MAGOYOND: Kryptshow

France, Metal (Autoproduction, 2019)

Kryptshow, le nouvel album (le 5ème, je crois, si l’on compte les sorties uniquement digitales) de Magoyond, est ma grosse claque de cette rentrée. Jamais je n’avais entendu parler de cette formation hexagonale née de l’union musicale de Le Mago (chant et guitare) et Yond (basse). Ce dernier semble cependant avoir quitté la formation avant l’enregistrement de ce double album. Le groupe a développé un concept très personnel en puisant son inspiration dans les séries télé fantastiques et horrifiques des années 70/80 dont, oh surprise!, les mythiques Contes de la crypte. Dès Le chapiteau des supplices (dont l’introduction m’évoque L’envers de Wormfood) le décor sonore est planté: le chant très narratif déclame des paroles et textes sur fond de rock hard rythmé, cinématographique, enjoué avec un fort esprit de cirque. Monsieur Loyal est ici inquiétant et positivement malveillant. Magoyond se plait à raconter des histoires de zombies, de suicides, de cimetière avec humour. Noir, forcément. J’ai parfois l’impression d’écouter la BO d’un Disney pour adultes (Aladin et son génie me viennent à l’esprit) ou de retrouver la Petite boutique des horreurs. La mise en son ressemble à une mise en scène sans images et lorsque les guitares se mettent à hurler, la rythmique décroche quelques cervicales. Si l’ensemble semble fun, tout est fait avec le plus grand sérieux. Magoyond s’attache au moindre détail dans le verbe et dans le son – véritable jeu de pistes de fines subtilités. C’est un univers à part dans lequel Magoyond nous invite à plonger, et dans lequel je me noie avec plaisir. Vous l’aurez compris, si vous voulez vous changer les idées et aller de surprise en étonnement, foncez découvrir Kryptshow et soutenir Magoyond. Une folie française que ne renierait pas Alice Cooper.

VOLBEAT: Rewind – replay – rebound

Hard rock, Danemark (Universal, 2019) – sorti le 2 août 2019

Le voici enfin ce nouvel album de Volbeat! Même si le groupe de Michael Poulsen semble avoir trouvé son rythme de croisière, un album tous les trois ans, c’est peu. Même si le fan est régulièrement rappelé à l’ordre avec un live. Maintenant, quoi de neuf sur ce Rewind-replay-rebound, nouvelle livraison de 14 morceaux? Tout d’abord, deux détails visuels: Volbeat illustre son album d’une photo et non d’un dessin. Si cette dernière évoque le film Il était une fois en Amérique, on ne retrouve pas les « voyous moustachus » à la Mike Hammer, ceux-ci apparaissent cependant à l’intérieur de la pochette. Toutefois, le second détail qui indique sans doute une nouvelle orientation est dans la couleur: pour la première fois, le marron disparaît au profit d’un simple noir et blanc. Ceci écrit, penchons nous sur le contenu musical. Si l’on retrouve avec bonheur ce mélange de rock vintage et de metal, Volbeat continue d’explorer des intonations plus pop sans trop se départir de ses aspects les plus metal.  Ainsi, Last day under the sun, premier titre, évoque au départ Bruce Springsteen avant de s’orienter vers un rock plus passe partout. Le refrain est immédiatement mémorisable, et sera sans aucun doute possible repris avec aisance en concert! La mélodie est maîtresse (Rewind the exit, la ballade nostalgique When we were kids, On retrouve cependant  un propos plus speed et rockabilly (Pelvis on fire, Die to live, Parasite – très court…), des aspects un peu « tarantinesques » avec Sorry sack of bones et parfois presque radio friendly (Cloud 9). Les fans ont pu découvrir sur le dernier live (Let’s boogie! live from Telia parken, 2018) The everlasting, avant dernier titre de l’album, dans une version sans doute un peu plus brute. Poulsen continue ainsi de chercher à séduire le plus grand nombre en faisant de Volbeat un groupe sans doute un peu moins rugueux qu’il ne le fut mais toujours d’une redoutable efficacité (les « woh oh, oh oh, oh » faciles de Maybe I believe donneront matière à faire chanter le public). Volbeat nous offre donc un album qui saura combler les fans, nombreux, avant de les satisfaire plus encore sur la scène parisienne de l’Olympia le 10 octobre prochain. Ne cherchez pas: c’est déjà complet!

BLACKRAIN: Dying breed

France, Hard rock (Steamhammer, 2019)

Si, en 2016, Released (2016) marquait la renaissance de BlackRain, étrangement, la formation hexagonale semblait avoir disparu des écrans radars après sa tournée en compagnie de The Treatment. Il aura donc fallu à Swan et sa troupe pas moins de 3 années pour nous apporter à leurs fans une nouvelle offrande. Somme toute, le même délais qu’entre It begins (2013) et Released. Contrairement à ses deux précédents albums, Dying Breed est ici produit par Swan qui, également, compose la plupart des 10 titres et semble donc de plus en plus être seul maître à bord du navire BlackRain. Avec Dying breed, les Savoyards d’origine continuent de diversifier leur propos et savent surprendre. Oui, il y a des surprises sur ce disque, dont la reprise de Blast me up, un hit potentiel de… BlackRain paru en 2013. Perso, je préfère la version originelle et me demande quel est le bien fondé de ce choix.. Si l’empreinte musicale est toujours forgée dans ce hard rock qui les séduit tant, et si les références sont parfois évidentes (impossible de ne pas penser à Mötley Crüe sur Hellfire), Swan teste parfois le chant extrême et guttural, parfois proche du black metal (Nobody can change et son « I wasn’t born to follow rules ») tout en continuant de se faire plaisir avec des montées dans les notes les plus aiguës qu’il puisse atteindre, et toujours le groupe reste enjoué et entrainant (Nobody can change, Dying breed, Like me). Passage obligé de ce genre musical, la ballade All angels have gone évoque par instants Bon Jovi avant une reprise sérieuse We are the mayhem, suivi d’un Rock radio surprenant, aux rythmes cassés et à la mélodies moins évidentes malgré les choeurs qui frôlent le gospel. Public enemy est direct, rock sans fioritures, au refrain imparable, le type de morceau à écouter les cheveux au vent en traversant de vastes espaces, tandis que A call from the inside plus soft vient conclure, avec ses « oh oh » qui rappelle le morceau titre au début du disque, un album efficace mais dont aucun titre ne se démarque vraiment. Je ne parviens pas à définir quel chanson pourrait devenir un hit, quel est le morceau qui ferait passer ce Dying breed de bon à excellent album.  Reste que le plaisir de retrouver BlackRain est réel, et qu’on attend de retrouver le groupe sur scène. Ça tombe bien, ils seront bientôt en tournée avec leurs pairs allemands de Kissin’ Dynamite.

TYLER BRYANT &THE SHAKEDOWN: Truth and lies

Hard rock, USA (Spinefarm, 2019)

Tyler Bryant & The Shakedown semble, malheureusement, faire partie de ces éternels groupes challengers qui ne parviennent pas à exploser malgré les indiscutables qualités des albums offerts au public et/ou les groupes prestigieux pour lesquels il a ouvert ces dernières années. Dans ce club, on trouve des  formations comme The Answer ou The Treatment, parmi d’autres… Je ne fais ici que le même constat qu’il y a deux ans, lors de la sortie de l’album éponyme que je considérais comme un nouveau départ. Le groupe a depuis tourné mais, las, rien ne semble pouvoir les faire passer au niveau supérieur. Ce Truth and lies, nouvelle livraison des Américains, s’inscrit toujours dans le hard rock vintage, un rock empli de ce blues qui nous emporte et de ces mélodies qui nous font nous agiter. Le groupe varie les plaisirs en proposant différentes approches, approchant parfois Led Zeppelin (Shape I’m in) ou Dylan (Judgement day) mais parvient surtout à trouver sa propre identité musicale et sonore avec l’utilisation de sons et une production résolument modernes. TBSD a cependant le propos grave, cet album reflète d’une certaine manière la désillusion tout en se voulant rester positif (Drive me mad). Amoureux du hard rock dit « classique », faites vous plaisir; TBSD vaut le coup d’être soutenu autant que faire se peut.

INTERVIEW: TARJA

Interview Tarja TURUNEN. Propos recueillis à Paris le 7 juin 2019

 

C’est une Tarja joviale et vraisemblablement fière de son nouvel album, qui paraîtra à la fin du mois d’août sur Ear music/Verycords, qui a reçu Metal Eyes dans le cadre d’un hôtel parisien. La Finlandaise, désormais installée en Espagne, nous dit tout au sujet de In the raw, et plus encore.

Metal-Eyes : Tarja, tu es ici pour parler de ton nouvel album In the raw, mais juste avant, si tu permets, il y a une question que j’ai voulu te poser depuis 3 ans…

Tarja : Vraiment ? Waow !

Metal-Eyes : Nous n’avions pas eu l’occasion de parler pour la sortie de The shadow self. Cet album me semble avoir été une réaction à Colours in the dark à plus d’un titre : tout d’abord le côté visuel, en noir et blanc, alors que Colours était très coloré. Certaines chansons semblent aussi être une réaction à d’autres figurant sur Colours. Par exemple : 500 letters dénonçait le harcèlement de certains fans (elle confirme) et  j’ai l’impression que Diva a été écrite en réaction à la réaction qu’aurait pu avoir un fan blessé par 500 letters, t’accusant de n’être qu’une diva capricieuse…

Tarja : Vraiment, c’est ton sentiment ? C’est très intéressant ! Fantastique, même ! C’est ce que j’adore, et tu es le premier à me faire part de ce sentiment ! C’est absolument fabuleux que tu aies eu cette impression, parce que c’est ton propre ressenti. Je dois te dire que c’était complètement différent pour moi, mais c’est exactement ce que je recherche avec mes chansons en général. Quand j’écris les paroles, encore plus avec le nouvel album qui est le plus personnel que j’ai écrit. Je fais attention à ne pas trop expliquer les paroles, afin que chacun puisse y réfléchir, y trouver ce qu’ils veulent. Tu as trouvé cette connexion, ce qui juste incroyable, je ne l’ai vraiment pas écrite dans ce sens…

Metal-Eyes : Et tu comprends le lien que je peux faire ?

Tarja : Oui, totalement ! Je peux tout à fait imaginer et comprendre. C’est superbe, c’est la magie de la musique ! C’est comme ça que ça devrait être pour chacun de nous : interpréter différemment les chansons. Ecouter de la musique est une expérience unique. Tu peux discuter des goûts, ne pas aimer la saveur de cette eau ou la musique que je fais.

Metal-Eyes : Ce qui est OK

Tarja : Oui, ça me convient parfaitement. Tu sais, avant tout, j’écris de la musique pour moi. Si mon travail me satisfait – et le mot « satisfaction », pour une perfectionniste comme moi… – eh bien, pour ce nouvel album j’ai pris du recul. J’avais besoin de casser mes filtres, de me confronter à mes peurs, mes doutes, tout à mon sujet. J’ai composé seule, j’avais tout ce monde de doutes face à moi et je savais que je devais m’y confronter. Je souhaitais voir si j’avais la capacité à me dépasser.

Metal-Eyes : Ce qui est le cas selon moi, après une écoute de ce disque dont nous allons parler dans un instant. Cependant, tu habitais en Argentine et tu as récemment déménagé en Espagne. Quelle en est la cause ?

Tarja : Je voulais raccourcir les distances. Je passe la majeure partie de mon temps en Europe, professionnellement. Alors les vols long courrier, depuis Buenos Aires, d’autant plus maintenant que nous avons une petite fille, et aussi vivre dans une aussi grande ville, j’avais un peu peur de laisser ma famille derrière moi dans cette ville de chaos. C’était trop me demander, je ne voulais pas ce poids là. Alors nous avons décidé de chercher un logement en Europe, et nous avons trouvé un superbe endroit en Andalousie, nous y sommes très heureux. Je crois que tout cela se ressent dans mon nouvel album. Parce qu’il s’agit de moi. Tout ce que je fais artistiquement est lié à moi. Tu peux ressentir, j’espère, la paix, principalement dans une chanson comme Golden chamber (elle rit).

Metal-Eyes : Juste avant de parler de ton nouvel album, comment décrirais-tu ton évolution musicale entre The shadow self et In the raw ?

Tarja : J’ai beaucoup tourné pour The shadow self, et je déplorais en même temps de ne pas être avec ma famille. Il y a eu un grand changement avant la production de l’album : ma fille de 4ans ½ est rentrée à l’école. Avant, elle a été un bébé en tournée, je l’emmenais partout avec moi. Ce changement m’a affectée, et soudain, elle entre à l’école. Elle n’est plus là, mon mari non plus, je me retrouve seule, ce qui a été un grand changement. Me retrouver dans cette nouvelle situation – qui n’a plus rien de neuf, je te rassure ! – m’a affecté de telle sorte que j’avais besoin de m’ouvrir et de sortir de ma zone de confort, de me débarrasser de mes craintes. Quand j’ai commencé à composer In the raw, la musique m’est venue très facilement : elle était puissante, et à chaque fois que je rentrais de tournée, je composais, au piano, j’ai enregistré beaucoup de démo, sans paroles, et j’avais le sentiment que la musique était très progressive. J’ai arrêté de tergiverser – « est-ce bon ? est-ce mauvais ? est-ce que je peux le faire ? oui, je le peux ! » – Je me suis libérée en matière de composition.

Metal-Eyes : Cela s’entend dès le premier titre, qui est vraiment très heavy. Tu y es accompagnée de Bjorn Speed Strid, chanteur de Soilwork, qui a cette voix particulière et puissante. Etait-il nécessaire selon toi d’ouvrir In the raw avec Dead promisses ?

Tarja : Quand j’ai mis toutes les chansons à plat, j’ai voulu que cette guitare puissante soit le guide de l’album. J’adore le son de la guitare électrique. J’aime composer les chansons avec mon guitariste. Alex et moi avons cette complicité. La raison pour laquelle je voulais ce titre est que j’avais besoin d’une chanson qui me soutienne, qui soutienne ma voix, m’entraine. Pas seulement la guitare, mais tout le groupe. Comme avec un orchestre symphonique. Tu es devant un orchestre de 68, 70 personnes et je sais qu’elles sont là pour me soutenir, et je veux ressentir la même chose avec un groupe de rock, toute cette amplification… Le son n’est pas naturel, on a des retours internes, c’est complètement différents de l’acoustique. Avoir cette puissance qui me soutient, juste là derrière moi, avec cette certitude que, si je me plante, ils sont là… Voilà pourquoi Dead promisses se trouve à cette place.

Metal-Eyes : Et que sont ces promesses éteintes ?

Tarja : C’est une histoire que j’ai écrite au sujet d’une personne très proche qui… qui s’est égarée. J’ai écrit cette chanson pour lui – ou elle – pour lui faire comprendre que la porte est toujours ouverte. C’est une chanson d’espoir. J’ai toujours cru en l’espérance… Il y a un moment dans ma vie, il y a longtemps de cela – tu sais de quoi je parle, ce moment où j’ai perdu tout espoir en l’humanité et l’amitié, quand j’ai tout perdu et que je ne savais plus comment faire confiance aux gens, j’ai eu le sentiment de trahison. Je ne savais pas où recommencer, mais j’ai retrouvé cette confiance, et je crois de nouveau en de belles choses. Je suis peut-être naïve en disant ça, mais je préfère voir le bon côté des choses.

Metal-Eyes : Concernant la musique, cet album me semble scindé en deux parties : un coôté très pop rock, ton chant y est pour beaucoup, et, je connais ton intérêt pour la musique de films, et il y a un bon nombre de chansons, You and I, The golden chamber, Spirits of the sea, par exemple, qui sont très cinématiques. Ce sont aussi les chansons les plus longues, les plus progressives. Avais-tu la volonté d’avoir cet esprit ciné dans tes chansons ?

Tarja : La musique de film est aujourd’hui une de mes plus grandes sources d’inspiration. Oui, cela me renvoie à mes premières amours musicales, avec la musique classique, le grand amour de ma vie. La musique de film y est lié. Et tout est si émotionnel, ça te transporte dans différents endroits, et parfois des lieux effrayants. Tu n’as pas forcément besoin d’images, mais si tu rajoutes des images à la musique, tu n’auras sans doute pas le même film…

Metal-Eyes : J’ai ce sentiment avec Spirits of the sea qui est très sombre et inquiétant et aussi Shadow play qui m’évoque un film de heroic fantasy à la Seigneur des anneaux ou Game of thrones. De la puissance suivie de temps calmes, des hauts et des bas…

Tarja : Oui, et ça fait beaucoup de bien d’entendre ça… Ces derniers jours, je commence à peine à avoir des avis, vos avis, sur ces nouveaux titres que personne n’a encore entendus. Ca me fait vraiment plaisir, et c’est exactement ce que je recherche. Je peints des tableaux quand j’écris des chansons, c’est très colorés, et je souhaite que les gens voient ces couleurs et puissent emplir leurs esprits de ces images. Mes chansons ont en effet beaucoup de lien avec le cinéma. Mes albums ont toujours été diversifiés. C’est comme ma culture musicale est ma main droite, ma culture rock, la main gauche, et elles sont en parfaite harmonie.  Mes albums changent la donne, aussi. Prends The golden chamber : il n’y a aucune guitare, pas de solo, c’est un superbe morceau d’orchestre.

Metal-Eyes : Deux notes, au piano, qui se répètent.

Tarja : Oui, la paix, la tranquillité. Tu peux la trouver en toute chose, si tu regardes bien, quelque chose de vraiment beau. Si tu observes bien, tu la trouveras

Metal-Eyes : Comment as-tu choisis les invités et quels musiciens t’accompagnent sur l’album en dehors des fidèles Alex Scholpp à la guitare et de Christian Kreschtschmar aux claviers et Max Lilja au violoncelle ?

Tarja : Il y a aussi mon équipe de rêve qui joue : Doug Wimbish, Kevin Chown sont là aussi. L’équipe est la même que d’habitude, en dehors du batteur. Il s’agit de Tim Schreiner qui joue avec moi depuis deux ans, sur les concerts. Un excellent batteur, c’est un vrai plaisir que d’avoir enregistré cet album avec lui. C’est très sympa de voir comment il travaille. Il fait partie de ces personnes qui me font oublier le travail au clic. Quand il joue, c’est simplement fantastique, il fait de la musique plus que de la puissance. En ce qui concerne les invités, ils sont tous très distincts, et j’ai été fan de chacun d’eux depuis longtemps. Nous sommes amies avec Cristina Scabbia depuis de longues années, et nous avons évoqué la possibilité de faire quelque chose ensemble. Il fallait simplement la bonne chanson. Tu sais, j’écris les chansons pour ma voix, je ne pense pas à qui pourrait interpréter telle ou telle partie. Alors quand il s’agit d’imaginer un chanteur, un homme, qui pourrait interpréter mes chansons… tadaaaa ! (Rires) C’est un vrai challenge. Björn et Tommy Karverik (Kamelot) m’ont tous deux dit « Euh… ça sort vraiment de mon champs habituel ! » mais ils ont fait un travail fantastique. Les chansons me parlent, je sens que j’aurais envie d’avoir un « partenaire de crime » pour celle-ci. Avec Cristina, c’est aussi rock que possible : guitare, basse et batterie. Et je l’ai laissée ainsi parce que la voix de Cristina mérite d’être vraiment mise en avant.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de In the raw pour expliquer à quelqu’un qui ne connait pas ton travail ce en quoi consiste Tarja, ce serait laquelle ?

Tarja : Oh… Ce n’est pas évident, comment choisir ? Ca doit être un des morceaux symphoniques, avec ces orchestrations qui sont vraiment qui je suis, et ce font rock. Je pense à la dernière chanson de l’album, Shadow player. C’est une chanson que j’ai écrite entièrement seule. Au piano, l’instrument que j’utilise habituellement quand je compose. Quand j’ai terminé au piano, j’ai écouté le morceau dépouillé et j’ai entendu toutes ces orchestrations, explosives, se mettre en place, tout semblait déjà être en place. J’ai dit à mon mari que ça devait être la dernière chanson de l’album (rires). Un disque doit se finir ainsi !

Metal-Eyes : Tu as joué dans plusieurs salles à Paris – l’Elysée Montmartre, le Zénith, Bercy, le Bataclan, le Casino de Paris. Quelle est ta salle préférée ?

Tarja : Wouf, c’est difficile ! Toutes sont différentes. J’ai vraiment aimé le Casino, avoir les gens assis, aussi près. C’est vraiment différent. Comprend moi bien : j’adore voir les gens sauter, devenir dingues devant moi, dès que je fais quelque chose, j’ai un retour immédiat, et j’adore ça ! Mais j’aime aussi me donner à fond pour qu’une audience assise apprécie l’expérience et vive un concert rock différemment. Il faut aller chercher le public. Je crois que pour les spectateurs, c’est une expérience… choquante. C’est inhabituel, et les gens sont obligés de faire plus attention. Le Casino étant le dernier concert que j’ai donné à Paris fut une belle expérience.

Metal-Eyes : C’était vraiment une expérience étonnante pour un concert de rock. Et c’est vraiment sur les derniers morceaux que l’ambiance rock est arrivée, lorsque le public, enfin, s’est levé et s’est mis à bouger. Y a-t-il un endroit au monde, en revanche, où tu ne te reproduirais jamais ? Parce que l’organisation, parce que les conditions, ou parce que les gens sont stupides… (elle pouffe de rire)

Tarja : Waow… Tu en as encore des cures comme ça ? Quand l’expérience est mauvaise, tout disparait généralement avec le début du concert. Le public vient voir le groupe et transforme toute la merde en quelque chose de positif. C’est toujours ainsi. Bien sûr j’ai joué dans des endroits merdiques, dans des conditions chaotiques, avec des problèmes électriques et ce genre de chose. Mais le show commence et tout va pour le mieux ! (rires) Je ne me souviens pas d’avoir fini un concert en me disant que je ne reviendrais pas. A l’époque de Nightwish, quand on se battait tout le temps avec le matériel, les déplacements… Il y a des concerts en Finlande où je n’entendais même pas ma voix, le matériel n’était pas bon, j’avais peur de perdre ma voix. Mais c’est aussi comme ça que tu apprends. D’ailleurs, je suis toujours là ! (rires)

Metal-Eyes : Une dernière chose : quelle pourrait être la devise de Tarja en 2019 ?

Tarja : Oohh… Ma devise serait, toujours : « bats toi pour tes rêves ». Il faut aller au bout des choses…

Interview: NOVA TWINS

Interview NOVA TWINS. Entretien avec Amy Love (chant, guitare) et Georgia South (basse). Propos recueillis à la Taverne de l’Olympia à Paris le 8 août 2019.

Trois heures à peine avant de monter sur la scène de l’Olympia, les deux membres fondatrices de Nova Twins accordent quelques interviews au sous sol d’un bar situé juste derrière la mythique salle. Un cadre agréable, au frais pour une courte rencontre plus que sympathique.

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que nous nous rencontrons, je vais commencer par une demande habituelle : quelle est l’histoire de Nova Twins ?

Amy Love : Ca fait longtemps que nous sommes amis… Je suis allée au collège avec le frère de Georgia, sa famille m’a en quelques sortes adoptée

 

Metal-Eyes : C’est ce que je me disais,  vous êtes jumelles, mais vous ne vous ressemblez pas…

Georgia South : Exactement ! (rires)

Amy Love : Voilà ! On a toujours joué de la musique ensemble mais sans réellement monter un groupe. Parfois Georgia jouait mes chansons, parfois je jouais ce qu’elle composait. Un jour, nos projets respectifs semblait atteindre leurs limites et on était toujours fourrée l’une chez l’autre. Un jour, on s’ennuyait, et on s’est simplement dit « Ecrivons une chanson ». C’est ce que nous avons fait. C’était il y a 5 ans environs. (A Georgia) : tu avais ta basse, tu jouais quelque chose de groovy, j’ai ajouter un riff qui déchire, (à moi) et on a commencé à chanter l’air de Bad bitches, qui est devenue notre première chanson. Notre voyage a commencé ainsi, on est devenu un groupe à ce moment là.

 

Metal-Eyes : Un groupe de 2…

Amy Love : Ouais !

Georgia South : A cette époque, on était 2 et une boite à rythme. Maintenant, on a un batteur.

 

Metal-Eyes : D’après ce que j’ai pu lire, vous mélanger punk, hip-hop et autres influences. Comment décrirez-vous votre musique à quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Georgia South : Oh, bonne question… Je ne sais pas trop, c’est du Nova sound… On mélange rave, rock, pop, punk. C’est heavy, mais pas que ça

 

Metal-Eyes : J’en ai quelques unes…

Amy Love : Il y a des riffs heavy, avec un chant assez dingue, perché. C’est juste un mélange de différents sons.

Georgia South : Avec beaucoup de groove, très entraînant.

 

Metal-Eyes : Votre musique est très énergique, mais votre look semble très important aussi. Etes-vous influencées par Shaka Ponk ou (à Georgia) la reine Amidala dans Star Wars ?

Georgia South : La reine Amidala ? Non ! Je ne suis pas fan de Star wars en fait ! Pourquoi ? Je ressemble à la reine Amidala ?

 

Metal-Eyes : Regarde les photos, avec ses coiffures et maquillages.

Georgia South : Quand j’étais à l’école primaire, un garçon m’avait dit que je ressemblais à Jar-Jar Binks. J’ai dit OK, mais je ne connaissais rien à Star Wars.

 

Metal-Eyes : Tant que tu n’es pas stupide comme lui… Votre look est important, mais quelle importance lui accordez-vous dans votre performance scénique ?

Georgia South : On aime se sentir à l’aise, alors on porte les vêtements dans lesquels nous sommes à l’aise et qui ressemblent à notre musique.

Amy Love : Très colorés, un peu DIY. On les fait nous-mêmes.

 

Georgia South : Au début, on n’avait rien à se mettre, alors on a pris un T Shirt, une bombe de peinture et on l’a peint. Ca ressemblait un peu la cellule de notre vidéo, Devil face. On ressemblait à un mur (rires) !

 

Metal-Eyes : J’espère que vous ne ressemblerez pas aux murs ce soir ! Quelles sont vos principales influences musicales ?

Amy Love : Nos goûts sont très variés. Il y a des choses que nous aimons toutes les 2, du RnB, Missy Elliot, on aime beaucoup la nouvelle scène féminine. J’ai grandi dans une ville qui s’appelle Essex où il y avait de tout : du rock, de la pop, du garage, de la dance, des choses comme MC5, du punk, les New York Dolls, Deep Purple. Plein de choses plus modernes aussi…

Georgia South : Je partageais en quelques sortes un ipod avec mon frère. Il y avait des choses comme Eminem, Kayne West, Missy Elliot, Justin Timberlake. Tout ça, mélangé, nous a permis de créer le son qui est le notre.

 

Metal-Eyes : Donc une sorte de mélange entre le groove, le rythme et l’énergie ?

Amy Love : Oui, avec ce « swag » qui caractérise le hip-hop.

Georgia South : Si on peut danser dessus…

Amy Love : Il y a la lourdeur de certaines tonalités qu’on utilise, mais on veut pouvoir chanter et danser dessus.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets que vous privilégiez et d’autres, au contraire, dont vous ne souhaitez pas traiter dans vos chansons ?

Amy Love : Ah, ah ! C’est une bonne question !

 

Metal-Eyes : Je t’ai dit que j’en avais quelques unes…

Amy Love : En gros, on parle de  nos expériences, de ce que nous vivons. Parfois, de ce qui nous inspire au cinéma, comme ce fut le cas avec le film Thelma et Louise qui nous a bien marquées..

 

Metal-Eyes : Justement, c’est le titres d’un de vos Ep, alors qui est Thelma et qui est Louise ?

Georgia South : On avait dit quoi ?

Amy Love : Euh… tu es Thelma…

Georgia South : Je suis Thelma ? On s’en fout…Je ne sais plus.

 

Metal-Eyes : Tant que vous ne finissez pas comme elles…

Amy Love : Non ! On parle de ce que nous avons vécu, deux filles qui ont grandi à Essex. On ajoute ça à l’énergie de notre ressenti dans notre musique, on parle de ce qui est arrivé. On ne parlera pas de choses trop personnelles, de détails, mais on peut aborder le sujet d’un point de vue musical

Georgia South : On ne parle jamais de nos peines de cœur ou de victimisation. « Oh, ce gars m’a brisé le cœur, le méchant ». Non, ce serait plutôt : « Putain, on va le flinguer cet enfoiré ! »

 

Metal-Eyes : C’est un peu plus punk.

Amy Love : On pourrait écrire une chanson d’amour tordu aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez récemment joué au Hellfest, quels souvenirs en gardez-vous ?

Amy Love : 22.000 personnes en face de nous, et c’était épique (elle affiche un large sourire)

Georgia South : Tant de monde, et on jouait à 11h30. On n’attendait rien, en fait… On jouait si tôt, les gens devaient encore cuver… On s’est retournées et il y avait cet océans de gens, cette marrée humaine, on ne pouvait voir le fond… Cette énergie qu’ils nous ont apportée, on l’a vraiment sentie et appréciée. C’est étonnant à cette heure là, le public est vraiment impliqué.

 

Metal-Eyes : Ce qui me surprends, c’est que la plupart des groupes avec lesquels je parle et qui ont joué tôt au Hellfest ont l’air étonné de voir autant de monde le matin. Or, au Hellfest, depuis quelques années, le public est matinal et se fait de plus en plus nombreux.

Georgia South : Et ça, c’est super.

Amy Love : Je crois aussi qu’il y a cette attitude, en France, ce comportement envers la nouveauté. Les gens semblent très ouverts à la découverte de nouveautés. Alors ils se lèvent et viennent découvrir.

 

Metal-Eyes : Crois-tu qu’il s’agisse simplement du fait que les gens sont curieux de découvrir de nouveaux groupes, ou qu’ils ont envie de voir un nouveau groupe composé de filles ? Un peu sexiste comme question, mais ça peut jouer…

Amy Love : Je crois qu’il y a un peu des deux, c’est vrai.

Georgia South : Nous sommes vraiment minoritaires à l’affiche, il y a peu de femmes. Ca joue certainement, en effet…

 

Metal-Eyes : Vous avez pu rencontrer des fans et discuter après ?

Georgia South : On a dû partir juste après… On avait un avion à prendre. On voulait tant voir certains groupes, discuter avec le public, rester et profiter de l’ambiance…

 

Metal-Eyes : Comment vous êtes-vous retrouvées à l’affiche de ce soir, avec Prophets Of Rage ?

Georgia South : On a joué avec eux il y a deux ans au Zénith à Paris, Nous sommes restés bons amis, Tom Morello nous a invitées pour sa tournée solo aussi au Royaume-Uni.

Amy Love : Ils sont super encourageants, ils nous soutiennent vraiment

Georgia South : Ils ont toujours été derrière nous. C’est super !

 

Metal-Eyes : Une dernière question : quelle pourrait être la devise de Nova Twins en 2019 ?

Les deux : La devise ? Waow…

Amy Love : En 2019 ?

Georgia South : « Continue d’avancer »

Amy Love : Oui : « débarrasse toi de ce qui t’emmerde et continue d’avance »

 

Metal-Eyes (à Georgia) : Je préfère ta version, elle est plus élégante ! (rire général)

Amy Love : Je ne suis pas très élégante, désolée ! (rires)

 

Metal-Eyes : Merci pour ces instants, et je vous vois tout à l’heure sur scène.

Georgia South : J’adore cette salle, il faut que je la voie plus…

 

Metal-Eyes : Tu dois y retourner, maintenant… Vous avez votre sound-check

Amy Love : Oui, on y va. Merci à toi, à tout à l’heure !

 

 

 

SABATON: The great war

Heavy metal, Suède (Nuclear Blast, 2019)

En quelques années, grâce à des albums impeccables et des concerts exemplaires, Sabaton s’est imposé comme un des fers de lance de la scène metal actuelle, ce malgré une carrière  qui voit la bande à Joakim Broden et Pär Sundstrom célébrer cette année son 20ème anniversaire. Force est cependant de reconnaître que les deux fondateurs ont pris la décision qu’il fallait en remodelant complètement le groupe avant l’enregistrement de Heroes. Depuis, Sabaton navigue de succès en succès et sa double prestation en roue de secours du Hellfest (on rappelle pourquoi?) ne fera qu’embellir encore l’aura des Suédois. Après avoir conté des épisodes de bravoures au cours de l’Histoire avec The last stand, Sabaton se plonge aujourd’hui, avec The great war, dans la première guerre mondiale. Toujours sur fond de ce metal joyeux, enjoué et entraînant, le groupe nous emporte dans ces sombres années de la grande guerre. The future of warfare, qui introduit l’album, déroute quelque peu par ses aspects lents et sérieux. Les touches plus prononcées d’électro – qu’on retrouve de façon plus importante que dans les derniers albums – y sont pour beaucoup. Heureusement, dès Seven pillars of wisdom – qui traite d’un certain Lawrence d’Arabie – on retrouve la recette qui fait mouche. La suite est une fête non stop composée de ces refrains imparables (The attack of the dead men et son refrain saccadé, Devil dogs et ses choeurs…) The red baron (de son vrai nom Manfred von Richtofen, pilote de légende) explore avec efficacité de nouveaux horizons et ses claviers typés orgue d’église et un rythme qui accélère subrepticement. L’album se conclue avec le mélancolique et lourd The end of the war to end all wars mais surtout avec le superbe chant In flanders fields. Une prière émouvante qui vient clore un album qui, sans conteste, divisera de nouveau; les anti vont le détester – il y en a encore, qu’ils passent leur chemin – les fans vont adorer – il y en a de plus en plus. La preuve? The great war est déjà entré dans les char(t)s mondiaux. On notera aussi, comme ce fut déjà le cas sur l’album précédent, la richesse des notes qui accompagnent chaque chanson. Alors pour le metal, le show et le fun: vivement le Zénith à Paris! Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez retrouver l’interview que Joakim a accordée à Metal Eyes ici: Interview Sabaton

 

 

La poétique des flammes – F. de Lancelot

France, roman metal (LDG éditions, 2019)

Ninon, jeune étudiante doctorante, a décidé de rédiger son mémoire sur l’univers musical. Plutôt que de suivre les conseils « avisés » du corps professoral lui suggérant de faire ses recherches sur le rap, musique populaire par excellence, elle fait le choix d’observer, d’étudier et de découvrir l’univers de son (futur ex) petit ami, musicien au sein du groupe toulousain Aorasie. En s’immergeant dans cet univers, Ninon prend en main la destinée de ce groupe composé d’âmes torturées, romantiques, déprimées et, de concert en festival, découvre la fraternité qui uni les membres de la communauté metal ainsi que les tensions qui peuvent naître de trop de proximité, ainsi que le regard, le jugement, voire la haine et la violence dont peuvent parfois être victimes les metalleux. D’espoirs en déconvenues – les concerts dans des salles vides, les tournées nécessitant trop de sacrifices temporels, humains et financiers – de déconvenues en reprise de courage, la jeune manageure improvisée s’entretien avec chacun des membres d’Aorasie (attention, âmes sensibles: évitez le parcours de Vika…), et d’autres formations (on se rattrape avec le portrait cru de Fabrice) pour étayer son mémoire.

Au travers de La poétique des flammes, F. de Lancelot emporte le lecteur dans l’univers musical et furieux du metal, sous toutes ses formes. Les connaisseurs trouveront aisément leur repères tant les descriptions et références sont familières, les novices, quant à eux, seront amenés à découvrir ce monde contradictoire, à la fois brutal et pacifique. Les Toulousains reconnaîtront certainement les lieux décris, les autres auront des points de chute en guise de future visite de la ville rose.

La plume de Lancelot est agréable, le vocabulaire et les tournures riches. On s’amuse de certaines idées (« Je viens d’une ville plus banale encore: Agen. Quelque part, je suis comme un pruneau: les gens ne se rendent compte de mon absence que parce que quand je suis là, je les fais chier« !), sa vision de l’engagement du fan de metal, le vrai, pas celui qui suit une quelconque mode, plus que juste et l’amateur se retrouvera aisément dans cette description, simple et tellement réaliste: « écouter du metal n’était pas une passade, pas une crise d’adolescence qui s’attardait mais une vraie dévotion qui durait toute une vie« . Combien d’entre nous se reconnaissent-ils dans cette réalité?

Si l’on peut déplorer la répétition de fautes d’accords (l’auteur semble oublier que son narrateur est une narratrice…), le lecteur remarquera les entretiens idéalisés, certes retranscrits « version » Ninon mais loin de la réalité – je n’ai jamais rencontré un musicien qui ait un langage aussi riche et soutenu que celui des membres d’Aorasie – même si on apprécie les caractères individuels, dont le romantisme exacerbé, proche de Baudelaire et de Lamartine à la fois, de Frédéric, visiblement le plus cultivé et intellectuel du groupe, ou la brutalité presque rustre de Fabrice, membre d’un autre groupe.. Cependant, le contenu reste scotché à la réalité des galères que vivent les musiciens. La mise en forme est remarquable, La poétique des flammes étant richement illustré de portraits des intervenants, de cartes retraçant les tournées, de reproductions gothiques des textes de Frédéric à sa muse Marie. Des interludes agréables dans un récit épique dont on a du mal à décrocher. Une invitation à découvrir un univers fait de bruit et de fureur, certes, mais également, surtout fait d’un esprit fraternel et convivial ou la communauté et le partage sont des maîtres mots.

HERRSCHAFT: Le festin du lion

France, Metal indus (Les noires productions, 2019)

OK, dès Technosatan, le message, pour celui qui, comme moi, découvre le groupe, semble clair: les Français de Herrschaft pratiquent un metal électro et industriel violent, brutal et direct. Marylin Manson, Ministry, Rob Zombie et consorts n’ont qu’à bien se tenir… La prod est soignée, le rythme est épileptique. Impossible de ne pas imaginer qu’un morceau pareil ne fasse pas fureur dans une boite de nuit! Les dix titres de ce Le festin du lion font preuve d’une rage non contenue – le chant hargneux de Max est parfois effrayant, les machines bastonnent à tous les étages et les guitares de Zoé H. charcutent genre boucherie héroïque. Heureusement, pour atténuer cette furie, le groupe s’accorde, pardon, nous accorde quelques moments de rare répit, afin de nous laisser souffler. On sent que le groupe sait où il va, et ce quatrième album démontre aussi qu’il sait comment y aller. Le festin du lion est un album puissant à conseiller à tous les amateurs de metal indus et electro surpuissant. Une vraie baffe dont Zoé vous dira tout ce qu’il en pense dans une interview que vous découvrirez très prochainement.

SAMMY HAGAR & THE CIRCLE: Space between

USA, Rock (BMG, 2019)01

Jadis surnommé le Red rocker,  qui avait débuté sa carrière avec Montrose et est également connu pour être l’ex-chanteur de Van Halen (ou plutôt comme celui qui succéda brillamment à DLR) et pour sa participation plus que remarquée au sein du sublime Chickenfoot, revient aujourd’hui avec The Circle, super groupe composé de Sammy Hagar (chant et guitare), Vic Johnson (guitare), Michael Anthony, son ancien comparse de Van Halen (basse) ainsi que Jason Bonham à la batterie qui s’est formé en 2014. L’album que nous offre aujourd’hui le groupe, Space between, est présenté comme un album concept « à écouter dans son intégralité pour une meilleure expérience » – c’est ce qu’affirme le sticker apposé sur le disque en tout cas. Et c’est bien ce qu’il faut faire… Alternant entre morceaux bluesy et tranquilles et titres foncièrement rock  et rentre dedans, mixant le tout avec du boogie à la presque Status Quo, Sammy Hagar & The Cricle parvient à redorer un genre pas tout à fait disparu sans se ridiculiser. Le groove est immense, le blues et la soul omni présents, la prod est léchée et le résultat global est simplement impeccable. Comment résister à Free man ou No worries? Comment ne pas penser à led Zep ou AC/DC sur Trust fund baby? Space between est une pure réussite rock, un disque vibrant et entraînant. L’écouter sans bouger semble impossible tant ça balance à tous les étages. A 71 ans, on peut affirmer que le rock conserve ! J’adore.