennent à la charge avec Part III – Dawn of an apocalyptic world. Toujours axé autour de l’histoire de l’Egypte antique, plus précisément des 6ème et 7ème dynasties, Amon Sethis parvient à recréer des ambiances aussi épiques avec des envolées pharaoniques et lourdes comme une marche d’esclaves. La force d’Amon Sethis, c’est cette capacité à proposer une variété de styles qui tous s’unissent dans une même quête, celle de transmettre cette histoire qui fascine tout autant qu’elle reste méconnue. Les arrangements, s’ils se perdent parfois dans une complexité propre au genre, font passer l’auditeur de l’ensoleillement à la noirceur, de la douceur orientale à la brutalité d’une marche forcée. Construit comme un véritable conte auquel participent plusieurs invités qui ont leur propre rôle, Dawn of an apocalyptic world, s’il manque encore de ce petit truc qui ferait la différence, s’écoute avec bonheur et curiosité et, pour les amateurs du groupe, s’intègre parfaitement dans la continuité discographique des Français. une belle œuvre, ambitieuse et très bien produite – avec un nécessaire livret explicatif et joliment illustré – qui sort de ce qui nous est habituellement proposé, et est donc à soutenir.