YOJIMBO: Cycles

France, Stoner (Autoproduction, 2025)

Si Cycles est le premier album des Strasbourgeois, Yojimbo – un rapport avec le film de Kurosawa? – a toutefois une petite histoire derrière lui. Formé en 2019, le quartet se lance dans un rock stoner teinté de touches progressives et publie un premier Ep éponyme en 2019. Et enchaine les concerts. Aujourd’hui, ce premier album nous montre un groupe qui maitrise son sujet et tout au long des 7 titres explore des univers variés. Si certaines influences sont évidentes – des riffs à la Black Sabbath early days, Queens Of The Stone Age – Yojimbo développe sa propre identité sonore et se lance dans des passages qu’on pourrait croire improvisés et qui nous renvoie aux plus belles heures du genre, celui d’un Blue Öyster Cult affiré ou d’un Pentagram. Un très jolie découverte à conseiller.

SPEAK IN WHISPERS Crystalline structures

Chypre, Metalcore (M&O, 2025)

Un groupe de metal qui se nomme Speak In Whispers, on imagine bien qu’il ne chuchote guère… Avec Crystalline structures, son premier album, le groupe chypriote nous propose un metal quelque protéiforme. On pourrait presque qualifier l’ensemble de metalcore progressif avec ses touches d’électro, ses structures à tirroirs, ses cassures de rythmes. Alors, OK, le « chant » pourrait être quelque peu plus adapté au prog, mais le metalcore n’est guère connu pour sa finesse vocale. Ca gueule sa rage de bout en bout – avec quelques instants plus chantés mais ce n’est que pour mieux revenir au hurlement – malgré une introduction quelque peu groovy. Mais au fur et à mesure que défilent les titres, rien ne me parle vraiment. Bien produit, certes, bien exécuté et plein de volonté, mais rien ne me fait particulièrement vibrer. Si ce n’est pas mon style, les amateurs du genre seront quant à eux séduits par l’énergie groovy développée par Speak In Whispers.

SILVER DUST: Symphony of chaos

Suisse, Metal (M&O, 2025)

Il y a trois ans, nous avions pu découvrir Silver Dust avec Lullabies, un album que je qualifiais alors de « grandiloquent ». Autant dire que mes attentes avec Symphonies of chaos, le nouveau méfait des Suisses sont assez élevées. Commençons par le visuel puisque les Helvètes ont décidé de prendre le contrepied en choisissant une pochette noire et rouge, en opposition avec la sobriété d’avant. Musicalement, le groupe de Lord Campbell, âme pensante du combo, nous offre 12 titres tout aussi exubérants qu’innovants. La grandiloquence est naturellement toujours de mise – un état d’esprit chez Silver Dust, semble-t-il – et l’ensemble est parfaitement produit. Le groupe touche à tout et explore tous les styles, alliant metal parfois brutal à des ballade revigorante, un esprit théâtral – le groupe développe aussi un véritable identité visuelle – à une rigueur presque militaire. « Touche à tout », certes, mais sans jamais se perdre en démonstrations inutiles, et ça, c’est une vrai force. Silver Dust mérite vraiment qu’on se penche sur son cas d’urgence.

GHOST: Skeleta

Suède, Rock hard (Loma vista recordings, 2025)

A sa sortie, il y a trois ans, nous avions, chez Metal Eyes, qualifié Imperia d’album « en demi-teinte ». Alors, forcément, c’est avec un mélange de crainte et d’une certaine forme d’excitation que j’appréhende Skeleta, le nouvel album de Ghost. Force est de reconnaitre que le second sentiment l’emporte sur le premier tant Tobias Forge a cette capacité à composer des hymnes qui, sous de faux airs pop, s’affichent résolument entrainants et (gentiment) subversifs. Peacefield introduit ce nouvel album sur fond de chœurs religieux féminins avant de se transformer en un rock quelque plus dur. Tout au long des dix titres de cet opus, il faut tendre l’oreille pour découvrir un fond de noirceur, ces détails qui font que, oui, Ghost, au delà du visuel ouvertement provocateur et de ses textes volontairement subversifs et « scandaleux », fait bien partie de la grande famille hard rock. Un hard léché, souvent proche du FM des années 80, avec des mélodies et des refrains immédiatement mémorisables, ceux du genre à être instantanément repris en chœur par le public en concert. Trois ans après une certaine déception, Ghost revient dans une forme éblouissante. La messe (noire) en est-elle pour autant dite? Rien n’est moins sûr. Ghost est de retour, en pleine forme et en peine possession de ses moyens. Superbe.

ASH TWIN PROJET: Tales of a dying sun

France, Metal progressif (Season Of Mist/Klonosphère, 2025)

Tales of a dying sun est le premier album des Français de Ash Twin Project. Le quintette originaire d’Agen évolue dans un metal progressif qui évoque aussi bien Opeth que Tool tout en explorant d’autres horizons. L’intérêt du projet réside en ses oppositions, des contrastes réguliers d’influences diverses. L’élégance qui évoque Soen se confronte à la virulence et la brutalité du metal extrême et du hardcore. Si on est aujourd’hui plus qu’habitués à la dualité vocale « la belle et la bête »(Eglantine Dugrand et son invité Nicolas Lougnon), Ash Twin Project surprend par la brutalité de certains passages comme si on venait à s’écraser contre un mur de son qu’on n’a pas vu arriver. Les guitares de Robin Claude et Romain Larregain, aériennes et rugueuses à la fois, se frottent à ce mur rythmique concocté par la basse de Stéphane Cocuron et la batterie de Thibault Claude. Malgré ses seulement 5 morceaux, Tales of a dying sun est à considérer comme un véritable album: seuls deux titres durent moins de 7′ (The wilds et Isolation – 5’58 et 6’50), Sunless city culminant même à 9’16. Un premier album (doté d’une production à la hauteur des exigences du genre) comme une belle promesse, à découvrir.

HOWARD: Oscillations

France, Rock (Autoproduction, 2025)

Howard fait partie de ces groupes nés à la fin des années 2010 et qui ont vus leurs espoirs stoppés nets par la crise sanitaire. Après avoir sorti un premier Ep en 2018 – Howard I – le trio a publié en mars 2020 son premier album, Obstacle – quel ironie sarcastique que ce titre quand on y repense! – impossible à défendre correctement pour les raisons que l’on sait. Sans se décourager pour autant, Howard publie en 2022 son second essai, Event Horizon. Le public découvre un trio plus qu’influencé par les géants du rock des années 70 et confirme cet état d’esprit tout au long de Oscillations, son nouvel album paru fin mars. Loin de ne ses contenter que de reprendre des formules ayant fait leurs preuves, les musiciens (Jimbo Canoville au chant et à la guitare, Raphaël Jeandenand à la basse, orgue Hammond… et Tom Karren à la batterie et aux percussions) intègrent avec bonheur de nombreux éléments modernes qui offrent des touches électro à l’ensemble. En modernisant son propos, le trio offre à l’auditeur une plongée dans diverses émotions qui vont du calme à la tempête, de la rage à l’apaisement. Le groupe sera à découvrir lors du prochain Hellfest le samedi en ouverture de la Valley.

MEDICIS: Where we dive

France, Rock (Day Dream Music, 2025)

La jolie surprise que voici! Where we dive est le premier album des Nantais de Medicis, groupe formé au début des années 2020 et qui a publié un premier Ep éponyme en 2022. Au travers de 8 titres proposés à l’ancienne sur les faces A et B (d’un… CD!), Medicis développe un univers éthéré, bienveillant et entrainant. La voix de Julien (également bassiste), douce et suave, est soutenue par Victor, co-chanteur, guitariste et claviériste de la formation. Dès Boxes, on est séduit par les ambiances rock quelque peu énervé et pop sans être acidulé qui se mettent à crisser ou s’adoucissent au gré des envies de Medicis. Le groupe, également composé d’un second guitariste, Nicolas, et du batteur, Thomas, a décidé de raconter l’histoire d’une œuvre de musée qui peu à peu, prend conscience d’exister et de son envie de s’échapper de son cadre pour vivre au delà des simples regards des visiteurs. Un concept quelque peu original qui permet à la formation de divaguer et se laisser porter par ses envies d’explorations sonores. Les Nantais utilisent cette envie d’évasion de l’œuvre comme prétexte à explorer divers sentiments. Le résultat, enregistré en conditions live en à peine plus de… 2 jours!, est plus que séduisant et réussi, et Where we dive fait partie de ces albums à découvrir d’urgence.

KRYPTOPORTIKUS: Dark rainbow

Allemagne, Heavy prog (Fastball, 2025)

Issu de leur rencontre en 2015, Kryptoportikus est le projet commun du producteur/guitariste Chris Techritz et du vocaliste Franz Herde, ex-membre de Sieges Seven. Si tous deux ont un passé certain, je suis ici quelque peu gêné car si, musicalement, le duo nous replonge sans hésiter dans le metal des années 80 et le prog plus proche des années 90/2000, avec des airs qui rentrent dans la tête, je trouve le chant souvent exagérément poussé, maladroitement haut perché, pas toujours en phase avec le propos musical. Résultat: un chant qui m’agresse bien plus qu’il ne me séduit. Ce n’est que mon ressenti et chacun se fera sa propre opinion. Musicalement, toutefois, Dark rainbow, l’album de cette collaboration, tient vraiment la route, les plans de guitares évoquant aussi bien le progressif susmentionné que certains aspects thrash old school. C’est précis, aussi véloce que souvent raffiné et toujours précis. La production, elle aussi, est au niveau exigé par le genre. Mais voilà: je ne parviens vraiment pas à adhérer à cette voix qui vient gâcher mon plaisir tout au long des 12 morceaux (exception faite de l’intermède Medusa’s speech narré par une femme) que renferme l’album. Dommage. Ou tant pis…

DERHEROLD – Arcanum 1 – Rage

Suisse, Metal barré (Fastball music, 2025)

Derherold est le projet du multi-instrumentiste suisse Olav Däumling qui offre un triptyque nommé Arcanum. Le concept est basé sur l’histoire du Herold – le hérault – personnage fictif défini comme un « noble paria » dont le voyage vise à lier la musique à son public au travers de différents éléments artistiques. Les 14 chansons du premier volet, Arcanum 1 – the rage, puisent dans un metal/rock très varié. La puissance est toujours de mise, le chant d’Olav (parfois presque faux) imprégné de sombre colère, et l’ensemble navigue sur une variété de sonorités toutes aussi théâtrales les unes que les autres. Du shock rock au progressif, en passant par une forme d’irrévérence verbale, Derherold interpelle autant qu’il surprend tant par sa personnalité propre que par ses influences, parmi lesquelles on retrouve ZZ Top, Dream Theater, Alice Cooper ou Pink Floyd. La musique ici ne se suffit pas et le concept Arcanum est accompagné d’une BD explicative illustrant, sur la base d’un jeu de tarot, chacune des chansons, actuelles et à venir. Une édition limitée avec le premier volet de la saga mais consultable sur les réseaux sociaux. Une découverte intrigante dont on attend maintenant la suite avec impatience.

DEATHTURA: Faith?

Belgique, Thrash (Autoproduction, 2025)

Même les amateurs les plus patients seront surpris du retour des Belges de Deathtura. Le groupe formé en 2013 a livré en 2015 son premier album (Psychotic disaster) avant un second essai en 2018 (Division). Depuis… Silence radio. Pendant 7 années. Jusqu’à l’arrivée de Faith?, le nouvel album paru fin février. Le groupe dit avoir voulu prendre « le temps d’explorer et questionner (son) univers musical pour en extraire le réel sens de (ses) idées« . Le résultat est là, brutal et direct. Teinté de touches industrielles, les 10 titres taillent dans le gras sur fond de chant enragé (Bastian Flames) soutenu par la rugosité des guitares tenues par Arnaud Bomans et Jeffrey Limage. Malin, Deathtura ne se contente pas que de foncer dans le tas, proposant des rythmes toujours puissants et variés (Guillaume Jacques à la basse et Niko Mike D. à la batterie) et des choeurs à faire chanter les foules. Si les Belges ne cherchent pas la finesse, leur propos s’avère rapidement bigrement efficace et explosif. Un retour qu’il faut désormais confirmer sur scène sans doute.